Le Fauve de Vlaminck

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« Vlaminck! l’un des derniers monstres sacrés de la peinture commente la grande parade de son existence fabuleuse : 1896, Maurice de Vlaminck. espoir du cyclisme, s’engage dans le Grand Prix de Paris… 1900, une catastrophe de chemin de fer lui fait rencontrer Derain avec lequel il inventera le fauvisme… en 1903, tzigane dans les bastringues, il collabore aussi au «Libertaire»… 1905, scandale du fauvisme… 1906, Vollard, qui lança Cézanne en dormant, lui acheta 300 toiles pour 6.000 francs… 1907, lutte avec le cubisme qu’il a contribué à créer… 1907 encore, favori du Goncourt, il se demande s’il ne va pas lâcher la peinture pour la littérature…
Il appartenait à J.-P. Crespelle, critique d’art non conformiste, de retracer Ia vie du moins conformiste des peintres modernes. Venez me voir, lui avait écrit Vlaminck après avoir lu ses articles dans «Prenez garde à la peinture». Et Ie fauve de quatre-vingt- deux ans ouvrit les trésors de ses souvenirs pour le jeune journaliste, brossant la prodigieuse galerie de tableaux de ses amitiés : Derain, Max Jacob, Apollinaire, Picasso, le Douanier Rousseau, Modigliani…
Pendant des mois Crespelle fit le pèlerinage de Rueil-la-Gadelière pour recueillir les propos de Vlaminck : un livre haut en couleur, bourré d’anecdotes, qui apporte de passionnantes révélations sur un demi-siècle de vie artistique. »

 

« « Le fauvisme est venu du fait que nous nous placions tout à fait loin des couleurs d’imitation et qu’avec des couleurs pures nous obtenions des réactions plus fortes. »

« La couleur surtout et peut être plus encore que le dessin est une libération. » – Henri Matisse, Écrits et propos sur l’Art.

Régulièrement accrochés dans les premières salles du Musée national, les artistes fauves annoncent par la couleur la modernité et les bouleversements artistiques du début du XXe siècle.

En donnant aux « chocs » émotifs, selon le mot d’Henri Matisse, une palette franche et pure, le fauvisme prête à la couleur la tonalité d’une émotion et d’une sensation. Il ne s’agit plus de traduire les instabilités de la lumière comme l’avaient fait les impressionnistes, mais d’affirmer avec force le regard du peintre sur un monde auquel il donne ses couleurs. […]

Maurice de Vlaminck : « La force presque brutale des touches de couleurs pures avec laquelle Vlaminck brosse ce paysage de Rueil, où il s’est installé un an plus tôt, est révélatrice du tempérament déterminé de l’artiste. Une masse dense, magmatique, de vermillons et d’ocres jaunes pousse dans un lyrisme hérité de van Gogh la composition au plus haut de la toile. Le ciel alors dévoilé, comme un couvercle reposé, restitue l’espace. Un sentier rouge et un coteau ocré presque traités en aplats enlacent enfin la masse animée comme pour l’apaiser.

« Je voulais brûler avec mes cobalts et mes vermillons l’école des beaux-arts et je voulais traduire mes sentiments avec mes pinceaux sans songer à ce qui avait été peint ». « Le fauvisme n’est pas une invention, une attitude mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer ». Le peintre démontre par ces propos qu’au-delà d’un paysage interprété, c’est d’une peinture incarnée à la respiration brûlante dont il s’agit. » […]

Bien que le mouvement n’ait bénéficié d’aucun écrit théorique, de nombreux artistes puiseront dans le fauvisme matière à leurs recherches personnelles. La situation artistique exceptionnelle de Paris au début du 20e siècle et l’attraction qu’elle exerce auprès d’artistes internationaux permettent la diffusion rapide des recherches plastiques. Les artistes russes Michel Larionov et Nathalie Gontcharova sont représentatifs de ces échanges. Tout en diffusant le fauvisme dans la communauté russe très mobile à l’époque, ils évoluent vers le rayonnisme, collaborant plus tard au suprématisme de Malevitch.

Le choc du Salon d’Automne de 1905 est au cœur d’une prise de conscience collective qui ébranle l’art et le fait basculer dans la modernité. La couleur est la première actrice à entrer en scène. Débarrassée de sa fonction d’imitation de la nature, elle s’impose, pure, pour ce qu’elle révèle d’émotions. C’est une qualité que soutient le mouvement expressionniste avec le groupe Die Brücke, apparu à Dresde simultanément en 1905. Les couleurs violentes et les touches torturées crient la force d’une peinture libérée dont Ernst Ludwig Kirchner est le peintre emblématique. Ce mouvement prend d’autant plus d’importance que le fauvisme s’essouffle rapidement en France.

La couleur affranchie dépeint les grandes villes et ses habitants, leurs luttes et fait écho au primitivisme ou aux traditions populaires. La critique sociale, le trait incisif et les couleurs criardes sont les armes que brandissent ceux que l’on accuse d’être un danger pour la jeunesse allemande. Le champ coloré devient champ de bataille.

La peinture doit gagner en autonomie et s’affranchir des derniers liens avec la réalité. Représenter l’individu ne peut plus se satisfaire d’une imitation de l’extérieur. Vassily Kandinsky, à la recherche de cette « nécessité intérieure », ouvre le chemin à l’abstraction. Exposé au Salon d’Automne de 1905, il réalise très vite que la ligne et la couleur peuvent exister pour ce qu’elles sont (vibrations, rythmes, sons, symboles …). Les paysages qu’il peint en Allemagne deviennent des « prétextes » à la peinture pure qui gagne en spiritualité. En fondant, avec plusieurs artistes, le groupe NKV en 1909, puis Der Blaue Reiter en 1911 (tous deux créés à Munich), il mène l’art sur un terrain vierge, un vaste continent que les artistes contemporains explorent encore. » – Source : Centre Pompidou

 

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Maurice de Vlaminck Poster Galerie Charpentier

 

« Le terme « fauve » peut exprimer l’aspect nature, vif, spontané, presque sauvage de l’emploi de la couleur. Cela peut aussi évoquer un certain primitivisme, comme le proclamait Gauguin qui cherchait volontairement à se rapprocher de cet aspect primitif de la peinture en s’imprégnant du monde Tahitien. En effet, c’était pour lui un moyen de porter un nouveau regard (quasi vierge) sur la peinture, en dehors des références codées de la peinture académique du monde occidental de son époque.

Les œuvres du fauvisme vont ouvrir les portes à une abstraction de plus en plus marquée de l’image, jusqu’à aboutir plus tard à l’art abstrait. De nombreux artistes vont poursuivre les questionnements ouverts au sujet de la couleur et aller jusqu’à la création de peintures en monochromes, comme Malevitch ou Klein. D’autres vont travailler sur l’essence même de la couleur, chacun à leur manière, dans des voies très variées, de façon sensible comme dans le travail de Rothko par exemple, ou de manière plus scientifique, comme les artistes de l’Op’Art. » – Source : Histoire de l’art

 

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Maurice de Vlaminck - Tutt'Art@ (1)

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« Une influence considérable 

Le Fauvisme est un mouvement éphémère, qui fut un moment d’expérimentation pour les peintres. Cependant, il eut une influence majeure sur les recherches picturales dans la suite du XXe siècle. Il permit notamment de débuter un questionnement sur le rôle et la place de la couleurs, mais aussi sur la représentation de la réalité. »

 

 

« Vlaminck, inventeur de l’art nègre? : Découvreur et collectionneur de ce qu’on appelle aujourd’hui les arts premiers, Vlaminck se fait volontiers passer pour le « père de l’art nègre ». Synonyme d’art primitif, l’art nègre désigne au tournant du XXe siècle l’art africain et l’art océanien et acquiert une véritable visibilité sur la scène artistique parisienne grâce à l’afflux d’objets rapportés des colonies. – Jakobi Marianne, L’Objet d’art hors-série n° 35 Page : 52-55. 

 

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« Au tournant du siècle, l’estampe s’épuise en raffinements, pastichant le Japon, édulcorant l’impressionnisme. Les Fauves vont lui apporter un sang nouveau, une technique à la rudesse inédite, taillant du canif dans le bois brut, sans rien de commun avec les préciosités de l’Art Nouveau. De ce fauvisme radical et primitif naîtront certains chefs-d’oeuvre… — Vlaminck et Derain voulaient « jeter des bombes avec la couleur » : leurs gravures le font avec le seul jeu du noir et du blanc. Leur univers est celui de la bacchante et de la prostituee, des nudites erotiques et barbares dont Munch et Gauguin ont fourni le modele. Au tournant du siecle, l’estampe s’epuise en raffinements, pastichant le Japon, edulcorant l’impressionnisme. Les Fauves vont lui apporter un sang nouveau, une technique a la rudesse inedite, taillant du canif dans le bois brut, sans rien de commun avec les preciosites de l’Art nouveau. De ce fauvisme radical et primitif naitront certains chefs-d’oeuvre comme Au bordel de Vlaminck ou le Grand Bois de Matisse et le beau livre d’Apollinaire, L’Enchanteur pourrissant, orne de bois de Derain. Matisse, de son cote, s’essaye a la lithographie, dessinant d’un seul trait les differentes poses d’un meme modele et demontrant avec eclat la formule selon laquelle « les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux a l’artiste de s’exprimer ». A travers ces gravures, c’est un autre fauvisme qui se revele, fonde sur les seules valeurs du noir et du blanc, un fauvisme des mythes et des figures archaiques ou se trahit la dette de ces artistes envers les arts africains et oceaniens. La sauvagerie s’adoucira vers 1910 ; une autre etape du bois s’amorce avec les images luxuriantes de Dufy pour le Bestiaire d’Apollinaire, avec les bois d’Othon Friesz. L’estampe fauve aura des heritiers. Les quelques bois graves par Picasso en 1907 ne sont pas insensibles a son influence. Mais c’est surtout outre-Rhin que se trouvera sa veritable posterite : avec Kirchner, Heckel, Schmidt-Rottluff et les graveurs de la Brucke, la logique du contraste atteindra une forme d’expression inegalee. « 

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