Art(s) de parler

La parole est un art de la même famille que la danse…
La parole est un art de la même famille que la danse, le chant ou le théâtre. Sa maîtrise repose sur des règles physiques et mentales connues depuis l’Antiquité.
S’exprimer en public s’apprend, comme on apprend l’art de la cuisine ou la pâtisserie, comme on apprend encore à jouer d’un instrument de musique ou à conduire une voiture.
Il suffit de quelques heures de travail pour en maîtriser les fondamentaux. Comme pour les autres arts reposant sur la maîtrise de techniques, il faut commencer par faire ses gammes
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– Delhay, C. (2019). Parler en public, un art qui s’apprend. Sciences Humaines, 312(3), 3

« La glossophobie fait partie des troubles les plus fréquemment observés. Pourquoi ? Comment la surmonter ?

Mains moites, rougissement, sensation de panique, envie de fuir, impression d’un malaise tout proche…, ces signes font partie des manifestations courantes avant un grand oral, un passage dans les médias ou toute autre prestation devant un public. La peur de parler en public est une des phobies les plus répandues avec 55 % de la population qui se dit concernée (1). Mais il faut distinguer le simple trac que beaucoup d’entre nous ressentent avant de monter sur « scène », qui disparaît en général 5 à 10 minutes après la prise de parole, de la glossophobie qui, elle, ne nous quitte pas jusqu’à la fin de l’intervention. Selon le psychologue Vincent Trybou, auteur de Comprendre et traiter l’anxiété sociale. Nouvelles approches en TCC (2018), la glossophobie fait partie des formes spécifiques et mineures de l’anxiété sociale. Cette dernière regroupe l’ensemble des peurs en situation sociale (peur de manger en public, peur des rencontres informelles, peur de s’affirmer, peur des examens…). Si le trac avant une prestation publique est quelque chose de relativement courant, la glossophobie, quant à elle, ne concernerait que 13 % de la population.

À l’origine, une situation traumatique

Selon V. Trybou, dans la plupart des cas de glossophobie, on retrouve des expériences antérieures traumatiques de type moquerie, critique acerbe ou humiliation publique. Confrontée au regard des autres, la personne craint alors de revivre ce même type d’expériences honteuses et va tout faire pour éviter cela. « Si on est dans l’évitement, le cerveau envoie à la personne un message d’anxiété du type “arrange-toi pour ne pas faire d’impair” qui ne le quittera plus pendant toute sa prestation », explique V. Trybou.

Pour apprivoiser cette peur du ridicule, il suggère à ses patients de faire des expériences volontaires de honte. Il a ainsi conseillé à l’un de ses patients glossophobes de faire la manche dans le métro. « Quand vous arrivez à faire cet exercice pendant une heure, vous pouvez évidemment lire une feuille dans une réunion. Vous apprivoisez la peur de la honte et l’anxiété diminue », explique le psychologue. Par ailleurs, V. Trybou travaille sur des exercices cognitifs qui consistent à objectiver ses pensées. La peur de parler en public est en effet souvent exagérée et sans réel fondement. On peut essayer de relativiser la portée de ce que l’on fait (« ce n’est qu’un discours parmi d’autres », « ce n’est pas significatif de tes vraies compétences »), relativiser ce que les autres peuvent en penser (« ils t’auront oublié demain », « eux aussi font des erreurs et ils le savent », « se sentir ridicule ne veut pas dire l’être »). Le linguiste Jacques Laurin (2) suggère de faire la liste de ses qualités et de ses défauts et notamment de nommer ses défauts physiques pour s’entraîner à rire de ses travers et être ainsi plus à l’aise devant un public. Pour le linguiste, on peut toujours apprendre à maîtriser l’expression orale, même sur le tard, à condition de quitter sa zone de confort et d’aller au contact. L’important étant de se confronter à ses peurs, s’efforcer à prendre la parole en réunion, oser poser des questions dans un amphi, se porter volontaire pour faire des exposés… Des stratégies cognitives et comportementales qui s’orientent toutes vers une même idée : dédramatiser la situation, relativiser la portée de l’intervention et rassurer la personne sur ses capacités. »

– Olano, M. (2019). D’où vient la peur de parler en public ?. Sciences Humaines, 312(3), 9

« […] La vocalisation joue le rôle d’une appropriation censée offrir un niveau de compréhension supplémentaire grâce à la voix rythmée et articulée de l’élève.

La nouvelle corporation des jésuites confirme cette tendance en instaurant des exercices écrits en classe de grammaire ou d’humanités. Leur modèle éducatif, le ratio studiorum, s’adresse à de jeunes élites, dans le contexte de l’essor de la pensée humaniste et de la Réforme protestante au 16e siècle.

[…] la rhétorique commence à être perçue comme sélective et élitaire. Le discours d’amplification, où les écoliers devaient déclamer un discours conçu sur le modèle des auteurs grecs et latins, fait place à la dissertation, où l’élève doit répondre par écrit à une problématique philosophique. L’enseignement de la rhétorique finit par être supprimé […]

Jusque dans les années 1960, on ne parle guère à l’école, si ce n’est pour faire de la récitation. Pourtant, par petites touches dans les programmes scolaires, l’idée de redonner une plus grande place à la maîtrise de la langue orale progresse. Non par la rhétorique ou la récitation, jugées trop rigides, mais par une expression plus spontanée des élèves. […]

Ces velléités se heurtent cependant à deux réalités pratiques. D’une part, comme le souligne Pierre Bourdieu dans Ce que parler veut dire (1982), le langage n’est pas un lieu neutre d’apprentissage : les échanges oraux, dans une classe, cristallisent les inégalités entre élèves. L’étendue du vocabulaire maîtrisé, son caractère plus ou moins savant, le rythme et la force de la voix, l’accent ou la propension à corriger ses erreurs sont autant d’éléments qui peuvent s’avérer discriminants pour les enfants issus des milieux les plus populaires. Cette critique réapparaît aujourd’hui, dans le contexte de la réforme du bac : « L’oral ne favorisera-t-il pas les enfants des milieux les plus favorisés, ceux qui ont bénéficié d’un bain culturel permettant l’éloquence ? », interroge ainsi Le Monde du 25 juillet 2018. Une interrogation balayée par les promoteurs d’un enseignement systématique de l’oral à l’école, qui y voient au contraire un vecteur de réduction des inégalités (5). »

– Chetrit, J. (2019). Enseigner l’oral, une faiblesse française. Sciences Humaines, 312(3), 8

« Les femmes s’expriment moins souvent en public que les hommes. Lorsqu’elles se risquent à cet exercice, elles sont plus souvent critiquées. Comment l’expliquer ?

Mansterrupting et mansplaning, des attitudes dénoncées

Ces dernières années, des chercheures féministes ont découvert une attitude répandue chez les hommes : le mansterrupting. Ce terme anglo-saxon désigne la tendance des hommes à interrompre les femmes qui s’expriment. L’une des études plus récentes d’entre elles a été réalisée en 2017 auprès de la Cour suprême des États-Unis. Des chercheurs ont étudié les débats entre les juges, en particuliers les moments où ils se coupent la parole. Dans 85 % des cas, ce sont des hommes qui interrompent l’orateur. Et dans plus d’un cas sur deux, ce sont des femmes juges qui sont interrompues, alors qu’elles ne représentent qu’un juge sur cinq. L’étude conclut toutefois que les femmes elles-mêmes ne sont pas à l’abri du phénomène : plus leur ancienneté de juge augmente, plus elles ont tendance à interrompre leurs collègues !

Les féministes dénoncent aussi une autre tendance, le mansplaining. Les hommes seraient des donneurs de leçons : plus sûrs d’eux que les femmes, un brin condescendants à leur égard, ils se permettraient de les reprendre, de leur expliquer ce qu’elles doivent dire ou penser, y compris lorsqu’elles sont spécialistes du sujet. Cette notion a été développée entre autres par l’essayiste féministe américaine Rebecca Solnit (Ces hommes qui m’expliquent la vie, 2018), mais à ce jour, peu d’études ont entrepris de mesurer objectivement le phénomène.

Source

Tonja Jacobi et Dylan Schweers, « Justice, interrupted : the effect of gender, ideology and seniority at supreme court oral arguments », Virginia Law Review, n° 103, 2017. »

– Navarre, M. (2019). Les femmes, des orateurs comme les autres ?. Sciences Humaines, 312(3), 7

« Tout a commencé par un échec cuisant. Il y a bien longtemps, alors que j’étais doctorant en sociologie, j’ai été invité à intervenir auprès d’enseignants dans le cadre d’une formation continue. Mon sujet : « La sociologie de l’adolescence ». J’avais l’habitude de donner des cours, mais c’était la première fois que je devais faire un exposé dans un grand amphithéâtre, micro en main.

Je rêvais alors de faire une belle carrière d’intellectuel. L’occasion m’était donnée pour la première fois de briller en public. Mon intervention était programmée juste après celle d’un grand ponte, un psychiatre reconnu, auteur de plusieurs livres de référence. Le genre de type que j’aurais voulu être. Il se trouve qu’il était aussi excellent orateur, un vrai showman : vivant, captivant, drôle. L’auditoire était conquis.

Plus sa prestation approchait de la fin, plus je sentais le stress monter. À vrai dire, une vraie panique, totalement disproportionnée. Quand mon tour est venu, j’ai immédiatement compris que mon exposé, trop long, trop abstrait, trop académique, allait ennuyer tout le monde. En voulant « faire le savant », je m’étais tendu un piège. J’ai pris le micro. Ma gorge se serrait, ma langue s’asséchait, ma main s’est mise à trembler. Mon malaise était visible ; je ressentais la gêne du public, ce qui n’a fait qu’augmenter ma panique. Il m’aurait fallu boire un verre d’eau, mais ça n’avait pas été prévu. C’est alors que ma langue s’est littéralement collée à mon palais, oui collée ! Plus aucun son ne pouvait sortir de ma bouche ! Pendant quelques secondes interminables, je suis resté muet.

Jusqu’à ce que je quitte la tribune, tremblant et transpirant. Les gens ont cru que je faisais un malaise. Le grand psychiatre est venu à mon secours et a pris le relais. Mon exposé venait à peine de commencer qu’il était déjà fini.

Depuis cette désastreuse expérience – une humiliation publique ! -, j’ai appris le métier. Il m’a fallu acquérir de l’expérience. À vrai dire, l’expérience, c’est le nom que l’on donne à ces erreurs. Je les ai à peu près toutes commises : des exposés trop longs, trop didactiques, trop abstraits, des blagues douteuses qui tombaient à plat, des improvisations mal maîtrisées… J’ai tout fait. Au fil du temps, j’ai appris à articuler les récits et les concepts, les bons mots et idées clés. J’ai appris à contrôler mes émotions, à moduler le ton de ma voix, à impulser du rythme. J’ai appris à ralentir le tempo. Le bon orateur, comme le musicien, sait combien les silences comptent aussi.

J’ai aussi appris une chose : l’importance d’être sincère. L’art oratoire passe souvent pour un pur exercice de style qui pourrait servir n’importe quelle cause. Un ami américain m’a ainsi raconté avoir gagné un prix d’éloquence dans son université en vantant les mérites du régime soviétique auquel personne ne croyait. J’ai, quant à moi, la conviction que les plus belles prestations oratoires, si elles ne sont pas authentiques, finissent pas sonner faux, comme de trop belles plaquettes publicitaires.

Dernièrement, j’ai été convié à ouvrir un congrès de travailleurs sociaux sur le thème de « La cohésion sociale ». Je croyais suffisamment connaître mon sujet pour pouvoir exposer quelques idées clés. Mais en préparant l’exposé, j’ai senti que quelque chose clochait. Plus j’avançais dans ma préparation, plus des failles apparaissaient dans ces idées que je croyais claires et bien ordonnées. Et plus les failles devenaient béantes. J’ai joué cash : lorsque je suis monté sur scène, j’ai exposé mes idées de départ, mais aussi mes doutes, mes reniements, mes questionnements. J’ai été très applaudi, comme si le public avait perçu dans mes failles et incertitudes un gage appréciable de sincérité. Les techniques rhétoriques sont utiles ; elles nous permettent de briller. Mais pas nécessairement de convaincre, émouvoir, donner à réfléchir, transformer le monde. Comme en musique, l’art oratoire est question de justesse. »

Dortier, J. (2019). Comment j’ai appris à parler en public. Sciences Humaines, 312(3), 1

« Savoir s’exprimer de manière claire et convaincante a toujours constitué une qualité humaine essentielle. Dans la Grèce antique, les sophistes érigèrent les bases de l’éloquence dans le but de mieux persuader les auditoires des assemblées politiques et lors des procès en justice. La quête de la vérité n’était pas leur objectif premier. Ils furent d’ailleurs sévèrement critiqués par les philosophes Socrate et Platon qui cherchaient avant tout à révéler le vrai par le discours. C’est dans cette tension entre vérité et persuasion que s’est construit l’art oratoire. Aristote, Quintilien ou Cicéron vinrent clarifier les débats en énonçant les principes de la rhétorique. Ces fondements aujourd’hui millénaires n’ont quasiment pas été contestés depuis.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus nécessairement de monter à la tribune pour haranguer les foules. On peut parler plus calmement, plus posément, et être tout aussi persuasif. La manière dont on s’exprime dépend des époques, du contexte, des outils et des interlocuteurs.

Quelles que soient ses formes, l’éloquence n’en reste pas moins une arme puissante pour parvenir à ses fins, que ce soit pour obtenir un peu d’aide à la maison, pour persuader une bonne amie qu’elle doit venir voir ce film au cinéma avec nous ou, pour des enjeux plus essentiels, comme réussir l’oral d’un concours ou persuader son patron qu’on mérite absolument cette promotion. Ce ne sont pas les politiques qui diront le contraire, tant leurs discours ont valeur d’actions, pour peu qu’on les croie… Les travaux les plus récents des spécialistes, philosophes, psychologues, historiens, politistes, nous livrent une bonne nouvelle : même les plus timides et les moins aguerris peuvent progresser rapidement ! Car plus qu’un don, l’éloquence est un art, avec ses techniques et ses codes. La mise en place prochaine d’un grand oral lors des épreuves du baccalauréat atteste de la reconnaissance de cet art, dont la maîtrise s’avère cruciale dans notre société. »

Lhérété, H. & Navarre, M. (2019). L’art de parler. Sciences Humaines, 312(3), 2

« Avoir quelque chose à dire…

…et envie de le dire. Parler en public résulte toujours d’une maïeutique, d’un questionnement de soi et de son sujet. C’est valable pour un exposé comme pour un discours. Qu’ai-je à dire ? Aussi la qualité du propos dépend-elle nécessairement d’un travail d’instruction préalable, de lectures, d’échanges, parfois d’introspection. Le temps long est un allié. Il permet de mûrir le contenu. Les meilleurs discours, qui se sont élevés au niveau historique, sont le fruit d’une vie et d’un long travail de conviction et de confrontation avec le réel. Des discours engagés. Parmi d’autres, un des plus éloquents, « I have a dream » de Martin Luther King (1963). À l’échelle française, deux discours à la tribune de l’Assemblée nationale, celui pour l’IVG de Simone Veil (1974) ou celui sur l’abolition de la peine de mort de Robert Badinter (1981).

Maîtriser les silences

Il suffit bien souvent d’écouter la qualité des silences dans un discours pour apprécier la valeur d’un orateur. Le silence est la matière première de la parole. Mais le silence fait peur. Peur du vide, peur du jugement de l’autre. Il faut donc retrouver le sens des pauses et prendre appui dessus. Dans le silence, celui qui parle respire et continue de réfléchir à ce qu’il dit, l’orateur construit en marchant. Il le fait en écoutant l’auditoire, attentif à la moindre de ses réactions pour réajuster son propos et son tempo. Le silence est encore décisif comme espace pour l’autre. Dans le silence, le cerveau de l’auditeur peut comprendre ce qui est dit, être ému, faire le tri et mémoriser. Si l’auditeur ne bénéficie pas de cet espace, c’est comme si celui qui parlait remplissait un tonneau sans fond.

Savoir improviser

« Mes meilleures improvisations sont celles que j’ai le plus préparées », disait Winston Churchill. Venu d’un homme connu pour son sens de la repartie et dont les formules monopolisent les ouvrages de citations célèbres, le conseil vaut de l’or. Il mérite d’être gravé au frontispice de l’art oratoire. Si l’on prépare un discours, si même on l’apprend par cœur, ce n’est pas par dévotion pour son propre texte et pour le sanctuariser, mais pour s’en libérer et être mieux présent à l’auditoire dans l’instant du discours, au service de cet instant qui se construit – s’écrit – avec le public. L’improvisation dans l’art de la parole est un autre terme pour le lâcher-prise. Une façon d’être centré(e) sur soi-même et son propos tout en étant disponible à l’autre, en alerte, dans la fraîcheur d’une première fois, toujours prêt à s’adapter et à rebondir. »

– Delhay, C. (2019). Les sept clés pour réussir un discours. Sciences Humaines, 312(3), 5

« L’éloquence peut rallier des hésitants, renverser un gouvernement, galvaniser les esprits, mobiliser pour un combat…

L’éloquence politique qu’elle soit ancienne ou moderne se définit avant tout par son caractère d’ambivalence. Elle suscite en effet l’admiration mais aussi la défiance et même le rejet. Fondamentalement, elle présente donc un caractère double. D’un côté, elle est considérée comme un complément indispensable à toute action politique notamment en situation de démocratie. Ceux qui détiennent le pouvoir ont l’obligation de venir s’expliquer sur ce qu’ils font. Ils doivent rendre des comptes d’une manière publique, soit devant une assemblée soit, comme aujourd’hui, devant la nation tout entière par l’intermédiaire des médias audiovisuels.

Dans un contexte particulièrement intense, au milieu d’une crise, un orateur doit savoir convaincre par des arguments mais il doit aussi pouvoir entraîner les âmes et les corps en vue d’une action concrète et collective (partir en guerre par exemple).

Le discours politique atteint ainsi parfois au degré suprême de l’éloquence comme le montre l’exemple du discours de Churchill dit du « sang et des larmes » du 13 mai 1940 (en réalité « blood, toil, sweat and tears »).

Et pourtant, d’un autre côté, l’éloquence est aussi indissociable de la mauvaise réputation qui l’accompagne depuis son origine. Un discours qui vise à l’éloquence tutoie facilement la « grandiloquence », il peut tomber dans l’emphase et même le ridicule.

L’arme du discours politique se révèle donc toujours à double tranchant.

Certes, les procédés de la rhétorique peuvent apporter une aide précieuse à l’orateur en lui indiquant l’art de faire des « beaux » discours. Mais ces procédés sont aussi souvent critiqués pour le vide de leur contenu. Ne sont-ils pas capables de cacher l’absence de fond derrière les séductions de pure forme ?

Convaincre mais aussi toucher
Ce double héritage à la fois positif et négatif vient de loin : il est ancré au plus profond de la culture occidentale. Dans l’Athènes démocratique du Ve siècle, l’éloquence est la qualité indispensable pour tous ceux qui aspirent à jouer un rôle dans la cité. Cela peut être pour plaider en justice mais surtout pour peser sur les discussions des assemblées.

Périclès est un modèle d’éloquence (dans la retranscription faite par Thucydide) non seulement parce que son discours est fondé sur des arguments rationnels mais surtout parce qu’il galvanise les citoyens d’Athènes. Il réussit à cristalliser une émotion commune, à emporter la conviction sur le caractère juste de la guerre menée contre Sparte tout en persuadant les plus valeureux de faire cette guerre, d’aller jusqu’au sacrifice de leur vie s’il le faut. Il faut non seulement « convaincre » mais aussi « toucher » dira plus tard Voltaire.

C’est, toutefois, ce mélange entre ethos et pathos qui a pu être jugé impur. Platon critique ainsi les « sophistes » parce qu’ils se consacrent à la formation politique des jeunes aristocrates (et se font payer pour cela) et parce qu’ils privilégient avant tout l’effet immédiat de la rhétorique. Plutôt que de rechercher la vérité pour elle-même, ils se contentent d’une façade de vérité. Aussi, savoir se méfier des effets de l’éloquence, savoir douter des formes superficielles de vérité est devenu, au cœur de la Grèce ancienne, le geste fondateur de la philosophie.

C’est avec le développement de la tradition chrétienne que cette double image de l’éloquence a pu s’inscrire dans une culture populaire beaucoup plus large.

Pour saint Augustin, la foi ne peut venir que de l’ouïe (selon l’épître aux Romains fides ex auditu). Elle est un fruit du discours et de l’éloquence.

La parole devient ainsi la clef de diffusion du christianisme. L’éloquence est même considérée comme sacrée car elle possède un statut théologique. Elle est le véhicule non pas seulement de paroles rituelles mais de la présence réelle de Dieu parmi les fidèles. On retrouvera cela plus tard dans l’éloquence révolutionnaire ou l’éloquence des divers socialismes : il faut rendre palpable par la magie du discours la croyance en un monde meilleur. L’éloquence du sermon doit s’adresser à tous, aux lettrés comme aux illettrés, aux habitants des villes comme aux paysans. Luther disait ainsi parler en priorité aux « valets et servantes » quand il montait en chaire : il fallait accomplir le but visé par la Réforme protestante d’une « démocratisation » de la foi.

La force de l’éloquence sacrée ne l’a cependant pas mise à l’abri des critiques. Bien au contraire. Au Moyen Âge, dans le cadre de la pastorale missionnaire, on parle d’une manière péjorative de la « prédication à la capucine » par exemple. On se moque par là d’un type de sermon qui exagère la théâtralité et même la vulgarité du propos et de la gestuelle. À l’inverse, si un clerc paraît t trop prétentieux, s’il abuse des figures de rhétorique et des effets littéraires, cela nuit à la sincérité du contenu et donc à la transmission même de la foi.

L’éloquence peut faire advenir la présence divine mais elle ne doit pas être un effet de l’art, sous peine de se ruiner elle-même. On veut une émotion vraie, mais sans artifice, ce qui se vérifie toujours dans la politique moderne. L’éloquence doit donc toujours et d’abord se méfier d’elle-même. « Le souverain artifice, c’est de n’avoir point d’artifice », écrit François de Sales en 1604.

Avec la modernité du 19e siècle, les choses évoluent et s’amplifient. L’éloquence n’est plus confinée à la chaire et au barreau ; elle se déploie dans les assemblées parlementaires, les réunions électorales et les congrès des partis. Dans la mesure où la politique moderne s’apparente à une vaste « prise de parole », l’éloquence se retrouve ainsi au centre du jeu, aussi bien politique que social. La force de cette éloquence moderne s’explique avant tout par un transfert de sacralité. Dans les assemblées de la Révolution, par exemple, il ne s’agit plus de dire les promesses de l’au-delà, mais de faire vivre l’amour sacré de la patrie et du peuple, ici et maintenant. L’éloquence se retrouve ainsi investie d’une fonction supérieure et toujours de nature transcendante : il faut faire advenir la présence réelle de la nation ou de la « volonté générale ». Plus tard, dans les périodes plus calmes, l’éloquence parlementaire continue de jouir d’une très haute considération. Elle devient un genre littéraire à part entière comme le montrent les publications des recueils de discours (11 volumes pour Gambetta !). Elle fait l’objet d’une attention particulière comme technique d’éducation politique. Les membres des assemblées se forment à l’art du discours en participant à des « conférences » (conférence Molé-Tocqueville) et à des concours d’éloquence.

L’éloquence est indispensable à la politique parce qu’elle va bien au-delà d’un savoir-faire et d’un art fleuri des beaux discours.

Elle est, au sens le plus concret du terme, une arme de gouvernement mais aussi une arme d’opposition. En raison du principe de la liberté de vote des députés et de la nécessité de construire des majorités d’idées, l’éloquence s’impose comme un outil essentiel de la vie politique. Un discours éloquent à la tribune peut rallier des hésitants en faveur d’une loi controversée. Un autre discours peut au contraire renverser un gouvernement en faisant basculer la majorité. L’arme est donc redoutable, aussi bien en positif qu’en négatif.

La « République des avocats »
Ce moment de « gloire » de l’éloquence politique n’efface pas cependant les ambiguïtés. L’éloquence tend à être le monopole d’une « aristocratie » nouvelle formée de professionnels de la politique. Au début du 20e siècle, on commence à parler de la « République des avocats » dans un sens plutôt péjoratif. Dans les moments de crise, l’antiparlementarisme devient virulent (comme lors du 6 février 1934) et se fonde justement sur le rejet de l’éloquence parlementaire. La Chambre des députés est accusée d’être le lieu de parlottes inutiles et impuissantes, surtout face aux désordres financiers (dans les années 1920) et face à la crise économique (dans les années 1930).

Les risques et les dérives « aristocratiques » d’une vie politique fondée sur l’éloquence entretiennent par contrecoup les idéaux de la démocratie directe. Ici, on rêve d’une maîtrise du discours qui ne viendrait plus séparer les représentants des représentés. Cet idéal toujours conservé d’une éloquence égalitaire et démocratique a pu faire le succès de la gauche socialiste puis communiste même si la loi d’airain de l’éloquence peut resurgir à tout moment : au cœur même d’une pratique que l’on croit plus directe et plus authentique, par exemple dans un parti politique, la hiérarchie se recrée très vite. Dans un meeting, la foule risque non pas d’être convaincue mais simplement éblouie et subjuguée par un orateur « charismatique ». Léon Gambetta souhaitait que ses réunions électorales se fassent sur le modèle d’une société mutuelle où tous les arguments pourraient s’échanger librement et à égalité de statut entre lui et ses auditeurs. Mais c’est pourtant son don de l’éloquence que les contemporains ont retenu et qui explique pourquoi Gambetta est devenu la figure à la fois adulée et crainte du parti républicain, accusé parfois d’exercer une « dictature de l’éloquence » (comme Adolphe Thiers autour de 1871-1873, comme Périclès dans l’Antiquité).

L’arrivée des médias audiovisuels
À partir du milieu du 20e siècle, commence à l’évidence une crise de l’éloquence. L’usage par les dictateurs modernes de l’arme de la propagande de masse a discrédité certaines formes passionnées et outrées de l’éloquence politique. D’ailleurs, progressivement, la nature de l’éloquence se modifie aussi à l’intérieur des parlements. Avec la discipline de parti, les députés sont beaucoup moins libres de leurs paroles. Quand une majorité est fortement contrôlée par le gouvernement, comme en France à partir de la Ve République, les jeux sont faits à l’avance : venir à la tribune devient un exercice de style, soit on s’oppose, soit on apporte son soutien au gouvernement. Du reste, le temps du discours ou de la « question au gouvernement », est strictement limité. Inutile de se dépenser en trésor d’éloquence si les lignes ne peuvent pas bouger, si le discours ne peut pas avoir de portée concrète et se trouve en grande partie dépouillé de toute valeur. Pour réussir à faire voter un amendement qui vient modifier le projet de loi du gouvernement, il vaut mieux avoir un bon argument technique en travail de commission plutôt que de déployer une éloquence inutile en séance publique. Plus globalement, la politique devient de plus en plus une affaire de technique et de techniciens. Depuis l’avènement de l’État providence et depuis que les gouvernements mettent en avant leurs capacités d’intervention économique, il n’est pas facile d’être éloquent. Difficile de galvaniser les foules sur un objectif de taux de croissance !

Pourtant, la modernité a aussi permis à l’éloquence politique de se réinventer : c’est l’aspect le plus étonnant. Les nouveaux médias audiovisuels ont certes tué la forme traditionnelle de l’éloquence politique, jugée trop emphatique, mais ils ont fait naître des formes d’éloquence plus personnelle et plus chaleureuse. La radio puis la télévision jouent ici un rôle décisif. En juin 1956, par exemple, le chef du gouvernement de l’époque, Guy Mollet, a accepté un nouvel exercice proposé par un journaliste de télévision ; l’interview apparemment informelle et décontractée. À un moment de l’émission, G. Mollet tend ainsi une cigarette à son interlocuteur et continue d’échanger des propos sur le ton de la conversation. Tout cela a pourtant été préparé au risque d’apparaître factice. Il faut bien cependant tenter de recréer une proximité malgré la nouvelle distance que crée le média.

L’éloquence a su résister
La recherche de la proximité devient le leitmotiv des nouvelles formes d’éloquence à l’âge de l’audiovisuel. La télévision impose aux hommes politiques ses propres contraintes : ne pas être lyrique, ne pas parler trop fort comme on le fait dans un hémicycle parlementaire ou dans une salle de meeting, ne pas brouiller sa parole par une gestuelle trop nerveuse. Cette nouvelle éloquence de proximité peut être bénéfique pour les hommes ou les femmes politiques.

En tous les cas, on voit cette éloquence se développer dès la première élection présidentielle au suffrage direct en 1965 puis avec le succès des émissions politiques dans les années 1970-1980 ou encore avec l’usage fait par les présidents de la République de grandes conférences de presse à l’Élysée (pratique inaugurée par Charles de Gaulle).

L’éloquence a donc su résister. Au cœur d’une civilisation de l’écrit, la prise de parole, l’écoute directe et « physique » d’un orateur, tout ce que l’on peut retirer à la fois des arguments mais aussi du ton de la voix, de la gestuelle, du langage corporel, pour tester la sincérité, continue d’être une arme incontournable. L’éloquence n’a pas été absorbée par la domination des technostructures. C’est même l’exact contraire : on n’a jamais eu autant besoin de l’éloquence. Elle seule peut donner du sens et indiquer une direction susceptible d’entraîner un groupe ou une nation, surtout dans les temps difficiles.

Un appel à des valeurs communes
L’éloquence au fil de l’histoire a donc beaucoup changé à la fois de forme et de nature. Elle demeure indispensable en dépit de ses dérives.

Car la philosophie grecque l’avait compris depuis longtemps : le meilleur des discours s’il est fondé sur des arguments factuels et rationnels peut convaincre mais sans forcément persuader.

La parole politique ne peut avoir le même statut qu’une démonstration de géométrie ; elle n’a pas le même « régime de vérité ». Elle n’en a pas moins l’obligation de construire un « sens » qui au-delà de sa fragilité doit pouvoir créer un lien social et politique, faire exister le bien commun. Cela représente donc aussi une leçon pour aujourd’hui : un homme ou une femme politique qui est persuadé d’avoir assemblé la meilleure combinaison possible d’arguments risque de passer à côté de l’éloquence. Les arguments d’autorité ne suffisent pas. Ils ont beau se fonder sur des nécessités incontestables, ils peuvent aussi se retourner contre ceux qui en abusent. Ils doivent s’accompagner d’un « sens » c’est-à-dire d’un appel à des valeurs communes, à un patrimoine émotionnel du groupe auquel on s’adresse, à une projection positive dans le futur. »

– Roussellier, N. (2019). Grandeur et décadence de l’éloquence politique. Sciences Humaines, 312(3), 6

« Philosophe et philologue, Barbara Cassin réhabilite la parole et montre son pouvoir. En modelant nos représentations, certains discours changent les façons de penser et de vivre.

À quoi parler sert-il ?

Le discours nous offre trois possibilités, qui ne cessent de se mélanger. On peut d’abord « parler de ». Parler, ici, sert la vérité. On dit quelque chose qui est vrai ou non. Quand je dis que la table est blanche, elle l’est et c’est vrai ou elle ne l’est pas et c’est faux. On peut aussi « parler à ». Dans ce cas, parler sert à persuader. On parle pour que celui à qui l’on s’adresse partage notre point de vue et fasse ce que nous voulons qu’il fasse. Le discours judiciaire en est l’exemple simple : il s’agit de convaincre et de gagner le procès. C’est l’art de la rhétorique. Enfin, on peut « parler pour parler ». Avec cette troisième dimension, il ne s’agit ni de vérité ni de persuasion, mais de « bonheur », au sens de réussite. Le discours produit alors ce que j’appelle un « effet-monde ». Cette fois, il transforme directement le monde. L’effet peut être très limité, comme quand le curé dit « Je te baptise » – c’est ce que le philosophe John Austin appelle un « performatif ». Ou plus vaste et plus diffus, comme quand nos perceptions, nos représentations, sont transformées par le discours, et qu’on se met à voir le monde autrement, à penser autrement. La philosophie peut avoir ce genre d’effet.

À quoi ressemble un discours qui transforme le monde ?

Il est construit de manière à ce qu’on ne s’aperçoive même pas que c’est un discours. C’est un discours qui se présente comme étant le réel, comme ce qui va de soi. Il agit en nous et nous transforme, il oriente nos représentations. Mais attention, un « discours qui gagne », comme je nomme cette catégorie, n’est pas forcément un « beau discours ». Je ne suis pas sûre, par exemple, que « I have a dream » de Martin Luther King soit un discours qui gagne. C’est un discours magnifique, qui a eu un effet sur les consciences et qui a fait rêver. Mais a-t-il vraiment changé le monde ? Il n’a pas empêché certains Américains de continuer à être racistes. En cela, il ne s’est pas réalisé.

À l’inverse, le discours de la philosophie, qui n’apparaît pas comme un discours, justement, formate notre perception du monde. Quand Karl Marx parle de classes sociales, on se met à penser en ces termes. Qu’on soit marxiste ou non, c’est ainsi que le réel se laisse décrire, au moins pour un temps. Mes recherches portent sur la philosophie grecque. Eh bien le fait est, qu’on le veuille ou non, qu’aujourd’hui encore nous parlons et découpons le monde comme Aristote. Nous faisons des phrases avec un sujet, un verbe et des prédicats : « La table est blanche », « Socrate est mortel ». Et nous découpons le monde ainsi : voilà Socrate, c’est un sujet, une substance ; il agit – il est, il a des propriétés -, il est mortel, donc il n’est pas en même temps immortel, ce serait contradictoire. Si on dit « Socrate est mortel et immortel », on raconte n’importe quoi ! C’est justement ce qui m’intéresse dans l’étude de la sophistique. La sophistique démonte la manière dont le discours de la philosophie est fabriqué. Elle le met à nu, elle le pousse à bout. À l’époque des Grecs, on a déjà une vision critique sur le discours dominant.

Existe-t-il d’autres formes de « discours gagnants » ?

L’éloge en est une autre illustration. C’est un genre rhétorique, mais il va au-delà de la simple rhétorique car il forme la perception. Quand on dit « Simone Veil est une grande résistante, une femme d’exception, etc. », on communie sur les valeurs recevables et admises dans la société. On la salue en tant que femme, en tant que résistante, en tant que juive, et cela dessine notre monde. Mais parfois le discours est tellement puissant qu’il réussit même à transformer la norme, à changer les valeurs. Un exemple ? Éloge d’Hélène de Gorgias. Hélène a suivi son amant, elle est la cause de la guerre de Troie, tout le monde est d’accord pour dire qu’elle est coupable. Mais non, dit Gorgias, elle est innocente. Elle n’a pas pu résister à la force du discours de Paris, pour le meilleur et pour le pire le discours est plus fort que tout, et c’est pourquoi la belle Hélène est innocente !

Y a-t-il des règles imparables pour rendre un discours performant ?

La rhétorique est un art fondamental dans l’Antiquité, et il existe des corpus rhétoriques extraordinairement précis, comme ceux de Cicéron ou Quintilien, avec des modèles à suivre, des conseils pour trouver les bons arguments, les disposer dans le bon ordre, trouver les mots et les gestes adaptés au public pour inspirer confiance et qu’on vous croit sincère. Nos avocats d’aujourd’hui connaissent cela…

En dehors de cette dimension rhétorique, pour que la parole soit efficace, « heureuse », il faut que celui qui la prononce soit « la bonne personne au bon moment ». Celui qui discourt doit être investi d’une autorité reconnue par la société. Pierre Bourdieu y insiste. Le discours n’agit jamais seul : il est tenu à un certain moment par une certaine personne. Et les conditions dépendent à chaque fois de la situation. Au tribunal, le juge investi est le seul à avoir l’autorité pour prononcer une condamnation. Pour un baptême, c’est au prêtre de prononcer « je te baptise ». Quand nous votons aussi, notre parole est efficace parce qu’elle est autorisée : c’est en tant que citoyen que nous disons « oui » ou « non » à quelque chose.

Avec l’avènement de la démocratie, qui a progressivement valorisé la voix de chacun au fil des siècles, est-ce que la parole a gagné en impact ?

Aujourd’hui, la parole a des étages. La voix des citoyens passe par des représentants élus, qui servent de relais. La parole est déléguée pour être efficace. La crise des gilets jaunes véhicule notamment l’objectif de revenir à une démocratie directe. À Athènes, les citoyens, en très petit nombre, parlaient tous à armes égales. Il ne faut pas oublier que la « cité » est définie chez Aristote comme l’espace jusqu’où porte la voix du héraut. Et puis, on était alternativement gouvernant et gouverné. Le tirage au sort permettait à chacun d’être potentiellement en charge de prendre les décisions. Aujourd’hui, nous ne sommes pas égaux dans la parole. Un gilet jaune, pour être entendu dans un système démocratique si large et si différencié, doit être entouré de beaucoup d’autres gilets jaunes. D’où le succès des réseaux sociaux qui permettent de relayer facilement les revendications.

« Avec la politique, écrivez-vous, l’amour est le lieu attitré de la performance. » C’est « là, dites-vous, où les mots font vraiment les choses ». En quoi le langage amoureux est-il un langage d’action ?

C’est mettre en œuvre l’amour que de le dire. Il ne s’agit pas simplement d’une promesse. « Je t’aime » est une réalité en même temps qu’une promesse. C’est un dire réalisé à l’instant. On ne révèle pas simplement des sentiments, comme si on disait « j’ai trouvé que tu étais très jolie, tu me plais, on va avoir une belle vie ensemble… » Quand je dis « je t’aime », eh bien, je t’aime ! Cette phrase est particulièrement performative. Le « je-te-aime » de Roland Barthes, avec les tirets, est très intéressant à cet égard. Je-te-aime. Ça y est ! Quand on le dit pour de bon, c’est déjà un acte. »

– « Un discours peut transformer le monde », Sciences Humaines, 2019/3 (N° 312), p. 4

Pionnier de la pensée écologiste et théoricien du principe de la désobéissance civile, Thoreau eut une vie aussi radicale que son œuvre. Des zadistes aux décroissants, de nombreux courants contestataires se revendiquent aujourd’hui de sa philosophie.
– Garrigue, L. (2019). H. D. Thoreau, le philosophe à l’air libre. Sciences Humaines, 312(3), 27

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