Dav-Yoda

Tout à l’heure, Princesse Leïla m’a surnommé Dav-Yoda ; après Ludewic Van Enthoven le précédent surnom qu’elle m’a trouvé cette semaine, je lui ai dit que c’était une suite assez inattendue.

Parce que Maître Yoda, le personnage fictif, est d’une nature un peu beaucoup différente du philosophe très médiatique Raphaël Enthoven. J’ai fait comprendre à Princesse Leïla que si je partage la même soutane noire – mon habillement au quotidien – que celui de Raphaël de Carla Bruni, je serai sans doute plus proche de Yoda Star Wars.

Il n’est pas question de mépris envers Raph’ ou de déconsidération, que dieu (même mort) m’en préserve, non, seulement le Maître Jedi à mes yeux incarne l’humilité la discrétion et la sagesse inspirantes que je souhaite un jour être. Autant dans ma réflexion que par mes actions.

Yoda, c’est la simplicité profonde ou la profondeur en toute simplicité. C’est la fraternité qu’il reconnaît en tout un chacun, l’interrogation permanente de la nature des choses et sa connexion avec ce qui est enfoui en chaque objet, le tout en s’inquiétant de la menace que sont les Ténèbres – ce mal guettant constamment l’humanité, l’univers et toutes ses singularités.

L’existence et la présence de la force obscure est un appel au devoir et à la responsabilité chez Yoda, et rien chez lui n’est le fruit du hasard ou de la complaisance, quitte à se rendre marginal. C’est ce personnage qui m’a très souvent inspiré autant qu’expliqué ce que je voudrais être.

Alors quand Princesse Leïla m’a parlé de lui, j’ai eu un léger sourire. J’étais satisfait de constater que je ne déviais pas trop de la voie tracée par le Grand Maître.

Je ne suis pas un grand fan, ni un fan tout court de Star Wars, je ne crois pas avoir eu à terminer un seul des épisodes, et si c’est le cas je ne sais plus lequel – c’est dire. Mais la figure qu’est Yoda m’a toujours servi de modèle, de philosophie de vie, de sens. J’ai plus lu sur Yoda que je ne l’ai vu sur un écran, ceux qui en ont parlé ont livré un personnage d’une extrême complexité et d’une grande sensibilité. Le dernier d’entre eux est Kevin S. Decker et son Star wars and Philosophy – More powerful than You can Possibly Imagine (2005). Mais aussi de bien d’autres. Ainsi, contrairement à Bellakhdar, je n’ai pas grandi avec la Guerre des Etoiles, je ne me suis vraiment jamais essayé à répondre à La question du père comme Paris et Stoecklin, encore moins à faire une Etude sur l’univers science-fictionnel de Star Wars comme Frédéric Vincent. Star Wars, grosso modo, a toujours été pour moi un vrai grand moment chiant. Et dieu seul sait à quel point j’adore la science-fiction.

Je veux dire à quel point j’adore notre réalité contemporaine avec cet Empire en construction, la détresse et le désespoir des rares Jedi qui osent affronter aux sabres lasers la montée en puissance de la force obscure. Des batailles épiques qui se mènent loin de la Une du The New York Times ou de CNN, là-bas dans les galaxies lointaines, ailleurs dans des mondes à part. Comme le dirait Chinua Achebe : Things Fall Apart, et c’est un vrai bordel. Même Isaac Asimov n’aurait pu imaginer un tel foutoir. Le Monde s’effondre ou Tout s’effondre, c’est du pareil au même, la colonisation de l’absurdité est un choc mental, culturel, humain, planétaire, qui bouleverse radicalement le sens et les sens.

Comme le dirait Asimov non seulement l’être humain est cet animal prenant plaisir à amasser des connaissances inutiles (pour dire ne lui servant à rien d’autre qu’à jouir de son ego cogito au milieu de ses congénères tel un snobisme et un matérialisme un peu con et beaucoup stérile – vraie branlette), mais également, et c’est ma conviction, il est celui qui a su tuer tous les mots préalablement vidés de tout ce qui serait moindrement intelligible.

Encore pour paraphraser Asimov, aujourd’hui avec l’Empire en devenir, j’ai cette terrible impression que pas encore tout à fait là et il est déjà éternel. Un jour on se souviendra de la terre, de l’humanité, de ce que nous fûmes, cela se fera en réalité virtuelle, dans d’autres univers. Comme le dirait Maître Yoda : May the Force be with you. Ou plutôt aux rares audacieux un peu fous un peu suicidaires et aux autres qui voudraient s’essayer à nous sauver tous : No. Try not. Do… or do not ! There is no try. Une façon de dire que foncer c’est défoncer, ou s’abstenir et crever.  

Le Monde s’effondre, c’est pessimiste et apocalyptique, tout le monde ne voit pas la même chose, tout le monde ne voit pas le sacrifice humain du Dernier Homme (entre la dystopique Atwood et le nihiliste Nietzsche) comme la fin d’un monde, certains ont espoir, et les autres plus lâches que lucides se font fatalistes. Ceux-là sont sans doute la pire de l’espèce.

 

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Princesse Leïla m’a surnommé Dav-Yoda, il y a quelques mois à peine pour elle j’étais M. Dave, vieux dinosaure qui après la météorite a ressuscité des morts avec une nouvelle peau, et malgré le costume ténébreux d’Enthoven qui a tant fait craqué Carla j’ai un truc très Yoda avant le rachat de Disney – je veux dire une gueule que l’on ne retrouvera pas dans un zoo de personnages-animaux vendus à un prix indécent avec l’étiquette du féérique et de l’enchanteur.

Ce truc très Yoda, n’est pas seulement ma pauvreté qui tissu de pauvrard se porte bien, je suis gratuit. Nul besoin de me télécharger illégalement, quelques clics et je suis soit entre les cuisses du public ou dans son dos à bonne hauteur de son fessier ; l’offre est la plus honnête du monde, de l’univers. Bien plus que Star Wars. Ce n’est pas moi qui le dit. Marie Eve, Dorothée et al.  le confirmeraient. Dav-Yoda, c’est la soupe populaire, on ne peut crier à l’escroquerie. Comme le dirait Yoda à Luke Skywalker : Good food ! Google translate propose : Bon vomissement ! Que les tripes soient avec vous.

 

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Il y a quelques semaines, j’ai suivi un séminaire en ethnographie, et j’ai confirmé un truc sur moi et appris quelques autres : je suis un salaud, quelques fois aussi foireux fumeux que la Revanche des Siths du Shit. Ça c’est la confirmation. Je me suis découvert moins froid que je l’ai toujours cru. Mon ex conjointe a confirmé : « Tu es le plus grand licheur de couilles, après mon père, que je connaisse ! » Google translate propose : « Tu es le mec le plus chaleureux que je connaisse ! » J’ai compris, néo trentenaire, que je ne suis pas en vrai un bloc de glace à la dérive et se dirigeant vers les plages de la Floride. Durant ce séminaire, j’ai découvert que je n’étais pas une banquise, que j’ai à cœur les Autres, que je tiens à ce qu’ils soient le plus heureux possible, et au fond que j’aime énormément les gens. C’est assez Bisounours, mais c’est ce que je suis.

Pendant ce séminaire, j’ai appris et j’apprends à faire un retour sur moi après un contact avec l’Autre, son regard, son commentaire, ses réflexions, ce qu’il offre, afin de m’évaluer et évaluer ce que me donnait ce Je en dehors de moi. J’ai compris que je suis foncièrement très sensible à l’Autre, et je le crois fermement est dans notre monde hobbesien une très grande faiblesse. Je ne me le suis jamais avoué parce que c’est un aveu qui me condamne presque à mort. Ce soir, je suis prêt à crever.

Si je suis sensible à l’Autre, je suis aussi distant et isolé, et encore une fois c’est ce séminaire qui me l’a révélé. Une distance un peu cassante, brutale, très diversement appréciée par les Autres. Un isolement de solitude qui est interprété différemment par les Autres. J’aime et j’ai besoin des deux. La caverne et le silence. La multitude et ses curiosités.

J’écrivais il y a peu dans ma recherche en ethnographie que je détestais tant être touché, et dieu encore une fois seul sait à quel point j’aime prendre l’Autre dans mes bras, et que les Autres se sentent si à l’aise de me prendre dans leurs bras. C’est à n’y rien comprendre. Voilà pourquoi ce séminaire, cette ethnographie, son obligation de réflexivité, est pour moi une révélation, presque une manière d’être en séance de psychanalyse – merci Kirstie. Certaines choses enfouies jaillissent et m’ordonnent de les assumer. Voilà, je m’assume. Je suis Dav-Yoda, un Bisounours.

Mon ex me l’a confirmé ce soir quand je suis arrivé chez elle pour lui ramener notre p’tite princesse : « Tu es un vrai calinours ! J’te jure tu as un air bâton dans le cul très souvent mais vraiment t’es prêt à tout pour les autres, ce qui t’as toujours foutu dans la marde ! »

Mon ex lors de notre premier rencard ne m’a pas cru quand je lui ai dit que j’étais trop souvent distant isolé que je ne le montre, elle trouvait que c’était aussi science-fictionnel que Star Wars car le Lud’ qu’elle voyait avec son rire son sourire ne pouvait l’être. Quelques semaines plus tard, elle tombait dessus. Sa famille et ses amies, aussi. Ce fût violent. Elle a su qu’elle ne vieillirait pas à mes côtés. Entre autres choses. 

Aujourd’hui, je ne dis plus rien. Les gens que je rencontre sont des passants qui ne s’attarderont pas, alors je leur offre ce « Merci pour le moment » qui ne coûte rien et qui fait tant de bien. Tant qu’ils sont heureux, tant que je le suis, cela me va très bien.

En écrivant, ce billet je me rends compte à quel point peut-être jamais auparavant ce blogue ne m’aura servi de questionnement de mon moi, à quel point je suis moi en tapant sur des pages blanches, à quel point en publiant ce qui est expulsé sans filtres je me présente nu devant la plèbe, et c’est terrible je n’en ai absolument rien à cirer.

Que l’on me dévore, que l’on me déguste, pitié que les bouches y prennent du plaisir, ça me suffit. Largement. Je n’ai plus peur. Cela fait un moment. Car comme le dirait Maître Yoda : « Fear is the path to the dark side. Fear leads to anger. Anger leads to hate. Hate…leads to suffering ». Dav-Yoda, Princesse Leïla n’a jamais tapé autant dans le mille.

 

 

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Nous avons une force infinie en Nous, il suffit de croire en Soi.

Le côté obscure de la Force redouter tu dois!

Pour réussir, tu dois croire sans douter, tu dois désapprendre ce que tu as appris »…

La différence est dans ton esprit.

 

 

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