Baron Corsé

 

« Brillante et avec toujours un coup d’avance, Baron Noir s’impose comme l’une des meilleures séries françaises de la décennie. Dissection et critique d’une œuvre aux personnages romanesques et complexes qui tendent un miroir à notre vie politique.

Le passionné de la politique s’amusera à reconnaître dans cette galerie de personnages nuancés et complexes les véritables personnalités publiques qui se cachent derrière. Anna Mouglalis, technocrate énarque et quadragénaire incarne une version fascinante et féminine d’Emmanuel Macron. A la différence qu’une fois élue présidente, elle ne dispose pas d’une majorité à l’assemblée mais qu’elle décide comme un autre d’ouvrir à la société civile. Le bleu de travail que rapporte Rickwaert à l’assemblée rappelle celui de Patrice Carvalho, député communiste, porté lors de sa première séance en 1997. L’acte fort anticipe également le maillot de foot porté par François Ruffin, député de la France Insoumise, à l’Assemblée Nationale. Alors que la saison 1 met en avant les clés qui vont mener à l’explosion de la sphère politique en 2017 et la question européenne, la saison 2 embrasse l’actualité plaçant au cœur de ses thématiques les attentats, la montée du Front National et la restructuration des identités politiques. Plus fascinant encore, la série quitte rapidement son postulat semi-fictionnel et épouse le documentaire malgré elle. Le spectateur devient rapidement électeur, prêt à voter pour pour la présidente Dorendeu ou le député Balsan. On suit alors les péripéties comme on suit la véritable actualité politique.

Les idées avant l’ego ?

L’implication émotionnelle qu’on éprouve finit littéralement par se rapprocher d’un engagement presque militant pour tel ou tel personnage. L’écriture brillante de ce défilé d’hommes corrompus et avides de pouvoir, transforme l’hostilité qu’on devrait ressentir en compassion pour ces figures politiciennes. Qui aurait pu penser plaindre et défendre François Fillon après son scandale sinon animé par une passion militante ? Cette saga politique et sériel fait écho aux tragédies grecques où les hommes se retrouvent face à des dilemmes cornéliens. Les idées avant soi-même ? C’est le sacrifice qu’épouse Rickwaert, à la fin de la saison 1, acceptant la prison si son acte permet à Dorendeu d’être élue présidente. Balsan est-il prêt à abandonner ses idéaux socialistes pour une place au ministère ? Dorendeu est-elle apte à transgresser les frontières entre les partis pour rester au pouvoir ? Ici l’être politique est partagé entre son idéologie noble et ses intérêts personnels et financiers. L’ambition de la série n’est finalement pas d’adapter la réalité politique mais bien de s’en inspirer pour créer ses propres trajectoires tout en évoquant la nature humaine. Parler de politique, c’est parler de courage, d’ambition, de rêves mais aussi de vilenie et de trahison. Et toute la mise en scène accompagne le propos de l’intrigue. La caméra de Ziad Deoueiri, réalisateur de L’Insulte, évite les contre-champs classiques et déambule autour des personnages illustrant les rapports de force à mesure que leur discussion continue. On peut d’ailleurs voir un rythme qui s’accélère entre la saison 1 et la saison 2 : moins d’expositions des personnages et des intrigues encore plus virulentes et dynamiques.

Tout le casting est impeccable. Kad Merad, excelle à contre-emploi pour endosser le rôle charismatique de Rickwaert, dont l’avenir de président se dessine littéralement à la fin de la saison 2. En effet, sur sa fin, Baron Noir devient le pur reflet de la République : gouvernement multicolore, Parti Socialiste en agonie, Front National éclipsé, toute une gauche à reconstruire. Lors d’une sublime joute verbale dans le dernier acte de la série, Michel Vidal (incroyable François Morel), alter-ego de Jean-Luc Melenchon et leader de Debout le peuple, clame : « On est pas seulement dans un nouveau monde, mais dans une ère nouvelle « . Comme dans un miroir à la fois tragique et optimiste de la réalité, tout reste à reconstruire. Toutes les cartes sont remises en jeu.

Si la série continue à être si ingénieuse, on retrouvera sûrement en la saison 3 quelques clés pour mieux appréhender les prochains événements de notre vie politique. Ou peut-être que la suite de Baron Noir se fait déjà hors-caméra.. »

Roberto Garçon.

 

 

« […] Baron Noir brille aussi par son exploration de l’intimité des politiques. Alors que l’écriture des scénaristes Jean-Baptiste Delafon et Eric Benzekri est précise et très dialoguée, c’est la caméra nerveuse, menée par le réalisateur Ziad Doueiri, qui donne le ton. En collant au plus près des personnages, Baron noir parvient à entrer dans leur intimité. La série nous donne à voir les coulisses de la politique française. Elle nous montre comment les décisions sont prises et quels sont les coups tordus. Doueiri filme tous les off des événements politiques : avant et après un débat télévisé, ce qui se passe dans les couloirs, les ascenseurs, dans les bureaux… et comment par exemple, se débrouillent les députés entre eux à l’Assemblée Nationale. C’est-à-dire à peu près comme dans une cour d’école. Ni plus ni moins.

[] » 

 

 

« “Baron noir” c’est noir, il n’y a plus d’espoir […]

Redevenu éligible, l’infatigable stratège Philippe Rickwaert brigue l’Élysée contre la présidente sortante, son ex-alliée Amélie Dorendeu. Mais un trublion populiste menace le vieil ordre politique. Réseaux sociaux, violence de la rue… La troisième saison de “Baron noir”, particulièrement désespérée, scrute notre époque avec acuité. […] » 

 

« […] La chance de Baron noir, créée en 2016, a été la décomposition du Parti socialiste ! Cette série, qui a accompagné les bouleversements de la gauche, est une politique-fiction aussi réaliste qu’imaginative. Précédemment, Philippe Rickwaert (Kad Merad), député-maire de Dunkerque promis à la direction du PS, a été touché par une affaire de financement illégal de campagne. Lâché par le président de la République pour lequel il s’était mouillé, ce maître de la manipulation politique va dès lors pourrir le quinquennat de son ancien allié et faire monter une conseillère de l’ombre aux accents macroniens, Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis). C’est en rassemblant au Centre qu’elle est élue, explosant ainsi un PS miné par les conflits internes et la chasse aux voix.

Cette saison 3 offre aux auteurs l’occasion de répondre à une question brûlante : comment va se reconstruire la gauche ? Le premier épisode s’ouvre sur un PS en ruines et le retour aux affaires de Rickwaert après sa condamnation judiciaire. Mais est-ce vraiment dans le vieux parti que l’homme pourra se forger enfin l’avenir politique dont il rêve ? Cette saison le voit côtoyer de très près le tribun de Debout le peuple, Michel Vidal, très inspiré de Jean-Luc Mélenchon. Dans ce rôle, François Morel confirme ce qu’il laissait entrevoir dans la précédente saison et se révèle aussi perçant qu’oppressant. Ses tactiques machiavéliques donnent pour la première fois du fil à retordre à Rickwaert, qui retrouve un adversaire à sa mesure, et assurent des rebondissements palpitants. »

Sophie Benamon.

 

 

« En route vers l’Élysée, l’ancien conseiller socialiste veut réenchanter la politique et tutoie l’abîme…

Une saison 3 magistrale et vertigineuse, coécrite par Éric Benzekri, Raphaël Chevènement, Olivier Demangel et Thomas Finkielkraut.

Cette fois, c’est son tour ! Philippe Rickwaert (Kad Merad, magistral), l’homme de l’ombre du Parti socialiste, a mené à l’Élysée le très mitterrandien Francis Laugier (Niels Arestrup), puis sa jeune conseillère Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis, froide et habitée). Face à une extrême droite aux portes du palais, le « Baron noir » se voit en rassembleur des forces de gauche, de Daniel Kahlenberg, premier secrétaire du PS, à Michel Vidal (François Morel, désorienté et grave), du parti populiste Debout le peuple.

L’ancien député et maire de Dunkerque, fils d’ouvrier, a gagné en sincérité et aiguisé son sens politique, mais le monde a changé. Il a beau avoir purgé sa peine pour détournement d’argent public (sans enrichissement personnel), et savoir réveiller la fibre sociale de la gauche, il incarne un « système » honni. Son amie Naïma Meziani (Rachida Brakni), fine stratège, l’aide à contrer la défiance et la convergence des populismes. Mais que vaut un corpus politique lorsque les réseaux sociaux, emportés par le vent du « dégagisme », dictent les termes du débat ? La présidente de la République l’apprend à ses dépens, en se retrouvant affublée des moustaches d’Hitler après l’annonce de mesures fortes pour faire repartir l’Europe avec l’Allemagne.

Cette troisième saison de Baron noir est « l’aboutissement du chaos des deux saisons précédentes, après une décomposition politique pas forcément suivie de recomposition », résume Éric Benzekri, ancien collaborateur de Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, qui a créé, avec Jean-Baptiste Delafon, cette remarquable série politique. Une fiction ultra-réaliste et prospective, finement réalisée par Antoine Chevrollier. Riches en rebondissements, avec l’irruption stupéfiante d’un inconnu dans le jeu politique, ces huit épisodes nous laissent en état de choc et d’urgence.

[…] »

Aude Carasco.

 

 

« […] Forts de ce constat, les scénaristes ont travaillé sur les personnages, particulièrement celui de Philippe Rickwaert, figure politique « à l’ancienne », sorte de petit Tony Soprano vivant perpétuel­lement dans l’urgence. Perdant ­magnifique, il ne survit que grâce à son instinct dialectique et à son intelligence politique. Les mots sont sa seule arme pour lutter contre la crise politique et per­sonnelle qu’il traverse. Une crise où « l’ancien meurt et le nouveau ne peut pas naître », comme l’écrivait le philosophe italien Antonio Gramsci dans ses Cahiers de ­ prison (1929-1935), ajoutant que « pendant cet inter-règne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ».

[…] »

Daniel Psenny.

 

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