Mon Nom est Rouge

« Qu’est-ce qu’être une couleur ? C’est le toucher de la pupille, la musique du sourd-muet, la parole dans les ténèbres. Parce que depuis dix mille ans, j’ai entendu les chuchotis des âmes de tous les objets dans les livres, à longueur de pages, qui résonnent comme le vent dans les nuits de tempête. Je puis vous dire que ma caresse pour eux, est comme celle des anges.(…)

Quelle chance d’être le rouge ! Je suis le feu, je suis la force. On me remarque et l’on m’admire, et l’on ne me résiste pas. »

« Les gens aspirent au bonheur dans la vie, plutôt qu’à des sourires béats sur de belles images. Les peintres ne l’ignorent pas, et savent que c’est là leur limite. Qu’ils ne font que mettre à la place du bonheur dans la vie celui de la contemplation. »

« Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fond d’un puits. J’ai depuis longtemps rendu mon dernier souffle, mon cœur depuis longtemps s’est arrêté de battre, mais, en dehors du salaud qui m’a tué, personne ne sait ce qui m’est arrivé. Mais lui, cette méprisable ordure, pour bien s’assurer qu’il m’avait achevé, il a guetté ma respiration, surveillé mes dernières palpitations, puis il m’a donné un coup de pied dans les côtes, et ensuite porté jusqu’à un puits, pour me précipiter par-dessus la margelle. Ma tête, déjà brisée à coup de pierre, s’est fracassée en tombant dans le puits ; mon visage et mon front, mes joues se sont écrasés, effacés ; mes os se sont brisés, ma bouche s’est remplie de sang. »

« Fort souvent les gens n’ont pas besoin d’être provoqués, ni persuadés, ni induits en erreur pour commettre le péché, par simple bêtise ou enfantillage, incapables de surmonter leurs faiblesses, leurs appétits et leurs basses convoitises. »

 

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Dufrenne, M. (1975). Écriture, peinture. Liberté, 17 (6), 41–55. (à télécharger ici : Ecriture et Peinture).

« Roman policier, fresque historique, critique sociale et religieuse… si je trouve ce roman inclassable, en tout cas je peux le mettre en tête sur la liste de mes lectures de l’année.
L’histoire commence en 1591. Istanbul est sous la neige. Le premier personnage à prendre la parole est… un cadavre. Depuis le trou où son meurtrier l’a jeté, Monsieur Délicat (c’est son nom) tente de faire la lumière sur son assassinat. Il s’agit, dit-il, d’un complot contre l’empire ottoman et sa culture.

Depuis des générations, les miniaturistes s’abîment les yeux sur des manuscrits dont les techniques respectent scrupuleusement les lois de l’islam. Lorsque le sultan commande à ses ateliers un ouvrage illustré à la manière italienne, c’est tentant, certes, mais surtout très risqué. N’est-ce pas pêcher et idolâtrie que de représenter les visages des hommes avec tous les détails de leurs traits ?

Orhan Pamuk qui, semble-t-il, aime se jouer de son lecteur, multiplie pirouettes et pieds de nez. Par exemple, il se met lui- même en scène, sous les traits d’Orhan, fils de Skékuré (une jeune veuve au caractère ombrageux, dont le modèle est, parait-il, la mère d’Orhan Pamuk elle- même). Parmi les narrateurs incongrus, on peut citer : un chien, un arbre, un écu d’argent et une couleur… »

– Source ici.

 

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« Istanbul, en cet hiver 1591, est sous la neige. Mais un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits où il a été jeté. Il connaît son assassin, de même que les raisons du meurtre dont il a été victime : un complot contre l’Empire ottoman, sa culture, ses traditions, et sa peinture. Car les miniaturistes de l’atelier du Sultan, dont il faisait partie, sont chargés d’illustrer un livre à la manière italienne…
Mon nom est Rouge, roman polyphonique et foisonnant, nous plonge dans l’univers fascinant de l’Empire ottoman de la fin du XVIe siècle, et nous tient en haleine jusqu’à la dernière page par un extraordinaire suspense. Une subtile réflexion sur la confrontation entre Occident et Orient sous-tend cette trame policière, elle-même doublée d’une intrigue amoureuse, dans un récit parfaitement maîtrisé. Un roman d’une force et d’une qualité rares. »

 

« Istanbul, 1591. Monsieur Délicat, enlumineur de renom est assassiné par un de ses collègues du Grand Atelier du Sultan. Ce meurtre semble lié à ses relations avec le prêcheur de la mosquée de Bajazet : lui et ses affidés entendent revenir aux principes premiers du Coran et réprimer les vices qui pullulent dans la capitale de l’empire ottoman.

Un des principaux reproches que ces gardiens de la tradition adressent aux modernistes du moment concerne la peinture. Car peindre pour les enlumineurs et miniaturistes, c’est reproduire les modèles anciens à l’identique. Aucune marque, aucun style ne sont tolérés car ce qu’il faut représenter ce n’est pas la réalité perçue par les yeux humains mais bien celle du regard de Dieu qui est bien sûr unique. Le style est un grave défaut, un péché même. Il est donc interdit de signer son œuvre de quelque façon que ce soit, mais aussi de représenter quelqu’un de façon à ce qu’il soit identifiable.

Mais voilà que les impies, les Européens, expérimentent depuis déjà longtemps : ils ont inventé le portrait, la perspective. Ces deux techniques sont inimaginables pour les puristes tels que Monsieur Délicat. Mais qui donc peut souhaiter la mort de cet homme qui a consacré sa vie à peindre pour le Sultan, gardien de la foi ? Son assassinat a-t-il quelque chose à voir avec la commande reçue du Sultan par Monsieur l’Oncle d’un livre secret pour lequel ce dernier doit débaucher les artistes du Grand Atelier ?

Le Noir, de retour au pays après douze ans d’absence, va mener l’enquête bien malgré lui. Car Le Noir depuis tout ce temps n’a cessé d’aimer la belle Shékuré, sa cousine et fille de Monsieur l’Oncle, désormais mariée mais à un homme parti pour la guerre depuis quatre ans. Qui de Papillon, Olive ou Cigogne, les trois autres miniaturistes, est l’assassin de Monsieur Délicat ?

C’est sur le mode du roman policier et polyphonique (de nombreux narrateurs se succèdent) qu’Orhan Pamuk nous introduit dans le vaste monde des peintres miniaturistes de la grande tradition ottomane. Il choisit de nous la montrer à l’agonie, alors que déjà l’Occident et ses artistes ont bouleversé la représentation. Pour être sérieux, le sujet n’en est pas moins traité sur un mode très réjouissant. En effet, le lecteur suit les amours de Le Noir et Shékuré qui vont tambour-battant comme une comédie télévisée. Shékuré, aussi convoitée par son beau-frère, est manipulatrice et drôle, elle mène son Le Noir là où elle veut, pleure et crie quand il faut, cajole et taloche aussi bien. On est parfois au bord de l’hystérie et de la comédie de boulevard.

A l’inverse, Mon nom est Rouge compte de nombreux et longs passages descriptifs. Références sont faites à des tableaux et miniatures célèbres qui faute d’être reproduits sont décrits. On trouve de même de longs passages sur l’art de la miniature, ses principes et fondements, ce qu’elle signifie pour tout bon musulman. Et pourquoi l’art européen est perçu comme une offense. Ces passages m’ont semblé d’autant plus longs qu’ils sont répétés plusieurs fois.

A bien des égards, Mon nom est rouge se rapproche du Nom de la Rose d’Umberto Eco : les deux écrivains choisissent le genre du roman policier qui permet aux protagonistes de s’introduire en de multiples endroits, de poser des questions. Il permet aussi de présenter de façon plaisante et familière un univers lointain, complexe dont la portée philosophique s’ébauche simplement. Grâce à la comédie amoureuse et à l’enquête, Orhan Pamuk se donne les moyens de présenter une époque, des croyances, des pratiques qui n’existent plus mais qui n’en n’ont pas moins donné lieu à des débats et même des querelles de grande envergure. Par le roman, le complexe devient compréhensible.

Mais attention « car Orhan ne recule, pour enjoliver ses histoires et les rendre plus convaincantes, devant aucun mensonge ». Ni devant l’humour d’ailleurs, pour le plus grand plaisir du lecteur. »

– Source ici.

 

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« Alors qu’il passe quelques semaines auprès d’un maître puisatier pour gagner un peu d’argent avant d’entrer à l’université, le jeune Cem rencontre une troupe de comédiens ambulants et, parmi eux, une femme à la belle chevelure rousse. Il s’en éprend immédiatement, et, malgré leur différence d’âge, se noue entre eux l’esquisse d’une histoire d’amour.
Mais les promesses de cet été sont soudainement balayées lorsque survient un accident sur le chantier du puits. Cem rentre à Istanbul le cœur gros de souvenirs, et n’aura de cesse de tenter d’oublier ce qui s’est passé. C’est sans compter sur la force du destin qui finit toujours par s’imposer aux hommes, et leur rappeler ce qu’ils ont voulu enfouir au plus profond d’eux-mêmes.
Dans ce roman de formation aux allures de fable sociale, Orhan Pamuk tisse à merveille un récit personnel avec l’histoire d’un pays en pleine évolution, et fait magistralement résonner la force des mythes anciens dans la Turquie contemporaine. Avec tendresse et érudition, La Femme aux Cheveux roux nous interroge sur les choix de l’existence et la place véritable de la liberté. »

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« Tout l’univers, je le percevais, mais le penser m’était plus difficile. C’est la raison pour laquelle je voulais devenir écrivain. Je pourrais réfléchir et coucher par écrit toutes les images et les émotions que je n’arrivais pas à exprimer. À cette époque, j’avais déjà compris que les pensées nous viennent à l’esprit par le biais des mots ou des images. Parfois, je n’avais même pas besoin de mots pour penser une idée…L’image s’en formait aussitôt devant mes yeux – par exemple moi courant sous la pluie qui tombait à verse et les sensations que j’éprouvais. D’autre fois, je pouvais penser quelque chose avec des mots sans jamais réussir à convertir cette chose en image : comme la lumière noire, la mort de ma mère ou l’éternité. »

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