« L’eau est-elle un droit? »

Les émeutes de l’eau du Cap Skirring. Etat, mobilisations populaires, espace public et identités en Casamance (Sénégal)
Samedi 30 mai 2020, au sud du Sénégal, dans la région de Ziguinchor, la petite ville touristique du Cap Skirring a vu des habitants se rassembler pour protester contre les difficultés d’accès à l’eau potable dans la zone. Cette mobilisation fait immanquablement penser à une autre mobilisation survenue dans la même communauté voici plus de 40 ans : en 1979, des villageois s’étaient rassemblés pour protester contre l’absence de consultations et de compensations lors de l’implantation d’un village-vacances du Club Méditerranée sur leurs terres du Cap Skirring. Cet épisode avait été une des bornes sur le chemin de l’émergence d’un mouvement séparatiste armé dans cette région du sud du Sénégal, le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). Menée à distance, sur la base presque exclusive du web sénégalais (l’anthropologue Alain Bertho a mené un utile travail de collation des vidéos de l’épisode), une rapide comparaison entre les deux épisodes offre l’occasion d’une réflexion sur l’évolution de la situation en Casamance et, plus largement, de l’espace public et de l’Etat sénégalais.

« Un milliard de personnes sont privées d’accès à l’eau potable. Et, chaque année, 50 millions d’être humains meurent de maladies liées à un assainissement inexistant ou médiocre. L’équivalent de trente raz-de-marée en Asie du Sud-Est.

Maintenant, j’ai du temps pour m’occuper des enfants et surveiller leurs devoirs. » A San Antonio, petit village hondurien, la vie de Maria Iglesias a changé depuis que l’eau courante arrive chez elle. Grâce à l’aide de WaterPartners International, une ONG américaine, finis les longs allers-retours entre la source et la maison, finies les douleurs dans le dos à force de porter quotidiennement dès six heures du matin jerricans, vaisselle et paniers de linge. Quelques heures gagnées dans sa journée qui valent de l’or. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, 700 millions de personnes ont bénéficié d’un raccordement à l’eau potable depuis 1990, grâce aux efforts des Etats et à la coopération internationale, publique et privée. Mais malgré ce progrès, un milliard d’hommes et de femmes -un sixième de l’humanité- continuent d’être privés d’un accès aisé à l’eau.

Aisé et sûr. Derrière les faubourgs de Ndjaména, le Chari, qui déverse ses maigres eaux dans un lac Tchad réduit à l’ombre de lui-même, a des allures d’égout à ciel ouvert. On s’y lave, les femmes y font la lessive et la vaisselle, rapportent de l’eau pour la maison. A Phnom Penh, l’eau du robinet coûte une vingtaine de centimes d’euros le mètre cube, mais les quartiers pauvres sont mal desservis. L’eau potable revendue par les porteurs coûte dix fois plus cher. Pour les autres besoins, restent les canaux ou les puits, contaminés par l’écoulement des eaux usées. Dans le monde, deux milliards et demi de personnes ne bénéficient d’aucun service d’assainissement. Les maladies transmises par l’eau telles que diarrhée, choléra, typhoïde, tuent chaque année cinq millions de personnes dans le monde, dont la moitié sont des enfants. Trente fois le raz-de-marée qui a ravagé l’Asie du Sud-Est, mais en silence et loin des caméras.

[…] »

– de Ravignan, A. (2005). Mourir de soif. Alternatives Internationales, 21(2), 28.

 

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« Alors que l’eau douce est une ressource essentielle à la vie, les experts prévoient l’émergence des crises de détresse hydrique dans certains pays. Sur Terre, l’utilisation annuelle d’eau douce augmente à un rythme deux fois plus élevé que celui de la population. La gouvernance de l’eau constitute-t-elle enjeu majeur de la nouvelle décennie? »

– Source Cerium : Arrêt sur le Monde

 

 

 

C’est avec beaucoup de plaisir que je retrouve un ancien Me Jedi, françois-xavier, brillantissime mais surtout humainement lumineux (tu noteras la redondance ou la tautologie : le prédicat ne disant rien de plus que le sujet), dans cette explication et cette compréhension de l’enjeu de l’eau comme droit (presque fondamental ou totalement fondamental) et non comme privilège ou banale marchandise en cette ère capitaliste contemporaine et en ce monde de futures guerres autour du contrôle et de monopolisation des sources d’eau – comme certains l’envisagent en tant que causes de guerres (mondiales) au XXIe siècle. 

Tu me permettras de souligner le remarquable travail effectué par l’équipe journalistique, le sens pédagogique de la présentatrice laura-julie et sa formidable maîtrise du sujet (et des sujets), de relever la percutante présentation contextuelle de l’enjeu par la très (sur)douée amandine, blogueuse dont j’ai découvert l’an dernier le talent remarquable, de remercier ces professionnelles ainsi que les professionnels pour leur formidable travail de vulgarisation scientifico-journalistique. 

J’ai toujours dit ici qu’il faut toujours donner à césar ce qu’il revient à césar, c’est-à-dire reconnaître le talent exceptionnel des individus et leur immense « formidabilité ». Je tiens à la reconnaissance, tu le sais déjà, chez moi ce n’est que « Justice ». C’est donc avec beaucoup d’admiration et de fascination que je dis « Merci » à toutes ces personnes qui sont si inspirantes et si impeccables – dans le sens le plus désarçonnant du terme.

J’ai très souvent dit que le journalisme était foutu, je suis de la vieille école, celle des longs formats en profondeur et travaillant au corps leur sujet, celle des histoires qui partent des faits et ne s’écartent jamais du cadre aussi intelligible qu’objectif d’un véritable travail de sens et de significations, bref celle d’une certaine éthique et d’une certaine indépendance, de savoir sans condescendance et sans paternalisme voire misérabilisme et surtout (je souligne) sans propagande. Un journalisme comme le disait albert londres qui ne soit pas pour faire plaisir ou non, plaire ou déplaire, encore moins moralisatrice ou même animé de moralisme – journalisme de chien de garde ou révolutionnaire, mais qui soit cette plume plongeant dans la plaie (toutes les plaies). Celui qui contraste avec le journalisme contemporain mainstream.

Quand tu lis et écoutes ce que les médias dits professionnels et respectables disent ces derniers temps (ou ces dernières années voire décennies), tu confirmes à quel point la connerie, la malhonnêteté, le cynisme, le buzz, la mode panurgique de pensée et d’analyse, et que sais-je encore a atteint des hauteurs science-fictionnelles. C’est obscène, vulgaire, grossier, indécent, insultant pour toute intelligence et humanité qui se respecte. C’est foutu.

Alors, oui c’est avec un certain soulagement que j’applaudis le travail effectué par cette émission et le centre de recherche scientifique qui le rend possible. Rigoureux, accessible, équilibré, contextualisé, hors du récit médiatique dominant (en termes d’approche, de choix de sujet, d’explication, etc.) L’idéal serait ça. Mais bon, faut quand même pas trop rêver. 

J’en profite pour souligner le travail anonyme et invisible de ceux et celles qui se consacrent tous les jours à un progrès de l’humanité et de la conscience humaine, je pense notamment à ma très chère princesse leïla qui – syndicaliste de son état – se dévoue corps et âme pour les droits humains exploités et donc niés par la machine et le système déshumanisant qu’est ce capitalisme plus que jamais mortifère, indécent, violent, inhumain, injuste, etc. Etc.

Leïla dans les (re)coins anonymes du monde livre des batailles dantesques – tout en se voyant comme simple modestie – et même un peu absurdes dans notre réalité contemporaine où nous n’avons rien à foutre de ceux et celles qui ne sont rien à nos yeux – c’est-à-dire les pauvres, les vulnérables, les stigmatisés, les déviants, etc. Je pense à elle, et aux combattants et combattantes des suds et des nords, à ceux et celles qui ne seront jamais des « rockstar » médiatiques, qui seront toujours « invisibles« , qui ne seront jamais riches car ils et elles n’ont pas ce sens de l’opportunité (de carrière, du curriculum vitae, etc.) qui transforme – pour eux et elles – en or (ou en diamant ou en fric ou en ascension sociale, etc.) la merde (ou misère) du monde.

Et je voudrais lui dire, comme à chacun et chacune de ces anonymes, je vous aime. Merci, de ne pas penser seulement à vous et à vos nombrils, merci de monter aux barricades, merci de vous salir les mains, merci de continuer à nous donner foi en l’humanité. Je vous aime. Vous êtes chaque jour et surtout chaque nuit des figures de force et de puissance. Merci. 

Et merci donc à cette émission et à tous ceux et toutes celles qui y travaillent, la soutienne, y contribuent. « L’eau est-elle un droit? », en voilà une question rhétorique, marginale, mais ô combien importantissime. Dois-je développer davantage? Nan. Suffit d’écouter (ou de lire) les expert(e)s.  Ou bien d’imaginer l’être humain sans eau ou sans accès gratuit à une eau « buvable ». Tu imagines le truc? Une inhumanité, me diras-tu. Je conviens avec toi. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En supplément :

 

 

 

Mais aussi : 

  • Chaussade, J. & Pellay, M. (2012). Les 100 mots de l’eau. Presses Universitaires de France.
  • Boinet, A. (2012). L’eau potable ne coule pas de source !. Géoéconomie, 60(1), 101-112.
  • Taithe, A. (2012). Restaurer la dimension politique de la gestion de l’eau. Géoéconomie, 60(1), 61-67.
  • Fröhlich, C. (2012). Water : Reason for Conflict or Catalyst for Peace ? The Case of the Middle East. L’Europe en Formation, 365(3), 139-161.
  • Comair, F. (2017). Hydro-diplomatie et Nouvelle masse d’eau pour la paix au Moyen-Orient. Annales des Mines – Responsabilité et environnement, 86(2), 49-55.
  • de Ravignan, A. (2005). “nous devons tous payer l’eau plus cher”. Alternatives Internationales, 21(2), 39.
  • Baechler, L. (2012). La bonne gestion de l’eau : un enjeu majeur du développement durable. L’Europe en Formation, 365(3), 3-21.
  • Cessou, S. (2005). Faut-il avoir peur des privatisations ?. Alternatives Internationales, 21(2), 36.
  • Taithe, A. (2012). Introduction : L’eau, un enjeu de sécurité et de développement. Sécurité globale, 21(3), 7-12.
  • Piro, P. (2005). Un partage des eaux explosif. Alternatives Internationales, 21(2), 32.
  • Alhéritière, D. (2012). L’eau, source de tension et de paix en Méditerranée. Sécurité globale, 21(3), 13-43.
  • Berthelot, P. (2012). Eau, changement climatique et géostratégie. Sécurité globale, 21(3), 45-59.
  • Galland, F. (2012). Sécurité internationale et enjeux liés à l’eau. Sécurité globale, 21(3), 61-67.
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  • Drobenko, B. (2017). Droit de l’eau (2015-2017). Revue juridique de l’environnement, volume 42(4), 749-770.
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  • Molinier, C. (2012). « L’équité et la solidarité doivent être au cœur de la politique de l’eau ». Géoéconomie, 60(1), 89-99.
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  • de Ravignan, A. (2013). L’accès à l’eau, un droit pour tous. Études, tome 419(7), 19-29.
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  • Cho, R. (2015). La fracturation hydraulique aux États-Unis. Revue française des affaires sociales , 185-197.
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  • Chaussade, J. (2012). « La gouvernance, clé de voûte de la transition environnementale ». Géoéconomie, 60(1), 9-16.
  • Galland, F. (2012). Eau et environnement : quels enjeux de sécurité pour le continent africain ?. Géoéconomie, 60(1), 39-48.

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