De l’écriture

Il est possible que l’on apprenne à écrire, que l’on fasse l’acquisition des façons de faire, que l’on apprenne à utiliser des outils de la manière la plus appropriée, mais je doute qu’écrire puisse être seulement l’objet d’un enseignement de moyens d’un type académique. J’ai appris et acquis les méthodes via l’enseignement, sans ce dernier je ne crois pas que j’aurai pu dire ce que je voulais dire de la manière avec laquelle j’ai souvent dit. L’enseignement pousse au questionnement, à l’évaluation, à la justification, il apporte de la clarté et de la compréhension, il est ainsi indispensable.

Apprendre à écrire c’est donc non seulement vouloir maîtriser relativement les moyens mais aussi savoir être critique. Mais, l’enseignement, de ce fait, ne fait pas l’écriture, comme le dirait mon frère luc, et comme le soulignerait patrice, mes grands me jedi en rédaction, il y a une identité dans l’écriture, écrire c’est montrer et dire son identité. Cela ne s’apprend pas.

L’écriture selon moi n’est pas simplement une question de linguistique, de stylistique, de vocabulaire, de richesse du verbe, d’excellence de la technique, etc. Beaucoup trop d’étudiants en lettres, en littérature, etc., sont par leur formation académique des experts en linguistique et en stylistique, ils excellent dans la richesse du verbe et la maîtrise du vocabulaire, ils sont (sur)doués de la technique, et généralement de piètres auteurs. Leurs textes sont insipides, ils sont ennuyeux, ils sont sans souffle et sans vibrations, trop académiques en ce sens des A+ mais à part ça rien, absolument rien.

Je ne crois pas savoir écrire, tous ceux qui me connaissent le savent, je n’ai jamais prétendu écrire bien ou contraire je l’ai dit ici je me considère comme un scribouilleur, vraiment j’ai et je suis convaincu de cette idée.

Je ne crois même pas que l’on sache écrire. Je ne crois pas qu’il y ait de canons du savoir écrire. Je crois simplement que l’on dit quelque chose et ça parle ou non aux lecteurs, ça fait vibrer ou non le lecteur, ça construit ou non des imaginaires, ça ébranle ou non, cela dépend de la sensibilité de tout un chacun.

Je ne crois même pas qu’il faille s’interroger sur le savoir écrire comme technique ou qualité de l’écriture, mais plutôt se concentrer sur soi et sur que l’on veut dire, donc d’abord se focaliser sur l’essentiel, le reste est pour moi secondaire.

Ainsi, je ne fais pas de la qualité de l’écriture une obsession, ce qui m’obsède c’est ce que je ressens, pourquoi je le ressens, et quelle est selon moi la façon non pas meilleure de le dire mais adéquate comme la plus fidèle de ce que je ressens.

 

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C’est aussi pourquoi je ne me relis jamais avant de publier, parce qu’en écrivant j’expulse ce ressenti, comme je le dis souvent je n’écris pas je vomis, tout ce que je traverse comme émotions, toutes mes interrogations, tous les sens ou non-sens que j’ai l’impression de vivre, les tumultes et les apaisements, les violences et les sérénités, bien conscient que comme toutes vomissures cela n’est pas publiable je me refuse à me relire avant de publier.

L’autre raison, c’est que j’ai de la misère à me relire avant de publier, je suis à cet effet comme luc le dirait un peu paresseux. Mais, en fait, ce n’est pas de la paresse, seulement je ne vois aucun intérêt à me relire avant publication. Dans ma tête, j’ai dit ce que j’avais à dire de la façon que mon ressenti m’obligeait à le dire, j’ai expulsé, j’ai vomi, je me suis fait une branlette, et me relire est un peu comme me regarder me masturber – parce que quelque part écrire c’est un peu masturbatoire, vomir et expulser. Cela n’est d’aucun intérêt.

Même si j’ai assez conscience des bénéfices de la relecture avant publication – le texte est plus affiné, les reformulations généralement plus justes ou plus expressives, les longueurs supprimées, les lourdeurs effacées, les fautes corrigées, et autres – je ne me relis pas. Quelquefois, des jours, des mois, des années, ou des heures, après avoir publié, je relis un texte et là je me rends compte à quel point je l’aurai sans doute amélioré.

Mais, il n’en demeure pas moins que je trouve que cela est un peu artificiel, puisque je considère le premier jet plus conforme au naturel du ressenti, les autres versions sont plus ou moins des constructions dans lesquelles on mobilise tout son savoir-faire, de la sorte les versions issues de la relecture m’ont toujours semblé dénaturées – sans perdre forcement de l’essence du propos, sans nécessairement enlever l’originalité du texte initial, ou même sans diminuer la force du texte.

 

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Il y a donc beaucoup ses tripes dans le texte initial, les versions postérieures sont à mes yeux des dilutions d’une certaine authenticité ou une authenticité originelle diluée dans des artifices et autres rectifications voire des habillements de cette authenticité originelle, la version finale d’un texte relu et retravaillé est une perte d’un certain concentré de soi, on n’est un peu moins à nu que la version originelle, on se présente autrement ou avec plus ou moins un peu moins de nudité.

Ce qui n’est pas mal en soi, au contraire savoir se montrer et jouer avec l’espèce de nu-couvert qu’est un texte relu et bien re-travaillé peut être d’un ébranlement certain pour le lecteur. Seulement, justement, c’est un ébranlement produit par l’artificiel, voilà en quoi pour moi tout en ayant clairement une grande valeur par rapport à l’originel-naturel cela reste tout de même une perte d’un peu de ce soi authentiquement brut – plus riche en significations et en sens.

Si je n’aime pas me relire et travailler mes textes avant publication, c’est aussi parce que j’ai l’impression de trahir mon ressenti, de le manipuler, voire même d’avoir le sentiment de le souiller. Lorsque j’écris, ce que j’expulse, je vomis, est mon pur ressenti. Celui qui jaillit de cette personne en moi qui prend possession de moi. C’est aussi en quoi le je dans mes textes est un autre tout en étant moi.

Ce je qui écrit n’est pas celui qui écrirait dans un état normal, n’est pas ce dave normal plongé dans l’ordinaire quotidienneté de la banalité de l’existence. Ce je est à la fois très personnel dans le sens le plus intimiste (intime comme ce qui constitue ce qu’il y a de plus intérieur ou de plus profond de l’être) et très impersonnel dans le sens de l’autre (cet aspect de soi indéterminé). Ce je est en fait non pas frappé de schizophrénie mais manifeste d’une complexité de soi, des nuances.

Ce je est moi parce qu’il n’est pas en dehors de moi, il est enraciné en moi, il n’est pas que moi parce qu’il explore et exprime des aspects indéterminés voire souvent inconscients de moi, c’est moi qui prend la plume, c’est moi qui pose l’acte d’écriture mais ce n’est pas que moi qui souffle dans les mots. Mon ressenti n’est pas exclusivement le fruit d’une conscience, d’un esprit en maîtrise, il est aussi ce il justement qui me révèle à moi-même. En ce sens, je me découvre aussi en écrivant. Voilà aussi pourquoi il est hors de question que je retouche un texte avant de le publier, parce ce que cette découverte de soi serait simplement inexistante.

 

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Comme dans l’éloquence, il y a dès lors selon moi une forme de possession physique. Écrire, c’est être possédé.

Le lecteur n’existe pas, on n’écrit pas pour un public ou des publics, on n’écrit pas pour les autres, on n’écrit même pas pour soi, on écrit parce que l’on en sent le besoin irrépressible, un besoin de dire comme de découvrir, un besoin de se mettre en mouvement vers quelque chose d’indéterminé, un besoin de transcrire tout un ressenti qui seulement par l’acte d’écriture parvient à faire sens et à nous faire sens.

Je n’ai jamais de plan préconçu lorsque je commence à écrire, je ne suis donc pas un plan préétabli, l’écriture est ainsi une errance.

Généralement, je ne sais pas à quoi va ressembler le texte, j’ignore tout de vers quoi il va tendre, je ne sais pas au fond l’objet précis de ce vouloir-écrire, je n’ai pas d’objectifs ou de visées, je sais seulement que je ressens quelque chose qu’il faut que j’expulse, je vomisse, dont il faut que je me libère.

J’écris pour me libérer, pour canaliser une certaine tension, pour évacuer une certaine pression, pour faire sortir tout ce que j’ai du mal à retenir en moi.

Souvent, c’est presque comme hurler, confesser, me débarrasser de tout ce que j’ai de la misère à supporter ; souventefois c’est comme rendre possible en sens dans des imaginaires ce qu’il m’est impossible de donner du sens dans la réalité ou le réel. J’écris pour trouver et libérer du sens, de moi et des réels/réalités.

Il ne peut y avoir de schéma à suivre, encore moins de directives particulières, il y a un lâcher-prise dans l’écriture, une soumission aux sensations, un assujettissement au voir et à l’écoute.

Voir comme me l’a dit l’autre jour luc, c’est aussi écouter. On ne peut voir que si on est capable d’écouter, car la perception n’est pas seulement une question de vue, d’image, elle est aussi une question de sons ou de sonorités. D’où aussi l’expression : « l’image parle d’elle-même ». La vue ne saisit pas la parole.

Écouter n’est pas seulement le fait d’entendre, c’est me semble-t-il prêter une attention à l’objet qui parle, au sujet qui nous parle, c’est se mobiliser aux fins de compréhension et d’interprétation, c’est tenir compte des souffles des rythmes des respirations que toute parole a.

Et c’est aussi en quoi une parole est d’une richesse expressive en sens et significations, ce n’est pas un acte banal. Une image parle, écrire cette image c’est donc l’écouter au-delà même de sa représentation visuelle.

Écrire, c’est de la sorte une immersion pluridimensionnelle ou multidimensionnelle dans un réel (ce qui existe comme tel – l’étant) aux différentes réalités (réalité comme apparences, sens, significations, illusions, ou comme il est commun de le dire : vérités).

Il n’y a ainsi pas de véritable méthode pour écrire, mais l’on peut se doter d’outils ou de moyens nous permettant de mieux saisir ou comprendre, exprimer ou interpréter, le réel avec toutes ses réalités.

 

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L’enseignement de la rédaction, de l’écriture, est dans cette idée nécessaire voire impérative. Mais, il ne peut être une méthode en soi – un comment presque canonique, une façon de faire imposée, il outrepasserait son mandat.

On n’apprend pas à écrire par l’enseignement, on acquiert des moyens pour écrire adéquatement afin de mieux toucher à l’essence de l’objet ou le sujet de son propos, afin de mieux révéler les sens et significations du réel que l’on veut dire.

Apprendre à écrire, c’est apprendre à voir et à écouter, l’enseignement est un guide, il n’est pas tout.

L’apprentissage de l’écriture passe nécessairement par la lecture et l’écoute. Une lecture et une écoute actives, des images ou des objets qui apparaissent, des sons et autres sonorités, en les questionnant et en essayant de se demander pourquoi cela nous plaît ou non, pourquoi cela nous marque ou non, pourquoi cela nous ébranle ou non, c’est interroger sa propre sensibilité. En questionnant par le « qu’est-ce cela veut dire ? », se mettre en quête de sens, avoir accès à un sens et tenter de l’interpréter, c’est interroger sa propre rationalité.

La lecture et l’écoute actives sont un double mouvement de silence de soi et de prise de parole de soi, on fait silence pour absorber ce qui est vu et entendu, on prend la parole pour questionner ce qui est vu et entendu.

Le silence de soi n’est pas une passivité d’insensibilité, mais un accueil hospitalier de cette sensibilité qui (se) montre et (se) raconte, de cette rationalité qui (s’)explique et (se) justifie.

Le silence de soi, c’est faire taire la voix ou les voix de notre intériorité afin de concentrer toute notre attention sur cette sensibilité ou cette rationalité, on prend une position de récepteur mais je dirais que c’est même au-delà de celle-ci : on joue une fonction de réceptacle.

Lire et écouter, c’est se faire lieu recevant plusieurs réalités de diverses provenances, natures, etc. Ce lieu n’est pas vide d’expériences sensibles, ce que l’on reçoit prend place dans un espace d’expériences sensibles, ce qui ne se passe pas toujours sans heurts, sans réaménagements.

C’est en ayant reçu, ou vraiment reçu, que l’on est en mesure de prendre la parole ou que l’on ressent le besoin de prendre la parole afin d’exprimer ce que tout ce que l’on a reçu nous interroge, nous touche, nous provoque.

La prise de parole de soi n’est forcement audible en dehors de son intériorité, elle peut être et elle est souvent d’abord intérieure. Quand elle est audible pour l’extérieur de notre intériorité, par exemple en écrivant, c’est parce que nous sommes parvenus à l’organiser relativement efficacement afin qu’elle puisse d’abord nous faire sens avant même qu’elle fasse sens (ou non) aux autres.

La prise de parole de soi manifeste ainsi à la fois de l’exercice d’une forme de critique (examen et appréciation de ce que l’on a reçu, de notre sensibilité et notre rationalité) et d’une tentative d’ordonnancer cette production intérieure de sens et de significations.

L’écriture n’est qu’une activité de recherche des formulations adéquates d’une prise de parole de soi.

Apprendre à écrire, c’est avant tout essayer et adopter plusieurs approches qui nous permettent d’exprimer le plus adéquatement possible ce que l’on voit et ce que l’on écoute, ou ce que l’on a vu et ce que l’on a écouté. De telle sorte que plus on voit et on écoute, plus on a plus de facilité voire d’aisance à identifier souvent très intuitivement la formulation adéquate nous permettant de matérialiser par l’écriture ce que l’on voit et que l’on écoute, ce que l’on a vu et écouté.

D’où l’importance de ce conseil donné à tous les auteur(e)s de multiplier leurs lectures et d’écouter autant beaucoup que très activement. Aucune technique ne peut apprendre à voir et à écouter, donc à écrire. C’est la diversité des lectures aux styles très différents et des expériences d’écoute de paroles aux sonorités plurielles qui me semble être l’apprentissage idéal de dire par les écrits.

 

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Apprendre à écrire, c’est donc selon moi apprendre à voir et à écouter. Beaucoup d’auteur(e)s ont de la misère à voir et à écouter, cela se lit très bien.

Les formations académiques ou les ateliers dits d’écriture ou de rédaction ont cette faiblesse de vouloir enfermer les esprits dans les façons de voir et d’écouter des autres (grands auteurs, références classiques, etc.), de les confiner à un espace, à les aliéner. Ils ne guident pas, ils décrètent.

Voilà aussi pourquoi, en dehors d’un certain microcosme, personne ne lit plus vraiment, les textes sont le produit d’un fascisme, artificiels et moribonds, du lu et relu, vu re-vu entendu et re-entendu ; à part les quelques membres de cette secte ou cette tribu qu’est le monde de la littérature ayant pignon sur rue cela n’intéresse personne.

Tout ce beau monde est à la recherche du nouveau victor hugo ou james joyce, veut révéler à l’humanité le nouveau proust ou céline, la nouvelle colette ou george sand, etc., on recherche le passé dans le présent, on fige l’écriture dans le passé et on ne sait pas écrire le présent.

Aucun(e) auteur(e) ne veut être la version contemporaine du passé mais la version authentique (ou qui s’y rapproche) de son présent, pour y arriver il importe de voir et d’écouter sa contemporanéité, de s’écouter et de se voir soi avant toute chose.

Personnellement, je n’ai jamais compris cette fascination excessive pour le passé. Je n’ai jamais compris cette obnubilation pour le passé. Je n’ai jamais compris cette obsession du mimétisme, de l’homochromie.

Et je n’ai jamais compris ce truc que je dirais débile dans le sens de crétinisme de faire la critique d’un(e) auteur(e) en se référant (tout le temps) à ce qu’il s’est fait dans le passé et d’en arriver à la conclusion que ce n’est « proust » (tu m’étonnes) / que c’est le « nouveau proust) (t’en as fumé une bien bonne) ; ou de comparer les auteurs contemporains entre eux pour évaluer leurs œuvres dans une perspective hiérarchisante à l’instar souvent des avis et opinions des critiques littéraires contemporains.

Une fois, j’ai lu une personne que l’on qualifiait de « nouveau romain gary » répondre par un « Je suis Moi », un autre dont on disait qu’il fût le « nouveau john steinbeck » balancé un « J’emmerde steinbeck ». Dès que l’on qualifie un(e) auteur(e) de « nouveau/nouvelle xyz », c’est pour moi en dire qu’il/elle n’écrit pas mais calligraphie.

 

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Calligraphier (écrire avec soin, en calquant un modèle, en formant selon un certain modèle normatif les caractères de son écriture) est le propre d’une écriture dans ses balbutiements (dans ses débuts incertains, avec sa part inévitable de maladresse, de tâtonnements, etc.). On calligraphie avant d’écrire.

Calligraphier, c’est commencer à imiter les plus grands, des modèles, des modèles inspirants, on apprend toujours en imitant, en copiant, on se faisant mimétique, quelque part c’est une manière de rendre hommage aux modèles qui nous inspirent. Et cela est très naturel, très attendu.

Mais, apprendre à écrire c’est plus ou moins commettre le parricide, tuer le modèle inspirant comme sortir de son ombre, cesser d’en être que la pâle copie ou l’imitation, que l’héritier (revendiqué ou secret).

Apprendre à écrire, c’est se trouver une voix ou une tonalité, faire confiance à son propre regard et sa propre oreille, se choisir une plume, choisir sa propre plume.

C’est quand notre écriture devient identité (qu’elle est reconnaissable au milieu de mille autres tout aussi singulières, qu’elle est une singularité d’un style particulier au milieu de mille autres singularités) que l’on commence véritablement à écrire, et autant que l’identité est un (ré)apprentissage de soi ou une (re)découverte de soi l’écriture est pareille.

Certes, on ne s’émancipe pas toujours complètement de ses modèles, ou disons-le autrement on les intègre dans la construction de sa propre singularité, mais on se doit de s’en libérer pour vraiment être soi.

Les figures tutélaires assument dans leur rôle de protection une première définition de soi (qui se fait généralement par rapport à elles), c’est en quoi elles constituent d’espèces d’abris sécuritaires desquels l’on se détache pour se mettre sur les chemins de sa propre destinée.

Être soi, c’est ainsi sortir de cet abri et se construire son propre abri, l’écriture est de cette façon une construction qui nous abrite, dans laquelle nous nous sentons vraiment chez nous.

Apprendre à écrire c’est donc à un moment comme à un autre s’éloigner des figures tutélaires. On apprend à voir et à écouter à partir de sa propre subjectivité qui n’est jamais une création ex nihilo.

 

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Le style est la substance même de l’identité dans l’écriture, une écriture sans identité est une écriture au style dépersonnalisé dans son sens le plus désincarné, le texte est presque sans auteur(e), tout bon logiciel de rédaction de textes est à même de faire ça.

Que ce soit dans la littérature que dans les mondes universitaires, dans les mondes de l’entreprise ou des médias, écrire est une question de style propre aux auteur(e). Huttington n’a pas le même style que Nye, fuller n’a pas le même style que hart, troper n’a pas le même style que kelsen, mearsheimer n’a pas le même style que thucydide, etc. Orwell n’a pas le même style que dickens, scott fitzgerald n’a pas le même style que hemingway, faulkner n’a pas le même style que steinbeck, etc. Albert londres est un style inimitable, le journalisme n’est pas seulement une question d’information mais c’est aussi une question de styles, il suffit de lire la presse pour s’en rendre compte, tout le monde au québec dans le monde de la presse sait reconnaître le style pierre foglia entre mille.

Un bon texte selon moi est avant tout un texte avec du style, un texte avec un(e) auteur(e), et cette identité se lit très bien.

Il n’y a pas de critères d’après moi objectifs permettant de dire que tel texte est un « bon » texte, tout dépend de la culture des lecteurs et des évaluateurs, de leurs formations, de leurs expériences, de leur académisme ou de leur orthodoxie, ou de leur anti-conformisme voire de leur nature dissidente ou hérétique, des attentes objectives qui sont établies, des normes objectives qui sont imposées, mais au fond tout dépend de comment on aborde et lit un texte, ce qui est proprement subjectif.

Je crois même qu’il est impossible de qualifier un texte de « bon » ou de « mauvais », comme l’autre dirait « bon pour qui, mauvais pour qui, par rapport à quoi », je crois qu’en fait cela n’est bonnement d’aucun intérêt.

Un texte formule adéquatement la pensée ou le ressenti ou non, c’est cela pour moi ce qui est important. Et en arriver à dire qu’il y arrive c’est partir d’une grille d’évaluation spécifique, et il est difficile de l’universaliser. Tout est donc relatif. Il n’y a rien de plus relatif que la qualité d’une expression comme l’écriture. Tout est sujet à discussion.

Par exemple, quelquefois je lis un texte qui selon une grille d’évaluation universitaire est « très bon » voire d’une « grande excellence », conforme à l’académisme attendu, le style très robotique ou désincarné, très pompeux ou d’un certain pédantisme comme tout bon texte universitaire qui se respecte. Mais, « mauvais » voire « épouvantablement mauvais » d’un point de vue littéraire en adoptant une grille d’évaluation autre.

Certains textes dits littéraires qui sont « géniaux » en les évaluant à partir d’une grille très académie des arts et des lettres, et si « mortifères » en adoptant une grille autre.

La même chose pour les articles de presse, qui en lisant d’après les attendus formalistes du métier sont « remarquables » mais ô combien « soporifiques » en les prenant à partir d’une autre perspective.

Ma grille personnelle (donc très très très subjective) d’évaluation indifféremment de la nature des textes (universitaires, journalistiques, littéraires, etc.) est : souffle(s) et vibration(s).

 

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Un texte de souffle(s) et de vibration(s) est un texte avec auteur(e), on peut ne pas aimer (dans le sens que cela nous procure un certain déplaisir, un inconfort) mais on ne s’ennuie pas, on découvre et on a l’impression d’être pris dans un mouvement dont on n’a de la difficulté à s’extirper jusqu’à la dernière phrase.

Ainsi, il m’arrive d’aimer un texte, parce que j’ai eu du plaisir à le lire, mais je me suis au fond ennuyé en le lisant, il a satisfait mon plaisir mais je n’ai été pris dans aucun mouvement, je n’ai ressenti aucune vibration, j’en suis sorti sans avoir l’impression comme le formulerait pretextat tach d’y avoir plongé sans scaphandre.

Par contre, il y a des textes que je n’aime pas ou qui me procurent un si grand déplaisir (soit le fond qui m’agace soit la forme m’insécurise parce que c’est inattendu, ou les deux) mais qui sont exceptionnels pour moi, pas d’ennui durant leur lecture, imprégné d’eux et changé comme jamais, tout me semble plus pareil. Ce sont des textes inoubliables.

Pour le dire de façon adéquate, ils sont comme le titre du roman de nothomb : « stupeur et tremblements ». Ce sont des textes dans lesquels on a vu et écouté. Cela se lit très bien, les images sont parlantes, un réel de réalités.

En fin de compte, tout ceci est absolument de l’ordre de la subjectivité, je veux dire ma conception de l’écriture est une simple opinion qui n’a nullement la prétention d’exprimer un devoir-être.

D’autant plus que je ne sais pas écrire. Je ne suis pas un auteur. Je scribouille généralement et il m’arrive dans mes (très rares) bons moments de calligraphier.

Alors tu comprends qu’il importe de prendre tout ce propos avec les précautions d’usage. En réalité, ce texte est une pure branlette. Ce qui me semble-t-il n’est pas pour déplaire au lecteur un peu voyeur que tu es. Ou passablement voire excessivement curieux, ce qui revient au même. Du moins, je crois. Tu rayeras les mentions inutiles ou inadéquates. Cela me fait penser qu’apprendre à écrire, c’est aussi rayer les mentions inutiles ou inadéquates comme le disait une me jedi, et une autre affirmait : « Maintenant, oublie tout ce que je viens de te dire, tout ce que tu as appris ».

J’arrête la branlette.

Une réflexion sur “De l’écriture

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