Gestion de la Pandémie actuelle : Exemple / Modèle (sud-)africain (?)

Coronavirus : « Le catastrophisme annoncé, reflet de notre vision de l’Afrique »

Laurent Vidal, Fred Eboko et David Williamson
chercheurs à l’IRD
Alors que le pire était redouté pour le continent, la mortalité liée au Covid-19 y est bien plus faible qu’en Europe ou en Amérique, relèvent trois chercheurs.
Face au Covid-19, de bonnes et de mauvaises raisons orientent la commune déraison des projections alarmistes sur l’Afrique, que précède la « réputation » de ce continent. Il était donc attendu ou redouté que l’Afrique et ses systèmes de santé « fragiles » soient le lieu d’une gigantesque oraison funèbre. Cela relève simultanément de l’histoire des pandémies du XXe siècle et d’une curieuse absence de bon sens. Les raisons d’avoir tiré la sonnette d’alarme se heurtent à des représentations de l’Afrique, de sa place dans le monde, entre l’habitus du catastrophisme et la paresse intellectuelle qui veut voir et trouver l’Afrique à la place du mort. Comme si, dans les représentations du monde, l’Afrique était confinée dans le rôle du berceau de la mort et des maux dont on ne guérit pas sans intervention extérieure et « humanitaire ».
Les raisons de craindre le pire sont nombreuses et les faits qui y résistent s’empilent, le tout au cœur d’incertitudes qui jalonnent la marche de cette pandémie. La bien-pensance médiatique a oublié un truisme que le Covid-19 met sèchement en lumière : on ne meurt pas deux fois. Les populations africaines sont plus jeunes que celles des autres régions du monde. C’est le résultat d’une tragédie banalisée : la faiblesse de l’espérance de vie. Cet indicateur morbide devient un atout face au Covid-19, dont la létalité chez les personnes âgées est une des caractéristiques. Avantage ou conséquence d’une tragédie, la situation du Covid-19 génère des discours saturés d’a priori, y compris lorsque ces discours partent de bons sentiments ou d’inquiétudes pavloviennes. Il faut d’abord prendre acte des faits et accepter l’évidence qui n’a pas l’air d’aller de soi aux yeux du monde : les Africains sont des êtres humains ordinaires. Les anciens sont plus fragiles que les jeunes, partout.
Une maladie importée
Après bientôt quatre mois d’épidémie liée au coronavirus, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle un nombre de décès incommensurablement plus faible en Afrique que dans les pays européens ou en Amérique : 1 591 morts au 30 avril (soit 1,3 mort par million d’habitants), alors qu’en Amérique on recensait 75 591 morts à la même date (soit 76 par million d’habitants) et 132 543 en Europe (soit 179 par million d’habitants). Aujourd’hui, quelques premières analyses pondèrent donc la catastrophe annoncée, avec des pistes explicatives. Sont évoqués une série de facteurs : un contact avec diverses infections qui pourrait jouer un rôle protecteur, des leçons tirées d’Ebola et du VIH, un flux de voyageurs internationaux bien moindre qu’en Europe, aux Etats-Unis et en Asie, des mesures gouvernementales prises très tôt, ou encore une capacité de résilience, d’adaptation et d’inventivité forte et éprouvée, elle-même liée à une série de facteurs sociaux et environnementaux.
Pourtant, persiste dans les médias l’idée que la catastrophe (le mot est systématiquement utilisé) va arriver. A défaut de l’hécatombe attendue, la catastrophe sera nécessairement économique ou politique, ou les deux. Une attente trop forte confine à un espoir, et c’est cela qu’il faut contester.
D’un point de vue épidémiologique, les faits sont têtus : « pour une fois », l’Afrique n’est pas « accusée » d’être le foyer du virus, comme pour Ebola ou le sida. La maladie y a été importée et elle est plus brutale ailleurs que sur le continent. En effet, la propagation du Covid-19 à partir des aéroports et des grandes agglomérations telles Le Caire, Alger, Johannesburg, Lagos ou Abidjan est singulièrement lente. Si 45 pays d’Afrique sont aujourd’hui touchés par la maladie, le nombre cumulé de décès, depuis la mi-avril, augmente plus lentement que le nombre cumulé de nouveaux cas, et le nombre de nouveaux cas progresse plus lentement que le nombre de guérisons. Ces indicateurs montrent que l’épidémie stagne ou se résorbe, n’affectant qu’une minorité de la population.
La mobilisation des Etats africains à l’alerte Covid-19 lancée par la Chine et l’OMS a été anticipée dans la majorité des pays. Cette mobilisation a été générale et transversale, impliquant chaque communauté, chaque pan de la société et de l’économie. Pour la plupart des pays, les gestes barrières, la fermeture des lieux de rassemblement, la distanciation physique, l’isolement géographique des zones touchées, le couvre-feu, le port systématique du masque, ont été une réponse logique, peut-être plus ordinaire qu’ailleurs, combinée à un éventail de priorités complémentaires, telles l’assistance alimentaire.
Paresse intellectuelle
Finalement, l’Afrique illustre là un cas d’école de la prégnance des idées reçues sur les faits. Il se joue, spécifiquement dans le cas du Covid-19, également la difficulté à penser l’Afrique comme un acteur de la marche du monde, au-delà d’un sujet d’observation et d’inquiétude pour ceux qui dictent le tempo de la mondialisation. Il y a là une grande légèreté dans le raisonnement, voire une forme de tromperie intellectuelle
.
Ne versons pas dans un complotisme « à l’envers » ni, et c’est peut-être plus grave, à une forme de paresse intellectuelle qui empêche d’analyser les faits car ceux-ci obligent à tordre le bras aux prénotions. Espérons que le « monde d’après » voie plus souvent le triomphe des raisonnements rigoureux et des analyses objectives.
L’Afrique nous appelle ici et maintenant à évaluer les coupes sombres des inégalités et du passé sur la vie de ses habitants et à envisager la résistance des corps amputés de la sagesse des aînés que vise la spécificité macabre du Covid-19. Cette Afrique plurielle, jeune, aux espérances incertaines, montre également une vitalité certaine dont les autres doivent prendre acte. Maintenant.

« Coronavirus : les experts du Quai d’Orsay redoutent le « coup de trop » qui « déstabilise » l’Afrique

Une note de recherche du centre de réflexion du ministère des affaires étrangères alerte sur la vulnérabilité politique des Etats africains face à « l’onde de choc » de la pandémie.

Des Etats africains fragiles ou à la puissance trompeuse ne risquent-ils pas d’être ébranlés par le Covid-19 ? Les chercheurs et diplomates prospectivistes du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS), un outil de réflexion du ministère des affaires étrangères, viennent d’alerter l’exécutif français sur le risque d’une « déstabilisation durable » en Afrique où la pandémie pourrait « amplifier les facteurs de crise des sociétés et des Etats ».

« L’onde de choc à venir du Covid-19 en Afrique pourrait être le coup de trop porté aux appareils d’Etat », peut-on lire dans une note diplomatique du CAPS titrée « L’effet pangolin » : la tempête qui vient en Afrique ?, révélée le 1er avril par le journal économique La Tribune et dont Le Monde Afrique a eu connaissance. Cette note s’inscrit dans un effort de réflexion globale du CAPS sur la géopolitique de l’après-pandémie, même si le ministère des Affaires étrangères a tenu à souligner lors de son point presse de ce 3 avril que « les notes produites par le Centre d’analyse et de prévision ne visent qu’à alimenter, de façon libre, la réflexion interne sur l’ensemble de la politique étrangère » ajoutant même qu’ « elles ne représentent en aucune façon la position du Quai d’Orsay ».

En Afrique, où la crise n’en est qu’à ses prémices – 7 028 cas et 284 morts officiellement recensés vendredi 3 avril –, le Covid-19 pourrait devenir « un virus politique » où « l’Etat va faire massivement la preuve de son incapacité à protéger ses populations », anticipent les analystes du CAPS. Dans cette réflexion tranchante, ils pointent en particulier la vulnérabilité de certains pouvoirs francophones économiquement faibles et contestés politiquement, moins robustes et structurés que d’autres.

« Le mort politique zéro »

L’« effet de comparaison » pourrait être ainsi un déclencheur de crise. Car il serait « défavorable » à « certains Etats fragiles ou dont les politiques publiques sont défaillantes (Sahel, Afrique centrale) au miroir d’autres Etats africains aux institutions plus solides qui incarnent l’autorité (à l’image du Rwanda ou du Sénégal) ». L’inquiétude vise particulièrement « des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale) » pour lesquels « cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l’Etat, qui n’avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires ».

Un autre facteur déclencheur pourrait être « le mort politique zéro », c’est-à-dire « la personnalité dont la mort cristalliserait la contestation, qu’il appartienne au système en place ou à l’opposition ». « Le risque d’infection d’un dirigeant âgé et souffrant d’autres pathologies pourrait avoir de lourdes conséquences et obligerait à se positionner clairement et rapidement sur la fin d’un système et sur une transition ».

L’effondrement d’économies prédatrices, largement dépendantes de partenaires occidentaux et des aides au développement en partie détournées, pourrait être, selon les analystes, précipité par les mesures de confinement. Celles-ci, imposées par la force et difficilement tenables sur plusieurs semaines, « saperont l’équilibre fragile de l’informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social ».

Pour ce qui est des pays pétroliers francophones d’Afrique centrale, la chute du prix du baril conjuguée à une baisse drastique de la production risque de provoquer des pénuries d’essence, d’énergie et de produits de première nécessité.

« Des phénomènes de panique urbaine »

Un tel climat d’angoisse serait propice à des contestations sociales urbaines s’attaquant à la légitimité de pouvoirs autocratiques crépusculaires et corrompus (Congo-Brazzaville, Gabon, Cameroun). Au risque de voir jaillir « des phénomènes de panique urbaine » conjuguée à la montée en puissance « d’entreprises politiques populistes » se livrant à « la manipulation des émotions populaires », notamment auprès des « classes moyennes en cours de déclassement qui seront les premières fragilisées ». Les experts du CAPS soulignent que « les thèses complotistes commencent déjà à fleurir et s’ajoutent aux simples fausses informations pour participer d’une perte de contrôle des opinions publiques ».

Afin d’y parer, le CAPS recommande d’anticiper ces changements probables en privilégiant quatre types d’interlocuteurs. Il s’agit des autorités religieuses crédibles pouvant faire barrage aux projets redoutés des évangéliques des églises dites du « réveil » et des franges les plus éruptives des mouvements politico-religieux musulmans. Les diasporas, les artistes populaires locaux – qualifiés d’« autorités morales crédibles [qui] façonnent les opinions publiques » – et enfin les hommes d’affaires – « entrepreneurs économiques et businessmen néolibéraux » – doivent également retenir toute l’attention de Paris dans son effort de renouveler ses interlocuteurs, préconise le CAPS.

Face à des autorités politiques discréditées, les analystes recommandent, dans leur scénario, d’« accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique ».

Une analyse jugée « pertinente »

Des extraits de ce document interne à diffusion restreinte ont circulé jeudi 2 avril sur les réseaux, provoquant des remous dans certaines présidences d’Afrique francophone pour qui le CAPS est perçu comme l’architecte de la pensée politique africaine de la France. Or, ce centre de réflexion du Quai d’Orsay est chargé de produire des analyses prospectives parfois originales et le plus souvent confidentielles destinées aux diplomates et aux décideurs politiques.

Cette note – qui ne reflète pas une posture officielle de l’Elysée ou de la diplomatie française – a fini par circuler et s’est invitée dans le débat public. Sous couvert d’anonymat, plusieurs diplomates du continent et des hauts responsables de l’Union africaine (UA) interrogés par Le Monde Afrique saluent l’audace de l’analyse jugée « pertinente », « bien argumentée », « disruptive et réaliste ». D’autres, plus enfermés dans une défense de régimes autocratiques au nom d’une certaine vision de la stabilité, fustigent une « note inacceptable ».

Des intellectuels africains ont aussi chevauché le débat pour partager leur vision de la crise. « La plupart des régimes tyranniques d’Afrique ont souvent utilisé le chaos comme l’un des ressorts les plus efficaces pour leur survie, écrit le philosophe camerounais Achille Mbembe dans un texte publié sur sa page Facebook. Après avoir longtemps instrumentalisé le désordre pour se maintenir au pouvoir, seront-ils capables, cette fois-ci, d’instrumentaliser la mort de masse elle-même ? » Et d’ajouter : « Il est cependant vrai que si le virus oblige à fermer les puits de pétrole et à précipiter la crise fiscale, alors nous serons face à l’inattendu le plus radical depuis la décolonisation. » « La tempête qui vient » pressentie par la note du CAPS ?

Frédéric Bobin et Joan Tilouine« 

« En Afrique du Sud, l’explosif cocktail coronavirus et sida

L’Afrique du Sud compte le plus grand nombre de malades du sida au monde. Alors, en pleine pandémie de coronavirus, le mot d’ordre des médecins du pays est clair : dépistage systématique des séropositifs et traitement obligatoire des malades. »

« En Afrique, une catastrophe causée par la COVID-19 redoutée

Il y a à peine deux semaines, les prévisions des experts étaient rien moins qu’effrayantes. L’Afrique allait être rapidement submergée par la pandémie de coronavirus, forcément désastreuse dans un continent pauvre aux systèmes de santé défaillants.

Le nombre des contaminations sur le continent a depuis nettement progressé, mais il reste encore très en-deçà des lourds bilans recensés en Europe ou aux États-Unis.

Selon le dernier décompte établi par l’Agence France-Presse, plus de 12 800 contaminations et près de 700 morts ont été recensés officiellement en Afrique, dans 52 de ses 54 pays. Seuls l’archipel des Comores et le petit royaume du Lesotho y ont échappé.

Le pays le plus touché d’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud, a dépassé les 2000 cas confirmés pour 24 morts, tandis que dans le nord du continent l’Algérie compte 256 morts pour près de 1800 cas. Sans commune mesure avec les plus de 871 000 cas et 71 000 décès recensés en Europe.

Mais la marée monte, alertent les experts

Ces quatre derniers jours, on a vu les chiffres doubler, a averti jeudi Michel Yao, chargé des situations d’urgence en Afrique à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Certains pays pourraient très bientôt connaître un pic important, a-t-il ajouté, sans en citer aucun.

Le virus se répand au-delà des grandes villes. Ça veut dire qu’un nouveau front s’est ouvert, s’est inquiétée la cheffe de l’OMS pour le continent, la docteure Matshidiso Moeti.

C’est la grande inconnue, qui pose la question de la disponibilité des tests de dépistage. Malgré la générosité du milliardaire chinois Jack Ma, qui a promis d’en faire livrer plus d’un million, leur insuffisance est criante.

L’Afrique du Sud, qui dispose du système de santé le plus développé d’Afrique subsaharienne, revendique plus de 73 000 tests réalisés à ce jour, pour une population de 57 millions d’habitants.

C’est beaucoup trop peu pour le type de défi auquel [notre pays] est confronté, a toutefois estimé son ministre de la Santé Zweli Mkhize, qui a prévu de monter la capacité quotidienne à 30 000.

À titre de comparaison, le Nigeria n’affiche à son compteur officiel que 5000 tests pour… 190 millions d’habitants. Le système de dépistage est complètement saturé, confie un médecin d’une clinique privée de Lagos, et on ne sait même pas si les résultats sont fiables.

Par manque de tests, de nombreux pays en sont réduits aux estimations

Le Kenya avait anticipé fin mars jusqu’à 10 000 cas positifs au 30 avril. Il n’en compte à ce jour que 189. Nous ne faisons pas de tests dans les communautés, a reconnu vendredi le directeur général du ministère de la Santé, le docteur Patrick Amoth. Mais nous nous en tenons à nos projections, on verra bien…

Le docteur John Nkengasong, chef du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, concède que, faute de tests, les statistiques ne sont pas parfaites.

Mais il écarte l’idée que de nombreux cas passent sous les radars. Les hôpitaux seraient envahis de malades, ce qui n’est pas le cas, s’est-il réjoui.

L’épidémie a gagné l’Afrique quelques semaines après l’Europe, permettant à ses dirigeants d’adopter des mesures de prévention plus tôt.

La plupart des gouvernements ont fermé leurs frontières et sévèrement restreint les déplacements et les contacts publics sur leur territoire. Couvre-feu, état d’urgence, confinement, toute la gamme a été utilisée.

Ces mesures ont souffert de nombreux accrocs dans les quartiers les plus densément peuplés et les plus pauvres, où la distanciation sociale relève de l’illusion et rester chez soi équivaut à mourir de faim.

Ces décisions ont-elles toutefois ralenti l’épidémie? « Il est trop tôt pour le dire », répète la docteure Moeti.

Chiffres à l’appui, le président sud-africain Cyril Ramaphosa en est lui convaincu. Avant le confinement, la hausse moyenne du nombre de cas quotidiens était de 42 %. Depuis le début du confinement, la hausse quotidienne est passée à 4 %, a-t-il détaillé.

Faute de moyens, le temps peut-être gagné sur la pandémie grâce aux confinements et autres quarantaines n’a pas permis aux systèmes de santé africains de boucher leurs trous, loin s’en faut.

Il y a une grave pénurie de structures de traitement pour les cas critiques de Covid-19, a relevé l’OMS.

Le nombre de lits disponibles dans les unités de soins intensifs ne dépasse pas 5 pour 1 million d’habitants, contre 4000 en Europe. Et celui des « respirateurs » dans les hôpitaux publics est inférieur à 2000.

Ce constat fait, personne n’ose pronostiquer l’ampleur que l’épidémie prendra sur le continent.

L’OMS a relevé que 31 pays africains avaient enregistré moins de 100 cas et veut encore croire que « l’endiguement est possible ». Mais la menace persiste. Le Covid-19 peut non seulement causer des milliers de morts mais aussi semer la dévastation économique et sociale, rappelle sa cheffe pour l’Afrique. »

« SI NOUS DEVONS PERIR EN MASSE:
NOTES DE TERRAIN COVID-19

Il a beaucoup été question de la note de conjoncture du Quai d’Orsay dans l’opinion francophone au cours des dernières semaines.

Je voudrais partager avec vous une breve « note de terrain » en provenance de la region australe de notre Continent. Elle montre que certains de nos Etats ne vont pas a ce combat pour la survie les mains nues. C’est le cas de l’Afrique du Sud.

Evidemment nul ne peut, au point ou nous en sommes, prédire avec exactitude comment il se déroulera, ni comment il prendra fin. Mais l’ampleur de la mobilisation est frappante, et la qualité du leadership politique et social absolument remarquable.

Aujourd’hui, nous en sommes a 2415 cas de contamination, soit 143 de plus qu’hier. Il faut y inclure 49 prisonniers. Depuis le debut de cette calamite, 27 personnes ont perdu la vie. Le nombre de tests conduits a ce jour s’élève a 87 002.

En preparation de la bourrasque qui risque de s’abattre sur le pays, nous avons urgemment besoin de masques, de respirateurs et de gants. Avec le stock de gants actuel, nous pouvons tenir pendant un mois. Les dons en équipements offerts par la Chine sont arrives hier dans la nuit a l’aéroport OR Tambo de Johannesburg.

Les milieux d’affaires estiment que cette calamite nous coutera plus d’un million d’emplois dans le secteur formel, et l’économie va se contracter a hauteur de 10%. Le gouvernement est en train de rechercher des credits partout ou cela est possible, y compris auprès de la Banque des BRICS et de la Banque mondiale. De cette dernière en particulier, il a besoin d’une somme de 60 millions de dollars a injecter dans la lutte contre l’épidémie.

Ce qui est frappant, c’est la façon dont le gouvernement a pris a bras le corps cette tragédie. Très vite, le President RAMAPHOSA, qui s’est adresse a trois reprises a la nation, a mis en place une sorte de conseil de guerre appelée le Covid-19 National Command Council.

Il s’agit d’une structure qui inclue les principaux responsables de tous les secteurs susceptibles de contribuer a l’endiguement et l’eradication de l’épidémie. Pour le seul Ministere de la Sante, quatre groupes de travail sont opérationnels. L’on y compte au moins 20 professeurs, tous des spécialistes en immunologie et en virologie.

Il est rassurant de voir a quel point le gouvernement a choisi, d’emblée, de recourir a l’expertise scientifique locale. Grace a la qualité des universités sud-africaines et des centres de recherche, cette expertise, de renommée internationale, existe. Sa voix dans la lutte en cours est très importante.

Le gouvernement s’est efforce de mobiliser toutes les forces sociales et autres corps intermédiaires et a fini par forger un énorme consensus et un sens de l’unite. Partis d’opposition, syndicats, milieux d’affaires, banques, entreprises minières, société civile, organisations non gouvernementales, églises, universités, écoles et diverses autres institutions se sont rallies a la stratégie définie par le gouvernement qui aura pris grand soin de consulter tout le monde.

Résultat, pour le moment, nous faisons l’expérience de l’un des confinements les plus draconiens au monde. De l’une des societes les plus ouvertes, nous sommes passes a une société pratiquement close sur elle-même. Ce n’est que grace aux technologies numériques que nous restons lies au reste du monde. Les frontières ont été fermées. La police et l’armée patrouillent les rues. L’espace aérien est clos et l’économie est pratiquement (suspendue).

Les taux de contamination restent relativement bas. La stratégie est de les réduire drastiquement d’ici le mois de septembre.

Le gouvernement a elabore un plan en 9 stages. Nous en sommes a la quatrième étape. En termes de comparaison, nous faisons aussi bien (sinon mieux) que la Coree du Sud et Singapore a cette étape de la progression de l’épidémie. Les infections « importées » et les infections internes sont a ce stade moins importantes qu’initialement prevues. Cela devrait permettre de gagner du temps pour se preparer a la veritable bataille qui s’annonce une fois que les pics seront atteints.

En rang pour cette bataille, on a mis en place une armée de 28,000 travailleurs de la santé. Ceux-ci interviennent directement auprès des communautés locales. On est également en train de mettre sur pied un regime de diagnostics, de tests et de traitements plus rapides. Tous les hôpitaux, toutes les cliniques et centres de santé du pays sont en état d’alerte. Les operations de routine ont été suspendues.

Le 14 avril, la communauté des hommes d’affaires, qui coordonne le stock d’équipements de base, a acheté 900,000 gants stérilises, 20,000 protecteurs de visage (face shields), 1,120 000 masques N95, 14 500 masques chirurgicaux et 200 ventilateurs avec des fonds collectes auprès des Sud-Africains ordinaires.

A ce Fonds de solidarité gere par des personnalites integres, chacun contribue selon ses moyens. Près de 2 milliards de rands ont d’ores et deja été recueillis. Des organisations indépendantes ont mis sur pied des banques de nourriture (Food Banks) pour assister les plus nécessiteux. Beaucoup de ‘sans-domicile’ ont été loges dans des structures libérées a l’occasion.

Les plus riches s’efforcent de donner plus. Des fondations privées, a l’exemple de la Fondation Patrice Motsepe, de la Rand Merchant Bank, du Fonds Solidarite (un syndicat Afrikaner) et de Naspers y ont également depose d’importantes sommes d’argent. L’objectif est, dans les deux mois qui viennent, de renflouer les stocks. Les multinationales de la téléphonie ont gratuitement mis a la disposition des établissements scolaires et universitaires des volumes substantiels de trafic pour assurer l’enseignement a distance.

Le taux d’infection a ce jour est de 67 personnes par semaine. Dans le cas ou il baisse, l’on pourra penser a desserrer le confinement. Dans le cas ou il atteint 90 personnes par semaine ou plus, les restrictions resteront en place. Le gros se jouera d’ici au mois de septembre.

La priorité dans les jours qui viennent est de localiser les grands foyers d’infection (hot spots) et de deployer l’infrastructure pour les dépistages de masse, la mise en quarantaine des contamines et le traitement des cas graves dans les hôpitaux et cliniques. il s’agira aussi de se preparer, en cas de morts de masse, a faciliter les enterrements et de mettre en place un plan de vigilance qui durera jusqu’a la découverte d’un vaccin.

Bref, le scenario n’est pas du tout a la catastrophe. Nous sommes conscients du peril qui frappe a la porte. Nous ne sommes pas totalement démunis. Et si nous devons périr en masse, ce ne sera pas sans avoir combattu. »

Achille Mbembe (14 avril 2020)

Quelques commentaires à la note de terrain :

« (Réaction de) Xavier [XYZ] :

Il vaut mieux éviter pour l’instant tout triomphalisme, beaucoup de choses sont encore à connaître de cette zoonose, sur son éventuelle saisonnalité et sa vitesse de propagation aussi, les risques de réinfection….(https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus-la-chronique/reactivation-rechute-reinfection-la-covid-peut-il-revenir?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OrQjNwztmgAeCFmvYQpRXb0&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=579511#xtor=EPR-2-%5BLaLettre14042020%5D)
Tout espèce de nationalisme semble inapproprié en la matière, sinon indécent.
Sur ce terrain je ne suis pas sûr qu’il soit pertinent de comparer la Corée du Sud qui a eu 5 fois plus de cas d’hospitalisations (10600) que l’Afrique du Sud avec un nombre de décès(222) très « raisonnable » pour un pays de 53 millions d’habitants.

Voir aussi le bilan provisoire du Japon (126 millions d’habitants et 143 décès).
Pour information, c’est Taiwan, avec ses procédures de mitigation et de réduction des risques sanitaires, qui présente un bilan véritablement excellent et stable depuis janvier, sans politique de confinement généralisé comme les deux autres pays asiatiques cités, à la différence de la Chine et de plusieurs pays européens qui ont dû opter, par défaut et impréparation (hors Allemagne) pour le confinement généralisé, la mesure moyenâgeuse du pays non préparé.
(https://www.worldometers.info/coronavirus/)

Réponse d’Achille Mbembe :

Xavier – decrire comment, dans un pays comme celui-ci, avec des moyens limites, on fait corps pour lutter contre une épidémie qui pourrait facilement décimer une grande partie de la population, ce n’est pas du tout verser dans « le triomphalisme ». La comparaison avec la Coree du Sud et Singapour a ce stade de l’evolution de l’epidemie n’est pas absolue. Elle vise a donner un minimum de perspective a cet effort.

On ne peut pas (je ne dis pas que vous le faites) constamment dire de l’Afrique qu’elle ne fait rien et attend tout du reste du monde. Et lorsqu’elle fait quelque chose pour elle-même avec ses propres moyens, dire du récit qui en fait le compte rendu qu’il est triomphaliste!

(Question de) Baba :
Félicitations à vous. Il s’agit de rester très vigilants. Veiller , au sens propre. Mais Achille Mbembe, nous voulons en savoir plus sur l’état de la recherche scientifique en A.S. Pas de projet de vaccin? Et aussi sur la réputée phytothérapie de ce pays.

Réponse d’Achille Mbembe : Oui, les Sud-Africains sont engages dans la course pour un vaccin. Dans une semaine, le design pour la fabrication de respirateurs alleges sera valide. L’Afrique du Sud dispose d’universites et de centres de recherche de très grande qualité. Je ne veux pas citer la mienne. Mais prenons par exemple l’université du Cap, l’université de Pretoria, l’université Stellenbosch et quelques autres. Elles sont compétitives sur le plan international. Dans le domaine de la santé, elles sont parfois engagées dans la recherche de pointe. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Les premieres operations du coeur, c’est ici que cela a eu lieu. Dans les domaines de la virologie, par exemple, les dispositifs de recherche sont de qualité internationale.

Beaucoup d’argent y est investi par le gouvernement en comparaison a d’autres pays et pas seulement du continent. Il existe par consequent un énorme capital scientifique et le gouvernement s’appuie fortement sur cette expertise. Ceci est très different de ce qui se passa sous Thabo Mbeki au moment de l’épidémie du SIDA.

(Réaction de) Félicien : Le texte est complet, le fond et la forme interpelle tout lecteur à plus de prise de conscience, la découverte d’un vaccin est attendue pour ramener la sérénité dans les esprits, dans les cœurs et dans les jambes. Ce texte de grande qualité décrit la solidarité complète de la société sud-africaine qui réfléchit sur les stratégies de prévention et de traitement du virus qui surprend toutes les nations. L’auteur conclut ses Notes de Terrain par des mots qui fortifient le mental du lecteur en l’orientant vers le combat. La vie est un combat. Comme plusieurs de vos lecteurs, je ne saurai terminer sans vous manifester, Monsieur Achille Mbembe, mon appréciation, excellent, donc.

(Réaction de) Boris : Voilà exactement la lecture qu’il faut avoir. Ce catastrophisme des médias occidentaux et leurs experts du dimanche fortement imprégnés des logiques coloniales masque en réalité leur infantilisation permanente du continent et leur désir de contrôle de la démographie mais également des changements potentiels qui peuvent intervenir et qui sont consubstantiels à toutes les crises. Il est temps que ces gens enlèvent de leur esprit l’idée d’une Afrique ( autre absurdité dans la mesure où il y a 54 pays sur ce continent ayant des niveaux de développements différents) portée éternellement vers l’assistanat. Pour être plus cru je dirai aidez d’abord et préoccupez vous en premier des pays qui ont eu 10000 morts et dont les dirigeants évoquent l’hypothèse de sortir de l’Union Européenne plutôt que de vous interreser à des pays qui ont moins de 100 morts. Je vais aller plus loin en matière de gestion de la crise du COVID 19 la réaction et le management de crise de l’Etat du Sénégal dès le mois de février est 50 fois plus interressant que celui d’un État comme la France. Notre seul problème c’est l’extra version analytique et intellectuelle de nos dirigeants et l’univers académique qui empêche de valoriser nos avancées. L’urgence d’une décolonisation s’impose et cette crise en est une nouvelle illustration.

(Réaction au commentaire de Boris par) Djalaba : Pure myopie sous le prisme d’un panafricanisme dépassé. Seule chose sensée qui sort de cette rhétorique : « Notre seul problème c’est l’extra version analytique et intellectuelle de nos dirigeants »

(Réaction de) François : Monsieur Achille Mbembe, c’est un tableau magnifique que vous dressez là. On ne peut que le souhaiter pour la première co-puissance économique africaine, qui a plus de 7 millions de personnes avec un facteur de co-morbidité immunitaire lié au Covid-19. Qu’il plaise au Ciel que votre excellent storytelling fasse de l’Afrique du Sud une success story dans la gestion de cette crise dont l’amplitude est un test grandeur nature de la qualité et des capacités des systèmes politique, économique et social. En attendant une évaluation plus documentée, on peut dire que les parangons démocratiques considérés comme des modèles clé-en-main, que l’on vend bien souvent sur fond de populisme aux opinions africaines, qu’ils se sont modestement mis à l’école des « dictatures » (probablement éclairées) orientales. Et que l’on puisse donc penser, à ce stade, qu’au-delà des systèmes, la qualité des hommes, la qualité des citoyens, leurs logiciels mentaux et comportementaux sont des éléments structurels importants pour faire face, ensemble, à une crise si brutale et holistique (crash test de tous les corps sociaux d’un pays) que celle du Coronavirus. »

Achille Mbembe

Article informationnel sur le modèle taïwanais (par James Griffiths, CNN ) élaboré à partir de la gestion de l’épidémie de SRAS de 2002-2004 (lire aussi cet article « Epidemiology and cause of severe acute respiratory syndrome (SARS) in Guangdong, People’s Republic of China, in February, 2003 » publié dans The Lancet, qui explique en partie la connaissance épidémiologique chinoise du présent virus et sa gestion de la pandémie actuelle) :

« Taiwan’s coronavirus response is among the best globally

Hong Kong (CNN)On January 25, as the world was still waking up to the potential danger of the novel coronavirus spreading rapidly out of central China, two governments recorded four new infections within their territory.

Australia and Taiwan have similar sized populations of about 24 million people, both are islands, allowing strict controls over who crosses their borders, and both have strong trade and transport links with mainland China. Ten weeks on from that date, however, Australia has almost 5,000 confirmed cases, while Taiwan has less than 400.

The question is not what Australia did wrong — 20 countries have more cases than Australia, and seven have more than 10 times as many — but how Taiwan has kept the virus under control when other parts of the world have not.

Hard learned lessons

During the severe acute respiratory syndrome (SARS) outbreak of 2003, Taiwan was among the worst-hit territories, along with Hong Kong and southern China. More than 150,000 people were quarantined on the island — 180 kilometers (110 miles) off China’s southeastern coast — and 181 people died.

While SARS now pales in comparison to the current crisis, it sent shockwaves through much of Asia and cast a long shadow over how people responded to future outbreaks. This helped many parts of the region react faster to the current coronavirus outbreak and take the danger more seriously than in other parts of the world, both at a governmental and societal level, with border controls and the wearing of face masks quickly becoming routine as early as January in many areas.

Taiwan has a world-class health care system, with universal coverage. As news of the coronavirus began to emerge from Wuhan in the run up to the Lunar New Year, officials at Taiwan’s National Health Command Center (NHCC) — set up in the wake of SARS — moved quickly to respond to the potential threat, according to a recent report in the Journal of the American Medical Association (JAMA).

« Taiwan rapidly produced and implemented a list of at least 124 action items in the past five weeks to protect public health, » report co-author Jason Wang, a Taiwanese doctor and associate professor of pediatrics at Stanford Medicine, said in a statement. « The policies and actions go beyond border control because they recognized that that wasn’t enough. »

This was while other countries were still debating whether to take action. In a study conducted in January, Johns Hopkins University said Taiwan was one of the most at-risk areas outside of mainland China — owing to its close proximity, ties and transport links.

Among those early decisive measures was the decision to ban travel from many parts of China, stop cruise ships docking at the island’s ports, and introduce strict punishments for anyone found breaching home quarantine orders.

In addition, Taiwanese officials also moved to ramp up domestic face-mask production to ensure the local supply, rolled out islandwide testing for coronavirus — including retesting people who had previously unexplained pneumonia — and announced new punishments for spreading disinformation about the virus.

« Given the continual spread of Covid-19 around the world, understanding the action items that were implemented quickly in Taiwan, and the effectiveness of these actions in preventing a large-scale epidemic, may be instructive for other countries, » Wang and his co-authors wrote.

« Taiwan’s government learned from its 2003 SARS experience and established a public health response mechanism for enabling rapid actions for the next crisis. Well-trained and experienced teams of officials were quick to recognize the crisis and activated emergency management structures to address the emerging outbreak. »

In particular, Taiwan’s rapid and transparent response — with medical officials holding daily briefings on the matter — has been held up as an example of how democracies can still rein in epidemics, even as some were claiming only an autocratic government like China’s could effectively control such a rapidly spreading virus. Taiwan also avoided the type of strict lockdowns that characterized the response in China and many other countries.

Taiwan is in such a strong position now that, after weeks of banning the export of face masks to ensure the domestic supply, the government said Wednesday that it would donate 10 million masks to the United States, Italy, Spain and nine other European countries, as well as smaller nations who have diplomatic ties with the island.

Pandemic politics

Taiwan’s relative success in stymying the coronavirus outbreak has largely been overshadowed by the worsening crisis in Europe and the US, and the sense that, if any lessons were there to be learned, the moment has passed.

While that may be true, why Western countries did not follow Taiwan’s lead in January and February when they still had a chance remains unclear. One contributing potential factor many observers have pointed to is that Taiwan, unlike most every other governments, is not a member of the World Health Organization (WHO).

Taiwan is claimed by China as part of its territory, and Beijing blocks Taiwan from participating in many international organizations unless it does so in a way that conforms to the « one China » principle — which obfuscates the island’s separation from mainland China — such as calling itself « Chinese Taipei » in the Olympics.

Taiwan did have observer status at the WHO until 2016. That changed, however, with the election of President Tsai Ing-wen, of the traditionally pro-independence Democratic Progressive Party, which has been followed by Beijing massively ramping up pressure on Taipei, poaching its few remaining diplomatic allies and staging military shows of force.

The WHO argues that Taiwan’s exclusion from meetings of member states does not have an effect on the day-to-day sharing of health information and guidance, with experts and health workers still interacting with international colleagues through the organization. However, numerous observers, including Taiwanese officials, have claimed that it has had a negative effect both during the SARS epidemic and the current crisis.

Natasha Kassam, an expert on China, Taiwan and diplomacy at Australia’s Lowy Institute, said that early on in the coronavirus pandemic, a lack of direct and timely channels to the WHO « resulted in inaccurate reporting of cases in Taiwan, » with WHO officials apparently relying on Beijing for numbers from the island.

« Taiwanese authorities have complained about the lack of access to WHO data and assistance, » she said.

That lack of information may have forced Taiwan to go it alone and make decisions early on independently of the WHO guidance and broader international consensus.

Assistance goes in both directions, however, and in recent weeks, Taiwanese officials have repeatedly complained that their exclusion from the WHO is preventing the island playing its full part in the global response.

« We want to help — to send out our great doctors, our great researchers, our great nurses — and to share our knowledge and experience with countries that need it, » Vice President Chen Chien-jen, a Johns Hopkins-trained epidemiologist, told the American Chamber of Commerce in Taipei last week. « We want to be a good global citizen and make our contribution, but right now we are unable to. »

Officials on the island have seized on an interview with WHO assistant director-general Bruce Aylward by Hong Kong public broadcaster RTHK last week, in which he appeared to dodge a question on Taiwan, blaming internet connection issues.

In a statement, the WHO said that « the question of Taiwanese membership in WHO is up to WHO Member States, not WHO staff. »

Speaking to reporters Friday, Chinese Foreign Ministry spokeswoman Hua Chunying, said that all sides clearly understand « that WHO members have to be sovereign states. »

« There have been no issues with Taiwan’s participation in relevant WHO events and its obtaining information on public health emergencies, including this pandemic, » she claimed, contradicting the island’s own government. « We hope (the US and Taiwan) stop their attempt in engaging in political manipulation under the pretext of the pandemic. »

A spokesman for the WHO told CNN that « some people are confusing WHO’s technical global public health mandate, with the mandate of countries to determine WHO’s membership. »

« Every year, WHO and Taiwanese authorities and experts interact on vital public health and scientific issues, according to well-established arrangements. During the current Covid-19 pandemic, there are regular interactions as well, » they said in an email. « The Taiwanese caseload is low relative to population. We continue to follow developments closely. WHO is taking lessons learned from all areas, including Taiwanese health authorities. » »

Lire aussi : « Coronavirus : comment la Chine anticipe la deuxième vague ? » ( dans Future Science Santé.

« Le Royaume-Uni avait un temps fait le choix de miser sur « l’immunité collective » pour éviter le confinement et le blocage du pays. Les Pays-Bas également. Mais depuis quelques jours, ces deux pays semblent se raviser. Et opter pour des mesures plus sévères de confinement pour limiter la propagation de la pandémie de coronavirus. Mais de quoi parle-t-on exactement ? 20 Minutes vous aide à y voir plus clair.

L’« immunité collective », c’est quoi ?

C’est un principe selon lequel plus les personnes sont infectées par une maladie, plus elles développent des anticorps contre ce virus, et moins l’épidémie se propage dans la population. « Pour le Covid-19, on estime que le taux de reproduction [contagiosité] tourne autour de 2,5, explique Jean-Stéphane Dhersin, mathématicien spécialiste de la modélisation des épidémies. Ce qui veut dire que les 1.000 premières personnes infectées vont transmettre à 2.500 personnes. Si on ne fait rien, cette courbe augmente de façon exponentielle. Une fois que la moitié de la population est immunisée, un malade va contaminer en moyenne 1,24 personne. Et si 60 % de la population a été en contact avec le virus, vous ne le transmettez qu’à une seule personne. Quand vous arrivez à un taux de reproduction de 1, l’épidémie ne se propage plus. »

Voilà pourquoi certains pays ont fait le choix de ne pas confiner les populations, espérant qu’une diffusion rapide du virus, une fois qu’elle aurait touché 60 % des citoyens, provoquerait une immunité collective protectrice à long terme.

Pour illustrer ce concept, Mircea T. Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, prend une analogie : « Une épidémie, on peut la représenter comme un feu de forêt qui se propage vite. La différence avec les arbres, c’est que les humains bougent : nous avons des contacts pas seulement avec des voisins, mais au travail, pendant les courses. Il suffit qu’une fraction de la population soit résistante à la maladie pour qu’elle empêche la reproduction du pathogène. C’est comme si vous aviez une forêt moins dense. »

Historiquement, d’où vient ce concept ?

Les premiers modèles ont été publiés dès les années 1930. En travaillant sur la grippe espagnole du début du XXe siècle, des mathématiciens ont découvert qu’une épidémie ne meurt pas « faute de combattants » – situation dans laquelle l’agent infectieux finirait par disparaître avec les malades qu’il tue –, mais par acquisition d’une « immunité grégaire », explique Antoine Flahault, spécialiste en santé publique et en épidémiologie à l’AFP.

Mais ce concept est surtout utilisé pour lutter contre des épidémies quand on a un vaccin, afin de déterminer le taux de couverture vaccinal nécessaire, pour être sûr que la variole ou la rougeole va disparaître, par exemple.

Quels sont les pays qui ont choisi cette stratégie ?

Petit à petit, certains pays qui voulaient miser sur cette approche ont revu leur copie. Dans un premier temps, le Britannique Boris Johnson avait popularisé ce terme d’« immunité collective ». Alors que la France imposait un confinement à toute la population (avec quelques dérogations), nos voisins britanniques étaient invités à se laver les mains. Mais face à un scénario cauchemardesque, qui estimait que si rien n’était fait, 250.000 Britanniques pourraient mourir du coronavirus, le Premier ministre a finalement décrété lundi soir un confinement national pour au moins trois semaines.

Aux Pays-Bas, aussi, ce revirement se dessine, mais plus lentement. Si le Premier ministre, Mark Rutte, n’exclut plus un confinement total de la population, il espère « que ce ne sera pas nécessaire ». Mark Rutte avait déclaré la semaine dernière vouloir favoriser le développement d’une immunité collective aux Pays-Bas dont, avait-il prévenu, la plupart des habitants seraient contaminés.

Seul pays européen à faire cavalier seul, la Suède n’a pas suivi la voie du confinement. Si les lycées et universités sont fermés, les écoles primaires, restaurants et bars restent ouverts. Les critiques pleuvent sur les décisions de certains politiques, accusés de faire passer les conséquences économiques désastreuses du confinement avant la protection des plus fragiles.

Pourquoi cela pose problème pour le coronavirus ?

D’abord pour des raisons humaines : attendre que plus de la moitié de la population tombe malade, avec un taux de mortalité entre 1 et 5 % selon les pays, c’est laisser mourir un grand nombre de personnes vulnérables. Par ailleurs, rappelons qu’il n’existe aujourd’hui ni traitement, ni vaccin. C’est aussi un pari risqué car c’est faire fi des conséquences catastrophiques d’un afflux massif de patients dans des hôpitaux en manque de moyens.

Autre souci : il reste beaucoup d’interrogations sur ce Covid-19. Et une des questions porte sur l’immunité à long terme vis-à-vis de ce coronavirus : en gros, peut-on attraper deux fois cette maladie ? « Pour le Sras, coronavirus proche du Covid-19, des études ont montré que les anticorps pouvaient baisser au bout de deux ans, précise Mircea T. Sofonea. Ce qui veut dire que pour ce virus proche, l’immunité n’est pas garantie à vie. Attention, ce n’est pas pour autant transposable au Covid-19, qu’on découvre seulement depuis décembre. Personne ne peut vous dire si les personnes qui ont été contaminées auront une mémoire immunitaire persistante dans un an. Nous avançons dans le brouillard. »

Par ailleurs, ce virus peut-il muter ? « Rien ne dit qu’une immunité de groupe soit suffisante si la pandémie continue dans d’autres pays, qu’elle y circule à bas bruit, reprend l’expert. Et revienne dans quelques mois avec des mutations telles que notre immunité ne la reconnaîtrait pas. » Ainsi, la grippe réapparaît chaque hiver avec des souches différentes, voilà pourquoi il faut se refaire vacciner chaque année.

Pour beaucoup, la question de l’après confinement commence à se poser. Que se passera-t-il si, dès que les mesures strictes sont levées, les Français retournent dans les parcs, écoles et Ehpad ? « En l’absence de vaccin, sachant que cela prend entre 6 et 18 mois pour en développer en moyenne, l’épidémie a de fortes chances de redémarrer, y compris par des cas importés », avertit Marcea T. Sofonea. C’est d’ailleurs ce qui semble être observé dès à présent à Hong-Kong. « Tant que ce seuil de 60 % n’est pas atteint, les Etats devraient maintenir une vigilance sur les chaînes de transmission pour que l’épidémie ne redémarre pas, poursuit l’épidémiologiste. Notamment on gardant en quarantaine les nouveaux cas et en traçant tous les contacts. » Ou en maintenant un confinement pour les personnes les plus fragiles. Les politiques n’ont pas fini de faire face à des dilemmes cornéliens. »

Coronavirus : Qu’est-ce que l’« immunité collective » et pourquoi c’est un pari très risqué ?

« Thiam, Okonjo-Iweala, Kaberuka… : qu’attendre de la « Dream Team » de l’UA face au Covid-19 ?

Grâce à leurs carnets d’adresses inégalés et leurs expériences, Ngozi Okonjo-Iweala, Donald Kaberuka, Tidjane Thiam et Trevor Manuel ont pour mission de mobiliser le soutien économique international sur le continent dans la réponse africaine à la crise sanitaire.

Désignés dimanche 12 avril par Cyril Ramaphosa, président en exercice de l’Union africaine (UA), la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, le Rwandais Donald Kaberuka, le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam et le Sud-africain Trevor Manuel forment le quatuor d’élite de l’UA dans la lutte contre les conséquences économiques du coronavirus sur le continent.

En tant qu’envoyés spéciaux de l’organisation panafricaine, ils sont chargés de « mobiliser le soutien international aux efforts de l’Afrique pour relever les défis économiques auxquels les pays africains seront confrontés à la suite de la pandémie de Covid-19 », souligne l’UA dans son communiqué.

Dans le détail, « les envoyés spéciaux » de l’UA vont solliciter un soutien rapide et concret du G20, de l’Union européenne ainsi que d’autres institutions financières internationales. Celles-ci « doivent soutenir les économies africaines qui sont confrontées à de sérieux défis économiques avec un plan de relance globale pour l’Afrique, y compris la dette différée et des paiements d’intérêts », a déclaré le chef de l’État sud-africain.

Cyril Ramaphosa rappelle que « l’impact et la portée de la pandémie de coronavirus ont été mondiaux, ce qui nécessite une action internationale coordonnée (…) plus particulièrement vis-à-vis des pays en développement qui continuent à assumer le fardeau de la pauvreté, des inégalités et du sous-développement ». »

« L’Afrique de plus en plus touchée par le nouveau coronavirus doit “se préparer au pire” selon l’OMS. Plus d’une quarantaine de pays du continent est désormais contaminée par le COVID-19, avec une forte augmentation ces derniers jours dans certains pays en particulier. Dans cet article qui est régulièrement mis à jour, nous faisons le point de la situation sur l‘évolution de la maladie en Afrique, et comment les Etats s’organisent pour y faire face.

L’essentiel de l’info

La pandémie de coronavirus “s’accélère”. L’OMS appelle l’Afrique à “se réveiller” et se préparer au “pire”.

Des mesures drastiques sont prises par certains pays sur le continent pour endiguer l‘épidémie de coronavirus. Plusieurs ont décrété l‘état de catastrophe nationale.

Plusieurs nations expérimentent le traitement à base de la chloroquine sur ses malades.

Plus de 10.247 cas confirmés dans 52 pays pour plus de 522 décès en Afrique.

Guérisons : Egypte (247), Algérie (90), Burkina Faso (90), Sénégal (92), Afrique du Sud (45), Maroc (76), Nigeria (44), Côte d’Ivoire (37), Cameroun (60), RDC (9), Namibie (2), Congo-Brazzaville (5), Tunisie (5), Ghana (31), Kenya (1), Somalie (1), Togo (17), Tanzanie (1), Angola (1), Soudan (2), Bénin (17), Gambie (2), Guinée (5), Liberia (3), Mali (1), Maurice (7), Gabon (1), Niger (13), Tchad (2). »

Coronavirus : suivez l’évolution de la pandémie en Afrique

Lectures supplémentaires / complémentaires / curieuses :

  • Brunel, S. (2014). L’Afrique est-elle si bien partie ?. Editions Sciences Humaines.
  • Mouchtouris, A. (2019). La violence est-elle irréfutable : Phénoménologie d’un traitement d’une conduite sociale. Pensée plurielle, 50(2), 11-19.
  • Charvin, R. (2019). « Communauté » internationale ou empires oligarchiques ?. Droits, 69(1), 3-28.
  • Geisser, V. (2020). Les revues savantes face à l’idéologie du « darwinisme managérial » : une lutte oui, mais pour quelle survie ?. Migrations Société, 179(1), 3-12.
  • Montay, B. (2019). Théorie et pratique de l’oligarchie. Réflexions idéalistes sur le Livre de Goldstein. Droits, 69(1), 75-98.
  • Bensaâd, A. (2020). Une présence africaine invisibilisée au Maghreb et au Moyen-Orient. Migrations Société, 179(1), 13-28.
  • Morone, A. (2020). Les migrations africaines dans la Libye post-2014 : guerre, crise économique et politiques d’endiguement. Migrations Société, 179(1), 29-42.
  • Cassarini, C. (2020). L’immigration subsaharienne en Tunisie : de la reconnaissance d’un fait social à la création d’un enjeu gestionnaire. Migrations Société, 179(1), 43-57.
  • Chena, S. (2020). De la redécouverte de l’altérité à la redéfinition de soi. Les migrations transsahariennes en Algérie. Migrations Société, 179(1), 59-74.
  • Perrin, D. (2020). Dynamiques juridiques et politiques autour des mobilités en Afrique méditerranéenne et sahélienne : inspirations, ambitions et contraintes. Migrations Société, 179(1), 75-89.
  • Warin, C. (2020). Les conséquences des politiques de l’Union européenne sur les trajets migratoires au Soudan et au Tchad. Migrations Société, 179(1), 91-107.
  • Zeghbib, H. (2020). À l’ombre des circulations verticales subsahariennes, des circulations horizontales intra-maghrébines ?. Migrations Société, 179(1), 131-148.
  • Anteby-Yemini, L. (2020). Défis et enjeux de la migration africaine en Israël. Migrations Société, 179(1), 149-164.
  • Aïssou, A. (2020). La route sinaïtique, une économie de prédation et ses impacts. Migrations Société, 179(1), 165-169.
  • Le Houérou, F. (2020). Le transit de l’horreur : exilés abyssins en Égypte (1992-2019). Migrations Société, 179(1), 177-190.
  • Delorca, F. (2019). Le programme mondialiste à la lumière de l’activisme du financier George Soros. Droits, 69(1), 129-157.
  • Torterat, B. (2019). Sur la notion de bourgeoisie compradore d’après Nicos Poulantzas. Droits, 69(1), 99-111.
  • Gros, F. (2020). Vérités et contre-vérités. Revue internationale de philosophie, 292(2), 9-15.
  • Martínez, E. (2020). Hate as Ideal. Poetry and Thought: Transatlantic Update of a Dispute. Revue internationale de philosophie, 292(2), 71-82.
  • Granek, M. (2020). Œdipe et Ulysse, Freud et Kohut. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 287-291.
  • Vargioni, J. & Houssier, F. (2020). Freud et Abraham : enjeux transférentiels, enjeux narcissiques. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 293-302.
  • Dayan Rosenman, A. (2020). Le témoin et son autre. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 303-313.
  • Quintin, A. (2020). Couple troublé, couple contrôlé : Perspectives sociologiques. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 315-325.
  • Colin, B. (2020). Il n’est de tiers qu’exclu. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 333-343.
  • Guilbaud, O. (2020). D’une déconstruction de la scène originaire. De l’homme aux loups au cas Dick. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 355-366.
  • Joubert, M. (2020). Il faut un esprit pour faire un autre esprit. Une idée si peu freudienne ?. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 367-376.
  • Morel, A. (2020). Le personnage au psychodrame, ou comment passer de un à deux. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 411-421.
  • Jourdan-Peyrony, J. & Servant, B. (2020). Le goût de l’autre. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 435-445.
  • Troian, G. (2020). Revue Brésilienne de Psychanalyse 53(1), 2019, « La haine ». Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 537-541.
  • Bourdin, D. (2020). Dépasser les bornes. Le paradoxe du sexuel, de Jean-Louis Baldacci. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 515-519.
  • Blime-Cousi, A. (2020). Sens et mélancolie : vivre au temps du désarroi, de Christopher Bollas. Revue française de psychanalyse, vol. 84(2), 509-513.

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