Kierkegaard

Kierkegaard est sans doute l’un de mes théoriciens préférés. Je ne suis pas à une contradiction près. Mais, à part sa pensée, son œuvre théorique très critique à l’égard de son temps et parcourue de métaphore, d’ironie et de paraboles, bref un contre-courant, je partage avec lui une chose particulière : la curiosité transdisciplinaire et la multitude de masques que l’on porte.

Kierkegaard est un ensemble de masques, il a écrit divers trucs sous une pluralité de pseudonymes, ce qui donne encore aujourd’hui pas mal de maux de tête à ceux qui s’intéressent à sa vie et à son oeuvre. Des trucs adoptant une si grande diversité de points de vue. Souvent un peu beaucoup contradictoires ou en contradiction.

Kierkegaard est un philosophe malgré lui, il ne se réclame pas de cette discipline; il pense, c’est tout.

Un peu comme Foucault, ou Bourdieu, ou tous ces penseurs dont on ne sait jamais s’ils sont vraiment ou réellement philosophes ou autres choses, et même quand on croit qu’ils sont autres choses leurs pensées a quelque chose de très philosophiques.

 

 

 

 

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Je relis ces derniers temps kierkegaard, chez lui il y a une telle angoisse et un tel désespoir.

Une rébellion contre le système, contre l’abstraction, et une conception de l’individu comme un être particulier, irréductible, l’individu comme un éveil de l’esprit opposé à cette foule ou foultitude mensongère. Kierkegaard c’est l’existentialisme avant sartre, un questionnement sur les jouissances de l’immédiat, et le triomphe de la subjectivité en tant que vérité et erreur.

Je relis kierkegaard, et une des choses que je retiens est que : « Qu’est-ce qu’un poète? Un homme malheureux qui cache en son cœur de profonds tourments, mais dont les lèvres sont ainsi disposées que le soupir et le cri, en s’y répandant, produisent d’harmonieux accents. Il en est de lui comme des infortunés torturés à petit feu dans les flancs de Phalaris : leurs cris ne parviennent pas aux oreilles du tyran dans un hurlement d’épouvante; il les percevait comme une douce musique. »

Ou cette autre lucidité : « Ma vie présente est comme une contrefaçon rabougrie d’une édition originale de mon moi. »  Et finalement cette forme de sagesse : « On ne dépasse l’ironie, après s’être soulevé au-dessus de tout et en regardant tout de haut, que si l’on finit par se soulever au-dessus de soi-même et se voir dans son propre néant de cette hauteur vertigineuse, ayant ainsi trouvé sa vraie altitude. »

Si tu peux, si tu le veux, lis ce mec.

 

Fotografi efter blyantstegning udført ca. 1840 af N. C. Kierkegaard

 

« On pourrait croire que la nôtre est une société où tout le monde s’occupe de savoir qui l’on est et quel sens l’on donne à ses actions. Nous vivons à l’ère des « selfies », d’Instagram et de Facebook, qui nous permettent de vivre dans un effort permanent de représentation et de réinvention. On pourrait également croire que la communication entre les individus a été largement facilitée par le développement des nouvelles technologies. Et pourtant, on constate qu’il y a bien un paradoxe majeur : alors que nos possibilités d’expression et de représentation n’ont jamais été aussi étendues, de plus en plus de voix s’élèvent pour décrier la perte de sens de notre monde moderne, et le sentiment d’une perte d’identité et de reconnaissance.

D’où provient ce paradoxe ? Kierkegaard déjà, voici près de deux siècles, disait que le problème est qu’on « se laisse escroquer son moi par “les autres” ». L’œuvre de Kierkegaard vise à nous réveiller de la torpeur dans laquelle nous nous trouvons parfois, plongés dans nos engagements quotidiens, dans les rôles que nous jouons au sein de la société, voire aujourd’hui dans les cercles de nos connaissances virtuelles. Mais si ces engagements peuvent nous permettre de nous identifier, Kierkegaard nous dit que bien trop souvent, ils nous aliènent de nous-mêmes.

La société occidentale est souvent critiquée pour son individualisme. Dans ce contexte, l’appel de Kierkegaard (qui reprend celui de Socrates) peut paraître démodé : Kierkegaard nous dit qu’il faut (ré)apprendre à se connaître et à se regarder soi-même. Dans un monde où la représentation de soi est omniprésente, Kierkegaard nous demande de réfléchir sérieusement sur le regard que nous portons sur nous-mêmes. Acceptons-nous de nous voir tels que nous sommes vraiment, et non pas selon les filtres que nous renvoient nos représentations extérieures ? Cela implique aussi de se poser des questions difficiles sur l’adéquation entre nos convictions, nos paroles et nos actions. »

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