Mac Kwin

Tout à l’heure j’ai reçu un texto d’un numéro inconnu, les textos comme les appels provenant de numéros inconnus, je n’y réponds pas, je veux dire « Mets-toi à poil si tu veux que je te réponde ». Mais, en lisant, le message commençait par « Mac Kwin » et se poursuivait par un « Comment vas-tu mon ami ? » J’ai rapidement compris que l’auteur(e) de ce message était quelqu’un que non pas que je connaissais mais qui était un(e) ami(e) d’enfance ou d’adolescence voire de mes premières années universitaires. Peu de gens aujourd’hui me connaissent sous le nom de « Mac Kwin », il faut m’avoir connu à une certaine époque pour savoir que je me nomme aussi ainsi. Depuis environ une décennie ici soit les gens m’appellent « Ludewic » en massacrant à la fois la prononciation très bismarckienne de ce prénom ou souvent son orthographe en « Ludwig » ou « Ludewick », voire disent « Ludovic » (ce qui me fait incroyablement chier), ou ils me nomment « Dave ».

J’ai eu il y a quelques années un professeur d’université qui m’a demandé : « C’est davy » en prononçant « David » ou c’est « Dave » parce qu’il avait entendu des collègues m’interpeller de cette façon. J’ai répondu « Dave », il a dit « Dave, hmmmmm, c’est très intime » il a passé tout le temps à m’appeler « Davy ».

Ce que ce prof’ ne savait pas c’est que « Davy » est pour moi plus intime que « Dave », aucun membre de ma famille et aucune personne qui m’est intime ne m’appelle « Dave », mes intimes m’appellent « Davy » comme cela se prononce en anglais, mais le mec voulait faire son intéressant ou que sais-je encore, j’ai abandonné son séminaire, trop « rockstar » à mon goût et trop « Je pète plus haut que mon cul », impossible d’en tirer en termes d’enseignement pour moi la moindre chose. Comme tu le sais déjà je n’aime pas avoir l’impression de perdre mon temps, je n’aime pas perdre mon temps.

Je n’aime tellement pas perdre mon temps que j’ai souvent laissé tomber des opportunités très lucratives, comme on dit plein de cash. Je m’emmerdais ferme, j’ai juste laissé tomber. C’est à ce point. Si je dois faire quelque chose, je dois au minimum avoir l’impression que c’est utile, cela mène quelque part, que j’apprends quelque chose, mais surtout que cela a un minimum d’éthique que je partage, sinon cela ne m’intéresse pas. Les « rockstar » ne m’intéressent pas. Les « je vais te montrer tout ce que j’ai de gigantesque dans le pantalon » et autres « je vais te montrer que je pisse plus loin que tout le monde » ne m’intéressent pas. Je n’en ai simplement rien à foutre. Normand biron, un de mes grands Me Jedi, me dirait sans doute : « Qu’ils aillent se faire foutre » dans un français plus châtié.

Il m’est souvent arrivé de rencontrer le prof-qui-pète-plus-haut-que-son-cul dans des conférences, et à chaque fois son attitude m’a confirmé à quel point il souffrait d’un complexe d’infériorité ou de supériorité – je ne sais pas trop, j’ai eu envie souvent de lui dire « Va consulter vieux », mais en fait cela n’aurait servi à rien.

 

« Pour Alfred Adler, le fait d’éprouver un fort sentiment d’infériorité pouvait aboutir à une surcompensation sous la forme d’un effort exagéré de valorisation, ou à ce qu’il appelait la volonté de puissance. »

« Un complexe de supériorité est un mécanisme de défense psychologique par lequel les sentiments de supériorité d’un individu comblent ses sentiments d’infériorité »

 

Vraiment, je le dis très franchement : « Je m’en fous ». Je ne baisserai jamais mon froc pour un dieu quelconque, je ne taillerai jamais des pipes à quiconque, je ne lécherai jamais ni les couilles ni le clitoris à des pseudos géants qui à mes yeux du fait de leur petitesse que manifeste leur façon d’être et de penser ne sont que lilliputiens.

Pour dire : « Je les emmerde ». S’il faut arriver à ça, perdre sa dignité, se faire paillasson devant des divinités de pacotille pour recevoir tout son mérite et bien j’emmerde ces divinités et tous ceux qui leur taillent des pipes et leur lèchent le clitoris.

J’ai un très grand respect pour les figures professorales, une très grande admiration pour leurs apports à la connaissance, mais j’emmerde certains du corps professoral pour ce qu’ils sont comme personnes. Certains sont absolument méprisables, quand tu es rendu à vouloir te faire élever par tes padawans – ou les autres confreres et consœurs – qui crient et hurlent des « alléluia » à chacune de tes respirations ou de tes pets et autres alors tu es simplement irrécupérable. A mes yeux, tu es déjà aux vidanges. Tu es du niveau des vidanges.

 

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Le message commençait par « Mac Kwin » et j’ai su que la personne venait de loin, d’un passé lointain. J’y ai répondu et c’était mon très cher Beaudias, mon frère d’armes de nos premières années universitaires.

J’ai été très heureux d’avoir de ses nouvelles.

« Mac Kwin » est un prénom dérivé de « Queen ». « Queen » pour toutes les femmes fortes.

« Mac Kwin » est inspiré des highlands écossais, « Mac » comme « Mc » comme « clan », « Mac/McKwin » – le clan des « Kwin », des « Reines ».

C’est aussi pourquoi j’ai une affection particulière pour l’écosse. Pour le groupe de musique « Queen ».

Rares sont donc ceux et celles qui m’appellent ainsi.

A chaque fois que j’entends ce prénom qui est en fait un nom propre je tressaille, et j’ai l’impression d’être projeté dans un passé qui n’existe plus ou que j’ai oublié pour pouvoir aller de l’avant.

En discutant avec beaudias, j’ai été dans ce passé. Les rêves de jeunes au début de notre vingtaine : révolutions et autres.

Je me suis rendu compte à quel point « Mac Kwin » était mort.

Il ne faut jamais oublier voire sacrifier ses rêves de cet âge. C’est ce qui fait une personne aussi. Et ses rêves imposent la trajectoire à suivre.

Aujourd’hui, je suis un peu beaucoup trop vieux pour ce « Mac Kwin », quelquefois voire très souvent j’ai l’impression de n’être qu’une version cauchemardesque de tout ce que j’étais dans ma vingtaine. Cela ne me rend pas forcement heureux.

Dans ma vingtaine, « Mac Kwin » était toujours en bataille contre tout ce que son milieu, ses proches, son entourage, les gens, louait. Tout ce qui était mainstream au point d’être quasiment déifié, je pissais dessus.

J’ai toujours détesté le panurgique, les « alléluia », le mainstream, suivre le courant. « Mac Kwin » voguait toujours à contre-sens, à contre-courant. Beaudias m’a demandé ce que je suis devenu et ce que je devenais, je lui ai répondu : « Une déception ».

Il a dit : « Ah ! Je ne suis pas le seul alors. »

Cela, loin de me rassurer, m’a beaucoup attristé. Je me suis rendu compte à quel point, nous avons été un gâchis. A quel point, j’ai tué « Mac Kwin » pour survivre dans un monde qui ne me laissait que peu de choix. Beaudias m’a fait me rendre compte à quel point « Mac Kwin » est mort et à quel point nous avons tué notre vingtaine. Nous nous sommes suicidés.

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