Bleu(e) d’Epistolaire Hivernal

Hey Mireille

Comment vas-tu douce planète bleue?

Dave Ludewic

 

 

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Ludewic

Je suis inconsolable.
Plus je prends de l’âge et plus je trouve le monde décevant. Je ne suis pas de son époque actuelle. Comme le bonheur est dans les choses simples et que ce monde est compliqué pour ne pas dire « déformé » j’ai l’esprit accroché au passé plus qu’au futur, bien que je cherche sa porte d’entrée pour ne pas l’emprunter.

Où es-tu ? Que vis-tu ? Que ressens-tu ?

 

 

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Hey Mireille, tendre planète bleue,

Tout ce que tu ressens, je le vis aussi, dans ma chair, mon esprit, mon âme. Nous avons toujours eu cette connexion singulière et indicible.

J’ignore quelle est la bonne méthode, que faire, quoi faire, quoi espérer et même pourquoi espérer, mais ce que je sais c’est que si l’on ne garde pas un brin d’espoir nous sombrons définitivement. Si nous ne devons pas sombrer, c’est parce que nous aimons : les autres peut-être davantage que nous-mêmes. Nos enfants, notre famille, nos amis, nos proches, toutes nos affections et tous nos amours, nous aimons l’être humain. C’est quelques fois irrationnel d’aimer cet être paradoxal source de toute notre tristesse mais aussi de toutes nos joies, méprisable et noble à la fois, petit et grand, tout et rien, une impossibilité permanente et une possibilité constante, etc.

Ce que je vis? L’amour, de l’être. Amour, mot de banalité et précieux en même temps, voilà la porte d’entrée, selon moi, du présent ainsi que de l’avenir. Voilà, d’après moi, la grande leçon à tirer du passé. Voilà, je crois, pourquoi malgré toutes nos afflictions, ce monde et ses ombres, cette société humaine et ses insensées folies, ce présent terrifiant désespérant, ce futur anxiogène et ce futur sans avenir, ce futur d’un éternel recommencement d’un passé peu glorieux qui a tant de fois vu la chute de l’être humain et la déchéance de l’humanité, et ce présent qui se confond à un tel futur, malgré tout ça et les restes, notre ressource première reste l’amour. Elle est une ressource, propre, et renouvelable. Rien et personne ne peut nous en priver durablement.

Ce que je ressens? C’est aimer soi-même comme un autre. Tu l’auras noté j’emprunte à Ricoeur cette idée que nous ego (« je ») nous ne sommes désormais en tant qu’être qu’en référence permanente à l’autre – ce soi en dehors de notre propre soi. L’autre est à la fois ce que nous recevons du semblable (de ce même d’altérité) dans l’intersubjectivité – ce lieu d’échange mutuel – mais aussi et sans doute surtout l’autre comme élément appartenant à la constitution intime du sens du même participe (d’une façon comme d’une autre) à notre propre sens. Tendre Planète bleue, nous ne pouvons nous passer de l’autre, nous avons besoin du même, tout en préservant l’intrinsèque singularité du « Je » égotique. Et si la raison, notre raison, échoue à nous faire vivre ensemble en trouvant l’équilibre adéquat dans l’égalité de toutes nos différences et la juste distance entre nos ressemblances, peut-être que l’amour y parviendra-t-il (?)

C’est un autre pari que je fais à la fin de cette année très étrange qui me donne un peu l’impression que nous avons atteint un point de non-retour, mais vers quoi? Je n’en suis pas certain. Tout cela reste à voir, l’année prochaine et ses prochaines, nous verrons bien.

A part l’amour, sous toutes ses justes formes, je ne vis que de rien. Souffle hivernal, flocon valsant ça et là dans cet espace aux nombreux multivers, dans ce temps aux multiples temporalités, au milieu de ces êtres vivants comme un silence, au milieu de ces choses mortes et inertes comme une respiration trop bruyante perturbant la sérénité de leur recueillement, au milieu des émotions et des sentiments chaotiques et si souvent puérils qui me signalent que quelque chose vit alors qu’au fond dans l’indifférence presque générale ce quelque chose est à l’agonie et toutes ces émotions ces sentiments ne sont qu’un adieu bien plus que des appels de détresse. Voilà où je suis.

Il ne se passe une nuit sans que je ne pense à toi tendre Planète bleue, je m’inquiète, je me soucis, tu le sais, nos silences ne sont jamais remplis de rien et ne sont jamais absents de nous, encore moins de nos cœurs qui battent à la mesure de nos âmes qui s’entremêlent dans une dimension autre que celle qui nous fait physiquement prisonniers. Tu sais, tout ça.

J’espère que les fistons vont bien, je pense aussi à eux, je me soucis, m’inquiète.

Prends soin de toi, nous y tenons tous, beaucoup.

En te faisant parvenir tous les soleils du monde, mille et une tendresse, Mireille.

Dave Ludewic

 

 

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