Chine Capitaliste : « Entre un retrait de l’État et la poursuite des réformes « en douceur » »

« Sur fond du constat d’échec de la première phase de réformes, les années 1990 voient la mise en place d’un nouveau train de mesures visant à améliorer, avec des moyens différents, la gestion des entreprises d’État. Pour la première fois, le gouvernement central ajoute des outils macro-économiques aux mesures incitatives et aux réformes organisationnelles antérieures. Dès 1994, il durcit la politique de crédit pour briser la spirale de l’endettement et renforcer les contraintes budgétaires des entreprises en cassant les logiques de marchandage entretenues avec la municipalité ou la province. Désormais toute entreprise non rentable est promise à la faillite. Il s’en suit, en théorie du moins, l’impossibilité de laisser les emprunts rembourser d’autres emprunts ou même financer les salaires. Officiellement, c’est une logique de pure rentabilité qui doit s’appliquer aux entreprises d’État qui perdent ainsi leur spécificité par rapport aux autres secteurs de l’économie.

Pour répondre à ces nouvelles contraintes, les gestionnaires disposent d’une plus grande latitude pour réduire les coûts salariaux. Cette décision met un terme à la première phase des réformes qui avait contourné les problèmes des ouvriers d’État, ancienne base sociale du régime, et permis la multiplication des chevauchements entre public et privé grâce à la généralisation des activités annexes et des deuxièmes boulots. L’emploi d’État n’est plus cette rente qui a favorisé la réinsertion d’une partie des surplus de main-d’œuvre dans l’économie privée ou collective. Les gestionnaires ont désormais la possibilité de mettre à pied les ouvriers d’État et ne s’en privent pas. Les contraintes en termes d’horaire, de présence, de production tendent à se renforcer. Les privilèges des ouvriers d’État, déjà érodés depuis le début des réformes, sont définitivement remis en cause. La disparition de l’entreprise d’État comme élément central du système social urbain conduit au développement du chômage et d’une nouvelle pauvreté urbaine. Ainsi s’achève la première phase de la transition amortie par la survie de l’économie d’État.

Ces nouvelles contraintes budgétaires et leurs répercussions sur l’emploi se conjuguent avec une reprise et un approfondissement de diverses expériences de réformes de la propriété menées dans les années 1980. D’abord officieuse, la transformation de la propriété des entreprises d’État devient la politique officielle à partir du 15e congrès du PCC, en septembre 1997. L’ouverture du capital décidée par les représentants du Parti réunis à Pékin, a pour but de permettre leur recapitalisation et leur adaptation aux exigences du marché. Les départements et les différents échelons de l’administration dont dépendent encore ces entreprises peuvent désormais décider de mettre en vente tout ou partie du capital de certaines d’entre elles, à la faveur de leur transformation en sociétés par actions.

Prenant place conjointement à la précarisation du salariat, cette transformation de la structure du capital des entreprises d’État offre une belle fenêtre d’opportunité aux gestionnaires. La réforme de la propriété permet d’inscrire dans la durée les chevauchements entre public et privé qui s’étaient développés précédemment. L’utilisation à des fins personnelles des biens publics prend une forme plus inégalitaire et définitive, puisqu’elle ne se limite plus à un simple droit d’usage. En ce sens, cette réforme marque un nouveau pas vers la privatisation formelle de l’économie, rendant les filiales inutiles. Jin Pei qualifie cette transformation de « perte de la propriété d’État » et évalue le montant annuel des privatisations sauvages à 50 milliards de yuan (Les…. Les ouvriers ayant été expulsés de ce champ d’action, on se situe dès lors dans une dynamique plus classique des privatisations assimilable aux autres expériences de sortie du communisme.

Pourtant, le retrait de l’État de l’économie n’est pas aussi unilatéral qu’il y paraît : à Shenyang, la mise en place de ces privatisations discrètes transforme l’interventionnisme de la municipalité dans l’économie et le social, sans y mettre un terme. Un responsable municipal du Comité pour les Réformes de l’État (tigaiwei) déclarait en octobre 1996 au cours d’un entretien : « Nous devons aujourd’hui gérer la réforme des entreprises d’État avec un budget limité, ce qui nous oblige à faire des choix ». Le saupoudrage de crédits à l’ensemble des entreprises n’étant plus possible, la municipalité doit choisir de cibler ses interventions, de préférence sur quelques grandes entreprises. En effet, le 15e congrès consacre autant la mise en vente d’entreprises d’État que le recentrage des interventions étatiques autour des plus grandes d’entre elles. Une réalité que résume un des slogans du congrès : « Laisser partir les petites et reprendre en main les grandes » (zhuang da fang xiao). La nouvelle politique économique de la municipalité s’inscrit donc dans une certaine continuité, puisqu’elle entend toujours jouer un rôle central dans la modernisation de ses entreprises et n’est pas prête à laisser la gestion de l’économie à la main invisible du marché.

En somme, la privatisation des entreprises d’État ne se réduit pas à une privatisation sauvage. Il revient en effet à l’administration municipale de rendre compatibles entre eux les objectifs de rentabilité, de stabilité sociale et de développement régional. Elle se pose de plus en plus en garante de l’« intérêt général » ou tout au moins de la stabilité sociale. Après une première phase de la transition, où son action semblait se diluer dans les chevauchements entre public et privé, la municipalité s’affirme de plus en plus comme l’arbitre de la privatisation et réinvente ses modes d’intervention. Pour des raisons d’ordre essentiellement sécuritaire, c’est à elle qu’incombe la tâche de gérer les nouvelles questions sociales, mais aussi d’intervenir pour maintenir l’emploi dans la ville en prévenant une désindustrialisation trop rapide de la région. Ce thème de la transformation des modalités d’intervention de l’État sera traité dans la deuxième partie de cette étude. Nous nous en tiendrons ici à une analyse de la manière dont la municipalité s’est désengagée de la gestion directe de l’économie, en analysant successivement les faillites et les fusions, puis la transformation en sociétés par actions et la vente d’entreprises publiques.

Faillites et fusions : une nouvelle rigueur budgétaire ?
La nouvelle politique économique qui marque la deuxième phase des réformes cherche à imposer une rigueur budgétaire au secteur d’État. Les mises en faillite des entreprises déficitaires auraient dû être la clé de voûte de cette réorientation de la politique économique, or il n’en a pas été ainsi, car les faillites sont restées peu nombreuses.

Les premières remontent toutefois au milieu des années 1980, lorsque Shenyang, arguant de son statut particulier d’autonomie, avait fait œuvre de pionnier dans ce domaine. Ces expériences étaient largement dues à l’initiative de deux hommes : Li Changchun, alors maire de Shenyang, et Cao Siyuan, chercheur au Conseil d’État (guowuyuan), qui a construit sa carrière autour de cette idée. Toutefois elles prenaient place dans un contexte national très favorable où la question de la réforme de la propriété des entreprises publiques était débattue. Et sous l’œil bienveillant des dirigeants réformistes au plus haut niveau de l’État, d’autres expériences furent menées simultanément à Wuhan et à Shanghai. Pionnière dans l’expérimentation de la faillite, Shenyang ne l’a conduite ni en cachette, ni à l’insu du gouvernement central. Reste que ce sont ces initiatives réformistes locales, parfois étendues dans un deuxième temps à l’ensemble du pays, qui sont à la base de la dynamique d’élargissement et d’approfondissement progressif des réformes. Tout cela rend compte plus globalement de la logique avec laquelle était envisagée la transition. Après une phase d’expérimentation conduite à petite échelle dans différentes régions, laissant une grande marge de manœuvre aux autorités locales, le gouvernement allait fixer la ligne politique applicable à l’ensemble de la Chine.

Ainsi, au moment où la municipalité signait les trois premiers préavis de faillite, en août 1986, une conférence nationale se tenait sur ce thème dans la ville. La conjonction des deux événements avait pour but de donner un écho national à cette expérience « locale ». La presse insistait alors sur le fait que le nouveau règlement provisoire devait permettre de contrebalancer l’accroissement du pouvoir des gestionnaires en matière budgétaire. « La faillite doit être une menace planant sur les entreprises. Avant l’institutionnalisation de la faillite, les entreprises tardaient à rembourser les emprunts. Finalement, elles n’avaient plus à la banque de décompte précis de leurs dettes. (…) Sans contraintes pour les rembourser à une date précise, elles ne le faisaient que si elles le pouvaient. Ou plutôt, elles retardaient le remboursement autant que possible. Aujourd’hui, les déficits ne peuvent plus simplement déboucher sur de nouveaux emprunts, mais sur la fermeture de l’usine ». Ce premier règlement d’abord appliqué aux entreprises collectives déficitaires, dont la part de l’endettement dépassait 80 % du capital fixe, a été élargi, en janvier 1987, aux petites entreprises d’État de services et de distribution. Mais les essais ne se sont poursuivis qu’à une très petite échelle. Trois nouveaux cas de faillite seulement étaient déclarés, jusqu’à la publication d’un règlement national, en novembre 1988, alors que quatre autres entreprises collectives recevaient un préavis de faillite. Dans cette première phase des réformes, les faillites sont donc restées expérimentales par leur nombre et par leur ampleur. Néanmoins, elles ont exacerbé les luttes politiques au sein du Parti : le « bradage de la propriété de l’État » a été au centre des critiques qui ont justifié officiellement l’éviction de Zhao Ziyang après le mouvement de 1989.

Le redémarrage des faillites en 1992 est marqué à Shenyang, comme dans le reste de la Chine, par une accélération du processus. A Shenyang, durant cette année-là, dix faillites sont prononcées, trois l’année suivante, et une cinquantaine en 1994. C’est la révision de la loi nationale, en 1995, accordant la primauté aux ouvriers sur les créditeurs (banques, autres entreprises) qui permet véritablement d’accroître le nombre et surtout l’importance des faillites. Ainsi aménagée, la loi permet de résoudre, avant tout, le problème des allocations de chômage du personnel licencié. Les faillites ne représentent plus un coût pour la municipalité, d’autant que le droit d’usage des terrains fait désormais partie des actifs des entreprises faillies. Ces faillites deviennent une solution envisageable pour un plus grand nombre d’entreprises : « La mise en faillite est décidée lorsqu’elle nous permet de résoudre des problèmes. Il faut donc au moins qu’elle nous suffise pour financer, à travers la vente du terrain, les indemnités de chômage et les retraites ». Cette année-là, quinze grandes entreprises sont mises en faillite à Shenyang. Le processus se poursuit en 1996 avec quarante-six faillites. Dans l’ensemble, entre 1992 et 1996, les faillites ont touché 112 000 personnes dont 27 000 retraités, et ont permis d’effacer une dette de 620 millions de yuan. Le phénomène est donc loin d’être massif.

Néanmoins le profil des repreneurs des entreprises en faillite demeure intéressant pour comprendre le processus de privatisation des entreprises d’État. Au cours des années 1980, ils faisaient tous partie de l’ancienne direction en qualité de gérants ou de cadres supérieurs. Ainsi, M. Huang Bing, 48 ans, ancien sous-directeur, a racheté une entreprise de réparation de moteurs comptant 120 employés. Dans les 14 autres cas de faillite rencensés entre 1987 et 1993, les acheteurs ont des profils très similaires. Il est vrai que les anciens dirigeants sont les seuls à connaître la vraie valeur des entreprises, les causes de leur endettement, sans parler du fait que la vente des entreprises faillies n’est pas ouverte à un large public. Dans la deuxième phase, le profil des repreneurs diffère sensiblement, puisqu’il est étroitement lié au désir de la municipalité de ne pas s’encombrer de charges supplémentaires. Ainsi, les entreprises mises en faillite sont généralement situées dans les quartiers du centre ville où la valeur du terrain est élevée et permet de couvrir les coûts engendrés par le processus. Si le prix du terrain facilite les mises en faillite, c’est aussi lui qui motive les repreneurs. Lors du rachat par l’entreprise Tongwang d’une ancienne usine de papier, la valeur du terrain compte pour 10 millions de yuan sur une transaction de 11 millions. Pour cette entreprise, la diversification dans l’immobilier est motivée par les faibles résultats de ses activités industrielles de base. C’est encore pour le terrain que l’Entreprise de produits en acier no 1 rachète une usine de pâte à papier, estimée à un peu plus d’un million de yuan. L’acquéreur s’intéresse aux 15 000 m2 de terrain et aux locaux pour y déplacer une partie de sa production en pleine expansion. Dans ces exemples, la transaction est essentiellement financière. Il n’est plus question de réembaucher les ouvriers. Les acquéreurs s’intéressent peu à la valeur industrielle de ces entreprises, en raison de la longueur du délai entre l’arrêt de la production de l’entreprise et sa mise en faillite légale. Il n’est pas rare en effet qu’une entreprise soit arrêtée durant trois, quatre ou même cinq ans avant d’être mise en faillite. Ce temps, mis à profit par les ouvriers peu ou pas payés et par la direction de l’entreprise pour sauver de la faillite ce qui peut l’être, transforme les entreprises vendues en carcasses vides.

Dans quelques cas cependant, l’entreprise faillie étant en meilleur état, elle est rachetée par un concurrent de la ville ou d’ailleurs. Poussées par la nécessité d’acquérir de nouvelles parts de marché, certaines entreprises se lancent dans d’importantes stratégies d’acquisitions, parfois organisées par la municipalité. La faillite devient alors le préambule à un regroupement administratif. Ainsi, l’Usine de textile n° 2 est mise en faillite en février 1996 pour pouvoir être intégrée dans l’entreprise de textile Liming. Cette procédure permet à l’ancienne entité d’effacer ses dettes avant d’être confiée à une autre entreprise de la ville. C’est ce que la presse appelle les « faillites sauvages » (jia puochan, littéralement fausses faillites).

Le gouvernement central tente de lutter contre ces pratiques en réaffirmant : « Les entreprises qui désirent se mettre en faillite doivent d’abord obtenir l’accord des principaux créditeurs pour être autorisées à ne plus rembourser leurs dettes ». Mais les gouvernements régionaux voient la question bien différemment. Pour autant que les créanciers viennent d’autres provinces, ils considèrent ces faillites comme le moyen ultime pour sauver « leurs » entreprises. Soucieux de maintenir les emplois dans la ville, ils sont complices de ces pratiques. Tel est le cas pour l’usine de draps Kangping de Shenyang qui compte un millier d’employés. Avec une dette représentant 223 % du capital enregistré, la municipalité permet sa reconstitution après une procédure de faillite. Les dettes supprimées et l’équipe dirigeante changée, l’entreprise repart sur les « chemins des bénéfices et de la croissance ». Dans ces « rachats par la totalité » (zhengti shougou), la faillite sert à gommer les dettes d’une entreprise qui se rachète elle-même. La nouvelle entité ainsi créée est identique à l’ancienne : « La production n’a même pas été arrêtée, les stratégies de gestion n’ont pas été rediscutées ni le personnel réduit ». Ce type de faillite permet de prolonger un statu quo mais ne supprime pas les causes de l’endettement. Une fois encore, la rigueur des principes énoncés de la transition est ici tempérée par des considérations « sociales ».

Dans quelques rares cas, la faillite est utilisée comme un moyen pour la direction de s’approprier une entreprise, en permettant d’effacer les dettes et de licencier une partie du personnel. Toutefois, en raison de la lourdeur de cette procédure, la faillite n’est pas le mode d’appropriation privilégié, comme pourrait le laisser penser la caricature ci-dessous.

En réalité, les faillites sont plus souvent utilisées par les gouvernements locaux pour permettre une ultime restructuration d’une de leurs entreprises et tenter de sauver quelques emplois. Paradoxalement, les quelques procédures de faillite qu’a connues Shenyang s’inscrivent davantage dans ces nouvelles formes de d’interventionnisme des pouvoirs locaux que dans le cadre d’une « bonne » application des principes de l’économie de marché.

Au niveau macro-économique, depuis 1992, la loi sur la faillite n’a pas eu de véritable impact, ni n’a empêché l’accroissement des déficits des entreprises d’État. Elle est encore loin d’être cette procédure administrative « normale » envisagée par ses initiateurs. Elle ne représente pas une véritable « menace qui plane sur les entreprises ». Les déficits débouchent encore plus souvent sur de nouveaux emprunts que sur la fermeture de l’usine. La transformation des allocations de fonds par l’État (bogaidai) en emprunts bancaires n’a toujours pas abouti. La faillite n’a donc été qu’un outil accessoire dans le renforcement des contraintes budgétaires des entreprises. Il est vrai que le souci des autorités de maintenir la cohésion sociale empêche toute solution radicale. Et il ne suffit pas de placer les ouvriers au premier rang des « bénéficiaires » de cette procédure pour résoudre les problèmes sociaux qu’engendreraient des licenciements massifs. Un commentaire du Conseil d’État à ce sujet est révélateur : il réaffirme l’importance des opérations visant à conserver les emplois et souligne la nécessité de ne pas multiplier les faillites, marquant sa préférence pour les regroupements administratifs (jianbin).

Shenyang, suivant les directives nationales, emprunte cette voie moyenne plus sociale et plus étatique des fusions administratives par crainte de mettre en péril le fragile consensus social. En effet, alors que le nombre de faillites s’accroît à partir de 1996 au niveau national, la ville, contrairement au reste de la province, n’en connaît que trois en 1997. La raison ne tient pas à une subite amélioration de la situation des entreprises d’État, mais à des facteurs liés à la politique locale. Profitant des largesses du gouvernement central, Shenyang s’est aménagé une petite pause dans les réformes. Les entreprises en difficulté sont laissées en attente, en arrêt total ou partiel de production. Chacun à Shenyang sait que la plupart des entreprises arrêtées seront un jour ou l’autre mises en faillite, dès lors qu’elles se vident progressivement de leur contenu et cessent d’avoir une existence économique. Pourtant, elles subsistent pour des considérations sociales et politiques. Craignant que les réactions ou les manifestations d’ouvriers ne mettent en péril la stabilité, la municipalité temporise.

Quelques années plus tôt, dans des conditions sociales similaires, elle avait déjà renoncé à mettre en faillite une centaine de petites entreprises industrielles très fortement endettées. Ainsi, les faillites ont aujourd’hui cédé la place aux fusions. Les fusions (jianbin) à Shenyang s’appuient sur les mêmes postulats idéologiques que dans le reste du monde. Il s’agit d’atteindre une dimension critique dans un secteur pour pouvoir mieux résister à la concurrence et opérer des économies d’échelle. La différence réside dans le fait que, le plus souvent, la municipalité se substitue au marché, et la dimension stratégique de la création d’un groupe plus à même de résister à la concurrence est quasi inexistante. Certes, les entreprises ainsi réunies travaillent dans un même secteur, mais les choses s’arrêtent souvent là. Conçues comme un moyen alternatif pour résoudre les problèmes des déficits chroniques des entreprises d’État, les fusions visent à regrouper autour d’une entreprise valide une ou plusieurs entreprises d’un même secteur. Ce faisant, on espère que l’influence de l’entreprise saine se propagera aux autres.

Jusqu’en 1995, 227 entreprises déficitaires ont ainsi été reprises par 219 entreprises, alors qu’au niveau de la province, 80 entreprises comprenant 197 000 travailleurs ont été regroupées l’année suivante, et plus d’une centaine durant les six premiers mois de 1997.

Permettant la reprise des employés et des dettes, la fusion est un moyen de ne pas faire faillite. Mais dans ses avantages résident aussi ses limites. Les dettes cumulées peuvent mettre en péril la nouvelle entité. Selon Cao Siyuan, une usine de poudre à lessive de la province du Shanxi a ainsi frôlé la faillite en raison d’anciennes créances de l’entreprise avec laquelle elle avait fusionné. L’opération a été finalement ajournée jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé entre la municipalité, la banque et l’entreprise. Dans la pratique, c’est bien ce type de compromis qui règle la plupart des fusions. A Shenyang, le montant annuel des dettes annulées est négocié avec les banques, et, dans tous les cas, le repreneur obtient, soit, un report de 5 à 6 ans dans le paiement des intérêts, soit, le plus souvent, un rééchelonnement. Selon certaines sources, il arrive que les fusions se fassent sans reprise de dettes ; dès lors, la transaction se rapproche d’un rachat après faillite. Mais tous ces aménagements censés rendre les fusions plus attractives pour les entreprises n’empêchent pas qu’elles soient clairement perçues comme un cadeau empoisonné. Les quelques groupes qui, à Shenyang, se portent bien, comme le groupe pharmaceutique du Nord-Est (dongbei zhiyao jituan), ont justement réussi à résister aux pressions politiques et à refuser les entreprises que leur offrait la municipalité.

La transformation de la propriété comme espace d’opportunité

Parallèlement à un renforcement des contraintes budgétaires marqué par un accroissement des faillites, se mettent en place des procédures de transformation de la propriété. Le gouvernement minimise volontairement l’importance du changement pour l’inscrire dans la continuité d’une ouverture justifiée essentiellement au nom de la modernisation économique. A ses yeux, si les mécanismes boursiers peuvent être utiles pour financer la modernisation des entreprises d’État, celui-ci se doit d’en faire usage, tout en soulignant que la vente d’une partie des actifs ne l’empêche pas de maintenir un contrôle sur ses entreprises.

D’ailleurs, comme l’exprime Cao Siyuan, le terme de privatisation ne serait pas approprié pour caractériser cette transformation : « Lorsque la propriété étatique est divisée en des milliers d’actions, ce processus ne peut être interprété en termes de privatisation. Les entreprises de l’État deviennent les entreprises du peuple ».

D’un point de vue formel, force est d’admettre que la transformation d’entreprises en sociétés par actions n’induit pas forcément une privatisation. Les limites fixées à la transformation des entreprises publiques permettent le plus souvent d’éviter une privatisation formelle, puisque seules quelques petites entreprises sont vendues publiquement.

Dès lors, comme l’affirmait Jiang Zemin à l’occasion du 15e Congrès, « la propriété publique va rester prédominante en Chine ». Les apparences sont sauves, même si la dénomination de propriété publique recouvre des réalités de plus en plus diversifiées qui laissent une marge de manœuvre appréciable aux gestionnaires. Lorsqu’il y a quelque chose à sauver de leur entreprise, c’est pour eux le moment rêvé de se l’approprier de manière définitive. Si les faillites n’ont été qu’une modalité accessoire du processus de privatisation, la transformation des entreprises d’État en sociétés par actions et la vente des plus petites d’entre elles ont participé à ce processus de manière beaucoup plus décisive.

La transformation des entreprises d’État en sociétés par actions
Les premiers essais dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, remontent à la fin des années 1980. A cette époque, les premiers marchés de papiers valeurs (zhengjuan jiaoyi shichang) s’ouvrent dans les villes et les provinces de Chine disposant d’une autonomie de planification des réformes. A Shenyang, des bons de participation sont mis en vente, tels ceux du constructeur de voitures Jinbei pour une valeur de 100 millions de yuan. Par la suite, les différents essais menés au niveau régional seront standardisés et intégrés à une structure nationale. Il existe aujourd’hui trois niveaux différents de marchés boursiers : le premier à Shanghai et Shenzhen, le deuxième et le troisième dans les provinces et dans les villes. Seules Shenzhen ou Shanghai peuvent inscrire des entreprises venant de l’ensemble de la Chine et attirer les capitaux étrangers à travers les actions de type H. Ainsi, une trentaine d’entreprises de Shenyang sont cotées à Shanghai ou Shenzhen, une dizaine à Hong Kong, une à New York et 420 dans la bourse régionale de Shenyang. Les règlements mis en place n’ouvrent aux capitaux privés que ces grandes entreprises cotées en bourse dans lesquelles l’État veille à conserver la majorité absolue. Toutes les sociétés par actions de Shenyang ne sont toutefois pas cotées publiquement. Dans 90 % des cas, les titres de propriété ont été en vendus aux employés, à l’intérieur même de l’entreprise, ou à des « investisseurs institutionnels ».

Vendre aux ouvriers ce que la rhétorique du régime leur attribuait déjà n’a certes pas été facile à légitimer. Le gouvernement a insisté sur l’accroissement du pouvoir de décision des ouvriers, dorénavant capables de prendre leur destinée en main. Bien des petites entreprises ont été ainsi reprises par l’ensemble ou un groupe d’employés. De tels exemples de « démocratisation de la propriété » sont mis en exergue et encensés dans la presse locale, à l’exemple de l’usine de fils électriques de la ville rachetée par ses employés pour la coquette somme de 5 millions de yuan. Selon le récit d’un journaliste, un jeune ouvrier a même investi dans l’achat de titres de propriété l’épargne constituée en vue de son mariage. Mais, à mille lieux de cet enthousiasme relaté par la presse, certains employés n’ont pu en fait garder leur poste qu’au prix de l’achat de titres sans aucune valeur marchande.

Cette transformation de la propriété amène du capital frais dans l’entreprise. Dès lors, l’ancienne direction, transformée en conseil d’administration, est à même d’investir dans un projet de modernisation ; ce moyen facile pour recapitaliser les entreprises déficitaires avec l’épargne des employés constitue néanmoins une opération de sauvetage périlleuse. Conscient du fait, le journal local exhorte au renforcement des contrôles et invite les gestionnaires à ne pas considérer la transformation en sociétés par actions comme une simple récolte de fonds. Le secrétaire du Parti du Liaoning souligne la nécessité de ne pas seulement récolter du capital grâce au système des actions, mais aussi de réformer le fonctionnement interne de l’entreprise, ce qui n’est pas toujours le cas, la transformation en société par actions se limitant généralement à une ultime prolongation de la logique rentière des entreprises d’État. Reste que politiquement, cette utilisation de l’épargne des employés va être difficile à faire accepter si elle se résume à une démocratisation du déficit. Dans le meilleur des cas, le directeur se voit poussé à racheter une forte proportion du capital pour se blanchir de soupçons de corruption, liant ainsi son avenir à la réussite de l’entreprise. Grands perdants de cette réforme, les « ouvriers-actionnaires » sont en outre rarement représentés dans les assemblées d’actionnaires et souvent même pas informés de leurs nouveaux droits.

Il ne faudrait toutefois pas induire de la publicité réservée à ces cas qu’ils sont représentatifs des transformations en cours, quarante-huit entreprises de la ville seulement ayant été rachetées de cette manière, alors que les autres le sont uniquement par leur direction. Si officiellement, les actions possédées par les organes d’État doivent demeurer largement majoritaires (70 %), le reste étant réparti entre les employés (16 %) et les gestionnaires (14 %), dans la pratique, le terme d’« investisseurs institutionnels » permet toutes les interprétations, puisqu’il recouvre aussi bien des entreprises que les cadres supérieurs de l’administration, des employés, des personnes morales ou des groupes d’actionnaires de plus de 3 personnes. On assiste donc parfois à une personnalisation des « investisseurs institutionnels » dans la personne du chef de l’entreprise. Le slogan qui accompagne la mise en œuvre de cette nouvelle réforme laisse d’ailleurs planer peu de doute : « Diversifier la composition de l’économie, démocratiser les investissements, personnaliser la détention du capital et mettre en place un contrôle indirect de l’administration ». Cette transformation de la propriété est le moment rêvé, pour ceux qui le désirent, de prendre possession de « leur » entreprise. La municipalité tente bien d’y mettre un peu d’ordre en effectuant des contrôles sur le prix des actions, le nombre des actionnaires et le capital mis en vente. Certains articles de presse révèlent que « quelques directeurs » se sont approprié discrètement telle ou telle entreprise. Mais au vu des appels répétés au respect de la loi que lance la municipalité dans la presse lors des créations de sociétés par actions, il ne fait guère de doute que les gestionnaires qui tentent d’officialiser discrètement une privatisation jusqu’alors informelle sont nombreux. Une phrase fréquemment entendue à Shenyang, jouant sur la proximité phonétique du mot société (gongsi) avec les idéogrammes de public (gong) et de privé (si), résume bien ce phénomène : « gongsi gongsi hua gong wei si » (entreprise, entreprise, changer le gong (public) en si (privé)). Ainsi, la municipalité se désengage de ses petites entreprises, à l’inverse des grandes où elle entend maintenir une position majoritaire. Elle privatise à mots couverts en suivant la voie tracée par un long processus de privatisation spontanée. Cette solution est idéale pour elle, dès lors que seule compte à ses yeux la diminution de la charge financière que représentent ces entreprises, pour qu’« un jour peut-être, elles nous rapportent, grâce aux impôts ».

La vente des entreprises d’État
Outre la création de sociétés par actions, la municipalité cherche à vendre au plus offrant certaines entreprises. Contrairement au reste du processus de privatisation, ces mises en vente sont marquées par une assez grande transparence. Depuis le lancement officiel de cette politique en 1996, la municipalité a redoublé d’efforts pour attirer les acheteurs en organisant diverses tournées de conférences dans les grandes villes du pays et même en Europe et aux États-Unis. Le Maire, qui dirigeait personnellement ces délégations, y a promis des réductions d’impôt aux nouveaux investisseurs et même offert, avec un certain sens du marketing, certaines entreprises pour un yuan symbolique. Cette campagne d’information, très bien orchestrée, n’a pas entraîné de bousculades aux portillons des 196 entreprises ainsi bradées. Les rêves de la municipalité d’attirer de grands groupes internationaux ne se sont pas réalisés. D’après les enquêtes menées dans les entreprises récemment vendues, 80 % des repreneurs sont originaires du Liaoning, les 20 % restants provenant d’autres provinces chinoises. A l’exception du groupe industriel du Henan Golden Back Bird (jinque dianqi), qui a racheté une entreprise de compteurs électriques pour 10 millions de yuan, les rachats prennent généralement place dans le cadre même de l’entreprise. Les ventes d’entreprises d’État à Shenyang ne sont donc ni massives ni très spectaculaires et ne soulèvent guère d’enthousiasme, puisque ce sont les entreprises les plus déficitaires et sans capacité technologique particulière que l’on privatise, sans parler du fait qu’une réembauche au moins partielle du personnel de l’entreprise est demandée.

La situation est plus contrastée au niveau des entreprises de district et de quartier. Le mouvement de désengagement de la petite administration entamé au début des années 1990 s’est soldé par la vente de l’ensemble des magasins d’État et de la plupart des petites entreprises. Plus récemment, ce sont des entreprises plus importantes, mais toujours dépendantes des organes subalternes de l’administration municipale, qui ont été vendues, comme l’Usine de marmites (Shenyang zhuguo chang) vendue en 1994 pour la somme de 4,4 millions de yuan. Au total, jusqu’à fin 1997, la municipalité de Shenyang s’est délestée de 1 254 entreprises, pour un montant de 1,6 milliard de yuan. Après le 15e congrès du PCC, le processus s’accélère ; plus d’un millier d’entreprises changent de propriétaire en 1998. La vente est devenue un moyen de résoudre le problème des petites entreprises d’État déficitaires.

Ces acquisitions s’inscrivent dans ce même processus d’appropriation progressive de la propriété analysé plus haut, mais à une tout autre échelle. Elles prennent cette fois place au plus bas échelon de l’administration. Dans cet univers de petits bureaucrates, on se repasse les rebuts de la privatisation entre collègues d’une même administration de quartier. Cette proximité des acquéreurs est propice à des ententes sur des prix bas, ou à des accords à l’amiable pour se défaire de la plupart des ouvriers de l’entreprise mise en vente. Et cela d’autant plus que les acheteurs potentiels ne sont pas légion. Même lorsqu’un effort de transparence est consenti grâce à une information diffusée par voie de presse et par affichage, c’est bien souvent « entre soi » que, faute d’autres acheteurs, ces entreprises sont vendues.

La relative ouverture du processus formel de privatisation a aussi permis la reprise de certaines petites entreprises par des groupes d’employés. Mais, il faut garder à l’esprit que les entreprises mises en vente sont en mauvais état et de très petite dimension. Elles n’intéressent que ceux qui n’ont pas pu participer aux bénéfices de la privatisation du secteur public. Elles se résument souvent à un simple hangar dans lequel quelques ouvriers poursuivent une activité d’artisanat industriel à l’aide de quelques machines d’un autre âge. Les barreaux de fenêtre ou les portes grillagées dont l’utilisation se généralise à Shenyang sont par exemple produits dans ce type d’entreprises. Quelques employés réussissent ainsi à formaliser une activité jusqu’alors annexe à travers le rachat de l’entreprise. Leur stratégie s’inscrit dans le prolongement des petits chevauchements entre public et privé menés parallèlement à un emploi d’État. Les belles histoires qui sont à l’honneur dans le journal local  ne doivent pas faire illusion : il s’agit là bien davantage de stratégies de survie que de l’émergence de nouvelles pousses qui aideront au renouveau de l’économie de la ville.

L’aménagement du rythme des réformes
La volonté de rigueur du gouvernement ne peut être mise en doute. Même si les faillites et les fusions sont peu nombreuses, les difficultés de l’accès aux crédits forcent de nombreuses entreprises de la ville à arrêter leur production ou à retarder le paiement des salaires. En raison du changement de la nature de la propriété ou des modifications dans la politique du crédit, les entreprises d’État doivent se réformer. La municipalité n’a d’autre solution que de mettre en faillite, vendre, louer, ou faire fusionner ses entreprises, alors que les ouvriers qui avaient bénéficié d’un répit en conservant un statut privilégié, découvrent les charmes de « l’économie socialiste de marché ». Si cette réforme permet un meilleur contrôle des gestionnaires sur leur entreprise, il subsiste des incertitudes sur ses conséquences. Suffira-t-elle pour faire naître un ethos capitaliste dans ces bureaucraties que sont toujours des entreprises d’État ? Rien n’est moins sûr. De fait, la transformation en société par actions n’augure pas toujours une restructuration en profondeur du fonctionnement de l’entreprise et tend souvent à se résumer à une nouvelle prolongation de la rente grâce à l’épargne des employés. Dans ces conditions, des privatisations discrètes, opérées par des gestionnaires capables de restructurer leurs entreprises, peuvent être vues comme un moindre mal. A ce stade, une chose est sûre, la réforme des entreprises d’État n’est pas encore réalisée.

En outre, cette nouvelle phase des réformes ne se résume pas à un désengagement de l’État et à une privatisation discrète de certaines entreprises. Une politique de rigueur absolue et un désengagement trop rapide engendreraient des pressions sur l’emploi difficiles à gérer pour le régime. Celui-ci maintient le cap tout en s’accordant des aménagements à la marge. Ainsi, en 1996, le gouvernement central assouplit sa politique du crédit pour donner une bouffée d’oxygène à plusieurs milliers d’entreprises, tandis qu’au même moment, des mesures provisoires viennent alléger le taux d’imposition des entreprises d’État. A l’image du gouvernement central, la municipalité s’accorde parfois des pauses dans la mise en œuvre de nouvelles réformes. C’est à petits pas que les entreprises d’État se soumettent à une plus grande rigueur budgétaire.

Les menaces pour la stabilité sociale transforment, tout en les perpétuant, les marchandages entre la municipalité, la province et le gouvernement central. La surévaluation des risques d’instabilité est un moyen très efficace pour obtenir des crédits d’urgence du gouvernement central. En 1995, à la suite de la visite de Wu Bangguo dans des entreprises publiques de la province, le gouvernement central débloque une aide d’urgence pour payer des arriérés de salaires. En 1999, 400 millions auraient été versés à la province du Liaoning afin de prévenir l’instabilité qui aurait pu naître du non-paiement des retraites et des allocations chômage. Ces aides d’urgence ralentissent la mise en place d’une politique du crédit plus rigoureuse, comme le révèle une interview du président de la Banque de Chine de la province du Liaoning : « Aujourd’hui, notre problème le plus sérieux est que certaines entreprises continuent à manger dans la « grande marmite » de la banque. Comme la rentabilité de la plupart des entreprises d’État reste faible, elles empruntent mais sont incapables de rembourser. Pour résoudre les problèmes dans certaines entreprises, la banque est même obligée d’accorder des « prêts pour la stabilité » (anding daikuan), ce qui constitue un obstacle à l’avancement de la transformation des banques d’État en banques commerciales. Il n’est pas rare que des fonctionnaires provinciaux obligent les banques à consentir des prêts qui ne seront jamais remboursés, d’autres interviennent directement au niveau central dans la gestion et le contrôle des institutions financières ».

Par ailleurs, même si le rôle social des entreprises d’État diminue, elles ne se situent toujours pas sur un pied d’égalité avec les entreprises privées, car elles ne peuvent pas débaucher à leur guise, sans se soucier des conséquences sociales. Les employés en surnombre promis au licenciement doivent être pris en charge par les entreprises d’État à travers le financement d’allocations « chômage » mensuelles représentant un pourcentage de leur salaire ou par la mise sur pied de stages de formation visant à favoriser le réemploi. Même si la municipalité offre des remises de dettes aux gestionnaires qui se conforment à ces règles sociales, le licenciement coûte encore davantage aux entreprises d’État qu’aux entreprises collectives et privées. La nouvelle autonomie des entreprises est réduite à peu de chose lorsque la ville estime que la stabilité sociale est menacée. A la moindre amorce d’un mouvement social, la ville intervient et court-circuite l’autorité de la direction de l’entreprise : elle joue alors au pompier en arrosant de crédits d’urgence l’entreprise en difficulté.

A certains égards, les années 1990 s’inscrivent dans la continuité des réformes progressives qu’a connues la Chine depuis la fin des années 1970. La rigueur proclamée est contredite par la mise en place ici et là de compromis. Les fusions préférées aux faillites par les autorités sont aussi révélatrices de ces privatisations en « douceur ». Aujourd’hui les banques ont beau être plus avares en crédit, d’autres modalités de financement y suppléent, permettant, moyennant quelques aménagements, de perpétuer un système de rente. A Shenyang, un protectionnisme local et administratif tempère la rigueur des règles du marché. Il est vrai que cette stratégie est peut-être la seule possible depuis que les défenseurs de la thérapie de choc ont dû battre en retraite dans la plupart des pays de l’Est. La transition vers le marché ne peut être que partielle et incomplète dans un premier temps. Grâce à cette stratégie progressive, la Chine a pu atténuer le coût social et économique de la transition mais n’a pas fondamentalement remis en cause le fonctionnement rentier de certaines entreprises.

La mutation des entreprises d’État est si lente qu’elle risque finalement d’hypothéquer leur propre existence. En effet, en ayant atténué le choc de la transition, le rôle social des entreprises d’État n’a-t-il pas par trop ramolli le ventre de ces entreprises pour espérer pouvoir le durcir grâce à quelques exercices abdominaux ?

La lenteur de la construction d’un État social urbain capable de reprendre à sa charge les fonctions sociales tenues par l’entreprise, handicape visiblement leur mutation. On réalisera peut-être un jour que le coût de la transition en douceur aura été l’échec de la réforme des entreprises publiques que l’on voulait tellement préserver. Pour avoir trop longtemps contourné le statut des travailleurs, le gouvernement chinois a peut-être mis en péril la survie de la plupart des entreprises d’État.

Certes, pour des raisons politiques, symboliques ou stratégiques, certaines seront choisies pour être modernisées et survivre. Mais, de plus en plus, l’ouverture de la Chine limite la marge de manœuvre des pouvoirs publics. Les derniers avatars d’une politique de substitution des importations mise en place dans les premières années du régime ne pourront plus longtemps être maintenus.

* * *

Globalement, la transition économique chinoise se distingue par un rythme lent, étalant sur une durée de plus de vingt ans le passage à l’économie de marché. Cette transition très gradualiste a favorisé les chevauchements entre public et privé en permettant la mise en place de stratégies individuelles et collectives. Une large partie de la population urbaine a ainsi pu tirer profit du développement d’une économie marchande, tout en conservant une sécurité et des avantages liés à une insertion dans le secteur étatique. Dans le cadre de réformes partielles au sein d’une économie socialiste, fleurissaient des activités privées découlant très directement d’un positionnement dans l’économie d’État. Alors que certains chevauchements se limitaient à des coups ponctuels, d’autres, inscrits dans la durée, équivalaient à des stratégies de passage définitif vers le secteur privé. De la sorte, le secteur d’État dont la revitalisation préoccupait beaucoup les dirigeants chinois se trouva-t-il dès le début des réformes au centre du processus de la privatisation. Le dépeçage progressif et spontané des entreprises d’État par des acteurs très diversifiés laisse toutefois transparaître sa structure inégalitaire, due au fait que le partage des dépouilles s’est fait au prorata du statut de chacun dans l’entreprise. Dévorées de toutes parts, les entreprises d’État ont continué à tourner, mais sur un mode se rapprochant toujours plus de celui des « machines de Tinguely ». Cette dimension ubuesque d’une transition progressive a toutefois retardé le coût social du passage à l’économie de marché.

La particularité de cette transition ne réside pas seulement dans son rythme lent et incertain, mais aussi dans la persistance d’un cadre de référence socialiste. Alors que dans l’Est européen la légitimité des transitions reposait sur la certitude d’une plus grande efficacité du marché, rien de tel n’est advenu en Chine. L’idéologie socialiste, même aménagée pour être compatible avec la nouvelle orientation, a pesé de tout son poids tout au long de la transition.

Le secteur privé étant jugé dangereux et risquant de remettre en cause les potentialités d’intervention de l’État, il fallait le contrôler pour limiter ses nuisances. Il a longtemps gardé un rôle annexe dans la transition car il était censé contribuer à la mise en œuvre du but prioritaire de l’administration : réformer les entreprises d’État en les déchargeant du fardeau de créer de nouveaux emplois ou en les recentrant sur les tâches productives jugées essentielles. En d’autres termes, les réformateurs chinois voulaient instrumentaliser le marché pour servir le développement et la modernisation de l’économie d’État. La Chine a réussi durant une vingtaine d’années à tenir ce cap. Mais ce choix est devenu de plus en plus coûteux politiquement et difficile à tenir. En fin de compte, le gouvernement a dû se résoudre à lâcher les entreprises d’État, n’en gardant qu’une poignée pour en faire au mieux quelques grands groupes industriels et au moins continuer à asseoir sa légitimité modernisatrice.

Cette accélération des privatisations a aussi été marquée par un affaiblissement du poids de l’idéologie dans le domaine économique. Le lâchage progressif des entreprises d’État a eu comme principale conséquence le coût payé aujourd’hui par la classe ouvrière urbaine. Principale bénéficiaire des réformes partielles dans le cadre d’un système qui lui garantissait une certaine immunité politique, elle a d’un jour à l’autre perdu son enviable statut pour devenir une classe de « paresseux » ayant trop longtemps pu profiter des largesses de l’État.

Dès lors, le coût social qui avait pu être différé par cette transition gradualiste est apparu au grand jour. Dans ce contexte où la classe ouvrière s’appauvrit alors que certains responsables peuvent officiellement s’approprier les meilleurs éléments des entreprises publiques, l’accroissement des inégalités est fortement ressenti. Les irrégularités qui ont entaché ce processus sont devenues un sujet politique sensible et discuté assez librement dans les médias ; elles ont définitivement fait tomber les masques d’une privatisation déjà ancienne qui, au demeurant, ne trompaient plus personne. Ces pratiques étaient visibles et connues de tous, elles sont devenues insupportables à partir du moment où les lois du marché se sont appliquées avec rigueur à la population urbaine et que la croissance économique s’est ralentie. La transition ne faisait plus seulement des gagnants, elle commençait à produire des exclus.

Toutefois, la transition ne se résume pas à ce jeu inégal entre ouvriers et nouveau propriétaire. Depuis que la gestion du consensus social est retirée à des entreprises en voie de privatisation, la municipalité de Shenyang se pose en arbitre des rapports devenus de plus en plus durs entre capital et travail ou, du moins, tente d’amoindrir le choc du passage à l’économie de marché.

Comme nous allons le voir, ce nouvel interventionnisme social est motivé essentiellement par des raisons d’ordre sécuritaire. On assiste donc à un double mouvement de désengagement (encore partiel) de l’État de l’économie et de son réinvestissement dans le social.

Une des dernières spécificités de ce pouvoir « communiste » est sans doute sa crainte des mécontentements populaires. »

– Kernen, A. (2004). 4. Entre un retrait de l’État et la pour suite des réformes « en douceur ». Dans : , A. Kernen, La Chine vers l’économie de marché: Les privatisations à Shenyang (pp. 141-165). Editions Karthala.

« En vingt ans, l’économie de la République populaire de Chine s’est hissée au deuxième rang mondial. Venant après le relatif succès de plusieurs pays asiatiques à développement tardif, cette ascension recentre l’économie du globe et redessine les rapports de concurrence sur les marchés internationaux. Parallèlement, la distribution de la puissance au sein des institutions internationales se modifie au bénéfice de la Chine et d’autres économies émergentes, comme l’illustrent la création du sommet du G20 après la crise financière de 2008-2009 et la réforme des droits de vote au FMI. Journalistes et chercheurs occidentaux et chinois – en particulier ceux qui s’occupent de relations internationales – sont divisés sur les conséquences à attendre de cette transformation historique. Les uns annoncent un « affrontement », ou du moins voient dans la Chine un « défi », les autres pensent qu’elle s’intégrera sur un mode essentiellement coopératif au système économique et politique international. La première position est parfois l’expression de la vieille méfiance occidentale à l’égard du Parti communiste chinois. Une thèse apparentée et bien répertoriée est celle du « Consensus de Pékin » : le modèle de développement chinois, dans lequel l’innovation est assurée par un mélange de propriété publique et privée et par l’intervention directe de l’État, menacerait le « Consensus de Washington », modèle libéral de l’Occident, et introduirait des distorsions dans le système institutionnel mondial. Certains chercheurs en science politique ou en relations internationales interprètent le déclin de l’hégémonie américaine et la transition agitée vers un « siècle chinois » à la lumière des conflits majeurs auxquels a souvent donné lieu, dans l’histoire, l’antagonisme entre une puissance dominante et une rivale en phase ascendante . Ainsi, l’influent « réaliste » Yan Yuetong, de l’Université Tsinghua à Pékin, parle d’une « amitié superficielle » entre la Chine et les États-Unis, qu’il faudrait en réalité comprendre comme une « animosité superficielle ».

D’autres analystes prédisent une évolution beaucoup plus harmonieuse. Considérant la dépendance de la Chine vis-à-vis de ses exportations et son choix pragmatique de la croissance avant tout, ces optimistes jugent plus probables son intégration dans l’économie mondiale et sa coopération avec l’Occident. Selon eux, les grandes compagnies et l’État chinois ont intérêt à s’intégrer au système institutionnel mondial, même dominé par l’Occident. Ainsi, Wang Jisi de l’Université de Pékin soutient que la RPC a tout à gagner à se conformer aux normes et règlements internationaux ; elle n’a donc pas de raison de provoquer des conflits avec les autres puissances, et encore moins de sortir du système international.

Je proposerai ici un tableau nuancé des conséquences de l’ascension chinoise dans un système mondial fragilisé. Cette ascension crée en effet une situation complexe dans laquelle on voit surgir des tensions en dépit des interdépendances et des coopérations, et que j’étudierai en partant du modèle de développement mis en œuvre par la République populaire. Sur la base de résultats récents de la recherche en capitalisme comparé (« variétés de capitalisme »), j’analyserai tout d’abord ce modèle comme une variante tardive de capitalisme à imprégnation étatique, caractérisée par des relations intimes entre État et acteurs privés, une orientation résolue sur la croissance et la concurrence, et un pilotage très ferme par la politique économique et la politique étrangère. J’examinerai ensuite l’intégration du capitalisme chinois dans une économie mondiale dont l’instabilité environne d’incertitudes l’émergence de cette nouvelle puissance. Au-delà de la permanence des États et de leurs diverses politiques économiques intérieures et étrangères, interconnectées mais pas toujours complémentaires, la répartition de la puissance à l’échelle planétaire est en train de changer. Mon hypothèse est que la fragilité du système mondial sous domination américaine favorise des interactions avec la Chine qui, même si celle-ci s’emploie à mener une politique « responsable », sont porteuses de tension économique n’atteignant pas, toutefois, le niveau du conflit (géo) politique explicite. Je chercherai à vérifier cette hypothèse empiriquement en m’attachant particulièrement aux relations sino-américaines. Comme il serait quelque peu spéculatif de poser telle source de tension future comme plus probable que telle autre, je me contenterai de problèmes bien actuels, à savoir : la concurrence de plus en plus vive entre multinationales chinoises en voie d’émergence et grandes compagnies internationales établies ; les différends monétaires sino-américains ; les dissensions au sein des organisations internationales et les litiges en Asie orientale. L’économie nationale chinoise dépend toujours des « vieux » centres du capitalisme mondial, des sociétés transnationales et des marchés occidentaux sur lesquels elle exporte. Toutefois, cette dépendance n’implique pas forcément une coopération aisée : les importants différends monétaires surgis dans le sillage de la crise mondiale de 2008-2009 sont la manifestation politique de rivalités entre économies nationales. Il faut donc tempérer la vision optimiste d’une intégration en douceur de la Chine – en témoigne son rôle dans le processus de régionalisation de l’Asie orientale – sans pour autant se hâter de conclure qu’il y aura affrontement militaire et instauration d’une hégémonie chinoise, enracinée en Asie de l’Est mais animée d’ambitions planétaires. Le nouveau pôle de puissance que représente la Chine demeure lié à des réseaux régionaux et mondiaux de coopération, mais son existence même représente un défi aux équilibres établis dans les institutions internationales.

Pour mieux saisir la réalité de l’émergence de la Chine, il convient de combiner l’observation de son modèle de développement et celle du système international d’aujourd’hui. Je recourrai pour ce faire aux instruments théoriques de l’économie politique comparée (EPC) et de l’économie politique internationale (EPI). Le but de la discussion est donc aussi de compléter le regard des relations internationales par une analyse d’économie politique.

[…]

J’ai développé ici une thèse en deux points. Premièrement, le cadre analytique du capitalisme comparé permet de saisir les aspects essentiels de l’ascension économique de la Chine et de ses préférences en politique économique étrangère. Cette approche complète heureusement celle, plus classique, des relations internationales en plaçant au premier plan les questions socioéconomiques intérieures sans pour autant négliger le contexte économique mondial, marqué par l’instabilité. Pour étudier les effets politico-économiques internationaux de cette ascension, j’ai montré que le capitalisme chinois « à imprégnation étatique » développe une puissance considérable en grande partie grâce à son intégration poussée dans l’économie mondiale. Cette base de pouvoir est à son tour utilisée par les dirigeants de l’État pour élever le statut international de leur pays sur les plans économique et politique à la fois. Contrairement à d’autres expériences historiques de nations en développement ou émergentes, l’ouverture économique de la Chine n’a ni créé de dépendances asymétriques ni restreint sa marge de manœuvre politique. Au contraire, elle a élargi le champ d’action de l’État en politique économique étrangère et permis à des sociétés chinoises de concurrencer sérieusement à l’international d’autres compagnies bien établies. Enfin, la Chine s’est taillé un rôle de premier plan – fût-il contesté – dans le processus de régionalisation en Asie orientale.

Deuxièmement, l’ascension spectaculaire de la Chine dans une économie mondiale fragile dominée par les États-Unis s’accompagne – malgré de multiples interdépendances, des efforts de coopération et des choix politiques pragmatiques – de tensions qui illustrent sa nature contradictoire. Même les auteurs les plus optimistes (chinois aussi bien qu’américains) s’inquiètent de voir « grandir la méfiance stratégique ». Nouvelle grande puissance évoluant dans une économie mondiale instable, la Chine poursuit des objectifs nationaux qui, quelle que soit la rhétorique défensive dont ils s’habillent, ne vont pas forcément dans le sens des intérêts économiques des autres pays. Si elle n’est pas assez forte pour obtenir tous les changements qu’elle souhaiterait dans les réseaux mondiaux de réglementation, du moins a-t-elle accru son influence en Asie orientale, région économique la plus dynamique du globe, ainsi que ses capacités de blocage et d’influence dans les organisations internationales. Avec les États-Unis se sont établis des rapports fondés sur la dépendance réciproque, mais néanmoins chargés de tensions, comme l’illustrent les récents différends monétaires. Autrement dit, les interdépendances économiques ne conduisent pas nécessairement à une combinaison gagnant-gagnant. Elles ne sont pas davantage assurées de durer, ne serait-ce qu’en raison de l’existence d’espaces monétaires multiples et protégés par des États. L’escalade de la rivalité sino-américaine sous forme d’un conflit militaire est certes peu probable pour l’instant, mais cela ne nous dispense pas de prendre connaissance des formes « inférieures » de concurrence et de tensions qui caractérisent aujourd’hui la relation entre une Chine ambitieuse et des États-Unis installés en position dominante.

Heureusement, les dépendances économiques réciproques et les efforts de coopération économique et politique l’emportent encore dans la relation bilatérale. Il est malgré tout facile d’imaginer des facteurs susceptibles de retourner cet équilibre : un changement dans la répartition de la puissance en Asie orientale ; l’érosion du réseau mondial de réglementation politique et économique sous domination américaine ; un débordement de la méfiance politique et de la rivalité économique au-delà de leur champ actuel (commercial et monétaire), par exemple à propos de l’accès aux matières premières ; la difficulté à résoudre les crises économiques d’une manière à peu près satisfaisante pour tous les intéressés. Si cette coopération délicate venait à se défaire, le cours des choses pourrait prendre une orientation destructrice ? »

– ten Brink, T. (2014). L’ascension du capitalisme chinois : l’interdépendance n’empêche pas les tensions. Critique internationale, 63(2), 113-130.

Lectures supplémentaires / complémentaires :

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  • Kernen, A. (2004). 2. L’invention d’une gestion politique du secteur privé. Dans : , A. Kernen, La Chine vers l’économie de marché: Les privatisations à Shenyang (pp. 91-109). Editions Karthala.
  • Tiberghien, Y. (2012). Chapitre 3. Chine, Japon et Corée face au futur du monde. Dans : , Y. Tiberghien, L’Asie et le futur du monde (pp. 79-115). Presses de Sciences Po.
  • Kernen, A. (2004). 1. Le secteur privé vecteur accessoire de la privatisation. Dans : , A. Kernen, La Chine vers l’économie de marché: Les privatisations à Shenyang (pp. 49-89). Editions Karthala.
  • Cooper, R. (2003). État postmoderne ou État de marché ?. Le Débat, 126(4), 142-156.
  • Chevallier, J. (2004). L’État post-moderne : retour sur une hypothèse. Droits, 39(1), 107-120.
  • Beck, U. (2003). Redéfinir le pouvoir à l’âge de la mondialisation : huit thèses. Le Débat, 125(3), 75-84.
  • Nabli, B. (2017). L’Etat: Droit et Politique. Armand Colin.
  • Nabli, B. (2017). Première partie. La construction de l’État. Dans : , B. Nabli, L’Etat: Droit et Politique (pp. 18-20). Armand Colin.
  • Nabli, B. (2017). Chapitre 1. Une construction philosophique. Dans : , B. Nabli, L’Etat: Droit et Politique (pp. 21-30). Armand Colin.
  • Nabli, B. (2017). Chapitre 2. Une construction politique. Dans : , B. Nabli, L’Etat: Droit et Politique (pp. 31-48). Armand Colin.
  • Nabli, B. (2017). Chapitre 3. Une construction juridique. Dans : , B. Nabli, L’Etat: Droit et Politique (pp. 49-69). Armand Colin.
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  • Rotermund, H. (1999). Chapitre premier. La création d’un État moderne. Dans : Hartmut O. Rotermund éd., L’Asie orientale et méridionale aux XIXe et XXe siècles: Chine, Corée, Japon, Asie du sud-est, Inde (pp. 239-263). Presses Universitaires de France.
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