Glass, de M. Night Shyamalan

Glass de M. Night Shyamalan n’est pas un chef d’œuvre, l’œuvre ne deviendra pas culte, mais le dernier volet de la trilogie amorcée depuis Incassable et Split restera sans doute comme une cerise sur le gâteau d’un cheminement à la fois initiatique et d’une superbe d’intelligence rarement égalée par n’importe quel autre cinéaste en ce début de siècle et en fin du siècle dernier. Et je pèse mes mots. Sobrement, sans cette CGI porn qu’est la débauche d’effets spéciaux inhérente au blockbuster hollywoodien de nos jours, vous savez ces bing bang boom avec cette profusion de trucs qui voltigent et explosent de partout sans raison véritable juste pour faire jouir l’œil voyeur comme sur PornXXX et autres, cette pornographie visuelle avec des scènes d’une affligeante obscénité du médiocre qui se présente nue comme elle est unidimensionnelle fast food pour des palais à l’exigence indigente parce que relax ou fun. De la porn purement et simplement. M. Night Shyamalan a fait un film de superhéros sans obscénité, ce qui est en soi, de nos jours, assez remarquable pour ne pas être applaudi.

L’histoire est simple, mais visuellement et à travers le récit ainsi que des dialogues, du jeu des acteurs, ce n’est pas aussi évident. Quand on s’est intéressé à la carrière du bonhomme on sait que l’apparence l’accessible est tout simplement illusoire, il y a toujours beaucoup plus dans les œuvres cinématographiques de l’auteur, quelque chose d’une complexité au-delà du présentoir qui au fond à y regarder de plus près n’est pas aussi évident que ça, il suffit de prêter attention aux détails. Mon regard sur lui, M. Night Shyamalan, est biaisé, puisque comme vous l’aurez deviné j’ai une présomption favorable. Je n’ai pas détesté ce film, sinon je n’en ferai même pas un billet de blogue. Il y a deux ans, j’ai décidé de n’écrire que sur ce que j’apprécie comme art(s), quitte à perdre mon temps à aligner des mots et à bousiller l’environnement en publiant sur une plateforme certes gratuite mais qui possède des serveurs qui crament la couche d’ozone, je préfère parler de ce que j’ai aimé. Alors, oui, Glass j’ai passé un excellent moment.

Je voudrais tellement vous faire une analyse beaucoup plus approfondie du film, vous présenter ce que j’y ai vu mais je ne le ferai pas. Ce serait à la fois une façon de vous proposer un cadre de lecture totalement subjectif donc de vous polluer de mes propres sentiments mais aussi de prétendre comprendre une complexité qui m’échappe sans doute. Dès lors, allez voir Glass, si possible et si ce n’est pas le cas avant regardez Incassable d’abord puis Split, ne lisez pas les articles qui en parlent, écoutez-vous, vos émotions, et examinez-les. Ensuite, vous pouvez soit retourner à vos moutons soit amender votre conception du réel, celle que l’on réduit au rationnel alors qu’il est souvent plus que ça. Et vous pouvez bien entendu ne rien ressentir, cela se comprend très bien et vous n’aurez pas à vous justifier devant quiconque.

Vous savez très souvent j’ai assisté à des soirées où les convives me disaient à quel point ils avaient adoré un film japonais du début du XXe siècle (en version originale et sans sous-titres, qu’ils précisaient) et au fond soit s’étaient masturbés en croyant voir ce qui n’était pas dans l’œuvre – un truc fantasmatique qui les faisait jouir, soit ils tentaient de faire les snobs pédants et donc qu’ils se masturbaient devant moi en me disant ce qui était loin d’être vraiment l’œuvre.

Quand on vous parle d’un truc et que vous avez l’impression que votre interlocuteur en fait des tonnes sans même que vous sachiez de quoi il parle, il est possible voire très possible que ce soit de la masturbation. Ce que vous avez à faire c’est de vous éloigner un tout p’tit peu pour que le jet ne vous éclabousse pas, ne vous souille pas. Beaucoup de gens sont impressionnés par ce type de truc, incultes ou ignorants ils se laissent éjaculer sur le visage.

Quelques-uns tentent d’avoir des réponses ou des répliques à la hauteur de l’éjaculation, parce qu’ils se sentent p’tits ou nains devant un tel gigantisme, ceux-là sont foutus et irrécupérables, mais surtout renoncent à eux en tant qu’intelligences ou personnes ayant l’intelligence de ne pas descendre si bas. Parce que se branler devant les autres, montrer ce que l’on a de culture dans le froc, c’est être p’tit. Micropénis en voie de rapetissement ou vagin insignifiant sur la voie du dépotoir. Écoutez-les, buvez votre vin si possible, et allez fumer un joint sur le balcon. Ils ne vous éclabousseront pas.

 

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Vous me pardonnerez donc de ne pas me masturber devant vous en vous sortant des trucs en même temps subjectifs et issus de mes références culturelles dont vous n’avez absolument rien à cirer. Parlez d’un film ou d’un roman avec ma subjectivité, je m’en suis rendu compte ce début d’année en discutant avec Josepha peut être une masturbation de ma part. Josepha avec qui j’ai été voir Glass me l’a dit : « Ne te branle pas. » Conseil suivi.

A la sortie de la projection, Josepha m’a demandé ce que j’en avais pensé. Avec elle, les préliminaires commencent toujours dans une salle obscure et après on passe au plat de résistance ailleurs, dans un lieu plus approprié. Contrairement à mes habitudes, je n’ai pas eu une réponse qui botte en touche, je lui ai répondu : « Je suis mitigé ou un peu songeur. M. Night Shyamalan a soit eu de la misère à conclure sa trilogie plus ou moins inavouée en faisant une trop grande place au comics pour tenter d’expliquer toute la complexité de celle-ci, soit il l’avait prévu depuis Incassable comme Lucas avec Star Wars et franchement dans ce cas c’est visionnaire. » Josepha m’a écouté, ne m’a regardé, a dit un truc sans un mot, et nous sommes passés à quelque chose d’obscur chez elle.

 

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Je ne vous dirai pas d’aller voir ou de télécharger illégalement Glass. Je ne vous dirai pas que j’ai apprécié – d’où ce billet. Je ne vous dirai pas non plus tout le bien que je pense de son auteur. Ni mon étonnement devant le constat que l’on boit autant dans les séries ou films américains que l’on fume dans les films français ou européens.

Je ne vous dirai pas à quel point je trouve James McAvoy énormetissisme dans son rôle et absolument impressionnant dans l’évolution de son jeu d’acteur depuis Wanted de Timur Bekmambetov, que j’ai eu un si grand plaisir à retrouver Bruce Willis, à désirer tant la ténébreuse et intrigante Anya Taylor-Joy, à voir à quel point est devenu un homme Spencer Treat Clark – ce Lucius du magnifique Gladiator de Ridley Scott, à retrouver la profondeur de Madame Epps – Sarah Paulson – du Twelve Years a Slave de Steve McQueen, non je ne vous dirai rien. Rien du tout.

Comme quelqu’un qui ne veut se masturber à l’image d’un blockbuster hollywoodien. Comme une personne qui ne veut pas éjaculer sur vous à l’instar d’un mordu de cinéma japonais du début du siècle dernier. Comme Josepha qui silencieuse à la fin de la projection a gardé toute sa verbosité pour un lieu plus approprié. Non, je ne vous dirai rien. Rien du tout.

 

Une réflexion sur “Glass, de M. Night Shyamalan

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