Les Fesses de Veronik

Bande sonore : American Psycho – D12.

Hier, j’ai fait la rencontre des fesses de veronik, ce fût bonnement un coup de foudre intellectuel et artistique d’une intensité à laquelle je n’ai pas toujours été habitué. Je l’avoue, il ne m’est pas souvent arrivé de faire la connaissance d’une paire de fesses de cette nature, cela dépasse simplement l’entendement.

Du premier coup d’œil, l’on est clairement dans une autre dimension, les fesses de veronik sont hors-catégorie, sans doute inclassable à la tanizaki mais ça reste à confirmer, faut voir – je veux dire faut que je m’y plonge véritablement comme un lecteur carnassier et qui pénètre sans scaphandre et autre combinaison latex dans l’objet de sa découverte.

J’ai lu les premières pages de l’œuvre, les fesses de veronik sont d’après mes premières impressions brillamment écrites, elles me prennent par la main et me guident dans un ailleurs dont j’ai souvent soupçonné l’existence sans réellement être certain de quoique ce soit. Belles illustrations, belles courbes, chutes inattendues, tout est si bien mis en place, si bien exprimé, avec une telle délicatesse et une si poétique finesse, les fesses de veronik d’entrée de jeu font mouche.

Faut les voir, faut s’y plonger, pour y croire. Vraiment. Même si ma critique de cette paire de fesses n’est pas encore tout à fait objective (d’ailleurs en existe-t-il qui le soit), qu’elle est encore brouillonne, qu’elle cherche ses mots et sa structuration, autant ses rythmes que ses vibrations, qu’elle n’est qu’au commencement d’une grande transpiration, des phrases suintant pour l’instant de plaisir jouissif et peut-être après vomissant leurs tripes, même si elle n’est pas encore tout à fait au point et que je suis incapable de vraiment saisir toute la profondeur et toute la mesure de son objet, tu me permettras de te dire que dès les premières lignes les fesses de veronik sont purement addictives. Elles relèvent incontestablement d’un tourbillon d’émotions que seule la cocaïne d’une pureté réelle puisse provoquer. J’ai sniffé les premières lignes, j’ai l’impression que ma cervelle va cramer.

Pour le moment, c’est une drogue. Cela tombe bien, comme tu le sais déjà je suis un junky. Les fesses de veronik un désert blanc, impeccable, neige sur des pages, mes narines plongées dans le sable, je renifle et je m’oxygène. Cela n’arrive pas toujours qu’une paire de fesses me ramène à la vie, généralement j’y crève.

Errant dans un désert, sans arbustes, sans oasis, quelques eaux imaginaires sur le bout de la langue, sous un soleil qui tue l’amour parce que de chaleurs aussi suffocantes qu’incendiaires, je suis comme tintin au pays de l’or noir, un bédouin avec son dromadaire tentant de survivre dans le mouroir. La plupart des déserts sont des mouroirs.

En même temps, ce n’est pas tant pire, l’or noir est sous les pieds, faut juste se baisser pour que tout ça ait valu la peine, creuser avec ses doigts, écarter le sable brûlant, descendre bas plus bas et recevoir sur la tronche dans une puissante explosion l’or noir qui n’est pas souvent si noir. Quand il ne l’est pas, il est buvable, ça désaltère, ça soulage, ça étanche la soif ; quand il est noir il n’est pas toujours conseillé à la consommation, proprement imbuvable cela peut avoir des effets terribles sur la santé – mentale surtout. L’or noir, une question de qualité. Donc, au bout de cet effort, il est possible de crever tout de même. De soif, d’intoxication – mentale, d’empoisonnement – mental. Faut faire gaffe. Moi, généralement, je crève.

Les fesses de veronik se parcourent bien, très bien. Ça coule de source ou ça possède une fluidité qui n’assèche pas la langue – comme ces limonades épouvantablement sucrées – et qui abreuve l’errant dans le désert. Du moins, je viens à peine d’y plonger, pour le moment pas de maux de crâne ni de maux de ventre encore moins envie de vomir, tout a l’air correct. Ce soir et demain, on verra bien.

 

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L’histoire des fesses de veronik débute dans un atelier d’artiste sculptant avec ses pieds et les yeux bandés. C’est seulement dans ces conditions qu’il est capable de créer, de sentir la matière et de lui donner corps et âme. A partir d’une chose compacte, ou amorphe flasque lymphatique molasse, ou brute voire brutale, il fait jaillir une œuvre d’une exquisité absolument improbable. Sculpter avec ses pieds et les yeux bandés, une technique d’un dieu créateur plus que doué.

Les fesses de veronik sont passées entre les pieds du divin, modelées par le regard aveugle d’un céleste, elles ont été faites à l’image de leur génie créateur, et franchement toutes les paires de fesses du monde devrait passer par l’atelier de cet artiste. Leurs œuvres se verraient, se toucheraient, se liraient, se feuilletteraient, très bien. Elles seraient moins dépressives, moins complexées de n’être qu’une platitude absence de complexité, de n’être que rien d’autre qu’une simple paire de fesses dans une galerie de paires de fesses attendant qu’un égaré du désert tombe dessus comme on découvre l’or noir.

Des paires de fesses dépressives, je vais te dire j’en ai connu comme toi, et tu le sais ça court trop souvent les rues, trop souvent sans en avoir même conscience. Mal-être et en permanence plongées dans le noir, tristes à en donner des envies de suicide, affligeantes et affligées, et si souvent malheureuses sans jamais atteindre l’esthétique remarquable du Malheureux Magnifique de Pierre Yves Angers.

Ciment, fer, cochonneries assemblées tant mal que bien et formant un ensemble consternant, beaucoup trop de paires de fesses sont de mauvais romans, des livres qui te poussent à dégueuler ou à gueuler (contre le sort), des œuvres qui te traumatisent durablement, et tu es si triste devant tant de gâchis. Certains livres, certaines œuvres sont de vrais gâchis, c’est sans doute essentiellement cela qui rend dépressif.

Les fesses de veronik racontent, à première vue, l’histoire d’un postérieur qui ne pète jamais plus haut que son cul sans toutefois baisser son froc à chaque fois. Il y a là un savant dosage de l’humilité et de l’affirmation forte de soi, un équilibre assez intelligent entre le tonitruant « Go fuck yourself » – tellement fracassant retentissant – et l’attendrissant « Fuck me », c’est un récit qui sait tenir son sujet par tous les bouts, dès le premier regard ça se voit tout de suite. J’ignore où tout ça mènera, comment tout ça finira, mais je passe vraiment un agréable moment.

 

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La dernière fois que j’ai passé un tel moment, c’était lors de ma découverte des fesses d’esméralda, une œuvre assez intéressante, originale et percutante, une histoire écrite dans une langue humaniste – l’anulingue – par une plume qui avait toujours les mots qu’il faut pour narrer ce qui ne peut se dire sans patauger dans la merde et en faire quelque chose de pas pire. Une plume comme des pieds dans le plat, une plume avec les yeux bandés afin que ses sens intérieurs et les sens de la matière puissent se révéler dans toute leur pureté. Les fesses d’esméralda m’ont bouleversé, j’y ai pensé l’autre jour dans le métro et j’ai rarement eu aussi envie d’embrasser les lèvres d’un style Ode à Satan de cette fille gothique qui chaque matin dans le wagon s’assoit en face de moi.

La dernière fois que des lèvres m’ont données une telle envie c’était dans une rue montréalaise, elles se faisaient appeler La Voie Lactée, conçues par une artiste géniale – je crois que toutes les lèvres du monde entier devraient passer par l’atelier de Geneviève Cadieux, les sourires seraient pour une fois et définitivement galactiques, tu sais d’authentiques sourires qui scintillent comme des étoiles.

Galactiques mais pas divines. Les lèvres trop divines m’ont souvent laissé de marbre ; l’excès de maîtrise, la perfection, le côté critique dithyrambique qui met tout le monde d’accord, le truc irréprochable dont on ne sait plus quoi et que dire au point qu’en face de lui l’on est juste aphone, la chose céleste, la statue déifiée, me font tellement chier. Mais quand je te dis chier, c’est de l’ordre de la diarrhée. Et franchement, je ne sais pas pour toi, la diarrhée ce n’est pas toujours une partie de plaisir.

J’aime bien déféquer, comme tout le monde, au-delà du besoin vital que cela est, au-delà du rituel qu’est le délestage du trop-plein, au-delà du côté presque poétique du moment où l’on lâche les des vers serpentiformes, au-delà de l’aspect presque artistique de cet instant où l’on balance des tâches pollockiennes, tu as souvent ressenti ce plaisir indescriptible de te vider les entrailles. Tout le monde aime chier, tout le monde a besoin de chier, tout le monde est un poète et un artiste. Faut le ressentir du fond de ses tripes.

Chier ce n’est pas diarrhée. Diarrhée c’est vomir comme une personne atteinte d’un trouble alimentaire ou dira-t-on qui n’est pas bien dans ses tripes, ce n’est pas sain. Tu le sais, tu l’as souvent senti, et quelques fois tu t’es dit : « Faut que j’aille consulter ».

 

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Alors, la diarrhée non merci. Mais, vois-tu, il y a toujours des trucs qui te font ressentir l’urgence d’une chiasse qui non seulement n’est pas maîtrisable mais n’attend pas. Ça coule de source, dira-t-on. Ça urge et ça purge. Le divin, le parfait, le dithyrambique, les déifications, les célestes – choses pas vraiment saines et quelque chose de pas vraiment sain. Les lèvres galactiques sont tout le contraire, ce sont des étoiles qui brillent comme des soleils morts, il y a là quelque chose d’illusoire et de réel, un entre-deux ou une mystification, mais surtout de telles étoiles n’aveuglent pas et ne cognent pas dur le coco. Tu ne peux en faire une perfection, elles sont par leur nature imparfaite, mortes et éclatantes. A chaque fois que j’ai vu La Voie Lactée sur des lèvres, dans la rue ou non, dans un wagon de métro ou en dehors du métro, j’ai eu envie de les embrasser comme j’ai dévoré cette œuvre remarquable que sont les fesses d’esméralda.

D’ailleurs, elles ont été récompensées du prix Femen-Lolita de cette année, leur saveur particulière n’a pas levé les cœurs à tout le monde – en fin de compte. J’ai toujours eu un intuitif sens des goûts des autres, de leurs saveurs, de leurs parfums, de leurs scintillements, de leurs langues, c’est pas simplement une question de pif. C’est un truc qui te prend comme rien d’autre, une orgie sensorielle. Je l’ai dit à Kathy : « Les fesses d’esméralda. C’est vraiment quelque chose. Si tu le peux, faut vraiment que tu y goûtes. » Kathy a tardé avant de se plonger dans l’œuvre. Hier, elle m’a écrit : « Merde. Les fesses d’esméralda ! Prix Femen-Lolita ! Tu avais raison Mac ! » Je lui ai répondu : « Tu me dois une baise. » Elle a fait : « Okay ! A soir ?! » « Compliqué pour ce soir, soirée découverte des fesses de veronik. » « C’est une nouveauté ?! » « Yep. » « Ça a as-tu l’air pas pire ?! » « Vraiment. On verra. Mais, je conseille la découverte. » « Okay MacKwin ! Bonne soirée alors, à demain soir ???? » « Yep. »

Hier, je me suis plongé dans les fesses de veronik, et la nuit fût un surprenant et magnifique moment galactique. Je n’en suis qu’au début, ma critique est donc forcement biaisée, pas encore pris de recul, j’ai encore le nez dans le truc. Par contre, ce matin, Kathy m’a envoyé un message dans lequel un article très élogieux parlait des fesses de veronik – « Entre splendeur poétique et sublimation picturale : Les Fesses de Veronik, une œuvre uppercut ». Une pure déification. « Check ça ! Wow ! » a écrit Kathy. J’ai fait : « Merde. » Ce matin, j’ai chopé une diarrhée.

Bande sonore : This The New Shit – Marilyn Manson.

Une réflexion sur “Les Fesses de Veronik

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