Ryoa

Chère ryoa,

Maître Jedi,

Une fois n’est pas coutume, tu me permettras de te tutoyer, ce n’est pas moi qui veux ça, c’est ainsi lorsque je parle avec le cœur et que je dis cœur à cœur. Je n’ai pas vraiment le choix, question d’éthique peut-être ou de conviction voire de principe, tu le sais au fond ce n’est pas si évident à distinguer, c’est sans doute un peu de tout ça, je ne sais pas. Et je m’excuse de cette familiarité comme le qualifient certains, pour ma part cela n’est simplement que familière humanité. Dans l’humanité, chez moi, il n’y a pas de formalité, de protocole, de respect de l’étiquette car il n’y a pas bonnement d’étiquette, il y a un respect de l’être en soi comme un même de dignité humaine – cela s’indiffère du statut, cela est bien autre chose, l’essentiel et le fondamental. Le vouvoiement est une distance qui a si souvent historiquement exprimé l’inégale valeur des êtres tout en nommant bien plus que simplement en interpellant l’espèce d’étranger perpétuel ou tout en maintenant l’autre dans un certain lointain. Le « vous » est un tu + lui/il/elle dans lequel tu est tu et lui/ il/elle prédomine en marquant l’autre malgré les apparences de quelque chose de très impersonnelle. Le « vous » dit un tu réduit au silence ou à l’inexistence et un lui/il/elle renvoyant à une réalité sans sujet réel, sans personnalité, sans personne particulière, une certaine banalité à bien des égards pour l’autre d’une violence certaine. Il y a quelque chose de terrible dans le vouvoiement, quelque chose d’inhumain – dans le sens de contre-nature ou contre la nature que nous sommes : sujet réel, personnalité, personne particulière, non désincarnée, banale singularité certes mais singularité néanmoins, tout de même. Tu me pardonneras donc de m’adresser à la singularité, au singulier malgré sa pluralité de sens identitaire, toi me jedi au cœur juste.

La première fois que j’ai entendu parler de toi, c’était lors d’un séminaire, celui de katia, cette autre maître jedi. Lors d’une séance, elle nous avait demandé de lui présenter brièvement le sujet initial de notre projet de recherche afin que l’on puisse en discuter collectivement. Une de mes collègues, hiba, d’une intelligence aussi savoureuse que sa coquetterie et autant d’une sympathie peu commune, après avoir écouté mon sujet, m’a dit ceci : « Dave, je sais quelle directrice de recherche il te faut pour ta recherche, Ryoa C., elle sera parfaite pour toi, crois-moi! » Le jour même je t’ai envoyée un courriel et nous avons par la suite convenu d’un rendez-vous afin d’en discuter. La première fois que hiba a prononcé ton nom, j’ai essentiellement retenu ton prénom : ryoa. La première fois, j’ai cru entendre « royal ». Après notre rendez-vous, j’en suis sorti convaincu particulièrement convaincu d’une chose : je n’avais pas mal entendu, tu étais « royale ».

Durant tout ce temps, en apprenant de toi à toujours aller autant que possible plus loin dans le fond des choses et de façon rigoureuse, en apprenant de toi une éthique d’être tant pour le chercheur que pour la personne derrière le chercheur, en apprenant de toi à coller au plus près d’un certain standard d’excellence académique la plus exigeante à tous les niveaux, en apprenant de toi à prendre conscience de mes faiblesses et de mes limites sans jamais renoncer à les corriger et à les repousser, en apprenant de toi à lire entre les lignes afin de saisir la véritable substance et les raisons fondamentales de ce qui est écrit, en apprenant de toi tant et tant de choses qui font aujourd’hui entre autres composantes presque naturalisées qui et ce que je suis sur de nombreux plans, j’ai à chaque fois réalisé à quel point j’étais aussi privilégié que chanceux d’être ton padawan. Privilégié et chanceux d’avoir pu vivre l’expérience ryoa, une expérience qu’il n’est absolument pas exagéré de qualifier de royale, au contraire une telle qualification est clairement euphémique. Merci maître jedi.

Il m’est impossible de te dire tout ce que tu m’as apporté, à quel point cette expérience m’a transformé, peut-être cela se lit-il dans mes questionnements, je ne sais pas. Comme je te l’ai écrit il y a quelques mois déjà, notre long périple ne fût point une évidence, merci du fond du cœur, patiente et compréhensive, merci de tes écrits en réflexions extraordinaires qui parlaient de ces choses contemporaines ayant ouvertes comme un large élargissement des horizons nouveaux chez moi, tes réflexions écrites m’ont donné espoir en l’humain et foi en l’humanité. Merci d’avoir bien voulu accepter la direction de cette recherche de la part d’un rien du tout qui ne savait pas toujours quoi faire de tout ce qu’il pensait, avait en tête. Merci d’avoir cru en moi ou du moins de m’avoir donné l’opportunité de montrer tout ce que je pouvais. Merci mille et une fois, ryoa. Tu sais tout ça, je tenais à le réaffirmer ici. Je ne suis pas le produit de moi-même, je suis aussi ton produit et celui de tous les autres maîtres jedi de ces dernières années si stimulantes. Je suis riche de toi, je suis riche de tous ces autres.

Intellectuellement, tu le sais, ryoa tu es l’un de mes grands modèles. Humainement, tu pardonneras cette franchise somme toute d’une effarante banalité, tu es unique. J’ai rarement rencontré une personne aussi généreuse, d’une intelligence qui désarçonne, d’une personnalité d’un charisme (tranquille ou discret) mais si vibrant, tout en étant d’une si grande modestie, avec des valeurs professionnelles et personnelles aussi fortes que justes. Je n’oublierai jamais, impossible, j’en ai plus que besoin pour l’à venir, pour l’avenir.

Être ryoa la royale ou rien, voilà qui est si humblement voulu. Le phare est allumé. On verra bien.

Ton éternel padawan

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