Poème symphonique

Les sonorités du silence écrites par des mots qui ne savent se taire, en lignes ordonnées se suivent des paroles sans langue, en phrases disciplinées s’entendent les hurlements des visages sans bouches, voilà surgit de l’ombre et ses ténèbres les lamentations du juste, celles qui pleurent les colères du cœur, dans un monde trop endormi par ses opiums pour rêver de lumière. Mots après mots, phrases après phrases, crimes après crimes, hibernations après hibernations, feux incendiaires après feux incendiaires, ce qui s’écoute porte les sonorités du silence, personne ne sait plus écrire les paroles prévertiennes, personne ne sait plus déchirer le silence, personne ne sait plus écrire les mots des maux en plongeant sa plume dans l’ombre et ses ténèbres afin qu’une nuit peut-être la lumière soit. Les lamentations du juste et toutes les colères du cœur n’émeuvent plus que des pierres, tombales.

Straussien, le cimetière, île rachmaninovéenne et böcklienne des morts, est une composition orchestrale en un seul mouvement, forme libre, des spectres qui s’y baladent, des cadavres qui bronzent la nuit, des squelettes qui blanchissent sous la lune et les étoiles, des grillons qui se font chœur pour accompagner la solitude des stèles, beaucoup trop de poésie dans le mouroir, beaucoup trop de poésie surréaliste, des paroles fantomatiques évanescentes transparentes qui se traversent comme des passe-murailles, le cimetière fait son orchestre et les sonorités du silence  sont des préludes de damnés.

Le rythme de la nuit ébranle la marche des spectres-vivants, la marche funèbre des hordes ectoplasmiques part du néant pour l’au-delà du néant, avalée par l’ombre et ses ténèbres il n’en reste plus que des traces invisibles que seul le regard qui s’aveugle à la nuit peut voir la monstruosité, le rythme de la nuit ébranle la danse macabre des spectres-vivants, la danse des ectoplasmes en sauts sauterelles, la danse des squelettes craquant leurs paquets d’os en contorsions arythmiques, la danse des damnés dans leur sarcophage périsprit sur la grande place du cimetière est un ballet tchaïkovskien où le lac est une étendue de tombes et les cygnes des cercueils qui y flottent.  Le rythme de la nuit, une nuit moussorgskienne sur un mont chauve, ébranle la marche la danse, avale engloutit les hordes les squelettes les ectoplasmes les damnés, et dans le cimetière s’entend des sonorités du silence qui ont tout d’un poème symphonique. Tout des lamentations du juste. Des mots qui ne savent se taire, en lignes ordonnées se suivent des paroles sans langue, en phrases disciplinées s’entendent les hurlements des visages sans bouches, voilà surgit de l’ombre et ses ténèbres le Salut de l’Homme.

 

 

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