« Dé-confinement » « Foutur » : entre Irrationalité(s) & Irresponsabilité(s)

La pandémie actuelle et les mesures contraignantes imposées globalement aux populations ont poussé les chefs d’État à s’adresser à leurs concitoyens. Si la stratégie adoptée pour la gestion de la crise du coronavirus a été différente en France et en Allemagne, la communication des deux alliés européens l’a été non moins, en étant même diamétralement opposée. Pour sa première grande intervention télévisée, suivie le 16 mars par 35 millions de téléspectateurs, Emmanuel Macron, parlant de « mobilisation générale », répéta six fois en quelques minutes que nous étions « en guerre ». Deux jours plus tard, Angela Merkel, dans un discours prononcé à la télévision, déclarait qu’avec la pandémie de la Covid-19, son pays n’avait rien connu de tel, comme « défi », qui dépendit autant de la solidarité commune, depuis non pas la Réunification allemande mais depuis la Seconde Guerre mondiale.
La guerre évoquée par la chancelière n’était donc pas celle à laquelle le président de la République avait fait référence. En ne disant pas que son pays était en guerre, Angela Merkel s’attachait avant tout à engager le moral de la nation de son pays. D’ailleurs, le 11 avril, le président allemand Frank-Walter Steinmeier exprimait son désaccord avec ce type de métaphore guerrière, en déclarant que cette pandémie était un test d’humanité solidaire et non une guerre.
« Ayant connu les privations de liberté en ex-RDA, Angela Merkel était réticente à prendre des mesures à l’encontre des libertés individuelles. »

C’est que les deux pays voisins n’ont pas eu la même approche de la crise, notamment sur le dépistage prôné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au point que le nombre de tests pratiqués en Allemagne, dans le dessein d’isoler les malades, a été l’un des plus élevés au monde. Et puis, pas question d’imposer aux citoyens allemands une limitation des déplacements ou un quelconque couvre-feu : tout au plus des restrictions mises en place le 22 mars avec une interdiction des contacts (Kontaktverbot), mais pas de confinement radical et autoritaire (Ausgansperre). Importante nuance pour Angela Merkel qui, ayant connu les privations de liberté en ex-RDA, était réticente à prendre des mesures à l’encontre des libertés individuelles.
« Pour quelqu’un comme moi pour qui la liberté de voyager et de circulation a été un droit durement acquis, de telles restrictions ne peuvent être justifiées que par une nécessité absolue », expliquait-elle. Et de tenir à ce que les gens puissent se déplacer, se promener dans les parcs et jardins et faire du sport sans justificatif ni contrainte horaire. Seules la Bavière, la Sarre et la Saxe appliquèrent des règles strictes qui s’apparentaient à ce qui était en vigueur en France, en Italie et en Espagne ; le gouvernement fédéral n’ayant pas même évoqué le recours, pourtant autorisé par la Constitution allemande, autrement dit par la Loi fondamentale, à l’état d’urgence qui aurait pu limiter le pouvoir des Länder. Ainsi ces derniers purent-ils fermer l’accès à leur territoire à tous ceux qui n’y étaient pas résidants, et le Mecklembourg ainsi que le Schleswig-Holstein interdire celui de leurs plages.
« Emmanuel Macron n’a presque jamais cité les autres institutions démocratiques, rappelant à quel point le pouvoir est centralisé en France. »
De sorte que c’est bien loin de la rhétorique guerrière du président Macron que la chancelière Merkel en appelait à l’obéissance, à la discipline et à la solidarité de chacun. Un appel à une communauté de citoyens mûrs qui n’avaient pas besoin de confinement forcé pour comprendre l’urgence et la gravité de la situation. « Je crois fermement que nous réussirons dans cette tâche si tous les citoyens la considèrent vraiment comme leur tâche », martelait Angela Merkel. Manière de responsabiliser les Allemands, à la fois individuellement et collectivement. À cet égard, le moment le plus important de son discours fut assurément celui de sa réaffirmation de la démocratie qui, comme idée, a besoin que les gens y participent, y adhèrent et y croient : « Nous sommes une démocratie. Nous ne vivons pas sous la contrainte, mais d’un savoir partagé et de l’action commune. C’est une mission historique et nous ne pourrons la surmonter qu’ensemble ». De quoi mettre en lumière, entre les dirigeants allemands et français, d’importantes différences quant à la manière de communiquer sur l’exercice du pouvoir dans une démocratie, ne serait-ce qu’au regard du style personnel.
La chancelière d’utiliser presqu’exclusivement le « nous », impliquant que c’est en dialogue d’équipe que les décisions étaient prises et que les actions étaient menées. Et de citer et de remercier fréquemment le gouvernement mais aussi le parlement et les Länder. Emmanuel Macron, lui, de parler à la première personne : « j’ai fait », « j’ai décidé », donnant l’impression d’agir seul à la manière d’un souverain suprême. Et de ne presque jamais citer les autres institutions démocratiques, rappelant à quel point le pouvoir est centralisé en France. Toutes différences auxquelles s’ajoutent le contraste entre, d’une part, la communication confuse, sinon contradictoire de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, interprétant très mal les premiers signes de la crise, et d’autre part, la communication apaisée, sobre, transparente et factuelle d’Angela Merkel. Et cela, en intervenant à quatre reprises, en seulement huit jours, dans le cadre de conférences de presse communes avec d’autres dirigeants, sur un pied d’égalité. En témoigne, par exemple, le rôle tenu alors par le ministre de la Santé Jens Spahn et le directeur de l’institut Robert Koch (l’agence fédérale responsable du contrôle et de la prévention des maladies).
« Faut-il au fond conclure à une simple erreur de communication ? Ne doit-on pas plutôt comprendre que derrière ce langage belliqueux se jouait en réalité une guerre non tant médicale que politique ? »
Reste qu’au-delà de toutes ces différences, Emmanuel Macron a parlé de guerre. De guerre contre le virus dont le but se définit comme la défaite d’un ennemi. Pourquoi cet abus de la métaphore militaire ? Déclaration d’un état d’urgence ? Nombreux sont ceux qui estimèrent que le vocabulaire guerrier du président n’était pas adapté sinon dans le cadre d’opérations télévisées précisément destinées, comme lors d’une guerre, à rassurer « l’arrière ». Et nombreux ont été ceux qui ressentirent l’installation d’un hôpital militaire de campagne à Mulhouse relever d’une propagande d’État en temps de guerre, d’autant qu’à son inauguration, le 25 mars, le président de la République promu chef de guerre, réutilisait le ton martial de ses précédentes interventions. Tout aussi nombreux ont été ceux qui dénoncèrent, ici et là, une emphase guerrière qu’en réalité on avait pu commencer à percevoir, dès le 12 mars, avec l’appel fait par Emmanuel Macron à l’unité nationale, à l’« Union sacrée », à la « force d’âme » du peuple français. Le président de la République de miser sur la souveraineté de l’État national pour résoudre un problème de pandémie qui transcende les frontières en infectant toutes les nations du monde. Car le virus n’a aucun passeport.
Ainsi l’heure était-elle à la mobilisation générale, à « l’abnégation patriote », puisque « nous sommes en guerre » contre un ennemi « qui est là, invisible, insaisissable, qui progresse. » Et dans le choix de cette posture jupitérienne, la militarisation du langage chez certains ministres apparut plus explicite encore : que ce soit les « alliés de la guerre » de Castaner, les « défaitistes » de Pénicaud et « l’armée de l’ombre » du ministre de l’Agriculture ou le « pont aérien » du Premier ministre pour parler d’avions devant rapporter des masques de Chine ou bien la « guerre sanitaire et financière » de Bruno Lemaire qui sera « longue, violente et va mobiliser toutes nos forces ». Faut-il au fond conclure à une simple erreur de communication ? Ne doit-on pas plutôt comprendre que derrière ce langage belliqueux se jouait en réalité une guerre non tant médicale que politique ? Ou alors, il aurait fallu que le gouvernement réquisitionne bien davantage l’industrie pharmaceutique comme le fit le 23 mars, le ministre-président Vert du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, envoyant une lettre aux acteurs industriels de son État pour qu’ils réorientent leur production vers une véritable « économie de guerre ».
« Les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille avec des soldats envoyés en première ligne, ni les soignants des militaires partis au front, prêts à être sacrifiés aux ordres d’un général, et le coronavirus n’a pas décidé de nous déclarer la guerre. »
En tout cas, l’emploi métaphorique de la guerre renforce la façon dont la maladie est envisagée comme un « autre », tel un ennemi dans un conflit, même si la Covid-19 n’est pas synonyme de mort certaine. Ainsi, durant la campagne contre la tuberculose, conduite en Italie dans les années 20, on pouvait voir une affiche intitulée Guerre contre les Mouches, où les mouches étaient représentées sous forme d’avions ennemis lâchant des bombes mortelles. Et c’est bien là une caractéristique ancienne de la métaphore guerrière pour désigner le choléra ou la tuberculose : la maladie vient invariablement d’ailleurs. En l’occurrence, le virus de la Covid-19 vient de l’étranger, vient de Chine. Dès lors, pour tout régime en difficulté qui a besoin d’un bouc-émissaire, la métaphore de la guerre tandis qu’on est en paix, semble inévitable. Emmanuel Macron, affaibli par le mouvement des « gilets jaunes » et la contestation de sa réforme des retraites, s’y est engouffré tout comme Donald Trump qui, le 18 mars, clamait qu’il était « un président en temps de guerre » non sans annoncer qu’il allait recourir au Defense Production Act, une disposition inutilisée depuis la guerre de Corée qui permet d’accélérer la production d’équipements nécessaires à la lutte contre une épidémie. Ainsi est-il logique que ces gouvernants s’en soient rapportés au lieu étranger où se situe l’origine de la pandémie : « Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas. Il appartient à la Chine de les dire », attaquait Emmanuel Macron dans un entretien accordé le 16 avril au Financial Times tandis que Donald Trump fustigeait ce qu’il appelle le virus « chinois » selon une formule calquée sur celle du « choléra asiatique » rapidement devenu, après 1817, une maladie épidémique mondiale. La maladie étant une forme d’invasion étrangère, et de fait, la Chine est économiquement invasive dans le monde… Et pour cette raison aussi, le président des États-Unis mettait fin le 29 mai à la relation entre son pays et l’OMS en l’accusant d’être une « marionnette de la Chine ».
En attendant, les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille avec des soldats envoyés en première ligne, ni les soignants des militaires partis au front, prêts à être sacrifiés aux ordres d’un général, et le coronavirus n’a pas décidé de nous déclarer la guerre. En vérité, on n’a jamais utilisé une posture et une sémantique guerrières que pour cautionner un État de plus en plus autoritaire. La conséquence directe en est bien sûr la perte de confiance dans les acteurs politiques. Mais le chef de l’État l’a énoncé le 31 mars à Angers : « j’ai un principe simple : quand on mène une bataille, on doit être uni pour la gagner. Et je pense que, toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès alors que nous n’avons pas gagné la guerre sont irresponsables. » Néanmoins une chose est sûre, l’Allemagne s’en est mieux sorti que la France dans la lutte contre la Covid-19, faisant même figure d’exception. Cela étant, c’est à une autre guerre que l’on pourrait bien assister : celle des plans de relance économique et financière afin de soutenir les États membres de l’Union européenne (UE) affaiblis par la crise. Une guerre commencée par la proposition commune en matière budgétaire d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron qui n’a cette fois rien à voir avec leur appréhension différente de l’épidémie, laquelle aura finalement révélé un abîme entre les deux pays voisins.

« The title says it all, really (and the full FT article is kindly provided in the link below, if you can’t access it directly).

Some of the jaw-dropping highlights, or perhaps lowlights:

BBC: “France has gone into recession, after its worst economic contraction since the second world war. Official figures show the economy shrank by 6 % in the first quarter because of coronavirus”

Meanwhile « researchers in Germany predict the economy there could contract nearly 10% this quarter”

And “the UK economy could shrink by around 14% [to 24%] between now and June”

In the US, « Greg Daco, chief U.S. economist at Oxford Economics, says the economy is assured of a recession — at least two consecutive quarters of economic decline — with output falling 0.4% in the first quarter and 12% in the second. That would be the biggest quarterly contraction on record, but Goldman Sachs upped the ante on Friday, saying it expected a 24% drop in the second quarter. ‘This is not just a blip,’ Mr. Daco said of the outlook. ‘We’ve never experienced something like this.’ If Mr. Daco’s 10% figure is borne out, 16.5 million people would be out of work, compared with 5.8 million in February. » (The New York Times)

« The scale of the global Covid-19 crisis defies immediate comparison. Over 3m people were added to the US jobless figures in a single week; nearly 500,000 in the UK. Morgan Stanley expects a 30% contraction in US GDP, while the Federal Reserve Bank of St Louis has speculated about a 50% drop.

These figures are spectacularly, cataclysmically bad in economics terms: to underline the point, we are significantly beyond anything we saw in the great financial crisis. The numbers we are now seeing forecast are closer to the kind of collapse associated with the transition from the ‘planned’ economies in Eastern Europe.

Yet it is more than a matter of scale. It is a crisis of the economic mechanism itself – of the vast global machine we have built, geared towards the production of greater and greater wealth. » (Novara Media).

BBC: « Over the last three weeks, more than 16 million people in America have made unemployment claims, as restrictions on activity to help contain the virus force most businesses to close and put about 95% of Americans on some form of lockdown.

The surging joblessness is a stark reversal for the world’s biggest economy where the unemployment rate had been hovering around 3.5%. Economists now expect that rate has hit the double digits. »

BBC: « Coronavirus: Canada lost a record one million jobs in March. The data, released by the federal statistics agency on Thursday, also pushes the unemployment rate to 7.8%. March saw the largest loss of jobs in a single month since the records began in 1976. »

Guardian: « Coronavirus UK live: Lockdown could shrink GDP by 35% and see unemployment rise by 2m, says OBR. »

The Spectator chillingly reports “latest forecasts saying that a quarter of the British economy might have gone by the summer », and asks the pertinent question of whether this cataclysmic impact might actually be far worse than the actual pandemic. Usefully, they avoid posing this as a crude « jobs/economy » versus « lives » debate, but rather a « lives » versus « lives » debate:

« How to stop the end of lockdown being seen as a question of ‘lives vs money’. As a former economic adviser, Hancock is certainly mindful of the money: a £200 billion deficit could mean another decade of austerity. But other figures – infections, mortality rates and deaths – are rightly holding the national attention. Phasing out the lockdown needs to be spoken about in terms of lives vs lives. Or, crudely, whether lockdown might end up costing more lives than the virus.

Work is being done to add it all up and produce a figure for ‘avoidable deaths’ that could, in the long-term, be caused by lockdown. I’m told the early attempts have produced a figure of 150,000, far greater than those expected to die of Covid.

This is, of course, a model – just like the model for Covid deaths produced by Imperial College. But estimates of lockdown victims are being shared among those in government who worry about the social damage now underway: the domestic violence, the depression, even suicides accompanying the mass bankruptcies. But these are deaths that may, or may not, show up in national figures in a year’s time. It’s hard to weigh them up against a virus whose victims are being counted every day.

Other options are, now, being discussed. Perhaps adverts, politely telling us that our country needs us to work. As one minister puts it: ‘somebody has to pay for the NHS‘.

With latest forecasts saying that a quarter of the British economy might have gone by the summer, it’s a decision that will be better made sooner rather than later. » »

The Political Self

«  »In its latest World Economic Outlook, the IMF calls what is now happening, the “Great Lockdown”. I prefer the “Great Shutdown”: this phrase captures the reality that the global economy would be collapsing even if policymakers were not imposing lockdowns and might stay in collapse after lockdowns end. Yet, whatever we call it, this is clear: it is much the biggest crisis the world has confronted since the second world war and the biggest economic disaster since the Depression of the 1930s. The world has come into this moment with divisions among its great powers and incompetence at the highest levels of government of terrifying proportions. We will pass through this, but into what?

As recently as January, the IMF had no idea of what was about to hit, partly because Chinese officials had failed to inform one another, let alone the rest of the world. Now we are in the middle of a pandemic with vast consequences. But much remains unclear. One important uncertainty is how myopic leaders will respond to this global threat.

For what any forecast is worth, the IMF now suggests that global output per head will contract by 4.2 per cent this year, vastly more than the 1.6 per cent recorded in 2009, during the global financial crisis. Ninety per cent of all countries will experience negative growth in real gross domestic product per head this year, against 62 per cent in 2009, when China’s robust expansion helped cushion the blow.

In January, the IMF forecast smooth growth this year. It now forecasts a plunge of 12 per cent between the last quarter of 2019 and the second quarter of 2020 in advanced economies and a fall of 5 per cent in emerging and developing countries. But, optimistically, the second quarter is forecast to be the nadir. Thereafter, it expects a recovery, though output in advanced economies is forecast to remain below fourth quarter 2019 levels until 2022.

This “baseline” assumes economic reopening in the second half of 2020. If so, the IMF forecasts a 3 per cent global contraction in 2020, followed by a 5.8 per cent expansion in 2021. In advanced economies, the forecast is of a 6.1 per cent contraction this year, followed by a 4.5 per cent expansion in 2021. All this may prove too optimistic.

The IMF offers three sobering alternative scenarios. In the first, lockdowns last 50 per cent longer than in the baseline. In the second, there is a second wave of the virus in 2021. In the third, these elements are combined. Under longer lockdowns this year, global output is 3 per cent lower in 2020 than in the baseline. With a second wave of infections, global output would be 5 per cent below the baseline in 2021. With both misfortunes, global output would be almost 8 per cent below the baseline in 2021. Under the latter possibility, government spending in advanced economies would be 10 percentage points higher relative to GDP in 2021 and government debt 20 percentage points higher in the medium term than in the already unfavourable baseline. We have no real idea which will prove most correct. It might be even worse: the virus might mutate; immunity for people who have had it might not last; and a vaccine might not be forthcoming. A microbe has overthrown all our arrogance.

What must we do to manage this disaster? One answer is not to abandon the lockdowns before the death rate is brought under control. It will be impossible to reopen economies with a raging epidemic, increasing numbers of dead and pushing health systems into collapse. Even if we were allowed to buy or go back to work, many would not do so. But it is essential to prepare for that day, by creating vastly-enhanced capacities to test, trace, quarantine and treat people. No expense must now be spared on this, or on investment in creating, producing and using a new vaccine.

Above all, as the introductory essay to a report from the Peterson Institute for International Economics in Washington on the essential role of the Group of 20 leading countries states: “Put simply, in the Covid-19 pandemic, lack of international co-operation will mean that more people will die.” This is true in health policy and in ensuring an effective global economic response. Both the pandemic and the Great Shutdown are global events. Help with the health response is essential, as Maurice Obstfeld, former IMF chief economist, stresses in the report. Yet so too is economic help for poorer countries, via debt relief, grants and cheap loans. A huge new issue of the IMF’s special drawing rights, with transfer of unneeded allocations to poorer countries, is needed.

The negative-sum economic nationalism that has driven Donald Trump throughout his term as US president, and has even emerged within the EU, is a serious danger. We need trade to flow freely, especially (but not solely) in medical equipment and supplies. If the world economy is broken apart, as happened in response to the Depression, the recovery will be blighted, if not slain.

We do not know what the pandemic has in store or how the economy will respond. We do know what we must do to get through this terrifying upheaval with the least possible damage.

We must bring the disease under control. We must invest massively in systems for managing it after current lockdowns end. We must spend whatever is needed to protect both our people and our economic potential from the consequences. We must help the billions of people who live in countries that cannot help themselves unaided. We must remember above all that in a pandemic, no country is an island. We do not know the future. But we do know how we should try to shape it. Will we? That is the question. I greatly fear our answer.«  »

Philosophy Department at Southwestern University (via The world economy is now collapsing, un article de Martin Wolf paru dans le Financial Time)

«  »The Government should ‘call off the dogs’ and stop ‘harassing’ sunbathers in parks, one of its most senior advisers is urging on the eve of a national review of the coronavirus lockdown.

Professor Dingwall sits on the New and Emerging Respiratory Virus Threats Advisory Group (Nervtag), which advises the Government ‘on the threat posed by new and emerging respiratory viruses.’

He said that he had seen no evidence presented at Nervtag that suggested coronavirus posed a major threat through outdoor transmissions. He said: ‘The probability for example of transmission from a jogger running past you is zero.’

‘We could find no positive evidence that this virus has ever been transmitted outdoors (but abundant evidence of indoor transmission)’. »The Telegraph

The Professor, who has been advising UK governments for 30 years, said: “If it was entirely down to me I would be calling the dogs off. I don’t think it is appropriate to harass sunbathers. It is an indictment of the political and scientific elite that they are not recognising that people living in flats and social housing do not have an alternative to going to parks. Sun is very bad for this virus, it damages its genetic material, so that seems a fair enough thing for me. »

He also criticised the ‘all or nothing’ strategy being pushed by the government, suggesting it has overplayed the dangers of transmission outdoors.

The Professor is part of the New and Emerging Respiratory Virus Threats Advisory Group (Nervtag), which advises the Government “on the threat posed by new and emerging respiratory viruses”, and is an adviser on a top committee which feeds into Sage, the Government’s Scientific Advisory Group for Emergencies.

Dozens of beachgoers who ignored Government advice and travelled to the coast over the Easter weekend to soak up the sunshine have been fined. Police issued more than 50 fixed penalty notices (FPNs) to day-trippers in Brighton, East Sussex, who live outside of the county.

Officers also clamped down on tourists defying Government coronavirus advice to stay at home between Good Friday and Easter Sunday, with more than 100 fines in total handed out across the county. Meanwhile, Kent police have set up an online COVID 19 reporting tool to track those not following the guidance.

A family from Rotherham were told they not allowed out on their own front garden because of the Covid-19 lockdown. “The virus does not stop on your front gardens,” the police officer (unfortunately for her caught on film) warned. “A thousand people died yesterday, a thousand people.”

Police have also cracked down on people sunbathing in parks and threatening to fine those who do not listen to Government advice.

The row over Britain’s coronavirus lockdown intensified last night after another Government scientific adviser said the country ‘cannot hide away forever’ from the disease.

Rupert Shute, the deputy scientific adviser at the Home Office, predicted that 80% of people would get the disease anyway. Speaking to passport officials in an attempt to urge them to return to work, Mr Shute said that while staying home was important, ‘we also have to keep functioning our lives’.

His comments will feed into the row over whether Britain has followed a “community resilience” strategy and over how long the lockdown should last. He said: ‘You are no more at risk at the workplace as you would be in your home or at the supermarket. It is about minimising it. We are working on the assessment that 80% of us, if we haven’t already, will get the virus. We cannot hide away from it forever.’

Mr Shute’s comments appear to echo previous Government briefings that up to 80 per cent of people will eventually contract coronavirus.

In March, a major study by Oxford University suggested that millions of people in the UK may have already built up coronavirus immunity. « The new coronavirus may already have infected far more people in the UK than scientists had previously estimated — perhaps as much as half the population — according to modelling by researchers at the University of Oxford », noted the Financial Times.

Oxford’s Evolutionary Ecology of Infectious Disease team, led by professor Sunetra Gupta, an Oxford theoretical epidemiologist, also challenged the computer modelling done by Professor Neil Ferguson at Imperial College, which formed the basis for the government’s lockdown U-turn. « I am surprised that there has been such unqualified acceptance of the Imperial model, » said Prof Gupta.

« If her work is accurate, that would likely mean a large swath of the population has built up resistance to the virus« , observed the Times. « Theoretically, then, social restrictions could ease sooner than anticipated. What needs to be done now, Gupta said, is a whole lot of antibody testing to figure out who may have contracted the virus.

The modelling brings back into focus ‘herd immunity‘, the idea that the virus will stop spreading when enough people have become resistant to it because they have already been infected. The government abandoned its unofficial herd immunity strategy — allowing controlled spread of infection — after its scientific advisers said this would swamp the National Health Service with critically ill patients.

But the Oxford results would mean the country had already acquired substantial herd immunity through the unrecognised spread of Covid-19 over more than two months. If the findings are confirmed by testing, then the current restrictions could be removed much sooner than ministers have indicated. » (The Times).

Ministers are expected to keep draconian measures in place while the lockdown is being reviewed by the Scientific Advisory Group for Emergencies (Sage) which meets on Wednesday and again on Thursday to consider its effectiveness. »

The Political Self (via l’article du Telegraph : Government should be ‘calling off the dogs’ and relaxing lockdown rules, scientific adviser says

Advisers to scientific group reviewing lockdown are alarmed at police closing parks and threatening to arrest sunbathers)

« Yesterday, the prime minister of the Netherlands, Mark Rutte, struck a similar note, saying, “We can slow down the spread of the virus while at the same time building group immunity in a controlled way.”

But shooting for herd immunity right away would be a disastrous strategy, according to the newest models. That’s because so many people will become severely ill—and a sudden boom in sick people needing hospital or ICU care will overwhelm hospitals. The UK this week signaled it would instead do more to suppress the virus, including discouraging gatherings. Slowing it down would mean health systems could be spared and lives saved, but ultimately the result could be the same. That is, even if the pandemic is drawn out over time, it may still take herd immunity to bring it to an end.

As Matt Hancock, the UK Secretary for health and social care, clarified after criticism of the UK government: “Herd immunity is not our goal or policy. It’s a scientific concept.”

But what exactly is herd immunity?

When enough of the population is resistant to a germ, its spread stops naturally because not enough people are able to transmit it. Thus, the “herd” is immune, even though many individuals within it still are not.

Although it is ghastly to contemplate the prospect of billions being infected by the coronavirus, which has an estimated fatality rate per infection somewhere around 1% (pdf) (that too is uncertain, and the fatality rate of cases rushed to the hospital is higher), we’ve seen evidence for the emergence of herd immunity in other recent outbreaks.

Consider the Zika virus, a mosquito-borne illness that caused a epidemic panic in 2015 because of a link to birth abnormalities.

Two years later, in 2017, there was no longer nearly so much to worry about. A Brazilian study found by checking blood samples that 63% of the population in the northeastern beach city of Salvador had already had exposure to Zika; the researchers speculated that herd immunity had broken that outbreak.

Vaccines create herd immunity too, either when given widely or sometimes when administered in a “ring” around a new case of a rare infection. That’s how diseases like smallpox were eradicated and why polio is close to being erased. Various vaccine efforts are under way for this coronavirus, but they may not be ready for more than a year.

Even then, vaccine makers can find themselves in a losing race with nature to see which protects the herd first. That’s in part what happened in 2017, when drug maker Sanofi quietly abandoned a Zika vaccine in development after funding dried up: there simply wasn’t much of a market any longer.

The coronavirus is new, so it doesn’t appear that anyone is immune to it: that’s what lets it spread and why it can have such severe effects in some people.

For herd immunity to take hold, people must become resistant after they are infected. That occurs with many germs: people who are infected and recover become resistant to getting that disease again, because their immune system is charged with antibodies able to defeat it.

About 80,000 people have recovered from the coronavirus already, and it’s likely they are now resistant, although the degree of immunity remains unknown. “I would be surprised, but not totally surprised, if people did not become immune,” says Myron Levine, an infectious disease expert at the University of Maryland. Some viruses, like the flu, do find ways to keep changing, which is why immunity against such seasonal germs isn’t complete.

When do we reach immunity?

The point at which we reach herd immunity is mathematically related to the germ’s propensity to spread, expressed as its reproduction number, or R0. The R0 for the coronavirus is between 2 and 2.5, scientists estimate (pdf), meaning each infected person passes it to about two other people, absent measures to contain the contagion.

To imagine how herd immunity works, think of coronavirus cases multiplying in a susceptible population this way: 1, 2, 4, 8, 16, and so on. But if half the people are immune, half of those infections won’t ever happen, and so the spreading speed is effectively cut in two. Then, according to the Science Media Centre, the outbreak simmers along like this instead: 1, 1, 1, 1 … The outbreak is snuffed out once the infection rate is less than 1.

The current germ’s rate of spread is higher than that of the ordinary flu, but similar to that of novel emergent influenzas that have occasionally swept the globe before. “That is similar to pandemic flu of 1918, and it implies that the end of this epidemic is going to require nearly 50% of the population to be immune, either from a vaccine, which is not on the immediate horizon, or from natural infection,” Harvard University epidemiologist Marc Lipsitch told a gathering of experts on a video call this weekend.

The more infectious a virus is, the more people need to be immune for us to achieve herd immunity. Measles, one of the most easily transmitted diseases with an R0 over 12, requires about 90% of people to be resistant for unprotected people to get a free ride from the herd. That’s why new outbreaks can start when even small numbers of people opt out of the measles vaccine.

Similarly, if the coronavirus spreads more easily than the experts think, more people will need to get it before herd immunity is reached. For an R0 of 3, for example, 66% of the population has to be immune before the effect kicks in, according to the simplest model.

Whether it’s 50% or 60% or 80%, those figures imply billions infected and millions killed around the world, although the more slowly the pandemic unfolds, the greater the chance for new treatments or vaccines to help.

The newest epidemiological models developed in the UK now recommend aggressive “suppression” of the virus. The basic tactics being urged would be to isolate sick people, try to reduce social contacts by 75%, and close schools. Those economically costly measures could continue for many months.

“Suppressing transmission means that we won’t build up herd immunity,” says Azra Ghani, the lead epidemiologist on the new model of the outbreak from Imperial College London. The trade-off of success is “that we are driving it down to such a low level that we have to keep those [measures] in place.” »

Antonio Regalado (MIT Technology Review, 17 mars 2020)

« Une économie faisant abstraction des humains qu’elle est censée servir, seul un esprit inepte et corrompu peut arriver à faire ça.

Cette pratique s’appelle du « néolibéralisme épidémiologique ». Un rapport de l’Imperial College de Londres a évalué qu’elle pourrait causer 250,000 morts en Angleterre, ce qui a causé son abandon par le gouvernement populiste de Boris Johnson.

[…]

« Saving lives in the pandemic will also save the economy in the long run

If you’ve listened to President Trump or his aides in recent weeks, you might think we have to choose between what’s optimal for public health and what’s optimal for the economy. We can save lives, or maximize gross domestic product.

But if you listen to economists, you’ll learn that this is a false choice. Prematurely reopening businesses, schools and public gatherings — as Trump has agitated to do — would be worse for long-run economic growth than requiring them to remain closed until the virus is contained.

Last week, Trump and his National Economic Council director, Larry Kudlow, complained that the “cure” to this pandemic — that is, our collective economic coma — might “be worse than the disease.” Right-wing news organizations echoed this complaint, sometimes appallingly implying that Grandpa should be sacrificed to juice GDP.

After widespread pushback from public health experts, Trump gave in, and on Sunday extended social distancing guidance through the end of April. Still, he appeared to want credit for making the supposedly bold choice to set aside U.S. economic interests (and by implication, his political interests) to save lives.

In fact, there’s near-unanimity among economists that the best way to limit economic damage would be to listen to the public health experts’ advice about how to limit infections — including by continued dramatic social distancing measures.

This should make sense.

If the virus is not contained, customers will be afraid to shop, travel and dine out, even without mandatory lockdowns. Or, as Harvard economics professor Lawrence H. Summers wrote in The Post recently: “It is an elementary confusion to believe that lost growth and lost jobs are primarily a consequence of social distancing measures rather than the pandemic itself.”

In other words, the demand-side shock would continue, even without forced business closures. So, too, would the supply-side shock. After all, Americans won’t be able to work if they’re sick. They definitely won’t be able to work if they’re dead.

Funny thing about our economy, that: Until the robots take over, we still need healthy workers to produce stuff.

Don’t take my word for it.

In a recent University of Chicago IGM Economic Experts Panel survey, 80 percent agreed that “Abandoning severe lockdowns at a time when the likelihood of a resurgence in infections remains high will lead to greater total economic damage than sustaining the lockdowns to eliminate the resurgence risk.” Not a single economist surveyed disagreed with the statement; remaining respondents instead said they were “uncertain.”

A bipartisan group of high-profile economists and former economic policymakers likewise signed onto a recent letter reading in part: “Saving lives and saving the economy are not in conflict right now; we will hasten the return to robust economic activity by taking steps to stem the spread of the virus and save lives.”

These conclusions are informed by both theoretical models and historical data.

Theoretical work by Martin Eichenbaum and Sergio Rebelo (of Northwestern University) and Mathias Trabandt (of Freie Universitat Berlin) finds that, in the short term, there does appear to be a trade-off between economic activity and health outcomes. That is, the containment measures required to limit the spread of the coronavirus would result in a sharp initial recession. But over the long run, an optimal containment strategy would reduce economic costs, largely because it preserves the lives of workers needed to keep the economy running.

That is, not shuttering businesses would be more expensive for society than strategically shuttering them.

Historical research on the 1918 flu, by Sergio Correia (Federal Reserve Board), Stephan Luck (Federal Reserve Bank of New York) and Emil Verner (MIT) backs this up.

Their new working paper finds that “cities that intervened earlier and more aggressively” through school closures, bans on public gathering, isolation and quarantine did better economically post-pandemic than cities with a more laissez-faire approach.

Economists, by the way, have also found ways to quantify the value of saved lives above and beyond whatever might be measured by wages or productivity.

A new paper from Michael Greenstone and Vishan Nigam, both of the University of Chicago, estimates that moderate social distancing would save 1.7 million (!) lives in the next six months, an astronomical number largely due to not overwhelming hospital systems. This translates to about $8 trillion in economic benefits — equivalent to more than a third of GDP, and more than the size of the entire annual federal budget — when monetized through a standard measure used by the U.S. government called the value of a statistical life.

Economists as a rule are hypersensitive to trade-offs, which are, arguably, the fundamental premise of their discipline. When virtually the entire profession shouts from the rooftops that there are no trade-offs here — and that two critical societal priorities are aligned — we should listen. »

– Catherine RampellThe Washington Post, 30 mars 2020″

« Néolibéralisme épidémiologique » : « Une économie faisant abstraction des humains qu’elle est censée servir, seul un esprit inepte et corrompu peut arriver à faire ça. »

« La Chine a connu des interventions sanitaires fortes pour protéger sa population. Des chercheurs ont publié, dans le journal The Lancet, une évaluation de la transmission et de la sévérité du Covid-19 durant la première vague et informent sur les paramètres à surveiller pour anticiper une probable seconde vague.

Whuan vient de sortir du confinement alors que la première vague de l’épidémie a fait des milliers de morts. En abandonnant sporadiquement cette mesure, nécessaire pour l’économie et la santé mentale du pays, la Chine s’expose a une seconde vague épidémique. D’une part, via des cas importés maintenant que l’épidémie est mondiale, d’autre part, par des cas asymptomatiques toujours contagieux sur lesquels on possède encore peu d’informations. Comment la Chine va-t-elle devoir se préparer et que pouvons-nous apprendre de leur situation ? Un article publié dans la revue The Lancet résume la situation.

Des mesures drastiques utiles

Les mesures utilisées par la Chine lors de la première vague d’épidémie à SARS-CoV-2 qu’elle a connue ont été fort utiles pour limiter le nombre de morts. En effet, après que la quarantaine drastique a été mise en place et que son impact agisse, le taux de dissémination du virus (Ro) a chuté en dessous de 1 et les cas graves étaient 5 fois moins nombreux dans plusieurs provinces chinoises.

Cependant, maintenant que l’heure est au déconfinement et que la pandémie est mondiale, la Chine va devoir faire attention à une possible seconde vague épidémique. En effet, d’autres cas pourront être importés et relancer l’épidémie, étant donné que le confinement et l’absence de vaccin ont empêché l’immunité de groupe de se faire. Les tests massifs doivent aussi se poursuivre pour détecter d’autres cas potentiellement asymptomatiques. Cela donne une image de ce à quoi va ressembler le déconfinement en France. Finalement, pour préparer cette seconde vague probable, la Chine va devoir, comme chaque pays à l’heure du déconfinement, surveiller de très près deux paramètres : le Ro et le taux de cas graves.

Surveiller le R0 et les cas graves

Ce sont les deux indicateurs primordiaux à bien surveiller afin de pouvoir reprendre des mesures drastiques si nécessaire. Si le Ro dépasse à nouveau 1, l’épidémie va de nouveau se répandre et faire des ravages. Rappelons qu’à l’époque de la grippe espagnole, c’est bien la deuxième vague qui avait fait le plus de mort. Aussi, le taux de cas graves est important : si l’épidémie circule mais que les personnes vulnérables restent confinées (et ne sont donc pas touchées) les hôpitaux seront moins submergés. C’est une donnée décisive à prendre en compte afin d’envisager les stratégies contre une deuxième vague potentielle pour atteindre un équilibre optimal entre la santé et la protection économique.

Covid-19 : comment retarder la seconde vague de l’épidémie ?

Alors qu’en Europe nous ne sommes qu’au début du confinement, la Chine vient de lever les restrictions après deux mois de quarantaine. Se pose alors pour le pays la question sensible du « déconfinement » de la population, comment retrouver une vie normale en évitant le retour précoce de l’épidémie ? Une étude publiée dans The Lancet a testé plusieurs scénarios dont un qui permettrait de gagner deux mois.

Dans la province de Hubei en Chine, les habitants retrouvent un semblant de vie normale après plus de deux mois de confinement. Les autorités chinoises ont annoncé la levée des restrictions le 25 mars dernier. Les habitants pourront circuler à leur guise s’ils ne présentent aucun signe de Covid-19. Ce sont donc 56 millions d’habitants – soit un peu moins que la population italienne – qui retrouveront leur liberté. Mais à Wuhan, chef-lieu de la province et foyer initial de l’épidémie, les habitants devront encore attendre le 8 avril.

Cette décision intervient alors que l’épidémie connaît un sérieux coup de frein en Chine. En cinq jours, seuls un nouveau cas local et sept décès ont été recensés à Wuhan. Les autres cas ne concernent que des personnes infectées revenant de l’étranger.

La Chine est désormais confrontée à une situation tout aussi délicate que l’instauration de mesures barrière à l’aube de l’épidémie : le « déconfinement » de millions de personnes. Si les mesures instaurées sont suspendues du jour au lendemain, une seconde vague épidémique pourrait déferler sur le pays.

Une étude parue dans The Lancet a simulé les effets de la levée brutale ou progressive du confinement sur la temporalité et l’ampleur de cette seconde vague. Selon elle, maintenir les mesures un mois de plus retarderait l’arrivée du second pic épidémique de deux mois.

Préparer le « déconfinement » après le pic épidémique

C’est une simulation informatique qui a fourni ces prévisions. Elle est basée sur un modèle compartimental épidémiologique appelé « susceptible-exposed-infectious-removed », ou SEIR, qui est utilisé couramment pour estimer le nombre d’infectés. Pour chaque mesure de distanciation sociale, comme la fermeture d’entreprise et des écoles, la simulation a prédit le nombre d’infectés en fonction du temps.

Les résultats suggèrent que, si ces mesures de confinement sont levées en mars, une seconde vague épidémique peut arriver dès la fin du mois d’août. A contrario, maintenir ces mesures jusqu’en avril retarderait le second pic épidémique de deux mois. La seconde vague n’arriverait qu’en octobre, laissant le temps aux infrastructures de santé de souffler et de se préparer.

“Alléger les restrictions graduellement pourrait retarder et réduire le second pic

« Les mesures sans précédent prises à Wuhan pour réduire les contacts sociaux dans les écoles et sur le lieu de travail ont participé au contrôle de l’épidémie, explique Kiesha Prem, du London School of Hygiene & Tropical Medicine, qui a mené cette étude. Néanmoins, la ville doit désormais être très prudente pour éviter de lever les mesures de distanciation sociale prématurément, car elle pourrait conduire à un second pic précoce. Mais s’ils allègent les restrictions graduellement, cela pourrait retarder et réduire le pic. »

Une étude limitée mais un aperçu intéressant

Comme toutes les simulations, celle-ci possède ses limites. Les scientifiques ont volontairement considéré que les enfants étaient aussi contagieux que les adultes pour simplifier les calculs. De plus, le même taux de reproduction de base (R0) a été appliqué pour tous les cas comptabilisés. Ainsi, les « super-spreader » capables d’infecter beaucoup plus de personnes que le R0 moyen n’ont pas été prises en compte. Elle n’est pas forcément transposable à tous les pays puisqu’elle est basée sur les données disponibles pour la ville de Wuhan.

Malgré cela, elle offre une perspective intéressante sur les moyens pour limiter la seconde vague épidémique. Elle peut permettre aux gouvernements et aux autorités de prendre des décisions sur la gestion d’après-crise.

« Étant donné que de nombreux pays où l’épidémie augmente sont potentiellement confrontés à la première phase de confinement, des moyens sûrs de sortir de la situation doivent être identifiés… », suggère Tim Colbourne, un scientifique à l’University College de Londres, indépendant de cette étude dans un commentaire. »

Julien Hernandez, Futura Sciences (11 avril 2020)

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