Hamdoullah

Bande sonore : Mi-Chemin – Hocus Pocus.

Hier, Rose, la marginale, m’a balancé après notre partie de jambes en l’air : « T’sé, j’ai envie d’avoir un enfant ! » Je lui ai répondu : « Il me semblait que tu aimais seulement les animaux. » Elle a répliqué : « Justement ! » Rose m’a expliqué de façon très cartésienne et donc très très très philosophique pourquoi les animaux sont nos supergadgets du XXIe siècle comme l’avait déjà théorisé Roland Jaccard dans son lumineux L’Exil intérieur : schizoïdie et civilisation paru en 1975 : « Mais l’animal domestique est de plus en plus recherché comme supergadget – c’est pour l’homme, sédentarisé et somme toute désincarné par la mécanisation, une merveille d’automatisme, une force dont la complexité, la souplesse, ne peuvent être égalées. C’est également le rappel d’un dynamisme vital qu’il n’est plus sûr de posséder encore ». Jaccard poursuit : « En outre, si jadis l’animal sauvage était ce qu’il devait être : un intermédiaire entre l’homme et la nature, l’animal domestiqué est devenu aujourd’hui un intermédiaire entre l’homme et sa nostalgie de la nature ».

Rose sortait du Jaccard par les yeux, la bouche, son corps et surtout sa cervelle. C’était pour le vieux de deux mille ans que je suis purement du viagra. Je n’ai jamais pensé qu’un enfant pouvait être un animal d’un type supergadget jaccardien, et dieu seul sait à quel point j’ai lu et relu Jaccard régulièrement depuis quoi deux millions d’années. Rose me présente le truc d’une façon simplement bandante. Je fais : « Ok. » Que veux-tu que je dise après Jaccard ? Juste comme Desproges dirait : faire silence après Mozart. Parce que ce qui suit est encore du Mozart. Desproges, quel génie. Rose, la marginale, hier, en soirée, dans un Montréal sibérien comme un Goulag, voulait un enfant. Par précaution, j’ai mis un deuxième préservatif.

Hier, j’étais entrain de rédiger un article pour une revue de vulgarisation scientifique, un article insignifiant sur le divers et sa reconnaissance présentant et discutant des enjeux théoriques et philosophiques d’un sujet qui ne paie pas les factures, encore moins une BMVV, ma Baby boss qui fût un moment Jurassic a débarqué dans mon bureau avec plusieurs demandes très très très urgentes. Le truc importantissime de ma p’tite darling était une poupée dont elle n’arrivait pas à enfiler des habits très très très Barbie. Faut dire, j’ai essayé d’habiller la poupée et c’était plus compliqué, déprimant que de lire Kant, ses Fondements de la Métaphysique des mœurs et sa Critique de la raison pure. Après trente minutes, j’ai bricolé un truc, sous la pression des « Papaaaa ! C’est pô com’ cô ! » et des « Tu as fini ?! » toujours accompagné d’une tronche guettant l’horloge, je veux dire qui ne te laisse même pas le temps de péter un coup. « Papaaaa ! » J’ai bricolé avec une arme collée sur la tempe. La poupée ressemblait à bella hadid après plusieurs chirurgies esthétiques et version bronzée à la the weekend, poupée par mes soins habillée comme un défilé hiver-automne de l’Armée du salut présentant sa nouvelle collection « C’est pour les pauvres ! » à des crevards en quête de dignité. Ma Baby boss a regardé le truc, elle était satisfaite. Elle s’est barrée de mon bureau en claquant la porte au point de me faire friser l’infarctus.

Hier, après Rose qui ne baise plus comme avant, qui a changé de style, qui fait désormais sa Melissa sans les poils pubiens et le gros caleçon léniniste-marxiste, j’ai fait du fashion sur une poupée avec ma tronche de calciné. Mon article a eu de la misère à se réécrire e donc à se relire. Surtout parce que la Baby boss a eu en pleine fin de soirée, après le départ de Kath’ sa baby-sitter, une envie de crêpes. Au chocolat. Sans trop de beurre. Je lui ai demandé si elle voulait aussi que je le fasse sans feu et sans œufs. Elle a hésité, a réfléchi durant de longues secondes, et m’a pitché : « Nooonnn. » Je l’ai prise dans mes bras, je l’ai embrassée avec mes lèvres mouillées comme un mois de janvier polaire qui passe sans transition d’un froid frigidaire à un soleil californien, les enfants à son âge son juste une vraie jouissance. Mes lèvres déposées sur elle, elle a fait : « Beurkkk ! Papaaaa ! »

Hier, j’ai servi des crêpes au chocolat à la Baby boss, elle n’a pas voulu bouffer dans la salle à manger, il lui fallait être devant un truc Youtube projeté sur la télévision du salon dans lequel de jeunes filles manifestement russes – au nombre de « Niet » qu’elles bombardaient entre des phrases en une langue Alien. Ma baby boss comprend le russe. Il lui arrive même souvent de me traduire l’espèce d’amphigouri en un langage de civilisé, je veux dire d’adulte – ce qui je le conviens n’est pas forcément compréhensible. Quand elle me traduit le truc, je vois beaucoup de rose, de poupées, et je devine que cela veut dire « Papaaaaa, tu es vieux ! » Ma Baby boss quelques fois me donne l’impression de la désespérer au point qu’elle voudrait m’échanger contre Youtube. Beaucoup plus Alien, langue très très très clair pour elle. Quelques fois, j’ai juste envie de lui dire « Lux Freya, Papaaaaaa est un Alien. » Sauf que je ne parle pas le russe et je ne me diffuse pas sur Youtube. Lux qui souvent fait trop sa Freya ferait une tronche du genre « What do you think you are ?! » Mais, elle ne le dirait pas. Elle le sait, contrairement à « Mamaaaaa !!!! » chez moi c’est une monarchie constitutionnelle dont elle est la reine et moi le pouvoir.

Hier, Rose m’a envoyé un message pour me dire à quel point elle voulait vraiment avoir un gosse ou un supergadget. Je lui ai dit : « Mes spermatozoïdes sont en grève, pour une durée illimitée, une question de renégociation de la convention collective ». Rose qui ne sourit quasi jamais même quand elle jouit m’a envoyé un emoji crampé de rire. J’ai trouvé ça si suspect que je me suis dit que la prochaine fois que l’on baisera, je veux dire en fin de semaine, je mettrai sur mon pénis un troisième préservatif.

Hier, Karlita a changé de photo de profil, elle m’a lu. Ses grands yeux bleus magnifiques sont sans filtre. Elle a toujours de magnifiques p’tis seins. La face rondouillarde comme je la connais. Celle avant sa crise d’anorexie qui lui fait tellement ressembler à mes yeux à un squelette. Les morts ne m’ont jamais fait bander. On peut être filiforme de façon naturelle et ça me va vraiment bien (comme le reste tant que ce n’est pas une artificialité), mais être squelettique à force de régime ça un truc très cadavérique, un truc qui pue la morgue et le cimetière.

 

Karlita sourit, habillée comme je l’adore en noir à l’instar de la Lady en robe noire,  élégante et merveilleuse dans un monologue presque confuciusien version selfie avec sa cam, des dents blanches bien présentées – le bonheur colgate, j’ignore si elles s’illuminent quand on éteint les lumières – ce qui serait si épouvantable, ce qui serait vraiment irrécupérable. Un peu moins de perfection, surtout pas de perfection, c’est cela je crois l’authenticité, l’honnête, j’adore simplement. J’adore Karlita. Elle est si porcelaine, si en découverte d’elle, si en quête de sens d’elle-même, si divine. J’adore. 

Pour dire, si Karlita me dit : « Baise-moi avec mes imperfections et fais-moi jouir. Dévore tout ce que je suis dans mon entièreté, vois-moi dans ma nudité, je te présente mes vraies affaires, This is Me ». Je me ferai traite négrière. Karlita, le Jésuite que je suis dit : Alléluia. Qu’il en soit ainsi. Je vais dévorer ton imperfection. Comme une crêpe au chocolat faite pour ma Lux Freya, ma lumière et ma déesse guerrière de l’amour.

A mi-chemin entre. Je me suis senti ce soir comme ça. Entre 30 et 40. Mes spasmes XL corsés comme ma nicotine. Vieux foutu âgé de deux millions d’années, et qui ne tripe pas sur les p’tites jeunes, ou à la mentalité de p’tites jeunes, je suis entre les sillons et les octets, je t’invite à partager une crêpe au chocolat, toi qui es là où tu es, viens et soyons le Toi+Moi de Grégoire, entrons dans la danse, toi et moi, « Le froid et la peur ne sont que des mirages », et même si nous ne changeons pas le monde, le plus important c’est que malgré les haines nos doutes nos peines nos douleurs que l’on sème si souvent, l’on puisse après le partage de Toi+Moi dire : « Hamdoullah ça va ».

Bande sonore : Toi+Moi – Grégoire.

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