Institution(s)

Buton, F. (2010). Histoires d’institutions: Réflexions sur l’historicité des faits institutionnels. Raisons politiques, 40(4), 21-41. 

Plurivoque et polysémique, la notion de « Institution » est difficilement saisissable. Souvent utilisée comme un synonyme interchangeable à organisation communauté collectivité structure régime etc., elle ne peut toutefois sans frôler l’abus de langage l’être. Afin d’éviter de tels impairs, il me paraît judicieux par ce bref exercice d’en dégager son sens approprié (ou je dirais de proposer un sens relativement approprié) selon le contexte dans lequel institution est évoquée.  

Définition classique : Selon le Larousse, l’institution est à la fois une action (instituer comme établir), une norme ou une pratique (à valeur officielle, socialement reconnue), et une structure où s’effectue des échanges. Indifféremment de sa forme, l’institution est établie sur des bases solides et inscrite dans la durée.

Définition juridique : Selon le dictionnaire de droit québécois et canadien, l’institution est la structure politique et sociale d’une collectivité telle qu’établie par les lois fondamentales, les usages ou les coutumes. Elle est dans un sens complémentaire l’ensemble des mécanismes juridiques encadrant la conduite des individus (exemple : le mariage, le travail). C’est donc un lieu, un espace, un cadre abritant des attitudes et des interactions balisées par des normes reconnues et acceptées comme telles.

Définition sociologique : L’acceptation sociologique de « Institution » est celle de la structure sociale (temporellement) stable régulant les relations de la même nature (qui tendent à se reproduire). Chez Durkheim, elle est impersonnelle et collective (statique) avec des modes de fonctionnement spécifiques établis dans un cadre fixe (rites, pratiques, dimension coercitive, représentations et signifiants – exemple : une constitution établissant la loi les droits les devoirs et organisant le corps social); chez d’autres comme Sartre elle est davantage le processus modelé par la tension entre l’instituant et l’institué, c’est donc une structure qui est continuellement transformée (dynamique) bien plus qu’elle est figée. Il y a ainsi d’un côté l’idée d’un aboutissement, une situation finale, et de l’autre un mouvement processuel permanent visant l’atteinte d’un équilibre (exemple : les groupes sociaux organisés, hiérarchisés, prêtant serment , cf. Franc-maçonnerie).

Définition politique : Elle est le produit d’un régime politique et constituée par un corpus légal particulier (règlements statutaires) avec ses propres usages (exemple : l’institution judiciaire). Ce sont des mécanismes construction et de légitimation du pouvoir (exemple : la police, la justice, la culture, l’éducation). En relations internationales, c’est un organisme doté d’un statut reconnu comme tel (exemple : FMI, Banque mondiale, OMS, OIT).

En définitive, il ressort de la notion de « Institution » malgré la diversité conceptuelle quelques éléments communs de compréhension : une structure (comme ensemble des relations entre plusieurs entités ou faits formant une unité), artificielle et culturelle (construite par l’action des individus, sert d’habitus aux individus), régule les attitudes (organisation et encadrement, instrument disciplinaire), résiste au temps (durable et perpétuelle, qui a une forte capacité de se maintenir ou de se reproduire).

 

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