Nuit du Seigneur

Jour du seigneur, le prince se repose, là-haut, pour ne point être dérangé par le tintamarre d’ici-bas, loin et sourd, dort les poings fermés et le sommeil profond celui qui a œuvré à faire du néant un foutoir.

A la question que lui posent ceux qui dans les temples le louent, à ceux qui lui adressent leurs vœux, à ceux qui veulent être sauvés, à ceux qui pleurent parce qu’ils savent qu’ils sont foutus de chez irrécupérable, à ceux qui célèbrent en hurlements de réjouissance l’illusion d’avoir été élus, à ceux qui se réjouissent en silence pour ne pas tenter le diable, « Quand ? », le prince leur répond « Pas aujourd’hui ».

 

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Et tous ne comprennent pas la même chose, parce qu’ils n’entendent pas pareils, parce qu’ils n’entendent rien d’autres qu’eux et encore ce n’est pas si certain, parce qu’ils ne parlent pas tous le même langage, et parce qu’ils croient tous être les seuls à parler le langage du prince.

En ce jour du seigneur, dans le néant devenu foutoir, à la question « Quand ? », là à l’instant, chacun d’eux, crèvent. Le prince dort les poings fermés, d’un sommeil profond. Les yeux clos, le foutoir est plongé dans la nuit.

« On ne dormira jamais. » – André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924

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