Pour une ligne de métro « rose », féministe et Autochtone : Lettre à Valérie Plante, mairesse de Montréal

Madame Plante,

Votre élection historique comme mairesse de la ville de Montréal est un marqueur important dans la psyché sociale québécoise. Désormais, les jeunes femmes d’aujourd’hui, compétentes, ambitieuses, débordantes d’énergie, savent qu’elles peuvent et que les derniers bastions encore tenus par d’irréductibles conservateurs ne survivront pas longtemps à la modernité qui s’indiffère de ce que les personnes ont entre les jambes, en-dessous de la ceinture.

Vous avez dans une certaine mesure fait exploser le plafond de verre, cela ne signifie pas que ces jeunes femmes l’auront plus facile, mais qu’une brèche a été faite, que c’est possible. Voyez-vous Madame Plante, entre  le « C’est impossible » et le « Ça va être difficile » il existe un abîme qui peut être pour beaucoup infranchissable. Dans le premier, dans la tête, c’est une fatalité, pour dire c’est foutu. Dans le second, il y a espoir. Vous avez permis l’espoir. Ces jeunes femmes d’aujourd’hui vous regardent et s’imaginent vous, personne ne les convaincra plus jamais de l’inamovible statu quo. Elle est là, l’importance de votre élection.

Vous êtes mairesse, Montréal est enfin entré dans le XXIe siècle. « L’homme de la situation » que vous êtes n’a pas gommé jusqu’à l’effacement la femme que vous incarnez, au contraire « L’homme » a servi à montrer à quel point le préjugé qui a longtemps eu cours est absurde, les électeurs l’ont saisi ils ont choisi non pas un androgyne comme première personnalité de leur ville, mais la personne qu’il leur fallait à la place où ils le voulaient. La volonté de changement, Madame ne connait plus de sexe, d’origine socio-ethnique, et même oui d’idéologie, elle s’intéresse davantage au bon sens, aux idées en adéquation avec l’époque et ses aspirations, au projet sociétal visant à remettre le citoyen au cœur des préoccupations des actions publiques tout en assurant la protection des trois piliers du contrat social : la justice, la dignité, la réalisation de soi. Entre la solidarité collective et la responsabilité individuelle. Cela exige un équilibre, une justesse, une finesse. Vous avez illustré durant votre campagne cette idée, du changement ; la volonté chez l’électeur a suivi, s’est exprimée. Comme vous l’avez souligné dans votre discours de victoire, des siècles après Jeanne Mance la cofondatrice de Montréal, une femme – enfin – prend les rênes de la Grande Île. Madame Mance a sans doute eu le sourire, le rire, en vous regardant de là où elle se trouve à présent pétiller de satisfaction. Vous avez eu raison, c’était votre moment, c’était celui de toutes les femmes québécoises.

Lorsque vous avez mentionné Madame Mance dans votre discours, une de mes amies m’a posé cette question : Qui est-ce Jeanne Mance, jamais entendu parlé ? Mon amie est une Québécoise d’ascendance Canadienne française, de nos jours on dira de souche. Elle va rejoindre le sexagénaire dans peu. Et elle n’avait aucune idée de la personne dont vous parliez. Elle n’est pas la seule. Je ne connais pas beaucoup de Montréalais, jeunes ou plus âgés, qui se souviennent de Jeanne Mance.

Jeanne Mance, Madame Plante, est soit un vague souvenir incertain soit une inexistence, ce qui vous me pardonnerez l’expression, est proprement scandaleux. Je suis un importé, néo Québécois, néo Montréalais, et cette méconnaissance de l’histoire nationale par les Québécois pure laine comme on dit et qu’ils se présentent n’a de cesse de me laisser aphone, pour ne pas dire plus. Comment est-ce seulement possible ? Vous n’avez sans doute pas la réponse, je suis comme vous. Il est peut-être venu le temps de rectifier la chose, s’il paraît pour plusieurs « inacceptable » « inutile » « pas rentable » de contraindre l’étude et la maitrise de l’histoire du Québec à l’école, il est opportun de rendre justice à ces personnalités féminines qui ont contribué significativement à l’édification de notre maison commune, le Québec. Si l’on ne peut obliger les gens à s’intéresser à leur histoire, on peut refuser de laisser dans l’oubli cet aspect fondamental de notre mémoire historique, elle est aussi là votre responsabilité, notre responsabilité.

C’est pourquoi en lisant que vous aviez le projet de construire une ligne de métro « rose », je n’ai pu m’empêcher de penser à cette justice qui sera rendue à celles ayant contre vents et marées façonnées l’image de ce Montréal et de ce Québec dont nous sommes tous fiers. Visualisez avec moi, une ligne rose aux noms de stations féminins, des stations pensées par des femmes d’aujourd’hui en termes d’architecture et d’aménagement, de grandes plaques commémoratives rappelant la vie et l’apport de ces héroïnes du passé, des passants plongés dans ce vécu dont ils ignorent tout ou presque, des générations jeunes et à venir baignant dans cette mémoire intemporelle, voyez-vous la justice ? L’avenir ? Maintenant, ajoutez à ces illustres à l’incontestable flamboyance, les noms de leurs sœurs Autochtones qui ont vécu les épisodes terribles d’une assimilation inhumaine, celles qui furent les objets sous-humains de comportements barbares, celles qui ont disparu et que pas grand monde n’a pris la peine de chercher, celles qui sont logées encore plus mal que les autres dans notre mémoire nationale. Voyez-vous la justice que vous leur rendrez ? Voyez-vous la dignité dans laquelle vous les restituerez ? Voyez-vous les opportunités de réalisation de soi que vous offrirez à leurs filles, à leurs petites-filles, à leurs arrière-petites-filles ? Si vous voyez la même chose que moi, si vous vibrez autant que moi à cette idée, alors Madame Plante l’histoire ne sait pas trompée en vous choisissant vous plus que tout autre « homme de la situation ».

En vous souhaitant, Madame, la réussite à laquelle vous ne saurez vous soustraire, veuillez recevoir l’expression de toute ma considération.

Dave

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CarteRose

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