Sauver la Planète? Non. La respecter.

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« Hindou Oumarou Ibrahim is President of the Association for Indigenous Women and Peoples of Chad (AFPAT). An expert in how indigenous peoples adapt to and mitigate climate change, she is also the former co-chair of the International Indigenous Peoples Forum on Climate Change and SDG Advocates.
Hindou Oumarou Ibrahim, from the Mbororo pastoralist community in Chad, has spent a decade trying to get international policy on climate change to consider perspectives from indigenous communities like her own. In the lead up to the historic 2015 climate-change meetings in Paris, she was designated as co-chair of the International Indigenous Peoples Forum on Climate Change, established in 2008 as the caucus for indigenous people participating in the U.N. Climate Summit. And she has worked with the government of Chad on their Nationally Determined Contributions plan to cut greenhouse gas emissions in a feasible way.
Ibrahim tells TIME what lessons indigenous communities hold for the rest of the world in protecting the environment and mitigating and adapting to climate change. »

« There cannot be a solution to combat climate change if it does not include indigenous people. The wisdom we hold is based on living in harmony with nature. We know how to keep the balance of nature. If you are in Paris or New York or any big city, if it’s hot outside, you can turn on the air conditioning. But in a community like ours, you have to be creative. When we build houses, we know the windows need to face a particular way so wind can enter. This kind of basic, grassroots knowledge is just one way in which indigenous communities are mindful of the environment. Including indigenous people in decision-making can help us reach a climate solution in a quicker, more sustainable way.

Climate policy at the international level still does not provide enough representation for indigenous communities. Most climate policies and solutions are not being designed for the people, by the people, with the people. Often, they are designed by experts with a masters degree or PhD. But that’s not enough. A lot of expertise is local. Locals are experts of their own land in ways that academics are not. Our solutions are not only about writing reports that barely anyone in my community can make sense of. There is a misconception that if you don’t know the technical words, you do not understand climate. But that’s not true.

When I was working with meteorological experts with the government at the international level, I invited them to visit us. They would usually not venture beyond towns but they agreed. For them, we probably appeared to be exotic people. During their visit, some women from the community told them: “it’s going to rain.” They didn’t believe it would because they did not see any clouds. But the rain came down heavy in the next few hours. The meteorological experts asked how the community knew. It was because the women saw insects taking their eggs down to their nest. An insect cannot check its smartphone meteorological app to know whether it is going to rain. They were impressed by our observations and we decided to talk about ways to exchange our knowledge and organized a workshop for the community.

In Chad, our calendars have different seasons that are based on the ecosystem. Those living in drier areas, near the desert, have five seasons. Greener areas have seven seasons. We know which season it is from observing trees, flowers and animal behavior. This helps us learn when the dry or rainy season is coming, so the community knows how to best plant crops. We are now working with meteorologists from the state to combine traditional and scientific knowledge. We found the sciences alone can sometimes be limited because they only consider physical aspects, like clouds, but at the community level we observe physical and ecological indicators.

This practical work and expertise guides us to make policy change at the national level. When Chad was designing it’s Intentionally Nationally Determined Contributions — plans that governments around the world have to cut greenhouse gas emissions — we had a gathering where we brought people from the community and we invited the minister of environment from Chad. We told them your NDCs are not responding to the needs of the community. And we were able to include traditional knowledge in Chad’s final agenda, as well as a human rights based approach — which only around two dozen of the NDCs from 196 countries mention.

My proudest accomplishment on the national level is my work during the 2015 climate-change meetings in Paris. I was designated co-chair of the International Indigenous Peoples Forum on Climate Change, which was established in 2008 as the caucus for indigenous people participating in the UN Climate Change. I negotiated and lobbied heads of government, the private sector and civil society. We were able to get indigenous people to come together and build a solution. »

Hindou Oumarou Ibrahim of the African Indigenous Peoples Committee.

 

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Il y a une semaine, je recevais un courriel d’une université m’informant que le haut-conseil académique/administratif avait décidé de ne pas suspendre les activités d’enseignement le jour des élections fédérales. L’idée de suspendre pendant quelques heures de telles activités partait de l’intention de favoriser une plus grande participation des électeurs (étudiants, enseignants, employés, etc.) à cet exercice essentiel de toute société démocratique digne de ce nom.

L’université a choisi de maintenir les activités en raison sans doute de toutes les complications que cela aurait pu engendrer en termes de respect du calendrier (universitaire, facultaire), de rattrapage des cours, de retards dans les activités administratives, etc. Des raisons légitimes qui se comprennent très bien. L’université a par ailleurs voulu montrer son respect du droit de vote et son engagement pour la démocratie en mettant à disposition de la communauté universitaire des points de vote établis sur l’ensemble du campus (mais aussi offert au public les diverses façons d’accomplir son devoir ou d’exercer son droit à l’instar du vote par correspondance). Une action qui n’est pas nouvelle, c’est rentré dans les mœurs depuis quelques élections déjà, et on dira même que c’est le bon sens ou une impérative action de facilitation dans la participation de chacun à la vie démocratique.

L’université a pris ses responsabilités dans des conditions que l’on devine un peu compliquées pour elle, entre différents impératifs (respect de la participation à la vie démocratique et respect du calendrier universitaire, etc.).

Cette semaine, je reçois un courriel d’une faculté de la même université m’informant que les activités d’enseignement seront suspendues pour quelques heures afin de permettre à la communauté universitaire et facultaire de se mobiliser pleinement en vue d’une journée « mondiale » consacrée aux changements climatiques, d’une mobilisation « planétaire » pour sauver la planète, la participation de tous à une activité d’action publique, une marche pour sauver la planète.

Le courriel rappelle que l’université occupe un rang mondial d’importance parmi les grandes universités du monde dans son engagement pour le changement climatique et la préservation de la planète, une façon de dire que premièrement cette décision de suspension des activités s’inscrit dans une espèce de continuité (politique), secondairement que comme toute université de cette envergure il faut tenir son rang (prestige), et troisièmement que sauver la planète compte plus que tout le reste (idéologie). Il faut le dire que serait l’enseignement, le savoir, la connaissance, la recherche, etc., dans une planète morte ?

 

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« comment nourrir tout ce monde ? Si la sous-alimentation prévaut encore pour une personne sur cinq en Afrique et une sur dix en Asie, les famines s’expliquent moins par le nombre de bouches que par l’incurie politique, le désordre de la production et, le plus souvent, de la distribution de nourriture. Mais n’a-t-on pas réduit le risque alimentaire au détriment de l’écosystème ?« 

« La question de la population s’impose dans le débat sur le climat avec la même nécessité d’agir vite, et à l’échelle du globe, en sachant que les résultats se mesurent dans un temps long.

Et sans dévier l’attention : la contribution moyenne d’un habitant du Niger aux émissions de gaz carbonique est deux cents fois moindre que celle d’un habitant des États-Unis, ou dix mille fois moindre que celle d’un milliardaire chinois. Même si le Niger voyait sa population décupler, sa participation à l’effet de serre resterait négligeable. Le développement des pays pauvres — qui passe par une maîtrise de leur natalité — ne sera soutenable qu’en prenant d’autres chemins que l’explosion des émissions de carbone, mais c’est leur réduction dans les pays riches qui constitue l’urgence.

Le principal défi de l’heure reste le découplage entre l’accession du plus grand nombre à une vie décente et la consommation d’énergie fossile. Un casse-tête, à moins de repenser en profondeur ce qui constitue une vie décente. »

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« Le scénario de l’explosion démographique a été évoqué dès les années 1960, notamment par le biologiste américain Paul ­Ehrlich, auteur de « La Bombe P » (1968). Pourquoi à cette époque précisément ?
Hervé Le Bras : On a mis du temps au XXe siècle à admettre l’idée que la population augmentait trop vite, parce que, dans l’entre-deux-guerres, on avait craint le phénomène inverse : une baisse trop rapide de fécondité et un manque d’hommes. On pensait alors que les populations indiennes, chinoises ou africaines n’augmenteraient pas, et que seule la « race blanche » était appelée à se développer. Même après 1945, il a fallu attendre avant que cette vision ne change. En janvier 1960, le magazine américain Time titre « That Population Explosion », et l’idée commence alors à s’imposer.« 

 

Ces deux derniers événements récents sont illustratifs de toute l’inconséquence du discours narratif sur les changements climatiques et ce mainstream du « Sauvons la planète ». On ne suspend pas les activités d’enseignement lorsqu’il est question de participation à la vie démocratique mais on le fait pour une énième marche/mobilisation pour sauver la planète.

D’un côté, nous avons des élections fédérales qui se présentent comme très ouvertes contrairement aux dernières qui furent une sorte de référendum sur l’ancien premier ministre conservateur (il faut le souligner climato-sceptique, pourfendeur de la communauté scientifique canadienne et de cette société civile traitée de gauchistes – les « méchants » bien-pensants qui ne veulent pas l’enrichissement économique du pays, c’est-à-dire l’exploitation des sables bitumineux, le forage dans les réserves naturelles, l’extraction minière, bref tout le tralala environnementaliste). Les élections fédérales prochaines s’annoncent beaucoup plus serrées que les précédentes, et il y a des chances réelles de re-voir le parti conservateur au pouvoir avec une majorité au parlement.

Or, le parti conservateur reste malgré le changement de leadership celui d’une idéologie incompatible avec l’urgence planétaire actuelle en matière d’environnement, le parti libéral de l’actuel premier ministre n’est pas le meilleur ennemi de l’industrie minière/pétrolière, des grandes corporations de pollueurs, etc. – au contraire.

 

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« M. Trudeau a répondu qu’il fallait trouver une façon réaliste de gérer la transition vers une économie faible en carbone « pour qu’elle soit la plus courte possible » et qu’elle fonctionne « pour toutes les familles ».
« Parce que si les Canadiens ont à faire un choix entre la capacité de se nourrir, de s’épanouir et d’avoir des emplois pour leurs enfants ou bien l’environnement, on sait malheureusement quel choix chaque personne va faire, a-t-il dit. Et moi ce que je dis, il va falloir qu’on fasse les deux ensemble et c’est ça qu’on est en train de gérer.»
Des artistes ont reproché à M. Trudeau, alors qu’il assistait au Gala de l’ADISQ dimanche soir, d’avoir, entre autres, acheté un oléoduc au coût de 4,5 milliards $ pour assurer la survie du projet Trans Mountain. »

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« Après presque une décennie du règne conservateur de Stephen Harper, le gouvernement Trudeau, élu en partie pour ses promesses vertes, tient à envoyer un message clair à la communauté internationale : sous sa gouverne, le Canada redeviendrait un leader en matière d’environnement. »

 

Les autres partis tiennent un discours qui n’a pas connu ou jamais connu l’épreuve de l’exercice du pouvoir (c’est-à-dire comme celui que tenait le premier ministre libéral actuel avant les dernières élections, un discours relevant beaucoup trop d’un « i have a dream »  ou « yes we can » médiatique qui masque à peine l’escroquerie politique – car ses auteurs sont loin d’être naïfs).

Donc, les prochaines élections fédérales prochaines sont des plus compliquées, il est fort à parier que l’électorat devant une telle problématique sera tenté par l’abstention (ce qui serait au vu des précédents pas très surprenant), la non-participation sous le prétexte (légitime) que « ils sont tous pareils ».

Comme pour ne pas arranger les choses, plusieurs institutions universitaires prennent/ont pris la décision au nom des raisons légitimes d’organiser les conditions permettant (indirectement) une non-participation des électeurs, et en fin de compte de courir la chance de voir élire au pire la version canadienne de trump au mieux la version canadienne de davos (entre libéralisme néo-centriste et social-démocratie néo-libéralo-compatible), en bout de ligne de signer il faut le dire l’arrêt de mort de cette planète tant chérie dans les marches de la communauté universitaire et estudiantine.

 

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On suspend les enseignements pour faire une marche pour la planète et on ne suspend pas les enseignements pour que les universitaires et étudiants puissent ne pas se trouver des excuses de ne pas participer au choix d’un dirigeant/dirigeante dont le mandat sera plus que jamais importantissime pour l’avenir de la planète. Voilà l’inconséquence. Et cela me stupéfait.

Cette inconséquence n’est pas inédite, elle ne restera pas sans suite. 

Pour dire, toute la gesticulation médiatique-politique et citoyenne pour sauver la planète est dans le monde occidental en général quelque chose d’incohérent, de paradoxal, de contradictoire, de non-sens, l’inconséquence en d’autres mots : 

  • entre le fait de bannir les sacs assiettes pailles et gobelets en plastique tout en mettant en place des politiques incitatives de surconsommation du plastique via une multitude d’objets et autres qui maintient la (sur)production du pétrole et autres (téléphone, ordinateur, télévision, mode vestimentaire, etc.);
  • entre le bannissement de la viande et la surconsommation accrue des végétaux (qui paraît-il selon certaines études scientifiques ont peut-être une nature sensible – comme les animaux, ce qui ne plaît pas au veganisme qui conteste cette perspective comme les carnistes l’ont fait jadis et font aujourd’hui lorsque l’on a commencé chez les scientifiques occidentaux à soupçonner que les animaux pouvaient être sensibles, intelligents, sociaux, les végans font donc très exactement ce que les carnistes leur ont fait/et continuent à leur faire – déni, guerre de désinformation, mépris, etc.);
  • entre les discours sur les transports en commun et l’augmentation exponentielle des prix des transports en commun (sans parler de la vétusté des réseaux de transport en commun); 
  • entre le discours sur la voiture électrique et la sur-exploitation des mines aux métaux rares dont on a besoin pour la fabriquer (avec toutes les questions liées à l’extraction, aux conditions de travail des individus dans ces mines, sans parler de la question de la fourniture en énergies « propres » si tout le monde devait acquérir une voiture électrique voire plus, etc.);
  • entre les discours sur la santé saine et l’autorisation légale des cochonneries comme les OGM et autres pesticides se retrouvant les produits de première nécessité et les aliments (viandes, poissons, végétaux);
  • entre les grands reportages sur le changement climatique en vue de sensibiliser les consciences et la saturation de tels sujets sur les réseaux d’information et de communication (réseaux sociaux notamment et autres) qui sont de grandes sources de pollution (serveurs, technologie, etc.); etc. etc. etc. 

 

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« Les véhicules « propres » cachent un côté sale. Si l’on tient compte du cycle de vie complet de ces automobiles, le portrait apparaît soudain beaucoup moins vert.
Des études démontrent que la production de voitures électriques pollue jusqu’à deux fois plus que celle des voitures à essence. La fabrication d’un véhicule électrique a une telle empreinte écologique qu’il faut rouler plusieurs années avant d’atteindre un meilleur bilan en terme de gaz à effet de serre que les voitures à essence. »

« La plupart du temps donc, même si c’est de manière masquée et détournée, la voiture électrique émet bien du CO2 lorsqu’elle roule. En France, la production d’électricité est décarbonée mais repose largement sur les centrales nucléaires et génère donc des déchets dangereux, le terme générique d’écologique (rappelons qu’il se rapporte à tout ce qui respecte l’environnement), n’est peut-être pas non plus le plus approprié.

Toutes ces réserves étant posées, des chercheurs allemands ont récemment estimé qu’en Europe, la voiture électrique rivalise tout de même aujourd’hui — en termes d’émissions de CO2/km — avec la voiture thermique la plus efficace du marché. Et l’avantage de la voiture électrique ne cesse d’augmenter. Avec l’âge, car les systèmes antipollution qui équipent les voitures thermiques ont tendance à mal vieillir. […]

N’oublions pas en effet que, pour évaluer la véritable empreinte écologique de la voiture électrique, il faut s’intéresser à son cycle de vie dans sa globalité. En la matière, les batteries lithium-ion embarquées dans ces véhicules réputés verts semblent coûter cher à l’environnement. D’abord parce que les métaux rares qui la composent sont extraits dans des pays qui font encore trop peu de cas de nos considérations environnementales et sociétales. Ensuite, parce que les batteries lithium-ion sont aujourd’hui majoritairement produites dans des pays présentant des mix énergétiques peu vertueux.

Enfin, parce que le recyclage de ces batteries pose encore question. Même s’il semble techniquement envisageable, il reste économiquement peu intéressant. Du moins tant que le nombre de batteries concernées est relativement faible. Mais, dans les années à venir, avec l’essor du marché, la filière de recyclage devrait naturellement s’organiser. »

– Source ici

 

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Le slogan (puisqu’il s’agit en fait d’un slogan marketing, politique, etc.) « il faut sauver la planète » résonne dans notre contemporanéité comme un vrai foutage de gueule – et c’est un euphémisme.

 

« A leur manière, les plantes sont capables de sentir et de communiquer. La recherche s’intéresse de plus en plus à ces aspects et met en évidence des mécanismes originaux de la vie sociale végétale.

Les recherches ultérieures ont confirmé que les plantes perçoivent leur environnement et s’y adaptent par leurs mouvements : elles redressent leur tige courbée par le vent, s’écartent de leurs voisines, poussent vers la lumière. Comme les animaux, elles possèdent des sens, vision, odorat, toucher, qui ont cependant la particularité d’être répartis sur toute leur surface et non pas localisés dans des organes spécialisés.
Elles sont aussi capables de communiquer leurs perceptions aux autres plantes, d’émettre des signaux de stress et de tisser des liens avec des champignons et bactéries.
Ces aspects sont de mieux en mieux connus et, à la lumière des dernières recherches, les plantes sont lentement en train de regagner des places dans l’échelle du vivant. » – Source : INRA (‘Institut national de la recherche agronomique), 2014 .

 

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La planète n’a pas besoin d’être sauvé, la planète a plus que jamais besoin d’être respectée. La posture de sauveur est le propre de l’occident : du colonialisme aux guerres/interventions humanitaires (ou les guerres dites justes) en passant par le discours sur la « modernité » ou la « Civilisation » (« l’Humanité »), il s’agissait à chaque fois de sauver quelqu’un, quelque chose (de la sauvagerie, de l’ignorance, du caractère primitif, de l’obscurantisme, etc.).

Cette posture a ceci de particulier qu’il relève souvent du narcissisme, nourrit une certaine arrogance (donc un aveuglement certain), flirte avec la prétention, et à tout d’un autoritarisme (moral, politique, idéologique).

Le sauveur a dans bien des cas historiquement été inhumain, injuste, immoral. Le sauveur a rarement tort, et il est convaincu que malgré tout il fait le bien, que ses actes sont justifiés et les conséquences de tels actes sont au pire un mal nécessaire. La posture de sauveur autorise tout : l’assujettissement, la dictature, le mépris, l’exploitation.

Difficile de raisonner un sauveur, ou même de lui montrer que ce n’est pas aussi simple que ça. Parce que le sauveur dénonce bien plus qu’il ne comprend vraiment ou ne cherche pas vraiment à comprendre, il est certain de sa vision des choses et au nom de ses convictions ou d’une responsabilité qu’il a choisi d’assumer il doit agir comme il le croit (fermement). Le sauveur a souvent été trop souvent un fondamentaliste.

Et dans notre contemporanéité, il est un croisé parmi tant d’autres dans des croisades morales.

 

« Le concept de croisade morale, qui relève autant de la sociologie de la déviance que de celle des mouvements sociaux, est un bon exemple de ces notions mi-savantes, mi-militantes dont l’usage relève parfois plus de la stigmatisation que de l’analyse. Le risque existe en effet, en réservant cette catégorie aux seuls mouvements que l’on juge réactionnaires ou rétrogrades, de disqualifier symboliquement, en les labellisant comme tels, des mouvements appelant implicitement l’antipathie du lecteur. De fait, sont généralement considérés comme des croisades morales des mouvements puritains visant à la réforme des mœurs ou à la défense de la moralité publique contre toute forme de « vice » (jeux d’argent, sexualité extraconjugale, consommation d’alcool, de drogue, pornographie…), dont les membres se recruteraient principalement au sein des fractions déclinantes du monde social, et dont les préférences philosophiques et politiques seraient orientées vers le conservatisme et marquées par une forte imprégnation religieuse.

L’engagement privilégié sur le terrain de la morale ne permettant de fonder une spécificité des croisades, c’est dans un mode particulier d’appréhension et d’invocation des valeurs qu’elles défendent que doit être recherchée leur originalité. Plus précisément, les croisades morales peuvent être envisagées comme des mobilisations visant non seulement à la défense ou à la promotion de certaines valeurs et normes, mais également à leur diffusion au-delà du seul groupe de leurs adeptes et à l’imposition généralisée de leur respect (Mathieu, 2005). Les croisades morales se distinguent d’autres formes de mobilisations en ce que leurs membres ne visent pas seulement à la défense des valeurs ou normes de comportement qui les caractérisent socialement ou culturellement, mais aussi, et surtout, à les imposer à l’ensemble de la population qui les entoure. Sur ce point opposées aux revendications relativistes s’inscrivant dans les registres du « droit à la différence » ou de la reconnaissance d’identités minoritaires (Chazel, 2003, p. 119), les croisades morales tendent dans une logique missionnaire agressive à une conversion généralisée à une vision de l’ordre naturel ou social dont la prétention à l’universalité est explicite – justifiant ainsi l’emploi du terme à la fois religieux et guerrier de « croisade » pour les désigner. »

Mathieu, L. (2009). Croisades morales. Dans : Olivier Fillieule éd., Dictionnaire des mouvements sociaux (pp. 167-173). Presses de Sciences Po.

 

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La planète est en fait un prétexte. Un prétexte pour se donner et faire sens.

« Il faut sauver la planète » comme d’autres sont allés sauver les peuplades de leur condition, comme d’autres sont allés renverser des régimes jugés indignes, comme d’autres dans les récits bibliques ont donné leur « vie » pour « sauver l’humanité », comme d’autres sont allés « sauver des lieux saints », etc.

La posture du sauveur, un grand classique, mythologique, historique. Rien de nouveau sous le soleil tel que le faisait déjà remarquer l’Ecclésiaste ou comme le dirait cette amie : « Same old shit ».

 

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Il faut donc sauver la planète. Nouveau cadre narratif et discursif de l’époque contemporaine. L’occident s’est trouvé un nouveau sens à son existence et une autre façon de se faire sens à lui-même.

Exit, la lutte contre la pauvreté mondiale et la démocratie des années 1990 (comme les théories scientifiques des sciences politiques nous l’affirmaient : seule garantie de développement économique ou l’inverse), lutte qui légitimait la nécessité de la globalisation (néo)libérale et (ultra)capitaliste; il était essentiellement question de « sauver les pauvres et tous ces arriérés, ces non-civilisés » en dehors de la modernité (néo)libérale et (ultra)capitaliste.

Aux débuts des années 2000, on a poursuivi sur cette lancée, je me souviens encore des OMD, les fameux Objectifs du Millénaire pour le Développement martelés aux tiers-mondistes par l’Onu, d’ailleurs je m’y suis engagé en tant que jeune et convaincu de la nécessité de leur atteinte, j’y étais à fond.

Développement égale privatisation à tout va et à prix cassé, ouverture des marchés tiers-mondistes aux multinationales des Nords, libre-échange (dans les faits en un sens) de déchets toxiques (des centrales nucléaires) et des cochonneries de l’industrialisation nordiste, reconfiguration des valeurs culturelles et redéfinition des singularités dans le moule identitaire occidental, mais comme les économistes et leurs statistiques (produits d’un arbitraire ou d’un consensus qui a tout d’un arbitraire) disent cela a fait reculer la pauvreté même si cela a accru les inégalités (et encore une fois l’évaluation se fait selon la définition occidentale de pauvreté, etc.).

Les tiers-mondes sont donc moins pauvres, la preuve la crise migratoire que connaît l’occident (et qui fait élire tant de gouvernements fascistes, qui nourrit le discours xénophobe, de haine, du racisme décomplexé des populations, etc.) relève du registre touristique.

Les colonnes de désespérés qui crèvent sur des chemins d’espérance (désert, mer, réseaux de trafic humain, et autres) sont en fait des touristes qui rêvent de venir profiter du système occidental puisque chez eux la pauvreté a reculé (grâce à l’occident), à la limite ces désespérés font preuve d’ingratitude (ce qui est sans doute pour beaucoup dans nos contrées occidentales un peu insultant, d’où un salvateur recours aux partis d’extrême droite seuls à même d’essuyer cet affront).

Après le sauvetage des pauvres, cette fin des années 2010 est celle du sauvetage de la planète (il ne s’agit plus de nos jours de « sauver les pauvres » mais de les stigmatiser, de les punir, de les humilier – en gros, ce n’est plus très « payant » de les « sauver).

L’occident, le sauveur de tous s’est trouvé un nouvel habit, belle cape de super-héros, moulant et sexy, le bras levé vers le ciel, « Planète, j’arrive ! ». Les restes de la planète ont les larmes aux yeux, « Enfin ! nous voilà sauvés ! » Des cinéastes hollywodiens ont sorti leur caméra, il y a déjà un public qui s’impatiente devant son écran et devant les salles obscures, cela sera d’un agréable plaisant divertissement. « Nous sommes des héros », titre magnifique pour œuvre propagandiste, l’occident a toujours su bien narrer les histoires.

 

 

Il faut donc sauver la planète.

Je me souviens, j’étais dans ma quinzaine, début des années 2000, avec d’autres jeunes de plusieurs nationalités et origines, nous discutions des OMD en mettant un accent particulier sur le respect de la planète, à l’époque on disait « respect de la nature ».

Des jours et des nuits d’échange sur le « comment » intégrer les valeurs environnementales et ancestrales des Suds et des Nords dans une conception commune de développement qui puisse (nous faire) sortir du modèle productiviste ou l’amender afin qu’il ne devienne pas le fossoyeur de l’humanité – pour dire, on se posait la question : comment être et faire humanité en intégrant toute la diversité de nos identités et valeurs? 

Nous avons beaucoup écrit, débattu, et tous les adultes qui nous encourageaient à nous engager ont snobé cette vision intégrative de toutes les singularités culturelles d’un développement commun, juste, responsable.

Les adultes ont snobé la vision de la jeunesse.  On nous a dit que nous ne pouvions pas comprendre les réalités du monde, que nous étions trop immatures, idéalistes, etc. Nous étions des enfants. Les adultes ont mis aux chiottes la vision d’avenir de la jeunesse, ils ont fait preuve de maturité, de responsabilité, de lucidité, résultat des courses : la planète crève, à grande vitesse.

Aujourd’hui, adultes nous avons l’impression que le foutoir est tel que nous ne savons même pas où commencer pour tout mettre dans l’ordre ou pour nous sortir du foutoir. Toutes les problématiques sont à la fois si imbriquées les unes dans les autres que trouver une solution c’est nécessairement réfléchir à toutes les autres (problématiques/solutions) car les impacts peuvent être désastreux et même dans le long terme se révéler sans effets significatifs.

Les adultes d’hier sont des vieux qui sont toujours au pouvoir, ils ont eu une belle carrière, ils ont une belle retraite d’assurer, et ils ne lâchent pas l’affaire. Les adultes comme moi, la plupart pense carrière et réussite perso-professionnelle, si l’enjeu de la planète peut le leur garantir alors « Pourquoi pas ? »

Généralement, au pouvoir, ils se font héritiers du foutoir des vieux; ils s’alignent, baissent leur froc, et baisent autant qu’ils se font baiser. « C’est compliqué », il faut être « réaliste », et entre temps la planète crève, (très) vite.

Mais comme l’autre me l’a dit l’autre jour : « Faut que je mette de l’argent de côté pour le tourisme dans l’espace, mais aussi bientôt la colonisation de Mars et de la Lune ». Dans quelques années, l’espace connaîtra donc une immigration massive des riches fuyant une planète terre à l’agonie ou crevée, et cela ne suscitera pas le scandale ou ne sera scandaleux pour personne, pas de partis d’extrême droite martiens à l’horizon, pas de populations xénophobes sur la lune, pas de sentiment d’ingratitude ressenti par les étoiles, et même si tout cela existerait le statut de riche de ces migrants relativiserait bien des choses. C’est aussi cela le privilège d’être riche, d’être privilégié et riche. Le scandaleux c’est souvent pour les autres.

De nos jours, les gamins qui s’engagent pour sauver la planète essuient la même déconsidération des adultes, ou pire sont pris pour de plaisants divertissements dans notre société contemporaine du spectacle, ils donnent espoir mais au fond on n’en a rien à foutre, puisque nous continuons à agir avec la maturité et le réalisme que ces drôles d’idéalistes un peu beaucoup lunatiques n’ont pas. Ce sont des gamins. En outre, ils s’habillent tous à la dernière mode, poussent leurs parents au surendettement pour s’offrir le dernier bidule technologique pollueur, etc. Donc pas très crédibles. Comme les adultes. Mais les adultes eux ont de l’expérience. Ce qui changent tout.

Et qui sait, demain, ces mêmes gamins seront dans l’espace, allant colonnes de désespérés richissimes installer dans les ailleurs, peut-être en ayant d’abord crevés leurs parents vieillards leur coûtant trop chers (à entretenir). Il paraît que le karma est une salope.

 

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J’ignore si l’occident connaît cette salope, mais ce que je sais c’est que les restes du monde l’ont connue alors qu’ils n’avaient rien fait pour, ne l’avaient pas vraiment demandé. Un peu comme la planète.

Mais l’occident au fond s’en fout un peu beaucoup. Ce qui lui importe c’est d’endosser comme toujours son costume de sauveur.

Sauver la planète est une posture qui lui donne plus de gratifications (psychologiques, culturalistes, politiques, etc.) que d’agir dans le respect de la planète. Car cela voudrait dire changer du tout au tout les croyances profondes d’un occident longtemps prisonnier de ses fantasmagories : la science, la rationalité, la société (ultra)productiviste, le libéralisme déshumanisant et désincarné, l’individualisme maladivement admiratif de l’image pompière de son nombril ou maladivement en amour de son Soi et aussi frénétiquement qu’inlassablement en pleine masturbation. Respecter la planète, cela signifie changer de logiciel. Un (hard) reboot dans les règles de l’art. 

C’est redéfinir le cadre symbolique, c’est-à-dire provoquer la chute de cet Homme-là en le ramenant à sa juste place : celle qui n’est ni inférieure ni supérieure à la nature, mais indissociable de la nature.

Une nature dont il a la responsabilité et qui rend son existence possible. Une nature qui ne doit pas s’ajuster à sa présence mais qui lui demande d’ajuster sa présence à son existence. Une nature aux forces invisibles mais si présentes. Une nature qui a une conscience d’elle-même, qui n’est pas/jamais une nature morte. Une nature à peine découverte par cet Homme malgré tous les progrès de la science et de la rationalité, qui recèle encore d’innombrables et riches secrets, et dont d’autres peuples – particulièrement ceux considérés par cet Homme-là comme des sauvages et des primitifs – ont conscience. Des secrets ou des vérités qui ne peuvent toujours s’expliquer par la simple langue de la science et de la rationalité telles qu’Il le conçoit.

Une nature qui oblige ainsi à l’humilité, au décentrement, au hors-de-Soi, pour s’inscrire définitivement dans la totalité d’une humanité qui ne s’arrête pas au genre humain. L’humanité étant aussi tous les règnes du vivant et même ce qui ne l’est pas : animaux, végétaux, pierres, terres, mers, vent, etc. Chacun occupant une place spécifique et jouant un rôle déterminant pour tous. Une nature aux plusieurs niveaux de réalité nécessaires et indispensables, cela est sans doute redondant de le dire mais il importe de le dire ainsi.

Il faut donc moins sauver la planète que de commencer par le respect absolu de la nature. A cette fin, l’occident doit faire chuter l’Homme qu’il s’est créé. Le faire chuter de son piédestal, et le ramener sur terre.

En fait, ce qu’il doit sauver c’est d’abord lui-même. Les restes de l’humanité n’ont pas perdu (définitivement) ce lien avec la nature malgré les colonialismes, les impérialismes, les globalisations (néo)libérales et (ultra)capitalistes, les admonestations de la modernité du type occidental, il en reste encore quelque chose, et peut-être serait-il grand temps pour cet Homme occidental qu’il se mette vraiment en relation avec ces autres-là, surtout que doter de son passeport qui lui ouvre bien plus que ces autres-là toutes les portes des territoires mais également d’un certain esprit aventurier (et je ne parle pas seulement des voyages en avion dans les lieux exotiques) il en a les moyens.

Les autres l’accueilleront à bras ouverts ou sans un accueil de partis d’extrême droite, de xénophobie, de -isme de la haine, sans arrogance, sans paternalisme, il en sait quelque chose, lui qui a tant colonisé les ailleurs (sans vraiment jamais véritablement eu à apprendre des autres, à se laisser pénétrer profondément par d’autres réalités).

 

 

Sauver la planète c’est commencer donc à la respecter, respecter la nature. C’est pour l’occident changer de tout au tout.

Prononcer l’oraison funèbre de la société productiviste, de la société de surconsommation; revoir la définition de la modernité afin de la ramener à un sens collectif diversifié et de dignité, revoir la définition de la modernité accolée au matérialisme et la replacer près de ce « spiritualité » qu’elle n’aurait jamais dû snober. Il n’y a pas de moderne sans une forme de spirituel, il n’y a pas de moderne sans attachement à l’âme.

Il n’est pas question de religion, il est question d’apprendre à être, à se saisir comme être, à se projeter dans l’être, et le faire en recherchant l’harmonie du tout. L’harmonie est la quête et l’atteinte d’un équilibre entre les divers dont l’ensemble ou la réunion fasse bien.

 

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« C’est le principe des opposés complémentaires, mais aussi la transformation d’un état en un autre, fusionnant pour devenir un tout. « 

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« Le symbole du yin et du yang exprime bien l’idée: les deux points signifient qu’il n’y a rien d’absolu. Il y a toujours une part de yang, si minime soit-elle, dans le principe du yin et une part de yin dans le principe du yang. Rien n’est totalement noir ou blanc, bon ou mauvais. Par exemple, les drames de la vie et les catastrophes naturelles (énergie négative) font parfois ressortir ce qu’il y a de meilleur en l’humain, comme l’entraide (énergie positive).
L’équilibre entre ces deux polarités est appelé le tao dont est issue la médecine traditionnelle chinoise. Le tao représente la recherche de l’harmonie entre l’homme et son environnement. Les philosophes chinois Confucius et Lao Tseu sont les ancêtres de la philosophie taoïste, selon laquelle «rien n’est absolu». En réalité, cela signifie qu’il n’y a aucun jugement de valeur se rattachant au concept yin yang, car il n’y a ni vérité, ni erreur. L’énergie yin yang se manifeste dans l’harmonie de l’esprit: lorsque nous sommes aux prises avec une situation négative, il faut essayer d’y mettre du positif pour l’équilibrer, parce qu’il y a du positif et du négatif en toute chose. Les circonstances de la vie ne sont ni positives ni négatives. Elles sont ce qu’elles sont, tout simplement.
Voici des phrases qui résument bien cette philosophie:
Il n’y a pas d’erreur, il n’y a que des expériences (certains échecs ont aussi un aspect positif parce qu’ils nous font acquérir de l’expérience).
Toute expérience à laquelle nous sommes exposés est comme une sorte d’enseignement, donc Tout est matière à leçon (de l’épreuve peut naître une sagesse supérieure, une plus grande compréhension). »

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« Et bien entendu, « Chic planète », il ne s’agit pas seulement des piscines creusées de nos villas, de nos voitures de luxe et nos vêtements de marque, de nos safaris instagrammables et nos incessants exhibitionnistes tours du monde en aéronef crachant plus de cochonneries dans l’atmosphère que les quelques milliards de pauvres qui le ventre affamé regardent passer dans les cieux aux nuages acides ces drôles d’étoiles filantes.
Les milliards de pauvres sont vegans, végétaliens – etc. et les etc. comme les autres je n’en ai vraiment rien à cirer, ils ont appris à l’être avant que le truc ne devienne le mainstream bourgeois et si bien vu.
Ils n’avaient pas trop le choix, c’était pour assurer la puissance du nord, les révolutions industrielles nordistes qui ne se souciaient pas beaucoup de la « Chic planète » ; les révolutions industrielles nordistes sont mortes, ressources finies ou presque, plus rien à polluer en quantités industrielles, alors on dit « Chic planète » pour tout le monde, surtout que les autres avec leurs révolutions industrielles et leur puissance commencent sérieusement à nous faire chier, alors « Au nom de la « Chic planète » je vous demande d’arrêter de vouloir devenir comme nous ».
Le nord a dit a à ces milliards de crevards à l’ère des colonies et autres impérialismes que leur conception du développement et du bien–être collectif et individuel était un truc de sauvageon, aujourd’hui le nord redécouvre l’eau chaude – les croyances ancestrales des suds sur l’harmonie entre l’Homme et la nature – et beaucoup de ces milliards ont juste envie de dire à ce nord : « Go fuck yourself! ». Google translation propose : « On crèvera tous! ». « 

 

En asie, certains nomment ça le yin et le yang, ailleurs d’autres nomment cela autrement. L’harmonie oblige à adopter des principes essentiels. Des individus au tibet ont été plus modernes que l’occident, et avant l’occident ; des individus un peu partout ailleurs aussi. L’occident moderne s’est construit sur l’inharmonie, sur le trop. Trop peu ou simplement trop. Jamais de juste milieu.

Le discours « Il faut sauver la planète » s’inscrit dans cette espèce de tradition. Longtemps trop ignorée la nature est de retour en occident, maintenant c’est trop de nature. D’un extrême à l’autre.

Du tout le monde à la viande à tout le monde plus de viande, du tout le monde omnivore à tout le monde vegan, du tout le monde au travail à tout le monde au loisir, du tout le monde collectif à tout le monde ‘il faut penser d’abord à soi’, du tout scientifique et progrès technologique au tout croyance plus ou moins spirituelle (avec yoga et autres « philosophies de vie ») ou de technologies vertes, du « winner » au « loser », etc. etc. etc.

Jamais de juste milieu.

La société occidentale dite moderne est le produit de cette hystérisation des extrêmes, quelques fois les restes du monde ont simplement envie de lui dire : respire par le nez (surtout qu’il y a encore de l’oxygène disponible).

Cette hystérisation des extrêmes aujourd’hui fait en sorte que chaque solution à un problème est faite dans le moment et semble répondre à une crise de Soi bien plus qu’au problème lui-même. Une solution narcissique pour résoudre un problème de la même nature. L’ « enjeu » de la planète est dans le monde occidental avant tout un problème narcissique, de crise de Soi.

Si l’occident écoutait et voyait les ailleurs, il verrait que le plus urgent n’est pas l’interdiction de la consommation de la viande (le véganisme, le plastique, etc., etc.) qui ne change rien à la donne puisqu’il est avant tout une question de surconsommation (dont de trop de production, trop de gaspillage, trop de gâchis, etc.), que l’adoption d’un mode alimentaire exclusivement végétal ne serait d’aucuns effets réels sur cet « enjeu du trop ». Le plus urgent c’est ce « trop ».

 

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Le modèle économique occidental est productiviste et matérialiste, c’est lui qu’il faut changer. La société occidentale est celle du gaspillage et de la superficialité, c’est elle qu’il faut changer.

Des animaux sont massacrés en quantités industrielles pour finir dans des rayons de supermarché, de ces animaux massacrés on en garde que les « bonnes » parties, tout le reste « poubelle » ou « poubelle recyclée en cochonneries », on bourre de produits chimiques cette chair animale afin de la rendre « désirable » ou « belle » (esthétique) – ou pour des questions de santé publique – pour que le (sur)consommateur ait « envie » de l’acheter (parce qu’une chair animale moche ou qui ne ressemble pas aux affiches publicitaires ne « plaît » pas), on met une date de péremption à cette chair animale non pas nécessairement parce qu’elle devient impropre à la consommation (puisqu’elle est envoyée aux centres communautaires nourrissant les plus pauvres des pauvres) mais pour inciter le (sur)consommateur soit à la manger rapidement soit à la mettre à la poubelle donc à s’en acheter une autre, ainsi de suite.

Il suffit simplement de remplacer « chair animale » par « végétaux » ou par autre chose, et on voit bien que le problème reste tout entier. En bannissant la chair animale, on ne change pas le système, on ne le modifie même pas.

Le bannissement de la viande provoquera la (sur)demande des végétaux, pour y répondre on intensifiera la production avec toutes les questions que cela impliquera en termes non seulement d’environnement (émissions de co2, déforestations pour l’agriculture, etc.) que de santé (pesticides, OGM, etc. – l’industrie agro-alimentaire est née pour assurer la sécurité alimentaire qui est un principe des droits humains, au nom de ce principe l’on a dérégulé ce secteur acceptant tout et n’importe quoi). Interdire la viande, au-delà de cette espèce de fascisme dont relève cette interdiction, on aura simplement fait une chose: substituer quelque chose par autre chose sans aucune véritable modification systémique.

En stigmatisant la consommation de viande bien plus qu’en se concentrant sur tout le système productiviste et la société de (sur)consommation, on aura simplement trouvé une solution narcissique à un problème narcissique car la (sur)consommation de la viande n’est au fond comme toute (sur)consommation de notre contemporanéité qu’une forme de narcissisme : ce « Je peux me l’offrir, j’ai le droit de me l’offrir, j’ai le droit d’en faire ce que je veux, je peux le faire ».

On ne consomme pas parce que l’on en a besoin, que cela est vital, mais parce que « Je » dans une sorte de caprice de Soi le veut/le peut. Toute la société occidentale (sur)consumériste est avant tout celle de ce caprice de Soi. De ce trop de « Je » et tous les droits/pouvoirs inhérents.

Et s’il y a aujourd’hui une uniformisation culturelle du monde, au-delà des apparences de la diversité, c’est aussi celle-là, ce « Je » omnipotent et capricieux diffusé partout, élevé en standard, en norme. 

 

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Cela arrange presque tout le monde en fait. L’économie et son obsession de la croissance (qui n’est pas toujours gage de la prospérité pour l’ensemble des membres de la Cité), les industries, les services, les politiques, les individus, etc. Chacune des parties prenantes de la problématique y trouve relativement son compte ou son intérêt, en bout de ligne.

Encore une fois, il suffit de remplacer « viande » par presque tout et nous nous retrouvons face au même problème. Je me souviens d’avoir regardé un documentaire sur la diversité culinaire du monde l’autre jour, un magnifique documentaire ou une série de portraits. Quand tu l’écoutes, tu comprends très vite que l’hystérie sur la consommation de ceci et de cela est soit de l’ignorance crasse soit de la mauvaise foi totale.

 

 

Certains individus, certaines communautés, ici en occident comme dans les ailleurs, tentent de sortir ou sont en dehors de ce système de gaspillage, d’obsolescence programmée de tout et du tout.

 

 

Comme ce célèbre chef italien qui non seulement élève ses bovins/vaches/boeufs sans cochonneries chimiques (en pleine nature) mais aussi qui refuse de les égorger dans un abattoir industriel sans aucune considération pour de tels êtres sensibles.

Il leur parle, les traite avec respect et dignité, et par respect pour ce sacrifice (parce que oui l’être humain a un besoin vital de consommer la chair animale, la preuve ceux qui ne le font pas souffre de carences qui les oblige finalement à prendre des pilules ou autres injections de vitamines fournies par l’industrie pharmaceutique) il cuisine tout dans le bovin, rien est jeté (langue, cervelle, yeux, etc.), et la clientèle se bouscule dans son restaurant.

 

« Vrai : Ne pas consommer de viande est « bon pour la Planète ». Il faut cinq fois plus de céréales et de soja pour obtenir un kilo de viande de bœuf que pour la même quantité d’œufs ou de poulets. […]

Alors, faut-il être omnivore, végétarien et végétalien ?
Les omnivores mangent de tout. Les végétariens ne mangent pas, en principe, de produits animaux, mais certains mangent des produits laitiers et des œufs. Quant aux végétaliens, ils ne mangent aucun produit d’origine animale.

Ce débat qui dure depuis des millénaires reste très complexe. On en trouve des traces dans l’Ancien Testament, et dans l’histoire de l’Antiquité.

Je ne prétends pas qu’on le tranchera dans cette lettre ! J’aimerais juste vous livrer toutes les clefs pour y voir plus clair et vous forger votre propre opinion.

Le régime végétarien était le plus courant dans l’Égypte antique : « Les recherches ayant été effectuées sur des momies à différentes période de l’Histoire ont montré que l’absence de viande dans l’assiette est restée la norme jusqu’en l’an 600 de notre ère » [6].

Il faut rester très prudent avec certains argumentaires que l’on trouve sur de nombreux sites web et dans de nombreux livres. Parfois, ces sources sont instrumentalisées par des lobbies ou des philosophies qui obéissent à d’autres critères que la seule santé.

Je ne souhaite pas m’y immiscer, encore moins proposer des conclusions, nous allons y revenir.

Très honnêtement, il me semble difficile d’affirmer que les végétariens soient systématiquement en meilleure santé.

Et, inversement, je suis incapable d’affirmer qu’au contraire, les mangeurs de protéines animales seraient en meilleure forme.

Dans ma pratique personnelle d’évaluation de l’alimentation spécifique, j’ai constaté plus de signes de déficiences nutritionnelles chez les végétariens. On le comprend aisément.

À l’opposé il m’est souvent arrivé de mettre en garde des gros mangeurs de viande contre les risques pro-inflammatoires liés à leurs excès et parfois contre les risques spécifiques que peut induire un excès de protéines d’origine animale vis-à-vis de certaines pathologies, ce que confirme, d’ailleurs Organisation mondiale de la santé (OMS). »

– Source ici

 

On retrouve la même pratique dans plusieurs lieux du monde, on respecte l’animal, on le laisse vivre au rythme de la nature et avec la nature, on reconnaît le sacrifice et on l’en remercie et ce sacrifice oblige absolument à ne rien gaspiller de cet animal.

Les autochtones que sont les premières nations ici au canada pratiquent cela, on garde les restes de la viande en la fumant par exemple et comme elle n’est pas bourrée de cochonneries chimiques reste plus longtemps propre à la consommation (même si elle n’est pas « cute » à voir). Je l’ai découvert en visitant la région québécoise Saguenay il y a deux ans. 

Une telle pratique est donc illustratrice de l’harmonie dont je parlais précédemment (le juste milieu, parce qu’il est indispensable), elle est sous-tendue par des valeurs et des principes essentiels à l’instar de la modération, de la diversification, du respect, etc.. On peut aussi constater des pratiques similaires pour ce qui est des êtres de la nature (animaux, végétaux, pierres, eaux, etc.) dans différentes communautés – y compris concernant les végétaux.

Je me souviens de ma grand-mère remerciant un arbre pour son sacrifice, de lui permettre de prendre un bout de lui, de lui demander de laisser sa force lui être bénéfique, lui demandant de lui pardonner son geste parce qu’elle lui retirait son écorce afin de concocter une potion médicinale qui devait me soigner d’une maladie tropicale (et la potion m’a effectivement soigné tout en m’immunisant contre cette maladie).

Je l’ai vu aussi dans un documentaire il y a quelques mois, des autochtones sud-américains qui priaient l’arbre de les excuser de lui prendre son écorce aux fins de santé, ils lui demandaient pardon pour la blessure, et ne prenaient de cet arbre seulement ce qui leur était strictement nécessaire. 

Ce récit fera rire, sourire, sera moqué en occident, parce que ce n’est pas de la science comme les cochonneries des firmes pharmaceutiques (qui d’ailleurs vont dans les ailleurs « voler » les recettes médicinales de ces « sauvages » et sans les créditer déposent des brevets et en tirent le maximum de profits), ce n’est ni logique ni rationnel de parler à des arbres.

Mais face à ce discours, ceux qui viennent de ces réalités (ou qui ont vécu dans ces réalités) se taisent et laissent le grand Homme à ses certitudes. Et à un moment, un jour, tu vois passer un reportage sur un réseau social où des occidentaux « découvrent » qu’il est possible que les arbres communiquent, donc qu’ils ne sont pas qu’une nature morte – alors cela ne fait plus rire, sourire, on ne se moque plus.

Et la personne qui « découvre » ça, reçoit le prix nobel, dans l’histoire de l’humanité trop écrite par l’occident elle sera la « découvreuse », puis tu entendras un peu partout que « L’occident a quand même tout découvert, il faut le dire! », l’occident ou le siège universel de la connaissance et du savoir. C’est ainsi que l’on se construit une supériorité. C’est comme ça que l’on fonde sa stature de sauveur, et légitime sa posture de sauveur.

 

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Faut donc sauver la planète. L’université ne peut se permettre de suspendre les enseignements pour faciliter et véritablement encourager la participation à la vie politique qu’est l’exercice de ce droit fondamental et essentiel (pour notre devenir commun) qu’est le droit de vote, mais la faculté peut suspendre les enseignements pour inciter et encourager la communauté estudiantine et universitaire à participer à une action publique dénonçant les changements climatiques. Tu me diras, le vote ne sert à rien ou si peu quand la maison amazonienne brûle, parce qu’il ne restera plus grand-chose de la démocratie sans planète. Oui, exactement.

Sauf que la démocratie (comme les autres régimes politiques) serait susceptible d’accélérer la mort de la planète (une amie me disait dernièrement qu’elle était convaincue que les gens voteraient pour l’instauration d’une dictature si cela serait susceptible de « sauver la planète » tellement de nos jours le discours est propagandiste, alarmiste et toujours tellement sensationnel, on parle même déjà d’éco-anxiété).

Peut-être faudrait-il tenter d’être un peu conséquent, c’est-à-dire prioriser simultanément des enjeux qui au fond sont inextricablement liés ? Aller au-delà du mainstream (médiatique, politique, et autres), de la propagande (issue de toutes sortes de groupes d’intérêts – très souvent économiques), de l’hystérie (collective) du moment, se placer en dehors de l’hystérisation des extrêmes, réfléchir de façon transversale et intégrative des réalités, envisager le long terme (c’est-à-dire les effets envisageables des actions), essayer de ne pas se limiter à une esthétique de l’action qui dilue son engagement profond, essayer de ne pas céder au narcissisme ?

Je ne sais pas. C’est à toi de voir. La planète, la nature, elle se demande toujours quand est-ce que nous commencerons vraiment à la respecter.

 

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