The Noune

Bande sonore : Thought contagion (Live version) – Muse.

Angèle prétend que le spleen n’est plus à la mode, c’est ironique et sa chanson en témoigne : l’ouïe gerbe, dégueule, au point d’y perdre sa gueule. La nausée Angèle, une nausée de vie. Bordel. Visuellement pastel, fin des années 1980 ou début des années 1990, texte bobo-pffffff comme un pet silencieux, et le reste gigotant comme un spasme cadavérique. J’ai l’impression d’être enceinte de l’insipide, après l’écoute. Et d’accoucher par les tripes le gros bout de merde issu d’une espèce de baise d’une platitude missionnaire. Baudelaire sur l’étagère, sans rien dire, est sorti du cadre et à pisser sur le truc, jamais l’urine n’aura eu des vertus d’eau bénite. Like it is, Yusef Lateef, le dit mieux et avec plus de talent et de profondeur que moi. Soupir éternel, Dhafer Youssef le souffle avec beaucoup plus de mystique que moi. Je me tais donc, et je pousse ma crotte. Comme d’autres vomissent.

Ne t’y méprend point, j’adore Angèle. Ta reine est une escort-girl qui me fait le plus grand bien, habillée comme une racoleuse instagraméenne, sans classe et les boules en l’air, le cul percutant et cajoleur entre fadaise et fadasserie tout y est dans les proportions attendues, la tronche stéréotypée comme un lieu commun entre la redite et la médiocrité rehaussée par des faux cils kilométriques et beaucoup trop de make-up, j’adore ma reine, c’est à la fois Beirut d’Ibrahim Maalouf et d’Elephant Gun mais en moins émotionnellement palpitant.

On ne paie pas une escort-girl pour du palpitant, mais pour se vider. L’escort-girl est payée non pas pour te procurer des émotions très vives, mais pour te soulager d’un poids, te rendre léger comme une plume, qu’à la fin de la séance tu aies l’impression d’être en lévitation parce que débarrassé d’une lourdeur. Pour le palpitant, on s’inscrit sur FuckMeTender.com ou on va dans un bar dans le Vieux Montréal, on gare son beau carrosse de l’année à la vue de tous et on attend armé d’un vieux scotch de mec gâteux que les donzelles à moitié à poil viennent te parler de leur authenticité. Le palpitant c’est le Wildcat de Ratatat, ça ne fait pas miaou, la chatte vibre comme un Roar sans avoir eu besoin de l’avoir en bouche, comme les donzelles à moitié à poil dans le Vieux.

 

 

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Quelques heures plus tard, quand tu es dans le palpitant, tu te convaincs que la donzelle n’est pas dans une relation client-offre de service, qu’il ne s’agit pas de te fidéliser avec ses « Oooohhh Ouiiiii ! » « Godness ! » « Gosh ! » « Yeahhhhh ! » « Don’t stop ! » « Ahhhhh Hmmmmmmm ! », et que c’est vraiment ce qu’elle ressent. T’as pas le choix de t’en convaincre, sinon tu débanderais illico presto, du moins si tu en as quelque chose à cirer, ce qui n’arrive pas tous les jours. A cet effet, il y a des jours avec et des jours sans, le cœur synchronisé à la bite n’y est pas toujours. Ta reine, tu la défonces ou tu partages, elle exige que tu la défonces ou que vous vous partagiez, cela dépend, des jours avec et des jours sans.

Si à un moment donné, pendant le Nisi Dominus – Cum Dederit dans lequel tu te prends pour Vivaldi, je veux dire le coït entre la finesse la délicatesse – Dieu chantant – qui sans transition peut basculer dans le Say my name de David Guetta Bebe Rexha & J. Balvin (au Say my name qui signifie si tu aimes ce que j’enfonce en toi laisse-moi t’entendre, la voix septième ciel de la donzelle répond : « Daddy ! » « Oh Daddyyyy ! »), alors tu sais que tu n’es pas seulement ton prénom qui à cet instant dit à quel point t’es pas juste une bite comme une autre pour une donzelle avec de sérieux problèmes d’Œdipe.

Mais, ce n’est pas vraiment un truc à te rendre dépressif, tu préfères encore être le père que le simple phallus acheté à un sex shop. Tu es plus qu’une chose, tu es un concept-clé de la psychanalyse, et heureux de constater ton importance tu torpilles le fessier hurleur. Durant la séance, vous passez du stade oral au stade vaginal en passant par le stade anal, elle guérira de ses Daddy issues et toi tu te sentiras comme Freud.

 

 

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Si à un moment donné, pendant le Break it to Me de Muse (revu et corrigé par Sam de Jong) dans lequel tu te crois à la fois en Orient enchanteur et quelque part dans un présent dystopique, je veux dire le coït entre la chevauchée torride et la tempête de sable – Dieu chantant en l’occurrence Matt Bellamy électrifiant les cieux – qui sans transition peut basculer dans le Trouble de Coldplay (au milieu duquel tu te sens comme piégé dans une toile d’araignée : la noune de la donzelle d’où se fait entendre le fameux doux frou-frou rimbaldien), alors tu sais que tu n’es pas uniquement une ombre fantastique errant dans le désert de Skarmeta, tu es aussi celui qui « can rise high above the ashes » vos deux corps coincés l’un dans l’autre comme tous ceux se disant « Ouiiiiii ! Oui ! » – jusqu’à ce que l’escort-girl ou le fuck boy les séparent.

Mais, ce n’est pas vraiment un truc à te rendre heureux, tu préfères sans doute que tout ça ne soit pas aussi prometteur, juste que cela demeure de l’ordre d’un Dirty dirty à la Charlotte Cardin et que la donzelle te jetant un regard électrifiant comme la foudre Bellamy-Jupiter murmure satisfaite : « You really like the bitch ». Et toi, saoul comme un Bukowski au sommet de sa forme ou en pleine overdose créative comme le Prince des Doves, tu crois comprendre « Beach », ce qui change un peu ta perception de l’affaire puisque sans savoir comment la donzelle et toi n’êtes plus dans un lit minable et sans intérêt (comme tous les lits du monde), vous êtes sur une plage des Caraïbes au sable lactescent, la gueule de la donzelle plongée dans les vagues de la mer émeraude et toi secouant ton cocotier sous le regard voyeur d’un soleil trop curieux. Vous êtes bien, tu ne verras pas ses larmes quand elle crèvera, elle sentira tes convulsions de cocaïnomane, le soleil ne détournera pas le regard, il prendra son pied.

 

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Quelques heures plus tard, tu te réveilles comme l’autre à ressusciter des morts, autour de toi c’est comme un monde altéré par l’Algorithm de Muse, ce monde-là est méconnaissable dans sa version Alternate reality, mais pour toi c’est tout aussi inattendu et salvateur qu’un New light de John Mayer les p’tis matins, les percussions produisent des rythmes pastel et on dirait qu’autour de toi tout bat comme un cœur broyé aux lendemains des Saturdays de Twin Shadow. Tu t’aperçois que le cadavre de la donzelle n’a pas connu le miracle, une Belle au bois dormant dans tes draps, tu n’as pas envie de lui donner un baiser qui la fera revenir d’entre les morts, juste de t’éloigner en regardant sa voluptueuse noune dégarnie de toute broussaille, de partir loin de cette chair morte pour laquelle tant de personnes ont fait des guerres.

Là tu te rends compte qu’au fond toute chair est une chair, tout trou reste un trou, et ce moment précis de révélation quasi mystique est noyé dans le Blockades de Muse, c’est comme plusieurs séismes de magnitude Apocalypse Please. Le monde méconnaissable rentre en mode autodestruction, Dig down de Muse, les lumières pastel se transforment en pulsations néon et fluorescentes. Tu crois être dans un vortex avec des anges transgenres aux couleurs acides chantant la fin des temps. Tu es seulement dans ta chambre et tu dois impérativement « find a way » parce que Dieu contrairement au soleil voyeur a décidé de regarder ailleurs, ta misérable vie ne l’intéresse pas ; tu dois « find a way » et « find faith » parce que les ténèbres qui descendent sur toi n’ont rien de luciférien : c’est toi-même.

 

 

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Ta chambre est la Room 104, pour dire d’une façon comme d’une autre c’est sans issue. Et comme si tu n’avais pas assez de problèmes, la noune la chair morte ouvre les yeux, le miracle a finalement eu lieu, tu sais que tu es foutu. La noune à la gueule de The Nun, le regard électrifiant comme les cieux du Pandémonium t’immobilise. Et comme un con, tu ne détournes pas les yeux, hypnotisé tu avances vers elle, elle écarte les bras, et comme tu le savais déjà elle te dévore.

Finalement, Angèle a raison, le spleen est passé de mode, la noune a tout avalé. Absorbé. Dévoré. Si à un moment donné, tu te sens comme toutes ces âmes damnées dans l’utérus de la Reine de Sheba d’American Gods, qu’en fond sonore il y a une mélodie Tétris rythmant ta perdition comme disparaissent dans le néant les tétrominos, en fait tu es comme Kerouac, Sur la route. Un gros bout de merde attendant d’être expulsé par un orifice qui a tout d’un trou noir. Quand tu arriveras enfin à destination, tu seras loin du point G, il n’y aura pas de Georgia on my mind de Ray Charles pour te souhaiter la bienvenue, juste le Veridis Quo de Daft Punk ouvrant les portes d’un au-delà du néant dans lequel tu feras une entrée digne d’un pet silencieux, personne n’entendra. Matt Bellamy, Jupiter, te regardera et te demandera de lui conter ta Propaganda à la manière de toutes les Muses palpitantes de tes soirées saturnales. Et c’est seulement à ce moment-là que tu te rendras compte que la noune t’a aussi coupé la langue.

 

You ate my soul just like a death eater

Baby, don’t you know

You make me offers that I can’t refuse

Tu goûteras à la foudre. La noune, à la droite de Bellamy, sera comme Nicki Minaj dans le Goodbye de David Guetta et Jason Derulo, elle te fera un signe de la main : « Aurevoir Papi chulo ».

Bande sonore : Break it to me (Sam de Jong remix) – Muse.

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