Baise-moi

Bande sonore : Inside out – Bryan Adams.

Hier, Axelle m’a ouvert la porte habillée d’une robe nocturne à la soie très élégante, elle avait le sourire tracé par de délicats coups de pinceau à la peinture rouge, rouge à lèvres comme des pétales de fleur, lèvres comme une rose qui s’entrouvrent doucement aux premières caresses de l’aube, aube virginale aux teintes pastel comme ses boucles d’oreilles, une chevelure rousse tombant le long de son cou mince comme des chutes de selfoss en islande et descendant jusqu’au bas de son dos dans un mouvement si gracieux, aussi gracieux que les contours de son visage qui dégage toujours cette espèce de félinité désarçonnant, Axelle m’a ouvert la porte et elle m’a simplement dit : « Baise-moi ».

 

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I wanna know you like I know myself
I’m waitin’ for you there ain’t no one else
Talk to me baby scream and shout
I want to know you inside out
I wanna dig down deep I wanna lose some sleep
I wanna scream and shout I wanna know you inside out
I wanna take my time I wanna know your mind
Ya know there ain’t no doubt I wanna know you inside out

I wanna know you, like I know myself
I’m waitin’ for you, there ain’t no one else
Talk to me baby, scream and shout
I want to know you, inside out
I wanna dig down deep, I wanna lose some sleep
I wanna scream and shout, I wanna know you inside out
I wanna take my time, I wanna know your mind
Ya know there ain’t no doubt, I wanna know you inside out
I wanna know your soul, I wanna lose control
Come on n’ let it out, I wanna know you inside out
So gotta dig down deep, I wanna lose some sleep
I wanna scream and shout, I wanna know you inside out
I wanna know you inside out
I wanna know you inside out
Tell me everything, baby
Yeah, I wanna know you inside out

 

Fauve et proie. Cela ferait un bon titre de roman, d’œuvre cinématographique, d’un porno amateur.

Le roman s’écrirait en trois chapitres. Le premier parlerait du baiser un peu rodinien de corps entremêlés bien plus que seulement enlacés qui se dégusteraient comme si après ça c’était la fin du monde, la fin des temps. Dans ce chapitre, il n’y aurait pas vraiment d’érotisme, mais beaucoup de romantisme, des touchers de sculpteurs qui palperaient la matière, l’exploreraient par tous les sens, l’écouteraient afin de mieux la saisir et de mieux faire ressortir toute son essence, jaillissement de presque rien, et jouissance pour l’esprit ébranlé par tant de beauté. Le premier chapitre ne parlerait que de ça.

Le second s’attarderait sur les corps nus d’amants magrittiens  qui se sont voilés la face pour se découvrir autrement, les nudités imparfaites qui sont si singulières mélangées se pénétrant par toutes les ouvertures, nudités dans la lumière timide d’une nuit décente sans éclats artificiels sans vacarmes assourdissants, nudités englouties dans le silence d’un moment bercé par le sentimental mood d’un john coltrane et duke ellington aussi poétique qu’une musique rimbaldienne,  nudités allant et venant entre les reins de l’une et de l’autre dans un mouvement dirigé par gainsbourg à la baguette birkin, nudités en quête de l’autre dans un lit sans draps sur une chaise accueillante sur une table tolérante du poids des amants imbriqués l’un dans l’autre comme des ombres siamoises, nudités qui se meurent dans un souffle brûlant, il n’en restera plus que des cendres.

Le troisième chapitre relaterait les cendres qui n’ont vu aucun phénix y prendre son envol, il parlerait du regard de différentes couleurs échangé par l’un par l’autre dans une conversation sans mots, il décrirait les caresses des mains de ces sculpteurs qui dans un langage inaudible parlent de matière à matière d’esprit à esprit d’âme à âme. Et à la fin, Axelle dormirait seule.

 

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Fauve et proie. L’œuvre cinématographique commencerait sur un plan serré, un visage aux yeux bleus d’un éclat feu, un visage laiteux aux lèvres écarlates, des yeux bleus sur fond roux, un sourire joconde au mystère comme des voies insondables. L’image fixe serait une photographie prise par un œil frappé par la foudre, le coup de foudre brûlerait la rétine, l’œil ne verrait plus rien d’autre, durant toute la durée de la projection. Puis, suivrait cet autre plan concentré sur les mouvements du félin se déplaçant silhouette improbable sur un plancher en bois comme il ne s’en fait plus dans les appartements d’une ville ayant perdue définitivement tout goût esthétique.

La caméra suivrait l’ombre du félin à travers le couloir menant à une chambre décorée d’une façon si minimaliste que le vide apparent ne serait qu’illusoire puisque rempli de toute la substance de la personnalité de la maîtresse des lieux.

La caméra s’accrocherait aux pas de chatte de la silhouette qui ouvriraient le chemin vers l’extase à l’autre ombre présente, elle tournerait son regard vers elle, saisirait son entrejambe déformé par un renflement disant toute la raideur de son excitation, elle s’en détournerait pour tomber sur le coccyx modeste, coccyx du félin en rien vertueux, encore moins platonique, mais si indécemment généreux en promesses.

La caméra ferait un plan large sur cette chambre alcôve aux ambiances jazziques comme des murmures d’un silence qui sait parler, elle balayerait l’espace fluide comme un désert, charmant comme un désert, aux imaginaires qui ne se montrent pas mais qui sont là présents forts et vibrants, la caméra dirait l’indicible avec cette justesse et cette sensibilité que seul le silence oui le silence sait exprimer.

La caméra fixerait les amants d’un soir entrain d’ôter leurs masques et leurs costumes, elle baisserait les yeux devant leurs nudités, parce que ce moment intime d’offrande ne saurait être montré, car depuis la nuit des temps cela est sagesse intemporelle : l’image trahit. Et lorsque la caméra ouvrirait les yeux, ce serait pour fixer dans un plan serré, Axelle endormie.

 

 

Fauve et proie. Le porno amateur débuterait par un silence qui verrait deux langues affamées l’une de l’autre se dévorer dans un appétit gargantuesque, des bouches cannibales pour tartares, « Mange-moé » crue, Axelle implorerait l’esclave de la libérer de sa chair afin qu’elle puisse se sentir jamais comme avant : vivante.

Le porno amateur montrerait la bouche exécutante et aux ordres croquer chaque bout de son corps, des seins modestes mais si délicieux, des reins semblables à un nu couché de modigliani parcourus par une langue un peu matisse et beaucoup picasso qui gommerait les contours divins pour y redessiner l’imperfection sublime rendant Axelle irréelle.

Irréelle Axelle sous les coups de langue comme des coups de pinceau aux couleurs pastel d’un artiste sans talent et en pleine frénésie libertarienne. Axelle la bouche ouverte lâchant des cris d’une sonorité obscène se mêleraient au sentimental mood de coltrane et de ellington, et le bruit de ses fesses de son vagin fluides – doux frou-frou rimbaldien – rendraient le chef d’œuvre jazzique encore plus « Out of this world ».

Le porno amateur montrerait des anciens amas de chair se livrer à une copulation indigne de toute béatification vaticane, de la sueur des larmes et du sang, churchill loin de l’église et des paroles saintes ferait un signe de croix en signe d’amen.

 

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Le porno amateur exploserait en nombre de vues sur les plateformes de masturbation et les vues rendraient grâce de cet instant particulier où faire l’amour ne serait pas ce chiant auquel elles sont accoutumées.

« Baiser ou faire l’amour, faut choisir » leur exigerait la soutane monastique qui sans rien connaître à l’affaire se permettrait tout de même de faire la leçon.

Les amants d’un soir eux transpireraient comme des bœufs et des vaches, des porcs et des cochonnes, des chiens et des chiennes, des chats et des chattes, dans une prairie rasée intégralement comme un désert. De la sueur pour se maintenir en santé ou pour préserver leur santé mentale, des larmes de joie qui diraient à quel point la p’tite mort ressuscite si souvent les ombres cadavériques, du sang de la dévoration, le moment de baise comme une braise incendiaire brûlera l’appartement entier comme rome jadis passa au feu.

Et à la fin, Axelle, félin repu, après avoir ingurgitée l’éjaculation de l’ombre comme lui de ses jets de fontaine, dormirait seule.

Bande sonore : Every sperm is sacred – Monty Pytho,’s The Meaning of Life.

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