Les Théories critiques du Cul

Bande sonore : Brand New Day – Sting (full album).

Hier, j’ai eu le grand plaisir de donner une conférence sur les théories critiques du cul. Il s’agissait comme benhabib le formulerait du renversement de la dialectique de la raison dans l’idéal idéel d’un réenchantement du monde. Mon propos partait d’un constat tout simple : le désenchantement du monde moderne, le désenvoûtement du réel par la frigidité de l’intellect, la mise à mort des sorcières de salem sur le bûcher du dogme rationnel et donc d’une certaine intolérance, les exorcismes de la science triomphante et absolutiste, n’a pas contrairement aux croyances du savoir mis fin à la goétie.

La raison est un sortilège, une espèce de magie qui invoque si souvent de mauvais esprits et qui est convoquée très souvent par de mauvais esprits. Philtres de la connaissance pour subjugation du réel, jettatura du discours scientifique pour envoûtement des masses, maléfices de la rhétorique intellectuelle pour possession des corps et des âmes. Dès lors, devant ce terrible constat d’un re-ensorcellement ou une nouvelle diablerie dans une modernité faussement désenchantée, la teneur de mon propos se voulait être ce questionnement mais surtout un questionnement de cet aussi impératif que nécessaire qu’est le retour aux sources, c’est-à-dire le cul.

Le cul est le noyau dur théorique de tout véritablement réenchantement du monde. Un peu héritière de Horkheimer et de l’école de francfort, un peu dans sa dimension programmatique et dans son attitude théorique bâtarde des diverses générations de l’école de francfort, ma théorie critique de la modernité s’inscrit donc ainsi dans le cul, c’est de par cette perspective paradigmatique (en)culogique et cette approche épistémologique pénétrationniste que ma théorie se place dans le sillage des discours de la postmodernité.

Ce que je disais lors de cette conférence dans un amphithéâtre vide d’êtres humains et saturés d’ectoplasmes de la science comme il s’en rencontre dans tout milieu universitaire, c’était que cette inscription dans le cul constituait en soi comme le diraient Renault et Sintomer « une méfiance totale à l’égard des normes de conduite que la vie sociale, telle qu’elle est organisée, fournit à l’individu ».

Par exemple, cette norme sociale et morale qu’est de ne pas se laisser mettre dans les fesses, se faire enculer, et enculer – mettre dans les fesses d’autrui comme un don de soi mais aussi un acte de pure dévotion à autre que soi ou un geste de solidarité si ce n’est d’amour envers cet autre qui est soi-même. La sodomie est une norme politique, mais elle n’est pas une norme socio-morale, ce schisme n’est justifié que par une métaphysique spéculative et non par une approche positiviste : la sodomie parce qu’elle est insaisissable par l’être raisonnable ne saurait être qu’une norme des êtres déraisonnables que sont les agents politiques de toute communauté politique, si elle est insaisissable par l’être raisonnable c’est parce qu’elle viole les deux lois inhérentes à la nature humaine (lois de réciprocité et loi d’universalité).

Pour dire, la sodomie ne pourrait valoir comme loi de réciprocité à tous les êtres raisonnables, il n’y a ainsi pas de dette mutuelle de la sodomie (formulé très simplement, en tant que personne l’on ne saurait attendre de l’autre qu’il nous encule autant que l’on l’encule, cette question est davantage une espèce de convention interpersonnelle bien plus que transpersonnelle telle le serait une loi), la réciprocité de la sodomie n’est donc pas issue de la contractualisation de la vie sociale. Également, la sodomie ne saurait être une loi d’universalité dans la mesure où elle ne vaudrait pas pour tout le monde ou tout le monde ne souhaiterait pas se laisser mettre dans les fesses et/ou mettre dans les fesses de l’autre, tout le monde ne voudrait pas plonger et nager dans la merde de l’autre et ne voudrait pas recevoir l’autre dans sa merde. Ainsi, socialement et moralement, la sodomie ne saurait être une norme universelle ou une loi morale universelle.

Par contre, si la sodomie est incompatible avec le monde socio-moral, elle est inhérente au monde (socio)politique. Monde socio-politique puisqu’il est d’abord question de socialisation à travers la politique, ou la politique ne saurait être pensé que par une certaine socialisation des agents politiques. C’est dans ce cadre que le rapport socio-politique des agents politiques passe par une dynamique sodomite. Ici, la sodomie est entendue comme non pas simplement la pratique du coït anal mais davantage comme une pensée théorique propre à ce que bukowski nomma à son époque : l’enculage de mouches. L’enculage de mouches établit théoriquement une bidirectionnalité entre les agents politiques qui occupent tour-à-tour des positions d’agents actifs et d’agents passifs, cette bidirectionnalité suggère donc une forme de réciprocité mutuelle. Mais cette réciprocité à elle-seule n’instaure pas de droit et de devoir. Le droit d’enculer et le devoir de se laisser enculer découlent d’un principe fondateur du rapport politique : le principe d’alternance.

Ce principe d’alternance est une loi transpersonnelle qui se substitue comme dirait l’autre aux liens naturels entre les agents politiques, pour dire cette s’impose à eux dès le moment qu’il constitue une communauté politique, ils acceptent expressément ou tacitement ce principe d’alternance. La politique est à cet effet un chacun à son tour de se faire mettre dans les fesses et de mettre dans les fesses de l’autre, loi consubstantielle de tout ordre politique. Les agents politiques qui ont le pouvoir encule ceux qui sont (non pas dans l’opposition comme il est courant de l’entendre dans la bouche de la vulgate) en attente de prise de pouvoir et qui à leur tour enculeront ceux qui avaient le pouvoir, ainsi de suite. S’il s’agit d’un coït anal c’est simplement parce que la politique n’est pas une question dans la modernité phallocrate une affaire de vagin. La politique n’aime pas beaucoup la vulve. Et quand des vulves sont tolérées dans la politique, il faut qu’elles se greffent des couilles et se barricadent un peu la chatte (quelquefois elles n’ont pas le choix au vu des assauts répétés des pénis naturels contre leur chatte dans l’arène politique), bien entendu se laissent aussi pousser un beau et magnifique pénis qui dira toute la virilité de leur puissance. Les exemples de vulve en politique avec beaucoup plus de pénis et de couilles sont si courants que je ne prendrai pas la peine de les nommer, il suffit soit d’ouvrir les médias ou des livres d’histoire pour les voir.

Donc, la politique est naturellement si je puis le dire une affaire de cul – c’est-à-dire de coït anal. La pratique de la pipe ou de la fellation étant plus une question de communication / de persuasion et de séduction, voire de cynisme ou d’opportunisme, qu’une pratique fondamentale à l’instar de la sodomie. En politique, comme dans la vie de tous les jours, sucer ce n’est pas tromper (on peut être en couple avec le socialisme et tailler des pipes au néolibéralisme, etc.), la dimension amorale de la politique fait en sorte qu’une telle considération axiologique est absolument non-pertinente.

Dès lors, après avoir expliqué cette question de la politique comme un enculage de mouches fondé par le coït anal comme inhérente à la nature même de l’animal politique qu’est tout agent politique et structuré par le principe d’alternance, il importe de revenir sur l’enjeu du renversement de la raison dans l’idéal idéel d’un réenchantement du monde, autrement dit un retour au cul comme non seulement une redécouverte des charmes et des effets presque thérapeutiques du cul mais essentiellement un retour à la « méditation déconstructionniste » sur les « apories du projet » demos (du grec dêmos : peuple de culs) qu’est la communauté des êtres raisonnables – c’est-à-dire de toute société humaine.

 

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Mon propos consistait à dire trois choses : d’un, le cul est le propre de la nature humaine (comme un simple relevé ethnographique, anthropologique, et même la thèse freudienne qui est en soi très cul-cul, peut en témoigner) ; de deux, le cul a toujours été le moyen idoine de l’humain pour redéfinir et sublimer le réel sclérosé (cf. les arts); de trois, seul le cul est susceptible de maintenir l’esprit foncièrement libidinal qu’est chaque être raisonnable dans un un processus critique du monde sensible (comme l’illustrent à la fois la compétition spermatique et les guerres non pas de sexes mais du sexe que se livrent les êtres humains dont la finalité est l’atteinte d’une certaine jouissance comme un presque épanouissement de soi). Du dernier point, je notais que pour faire la guerre, du sexe ou autre, encore faut-il être à même d’avoir l’esprit critique qui puisse nous – en partant du monde sensible – placer en dehors de tout univers phénoménal et seulement dans cette virtualité idéelle que nous exerçons à travers un rationalisme exigent des évaluations et des remises en question de l’univers phénoménal.

La guerre est le fruit d’un processus critique fait dans l’instance critique qu’est l’autonomie de la volonté, les massacres simplement des aboutissants. Mon hypothèse était à cet effet que toute guerre, du sexe ou non, est d’abord un processus critique, ce processus loin de désenchanter le monde fantasme le réel et à travers ce fantasme nous construisons des projets d’existence, pour dire le cul ou l’espérance de jouissance que suggère le gain de cul ou l’exploitation personnelle et collective du cul est une motivation primordiale voire la seule pertinente dans l’examen de l’agir de l’être humain. C’est le cul qui nous place dans le présent et nous projette dans l’avenir. C’est le besoin de se réaliser à travers une consommation du cul qui nous met sur les chemins scabreux parfois de l’être soi-même. Tout est donc cul, et le cul est tout : Cul-Tout, Tout-Cul.

Un exemple parmi tant d’autres, les armes de guerre. Les armes de guerre ont toujours été inspirées par le cul et sont une affaire de cul. As-tu déjà vu et examiné une kalachnikov ? Plus bite (genre grosse bite) que ça tu meurs (je ne parle même des missiles intercontinentaux et autres ogives nucléaires). As-tu déjà vu un porte-avion ? Plus phallique que ça tu crèves. As-tu déjà vu une grenade ? Plus couille que ça, tu es un castrat. Les armes de guerre ont un truc mâle, normal la guerre cela est une affaire de testostérone – les amazones en savent quelque chose. Et les armes ne sont au fond que des accessoires que l’on fourre dans un trou, le cul de l’autre, l’autre est ainsi un trou du cul (dans lequel donc on place une grenade, ou un missile intercontinental).

Le but de ce fourrage de cul dans la dynamique de la guerre c’est faire mâle et mal. Question de virilité et de sadisme. Dans la sphère moins « guerre » mais tout aussi conflictuelle qu’est celle de la sphère privée cette dynamique est résumée par l’expression : « Je te défonce ». Ou dans les relations micro-sociales par un « Je t’encule », un « Va te faire enculer ». Cette dernière expression souligne que le sujet qui profère une telle insulte (car ce n’est pas un compliment) se décentre du standard de décence (partagé par la communauté dite civilisée) et se place en opposition (ou en contradiction) de la norme prescriptive du savoir-vivre imposé par les institutionnalisations des codes de conduite. Bref, une expression qui dit une certaine liberté par rapport à un attendu, à un modèle prédictif. Le « Je te défonce » par contre est en soi très narcissique, le sujet est un Moi triomphant qui dominateur ou en position de domination de l’autre affirme par cette simple expression sa main mise sur le cul qui est défoncé.

Il y a ainsi un certain triomphalisme du Moi dans le « Je te défonce » qui se fait au détriment ou souvent par le consentement de l’autre. Dans tous les cas, il y a une re-possession de soi. Et cette re-possession montre un processus critique par rapport à un déterminisme des rapports inter-personnels (qui normalement selon bien des communautés ne peuvent s’articuler autour du défonçage du cul  – propre cul ou celui de l’autre – ou de l’envoi en enculo-punitif de son propre cul ou celui des autres), une remise en question d’une certaine orthodoxie voire un amendement de ce qui devrait-être. Donc, le cul est critique. Et cette nature réenchante le réel dans le sens qu’elle produit une espèce de métamorphose d’émerveillement du réel : se faire enculer et enculer est toujours une expérience transformationnelle de soi et d’autre que soi. Il y ainsi beaucoup d’imaginaire réalisé et rendu tangible dans la sodomie. Personne ne sort indemne d’un enculage en bonne et due forme. Le monde en est transformé, définitivement.

C’est ainsi que ma théorie permet une convergence entre l’enculage des mouches et la sodomie voire le cul intra-personnel(le). Mais surtout, elle saisit bien tout le potentiel de réenchantement – praxis – du monde que permet le cul, le coït anal. Donc, un renversement (le fait de se reverser) de la raison (l’autonomie de la volonté) dans l’idéal (l’idéalisme comme subordination de l’existence à la pensée) idéel (qui demeurent avant tout de l’ordre des idées).

 

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A la fin de ma conférence, Patricia a eu une critique assez forte : « Dave, tu me permets de souligner que tout le monde n’est pas ‘obsédé’ par le cul ou par le coït anal, nous ne nous faisons pas toutes / tous enculé(e)s, et nous n’enculons pas tous/toutes, dès lors ramener tout au cul et au coït anal est un peu spécieux, non ? »

À quoi j’ai répondu que le cul est toujours au cœur de toute interaction humaine, si t’es moche c’est parce que ton cul n’est pas assez attrayant pour l’autre alors t’es au pire une poupée gonflable pour les moments de disette ou un godemiché au cœur de l’hiver (ou quand il n’y a pas grand-chose de disponible). Les luttes pour atteindre le sommet de la pyramide sociale sont des luttes de cul et pour le harem de culs. La puissance et le pouvoir est d’abord une question de désirabilité de soi, et cette dernière est inhérente à son propre cul. Le coït anal est un interdit socio-moral dans la plupart des cas que tous et chacun à un moment comme à un autre viole, tout simplement parce que les gens se sentent libres et vivants quand ils bravent l’interdit. Un doigt dans le cul est un coït anal, un rêve érotique sodomite est un coït anal, bref tout ce qui est en dehors du standard de décence et de respectabilité est un coït anal. Le « Je t’encule » est la marque d’une évaluation irrespectueuse selon ce standard, le « Va te faire enculer » est une expression disant ceci « Je te demande d’aller te faire sodomiser, car te faire mettre dans les fesses est un truc de déviant, de merde ». Ce qui signifie que je te demande d’aller en l’encontre du standard afin de mieux te stigmatiser. Donc, pas besoin de te faire mettre dans les fesses Patricia, de vouloir ou non te faire enculer, tu n’échappes pas à la sodomie.

Surtout, si je joins le politique à ce social-moral, tu le sais non seulement tu te fais baiser comme il faut mais ce n’est pas une question de vagin c’est une question de cul, oui Patricia tu te fais enculer (assez profond, et à sec je dois dire), et souvent tu en prends du plaisir puisque tu votes pour ces enculeurs et enculeuses de mouches, tu es la mouche, t’adores ça. Alors, peut-être que tu ne t’es pas ou jamais faite enculer littéralement, mais oui tu t’aies déjà faite enculer. Et sans le savoir tu as aimé, et tu en as redemandé ou tu en redemandes.

Mais Patricia, le plus important, c’est que à chaque fois, tu as réenchanté le monde, tu as renversé la dialectique de la raison. Ce qui est en soi est libérateur. Il n’y a plus de frigidité dans l’enculage, pas d’envoûtement, pas de sortilège, pas de magie ou de mauvais esprit, juste une réciprocité mutuelle et un principe d’alternance qui au fond suggère ou établit une forme d’égalité.

Patricia est restée aphone. Il y a eu des milliers d’autres questions provenant des ectoplasmes. Le soir même, Patricia et moi on s’enculait solide.

Bande sonore : The Void – Muse.

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