Nina Simone

 

« Nous étions tous fichus. Le gros point était de ne pas l’admettre. »

Ce soir, j’écris un texte en live de ma nuit, retransmission en direct sans coupures publicitaires, texte à la publication non-programmée à l’avance comme les autres, texte après une journée ordinaire où j’ai fait le mort-vivant comme les autres pour faire partie de la norme, pour ne pas paraître bizarre, journée ordinaire d’éponge qui absorbe tout ce que les autres veulent se débarrasser, éponge face au divan toujours dépressif, journée ordinaire de spectre qui voit ce moi en dehors de lui regarder le truc avec beaucoup d’étonnement et de compassion, journée d’automate en mode automatique ayant bien intégré sa leçon pour passer pour plus que vivant, spectre automate qui converse avec les autres comme un logiciel qui sait tout ce qu’il a à faire pour réaliser sa tâche, journée ordinaire et j’écris ce soir en live, retransmission en direct, sans pub, dans le noir presque total d’un appartement gothique qui sans savoir pourquoi ni comment tue le spectre l’automate la norme le vivant pour qu’enfin je revienne à la vie.

 

I just need to clear my mind now

 

Ce soir, je tape un texte qui n’est pas programmé pour être automatiquement publié dans deux trois quatre cinq vingt jours, que je sois mort ou vivant, qu’il y ait une apocalypse ou pire : l’avènement du paradis, le texte se publie sans moi et après coup je constate le désastre, merde. Ce soir, je vais vivre le désastre en live, retransmission en direct. Je tape et frappe sur un clavier français des mots qui jaillissent instantanément sans que je n’ai le temps d’y penser, je tape et cogne le clavier des phrases sont expulsées sans trop me demander ce qu’elles veulent dire, le clavier est pluggée à mon âme et ce soir cette âme est un strange fruit pendu au bout d’une corde, ce soir cette âme damnée en lévitation brûle comme d’autres ont calciné des croix, cela fait une éternité que je l’ai bradée comme Faust, bradée au plus vicelard que lucifer. Comme le personnage de sartre, ce soir, je suis « Non récupérable« . Journée ordinaire. 

 

« Et lorsqu’aujourd’hui des assassins, des chiffonniers, et tous les restes, me demandent : « Qui es-tu ? » J’indique les ténèbres, le silence, la destruction, la folie, le poète suspendu au temps pendu, l’errant voyageur, le possédé, le spectre.

Et lorsqu’ils ne comprennent pas, ne voient pas, je leur réponds : « Je suis les Métamorphoses du Vampire ». Et souvent, ils prennent en pitié ma longue misère. Et moi, leurs horreurs sympathiques. »

 

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« Le monde brise les individus, et, chez beaucoup, il se forme un cal à l’endroit de la fracture ; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. Si vous n’êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y mettra le temps. »

 

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Ce soir, je suis pendu au bout d’une voix, Nina Simone dans un « Blood the leaves » repris par le seul Yeezus sur terre qui ait reçu son illumination en baisant le cul de kim. J’efface les paroles niaises de Yeezus par les seules qui soient dignes de la voix de Nina : Les Mains Sales et L’ Adieu aux Armes.

Ce soir, il n’y a rien d’autre que Nina et moi dans un décor presque apocalyptique. Les trompettes de l’apocalypse résonnent et ouvrent les portails du dernier soir de l’humanité, je ferme les yeux et c’est comme si j’éjaculais.

Nom de dios. Ce soir, journée ordinaire, texte en direct, retransmission sans coupures publicitaires, je jouis.

 

 

 

Bear strange fruit
Blood on the leaves
And blood at the roots
Black bodies
Swinging in the southern breeze
Strange fruit hangin’
From the poplar trees
Pastoral scene
Of the gallant south
Them big bulging eyes
And the twisted mouth
Scent of magnolia
Clean and fresh
Then the sudden smell
Of burnin’ flesh
Here is a fruit
For the crows to pluck
For the rain to gather
For the wind to suck
For the sun to rot
For the leaves to drop
Here is
Strange and bitter crop

 

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« Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! À quoi cela servirait-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. »

 

Capture

 

 

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