Elle m’a dit : « Montre-moi ta théière de Russell, et ne sois pas rasoir comme Ockham »

« Dans un article intitulé « Is There a God ? », écrit pour un numéro de l’Illustrated Magazine de 1952 (mais qui ne fut jamais publié), Bertrand Russell écrivait :

« De nombreuses personnes orthodoxes parlent comme si c’était le travail des sceptiques de réfuter les dogmes plutôt qu’à ceux qui les soutiennent de les prouver. Ceci est bien évidemment une erreur.

Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes.

Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé.

Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans des livres anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée, ou de l’Inquisiteur en des temps plus anciens. » »

–  Wikipedia.

« La théière de Russell (parfois appelée théière céleste) est une analogie évoquée par Bertrand Russell (1872–1970) pour contester l’idée que c’est au sceptique de réfuter les bases « invérifiables » de la religion et pour affirmer que c’est plutôt au croyant de les prouver. (Si l’image de la théière est de lui, cet argument n’est cependant pas spécifique à Russell, on le trouve par exemple au xviiie siècle au tout début du testament de Jean Meslier.)

L’idée est une hypothétique théière en orbite autour du Soleil, entre la Terre et la planète Mars ;

  • selon Russell, y croire (et demander aux gens d’y croire) sous prétexte qu’il n’est pas possible de prouver sa non-existence est insensé.

La théière de Russell est une illustration du rasoir d’Ockham.

Le concept de la théière de Russell a été extrapolé au comique, plus particulièrement au travers de la Licorne rose invisible, du Monstre en spaghettis volant et du culte du Canard en plastique jaune de Leo Bassi. Le musicien et poète Daevid Allen du groupe Gong utilise l’image d’une théière volante en couverture de l’album Flying Teapot, et se réfère à la théière de Russell dans son livre Gong Dreaming : The Histories & Mysteries of Gong from 1969-1975.

Quod gratis asseritur gratis negatur : « ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve » (Euclide).

Cette formule a connu un regain de faveur au xixe siècle, en particulier chez Renan dans son Examen de conscience philosophique. »

Wikipedia

 

« La charge de la preuve (latin : onus probandi) est l’obligation de faire passer un argument étayé (une preuve) visant à établir une conclusion d’un point de vue opposé à sa propre position. La charge de la preuve peut seulement être établie par des éléments de preuve.

En vertu de la maxime latine necessitas probandi incumbit ei qui agit, la règle générale est que « la nécessité de la preuve incombe à celui qui se plaint ».

La charge de la preuve est normalement du ressort de la partie qui dépose une nouvelle plainte. L’exception à cette règle est le prima facie ou la preuve « de prime abord » : une preuve considérée comme suffisante pour établir une conclusion jusqu’à sa réfutation.

La charge de la preuve est un sujet particulièrement important du droit civil ou en droit pénal, notamment en matière de présomption d’innocence, ainsi que pour la science.

Renversement de la charge de la preuve

Les présomptions légales sont des présomptions établies par la loi, elles apportent exception au principe selon lequel c’est au demandeur de prouver en opérant un renversement de la charge de la preuve.

Ce renversement est permis sur le raisonnement juridique de la présomption qui permet de déduire l’existence d’un fait inconnu en s’appuyant sur un fait connu. »

Wikipedia.

 

« Le rasoir d’Ockham ou rasoir d’Occam est un principe de raisonnement philosophique entrant dans les concepts de rationalisme et de nominalisme.

Le terme vient de « raser » qui, en philosophie, signifie « éliminer des explications improbables d’un phénomène » et du philosophe du xive siècle Guillaume d’Ockham.

Également appelé « principe de simplicité », « principe d’économie » ou « principe de parcimonie » (en latin lex parsimoniae), il peut se formuler comme suit :

Pluralitas non est ponenda sine necessitate
(les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité)

Une formulation plus moderne est que « les hypothèses suffisantes les plus simples doivent être préférées ». C’est un des principes heuristiques fondamentaux en science, sans être pour autant à proprement parler un résultat scientifique. Dans le langage courant, le rasoir d’Ockham pourrait s’exprimer par la phrase « Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? ».

Cependant, « la simplicité » dont il est question ici ne signifie pas que l’hypothèse la plus simpliste, la plus évidente ou la plus conventionnelle soit forcément la bonne.

Le rasoir ne prétend pas désigner quelle hypothèse est vraie, il indique seulement laquelle devrait être considérée en premier.

La rationalité est aujourd’hui comprise comme la pratique de la logique à laquelle on a adjoint le principe de parcimonie. Ce principe, ou principe d’économie d’hypothèses, implique que lorsqu’un chercheur propose « une inférence sur le monde réel, le meilleur scénario ou la meilleure théorie est celui qui fait intervenir le plus petit nombre d’hypothèses ad hoc, c’est-à-dire hypothèses non documentées ». »

Wikipedia

 

« Le scepticisme (du grec σκεπτικός, skeptikos, « qui examine »), aussi appelé pyrrhonisme est une philosophie et une méthode grecque antique qui compare et oppose toutes choses afin d’atteindre la tranquillité (ἀταραξία, ataraxie) de l’âme (ψυχή, psyché).

Par exemple le sceptique pyrrhonien dit que rien n’est vrai ni faux, ni vrai et faux à la fois, et pas même cette dernière phrase car elle s’oppose à elle-même.

« Le scepticisme est une faculté et une méthode qui sert a examiner, qui compare et oppose, de toutes les manières possibles, les choses apparentes, ou sensibles, et celles qui s’aperçoivent par l’entendement; par le moyen de laquelle faculté nous parvenons (à cause du poids égal qui se trouve dans des choses ou dans des raisons opposées) premièrement à I’épochè, c’est-à-dire à la suspension de l’assentiment, et ensuite à l’ataraxie, c’est-à-dire à l’exemption de trouble, à la tranquillité de l’âme. »

— (Esquisses pyrrhoniennes, Livre 1 [8], Sextus Empiricus)

Les sceptiques divisent la Philosophie en trois :

  1. Dogmatiques sont ceux qui prétendent avoir trouvé la vérité ;
  2. Académiques sont ceux qui prétendent dogmatiquement que la vérité est incompréhensible (et s’inclut donc d’elle-même dans la catégorie précédente) ;
  3. Sceptiques sont ceux qui cherchent toujours. Cette dernière s’oppose aux deux précédentes car elle est adogmatique. (E. p., Livre 1 Chapitre 1). »

Wikipedia

 

« Russell est considéré comme l’un des philosophes les plus importants du xxe siècle. Sa pensée peut être présentée selon trois grands axes.

La logique est le fondement des mathématiques : Russell est, avec Frege, l’un des fondateurs de la logique contemporaine. Son ouvrage majeur, écrit avec Alfred North Whitehead, a pour titre Principia Mathematica. À la suite des travaux d’axiomatisation de l’arithmétique de Peano, Russell a tenté d’appliquer ses propres travaux de logique à la question du fondement des mathématiques (cf. logicisme).

Il soutient l’idée d’une philosophie scientifique et propose d’appliquer l’analyse logique aux problèmes traditionnels, tels que l’analyse de l’esprit, de la matière (problème corps-esprit), de la connaissance, ou encore de l’existence du monde extérieur. Il est ainsi le père de la philosophie analytique. »

Wikipedia

 

 

« Pascal Engel a publié un article intitulé « Le droit de ne pas croire ». Il y défend la thèse que les croyances religieuses sont incapables de satisfaire la norme épistémique de preuve ou de raison suffisante. Dès lors, elles seraient irrationnelles.

  • Ne peut-on pas mettre en question une telle norme ?

Les croyances religieuses ne sont certes pas légitimes si elles sont fausses. Mais elles n’ont pas besoin d’être justifiées pour être rationnelles.

Ma réponse à Pascal Engel suppose une épistémologie différente de celle qu’il défend. Pascal Engel se situe dans un cadre déontologique, alors que je défends une conception arétique en épistémologie. À travers la question de la légitimité des croyances religieuses, c’est aussi ce que peut être l’épistémologie qui est examiné.

[…]

  • Le croyant qui ne peut avancer de raisons qui vont convaincre un sceptique et moins encore de preuves : est-il mauvais, irrémédiablement vicieux, irrationnel ?

Je ne le crois pas.

  • Est-il inévitablement conduit à se rabattre sur une justification pragmatique, comme le pense Pascal Engel, à défaut de pouvoir avancer des raisons contraignantes et de preuves imparables ?

Je ne le crois pas non plus.

Mais, certes, il faut changer de religion épistémologique, mettre en question l’évidentialisme, pour absoudre le croyant du péché d’irrationalité. »

– Pouivet, R. (2017). ‪Le droit de (ne pas) croire. Une réponse à Pascal Engel‪. Philosophia Scientiæ, 21-3(3), 147-164

 

« […] La philosophie est questionnement. En tant que telle, elle est universelle.

Quand le questionnement devient question, la philosophie s’inscrit dans un contexte.

Elle est alors un phénomène de civilisation, une vision du monde, une attitude mentale, qui est la résultante des affrontements d’un groupe avec son milieu, constitutive d’habitudes communes de réagir et d’agir, de penser et de parler, de sentir et d’être.

C’est ce qu’on appelle couramment « idéologie ». […] »

– Deledalle, G. (1998). Idéologie et philosophie américaines. Dans : , G. Deledalle, La philosophie américaine (pp. 13-19). De Boeck Supérieur.

 

« « À l’égard de toute thèse, il faut se mettre en quête d’arguments à la fois pour et contre, et, une fois trouvés, rechercher aussitôt comment on peut les réfuter : car, de cette manière, il se trouvera qu’on s’est en même temps exercé tant à poser des questions qu’à y répondre. Et si nous n’avons personne d’autre avec qui discuter, c’est avec nous-mêmes que nous le ferons. »
– Aristote

  • Le monde se présente à nous comme un divers complexe de sensations, au sein duquel nous devons rechercher activement des régularités, ne serait-ce que pour anticiper afin d’agir.

Or, les régularités dont nous sommes amenés à supposer l’existence pour rendre compte de notre expérience sont d’au moins deux sortes :

  • des régularités naturelles, intangibles et contraignantes, qui définissent notre situation objective d’être matériels finis, et des règles sociales dont nous sommes en un sens collectivement les créateurs, mais qui nous apparaissent néanmoins souvent comme surplombantes et qui nous obligent.

Une norme est une règle qui peut s’exprimer sous la forme d’un impératif :

  • « Aime ton prochain comme toi-même ! » ; « Soyez clair ! » ; « Ne méprisez pas les moins fortunés que vous ! » ; « Respectez vos promesses ! » ; « Ne protégez pas vos théories par des stratagèmes ad hoc ! » ; Ne mélangez pas les genres ! » ; « Défendez votre honneur ! »…

Peut-on introduire de l’ordre dans cette rapsodie ? Plus ambitieusement, peut-on découvrir quelque fondement universel de la normativité ?

Tout jeu a des règles, tout art aussi, mais certaines normes nous paraissent transcender les pratiques spécifiques.

Distinguons avec la tradition philosophique trois ordres de normativité forte :

  • le vrai,
  • le bien,
  • le beau.

Ce qui vaut d’être pensé, ce qu’il faut faire, ce qu’il convient d’admirer.

On peut se gausser d’une telle tripartition,

  • mais elle paraît s’imposer naturellement à la réflexion.

Dans chacun des cas, nous sentons bien l’ambiguïté de la norme, à la fois guide du jugement et règle éventuellement contestable, combinant la force de la loi et la fragilité de l’institution.

Nous sentons confusément que les normes sont à la fois cela même que l’on peut choisir librement et quelque chose qui s’impose d’abord à nous comme une transcendance.

[…] »

– Boyer, A. (1998). Normes, rationalité critique et fondation ultime. Dans : Sylvie Mesure éd., La rationalité des valeurs (pp. 81-116). Presses Universitaires de France. 

 

Lectures supplémentaires / complémentaires :

  • Conche, M. (2011). II. Le pyrrhonisme dans la méthode. Dans : , M. Conche, Montaigne et la philosophie (pp. 27-42). Presses Universitaires de France.
  • Cottret, B. (2015). La Révolution anglaise: Une rébellion britannique (1603‑1660). Éditions Perrin.
  • Fiske, S. & Taylor, S. (2011). Les stéréotypes. Cognition et biais. Dans : , S. Fiske & S. Taylor (Dir), Cognition sociale: Des neurones à la culture (pp. 299-328). Mardaga.
  • Cusset, F. (2005). 7. La contre-offensive idéologique. Dans : , F. Cusset, French Theory: Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis (pp. 179-206). La Découverte.
  • Christofferson, M. (2014). Les intellectuels contre la gauche: L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981).  Agone.

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