Zangalewa

Bande sonore : Zangalewa – Jay Jay.

Hier, Marissa a débarqué chez moi, en micro string. À Montréal, mon appartement est comme la cour du roi Pétaud, tout le monde peut débarquer quand il veut, sans prévenir, le concierge a renoncé à faire la police depuis qu’il s’est rendu compte que le seul mec Black de l’immeuble était en fait un dealer de cock, et qu’il en a eu marre de repousser les Pussycat dolls de toutes sortes débarquant souvent de Mars, surtout de Vénus.

Dès qu’il s’agit d’un « Je viens voir Dave » le mec ne se gêne même plus pour s’assurer que je sois d’accord de recevoir le truc, que l’inconnu soit une connaissance ou une serial killer. Ou les deux. Pas de « Attendez un moment, je vais vérifier… », il dit : « Prenez à gauche, ascenseur à votre droite, treizième étage, numéro… » « C’est bon, je connais le numéro. » « Okay ! » Le concierge a abandonné.

Le syndic’ aussi. Ce dernier a essayé de me foutre un procès au cul, mais j’avais Me Jennifer Doe de mon côté, et Me Jenny Doe ce n’est pas du niaisage. Je l’ai vue plusieurs fois en cour, devant le juge et face à ces autres confrères ou consœurs, elle ressemble à un vagin-piranhas, c’est-à-dire : « Don’t fuck with me ». Littéralement. J’ai vu des juges, des confrères, souffrir de leur castration à en pleurer, des consœurs voulant lui arracher son impeccable chignon. Me Jenny, mariée, la moitié de la vingtaine passée, mère de deux bambins épouvantables, est indomptable quand il s’agit du pénis choco qui la fait jouir entre deux rendez-vous. Après cet échec cuisant, le syndic’ a lâché l’affaire.

Depuis, le concierge, juste pour me faire chier ou/et juste pour me punir de ne pas respecter l’esprit de ce bâtiment puritain d’embourgeoisés ayant fui le Plateau Mont-Royal parce désormais saturé de l’infect populacier, laisse passer n’importe qui.

Des matins, je me retrouve avec des trucs dont je ne connais ni d’Eve ni de la Vierge, ni d’Adam ni d’Eve, quelques fois c’est juste Marie-Ève. Et, souvent, je fais semblant de me souvenir. « Ahhhhh, oui, bien sûr ! Je t’en prie rentre, fais comme chez toi ! » Je ne me souviens que dalle.

Ce qui est bien avec ça, c’est que le coït-coït qu’elles m’offrent, après mille et un détails sur le comment on se connaît, est une chute qui me fait toujours avoir envie de pondre un chef d’œuvre postmoderne.

J’imagine qu’avec ça, la p’tite baise qui ne se fait pas prier, le Prix Nobel est à portée de la bite-plume Black Panther. Celle qui fait « Wakanda » quand elle écrit quelques phrases pas pire, sortie d’une inspiration blockbuster, avec des milliers de vues disant toutes ces putains de nymphomanes que sont les lecteurs. Lectrices. Sur ce point, mon wordpress m’a envoyé un rapport de lecture, il paraît que Sucer ce n’est pas tromper fait un méchant tabac chez ces dames. Jamais semble-t-il une fellation n’aura fait tant de bien. Donner et recevoir, voilà qui est humaineté

Prix Nobel. Merde. « Wakanda ». Je préfère que l’on me coupe le rikiki. Et ces dames, ces gentlemen, n’auraient plus rien à se mettre sous la dent. Plus de Sucer ce n’est pas tromper. Plus de Kinder Surprise. Plus d’humaineté. Merde. Ne me coupez pas le rikiki

Dernièrement, puisque j’y suis, Stéphanie m’a demandé après avoir lu Bite si j’avais vraiment un micropénis, je lui ai répondue ce que Dorothée a déjà entendu : « La vérité est empirique ». Stéphanie n’a pas la culture de Dorothée, je n’ai pas bandé devant son legging et son string. « Ça va ? » Je n’ai pas répondu, Stéphanie a remballé son corps parfait, sa vulve parfaite, ses fesses parfaites, ses seins parfaits, et elle s’est barrée. J’ai pété un bon coup. Cela s’entendait comme un « Wakanda » soulagé d’être dispensé de la corvée. Je veux dire : « Franchement, comment peut-on baiser un corps sans cervelle ? »

Mon concierge est un homme bien, un bon mec. Lui et moi on s’échange des blagues très salaces, toujours dans un paquet de métaphores. Moi, la vulgarité sans emballage qui sort du basique presque instinct, le truc cul-cul comme ça gratuit, ça a toujours eu sur moi un effet maladie vénérienne, allez savoir pourquoi.

Le vulgaire doit avoir de la classe. Je veux dire un peu plus de ce truc qui ne pue pas juste de la gueule, et qui quand il l’ouvre oxygène tout en mettant mal-à-l’aise. Le vulgaire juste pour le vulgaire, c’est comme lire Éric Zemmour ou Michel Houellebecq. C’est non seulement sans élégance (et vous le savez depuis La Lady en robe noire comme l’élégance me fait succomber, souvent entre les cuisses de la Princesses Leïla), mais c’est aussi ordinaire. L’ordinaire, comme se faire selfie tout le temps, comme aimer les strass et les paillettes, comme se faire sexy ou hot, c’est banal et pauvre. Un vrai truc de la populace.

Le sexy n’est pas dans la mise en scène, le sexy est dans l’aura. Pas qu’un truc phallique montré ou suggéré, pas qu’un truc vaginal montré ou suggéré, pas que des morpions, pas que d’infections urinaires, pas qu’une shape pour la mise en forme, pas qu’un truc flasque ou obèse qui fait de sa négligence de soi une revendication de soi, pas qu’une pilosité excessive (des aisselles et du pubis) qui se veut lutte féministe contre le diktat tout porno-patriarcal du rasage intégral (c’est juste néandertalien doublé d’une vraie connerie – Simone de Beauvoir doit sûrement se retourner dans sa tombe), pas qu’un rasage intégral comme une déforestation (de l’Amazonie), pas qu’un marketing de soi qui se résume à un slogan et une image, pas que du ramassis de toutes sortes qui ressemble à un patchwork aussi insipide que traumatisant, pas que du désespéré qui au fond non seulement fait pitié à voir mais ne donne aucune envie d’être sauvé. Le sexy c’est beaucoup plus qu’un cul, un corps, une tonne d’artifices, ce sont des vibrations qui viennent de l’authenticité. L’authenticité, c’est sexy. L’authenticité est le sexy, le hot, le truc qui donne envie d’aimer et de faire l’amour, le truc qui met fin au baisable et la simple consommation de la chair. Vulve et bite. 

Marissa est un cul, un corps et des tonnes d’artifices. Elle a débarqué, sans prévenir, j’ai ouvert mon peignoir noir. Elle a lâché : « Meilleurs vœux » en ouvrant son manteau en plume de je-ne-sais-quoi. Ce qu’elle m’offrait était purement obscène.

Après cette levée de rideau assez original il faut en convenir, je suis rentré en scène. Bien évidemment, peignoir au sol, la croix phallique dressée sur le mont Golgotha, pour le coup renversé ou à l’envers de façon baudelairienne, prêt pour le saut de l’ange, je lui ai rendue la politesse : « Merci, je te souhaite pareil. » On a baisé toute la journée.

Le monsieur originaire du Saguenay à jeter l’éponge. Il laisse passer tout le monde, sans filtre (et pour ceux à qui il faudrait quand même le rappeler, il ne s’agit pas ici de filtre snapchattien et instagramméen, juste d’un « sans filtre » comme il se disait dans le Vieux Monde – c’est-à-dire « sans filtre », tu comprends?). C’est une vraie passoire. Le monsieur n’en rien à faire que je sois là ou pas, le mec s’en fout royalement.

Et c’est ma faute. Dealer de cock, sans aucun respect des règles, hors la loi, smooth criminal, ce n’est pas trop le genre de l’immeuble, le genre de l’immeuble est transgenre et transexuel, ne sniffe des cocks que dans le noir – une question d’image, des cockhold dans une ambiance de blind dating, personne ne voit l’autre et le tout reste dans l’anonymat complet. Moi, l’egosexuel, avec toujours sur lui ses boules rondouillardes et bien pendues comme les cadavres de Villon, sans « trans » qui n’est pas du tout le genre du mec, et qui a une clientèle sortant en plein jour avec des restes de cock dans les narines ou des traces de poudreuse de cock visibles sur le visage, je fais un peu tâche. 

Et c’est ma faute. La clientèle est accro, je livre à domicile, c’est-à-dire chez moi. Quelques fois, je me déplace, comme on s’offre un safari. Et c’est souvent là que je constate à quel point l’illicite, un peu blasphématoire, un peu hallucinogène, un peu plus vibrant que l’encéphalogramme plat du vivant, de nos jours est un genre vraiment proscrit par une société zombifiée. La transgression, véritable, qui offre des tripes hors du commun, qui ressuscite les morts-vivants, n’a plus droit de cité.

Dans ces safaris, je me rend compte que le genre humain est une espèce disparue. Il n’y a plus que clones, des cyborgs, des walking dead, des surgelés, des OGM (Organismes Génétiquement Merdiques), des sans-gluten, des vegans sur-consommateurs à la mode et fossoyeurs de l’environnement, des climato-enthousiastes et convaincus qui s’achètent des bidules technologiques causant des guerres épouvantables dans les Ailleurs – et qui prennent beaucoup l’avion pour découvrir les Ailleurs cartes-postales, des anti-guerres qui se font au quotidien la guerre ou qui se la livre dans la rue dans un regard dans une médisance dans un Me me me me avec ou sans hashtag. Safaris en connerie-land. Je livre à domicile. 

Hier, je me suis dit qu’il fallait trouver une solution à cette tension absurde entre mon concierge et moi. Je lui ai offert un Dom Pérignon Œnothèque de 1971, un verre. Le mec l’a avalé comme s’il s’agissait d’une Molson Coors. Il a roté, et nous avons fait la paix. Du moins, c’est ce que j’ai cru jusqu’à l’arrivée de Marissa.

Marissa, blonde, sexy et hot, après un régime diététique draconien, et une cure drastique d’anorexique. Un vrai canon qui tire sans attendre que les Français le fassent les premiers. Je reçois en pleine tronche. Parents propriétaires richissimes d’un ranch et de plusieurs fermes agricoles, elle conduisant une Audi A4 de l’année, c’est-à-dire payé il y a quoi deux jours, psychologue diplômée de l’université privée la plus huppée de la ville, trentenaire dans un an, possède un cabinet dans le centre-ville où les riches comme elles viennent se branler sur un divan.

Marissa, elle se branle devant moi. Les yeux fixés sur moi, regard contre regard, moi assis en position jungienne, je psychanalyse le vagin. Et à la fin de la séance, j’ai son jus lâché comme une femme fontaine sur moi. Pas assez de cleanex pour nettoyer tout ce foutoir, je prends toujours une douche. Et Marissa a quelque chose que les autres n’ont pas, le culot. Elle ne respecte jamais mon intimité. Même sous la douche. Marissa débarque, prend de la place et cela n’est jamais une douche tranquille. « Meilleurs vœux ». Mon cul. Elle le dévore. « Meilleurs vœux mon cul ». Là, ça prend tout son sens. 

Dans les toilettes, il y a lâché par mon système de sonorisation le Zangalewa de Jay Jay. Marissa se lance dans une danse qui me fait reprendre vigueur sans que mon cerveau ne consente. Marissa heureuse d’être parvenue à ses fins m’esclavage de la manière la plus pastorale, la plus campagnarde, possible. Il y a chez moi du « Meuhhh » bovin, bœuf dans l’abattoir, je commence l’année trucidé par Marissa, dans le reflet du miroir j’ai la gueule d’un steak.

« Ma chérie coco », Marissa mime l’accent camerounais dans un patois anulingue, elle a du Zangalewa sur le bout de la langue. « My lady lady… My baby baby, ma chérie coco », Marissa me fait répéter comme un perroquet pour s’assurer que j’ai bien assimiler la leçon. Et je répète. Ai-je le choix. Question rhétorique, je répète pour sauver le peu qu’il me reste. Il me reste encore plus de trente cent soixante et quelques jours à tenir, je dois sauver, là, ce qui peut l’être, Stéphanie n’acceptera pas ce qui est en deçà de Dany Laferrière et son Comment se faire enculer par et comme un Nègre sans crever. Marissa, je-m’en-foutiste, me vide.

 

« Faut lire Hemingway debout, Basho en marchant, Proust dans un bain, Cervantès à l’hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosoto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot dogs, frites et coke… Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche.« 

 

Mon ex-femme m’a envoyé un message-texte tantôt : « Tu connais une Marissa ???? » J’ai répondu : « Cela dépend… » Elle m’a fait un doux emoji-doigt d’honneur. Puis a ajouté : « T’sé m’en fous de tes pétasses !! Mais qu’elles ne me demandent pas en « amie » sur Fakebook !!!! Ostie ! » Mon ex-femme pète une fuse pour un regard de travers – je veux dire pour pas grand-chose, Québécoise pure laine, elle est de ce fait très conforme à la norme. J’ai voulu lui dire « C’est juste une putain de demande d’ami, au pire tu ignores. » Je n’ai rien dit. Mon ex-femme est avocate, elle rêve de la Cour suprême, donc elle n’aime ni perdre ni n’avoue jamais qu’elle a tort. Surtout, comme avec un écrivain, avec un avocat il faut s’attendre à ce que tout ce qui est dit puisse être utilisé d’une certaine manière comme d’une autre, lors de notre divorce je m’en suis bien rendu compte. Cela m’a coûté les deux couilles. 

Alors depuis, je ne niaise pas avec elle. J’ai appelé Marissa : « Salut toi, lâche mon ex stp si tu veux revoir ma bite. » Marissa a gardé le silence. Vous savez, il y a des moments comme ça où on jauge les propos de l’autre et rapidement on se rend compte que ce n’est pas une joke, alors on garde le silence après avoir envisagé toutes les issues acceptables, sécuritaires, dans le sens de notre intérêt. Marissa a fait : « Okiii ! C’est bon ! » J’ai raccroché. Quelques minutes après, Marissa m’envoyait son cul sur Messenger Fakebook. Une vidéo d’elle en train de faire bouger son parfait cul qui me fait dire n’importe quoi. En fond sonore Zangalewa de Jay Jay. Bordel. J’ai eu une vigueur digne d’une pute nymphomane

Le téléphone a sonné, le concierge voulait savoir s’il devait laisser Stéphanie monter. Le Dom Pérignon a eu son effet. J’ai fait : « Oui, stp, merci, c’est gentil ». Il a dit un truc très léchage de cul ou pour dire en patois anulingue, je n’ai pas prêté attention. J’ai rajusté mon peignoir, j’ai sorti le Cristal de Louis Roederer 1962 de ma cave à vin. Je l’ai servie dans les verres appropriés, Stéphanie rêve de « Wakanda », elle ne remballera pas sa vulve ce soir, la panthère ténébreuse a faim.

Bande sonore : Happiness does not wait – Olafur Arnalds.

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