Trismégiste

A la fin de ce cycle ayant débuté il y a quelques années, en cette année de transition vers un nouveau cycle, depuis quelques temps je pense à celles et ceux qui ont un effet transformationnel sur moi et modifié substantiellement sans qu’ils ne le sachent vraiment ma personnalité. Comme je l’écrivais l’an dernier dans les « remerciements » du travail de recherche clôturant deux ans de travaux de recherches multidisciplinaires et interdisciplinaires : « Profonde gratitude à tous les Me Jedi […] qui m’ont révélé à moi-même, m’ont guidé, et ont fait de moi qui je suis, et qui se reconnaîtront en lisant ces lignes » ; mais aussi « Considération à mes collègues dont la présence, l’intelligence, et la singularité ont ouvert mes horizons. Et mille roses et autres chocolats à la Magical  Lady de mon département qui par ses pouvoirs surnaturels résout toujours tout, humainement extraordinaire » ; également « Affection particulière, immense considération, pour les responsables de mon département sans lesquels ce travail ne serait pas, merci de cette opportunité et merci d’exister ; et enfin « Mille mercis à ceux et celles, anonymes, passants, rencontres et évasions, que j’ai croisés sur les chemins de cette existence qui m’ont appris quelque chose d’une façon comme d’une autre, qui ont fait de moi ce que je suis » car « Sans vous tous, ce [travail] ne serait pas. Mille remerciements. Éternelle reconnaissance. » Je terminerai par l’expression de « Ma profonde gratitude et reconnaissance à [Ryoa] ma directrice de recherche, Lumière pour l’ombre que je suis, Me Jedi je ne cesserai d’être le Padawan ». Tout ce monde, autant singulier que commun, est désormais partie intégrée et intégrante de qui je suis et ce que je suis. Elles et eux, et bien d’autres encore, et bien d’autres choses encore, sont des composantes de ma substance. Ce tout et davantage fait en sorte que si mon « je » est inexistence c’est aussi parce qu’il est ces « je » d’existences comme champs d’expérience qui rendent difficile la distinction claire entre ma voix et la leur, entre ma conscience et la leur, entre ma sensibilité et la leur. Où « je » commence et où « eux » s’arrête, dans les faits cela n’est pas une évidence. Au fond, mon « je » comme voix singulière n’est qu’un roman choral, une œuvre polyphonique, une identité spéculative dont « je » ne sait jamais avec certitude ou même intuitivement « qui » et « quoi » parle à travers lui. Le « je » n’existe pas, il n’y a que des « Je ». Des « je » appropriés et réappropriés, signifiés et re signifiés, normalisés ou banalisés, particularisés et communautés, formant une fragile et complexe unicité, dans et par un esprit aussi fluctuant que mosaïque ; des « je » qui résonnent comme soi-même. « Je » n’y échappe pas, comme personne.

Depuis le début de cette année, un chapitre se ferme, je l’ai déjà dit ici. Un chapitre composé de plus de mille pages d’expériences d’errances, de moments évanescents qui demeurent tout de même, de transformations et d’évolutions, et tant de choses encore. Plus de mille pages en billets de blogue fixant à jamais dans la virtualité de ce lieu des mouvements du « Je » en quasi perpétuelles recompositions et un tas de trucs avec un tas de « Je » recomposés ou remaniés au fil du temps. Plus de mille billets pour ce blogue commencé il y a environ quatre ans sans le vouloir et sans y avoir le cœur, blogue destiné à être temporaire et comme souvent dans ces cas-là l’on se trompe complètement, comme quoi il ne faut jamais jurer de rien. Plus de mille fragments d’existence dans lesquels « Je » en faisant semblant d’apparaître comme une nudité disparaît en fin de compte derrière tous ces « Je » imparfaitement nus, et malgré tout ces apparences ne sont pas trompeuses, cela se voit et se lit très bien. Plus de mille respirations en souffles de toutes sortes, tempêtes et brises, invisibles et ressentis, ça et là comme ça dans toutes les directions, empruntés à d’autres sans lesquels « Je » crève, offerts avec toute la prétention de rien à d’autres pour lesquels « Je » vit, sortis parce que l’on ne peut faire sans et jetés comme ça dans le vide tel un rien – de liberté, plus de mille respirations en souffles d’humanité – de toutes sortes. « Je » d’air, erre, dans l’éther comme dans les enfers, en plus de mille airs autant du désert, loin des monastères, que du cimetière, proche des serfs et autres mis aux fers. Plus de mille quelques choses en rien, du tout et de tout, fin de chapitre.

En attendant, le prochain chapitre, de tous ces « Je » à venir et avenir, « Je » (me) remémore ces différents « Je » des souvenirs en flash-back nostalgiques, avec tendresse, sans véritables regrets puisque l’on n’y peut aujourd’hui rien et sans oublier les fautes et les erreurs se détacher en variations d’indifférence ou de stoïcisme – et avancer, sans véritables envies de refaire le passé puisque l’on y perdrait les apprentissages acquis et sans s’appesantir sur les occasions manquées qui étaient nécessaires pour des aveux tardifs donc de prises de conscience de quelque chose d’essentiel ou d’importance – et poursuivre sa destinée, sans véritables besoins de retrouver le passé et ce qui est passé et sans recommencer ce qui est déjà su connu reconnu et vu pour pouvoir rendre possible d’autres enchantements et d’autres originalités – et écrire de nouvelles pages d’existence en nouvelles ouvertes sur la créativité, avec tendresse « Je » (me) remémore ces différents « Je » d’instantanés évènementiels en flash-back d’histoires et récits désormais dé-passés, voire altérés.

Il y a tant de tous ces « Je » dont je voudrais parler, en paroles d’aurevoir qui comme on le sait, souvent, sont des adieux qui n’osent se dire. Tant et tant de « Je » dont les noms, les prénoms, les visages, les silhouettes, les corps et les artifices, les ombres et les intangibilités, les masques et leurs regards, les œuvres romanesques et les théâtres de l’absurde, les récits science-fictionnels et leurs réalisations cinématographiques (très réussies, peu réussies), chef-d’œuvre génialissime et chef-d’œuvre anonyme, égotiques flamboyances et flamboyances aux feux éteints, feux incendiaires d’une rare puissance et puissance sans flammes, et tellement d’autres encore, me sont à jamais impossible à dire car je ne m’en souviens plus. Ou, dirais-je, je n’ai jamais voulu les retenir, les garder, dans ma mémoire. (Tout) Cela à mes yeux n’avait aucune espèce d’importance. Tant et tant de ces « Je » dont l’esprit, les souffles, les vibrations, les chaleurs et les froideurs, les postures et les impostures, les craquelures en fissures à peine maquillées et les champs de ruine à peine montrés, les parfums floraux et les odeurs fortes ou délicates, les yeux aux couleurs d’irréel et les sourires aux soleils et astres impossibles, et tellement d’autres encore, me sont à jamais définitivement impossible à ne pas dire car je m’en souviens, peut-être un peu trop. On idéalise trop souvent le remarquable, le temps passant davantage. Ce qui est retenu, gardé, conservé, dans la mémoire, avec le temps, est mythifié. On y greffe des imaginaires, nos imaginaires; on y projette des tas de trucs au service de nos propres besoins; ce qui est retenu, gardé, conservé, dans la mémoire, avec le temps, est sublimation et son contraire, ainsi que dans l’entre-deux. C’est donc en greffant mes imaginaires, on y projetant des tas de trucs au service de mes propres besoins, plus de la sublimation que son contraire, en rejetant l’entre-deux, que je vais te parler du « Je » trismégiste : katia, kirstie, dominique. Ces « Je » trois fois grand sont indistinctement des composantes de qui et ce que « Je » suis, aujourd’hui, en cette fin de chapitre.

Le trismégiste est l’une des rencontres les plus remarquables et marquantes de mes deux dernières années. Ce sont des expériences qui avec le temps sont devenues presque mystico-philosophiques, cela n’a rien au fond de surprenant puisque c’est le propre même de la relation maître jedi et padawan. Katia, kirstie, dominique : trois maîtres jedi emblématiques pour le padawan que « Je » suis. Des alchimistes, des hermès protecteurs déifiés du padawan-voyageur, toujours donneurs ou faisant toujours don, messagers des dieux du savoir, gardiens des chemins et carrefours de la connaissance, esprits invoqués par ma langue oratrice afin de pouvoir dire avec leur justesse ce qui ne peut être dit autrement qu’avec justesse, guides m’ayant si souvent conduits aux enfers et aux paradis afin que comme dante je puisse faire ce voyage initiatique nécessaire à la formation non pas seulement de l’esprit du padawan mais impérative pour la découverte de l’âme du padawan par lui-même, par cercles infernaux et par sphères célestes en passant par les girons du purgatoire et les mystères de la trinité (l’observation, la critique, la re signification) j’ai marché en suivant leurs ombres. Mercuriens, armés du caducée guérisseur et loin d’en faire commerce, ils s’en sont servis sur moi durant le voyage; au bout du voyage, ils m’en ont fait don en me spécifiant que jamais je ne devais le confondre au bâton d’asclépios ou d’esculape; il n’était pas tant question de soigner ceux qui souffrent d’injustices et de mépris d’indignité que de les rendre inviolables de dignité. Le caducée, m’ont-ils dit, est le sceptre des hérauts : « Prends-le, et que la force soit avec toi. » Ils m’ont guéri de mon absence ou de mon vide de foi, le caducée ne m’a pas soigné des souffrances du doute – cela n’était pas, et n’a jamais été, de son pouvoir. Au bout du voyage, dans le respect de la longue tradition du maître jedi et de son padawan, ils m’ont vêtu de la toge de thot, je me suis senti dépositaire de quelque chose d’indicible, j’ai fait corps et esprit avec la toge, j’ai fait corps et esprit avec thot. Au bout du voyage, dans le respect de la longue tradition du maître jedi et de son padawan, l’on s’est quittés en paroles d’aurevoir qui comme il est attendu sont des adieux qui ne se disent pas, et comme eux avant moi j’ai plongé à mon tour dans les nuits sombres ainsi que les aubes nouvelles de la contemporanéité, et j’ai commencé l’étape suivante du grand voyage initiatique qu’est la destinée.

Le trismégiste, ce sont ces trois « Je » alchimistes en chacun des trois maître jedi : « Je » philosophe, « Je » mystique, « Je » transmutateur. Pensée érudite et pratique sagesse, attitude spirituelle et doctrine de l’intuition, transformateur de toute substance vile en substance noble par des procédés aussi ésotériques (savoir-faire incompris des non-initiés, doctrine de l’être fondamental dont l’essentiel est transmis strictement oralement) que des savoirs spéculatifs (discours discutés de connaissance) : une renaissance. Triple renaissance pour le padawan, il ne sera jamais plus le même, et c’est aussi cela toute sa malédiction. Katia, proustienne dans l’âme, m’a permis de faire l’expérience des guerres des épistémologies – ces guerres des dieux; avec elle, j’ai appris à saisir l’importance de la maîtrise des arts de ces guerres particulières afin de mieux livrer bataille et vérité; durant cet apprentissage, je suis mort plusieurs fois et elle m’a guidé vers la résurrection (à chaque fois). Renaissance. Kirstie, chopinienne dans l’âme, m’a conduit à travers les espaces de l’altérité en conflits et sous tension – ces enfers des singuliers échangeant tant bien que mal ou l’inverse; avec elle, j’ai appris à saisir l’importance de la maîtrise des arts d’expression et de compréhension de ces conflits et tensions de subjectivités afin de mieux communiquer authenticité et humanité; durant cet apprentissage, je me suis redéfini plusieurs fois et elle m’a guidé vers la cohésion (à chaque fois). Renaissance. Dominique, andersonien dans l’âme, m’a introduit aux alternatives réalités du réel – ces mondes invisibles dans les politiques mondiales, ces lieux anonymes de batailles pour la justice, ces « Je » socio-politiquement souterrains et si souvent endogés, ces communautés d’existences marginalisées et placées à la périphérie du monde dit moderne et ses mille visages de la domination; avec lui, j’ai appris à saisir l’importance de la maîtrise des arts intellectuels de la lutte politique – dans cette quatrième guerre mondiale qui ne dit pas son nom – afin de mieux : non seulement décoloniser mon esprit des pouvoirs symboliques mais aussi penser aux solutions de rechange – à partir des richesses intellectuelles de la diversité socio-politique et culturelle de tels mondes invisibles, dominés, marginalisés. Durant cet apprentissage, j’ai perdu la vue et les sens plusieurs fois et il m’a guidé vers la vision et les significations (à chaque fois). Renaissance. Le trismégiste, triple renaissance. Aujourd’hui, c’est aussi cela ma malédiction.

Fin de chapitre, plus de mille pages en « Je » d’ombre et de nuances, écrits par un « Je » d’autres avec leurs voix d’existence, fragments d’évanescence et portraits de nudités imparfaites, respirations et souffles de toutes sortes de « Je » : d’authenticité, d’humanité, de dignité, en pointillé comme une suite qui non pas se fait attendre mais qui va vers quelque chose d’indéterminé et ouvrant sur le néant qui a l’air d’un vide – ou alors est-ce une fin, la seule fin qui vaille, une fin génialissime. Je ne me souviens plus des « Je » qui n’ont jamais vraiment été et je me remémore des « Je » inoubliables – ce sont des remerciements qui ne disent jamais tout ou essaient de dire tout en peu de mots. Et je fixe tout ça ici, dans cette virtualité comme un musée des vécus, des pensées, des impensés, des manqués, des détachés, des passés et des dé-passés, des instantanés en flash-back mythifiés, des altérés en imaginaires projetés, de drôles d’œuvres accrochées aux murs anonymes et occupant des espaces aux dénominations ordinaires. Tout ça, et bien d’autres encore.

C’est à la fin de ce chapitre que je me rends compte qu’il n’a jamais été titré. « Trismégiste », voilà qui semble juste. Ce qu’il suffit.

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