Syndrome de superman, syndrome du sauveur

Jeffrey aime les femmes, qui ont l’âme fissurée et le cœur en lambeaux. Jeffrey est attiré par des femmes à la dérive. Avant-hier, il s’est mis en couple. L’heureuse élue n’avait rien de commun avec toutes les autres, elle était physiquement socialement intellectuellement moralement et en terme de personnalité absolument différente. Comme l’ex de Jeffrey, comme l’ex avant l’ex, et l’ex avant l’ex avant l’ex. Lorsque l’on devient ami avec Jeffrey, ses histoires d’amour et ses relations sentimentales n’ont aucune cohérence apparente. Les profils de ses ex sont si peu compatibles les uns les autres que tout son historique amoureux ressemble à un « patchwork » avec cette hétérogénéité incompréhensible. Hier, Jeffrey m’a invité à souper, il voulait me présenter le nouvel amour de sa vie. Au cours de la soirée, j’ai été frappé par l’incompatibilité manifeste des deux tourtereaux – je veux dire qu’une telle contradiction pour le moins radicale donnait l’impression d’un gouffre d’une profondeur abyssale. Jeffrey et sa nouvelle « blonde » était ensemble une énigme insoluble. Néanmoins, les deux s’aimaient, et manifestement éperdument. Sa dulcinée venait d’une planète située à des milliards d’années-lumière de la galaxie déjà toute particulière de Jeffrey. Ou plutôt le contraire. Je me suis dit que « l’amour » était une affaire bien étrange, et que si cela pouvait fonctionner chez des êtres en tout point incompatibles, il faudrait l’encourager chez tout le monde – surtout en ces temps compliqués de haine à partir de presque rien ou du dérisoire. Jeffrey et sa nouvelle « moitié » m’ont obsédé toute la nuit, je me devais de trouver un sens à tout cela.

Marie-Eve aime les hommes, qui ont le regard solitaire de chien errant, et le cœur en proie à cette tristesse d’un tourment épouvantable. Cela saute aux yeux. Avant-hier, elle s’est mise en couple. L’heureux élu n’avait rien de commun avec tous les autres avant lui, il était physiquement et intérieurement absolument différent. Marie-Eve, je l’ai rencontrée à la tabagie où je m’achète le cancer, elle et moi nous nous sommes revus plusieurs fois, notre relation fût loin d’être platonique, et à force de partages intimes nous sommes devenus des amis. Elle est une chic fille, matérialiste à souhait, superficielle à mort, plus bombasse que nonne, et d’une remarquable intelligence même si elle fait tout pour paraître conne – comme elle me l’a avoué « Les mecs débandent face à des intellos », alors faire la cruche c’est le nouvel attrape-couilles. Elle tient beaucoup à son image et donc au « qu’en dira-t-on ». Sur Instagram, son profil affiche tous ses anciens trophées, des mecs « blancs » tatoués, beaux ténébreux sans retenue, adonis sans filtres. Elle m’a avoué il y a quelques mois que sur le réseau facebookien de l’image de soi (pixelisé) – qui diffère de l’autre réseau facebookien vieillissant, son public est encore peu « ouvert » d’esprit pour la voir s’exhiber avec une « minorité ». Son public a 18-25 ans, et attend d’elle un prince charmant auquel il s’identifie. J’ignore si c’est vraiment le cas, je ne suis plus sur Instagram, ni sur Facebook, impossible de vous le confirmer. C’est donc avec une certaine surprise que j’ai été étonné de voir que son nouveau « homme de ma vie » a des origines asiatiques. Je ne sais pas si elle a publié les photos de son idylle sur les réseaux sociaux, mais je puis dire que le couple détonne. Ce midi, elle m’a invité à venir partager un morceau avec elle au McDo sur la rue de la gauchetière ouest, celui dans la gare centrale. J’attendais le train pour Toronto. Marie-Eve a débarqué avec son chum, et durant les deux heures de notre rencontre j’ai pu mesurer le contraste frappant entre les deux. C’est comme si chacun parlait une langue différente de l’autre, tout en étant indéniablement « en amour ». Je n’ai pas pu donner un sens à tout ça. Lorsque j’ai embarqué pour Toronto, en observant les paysages canadiens défilés, je me suis posé la question : « Comment est-ce seulement possible ? » « Qu’est-ce qui explique cette réalité ? »

J’écris donc dans un train, un billet sur le pourquoi du comment d’une situation sans réelle importance. Flower Di Riviera a l’habitude de me dire que je suis maniaco-obsessionnel, je dirai que je suis une curiosité presque maladive qui non seulement me pousse à ne rien lâcher – ce qui est en soi une insupportable souffrance – mais qui m’empêche de dormir. D’où mon côté insomnieux. Dans le wagon de ce train menant à Toronto, j’ai fait des nouvelles relations amoureuses de Jeffrey et de Marie-Eve une véritable obsession.

En y réfléchissant, entre les « nouveaux » et les « anciens » coeurs de Jeffrey et Marie-Eve je n’ai pas pu trouver un fil d’Ariane. Profils différents, styles opposés, personnalités incohérentes. Alors, j’ai décidé de changer de perspective, de ne plus examiner les « nouveaux » pour y déceler des points communs avec les ex, mais de regarder Marie-Eve et Jeffrey. Les deux sont tellement « Out of this world » que c’est juste cet état qui les rapproche. Au-delà de leurs origines sociales différentes, de leurs parcours individuels, j’en suis arrivé à la conclusion que les deux sont des personnes d’une hypersensibilité cachée sous un masque. Masque hypermoderne du je-m’en-foutisme, de l’artificialité des sentiments, du côté flibustier des identités, de la pluri-appartenance et des loyautés multiples tout en étant contraires, du détachement apparent tout en étant facilement sensible aux gens aux choses aux situations et aux moindres variations environnementales, de l’universalité criarde revendiquée tout en restant beaucoup enracinés, de l’objectification des relations tout en recherchant cette authenticité qui touche la substance et enivre. Le masque est un bouclier, les deux sont des êtres d’une fragilité telle qu’elle a besoin d’aller à la rescousse des Autres pour se donner un sens et espérer que dans le « sacrifice » de soi l’être se trouve et se sauve.

Les « nouveaux » « I Love You » de leurs vies, au-delà du sourire, parlaient ou se racontaient d’une drôle de manière. Les personnes ne se rendent pas toujours compte à quel point l’espèce de phrasé, le choix des mots et leur association, le vocabulaire, la mise en forme du discours, en dit tellement sur elles. L’on a l’habitude de penser que le langage corporel dévoile l’identité de ceux qui parlent, en dit long sur la sincérité de leur propos ou l’authenticité de leur être, c’est possible; pour ma part, ma vérité un peu empirique est que le discours est le langage de l’esprit et la voix de l’âme. Le discours est ainsi un accès direct à l’intériorité de l’Autre. Surtout s’il, comme je le considère, est une interprétation des sentiments vivants dans ce « en-dedans » des individus quelques fois fermé à double tour. Le discours, c’est le temps qu’il se dise, le déverrouillage de l’en-dedans. On se trahit un peu quand on prend la parole, on cesse que l’on le veuille ou non de se cacher. Le discours, c’est la trahison des mots – en reprenant l’idée que renferme La Trahison des images de Magritte. Cette trahison est une révélation. Ce que révélait, les mots, les rythmes, les agencements, les couleurs, les courses, les hésitations, les reformulations, les rapides et les lenteurs, les légèretés et les lourdeurs, les chutes, les silences et les déserts entre les phrases, m’a sauté aux yeux dans ce wagon. Je me suis dit « Mais, oui.. Effectivement.. Intéressant.. » Et là, tout a été d’une limpidité cristalline, Jeffrey et Marie-Eve souffrent du syndrome de superman.

Le syndrome de superman n’est pas le complexe de superman. Ce dernier signifie la propension à se croire invulnérable, à ne faire confiance à nul autre que soi pour l’exécution des tâches – point d’aptitude à la délégation. Max Carey disait du complexe de superman (dans le contexte du travail professionnel) que ceux qui en souffrent ont tendance à faire tout et à vouloir faire mieux que les autres. Dans la vie quotidienne, les personnes souffrant du complexe de superman sont autosuffisantes, très ou ultra déterminées, closes (solitaires et souvent très isolées) sur elles sans forcement être taciturnes. Elles ont l’excessivité de la charge (voire de la surcharge) de travail, ont un ego et l’orgueil démesurés, elles sont dans l’impossibilité d’accepter l’aide et le soutien du « groupe » ou des autres, ces personnes sont plus que compétitives, exigeantes et intraitables envers les autres. Dans ce sens, le complexe de superman est l’absence de confiance en d’autres que soi, le sentiment d’être capable de porter sur ses épaules le monde entier et d’y parvenir dans une sorte de stoïcisme digne de La Mort du loup d’Alfred de Vigny. Le syndrome de superman quant à lui n’a rien à voir. Il s’agit plutôt d’un « besoin maladif d’aider les autres ». D’incarner et d’assumer un rôle de sauveur. Justement, le syndrome de superman est celui du sauveur.

Marie-Eve et Jeffrey sont irrésistiblement attirés par la détresse de l’Autre. De façon consciente ou inconsciente. Ce n’est pas le physique, l’attirail physique, le présentoir, qui les séduit, c’est l’espèce de souffrance et de mal-être de l’Autre. Plus l’Autre incarne à leurs yeux une âme à la dérive, plus ils ressentent le besoin d’être sa bouée de sauvetage. Il y a beaucoup de sacrifice dans leur attitude. La nécessité de porter secours, de réparer, de « fixed », au détriment de leur propre intérêt. Et quand ils ont le sentiment d’avoir accompli leur tâche, ils se détachent de l’objet de leur affection, les quittent et vont à la rescousse d’autres âmes égarées plongées dans une sorte d’obscurité ou de perdition. Ceux qui les attirent c’est la fragilité comme des craquelures chez les Autres. Jeffrey et Marie-Eve sont indéniablement altruistes, ou sont convaincus de l’être. Ils jouent volontiers aux psy’ quand on échange avec eux, ou qu’ils adoptent une position de psy quelques fois involontairement. Les autres sont sur le divan, et eux des thérapeutes. C’est cette écoute, cette capacité à se décentrer dans un monde d’égocentrisme qui en fait des êtres très attrayants. Les autres se sentent bien, compris, acceptés, et au fil du temps « guéris ». La bienveillance, la compréhension, la tolérance, la patience, la volonté d’aider son prochain, sont les caractéristiques des personnes atteintes du syndrome de superman. Il n’est pas a priori question d’eux dans des relations humaines et sentimentales qui tendent au « Moi, je », mais ce n’est pas tout à fait vrai car ces personnes recherchent par leur « disponibilité » une certaine reconnaissance.

Je me suis souvenu qu’il y a quelques années j’ai lu Le Syndrome du sauveur de Mary C. Lamia et Marylin J. Krieger, ouvrage dans lequel les psychologues affirment que ceux qui ont une tendance à « voler au secours des autres » souffrent d’un altruisme égocentrique. L’oxymore est approprié puisqu’il est question derrière l’empathie, la volonté d’aider, l’envie de servir à quelque chose – qui soit utile à l’autre, un besoin très narcissique de répondre aux propres besoins de ce « Superman » qui ne se l’avoue toujours pas.

« Le sauveur peut être une femme ou un homme de tout âge, nationalité, orientation sexuelle, culture ou statut socio-économique. À première vue, le sauveur contemporain de la vraie vie peut sembler être le partenaire idéal, mais en réalité c’est un héros tragique. Les sauveurs n’ont pas seulement la volonté de secourir les autres, ils ont également besoin d’être secourus eux-mêmes. De fait, et sans en être conscients, les sauveurs recherchent des partenaires particulièrement démunis et vulnérables. Ainsi, dans notre conceptualisation du syndrome du sauveur, la propension à venir au secours des autres et le besoin de le faire sont les conditions primordiales à l’acquisition de ce statut de sauveur. Prenez quelques instants pour réfléchir aux diverses relations existant autour de vous, ou celles dans lesquelles vous avez vous-même été impliqué(e). Il est probable que vous connaissiez des couples où l’une des personnes a trouvé un(e) partenaire qui avait besoin d’être secouru(e) – peu importe de quoi : tristesse, problèmes financiers, drogue, dépression, relation violente, soucis de santé ou séquelles d’un passé difficile. Peut-être les sauveurs que vous connaissez ont-ils identifié de façon instinctive la profonde vulnérabilité de leur partenaire même si, au début de leur relation, cette personne a tout fait pour masquer ses faiblesses. […]

Vous découvrirez que la plupart des sauveurs vont d’une personne vulnérable à l’autre, un peu à la façon de ces preux chevaliers volant au secours de la personne aimée sur leur cheval blanc. Au tout début d’une relation, le sauveur semble bienveillant et satisfait de son propre altruisme, mais à mesure que le temps passe, il se montre de plus en plus malheureux, déçu, critique et impuissant. Ce sont des caractéristiques typiques de nos sauveurs. Bien que ces figures existent dans des relations très diverses, par exemple professionnelles ou amicales, nous nous en tiendrons dans cet ouvrage à évoquer le sauveur dans les relations de couple. Bien que les actes héroïques du sauveur puissent apparaître comme une façon métaphorique de pourfendre le dragon qui menace ses partenaires, son véritable but est d’anéantir les dragons de son propre passé. Le sauveur espère recueillir l’admiration, l’approbation ou l’amour de ses partenaires. Cependant, à un niveau plus profond, le sauveur chronique tente de restaurer une perception de lui-même négative ou endommagée, héritée de son enfance. Malheureusement, les choix du sauveur en matière de partenaires, et la façon dont il finit par traiter ces derniers, constituent souvent une répétition symbolique du type même de détresse dont le sauveur a fait l’expérience dans son enfance. Plutôt que de restaurer sa perception de lui-même, cette répétition donne au sauveur un sentiment de défaite. Tant qu’il n’a pas réellement compris ses véritables motivations, venir au secours des autres ne l’aidera en rien dans sa quête d’autoguérison ; échec après échec, il ne pourra que se sentir malheureux. »Le Syndrome du sauveur. Se libérer de son besoin d’aider les autres de Mary C. Lamia et Marylin J. Krieger, Eyrolles, 2012, 330 pages.

Pour Pascale Senk, les raisons d’un tel comportement sont « À un premier niveau […] : un besoin de reconnaissance et d’être renarcissisé [poussant] la personne à voler au secours des autres… Et à le faire savoir. Plus subtile encore, une quête de pouvoir cachée. Quand l’abnégation donne place et importance, pourquoi ne pas en profiter? Le sauveur nourrit, habille, héberge, prend en charge plus fragile que lui… Et, ainsi, il le contrôle totalement. « Une manière d’apaiser la propre peur de l’abandon qui le mine », estime la psychologue Gene Ricaud-François. »  Jeffrey et Marie-Eve sont des personnes ayant soufferts d’abandon – ce traumatisme ou cet épisode traumatisant reste une blessure vive. Ce sont aussi des personnes qui dans leur façon d’agir ont un besoin d’avoir un contrôle sur les gens et l’environnement (ce qui ne signifie pas qu’ils s’imposent ou sont tyranniques, cela veut dire qu’ils ont besoin d’avoir le sentiment de pouvoir exercer un certain pouvoir sur la situation dans laquelle ils sont). Cela m’a toujours frappé. Ils sont capables de se « sacrifier » pour les autres, de s’oublier pour l’Autre, de toujours mettre en avant les Autres alors qu’ils pourraient se « vendre » ou tout au moins « profiter » des opportunités pour se mettre sous les projecteurs.

D’ailleurs, Marie-Eve m’avouait dernièrement qu’elle détestait les lumières, et paradoxalement elle est d’une beauté physique assez remarquable – pour dire elle ne passe pas inaperçue. Jeffrey est un beau spécimen mâle, pas un aimant sexuel dans le sens le plus « GQ » du terme, mais d’un acceptable au-dessus de la moyenne. Il est toujours à l’arrière-plan, s’efface tout le temps, un vrai fantôme ou un réel timide. Cela a souvent suscité mon admiration, ne pas prendre la place et l’offrir à d’autres. Sur la scène du « Me Myself & I », accepter et revendiquer sa place dans l’ombre est un inattendu aussi étonnant que plaisant. Jeffrey est ce « Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre » de Jacques Brel, dans un coin de l’anonymat il est heureux en même temps et paradoxalement « remarquable ». Jeffrey a une image atroce de sa personne, il se trouve moche comme un pou, stupide comme un QI irrécupérable, et, en fait, c’est tout le contraire. Marie-Eve souffre de complexes qui ne font aucun sens si l’on s’arrête à son apparence. On serait toujours tenté de lui rappeller qu’il existe plus indigent et miséreux qu’elle, ce qui n’y changerait pas grand-chose, Marie-Eve ne se compare pas aux autres pour se rassurer sur ses propres fragilités ou imperfections, c’est l’idée qu’elle a de la « meilleure version de sa personne » qui est son point de comparaison. (un peu trop) Lucide sur son soi, (un peu trop) impitoyable sur elle-même, Marie-Eve à l’instar de Jeffrey ne crie jamais sa propre souffrance sur tous les toits, au point que aux yeux des autres elle et lui donnent l’impression d’une invincibilité à tout épreuve. Ce qui m’a toujours incroyablement fasciné. 

Eux en tant que « Je » ne semble pas beaucoup exister ou compter. C’est sans doute ce qui explique le fait qu’ils soient capables de s’oublier beaucoup (ou du moins inconsciemment) pour les Autres, d’être sourds à leur propre besoin immédiat. Ce sont « des personnages forts, altruistes et pleins de ressources, qui surgissent in extremis pour sauver les innocents et les démunis des griffes des dragons ou des scélérats. » Des « Personnage[s] romantique[s], attirant[s] et puissant[s] » qui marquent dès la première rencontre et qui donnent envie de leur faire confiance. « Héros tragiques », ils sont en tant que partenaires l’idéal recherché sans que leurs partenaires malgré le temps qui passe ne sachent au fond « qui » ils sont – et se contentent, un peu en tombant dans le piège de croire « ce que » ils leur laissent voir. Ce sont des individus dont les « séquelles » d’un « passé difficile » ne sont pas visibles à première vue. « Vulnérables » derrière le masque d’invincibilité, Jeffrey et Marie-Eve parviennent à mystifier leur entourage. Pour de nombreuses personnes qui les côtoient ils sont d’excellents candidats à la béatification. Parce qu’ils produisent des « miracles » autour d’eux, alors qu’en eux c’est tout un enfer.

Jeffrey et Marie-Eve sont des personnes fortes, sempiternellement des « épaules sur lesquelles les autres s’appuient ». Des géants aux pieds d’argile. Des colosses au cœur de porcelaine. Ils pleurent sous la pluie, sourient même quand le cœur n’y est pas, ne s’attendent pas à être aimés mais aiment comme on soigne les blessures des Autres. Dans ce train se dirigeant vers Toronto, je les ai vus pour la première fois. Et j’ai compris ce qui me semblait inexplicable. Du moins, je crois. Demain, lorsque je les reverrai, ils seront peut-être en amour avec de nouvelles tristesses, de nouvelles âmes fissurées, de nouveaux cœurs errants perdus blessés. Je verrai leur cape rouge, le poing invisible levé vers le ciel, et au chevet des Autres dépressifs angoissés souffreteux. Je ne leur dirai rien, surtout pas qu’ils ont aussi besoin d’être sauvés. Parce que comme pour eux, comme pour tout le monde, Superman ou Superwoman est essentiellement une sorte de surhomme.

 

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2 commentaires sur « Syndrome de superman, syndrome du sauveur »

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