Photos-Voices

Photovoice est une stratégie qui utilise la photographie comme outil de changement social. […] elle positionne l’individu dans une approche participative qui encourage l’expression de soi en permettant une voix par la prise de photos. 

Photovoice a été créé par Caroline Wang et Mary-Anne Burris de l’Université du Michigan dans les années 1990 (Photovoice Steering Committee, 2007; Gagné, Jamieson, & Ouimet, 2009). Les auteures se sont basées principalement sur les théories du développement de la réflexion critique, les théories féministes et la photographie documentaire pour développer leur approche. Elles ont également testé et bonifié elles-mêmes leur méthode au sein d’un programme de développement du bien-être chez les femmes dans la province du Yunnan en Chine. Ainsi, par rapport à la réflexion critique, Wang et Burris (1997) affirment que l’un des moyens les plus efficaces pour que les membres d’une communauté se préoccupent de certains enjeux sociaux est d’en montrer des images. Cela est cohérent avec la philosophie de la photographie documentaire qui insiste sur l’importance de montrer des réalités sociales à travers les images afin de toucher la conscience sociale et de susciter la réflexion critique.

 

 

 

Photo 1 : Mobilité(s) & Immobilisation(s)

 

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Cette photo a été inspirée par la conception de culture élaborée par Hofstede. Ce dernier considère la culture comme une programmation mentale (intériorisée par les individus-sujets culturels). Ainsi, toute culture oriente les groupes et les membres d’une communauté. Dans orientation, il y a une conduite à observer, un ensemble de règles à respecter, un sens et des significations à apprendre.

Cette photo montre cet aspect de la culture. On y voit des individus se diriger vers, dans le respect des normes établies, des voies balisées, ils traversent un chemin dans les sens autorisés et au moment autorisé. Certains des individus de cette photo sont immobilisés (par le feu rouge et la main qui fait : “Halte!” ou “Stop!”). Ces personnes sont dans l’attente d’une autorisation de bouger (à l’extrême droite de la photo), et quand elles recevront cette autorisation elles emprunteront la voie balisée – elles resteront dans la norme.

Cette photo illustre ainsi le fait que la culture est une notion laissant entendre des possibilités de mobilité(s), seulement dans ce qui est permis. Tout individu-sujet culturel peut à l’intérieur de ce cadre aller dans toutes les directions qu’il souhaite tant que cela est autorisé. Son mouvement ses mobilités sont disciplinées contrôlées par des règles institutionnalisées (les voies tracées – lignes blanches, le feu de circulation, la main qui immobilise) ou par la pression sociale (la pression du groupe auquel il appartient peut lui imposer la marche à suivre, le rythme ou la cadence, le moment de faire).  La culture est dès lors une agentivité sous contrôle.

Avec cette photo, il y a également un autre aspect de la culture qui peut être remarqué : les traits culturels distinctifs que sont la société de consommation, l’habitat, etc. Ces traits sont culturels puisqu’ils disent la conceptualisation particulière de la modernité par une communauté donnée.

 

 

Photo 2 : Implicite(s) & Explicite(s)

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Cette photo présente une personne dont on aperçoit très partiellement le visage. La main qu’elle oppose à l’objectif de la caméra est floue et occupe une large place du cadre. Le regard est en direction du photographe et observe le public que l’on devine être la caméra. Le flou obstruant la quasi totalité du visage contraste avec la netteté de l’arrière-fond. L’oeil du sujet photographié est coloré (cela indique la présence d’une conscience de Soi, la couleur de l’oeil est mauve : douceur paix amitié solitude spiritualité), ce qui détonne (indicateur de la singularité) dans l’ensemble quasi monochrome. L’idée de cette photo a été inspirée par l’enjeu (social) des identités.

Si en partant de la définition de Ting-Toomey de l’identité comme la conception réflexive de Soi ou de l’image de Soi constituée à partir d’une pluralité d’influences (famille, culture, genre, socialisation, ethnicité, etc.), il est possible de dire que l’identité de l’individu-sujet est en fait aux frontières de l’implicite et de l’explicite, du flou et de la netteté, du dévoilement et de la contenance, un mouvement transfrontalier (boundary-crossing), cette photo tente d’explorer ce concept qui est un enjeu de l’intersubjectivité.

La main crée le flou et obstrue la vue du visage, elle sert de filtre et de protection. Le regard du sujet interroge celui qui regarde : il s’y joue la connexion avec l’Autre.

Cette photo veut dans ce sens représenter la difficulté de saisir le Soi de l’Autre, l’authenticité chez l’Autre, ainsi que la négociation identitaire dans le processus intersubjectif de la communication (dans lequel le besoin de sécurité et de confiance voire la sensibilité des individus en présence peut être un facteur déterminant).

 

 

Photo 3 : Écouter l’Autre

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Cette photo est celle d’une oreille. L’oreille renvoie à l’écoute, et l’écoute (active) de l’Autre en contexte d’intersubjectivité est toujours un grand défi.

Si comprendre c’est accéder au sens (de l’Autre), c’est avant tout me semble-t-il être capable d’écouter la sensibilité exprimée (par l’Autre). C’est prêter toute son attention – une oreille –  à ce qui est dit par l’Autre.

Cela exige d’entendre, de décoder, d’interpréter, or l’Autre et nous quelques fois ne parlons pas la même langue ou n’avons pas en commun le même langage. Il y a un apprentissage des sonorités de l’Autre, de ses mots, de ses émotions vocalisées, de sa rationalité verbalisée.

Ecouter, c’est aller au-delà de l’empathie, or souvent soit nous écoutons avec une oreille trop empathique ou peu empathique et n’entendons pas toujours ce que l’Autre veut vraiment nous dire, soit nous n’avons pas su ou pu capter ses sonorités parce que sa langue ou son langage nous sont si étrangers qu’ils le rendre muet à nos yeux. Ou bien encore, que nous n’avons pas su ou pu écouter son silence, muet ou voix étouffée dans le brouhaha de nos pensées intérieures (manque d’attention) ou du vacarme (distractions) de l’environnement.

Si l’Autre est un silence, dans le tumulte de notre existence saturée de bruits, il devient chez nous une inexistence ou un objet ordinaire dans le décor (ou objet sur lequel au lieu de l’écouter, nous projetons nos propres névroses : anxiété, panique, phobie ou hystérie).

Lors d’une communication interpersonnelle autant de l’espace social que dans la sphere privée, écouter réellement l’Autre demande souvent de faire abstraction du bruit, de nous mettre à distance raisonnable de l’empathie, de prendre conscience de nos névroses,  puis d’apprendre sa langue et son langage (afin de ne pas nous rendre sourd à lui). Nous n’avons pas toujours conscience de ce problème qu’est l’écoute de l’Autre.

 

Photo 4 : Voir l’Autre

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Cette photo d’un oeil (couleur bleue : sérénité, sagesse, découverte, évasion, introspection, profondeur, vérité) qui fixe l’objectif de la caméra. La photo est une partie d’un visage, l’oeil est entouré d’un cercle en dehors duquel le visage est de couleur rouge (rouge : énergie, chaleur, dangerosité, interdiction, courage, passion, sang, feu). Rouge, couleur des paradoxes.

Cette photo essaie de montrer l’importance de regarder et de voir l’Autre dans la communication interpersonnelle, dans l’espace social, dans la sphère privée.

Pour voir, il faut déjà regarder – d’une façon comme d’une autre. L’oeil peut être tout element sensoriel, materiel, permettant de prendre conscience du monde sensible. L’oeil peut être un ressenti ou être remplacé par un autre sens (le toucher, l’olfactif, etc.). Ce qui importe c’est de regarder et d’aller au-delà du regard pour voir.

Voir, c’est la photographie que l’on prend de l’Autre, et dans cette photographie me semble-t-il il y a plus qu’une constatation de la présence de l’Autre (la conscience de l’Autre comme existant), il y a un mouvement de découverte de l’Autre. Ainsi, voir c’est plus qu’effleurer une surface, un objet, un sujet, un phénomène, c’est observer ses différentes facettes, et observer dit un processus d’intériorisation ou de connexion à un sens intérieur (celui de l’observateur).

Dès lors, établir des liens avec l’Autre nous demande de le regarder mais surtout de le voir. Poser nos yeux sur lui, des yeux de curiosité, est le premier mouvement que nous faisons vers lui. Sans ce regard, sans ce mouvement, l’Autre est invisible (même s’il est présent), sans cette vue l’Autre est une existence parmi tant d’autres puisqu’il n’a rien de singulier. Voir, c’est singulariser. Et singulariser, c’est en arriver a se dire que l’Autre est unique, non-interchangeable, et de ce fait il est d’une valeur inestimable, un sujet irremplaçable. Dans l’espace social, dans la sphere privée, voir l’Autre est un enjeu d’importance (respect, tolérance), dont les effets peuvent être terribles (invisibilité, méconnaissance, exclusion, discrimination, etc.) et rendre la vie sociale invivable (autant dans les relations interpersonnelles que politiquement et institutionnellement parlant). Il importe d’apprendre à voir et simplement à voir l’Autre. 

 

Une réflexion sur “Photos-Voices

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