Pute nymphomane

L’intelligence est la seule expression de beauté valable à mes yeux, elle supplante toutes les autres. C’est l’aphrodisiaque ultime, celui qui réveille en moi l’émotion endormie par cette présence insupportable et saturante de ce rien qui est et fait tout – le corps, le cul, le sexe, et tous les restes. Je m’ébranle et m’enthousiasme pour l’esprit cultivé qui s’est nourri des fruits de la réflexion, qui est animé de curiosité, qui s’abandonne au questionnement et qui se pose comme une interrogation permanente sans jamais réellement prétendre au savoir ou à la connaissance absolue.

Je suis amoureux de cette humilité consciente de son incapacité à tout rationnaliser de manière définitive, plus que des jupons soulevés en ces temps de frivolités estivales par des pulsions quasi animales. En ces temps épouvantables de cuisses et bites légères. Le vent estival soulève énormément de poussières, tout cela a l’aspect d’un immense vide.

J’ai le cœur ravivé par les paroles structurées d’une bouche que la logique n’a pas fui. J’aime la passion du geste qui enflamme les mots et les prend dans un tourbillon d’idées qui balaie les murs, les portes hermétiques, les champs de ruine. J’aime la bouche qui peint une espèce d’imaginaire aux infinies possibilités.

De nos jours, les couilles occupent la place des hémisphères du cerveau, la chatte chez d’autres. Sommes-nous désormais seulement des choses érectiles ?  Sommes-nous dorénavant seulement ou substantiellement des corps à l’apparence de vagin et de pénis ? Portons-nous maintenant et plus que jamais nos couilles et nos lèvres sur nos épaules ?

Je suis le premier coupable. Dans un quotidien de sexualisation accrue des relations sociales, je fais acte de conformité. Consommateur de cette pornographie soft qui définit le contemporain qui définit l’essentiel, ma norme. Je me goinfre. Le porc et le cochon ont pris le dessus, moi est le triomphe de la libido qui encule et se fait enculer, moi c’est le triomphe de la langue qui lèche du cul et qui se fait lécher, moi c’est le triomphe d’une fellation et d’un cunnilingus, moi « Je te baise » ou moi « Je veux te baiser ». Ad vitam aeternam, pour dire ad nauseam. Jusqu’à ce que petite mort (et toutes les autres qui viendront) s’en suivent.

Je suis comme mon époque : obscène et vulgaire. Grossier, grivois, salaud quelques fois, salope à quelques occasions. Jamais contente, elle exige que l’on en rajoute. Trop n’est jamais assez. Encore. Encore. Encore. Mmmmh

 

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Je suis le pur produit de mon époque : pute nymphomane et junky. Libertaire et athée. Religieusement d’une superficialité qui doit me procurer les jouissances hédonistes que réclame à corps et à cri mon esprit souillé.

J’aime jouir. Je veux jouir. Je ne vis que pour jouir. Voilà. Ce que je suis. Mon époque en chair en os et en sang. Junky sous la plume de Burroughs, rejeton bâtard de la Beat Generation. Calligraphiée en Bite Génération. Pussy Génération. Trans-Q Generation & Others. Je suis né Sur la route, j’ai grandi à Big Sur, et à chaque instant de la vie ma respiration a été un Howl. Voilà. Mes Contes de la folie ordinaire.

Je suis mon époque : l’indécence est une vertu. Je me vautre dans la boue, et je suis à la hauteur du caniveau. Putain, courtisan, je mange omnivore toutes les saloperies qui traînent. Fécales, diamants, cotées en bourse, contenues dans des bourses, clitomaniaque ou phallique obsessionnel je prends et ne fais la fine bouche. Je suis un porc, cet été il y a un peu de moi sur les barbecues. Pardon, les barbeculs.

Prévert, Gainsbourg, Baudelaire, Heiner Müller, ne sont pas morts, mon époque les a magnifiés au point d’en faire des objets de la vulgate. Alors, je fréquente les rayons des supermarchés du poison, estampillé OGM, en rabais, en solde, bradé, je m’en piffre jusqu’à ce que mort s’en suive.

Je suis le premier coupable. Moi, un être postmoderne. Moi, pur produit de mon époque. Et à celui qui se demanderait dans ce futur que je n’envie guère ce que nous fûmes, lisez mon « lol » et mon « mdr » – une façon de vous dire je vous emmerde. Pauvres générations nées dans la merde.

Qui nous a tué. Je n’en ai pas la certitude. Peut-être un suicide. Par conneries interposées. Nous, et notre culte du corps, du sexe, du fric, du matériel. Nous, et notre besoin vital de ne pas finir anonymes. Nous, et après le déluge.

Qui nous a tué. Je dessine un emoji con en guise de réponse. Vous y verrez ce que vous voudrez. C’est votre problème. Moi, je vais danser nu autour et pour le veau d’or, hystérique, fou, tant que je jouirai. Voilà. Ma liberté. Voilà. Mon émancipation. Adam, héraut du phallocracisme ; Eve, éros du vaginisme. Et toutes les autres possibilités de l’entre-deux et d’en dehors d’eux. Je danse aux rythmes du monde, nu, la bite en l’ air, demandant qu’une bouche aussi pute que moi la saisisse et la mette jusqu’au fond de sa gorge. Je veux dire jusqu’à ce que mort s’en suive.

Je suis le premier coupable. Même si au fond de moi, le cul ne vaut pas l’intelligence. Même si au fond de moi l’intelligence sublime le cul. Même si je bande en voyant un cerveau porter un legging. Même si je bande davantage et encore plus en regardant un tableau de Maurice de Vlaminck. Je suis le premier coupable. C’est mon époque qui veut ça.

 

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Pourtant. J’ai l’âme bouleversée par chaque étincelle d’intelligence. Que la nudité ne révèle pas toujours. Que la baise ne met pas en avant. L’intelligence qui rend beau les laids, les moches, les laides et les moches. Qui sort de l’inexistence les invisibles, qui met sous les projecteurs les discrétions. Celles qui n’ont pas le besoin d’assouvir l’animal en moi qui joue de la queue quand les baisables se baladent en ces temps de chaleur estivale presque nues sur le trottoir.  Celles qui sont le mystère et la retenue. Le verbe qui porte quelque chose, l’image qui dit plus qu’elle ne dévoile. Qui ne fait pas sa pute nymphomane. Comme moi.

Et je sais que je ne suis pas de ce monde. Hors temps. Hors espace. En dehors du XXIe siècle – ce baisodrome. Où les consanguins s’envoient en l’air. Et l’on s’étonne que nous soyons tous des tarés.

 

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