Jimmy eats the world

Bande sonore : Barenaked Ladies – What a good boy.

C’est lorsque le vent souffle que l’on voit les fesses de la poule. La première fois que ma mère a prononcé ces paroles proverbiales j’avais une quinzaine d’années. Ou moins. Hier, le vent tempétueux a soufflé dans la robe d’une poule, et la rue entière a vu ses fesses. Divisées par un string d’un bleu majestueux, véritable ficelle coincée entre deux petites masses comme le dirait Robert « C’est tout à fait acceptable ». Ma mère a toujours eu une acuité à nulle autre pareille.

J’aime les poules avec de petits culs. C’est comme ça. Le croupion hippopotamesque et l’arrière-train turgescent, éléphantesque, font fureur depuis quelques temps, c’est juste une horreur. Imaginez un instant toute la difficulté que cela doit être de préserver une hygiène corporelle digne de ce nom avec une telle masse, une telle surcharge pondérale plaquée au bas de son dos et difficilement accessible aux mains qui tentent dans un vain effort de nettoyer le bordel. Je vois qu’à cette idée vous êtes aussi horrifiés que moi. Ouais, les gros culs c’est de la merde.

Ce qui me plaît le plus dans le séant maigrichon, aplati – qui exige que l’on agrandisse l’image pour essayer d’en saisir le contour, périple herculéen ou quête proustienne cela dépend du courage dont on dispose ou du temps à perdre – c’est le fait que ce n’est pas très compliqué à gérer. Malléables à souhait. À géométrie variable dans la gymnastique des jambes en l’air. Elles ont une intrinsèque capacité d’adaptation limitée par l’imagination de l’artisan qui les manipule. Pas compliqué. C’est la bonne transpiration que le travail du matériau donne, pas une transpiration de gestion de l’encombrante lourdeur un peu bureaucratique. Nan. Viva les p’tits culs. L’austère, le dépouillement, le monticule ou l’horizon plat. Et quand toutes les lumières sont éteintes, tu rentres et tu sors, sans GPS. Tranquille quoi.

Cela me fait penser à Mélissa. Bien évidemment. Elle adore chantonner The Middle de Jimmy Eat World. Et se faire manger aussi. Elle et moi, c’est une relation de déprédateurs. Elle pille mes précieux et j’endommage son postérieur. Tout le monde est content. Hier, elle m’a texté comme disent les jeunes : Hey ! Qu’est-ce que tu deviens ? T’es vivant ?! Depuis qu’elle s’est mariée à un phoque échoué sur une banquise qui gèle sa libido, je n’en ai plus entendu parlée. Mélissa n’est pas Jenny – la jeune mariée follement amoureuse dont la bouche abat la sordide besogne quand je lui présente – entre deux coups d’un soir – mon attirail scandaleux. Sucer n’est pas tromper, l’anulingus aussi. Puisque je ne suis guère d’une grande morale bourgeoise, Jenny se lâche. Je ne me ferai jamais élire pape.

Mélissa, elle, n’a pas attendu la lune de miel pour jouer au corsaire, c’était quelques minutes avant d’aller rejoindre l’amour de sa vie. C’est avec la même bouche qu’elle a signé au bas du parchemin, le prêtre a validé. Je n’étais plus dans la salle, Dorothée était en feu. J’ai vu les photographies du bonheur sur un réseau social dont le patron ces derniers temps va raconter des salades à des responsables politiques trop occupés à faire carrière qu’à poser les vraies questions. Elle était magnifique. Mélissa n’est pas un tank, ni un sac, juste une espèce de version féminine de L’Homme qui marche de Giacometti. Elle marche généralement à quatre pattes et aboie quand il faut. C’est elle qui veut ça, moi je suis l’exécutant aussi enthousiaste que Mark Z. au Congrès. En outre, j’ai la même face de robot shooté aux algorithmes. Mélissa presse sur « Enter » et j’entre, en scène. String Black Panther, et la même performance que le héros du film éponyme. Je ne sais si son phoque lui demande d’où sorte les griffures sur son corps, mais l’autre jour j’ai fait les présentations avec Khalil un ami qui excelle dans les divorces et autres pensions alimentaires, ne sait-on jamais.

Je suis comme ça, précautionneux. Souvent, cette obsession m’a évité des MST ou des IST – si certains d’entre vous n’ont aucune idée de ce dont je parle, alors ceux-là devraient arrêter la branlette ou l’abstinence ou cesser d’être moche ou irrécupérable (les deux généralement vont de pair), puisque tout fourreur qui se respecte ainsi que toute amatrice de la gaudriole maîtrisent par cœur ces sigles qui sont des Achtung ! ou des Run away ! D’où la capote et autres trucs particulièrement nécessaires tout en étant pas forcement les choses à quoi on pense quand l’envie devient pressante ou que le feu prend des proportions tel que l’éteindre là tout de suite ne peut être renvoyé aux calendres grecques. J’entendais des jeunes l’autre jour dans le métro parler de leurs aventures sous la couette ou devant une webcam ou en snapchattant, j’avais mis mon casque audio qui crachait Pulse & Flatine de Good Lovelties et leur discussion pénétrait mon sanctuaire. Ils s’échangeaient des infos sur les marques de préservatif les plus à même de faire oublier la sensation latex ô combien désagréable.

C’est une discussion que l’on ne trouve que très rarement chez les vingt-cinq ans et autres en poussière, chez eux le préservatif est un truc qui ne dit pas la prudence mais qui déclare coupable, donc puisque personne ne veut paraître coupable on évite et on fait sans. D’où les gono’ et autres saloperies courantes qu’ils se refilent. Les jeunes sont cons, ils sont consciencieux c’est pourquoi ils sont plus que cons. Notre époque a perdu toute conscience, ce qui compte c’est soit tout le monde dans la même matière fécale soit tout le monde sauf soi. Et soi à un moment ou à un autre finit par descendre sur terre ou plonger dans l’excrément. Ça faut pas trop le dire, quelques fois ça empêche de bander ou de mouiller la culotte, sauf si on est anal. Pour le coup, j’ai failli écrire anneaux. Mais bon, l’académie française n’a pas encore osé la provocation véritable. Mélissa est anale et porte des anneaux à cet endroit. Que voulez-vous que je vous dise. C’est moderne et très tendance, paraît-il. Qui suis-je pour juger, tout ce que vous attendez de moi, c’est d’enfiler le préservatif. J’ai plus de vingt-cinq ans, et je reste très con.

Mélissa est partie tout à l’heure avec une partie du trésor, il était liquide et blanchâtre, au fond de son estomac. C’est le meilleur endroit au monde pour ranger un tel précieux. Pas de risque de se le faire voler ou de laisser voir quel corsaire l’on est. Bien au chaud dans la panse après avoir glissé le long de l’œsophage. Après avoir transité par la bouche, évidemment. Bouche qui fera la bise et autres politesses à des personnes qui auront généralement connu cette expérience gustative unique. Mélissa a voulu me faire la bise, j’ai prétexté une grippe. Elle s’est barrée sans la bise et je me suis rendu compte que cela faisait une éternité que je n’avais pas partagé avec vous mes annales intimistes. Qui ont fait dire à une amie éditrice que je devrais songer à les publier dans un recueil au titre digne d’un best-seller : « Montréal by baises, chroniques noires d’une cartographie urbaine sexuelle ». J’ai trouvé son titre racoleur comme une Une du Journal de Montréal et aussi intellectuel-bobo qu’une page du Nouveau Projet. C’est un mix qui viol mes yeux tout en essayant cérébralement de m’enfiler. Mouais, faut voir, ai-je répondu. Depuis, elle n’a pas lâché l’affaire, je songe sérieusement à lui faire l’affaire, juste pour qu’elle se retrouve dans sa putain de cartographie où elle sera l’archétype du lieu à ne pas visiter. Tout le monde sait quel mauvais coup elle est, les ultra belles sont toujours de mauvais coups. Personne n’ose le leur dire. Allez savoir pourquoi. En tout cas, Mélissa est bien rentrée chez elle, elle vient de publier un selfie avec son phoque, je vous épargne le message quétaine qui l’accompagne. J’ai appuyé sur « J’aime ».

Hier, j’étais dans un ascenseur fabriqué dans les années 1930, toujours en activité. Comme tous les ascenseurs de cette nature, vous n’êtes jamais certain si c’est votre dernière montée aux cieux ou votre dernière descente aux enfers. Tout peut arriver n’importe quand, et définitivement. Près de moi, Viviana. Jeune de « presque vingt-cinq ans » qui m’entretenait sur sa valeur sur le marché impitoyable des « filles ». J’ignorais qu’un tel marché puisse exister. « Avec les jeunes de dix-huit ans, une fille de mon âge est vite dévaluée, tu sais elles sont tellement plus fraîches jolies et précoces, ma valeur sur le marché est à la baisse ». Je lui ai dit « Mais non, écoute tu as tout ce qu’il faut là où il faut, je ne crois pas que tu puisses ne pas te trouver un mec valable, tu es peut-être trop sélective ». Elle a fait non, « Je trouve les jeunes hommes trop cons, j’aime les hommes matures ». Viviana ne voulait pas être le butin d’un corsaire qui s’en détournera rapidement pour d’autres merveilles. Elle est très sensible et l’amour pour elle est très important. « Pas juste la chose-là ! » C’est pourquoi lorsque je lui ai dit qu’à cinquante ans un homme commence à avoir de la misère à bander alors qu’un jeune de son âge n’a pas trop besoin de se faire prier, elle a trouvé l’idée plutôt rassurante, « Tu sais, ce n’est pas si grave, je serai incapable de faire ça le cœur en peine ». Viviana est remarquable. Nous étions aux enfers, l’ascenseur venait de nous vomir, nous nous dirigions vers le métro. Entre un « Personne ne me drague » et un « L’affaire-là, ce n’est pas mon truc », il y a eu une bourrasque printanière assez singulière, je tirais une clope en silence, le pas lent et toujours en retard, le regard tourné de l’autre côté de la rue où passait une poule au p’tit cul.

 

Bande sonore : Twin Shadow – Saturdays (feat. HAIM).

 

 

3 réflexions sur “Jimmy eats the world

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