Irré(cul)pérable Anarchiste Radical

 

« Laissez-les m’appeler rebelle. Acceptez-le. Cela ne me dérange absolument pas. Mais je souffrirais tous les maux de l’enfer si je devais prostituer mon âme… »

Thomas Paine.

 

« Qu’on me pardonne d’avoir au moins une pensée pour le premier révolutionnaire de toutes nos légendes, de notre mythologie, de notre histoire (et qui dira où finit la mythologie et où commence l’histoire – ou qui est qui), le premier révolutionnaire que l’homme ait connu, qui se soit rebellé contre le pouvoir établi et l’ait fait de façon si efficace qu’il a pu au moins créer son propre royaume. Lucifer. »

–  Saul Alinsky.

 

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« À de rares exceptions près, on s’appuie sur de mauvaises raisons pour faire le bien.

  • C’est perdre son temps que d’exiger que l’on fasse le bien pour de bonnes raisons, c’est se battre contre des moulins à vent.

Le bon motif n’arrive – et l’organisateur doit le savoir et l’accepter – que comme une justification morale une fois le bon résultat obtenu, même s’il l’a été pour un motif erroné.

  • Il lui faut donc chercher et utiliser les mauvaises raisons qu’on a d’agir, pour parvenir au bon résultat. Habile et calculateur, il doit pouvoir se servir de ce qui est irrationnel pour tâcher d’avancer vers un monde rationnel. »

Saul Alinsky.

 

« Le mythe selon lequel l’altruisme est un facteur déterminant de notre comportement ne peut naître et survivre que dans une société enveloppée des pansements stériles du puritanisme « Nouvelle-Angleterre » ou de la moralité protestante, une société dont l’unité serait maintenue par les rubans des publics relations de Madison Avenue.

C’est un des contes de fées classique de l’Amérique. [… ] Adam Smith souligne que « nous ne dépendons pas de la bonne volonté du boucher, du brasseur ou du boulanger pour manger, mais de leur souci de préserver leurs propres intérêts.

  • Ce n’est pas à leur bonté que nous nous adressons, mais à l’amour qu’ils ont d’eux-mêmes et nous ne leur parlons jamais de nos besoins mais de l’intérêt qu’ils ont à les satisfaire ». »

Saul Alinsky.

 

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« […] l’idéal démocratique repose sur un certain nombre de concepts : la liberté, l’égalité, les élections libres d’une majorité qui fait la loi, la défense des droits des minorités, la liberté de choisir ses allégeances sur les plans religieux, économique et politique plutôt qu’une soumission totale à l’État.

  • Être démocrate veut dire attacher de l’importance et de la valeur à la personne, avoir foi dans un monde où la personne pour a s’épanouir au maximum de ses possibilités. 

Cette foi dans le peuple, je ne m’inquiète pas qu’on la regarde comme une vérité première, même si cela contredit apparemment ce que j’ai précédemment écrit de l’organisateur (« qu’il n’a pas de vérité première »), car après tout la vie est tissée de contradictions.

Croyant au peuple, le radical doit organiser les gens de façon qu’ils aient un jour le pouvoir et qu’ils sachent surmonter les obstacles imprévisibles qu’ils rencontreront en chemin dans leur quête d’égalité, de justice, de liberté, de paix, de respect de la vie humaine et de ces droits et valeurs affirmés par la religion judéo-chrétienne et la tradition démocratique.

  • La démocratie n’est pas une fin en soi mais le moyen par excellence de réaliser ces valeurs. Voilà mon credo, l’idéal pour lequel je vis et, s’il le faut, suis prêt à mourir. »

– Saul Alinsky. 

 

« Si Machiavel écrivit Le Prince pour dire aux nantis comment conserver le pouvoir, j’écris Rules for Radicals pour dire aux déshérités comment s’en emparer.

Dans ce livre, ce qui nous intéresse

  • c’est de savoir comment créer des organisations de masse capables de prendre le pouvoir et de le donner au peuple.
  • C’est de savoir comment réaliser le rêve démocratique d’égalité, de justice, de paix, de coopération, qui donne à tous les mêmes chances pour l’éducation, le plein emploi et la santé.
  • C’est de savoir comment créer cet environnement favorable où l’homme puisse espérer vivre les valeurs qui donnent un sens à la vie. »

–   Saul Alinsky.

 

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« N’oubliez jamais la première règle de la tactique du pouvoir :

Le pouvoir n’est pas seulement ce que vous avez, mais également ce que l’ennemi croit que vous avez.

 

Voici la deuxième règle :

Ne sortez jamais du champ d’expérience de vos gens.

  • Quand, en effet, une action ou une tactique est complètement étrangère à leur expérience, vous provoquez chez eux confusion, crainte et désir de s’en aller. Cela signifie aussi qu’il y a eu échec de la communication.

 

La troisième règle :

Sortez du champ de l’expérience de l’ennemi chaque fois que c’est possible.

  • Car chez lui, c’est la confusion, la crainte et l’abandon que vous voulez provoquer.

 

La quatrième règle, c’est de

Mettre l’ennemi au pied du mur de son propre évangile.

  • Par là vous pouvez le tenir, car il ne pour a pas davantage respecter ses propres règles que l’Église ne peut vivre son christianisme.

 

La cinquième règle recoupe la quatrième :

Le ridicule est l’arme la plus puissante dont l’homme dispose.

  • II est pratiquement impossible de riposter au ridicule. Il a également le don de rendre l’opposition furieuse, et sa façon de réagir ne peut que vous profiter.

 

La sixième règle est qu’

Une tactique n’est bonne que si vos gens ont du plaisir à l’appliquer.

  • S’ils ne sont pas emballés, c’est que dans cette tactique quelque chose n’est pas au point.

 

La septième règle est qu’

Une tactique qui traîne trop en longueur devient pesante.

  • L’homme ne peut conserver de l’intérêt pour une affaire que pendant un temps limité, après quoi tout devient routine ou rite, comme aller à la messe le dimanche matin.

C’est sans cesse que de nouveaux problèmes surgissent et que de nouvelles crises éclatent, et très vite vous aurez la réaction suivante :

« C’est entendu, j’ai beaucoup de sympathie pour ces gens et je suis entièrement pour leur boycott, mais il y a d’autres problèmes aussi importants ailleurs. »

 

La huitième règle consiste à

Maintenir la pression, par différentes tactiques ou opérations, et à utiliser à votre profit tous les événements du moment.

 

La neuvième règle est que

La menace effraie généralement davantage que l’action elle-même.

 

La dixième règle :

Le principe fondamental d’une tactique, c’est de faire en sorte que les événements évoluent de façon à maintenir, sur l’opposition, une pression permanente qui provoquera ses réactions. Celles-ci sont essentielles pour le succès de la campagne.

On devrait se souvenir que non seulement l’action est dans la réaction, mais qu’elle découle elle-même de la réaction et d’une réaction à la réaction, jusqu’à l’infini.

  • La mise sous pression amène une réaction et, constamment maintenue, elle alimente l’action.

 

La onzième règle est qu’

En poussant suffisamment loin un handicap, on en fait finalement un atout.

  • Cette affirmation s’appuie sur le principe que tout côté négatif comporte une contrepartie positive.

Nous avons déjà analysé cette théorie à propos de la résistance passive de Mahatma Gandhi.

 

La douzième règle est qu’

Une attaque ne peut réussir que si vous avez une solution de rechange toute prête et constructive.

Vous ne pouvez vous permettre de vous laisser prendre au piège par l’ennemi, qui brusquement virerait de bord et accepterait de satisfaire à vos revendications en vous déclarant :

« Nous ne savons pas comment nous en tirer, avec ce problème ; à vous de nous dire quoi faire. »

 

La treizième règle :

Il faut choisir sa cible, la figer, la personnaliser et polariser sur elle au maximum. »

–  Quelles règles pour les Radicaux? Plongée critique dans « Rules for Radicals » de Saul Alinsky.

 

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« L’organisateur est le général, il sait les « pourquoi » et les « comment ». – Saul Alinsky

« Le bon organisateur combine un grand nombre de qualités.

Alinsky en dresse un archétype sur la base de sa propre expérience et sur celle des autres organisateurs qu’ il a formés dans le cadre de l’Industrial Area Foundation. Ces formations constituent par ailleurs une source de revenu, ce qui est ironique en sachant qu’Alinsky précise que

certaines des qualités nécessaires au bon organisateur ne s’enseignent pas, qu’elles ne peuvent être obtenues que par « miracle du ciel ou de l’enfer ».

Quelles sont-elles :

  • souplesse,
  • adaptabilité,
  • rationalité,
  • égo,
  • curiosité,
  • irrévérence,
  • imagination,
  • humour,
  • sens de l’ organisation,
  • dévouement à la cause,
  • bon communicant,

cette liste des qualités du community organizer pourrait tant correspondre à votre gendre idéal qu’ au manager parfait des entreprises du capitalisme néolibéral.

[…] »

Saul Alinsky.

 

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« Un radical doit être souple, réceptif et doit s’adapter aux fluctuations imprévisibles des circonstances politiques […].

[…] ceci est un paradoxe, car

l’irrévérence se nourrit d’un profond respect pour le mystère de la vie et d’une infatigable recherche de sa signification.

  • L’ego d’un organisateur est plus grand et plus monumental que celui d’un leader.

Un leader est motivé par la volonté du pouvoir, tandis que l’organisateur est tendu vers ce qu’il y a vraiment de plus grand pour un homme : il veut créer, être un « grand créateur », il joue au Dieu.

  • L’imagination est inséparable de la curiosité et de l’irrévérence.

Pour un tacticien, l’humour est un élément essentiel de succès car les armes les plus puissantes du monde sont la satire et le ridicule.

  • L’emploi du temps d’un organisateur comporte si peu d’interruptions que le temps n’a pas beaucoup de sens pour lui.

L’organisateur de masse est un animal différent. Ce n’est pas un toutou de salon. Il n’a ni calendrier fixe ni questions bien déterminées. Les demandes sont toujours changeantes, la situation fluctuante et mouvante, et

le but à atteindre, bien souvent, ne se concrétise ni en heures de travail ni en augmentations de salaire ; il est souvent d’ordre psychologique et ne cesse de varier, comme « cette étoffe dont se tissent les rêves ».

  • Une curiosité contraignante qui ne connaît pas de limite. [… ] La curiosité et l’irrévérence vont de pair. [… ] Comme tout ce qui est vivant,

L’organisateur a une identité personnelle qui lui est propre. Il refuse de se laisser absorber ou récupérer par quelque règlement ou organisation que ce soit.

C’est maintenant que je commence à comprendre ce que mon intuition me disait il y a bientôt vingt ans, quand j’écrivais dans Reveille for Radicals :

  • « Pour être partie prenante de tout ce qui se fait, l’organisateur ne doit être partie prenante de rien en particulier. »

Pressentiment d’un monde meilleur. Une personnalité organisée.

L’organisateur doit être bien organisé lui-même pour se sentir à l’aise dans une situation désorganisée, et il doit être rationnel au milieu des irrationalités qui l’entourent. Il est vital qu’il soit capable d’accepter et de travailler dans ce contexte, s’il veut aboutir à des changements.

  • L’idée de se dérober ne fait jamais long feu chez lui. La vie est action.

Un schizophrène politique bien intégré.  L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. […]

Je m’explique :

  • l’organisateur doit se dédoubler.
  • D’un côté, l’action où il s’engage prend tout son champ de vision, il a raison à cent pour cent, le reste égale zéro ; il jette toutes ses troupes dans la bataille.
  • Mais il sait qu’au moment de négocier il lui faudra tenir compte à quatre-vingt-dix pour cent du reste.

Il y a deux consciences en lui et elles doivent vivre en harmonie. Seule une personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. C’est ce à quoi doit parvenir l’organisateur.

La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, que l’on pour ait décrire comme monumental tant il est solide.

Nous utilisons le terme ego dans le sens que nous avons défini plus haut, en faisant bien la différence avec égotisme. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise.

  • Un organisateur doit accepter sans crainte ni anxiété que les chances ne soient jamais de son bord.

Son style de vie, sa curiosité, son imagination, son sens de l’humour, sa méfiance du dogme, son ordre intérieur, son habileté à saisir ce qui est irrationnel dans le comportement humain, tout cela lui donne une souplesse bien éloignée de cette rigidité qui se brise quand survient l’imprévu.

  • S’étant forgé une personnalité forte, il peut se passer de la sécurité qu’apportent les idéologies ou les solutions miracles.
  • Il sait que la vie est une quête perpétuelle d’incertitudes et que la seule certitude est que la vie est incertitude. Il faut vivre avec cela.
  • Il sait que toutes les valeurs sont relatives, dans un monde où tout est relatif, y compris la politique. [… ]
  • C’est la différence essentielle entre le chef et l’organisateur.

Le chef aspire au pouvoir pour satisfaire ses désirs personnels et réussir sur un plan social et personnel, il veut obtenir le pouvoir pour lui-même. L’organisateur, lui, cherche à créer du pouvoir pour permettre aux autres de s’en servir.

Un organisateur peut manquer de n’importe laquelle des qualités que nous avons décrites et être quand même efficace et réussir dans son travail. II y a une exception :

  • il doit maîtriser l’art de communiquer.

L’organisateur suit l’action. Il doit être libre dans sa façon de se situer :

  • être ouvert à tout dénouement,
  • faire jouer son imagination,
  • être prêt à saisir toutes les occasions qui se présentent, même si les problèmes qu’elles font ressortir ne sont pas exactement ceux qu’il avait initialement à l’esprit.

L’organisateur ne devrait jamais se sentir perdu, sous prétexte qu’il n’a ni plan, ni calendrier fixe, ni points définis de référence. 

[…] 

Sa tâche consiste à sevrer le groupe et à le rendre totalement indépendant de lui, autonome ; alors seulement il a accompli sa tâche.

[…] 

Mais il sait bien, lui, que même si la communauté est pleinement consciente de ce fait, il ne faut pas qu’il se mette à donner des ordres ou des explications ; ou bien il susciterait chez eux un ressentiment inconscient, le sentiment que l’organisateur essaie de les dominer et ne respecte pas leur dignité en tant qu’individus.

  • Quand quelqu’un demande de l’aide et la reçoit, la réaction naturelle c’est la reconnaissance bien sûr, mais aussi une hostilité inconsciente chez ce- lui qu’on a aidé. Cela l’organisateur le sait. C’est une sorte de « péché originel » de la psychologie humaine.

Celui qui a été secouru sent en effet que celui qui l’a aidé sait très bien que, s’il ne l’avait pas fait, il serait encore un raté, moins que rien.

  • Tout ceci implique la nécessité pour l’organisateur d’avoir une grande sensibilité et un certain talent.

Au commencement, l’organisateur est le général, il sait les « pourquoi » et les « comment » ; la seule différence est qu’il ne porte jamais ses quatre étoiles, qu’on ne s’adresse pas à lui comme à un général et qu’il n’agit pas non plus comme tel : c’est un organisateur.

[…] 

Il ne suffit pas de persuader les gens que vous avez les compétences, le talent et le courage pour réussir. Encore faut-il qu’ils y croient.

  • Ils doivent croire en votre capacité non seulement de créer l’occasion d’agir, d’organiser le pouvoir, le changement et l’aventure, de jouer un acte de leur vie, mais encore de faire des promesses précises, de donner presque une assurance de victoire.
  • Ils doivent également faire confiance à votre détermination de lutter contre les répressions de la société ; cette détermination deviendra la leur, quand ils seront protégés par l’organisation du pouvoir, mais ils ne peuvent l’avoir pendant les premières étapes, tant qu’ils se sentent seuls pour agir.

[…] 

Le boulot de l’organisateur est de commencer par amener les gens à mettre leur confiance et leur espérance dans l’organisation, c’est-à-dire en eux-mêmes.

  • Une chose que l’organisateur ne doit pas perdre de vue est que la « dignité de l’individu » doit lui servir en toute occasion de point de repère et de guide.

Équipé de cette boussole, il ne tardera pas à recon- naître les principes fondamentaux sur lesquels doit s’appuyer toute organisation si elle veut être efficace.

  • Si vous respectez la dignité de l’individu avec qui vous travaillez, vous respectez ses désirs et non les vôtres, ses valeurs et non les vôtres, sa manière d’agir et de lutter et non la vôtre, son choix de leadership et non le vôtre ; ce sont ses programmes et
    non les vôtres qui sont importants et doivent être appliqués.

À moins, bien sûr, que ses programmes ne violent les valeurs qui font une société libre et
ouverte. Qu’adviendrait-il par exemple, si le pro- gramme d’une communauté était incompatible avec les droits d’une autre communauté, pour des raisons raciales ou des convictions religieuses ou poli- tiques ou encore pour des raisons de statut social ?
Devrait-on accepter ce programme uniquement parce que c’est leur programme ?

La réponse est un « non » catégorique. II ne faut pas perdre de vue que l’essentiel c’est le respect de l’individu, que c’est cela l’objectif premier du programme.

  • De toute évidence, un programme qui oppose des hommes pour des raisons de race, de croyance ou de statut économique va à l’encontre de la dignité fondamentale de
    l’individu.

[…] »

Saul Alinsky.

 

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Moi, je file un rancard
A ceux qui n’ont plus rien
Sans idéologie, discours ou baratin
On vous promettra pas
Les toujours du grand soir
Mais juste pour l’hiver
A manger et à boire

A tous les recalés de l’âge et du chômage
Les privés du gâteau, les exclus du partage
Si nous pensons à vous, c’est en fait égoïste
Demain, nos noms, peut-être grossiront la liste

Aujourd’hui, on n’a plus le droit
Ni d’avoir faim, ni d’avoir froid
Dépassé le chacun pour soi
Quand je pense à toi, je pense à moi

Je te promets pas le grand soir
Mais juste à manger et à boire
Un peu de pain et de chaleur
Dans les restos, les restos du coeur

Autrefois on gardait toujours une place à table
Une soupe, une chaise, un coin dans l’étable

Aujourd’hui nos paupières et nos portes sont closes
Les autres sont toujours, toujours en overdose

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« La richesse de l’anarchisme, tant du point de vue des expériences historiques que des théories politiques, conduit tout honnête homme à prendre ce mouvement au sérieux. Son histoire, souvent occultée, n’en finit pourtant pas de rejaillir des brèches qui échappent au pouvoir, et ses idées, loin de se réduire à quelques présupposés ignorants, ne cessent d’imprégner des pratiques et des consciences confrontées à la domination et l’exploitation.

  • Les anarchistes, même peu nombreux, ont pu tout au long de leur histoire faire coïncider leurs idées avec des inspirations profondes du peuple, participant ainsi à la création de moments révolutionnaires qui, même sans aboutir à la victoire, laissent l’empreinte de la liberté qu’il appartient aux générations futures de redécouvrir.

En ce sens, l’anarchiste n’a pas peur du tragique, car il sait que la « mémoire des vaincus » [Ragon, 1989] peut resurgir à tout moment avec plus de force. Force qui travaille le réel dans l’ombre, anonymement, lentement.

Comme l’écrivait Proudhon :

« Au-dessous de l’appareil gouvernemental, à l’ombre des institutions politiques, loin des regards des hommes d’État et des prêtres, la société produisait lentement et en silence son propre organisme ; elle se faisait un ordre nouveau, expression de sa vitalité et de son autonomie, et négation de l’ancienne politique comme de l’ancienne religion » [Proudhon, 1851].

Travaillant à la réalisation d’une société réellement autonome, les anarchistes ne se réfugient pas dans un rêve utopique qui les déconnecterait de la réalité. C’est au contraire au sein du réel que leur combat prend tout son sens. C’est leur vigilance qui leur a permis de dénoncer et de lutter les premiers contre le totalitarisme soviétique au nom précisément d’une révolution qui permettrait une véritable émancipation, et ce contre l’idée que tout antitotalitarisme serait contre-révolutionnaire.

  • Les anarchistes, par ailleurs, ne ménagent pas la démocratie libérale et le capitalisme, dénonçant toute servitude volontaire et consentie.

La liberté est difficile, elle se prend, s’apprend, s’exerce et demande des efforts. Comme l’écrivait Thucydide :

« Il faut choisir : se reposer ou être libre. »

Au regard des crises qui traversent actuellement le monde – crise du capitalisme, crise de la représentation, crise de l’environnement, crise d’un projet d’avenir commun –, l’anarchisme est d’actualité.

  • En dépassant des dichotomies qu’il est vain d’opposer – capitalisme et communisme, démocratie et libéralisme, individu et société, nature et culture, théorie et pratique –, l’anarchisme est susceptible de proposer des voies fécondes à explorer.

Enfin, gageons que même si l’idée d’anarchie n’est pas toujours consciemment formulée, les aspirations dont elle est porteuse sont plus vivantes que jamais. »

– Jourdain, É. (2013). Conclusion / L’anarchisme aujourd’hui. Dans : Édouard Jourdain éd., L’anarchisme (pp. 114-115). La Découverte.

 

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Jourdain, É. (2013). I. Au cœur des théories anarchistes. Dans : Édouard Jourdain éd., L’anarchisme (pp. 10-37).  La Découverte. 

 

« […] L’action, courant sur sept tableaux, se déroule pendant la seconde Guerre mondiale dans un pays fictif appelé Illyrie en Europe de l’Est. Le pays est dirigé par un dictateur fasciste allié des Allemands. Il y a deux mouvements de résistance clandestins contre le régime et l’Allemagne – le parti du prolétariat (communiste) et le Pentagone (un parti nationaliste bourgeois et capitaliste). Le PP et le Pentagone sont également hostiles les uns aux autres. Beaucoup de vies ont été perdues dans le conflit de chaque côté.

Hugo, le personnage principal, sort de prison, suite à l’assassinat de Hoederer, chef du parti prolétaire, et se rend chez Olga, sa protectrice, qui sera chargée d’examiner son cas politique et savoir s’il peut intégrer le parti populaire. La pièce va examiner les raisons qui ont poussé Hugo à tuer Hoederer.

Sur l’ordre du parti prolétaire, Hugo s’est en effet fait engagé par Hoederer en tant que secrétaire personnel afin d’approcher ce dernier et de le tuer, car le parti le soupçonne de vouloir s’allier avec le Pentagone. Hugo nouera avec Hoederer une relation forte. Accomplir sa mission et respecter l’homme de valeur qu’il rencontre soulève un dilemme éthique. Il ne peut déterminer ce qu’il doit faire et a peur de se salir les mains, c’est-à-dire agir contre sa conscience. Au départ, Hugo est convaincu du bien-fondé de sa mission : Hoederer est un traître qui agit par opportunisme. Hoederer est un effet un pragmatique, alors qu’Hugo est mû par ses idéaux politiques. Leur logique idéologique est frontalement opposée : Hoederer considère que la politique doit assurer le bien-être d’un maximum de personnes, quitte, pour cela, à transiger sur les idées, alors que Hugo est prêt à tout détruire pour ses idées.

Hugo, d’autre part est le héros existentialiste typique. Jeté dans le monde, incapable de comprendre le sens de son existence, il pense que la cause prolétaire peut donner un sens à son existence. Sartre critique ici ce qu’il appelle l’esprit de sérieux, le fait de croire que les valeurs sont transcendantes et pré-existent à l’homme.

L’assassinat de Hoederer se fera presque par hasard, suite à la découverte d’une relation entre Jessica, la femme de Hugo, et Hoederer. Non par jalousie, mais parce que Hugo découvre l’inauthenticité de Hoederer à travers cet acte. Dans le cadre existentialiste, Hugo a pris une décision – celle de tuer Hoederer. Il a refusé de renoncer à son idéologie. Et sera prêt à mourir par et pour cela. Il aura finalement conquis sa liberté en assumant ses actions.

[…]

De anti-héros existentialiste au début de la pièce, Hugo acceptera de se salir, acceptant en cela sa condition d’homme, conquérant ainsi une forme d’authenticité. Les Mains sales nous apprend donc que même le pire ne peut se faire sans le consentement de celui qui le fait, qu’il faut assumer et revendiquer ses actes. Cette leçon, qui paraît évidente aujourd’hui, était explosive dans le contexte de l’Occupation allemande … »

Source

 

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« « Figure emblématique de la contre-culture, Charles Bukowski marqua les jeunes esprits et les moins jeunes de son époque par son humour mordant et son langage « torcheculatif », comme dirait Rabelais. Son époque fit de lui une vedette littéraire et ses lectures publiques avaient l’atmosphère électrique d’un concert rock. Deux œuvres en prose font la gloire, mais aussi la mauvaise réputation de Bukowski : un recueil de chroniques et un recueil de nouvelles.

D’abord, la publication du Journal d’un vieux dégueulasse lui vaut une première renommée -nationale- dans l’underground qui admire la posture du « vieux dégueulasse »; elle établit sa gloire et sa mauvaise réputation. Ensuite, celle des Contes lui vaut une seconde renommée – internationale – chez le grand public qui est partagé entre l’admiration et le dégoût.

Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness confirme la gloire et la mauvaise réputation de l’écrivain. C’est l’envers de la médaille : côté pile, il devient un écrivain-culte de l’underground, côté face, une persona non grata, un mauvais écrivain, pour l’institution littéraire.

L’année même de la publication française des Contes, en 1978, Philippe Sollers publie un compte-rendu intitulé « Bukowski ou le Goya de Los Angeles » dans Le Nouvel Observateur, puis une quinzaine d’années plus tard, à la publication française de Pulp, l’ultime roman de Bukowski, dans Le Monde, en 1995, il fait paraître un autre compte rendu, « Bukowski ou la folie ordinaire », où il fait de celui-ci rien de moins que l’inventeur de la littérature mauvaise : «Bukowski, c’est très reprehensible, a inventé la littérature mauvaise. »

Sollers jette les bases de sa définition de la littérature mauvaise à partir de l’œuvre de Bukowski, la dédicace de Pulp, to a bad writing, n’étant pas étrangère au concept même :

La littérature « mauvaise » a ses lois : démasquer la folie ordinaire, pointer la vérité désagréable en direct, forcer sur les détails scabreux qui révulsent l’hypocrisie générale, être lyrique avec ce qui n’a pas l’air de le mériter. Pas de naturalisme : la nature est un piège. Pas de populisme non plus, cette blague des nantis quand ils travestissent la déchéance. L’expérience personnelle, point. Le plus étrange est que la vraie bonté ne puisse venir que de là. Toute autre prédication est obscène .

Sollers trace ici les grandes lignes du programme des Contes, lequel demande selon moi vérification et approfondissement. En effet, qu’entend-on par « littérature mauvaise » ?

Est-ce synonyme de mauvaise littérature ? […]

comment se construit la figure de l’écrivain mauvais, mais d’abord, qu’est-ce que ledit écrivain mauvais ?

Il ne faudrait pas le confondre avec le mauvais écrivain, c’est-à-dire le cacographe. Par « mauvais », il faut plutôt entendre selon la définition générale du terme : « qui est contraire à la loi morale », « qui ne suit pas les règles », « qui ne remplit pas correctement son rôle », « qui déplaît».

Mon hypothèse est que

  • la figure de l’écrivain mauvais se construit d’abord par la désacralisation de l’écrivain-type.

Bukowski désacralise l’écrivain en général, l’ennemi étant sans visage, et l’autre, l’écrivain en particulier, mettant un nom à l’ennemi.

  • Il déchire à belles dents les représentants de l’institution littéraire, ayant une position officielle ou en voie d’en avoir une.

D’un côté, on retrouve les prosateurs, Burroughs, Kerouac, Fitzgerald, Faulkner, Mailer, Henry Miller, etc. et de l’autre, les poètes, T. S. Eliot, Frost, Ginsberg, Pound, Robert Lowell, William Carlos Williams, etc.

Il procède non seulement à la désacralisation des dieux olympiens de la littérature états-unienne, s’attirant du même coup les foudres de la critique littéraire officielle, mais à la désacralisation des deux prix littéraires les plus prestigieux, se moquant à maintes reprises du Pulitzer et du Nobel. Il entreprend de manger un « ragoût » de culture états-unienne, savante ou populaire, de son époque et nous livre en quelque sorte sa digestion dans les Contes. De plus, la désacralisation de l’écrivain, mais aussi de l’homme, se manifeste selon moi sous deux formes : le rabaissement et la permutation du haut et du bas.

Chez Bukowski, le bas matériel et corporel prédomine : images du corps, du manger et du boire, de la satisfaction des besoins naturels, de la vie sexuelle.

Bref, nous avons là l’incarnation exemplaire de l’écrivain mauvais,

  • lequel n’a pas la tête dans les nuages, mais les deux pieds sur terre.

Avec une approche lecturale, le recueil, composé de soixante-quatre contes, peut se lire selon moi à la fois comme une entreprise de disqualification de l’image d’Épinal de l’écrivain-type made in USA (la société), préfabriquée, et de légitimation de la figure de l’écrivain mauvais, imaginée par Bukowski. Tel est l’effet de reticulation. Une telle lecture se légitime selon moi par le degré d’homogénéité dans les contes : le recueil s’homogénéise par le style et la récurrence des thèmes et des figures. Ayant retenu les leçons d’Hemingway et de H. Miller, Bukowski a un style dépouillé et aborde des thèmes tels que l’alcool, le sexe, la violence et la misère. » »

– Éric Maltais, La Figure De L’écrivain Mauvais Dans Les Contes De Charles Bukowski, Automne 2012.

 

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