Monde contemporain post-démocratique

Les relations internationales sont des interactions (en conflit ou en médiation) entre des jugements de valeur (qui s’opposent ou qui s’accordent), entre des visions morales (compatibles ou incompatibles). Ces interactions sont aussi des instrumentalisations du principe fondateur du système international : le principe de dignité.

Et de telles instrumentalisations expliquent (en partie) les tensions relatives à l’idéalisme notamment à l’impérialisme au nom de la paix (Hassner), des opérations et stratégies de déstabilisation au nom  de la démocratie, ou l’inverse – c’est-à-dire la mise en place de régimes autoritaires au nom du principe de dignité (souveraineté, singularité ethnoculturelle des communautés politiques).

Ces instrumentalisations ou ces subjectivations à caractère instrumental sont moins une relativisation du principe de dignité (puisque c’est à partir de son sens et sa signification objective que les instrumentalisations sont faites) mais plus un ensemble de mésusages du principe de dignité humaine (que les luttes de reconnaissance, les résistances, les remises en cause permettent non seulement d’identifier mais aussi de corriger).

D’un autre côté, sur un autre plan, au sein des institutions (entités instituées et instituantes), des organisations internationales (Devin), relativement autonomes des Etats dans leur fonctionnement (Claude; Mearsheimer),  sont reproduits les rapports inégaux et les dynamiques hégémoniques entre les Etats, en même temps que celles-ci exercent une forme d’autorité sur les Etats (et les acteurs internationaux) (Barnett et Finnemore; Keohane).

En outre, cet institutionnalisme pose des questions de représentativité et de légitimité politiques des acteurs sans souveraineté (techno-bureaucrates tirant leur légitimité de leur expertise – signifiant une présomption d’impartialité et de neutralité – et désignés généralement par un processus de cooptation) qui sont détenteurs d’une nouvelle forme d’autorité supranationale s’exerçant de manière déterminante sur les communautés politiques (politiques socio-économiques, adoptions de normes et de règles issues de régimes d’autorité, à l’instar des institutions de Bretton Woods – ou dans une perspective internationaliste libérale, des organisations intergouvernementales à l’instar de la Commission européenne) (Hermet; Rosenau et al.).

Cette réalité contemporaine de l’ordre international (de déplacement du pouvoir étatique vers des niveaux infra-étatiques, régionaux, supranationaux, la remise en question du primat de la souveraineté étatique – Nye et Donahue; Slaughter; Dehousse) explique en partie la remise en cause des différents processus (continentaux régionaux, internationaux) d’intégration (socio-économique, politique) par les communautés de gens que forment les citoyens des Etats (résurgence des nationalismes, perte de confiance dans les institutions et défiance populaire à l’égard de l’autorité juridico-politique, fragilisation des démocraties, etc.).

Pour dire, ces gens ne savent plus réellement qui sont les véritables décideurs politiques et quel sens a encore le principe si démocratique de la souveraineté du peuple lorsque des acteurs sans légitimité politique sont à même de décider à la place du peuple (au nom du plus grand bien du peuple – ignoré ou méprisé).  C’est en ce sens que le monde contemprain est vu par certains comme un monde post-démocratique (un euphémisme pour dire un monde d’Empire – Hardt et Negri). 

Cet état contemporain du monde soulève également la triple question :

  • des institutions justes (institutions justes dans le sens ricoeurien de structures de médiation afin d’abord d’assurer la réciprocité de reconnaissance, la responsabilité réciproque, et de veiller à un égal respect des intérêts particuliers pris dans le cadre d’application de normes morales générales de conduite reconnues par tous);
  • de la représentativité de la volonté souveraine des peuples et de l’identification des gouvernants réels de l’ordre international contemporain (Hermet et al.; Badie; Badie et Vidal), et
  • la responsabilité découlant de la réalisation des idéaux de justice tels que le bien-être social, la qualité de vie, etc.

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