La Puissance du Verbe

 

 

 

Lorsque j’avais vingt ans, j’avais l’habitude, entre autres choses, entre autres pérégrinations, de passer mon temps libre à lire à écouter et à regarder des discours prononcés par des individus.

Grands, illustres, je dévorais les discours.

Plus que la littérature, ce sont les discours qui m’ont fait me prendre conscience de la puissance des mots mais surtout du charisme des individus qui les prononçaient.

 

 

 

Les mots des livres n’ont pas la même force que ceux dits par des individus charismatiques. Le charisme, l’art de la rhétorique et le talent de l’orateur peuvent faire d’un simple et banal « I have a dream » quelque chose de hors du commun.

Ce n’est pas seulement la profondeur et la justesse du « I have a dream » qui en fait un grand discours, c’est le souffle qui porte les mots de ce discours, nul besoin de regarder le king jr qui n’a vraiment rien de charismatique comme personne (comparativement à malcom x) mais toute la puissance de son souffle qui fait vivre des mots ordinaires, des images d’une remarquable beauté.

A l’ouïe, le king jr est un frisson et c’est cela le charisme.

 

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Ce magnétisme saisit par d’autres sens que l’œil ou l’oreille, quelque chose dont presque tous les sens sont imprégnés, quelque chose qui vient nous prendre par les tripes et nous ébranle. A vingt ans, j’aimais passer mon temps à être ébranler par les discours, peu de choses me procurait une telle sensation.

Quelques fois, les mots de livre ont du souffle, et de tels livres sont généralement de l’ordre du chef d’œuvre.

Des livres avec du souffle et avec transposé le charisme de l’auteur(e) ne sont pas courant.

Quand tu ouvres un livre de la sorte, la première phrase, le premier paragraphe, te fait te rendre compte que tu as entre les mains, sous les yeux, quelque chose d’absolument hors du commun.

Nul besoin d’attendre la centième page. Le livre et ses mots vibrent entre tes mains et tes yeux se demandent si ce que tu lis est vraiment réel tellement cela te semble d’une autre dimension. Écouter certains discours m’a souvent fait le même effet.

 

 

J’empruntais à la bibliothèque de mon quartier les anthologies des grands discours, ma mère m’en achetait aussi beaucoup.

A chaque anniversaire, elle m’offrait un ou deux livres et une encyclopédie en plus d’un dictionnaire (soit le larousse soit le robert), à chrispy et à charly elle offrait autres choses, chacun n’ayant pas les mêmes centres d’intérêt.

Mais, un de mes plus beaux cadeaux d’anniversaire fût une encyclopédie de philosophie et ma première anthologie de discours, j’avais treize ans et j’avais l’impression de me faire un shoot d’héroïne.

J’ai compris très tôt la puissance du verbe, du discours. La puissance du souffle qui insuffle aux mots une énergie extraordinaire. J’en étais fasciné. A vingt ans, j’ai poursuivi cette passion, c’était comme aller dans un bar et me saouler la gueule.

 

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Je n’ai jamais trouvé obama charismatique, ni bon orateur, plutôt excellent lecteur du prompteur, il m’a toujours paru fade.

J’ai souvent trouvé malcom x très charismatique, sarkozy époustouflant, autant en coupant le son et en écoutant seulement leurs voix.

Hitler est sans doute dans mon panthéon des plus grands orateurs de notre histoire récente, un des plus grands orateurs. Coupe le son et observe le mec, mets le son et éteint l’image, le mec est incroyable.

 

 

Fais abstraction de ce qu’il est comme saloperie – je veux dire il faut être d’une incroyable mauvaise foi ou d’une stupidité certaine pour ne pas faire la distinction entre compréhension et justification, comprendre est une manière de trouver des réponses et donc d’envisager des solutions.

Hitler était hors du commun en termes de discours, de souffle. C’est sans doute pourquoi il a pu convaincre autant d’esprits.

Comme je le disais il y a quelques mois lors d’une présentation, il importe de comprendre pourquoi le mal a pu séduire et convaincre autant de personnes, pour cela il convient de l’étudier comme il faut, en se mettant à distante de tout ce que l’on croit – nous bonne morale ou bonne conscience – de se mettre à distance de tout ce que le mal suscite en nous d’aversion, c’est seulement en comprenant les mécaniques du mal que l’on combat le mal et non en donnant des leçons ou en exhibant sa bonne moralité (et encore c’est quoi une bonne moralité?). 

Ceci n’est pas une idée originale, tous les profilers et autres psy’ le diront. Comprendre comment un discours peut transformer la vision des individus simplement en soufflant dans les mots est un impératif pour saisir les mécaniques de la manipulation. Faut dire, qu’une cause soit juste ou non, le discours sert un peu la manipulation.

Manipulation comme une délicate opération de persuasion et de séduction, comme un acte de direction plus ou moins insidieux, comme une modification de sens et de signification plus ou moins honnête, comme un maniement des esprits.

 

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Tout le monde manipule tout le monde, c’est un fait (souvent des personnes m’avouent « Dave je t’ai menti » ou « Dave je t’ai manipulé » à quoi je réponds souvent « ‘K, so what? » – ces personnes n’ont pas changé de fond malgré leurs mensonges et leurs manipulations, c’est pourquoi il m’importe autant de saisir l’authenticité des gens, car malgré toutes leurs histoires et autres récits racontés ils ont un fond authentique, et c’est pourquoi j’accorde une telle importance à l’authenticité, à sa découverte).

Quand l’on veut bien se présenter, quand l’on soigne son image, quand l’on se montre d’une certaine façon qui plaise ou qui a pour objectif de plaire, on manipule nécessairement.

Comme l’autre le dirait un bon mensonge incorpore toujours des éléments de vérité, tous les espions ou agents de renseignement le diront aussi.

Manipuler, c’est comme le mensonge, tout le monde ment. Alors, il faut arrêter avec cette hystérie sur le mensonge et la manipulation, oui cela est condamnable mais au fond ce qui l’est vraiment c’est le fait par ce mensonge et cette manipulation de transformer les autres en objets et moyens en vue d’en arriver à une fin autre que de tels autres.

Quand tu mens ou tu manipules pour asservir l’autre, c’est immoral. Quand tu mens ou tu manipules pour utiliser l’autre afin d’en arriver à un gain égoïste quelconque c’est immoral.

Que obama mente et manipule avec son yes we can pour être élu et faire le bien c’est discutable. Tu ne seras pas d’accord là-dessus, mais la question est toute vérité est-elle bonne à dire ou à avouer ?

Le mensonge ou la manipulation ne sont pas nécessairement la fantasmagorie, ils doivent être enracinés dans un réel saisissable et tangibles. Tu rencontres des gens dans la vie qui mentent et manipulent souvent pour rien et à partir de rien, ils sont stupides, mentir et manipuler exigent un minimum d’intelligence. C’est comme séduire, la séduction est de l’ordre de l’intelligence, tout le monde ne sait pas ou ne peut pas séduire. C’est aussi un fait que tu as sans doute un jour ou l’autre expérimenté.

 

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Le discours comme séduction est donc un mensonge ou une manipulation, cela dépend. Encore une fois, je ne veux pas justifier, j’essaie simplement de dire que quand l’on en a conscience ce qu’il importe c’est de passer outre cet état de fait pour s’intéresser à l’essence et aux mécaniques du discours. Autrement dit, le plus important est ailleurs.

Certains discours sont très authentiques, on sent que cela vient des tripes, il y a là une mise à poil. Ce n’est donc pas le fond qui est manipulé mais la forme. Là aussi il importe de faire la différence entre le fond et la forme. Disney raconte plein de conneries, la forme est mensongère ou manipulée, mais généralement le fond est authentique, il dit une certaine vérité.

On fait donc abstraction de la forme et on retient souvent le fond, et c’est lui qui séduit ou persuade. Disney ou les œuvres disney sont un discours. De la même nature que le « I have a dream ».

Pour libérer des afro-étasuniens des carcans de cet autre esclavagisme qu’étaient les jim crow laws il a fallu leur raconter une histoire qui non seulement plaise mais ébranle.

Les êtres humains ont un besoin de ce type d’histoire pour donner du sens à leur réalité et se faire sens. Rien de bien original comme propos, la littérature, les arts servent aussi à ça.

Quand on s’intéresse à l’histoire de ce discours qu’est le « I have a dream », on sait que tout le monde s’est fait chié en écoutant une bonne partie des paroles de king jr qui n’était pas le « I have a dream » et que ce dernier n’était pas une nouveauté même si une partie du discours fut improvisée, king jr l’avait plus ou moins déjà prononcé et il était bien conscient de son effet, c’est une partie du public qui a demandé d’entendre ce « I have a dream » car il racontait une histoire particulière dans laquelle le fond était vérité et espérance et la forme très bien travaillée avec tous les artifices de l’art oratoire et de l’art de la rhétorique.

Le « I have a dream » a fait mouche. Il a répondu à une attente avec de la manière. C’est cela selon moi le grand secret de bons discours. Mais pour y arriver encore faut-il y mettre du souffle.

 

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Certains discours quand tu les lis sont soporifiques. Abraham lincoln et son discours de gettysburg par exemple. Plus chiant que ça, tu meurs.

Mais le fond, la vérité, l’espérance, de celui-ci en ont fait l’un des plus grands de l’histoire étasunienne. Quand tu lis gandhi, tu bayes aux corneilles, mais tu ne peux être indifférent aux vérités de ses propos.

Quand tu écoutes mandela, tu tombes généralement de sommeil, la voix et les rythmes n’ont rien d’exceptionnel, mais le fond est grandiose et c’est ce qui te tient en haleine, te marque, te transforme.

Mais surtout, quand tu regardes mandela quand il parle avec ses tripes, en dehors du script, tu es saisi par l’aura du bonhomme, il est captivant, il est fascinant.

 

 

Un discours, à vingt ans pour moi, était cela, de l’aura et du souffle. Le mensonge et la manipulation, bof bof bof.

Aujourd’hui encore je passe mon temps libre à lire à écouter et à regarder des discours. Je n’ai plus vingt ans, mais toujours aussi passionné par le souffle qui porte des mots, et l’aura qui les enveloppe. Et je me rends toujours bien compte à quel point le verbe est d’une puissance inouïe.

 

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Une réflexion sur “La Puissance du Verbe

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