« La vérité existe au-delà des montagnes, pour la connaître il faut voyager »

« Décédé en 2010, Ferdinand Oyono a laissé avec Une Vie de boy un important témoignage sur la vie coloniale et sur les rapports de pouvoir, de domination et de fascination réciproque qui unissaient colons et colonisés.

Décrivant son Cameroun natal à travers les yeux d’un jeune garçon, Toundi, Oyono signe une œuvre satirique (qui ne dit pas son nom) en se jouant de la perception infantilisante des Blancs vis-à-vis des Noirs.

Dans le quotidien de la vie coloniale

D’inspiration largement autobiographique, l’histoire du jeune Toundi débute par le départ du logement familial pour rejoindre la Mission catholique Saint-Pierre de Dangan. Comme pour mieux placer le lecteur dans le schéma habituel, cet incipit se construit autour de la fuite d’un monde brutal et sauvage, incarné par un père violent, vers un monde rassurant et civilisé (l’Eglise).

Mais au fil des pages, Oyono s’amuse à déconstruire cette vision sainte pour nous présenter un univers colonial oppressant (même si la vie y est décrite comme douce). Le père Gilbert qui l’accueille est visiblement un Homme bienveillant, généreux, que l’enfant admire et révère. Mais il perpétue les rapports inégalitaires et en fait son boy.

La mort du missionnaire et le départ vers la « Résidence », la ville des Blancs plongera définitivement le garçon, que l’on appelle Joseph depuis son passage chez les Catholiques, dans un rapport de soumission vis-à-vis de l’administration coloniale.

L’intérêt de ce roman réside justement dans cette description sincère d’un monde agréable mais inégalitaire, où les Noirs sont toujours perçus comme des êtres ignorants. »

Africavivre

« Ferdinand Léopold Oyono, né le 14 septembre 1929, mort le 10 juin 2010, était un diplomate et homme politique camerounais ainsi que l’auteur de trois romans publiés à la fin des années cinquante.

Né en 1929 à Ebolowa, dans la Province du Sud Cameroun, Ferdinand Léopold Oyono poursuit au lycée de Provins, en France, des études commencées au lycée de Yaoundé. Il réussit ensuite des études supérieures de droit à la Sorbonne avant d’entrer à l’École nationale d’administration (ENA) de Paris en section diplomatique.Il décède le 10 juin 2010 à Yaoundé au Cameroun.

Il débuta en 1959 une brillante carrière de haut fonctionnaire avant de devenir ambassadeur du Cameroun dans divers postes (auprès des Nations unies à New York, en Algérie, en Libye, en Grande-Bretagne et en Scandinavie). À partir de 1987 il participe à de nombreux gouvernements de son pays et assure la charge de différents ministères comme les Affaires étrangères ou la Culture.

À la fin des années 50, Ferdinand Léopold Oyono publia en langue française trois romans qui ont trait à la vie quotidienne en Afrique à l’époque coloniale et qui, mettant en cause aussi bien l’administration que la police ou l’Église des missionnaires, feront scandale dans cette période de décolonisation.

Une vie de boy, publié en 1956, est centré sur le personnage de Toundi, boy instruit placé chez le commandant d’un district de la colonie française. Le roman dénonce les pratiques autoritaires de la colonisation et au-delà, la négation de l’humanité des colonisés à qui on ne pardonne pas de quitter leur place en découvrant l’envers du décor des maîtres blancs. La place faite à la frustration sexuelle de Toundi vis-à-vis de sa patronne blanche et les turpitudes intimes de celle-ci offrent par ailleurs une approche renouvelée du problème colonial.

Le vieux nègre et la médaille, publié en 1956, se concentre sur la date symbolique du 14 juillet, fêtée dans un district éloigné. Ce jour-là, Meka, qui a donné du terrain aux missionnaires pour leur église et dont les deux fils sont morts à la guerre, est d’abord heureux d’être honoré par une médaille de reconnaissance de la France, à laquelle tous ses proches applaudissent. En deux jours, après une cérémonie qui tourne au grand guignol et une nuit d’humiliation, le vieil homme prend conscience que ce 14 juillet n’est en fait qu’une mise en scène hypocrite des pouvoirs coloniaux qui parlent d’amitié en maintenant une stricte exclusion des colonisés. La solidarité africaine qui l’entoure à la fin du roman constitue un contrepoint politique et, avec la fierté retrouvée du peuple colonisé, une réponse à la colonisation des Blancs.

Chemin d’Europe, publié en 1960, raconta quant à lui l’exploration plus ou moins chaotique du monde des Blancs dans une bourgade africaine par un jeune homme qui veut se couper de ses racines et rêve d’Europe malgré les mises en garde de son père.

Ces oeuvres qui associent des registres variés, avec des pages drôles ou grinçantes ou émouvantes, ont marqué les esprits dans cette période où s’esquisse la décolonisation et Ferdinand Oyono n’a pas exploré d’autres sujets en cessant d’écrire des romans depuis 1960. »

Africultures

« L’auteur camerounais, Oyono, traduit le journal du jeune héros Toundi, ce pauvre Noir, qui fut tour à tour servant pour des prêtres, puis « boy » d’un commandant blanc, avant de venir s’échouer et mourir chez le narrateur. Avant même le début du récit écrit au « je », on sait que la mort a gagné sur ce jeune, mais on sait aussi qu’il a gardé sa dignité et sa révolte. À cette époque de la colonisation en Afrique, les Noirs sont traités comme des esclaves et, selon les Allemands, les Français ou les Anglais qui occupent les territoires, ils changent de maître mais pas de statut. Les Blancs, tels qu’ils sont décrits dans le récit, sont dépravés et corrompus, et se comportent avec méchanceté entre eux et sont violents et sans scrupules à l’égard des Noirs. Cette histoire touchante suscite la réflexion sur les conditions historiques qui ont gagné la difficile liberté de l’Afrique. Le retour en arrière est bien mené et le récit tient en haleine jusqu’à la fin. »

Ministère de l’education et enseignement supérieur (Quebec)

Une vie de boy (extraits) :

  • La vérité existe au-delà des montagnes, pour la connaître il faut voyager.
  • Le chien du roi est le roi des chiens.
  • Il y a des spectacles qu’il vaudrait ne jamais voir. Les voir, c’est se condamner à les revivre sans cesse malgré soi.
  • Elle était pieds nus et portait par-dessus son pagne une veste de tailleur et une seule boucle d’oreille en or qui trahissait luxueusement sa misère.

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