Pandémie actuelle : The African Next

« Par ces temps où une inondation pourrait se traduire par une pénurie planétaire de denrées alimentaires, il est difficile de comprendre par exemple que le Sénégal continue de dépendre de la lointaine Thaïlande pour son approvisionnement en riz…

Il y a quelque chose d’indécent à faire des projections sur « l’après covid-19 », si tant est qu’il y en aura un, au moment où chaque pays fait quotidiennement le décompte de ses morts. L’heure est plutôt aux stratégies de survie et à la solidarité, face à un virus qui continue de faire échec à nos connaissances les plus éprouvées. Mais au regard des bouleversements que cette crise sanitaire est en train de produire sous nos yeux, il est peu probable qu’elle n’enfante pas d’un monde nouveau. Ce n’est même pas sûr que le terme de crise soit indiqué pour décrire ce que nous sommes en train de vivre, une crise étant par définition un moment critique que l’on espère surmonter et revenir au statu quo ante. Or il est quasi certain qu’il y aura un avant et un après covid19.

Certains analystes y voient d’ailleurs l‘événement qui marque définitivement notre entrée dans le XXI° siècle. Rien qu’au regard de la façon dont le multilatéralisme et le communautarisme (UE, UA etc..) sont allégrement sacrifiés, chaque pays essayant de tirer son épingle du jeu, parfois au mépris des règles les plus élémentaires du droit international, comme en témoigne cette ridicule « guerre des masques » qui voit les Etats-Unis détourner des commandes destinées à l’Allemagne et la France, l’on peut supposer qu’un monde nouveau se profile à l’horizon. Il vaudra mieux l’anticiper pour ne pas avoir à le subir. Evidemment, il ne s’agit pas de faire de la vaine futurologie, mais de tenter de voir la signification de ce qui s’annonce et qui pourrait, demain, dessiner les contours de la nouvelle géopolitique mondiale.

Il est très peu probable toutefois que tout cela mette un terme à la mondialisation comme certains analystes le redoutent, l’interdépendance des économies étant si forte et si bénéfique pour tout le monde qu’il est impensable de revenir en arrière.

Il se pourrait cependant que la délocalisation à tout va de certains secteurs de la production industrielle qui a fait la richesse de pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil connaisse un coup d’arrêt, chaque Etat redoutant de devoir à l’avenir dépendre de l’étranger en période de crise. Or, si on y regarde de près, ce qui rend la situation très incertaine, c’est que la notion même de « secteurs stratégiques » n’est plus tout à fait claire. Qui eût pu penser il y a quelques mois qu’un secteur apparemment aussi banal que la confection de masques chirurgicaux ferait l’objet de tant de convoitises de la part d’Etats aussi riches que les Etats-Unis et susciter tant de tensions ? Que désormais tout puisse devenir « stratégique » du jour au lendemain, et donc rare et cher, voilà la nouvelle incertitude avec laquelle nos Etats devront désormais apprendre à vivre.

Si la solution pour se mettre à l’abri de telles surprise ne consistera pas à « dé-mondialiser », au moins pensera-t-on à préserver une production nationale pour les secteurs que l’on juge indispensables à la vie quotidienne. Par ces temps de crise écologique exacerbé où une inondation pourrait parfaitement se traduire par une pénurie planétaire de denrées alimentaires, il est difficile de comprendre par exemple que le Sénégal continue de dépendre de la lointaine Thaïlande pour son approvisionnement en riz…La notion de « stock stratégique » que beaucoup de pays pauvres voyaient jusque-là comme un luxe qu’ils ne peuvent se payer deviendra de plus en plus centrale dans les politiques publiques. Bref, il faudrait s’attendre à un retour en force de l‘Etat protecteur et interventionniste, ce dont il faudrait bien entendu se féliciter.

Ce qui donne du poids à cela, c’est qu’il il est quasi certain, au regard des bouleversements de nos écosystèmes, que de nouvelles pandémies, plus fréquentes et peut-être plus meurtrières, surviendront. On le sait, la médecine moderne croyait en avoir fini avec les maladies infectieuses avec l’invention des antibiotiques. Mais voilà qu’elles reviennent en force, sous la forme de zoonoses, c’est-à-dire de pathologies issues de nos interactions avec les animaux. Le Sras, la H1N1, Zika et Ebola ont été des avertissements. Nous n’en n’avons pas tenu compte. Sans doute parce que le mal était plus ou moins lointain, plus ou moins localisé en des endroits bien circonscris de la planète. Le covd-19 nous rappelle que de telles pandémies ne seront plus des événements exceptionnels, et la nouveauté, c’est que désormais c’est par les avions qu’elles se propageront à la terre entière. Et voilà que la notion naguère tant décriée de « village planétaire » acquiert aujourd’hui sa pleine et entière signification. Les Etats qui ne se seront pas préparés à affronter cette nouvelle donne en subiront les contrecoups. Ceux qui auront pris la mesure de ces menaces parce qu’ils ne voudront plus subir le diktat de l’urgence, tenteront de prendre une longueur d’avance sur les mutations en cours, non seulement dans le but de se prémunir, mais surtout en vue de saisir les opportunités qui pourraient éventuellement se présenter ou, simplement, de consolider leur suprématie.

C’est à ces tâches, vastes et difficiles, que nos Etats, et donc l’intelligentsia africaine devraient s’atteler dès à présent, dans un contexte géopolitique mondial où l’Afrique peine toujours à se faire entendre, n’en déplaise à ceux qui nous assurent que nous sommes le continent de l’avenir. A cet égard, les propos racistes de deux chercheurs français sur d’éventuels tests du BCG sur des africains est un rappel à l’ordre qui devrait donner à réfléchir. Au-delà de la colère – légitime – que de tels propos ont soulevée, il importe de voir plus loin et de s’interroger sur le caractère subalterne de notre recherche scientifique. Généralement lorsqu’il s’agit de production de savoirs, le rôle qui revient à l’Afrique est presque toujours celui de « terrain », c’est-à-dire là où l’on va pour faire des tests et/ou amasser des faits empiriques qui seront par la suite dépouillés, affinés, traités et théorisés au Nord. Après soixante ans d’indépendance, nous sommes toujours un appendice de l’Europe en matière de recherche scientifique. C’est elle qui élabore les paradigmes, fixe les protocoles méthodologiques, finance les projets et décide des questions pertinentes, celles qui, précisément, répondent à ses besoins.

Dans cet écosystème, les chercheurs africains sont rarement autre chose que de simples informateurs, quel que soit par ailleurs leur talent. C’est en subalternes qu’ils participent à une recherche mondiale qui ne reconnaît leur mérite que lorsqu’ils répondent aux attentes du Nord. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si beaucoup d’universitaires africains restent encore liés aux laboratoires des universités européennes et américaines dans lesquels ils ont fait leur thèse. Cette extraversion de la recherche africaine est le pendant de l’extraversion structurelle de nos économies. Elle en est la traduction épistémique. Le Sénégal a produit suffisamment de masse critique dans la plupart des domaines pour mettre un terme à cette vassalisation épistémique.

Ce moment de crise devrait donc être mis à profit pour (re)penser les conditions de possibilité de la souveraineté scientifique de l’Afrique, c’est-à-dire l’avènement d’une science maîtresse de ses problèmes, ainsi qu’en appelait, déjà dans les années 1970, le philosophe béninois Paulin Hountondji. Une science maitresse de ses problèmes n’est évidemment pas coupée de la recherche mondiale. Elle ne rejette ni la collaboration internationale, ni les crédits des institutions du Nord, ni ne se contente d’une recherche au rabais. Aucun domaine de la science ne devrait lui être étranger, pas même ceux qui semblent à priori très éloignés des préoccupations quotidiennes de l’homme de la rue. Elle devra seulement s’évertuer à se donner le maximum d’autonomie en termes de financements, de recherche fondamentale, de coopération interafricaine et de personnels qualifiés pour pouvoir formuler en toute indépendance des problématiques endogènes, l’enjeu étant de ne plus dépendre de façon exclusive du savoir des autres. Cela passe aussi et surtout par la revalorisation et la démarginalisation de ce qu’il est convenu d’appeler les « savoirs endogènes », ces connaissances millénaires victimes de la violence épistémique des « savoirs experts », non pas en vue de promouvoir je ne sais quelle science alternative dont on ne voit pas d’ailleurs à quoi elle pourrait ressembler, mais plutôt pour ancrer définitivement notre recherche dans nos biotopes, étant entendu qu’aucun savoir ne s’élabore hors sol, « en fauteuil », comme on dit familièrement.

Ce que cette crise nous aura rappelé, c’est que le savoir est devenu l’infrastructure des sociétés modernes. Un dogme têtu du néolibéralisme a poussé beaucoup d’Etats à démanteler leur service public et à réduire drastiquement les dépenses en direction de l’éducation et de la santé, sous le fallacieux prétexte qu’elles ne seraient pas immédiatement rentables. Il faudra espérer que nos Etats prendront la mesure des enjeux de ce moment sanitaire planétaire – la première dans l’histoire de l’humanité – pour repenser les priorités et accorder à la recherche et à l’enseignement la place qui leur revient de droit dans une démocratie moderne. »

Bado Ndoye.

« Vingt-cinq intellectuels africains dont Kako Nubukpo, Alioune Sall, Felwine Sarr, Achille Mbembe, Reckya Madougou, Souleymane Bachir Diagne, Franck Hermann Ekra et Hakim Ben Hammouda cosignent cet appel à la mobilisation des intelligences, des ressources et de la créativité des Africains pour vaincre la pandémie de Covid-19.

Covid-19 est le nom scientifique du virus responsable d’une maladie respiratoire très contagieuse pouvant devenir mortelle. Épidémie puis reclassée pandémie par l’OMS le 11 mars 2020, ses effets sont dévastateurs : il sème la mort, plonge les économies les plus puissantes dans la récession, et constitue une menace sans précédent pour l’existence des sociétés humaines. Selon certains experts, ce virus serait annonciateur des plus funestes jours à venir pour le continent africain et ses habitants.

L’Afrique n’est pas le foyer d’origine de cette pandémie, pourtant elle fait face à ses durs effets, par les contagions humaines en nombre croissant et la contraction brutale d’une partie significative des activités sociales et économiques essentielles. Le continent est donc sommé d’apporter une réponse indispensable, puissante et durable à une menace réelle qu’il ne faudrait ni exagérer ni minorer, mais bien rationaliser.

Il s’agit de battre en brèche les pronostics malthusiens qui prennent prétexte de cette pandémie, pour donner libre cours à des spéculations à peine voilées, sur une prétendue démographie africaine démesurée, désormais cible des nouveaux civilisateurs. C’est une opportunité historique pour les Africains, de mobiliser leurs intelligences réparties sur tous les continents, de rassembler leurs ressources endogènes, traditionnelles, diasporiques, scientifiques, nouvelles, digitales, leur créativité pour sortir plus forts d’un désastre que certains ont déjà prédit pour eux.

Le continent le moins impacté
Nous allons dans les prochains jours dépasser la barre de deux millions de contaminés par le Covid-19 dans le monde entier. Le virus se propage à une vitesse incommensurable et la résistance des systèmes de santé des pays africains face à ce dernier est au cœur des interrogations. L’offre de services sanitaires, équipements, personnels qualifiés, etc. est désormais la source de toutes les inquiétudes. L’OMS a même appelé récemment les pays africains à « se réveiller » et à « s’attendre au pire ».

Il convient de rappeler que l’Afrique est pour le moment le continent le moins impacté, avec son premier cas confirmé en février 2020 en Égypte, sans que l’on puisse apporter à ce constat, à ce jour, une justification concrète et documentée. Que les écosystèmes locaux, les facteurs démographiques, la nature mutante du virus, l’intensité des flux internationaux et d’autres éléments limitent la propagation de la pandémie reste hypothétique, mais il faut relever aussi la part prise par un certain nombre de mesures drastiques décidées par les gouvernements : fermetures des frontières, des écoles, des commerces et lieux de cultes…

Bien que la nature anxiogène de la pandémie, les contextes politiques locaux plus généralement, incitent à une demande sociale impatiente d’efficacité, l’observation des réponses publiques inégales apportées dans le monde, l’imprévisibilité relative de la pandémie, peuvent expliquer un processus d’essais et d’erreurs.

Systèmes de santé repensés
Si l’appréciation de la réactivité des pays africains est variable, à juste titre, il faut reconnaître pour s’en souvenir, l’effet catastrophique des décennies d’ajustements structurels sur la santé publique et l’offre sanitaire dans les pays africains. Malgré tout, nombre de systèmes de santé ont substantiellement évolué, tirés par la volonté d’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD) en 2030 nonobstant les gaps à combler et des défaillances évidentes.

L’état de l’équipement sanitaire africain, selon les pays, est certes globalement peu satisfaisant et mal doté, mais il serait méprisant de postuler une offre sanitaire inexistante préparant à un mouroir inévitable. De plus, la prise en charge de la santé est souvent sociale et de proximité, bénéficiant aussi des filets culturels qui prescrivent solidarité et gestion familiale des maladies.

Pour ces raisons, les prophéties auto-réalisatrices ne sauraient se justifier. Les scénarios-catastrophes, envisagés çà et là pour le continent, pourraient de facto avoir un impact négatif sur les économies et l’évaluation des risques généralement défavorables à l’Afrique d’avant Covid-19, les investisseurs étant dans un contexte d’incertitude totale.

Les systèmes de santé en Afrique doivent être repensés totalement au regard de nombreuses considérations et limites actuelles, et nous ne devrions pas attendre les possibles effondrements engendrés par une pandémie de cette ampleur pour agir diligemment et efficacement.

Quelques pistes sont envisageables à cet effet :

• À court terme, une véritable union des pays africains sur les plans économique et sanitaire pourrait permettre une mutualisation des réponses aux risques engendrés par le Covid-19 et au-delà. Les initiatives multiples prises pour mobiliser des ressources financières suffisantes afin d’éviter que s’ajoute une crise économique majeure à la crise sanitaire annoncée sont à saluer. Nous appelons vivement, à la fois à une gestion rigoureuse desdites ressources, et à une coordination sous-régionale et régionale efficientes des actions, afin que lesdites initiatives gagnent en synergie et en complémentarité.

• De même, le partage de connaissance, de savoir-faire et de matériels médicaux sera un élément décisif.. L’énorme patrimoine culturel et traditionnel d’où est issue la pharmacopée africaine devrait être davantage mobilisé, mutualisé, panafricanisé, en association avec la médecine et les recherches dites modernes, comme l’ont fait avec succès certains pays comme la Chine. La créativité et l’ingéniosité locales devraient être stimulées, et l’offre artisanale valorisée à l’instar des équipements hydratants hygiéniques nouveaux proposées dans de nombreux pays (Ghana, Cameroun, …).

L’Afrique doit apprendre de ses expériences et des autres régions du monde frappées par la pandémie, elle devrait davantage favoriser la solidarité dont elle possède les gènes, la sensibilisation massive, notamment en zone rurale, et le dépistage massif des populations. Les exemples provisoires de réussites montrent que ce ne sont pas nécessairement les moyens a priori abondants des pays à PIB très élevés qui produisent les meilleurs résultats sanitaires, à l’instar du Vietnam donnant 550 000 masques à 5 pays de l’Union européenne ou même de Cuba exportant son expertise dans la médecine d’urgence vers les pays dits développés

Le coronavirus est révélateur d’une certaine « fin de l’histoire » et de l’existence de modèles alternatifs. Il revient à l’Afrique d’inventer les siens. Notre continent dispose de ressources étendues, d’une population active mobilisable et créative, de professionnels formés pour résister et vaincre la pandémie. Il faudrait pour cela qu’il prenne les bonnes décisions et les ajuste au besoin. L’existence d’une nouvelle conscience reliant le continent à ses diasporas, ses nouveaux réseaux d’intellectuels, de professionnels, de chercheurs, de militants, d’associations, de politiques, d’indépendants, devrait pouvoir apporter des voix neuves et disruptives dans ces débats.

À moyen terme, le principal enseignement de la crise du Covid-19 devrait être le constat pour l’Afrique qu’elle continuera d’être d’autant plus vulnérable aux chocs exogènes qu’elle ne trouvera pas de réponse structurelle aux défis de son développement. Assertion valable aussi bien pour la santé que tous les autres domaines. En effet la dépendance sanitaire reste un problème épineux et le coût des évacuations sanitaires des élites pose un cas d’injustice sociale et d’irrationalité économique, dans la mesure où nombre de ces services sont réalisables en Afrique à moindre frais. La perpétuation d’un modèle d’économie de rente, fondé sur l’exportation de matières premières non transformées en attendant des recettes extérieures volatiles est suicidaire. L’urgence africaine, c’est en l’occurrence la production locale de services sanitaires qualitatifs étendus, la transformation sur place des matières premières, vectrice de création de valeur et d’emplois, et la diversification de la base productive.

Défis de taille
C’est alors même que le Covid-19 met les économies à l’arrêt, sème la mort et la désolation dans les pays, perturbe le fonctionnement des sociétés, criminalise les formes de sociabilité les plus ancrées, perturbe les calendriers politiques, que paradoxalement, sonne pour l’Afrique l’heure de relever ses défis et de réinventer les modalités de sa présence dans le monde.

Certes le défi auquel nous sommes confrontés est de taille car en plus de nos économies à l’arrêt, la pandémie du coronavirus a offert à certaines chancelleries occidentales matière à réactiver un afro-pessimisme que l’on croyait d’un autre âge. Dans les scenarii qui y sont élaborés, le visage de l’Afrique est celui d’un continent vulnérable, où les morts pourraient se compter non pas en milliers mais en millions d’individus. Il nous faut affirmer que ce scénario n’a rien d’une fatalité historique à laquelle le continent ne saurait échapper. Il en dit plus sur ses auteurs que sur la réalité d’un continent Africain, dont nul ne saurait préempter l’avenir et l’assombrir par principe. Il est temps de se rappeler que les périodes de basculement du monde ont toujours engendré un renouvellement paradigmatique, culturel et parfois civilisationnel pour ceux qui embrassent les exigences du changement. Il nous faut donc faire face aux défis qui se profilent et engager résolument les combats nécessaires.

Nous en appelons à tous les intellectuels africains, aux chercheurs de toutes les disciplines, aux forces vives de nos pays, à rejoindre le combat contre la pandémie du Covid-19, nous éclairer de leurs réflexions, de leurs talents, nous enrichir des fruits de leurs recherches et tous de leurs propositions constructives. Il nous faut nous fixer un cap optimiste tout en ayant courageusement conscience des lacunes à combler. Une autre Afrique est possible tout comme l’est une autre humanité dans laquelle la compassion, l’empathie, l’équité et la solidarité définiraient les sociétés. Ce qui pouvait ressembler jusqu’ ici à une utopie est entré dans l’espace des possibles. L’Histoire nous observe qui nous condamnera si nous nous laissons aller à conjuguer notre avenir au passé.

Osons ne pas perdre confiance en l’avenir ou en nous-mêmes. Osons lutter ensemble contre la propagation du Covid-19 et osons vaincre ensemble le précariat mondial auquel donne naissance la pandémie éponyme. Oui, l’Afrique vaincra le coronavirus et ne s’effondrera pas.

Cette tribune a été cosignée par : Kako Nubukpo, Alioune Sall, Reckya Madougou, Martial Ze Belinga, Felwine Sarr, Carlos Lopes, Cristina Duarte, Achille Mbembe, Francis Akindès, Aminata Dramane Traore, Souleymane Bachir Diagne, Lionel Zinsou, Nadia Yala Kisukidi, Demba Moussa Dembélé, Franck Hermann Ekra, Alinah Segobye, Mamadou Koulibaly, Karim El Aynaoui, Mamadou Diouf, Hakim Ben Hammouda, Paulo Gomes, Carlos Cardoso, Gilles Yabi, Adebayo Olukoshi, Augustin Holl, Abdoulaye Bathily, Lalla Aicha Ben Barka, El Hadj Hamidou Kassé. »

[Tribune] Coronavirus : pour en sortir plus forts ensemble.

« COVID-19:
LE JOUR D’APRES, LE JOUG DE LA DETTE
Tout le monde est en train de preparer l’apres-Covid-19, lorsque la course vers une nouvelle partition du monde s’accelerera et deviendra plus brutale encore que par le passe.

Comme dans un jeu a somme nulle, le multilateralisme profondément hypotheque, chaque nation s’efforçera de prendre sa part, au detriment des autres.

Une fois de plus, l’Afrique ne rentre pas dans cette nouvelle phase les mains vides. Mais elle est sérieusement handicapee par un certain nombre de facteurs.

Le premier est sa fragmentation. Nos Etats, pris un a un, ne pesent d’aucun poids dans la balance du monde. Le deuxième, qui donne de nous l’image de condamnes potentiels, est le joug de la dette.

Ce joug est structurel. Sur le plan historique, nous sommes en effet passes tout droit du colonialisme a la dette, et ne sommes pas encore sortis de ce tragique cycle. La liberation du joug de la dette tout comme le démantèlement de nos frontières internes et la gestion de notre puissance démographique seront donc les questions-clé de ce siècle.

D’après les estimations faites par maints experts, l’Afrique a besoin d’au moins 100 milliards de dollars pour relancer son economie au lendemain du Covid-19.

La question est de savoir d’ou viendra cet argent?
De cette somme, 44 milliards sont supposes provenir de la suspension des remboursements aux dettes bilatérales, multilatérales et commerciales. On veut par ailleurs que certaines dettes contractees par les pays les plus pauvres soient purement et simplement effacées, et le reste converti en dettes de long terme et a taux d’intérêts réduits.

Une telle requête est manifestement difficile a honorer en l’absence d’un « grand bargain » (une renégociation intégrale des termes de fonctionnement du système global de la dette). Car c’est d’un « système de la dette » qu’il s’agit, un des piliers fondamentaux du capitalisme financier dans sa forme contemporaine.

Tout le monde le sait désormais, la Chine occupe une place éminente dans ce systeme.

Il se trouve qu’a l’Etat chinois, a ses banques, a ses sociétés d’Etat et autres compagnies, nous avons emprunte environ 143 milliards de dollars entre 2000 et 2017.

La Chine est devenue notre premier créditeur.
Un pays comme le Cameroun, par exemple, doit environ 5.7 milliards de dollars a la Chine. Prenez un pays comme le Kenya: 33% du service de sa dette extérieure va a la Chine. Ces chiffres s’elevent a 17% pour l’Ethiopie et a 10% pour le Nigeria.

De l’ensemble des dettes que nous (l’Afrique) devions au reste du monde en 2018 par exemple, 32% etaient dus a des preteurs prives, 35% a des organismes multilatéraux, 20% a la Chine, et le reste (soit 13%) a d’autres Etats.

Le gros de l’argent prêté par la Chine a été affecte a des grands travaux d’infrastructures dont nous avons absolument besoin. De tels travaux, la Chine est souvent le seul créditeur dispose a les financer.

Les termes de la dette a l’egard de la Chine font l’objet de violents débats. On cite a cet égard des taux d’intérêt notamment a l’égard des pays pauvres (4.14%) qui seraient plus élevés que les taux imposes par la BM (2,1%). On cite aussi le bradage des ressources naturelles, voire de centaines de milliers d’hectares de terre, bref un modele cynique d’échange inégal, qui n’est pas sans rappeler le regime des capitations du XIXe siècle.

La vérité est que la Chine ne servira pas de « distributeur automatique » a l’Afrique. Comme tous les créanciers, elle est severe quand il s’agit de rembourser. Comme toutes les autres puissances du monde, elle n’efface les dettes (et encore) que pour mieux re-endetter ses débiteurs. Ainsi fonctionne le système de la dette a l’échelle planétaire.

Que faire donc, a l’heure ou la question de la dette africaine se pose une fois de plus, mais dans un contexte géopolitique plus grave qu’il ne l’aura été depuis la fin de la Guerre froide?

Il faut, dans la continuité des grandes coalitions des années 1980-1990, relancer une mobilisation de portée internationale pour que s’ouvre un « grand bargain » au sujet de la dette africaine dans son ensemble.

Que tous les créanciers s’asseyent autour d’une grande table, ouvrent leurs comptes, et négocient.

Négocier quoi?
Un – l’abolition pure et simple de certaines dettes. Lesquelles? Il faut les définir ensemble.
Deux – la suspension du paiement de certaines autres dans le cadre exceptionnel du Covid-19, le temps de relancer l’économie dans un contexte mondial de contraction.
Trois – l’effacement des intérêts au titre de certaines dettes. Dans maints cas, les intérêts au titre de certaines dettes sont aujourd’hui plus élevés que l’emprunt originaire. De telles dettes ont au fond d’ores et deja été payees, et paradoxalement elles ne pourront jamais être totalement remboursées puisque les intérêts ont pris la place de la dette originaire.
Quatre – la penalisation maximum des transferts illicites et autres formes d’evasion fiscale lesquels coutent plus de 50 milliards de dollars au continent chaque année.
Dernier point – il faut arrêter d’accorder des credits aux regimes corrompus et anti-démocratiques, et soumettre tout emprunt a un débat exhaustif qui engagerait les sociétés concernées, de la manière la plus transparente possible.

Beaucoup trop de dettes auront été contractees sans le consentement des sociétés concernées, dans l’opacité la plus totale, et une part importante des credits auront été voles par les elites en place.

Le transfert, aux generations a venir, de dettes non seulement colossales, mais pratiquement irremboursables – et donc toxiques – est un crime et devrait désormais être traite comme tel en Afrique. »

Achille Mbembe

(Commentaire de) Pascal : Très bonne analyse … il est clair que l’Afrique n’est pas la seule concernée et que la Chine va s’évertuer à profiter de la situation pour « s’emparer » de nouveaux pays notamment ceux situés sur l’axe de cette fameuse route de la soie… personne n’a rien à gagner dans cette nouvelle projection impériale et capitaliste… surtout pas les peuples soumis à une ploutocratie cupide et corrompus.

(Réponse d’) Achille Mbembe : Absolument d’accord, Pascal.

(Commentaire de) Bertrand : Prof, nous avons été prévenus il y a longtemps. « L’Afrique noire est mal partie » on s’en souvient. Hugo Chavez l’avait dit « si nous ne supprimons pas le capitalisme, il va nous supprimer. Sans réelle souveraineté, et sans solidarité que peuvent nos états ?

(Réaction d’) Achille Mbembe : Ca ne se construira que par la lutte et par la mobilisation des acteurs sociaux, autour de propositions positives.

(Commentaire de) Ahmadou : Professor, s’agissant du dernier point, nous avons beaucoup entendu ces dernières années des officielle du continent défendre la politique gagnant gagnant de la Chine et fustigé conditions de l’aide occidentale aux principe démocratique! Je sais que l’union Africaine a un agenda pour les années à venir mais savons nous réellement où nous allons en tant que États, en tant que continent?

(Réaction d’) Achille Mbembe : La Chine n’est pas un bienfaiteur. Mais elle n’est pas non plus le diable. Nos Etats pourront mieux negocier avec le reste du monde s’ils y vont ensemble, et s’ils representent effectivement leurs peuples auxquels ils rendent compte. En d’autres mots, la democratisation du continent permettra a celui-ci d’augmenter sa puissance propre. La tyrannie est l’un des facteurs determinants de notre faiblesse structurelle dans le grand jeu geopolitique qui s’annonce.

(Commentaire de) Joseph : Dans certains elle s’empare de l’infrastructure qui faisait l’objet du prêt et se rembourse elle-même sa dette avec intérêt. Malheureusement c’est ce à quoi nos jeunes économies sont exposées.

(Réaction d’) Achille Mbembe : Oui elle le fait. Ca fait partie du nouveau regime des capitations que j’evoque dans le texte. Ou peut-etre faudrait-il plutot l’appeler le regime des « captations » dans la mesure ou il est plus proche de l’extorsion que d’autre chose. Ne pas oublier que dans cette braderie sont impliquees des elites corrompues et une ploutocratie locale.

(Commentaire de) Abdel : Merci prof pour cette analyse , mais alors que faire des régimes corrompus et antidémocratiques? face au dilemme de la souveraineté doit on laisser les peuples impuissants périr sous ces dictatures? On comprend aisément pourquoi la Chine est devenue le véritable créancier, elle ne s interroge pas sur ces aspects. Elle nous coûtera bien chère ce partenariat sino-africain.

(Réaction d’) Achille Mbembe : Les regimes corrompus et ceux qui violent les libertes fondamentales doivent etre combattus sans pitie. Y compris et surtout la ou ils se servent du pretexte de la souverainete pour mieux couvrir leurs forfaits.

(Commentaire de) Thomas : Merci pour cet eclairage prof Achille Mbembe esperons que cela reveillera notre peuple mais aussi nos dirigeants.

(Réaction d’) Achille Mbembe : Ils ne se reveilleront pas tant que la lutte n’est pas organisee.

(Autre réaction d’) Achille Mbembe (à un commentaire) : Il faudrait analyser tout cela cas par cas. Il y a une énorme difference entre (1) l’abolition de la dette; (2) la suspension des paiements de la dette; (3) le re-echelonnement de la dette etc…Il faudra aller au-dela des effets d’annonce et du grand jeu de billard qui fait de la question de la dette africaine le miroir ou le theatre des nouvelles guerres entre les puissances du monde.

(Commentaire de) Aboubakar : Le rôle de l,Afrique dans le monde est restée au fond depuis le premier capitalisme( pour emprunter votre expression). On a toujours fait office de faire- valoir. Comment bifurquer de cette trajectoire pour créer notre propre histoire et changer notre place dans la structure du monde.

(Réaction d’) Achille Mbembe : (1) Nous liberer du systeme de la dette. C’est par son biais que se poursuit le double colonialisme interne et externe chez nous, c’est-a-dire l’interminable ponction de nos richesses et de notre travail; (2) organiser la circulation interne et par consequent reamenager nos frontieres dans le sens de la creation d’un vaste espace geopolitique africain dote d’un poids propre. Ceci passe par un minimum de cession de souverainete a des instances continentales a definir; (3) gerer notre potentiel demographique qui est devenu, ou qui est en passe de devenir un enjeu planetaire; (4) achever notre decolonisation mentale.

(Commentaire de) François : Monsieur Achille Mbembe, je comprends que vous ayez mis l’emphase sur les modalités de la remise ou de l’effacement de la dette comme enjeu de la nécessaire relance du développement de l’après Covid-19 en Afrique. Mais quid de l’enjeu plus déterminant de la production de la valeur par les sociétés africaines pour elles-mêmes et pour le monde ? D’autant que, et vous l’avez sous-entendu, la remise de la dette ou son effacement prélude à un ré-endettement encore plus compulsif, ce qui rend la mécanique tel un cercle vicieux dans lequel les générations futures seront embarquées malgré elles.
Dans un système structurellement orienté vers l’excellence et la production de la valeur, l’endettement n’est pas un problème, parce qu’il permet de croître et donc, d’être performant et solvable. L’endettement n’est pas une malédiction, tant qu’on reste solvable et qu’on n’hypothèque pas les ressources naturelles, ce que hélas nombre de pays africains ont fait.
Autre enjeu, sortir du syndrome hollandais perpétuel qui condamne certains pays producteurs de pétrole à être exposés à la conjoncture du prix du baril et à ne compter que sur leurs rentes minières pour consommer et exister. Il faudra pour l’Afrique de l’après Covid-19, apprendre, sur des schémas originaux et d’avantages comparatifs (agricoles), à produire des richesses plutôt qu’à capter des rentes.

(Réaction d’) Achille Mbembe : Francois – le probleme, ce n’est pas la dette en soi, necessaire pour tout fonctionnement economique si elle est utilisee a bon escient. Notre probleme est que nous ployons sous le poids de ce qu’il faut bien appeler une gerbe de « dettes toxiques ». Elles hypothequent non seulement notre present, mais surtout l’avenir des generations qui viendront apres nous. Et donc l’une de nos priorites est de « detoxifier » nos dettes, de nettoyer le terrain. Comment? En recouvrant une certaine souverainete populaire, c’est-a-dire en soumettant tout emprunt quel qu’il soit a un debat ouvert, transparent et democratique. En mettant en place des mecanismes de controle tels que les emprunts servent uniquement a ce pour quoi ils auront ete contractes. En instituant sur le plan continental un certain nombre de cadres institutionnels qui nous permettraient d’exercer pleinement notre souverainete monetaire (banque des paiements, une sorte de FMI africain, le renforcement de l’autonomie de la BAD et de son capital etc..).

(Réponse de) François (à la réaction d’Achille Mbembe) : Achille Mbembe parfaitement d’accord avec vous sur le « détox » dont vous avez si bien formulé les termes. D’accord aussi avec vous sur…le principe du contrôle citoyen a priori et a posteriori de l’endettement. J’ai utilisé le « contrôle citoyen » à dessein, parce que je ne crois plus en la panacée « démocratique » pour l’Afrique, notamment subsaharienne. On va rétorquer que c’est le « moins mauvais » des systèmes…Soit. Mais, monsieur Mbembe, comment allez vous soumettre à une « souveraineté populaire » au travers d’un débat « ouvert, transparent et démocratique » des emprunts dont la nature dépasse l’entendement moyen et les capacités ontologiques transcendentales de masses qui ne savent même pas faire la différence entre un leadership de qualité et un leadership de façade, des masses si peu éclairées qu’elles n’aiment rien que les débats des égouts, la compétition sociale mortifère et vache…des masses un rien bipolaires qui cassent toutes les petites lumières qui essaient de briller parmi elles et qui se plaignent en même temps de l’obscurité. Ne vous fiez pas aux déclarations publiques. C’est un masque. La réalité est différente.

(Réponse d’) Achille Mbembe (à la réponse de François) : Francois – tracer des horizons de possibilités, c’est déjà faire un pas. Reste à savoir comment mobiliser les gens autour de ces horizon de possibilité, c’est à dire comment s’organiser pour les actualiser. Ici également les idées ne manquent pas. Partout dans le monde s’esquissent de nouvelles pédagogies militantes qui utilisent des savoirs spécialisés dans des domaines tels que la santé, la finance, la technologie et autres enjeux aussi bien politiques que moraux. Il faut puiser dans ces réservoirs si on veut faire bouger les choses.

(Réaction de) François (à la réponse d’Achille Mbembe) : Achille Mbembe Merci.

« Fragile souveraineté ?

Du canon à l’ajustement

La dette extérieure des États du continent africain est devenue l’une des dimensions les plus critiques de leur crise économique et sociale depuis une vingtaine d’années. Mais, en même temps, leur intégration dans une économie mondialisée, avec l’application des critères de ce que l’on a appelé le « consensus de Washington », s’est déroulée en grande partie sous la bannière du traitement de la dette. En effet, avant d’être la mise en œuvre d’une panoplie de réformes structurelles, l’intervention du fmi était principalement destinée à aider les États défaillants à assumer leurs obligations. Ainsi s’opérait un transfert de certaines compétences de la puissance publique nationale à des organes de la communauté internationale financière : signature d’un programme avec le fmi, accords de rééchelonnement avec le club de Paris représentant les créanciers publics extérieurs (les États et leurs agences spécialisées) et le club de Londres réunissant les banques commerciales regroupées en un syndicat.

Cette solution technique de la dette d’après les indépendances africaines contrastait avec les méthodes plus énergiques du xixe siècle. « Les dettes initiées à partir de 1854 en Égypte et dans l’Empire ottoman croîtront à un rythme d’une rapidité telle que vingt-cinq ans plus tard la souveraineté égyptienne est aliénée et qu’en 1882 l’Égypte est occupée par l’Angleterre, tandis qu’en 1880 le Conseil d’administration de la dette publique ottomane est institué et deviendra un organisme de tutelle économique aux mains des puissances européennes »

La dette contractée par nombre d’États déjà développés et en voie de modernisation s’achèvera par la perte de leur souveraineté. Un colonialisme direct s’implante au Maroc et en Tunisie, sous l’effet des difficultés de ces deux pays à rembourser les emprunts effectués sur les marchés financiers. À l’époque, la dette des États est contractée auprès de créanciers privés, comme lors des emprunts russes. Les puissances européennes veillent cependant à la défense des prêteurs privés qui sont leurs ressortissants. Elles dépouilleront les États débiteurs de certains attributs de la puissance publique, à la fois pour les contraindre à remplir leurs obligations financières et pour étendre leurs sphères d’influence politique, militaire et commerciale.

Il existait donc déjà une certaine privatisation de la question de la dette publique, due au rôle des créanciers privés relayés par leurs États et à la subordination politique et économique de formes étatiques extra-européennes au nom de leur défaillance financière.

De Bretton Woods à Luanda

La politique de la canonnière appuyée sur l’exigence des paiements dus a laissé place à une reconnaissance de la souveraineté de la dette publique, c’est-à-dire au maintien théorique de l’intangibilité des privilèges de l’État, fût-il débiteur. Cependant, les renégociations de dettes dans les clubs de Paris et de Londres présuppose un engagement de l’État débiteur sur l’ensemble de ses choix économiques à travers la politique d’ajustement structurel. Or, l’ajustement structurel va participer aussi à l’intégration de nombreux pays africains à un processus de privatisation du mode de gouvernement  qui banalise et délègue les fonctions étatiques. La transition économique, avec l’intrusion de la privatisation du secteur économique public, s’intègre dans ce processus économique et politique. L’ajustement structurel introduit en Afrique, en grande partie en raison des difficultés de paiement de la dette rencontrées par les États, est aussi un facteur de mutation de la relation public-privé. La question de la dette instaure une grande fluidité du paradigme entre patrimoine public et domaine privé. Cet infléchissement sera d’abord étudié à travers des modalités « organisées » du traitement de la dette du tiers-monde qui modifieront aussi son régime africain. Plus spécifiquement, la dette angolaise, à travers son histoire, révélera des modes de translations au sein de la galaxie publique et dans les systèmes de garanties qu’elle permet et qu’elle suscite. Elle présentera un autre type de l’évolution des « traites » africaines que ceux offerts par la Côte d’Ivoire ou le Nigeria. Le nœud de la dette et de la privatisation des missions de l’État s’inscrit dans cet entre-deux de la coordination régulée du traitement institutionnel de la dette et de la « dérégalisation » de certaines souverainetés nationales. »

Vallée, O. (1999). La dette publique est-elle privée : Traites, traitement, traite : modes de la dette africaine. Politique africaine, 73(1), 50-67.

« Béatrice Hibou et Boris Samuel : La signification accordée à la croissance est un enjeu important de notre recherche sur la macroéconomie par le bas. Votre travail met en exergue l’importance des multiples erreurs statistiques dans la formation des récits sur la croissance. Pouvez-vous nous expliquer votre position ?

Morten Jerven : Quand on compare les estimations du revenu national entre des pays – ce qu’on appelle désormais le Produit Intérieur Brut –, il existe plusieurs méthodologies qui conduisent à des résultats différents. Les économistes de l’OCDE, de la Banque mondiale ou encore du FMI ont en effet le choix entre diverses méthodes d’évaluation : par exemple pour les données sur les prix, nécessaires à de tels calculs, ils peuvent choisir entre différentes tables de référence (comme les « Penn World Tables »). Selon les bases de données et les techniques utilisées, les comparaisons de croissance pourront ainsi conduire à des résultats divergents. Que les bases de données internationales se contredisent peut paraître étonnant, mais c’est un fait bien connu des économistes qui le considèrent en général comme relevant de « questions techniques ». Si c’était une simple question de méthodologie, on pourrait s’attendre à ce que les différences soient systématiques et logiques. Or ce n’est pas le cas. Lorsque vous comparez des estimations de croissance entre des pays ou sur des périodes d’une décennie environ, les incohérences entre les résultats, loin d’être régulières dans le temps et entre les pays, sont complètement imprévisibles et inexplicables par une simple différence d’approche méthodologique. En réalité nous ne savons pas grand-chose des séries sous-jacentes qui sont utilisées, si bien que ceux qui les utilisent pour produire des comparaisons font en général comme si elles étaient fiables, alors qu’elles sont aussi le fruit du hasard.

B. H. et B. S. : Pouvez-vous être plus explicite ? De quels types d’incohérences méthodologiques parlez-vous ?

M. J. : Prenez la question du « rebasement », c’est-à-dire le changement de base à partir de laquelle une série statistique est constituée. Le PIB est toujours calculé en utilisant ce que les statisticiens appellent l’« année de base », c’est-à-dire une année où des calculs solides et exhaustifs ont été faits. Chaque année le PIB est alors calculé en référence à cette année de base. Pour que les comptes soient exacts et fiables, cette base doit être régulièrement mise à jour, surtout quand les changements économiques sont importants. Mais ces révisions de base sont réalisées au niveau national, en fonction de facteurs divers, notamment les priorités politiques et économiques, ou encore des programmes de modernisation administrative. Cependant, les données internationales étant présentées sans ou avec très peu de métadonnées, on ignore quand les révisions de base sont effectuées et quelle méthode a été utilisée. Cela génère beaucoup d’opacité dans les bases de données internationales. Prenez le récit historique de la croissance des années 1960 jusqu’à aujourd’hui, tel que vous pouvez l’obtenir de la Banque mondiale. Si vous lisez les publications nationales sur lesquelles ces données se fondent, vous vous apercevrez qu’elles sont constituées de séries aux méthodologies très hétérogènes. Les premières données peuvent être basées sur l’année 1962, les suivantes sur 1974, et puis d’autres peut-être sur le début des années 1980. Par ailleurs, presque tous les pays ont connu un changement de base dans les années 1990. Mais dans les bases de données, vous n’avez pas accès à ces informations, et vous ne savez pas de quelle manière les organisations internationales élaborent des séries supposées homogènes alors que, selon les méthodes et les hypothèses de « rebasement », l’appréciation de la croissance peut être très différente. Par exemple le Nigeria utilise toujours 1993 comme année de base, ce qui signifie que toutes les dynamiques liées aux téléphones portables ne sont pas comptabilisées. Le Ghana, à l’inverse, retient maintenant 2006 comme nouvelle année de base, si bien que la téléphonie mobile est entièrement prise en compte dans la structure de l’économie. Le type de récits qui émerge de ces calculs est donc complètement différent selon l’année de base retenue.

B. H. et B. S. : Vous nous dites donc que l’on a un discours présenté comme unifié, mais en réalité, ces données sont construites à partir de techniques très différentes selon les pays et les périodes. Le discours sur la croissance serait donc soumis à des questions purement techniques, voire bureaucratiques, et qui n’ont rien d’économique. Est-ce bien cela ?

M. J. : Oui. Malheureusement, quand vous avez affaire à des séries internationales, il est très difficile pour le chercheur ou l’analyste de savoir ce qui se passe. En fait, la révision de base est seulement entreprise, autant que je sache, quand il y a des financements des bailleurs. De la sorte, il y a une logique technocratique dans ces aménagements, plus qu’une logique de vérité, bien que tous les utilisateurs souhaitent que les données permettent une appréhension aussi juste que possible des évolutions de l’économie. Mais il doit y avoir un accord des bailleurs pour entreprendre ces changements. À chaque fois qu’il y a eu une révision de la base, du moins quand j’ai eu accès à la documentation, cela a été effectué avec l’assistance d’un pays bailleur, des Nations unies, de la Banque mondiale ou du FMI. Les considérations les plus techniques sont donc bel et bien une part intégrante du récit de la croissance.

B. H. et B. S. : On a souvent tendance à penser que les résultats de la croissance sont avant tout rendus fragiles parce qu’ils sont orientés par les volontés politiques de montrer des taux de croissance élevés. Que peut-on dire dans ces conditions des révisions de méthode ou de base ?

M. J. : La révision du PIB au Ghana est un cas très intéressant à cet égard. On a vu le PIB per capita passer d’environ 560 dollars (en dollars américains actuels), le 5 novembre 2010, à environ 1 100 dollars, le 6 novembre, autrement dit le lendemain. Il y a donc eu une augmentation de 60% du PIB si vous le calculez à partir de son niveau actuel (ou un doublement si vous le calculez à partir du niveau initial). Comment expliquer cela ? L’enjeu politique peut sembler, de prime abord, l’explication principale : le rebasement a été réalisé juste après l’élection présidentielle, alors que pendant la campagne les candidats avaient promis de faire du Ghana un pays à revenu intermédiaire. Mais honnêtement je ne dirais pas que c’est cela qui explique ce qui s’est passé.

10D’après ce qui m’a été dit à l’Office national des statistiques du Ghana, les conseillers techniques du FMI estimaient qu’il y avait un sérieux problème de sous-estimation de l’économie. Quand cela a été discuté au ministère des Finances avec le FMI et d’autres ministères, tous ont conclu qu’il était temps de procéder à une révision de la base. Les banques commerciales étaient aussi de cet avis, car leurs portefeuilles de prêts ne correspondaient plus à la réalité. Donc il y a eu un accord général. Le résultat est que le revenu ghanéen a fortement augmenté d’un coup, mais cette « croissance » peut être considérée comme une fiction : elle est seulement le résultat d’une nouvelle mesure de l’économie et de l’application de nouvelles pratiques techniques ! En ce sens, je ne pense pas qu’il y ait eu tricherie, parce qu’il y avait un consensus technique et politique parmi les élites économiques. Mais cela est arrivé au mauvais moment, si bien qu’il a puy avoir beaucoup de suspicion parmi les utilisateurs des données, tout comme dans la population ghanéenne.

Bien sûr de telles réévaluations du PIB ne sont pas propres à l’Afrique, pas plus que les suspicions d’instrumentalisation politique qu’elles génèrent. Toutefois, des hausses d’une telle ampleur ne sont pas communes parmi les économies plus riches. En Afrique, c’est assez fréquent : suite aux ajustements structurels en Tanzanie et en Zambie, les augmentations ont atteint 60 % du PIB pour le premier et presque 40% pour le second ; on peut aussi s’attendre à des révisions de 30 à 50 % au Nigeria et au Kenya, qui doivent prochainement revoir leurs méthodes. Ces incertitudes relatives ont d’ailleurs parfois des conséquences importantes. Ainsi à la fin du printemps 2011, la révision du PIB du Ghana a entraîné un reclassement de ce dernier dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire : depuis ce pays n’est plus éligible aux prêts concessionnels de la Banque mondiale.

B. H. et B. S. : Les économistes qui utilisent les données sur la croissance sont-ils sensibilisés à ces questions et sinon pourquoi ? Ne connaissent-ils pas les pays qu’ils étudient ? »

– « Un demi-siècle de fictions de croissance en Afrique », Politique africaine, 2011/4 (N° 124), p. 29-42.

« B. H. et B. S. : Vous décrivez des stratégies de multi-positionnement institutionnel. Comment analyseriez-vous leur vision de la macroéconomie ?

KN. : Peu d’économistes africains ont un positionnement théorique bien défini. Nous sommes avant tout dans le registre du bricolage, de l’opportunisme ou, si l’on veut être plus gentil, du pragmatisme ! Il y a deux sortes de bricolage. Les uns ne sont pas gênés par les incohérences, pourvu que leurs positions de pouvoir soient assurées. Tel est le cas de Mamadou Koulibaly, ultralibéral si l’on suit ses écrits universitaires, mais qui a appartenu au Front patriotique ivoirien, parti nationaliste et protectionniste. Il a assumé durant de longues années les discours de son parti, dont il n’a démissionné qu’après la chute de Gbagbo, alors que ceux-ci sont en total décalage avec ce qu’il écrit par ailleurs dans ses ouvrages. Les autres n’ont pas de positionnement théorique clair : on est dans des situations caractérisées par l’absence de discussion des paradigmes macroéconomiques et par l’improvisation face aux défis sociaux. Les universitaires africains, du moins en Afrique francophone – celle que je connais –, ne discutent absolument pas des paradigmes. Il n’y a pas, à l’heure actuelle, de débat sur la science économique.

B. H. et B. S. : Cette absence de débat, à l’heure actuelle, c’est étonnant. Comment l’expliquez-vous ?

KN. : Ce n’est pas ça qui les intéresse ! Et ce n’est pas ainsi que fonctionne la discipline. Pour accéder à des postes prestigieux au sein de l’université, il faut avoir publié dans des revues à comité de lecture de pays occidentaux et faire montre de dextérité technique, c’est-à-dire faire de l’économétrie pure et dure. Il ne faut pas débattre des situations concrètes. Il y a une totale déconnexion entre la carrière des économistes et leur capacité à analyser les réalités économiques. Par exemple Aké N’Gbo illustre cette déconnexion : agrégé, il est reconnu pour avoir écrit d’excellents articles, notamment avec Jean-Jacques Laffont, mais en tant que Premier ministre de Laurent Gbagbo, il n’a fait preuve d’aucun positionnement théorique ou idéologique en matière économique. À sa décharge, il était Premier ministre d’un régime particulier…

B. H. et B. S. : Donc il n’y a pas seulement déconnexion des réalités concrètes, il y a aussi déconnexion entre les différentes positions qu’un économiste peut occuper, entre ses travaux théoriques et ses fonctions de conseiller, de consultant ou de politique ?

KN. : Oui, mais ce que je veux souligner, c’est que, où qu’ils se trouvent, les macroéconomistes mainstream sont incapables de questionner les pratiques des acteurs. Leurs travaux sont « hors-sol », ils n’ont absolument pas prise sur ce que vivent les gens, sur leur quotidien. La réalité économique n’est pas leur problème, ce qui les intéresse, c’est l’utilisation d’un discours de science économique à des fins de positionnement. Cette déconnexion doit aussi être comprise comme une position de pouvoir : ne pas être remis en cause et ne pas être questionné par de nouvelles générations ou par des esprits critiques permet de maintenir la force du clan. L’Ensea (École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan est révélatrice de cette situation. Vous avez des gens qui y font de très beaux modèles mais sont incapables de discuter de leurs fondements théoriques ou même de l’adéquation de leurs modèles aux faits stylisés.

B. H. et B. S. : Mais cette hégémonie de la modélisation et de l’économétrie n’est pas spécifiquement africaine, elle se retrouve partout, c’est un mouvement global de la science économique mainstream qui ne cesse de s’approfondir depuis les années 1950…

KN. : Tout à fait mais cette tendance globale, appliquée à l’Afrique, comporte d’autant plus de risques que les appareils statistiques sont faibles, les données peu fiables et les paradigmes et les cadres cognitifs construits autour d’exigences définies par les bailleurs de fonds à travers les ajustements structurels, et non autour d’une compréhension objective et critique des économies africaines. En outre, en Afrique subsaharienne, ces problèmes sont aggravés par ce dont nous parlions précédemment, à savoir l’absence de débat théorique. D’ailleurs, on peut expliquer aussi de cette façon le fait que tout se joue sur l’économétrie et les modélisations : les universités africaines, en tout cas francophones, n’ont pas les moyens de bien former les étudiants. Par exemple, la faculté d’économie de Lomé a plus de 10 000 étudiants et moins de 20 enseignants-chercheurs permanents, soit un taux d’encadrement de moins d’un enseignant pour 500 étudiants. Dans ces conditions, la meilleure façon de les sélectionner, c’est par le calcul et les mathématiques. Vous ne pouvez plus les sélectionner sur la base de la réflexion, ce n’est pas possible. Donc notre système ne produit que des modélisateurs et des économètres…

B. H. et B. S. : Mais là vous ne parlez que des universitaires. Ces derniers ont-ils aussi des postes dans les administrations publiques ou dans les organisations internationales et régionales ?

KN. : Non, en Afrique francophone, il y a deux trajectoires qui ne se recoupent pratiquement jamais : la trajectoire des « grands fonctionnaires internationaux », notamment ceux de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui sont des gens qui ont généralement une maîtrise d’économie et qui font ensuite carrière ; et la trajectoire des universitaires. On n’a absolument pas le schéma que l’on peut voir par exemple aux États-Unis, où l’actuel patron de la FED (banque centrale des États-Unis), Ben Bernanke, est un économiste de renom que l’on étudie à l’université comme un des pères du « canal du crédit ». Ila été reconnu internationalement dans sa spécialité, celle de la macroéconomie monétaire, avant d’être nommé gouverneur de la banque centrale américaine. Il en va de même pour l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, qui était titulaire de la chaire de macroéconomie du Massachussetts Institute of Technology. Vous n’avez pas ce schéma en Afrique. Ce ne sont pas les universitaires qui sont à la tête des institutions. Vous n’en trouverez pas un seul, ni à la Banque ouest-africaine de développement, ni à la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, ni à la banque centrale. Ceux qui sont à la tête des institutions ne mènent pas de réflexion théorique poussée et ceux qui sont dans les universités ne sont pas en prise avec le réel.

B. H. et B. S. : Alors comment caractérisez-vous ces macroéconomistes qui font carrière dans les institutions ? Ont-ils une meilleure appréhension du réel ?

KN. : Pas du tout ! Ce ne sont pas des gens qui ont une capacité de discernement autour des différents paradigmes. Ils ont toujours été des « importateurs d’idées », en l’occurrence des idées du FMI comme du Trésor français. C’est ce que j’ai nommé « l’extraversion intellectuelle » dans un article que j’avais publié sur les banquiers centraux en Afrique de l’Ouest. Des questions de politique économique aussi importantes que celles de l’utilisation des réserves de change, de l’arbitrage entre croissance et inflation ou de l’optimalité du régime de change ne sont tout simplement pas débattues. Ces macroéconomistes ne se comportent que comme de bons élèves des organisations internationales. Malgré le fait qu’ils aient été pour la plupart formés en Afrique, ce sont de grands « consommateurs » des modèles importés du Nord et ils voient rapidement qu’il est plus facile d’utiliser ces prêts-à-penser pour faire carrière que de réfléchir par eux-mêmes. Ceux qui font des brillantes carrières sont les fonctionnaires internationaux formés aux États-Unis ou en France tels Alassane Ouattara, Charles Konan Banny, ou Abdoulaye Bio Tchané qui reprennent les dogmes en cours sur la scène internationale. C’est là que le phénomène d’extraversion intellectuelle joue beaucoup : on fait davantage confiance aux paradigmes élaborés dans les grandes institutions et les universités du « Nord ». D’ailleurs il faut noter que sur ce plan, les universitaires partagent cette extraversion intellectuelle. Le « hors-sol » dont je parlais tout à l’heure ne concerne pas seulement la déconnexion entre théorie et pratique ; c’est aussi une déconnexion par rapport aux spécificités africaines. Le monde universitaire est inexistant dans le débat sur les politiques économiques et absent du monde des institutions.

B. H. et B. S. : Mais vous nous disiez tout à l’heure que les universitaires étaient des conseillers du prince. Les universitaires ne sont donc pas toujours dans leur tour d’ivoire…

KN. : Effectivement ! Le pouvoir politique a montré une grande capacité à assujettir le monde universitaire. En mettant des salaires très bas, au niveau du « minimum de subsistance », le pouvoir politique oblige les enseignants à se « prostituer » pour survivre. C’est pourquoi ils deviennent, quand ils le peuvent, « conseillers du prince », autant par ambition que par nécessité. Mais cela ne fait pas pour autant d’eux des économistes pertinents.

B. H. et B. S. : En somme, les énoncés et les outils macroéconomiques mobilisés ne peuvent se comprendre qu’en rapport avec les stratégies de positionnement sociopolitique et qu’insérés dans les rapports de force nationaux ?

KN. : Et comment ! Les jeux nationaux sont fondamentaux. Les Africains qui sont à l’étranger et qui y sont reconnus sont totalement ignorés. Je suis toujours étonné par le traitement fait au Togolais Sanvi Avouyi-Dovi. Il est le directeur de la recherche à la Banque de France, a une longue bibliographie à son actif dans le domaine de la macroéconomie quantitative (avec l’économiste français Patrick Artus) mais personne ne le connaît en Afrique, il n’existe pas. En revanche, n’importe quel agent du service dirigé par ce même Sanvi qui vient à Dakar se voit dérouler le tapis rouge, dans une bonne logique d’extraversion ! À l’inverse, des universitaires occidentaux relativement sur le déclin, que plus grand monde n’écoute dans leur pays, sont accueillis à bras ouverts et dictent leurs vues sur la politique monétaire à suivre. C’est le cas de Patrick Guillaumont ou de Christian de Boissieu qui disent depuis des années ce que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) doit faire et qui ont notamment participé à la réforme de ses statuts sur la période 2002-2006 !

B. H. et B. S. : On peut aborder autrement la question de la déconnexion des analyses économiques avec le réel, par exemple par celle de l’existence ou non d’une orthodoxie néolibérale. Pensez-vous que le « hors-sol » que vous dénoncez est aussi le fruit d’une orthodoxie ? Et peut-on dire qu’il existe un consensus macroéconomique ? Comment cette orthodoxie se concilie-t-elle avec les bricolages que vous avez mis en évidence précédemment?

KN. : Il est clair qu’au nom de l’orthodoxie, on évacue la réflexion sur les paradigmes et on élude les débats théoriques qu’on serait en droit d’avoir. À la BCEAO, par exemple, l’orthodoxie monétaire empêche que des interrogations sur les politiques conduites soient posées. C’est d’ailleurs une explication du technicisme des travaux économiques et de l’accent mis sur l’économétrie. La BCEAO n’a pas envie d’être questionnée sur sa pratique de gestion monétaire, et préfère que les économistes utilisent des méthodes très sophistiquées pour étudier des questions qui n’en sont pas. L’arsenal orthodoxe qui veut, par exemple, qu’une banque centrale moderne ait comme objectif d’inflation 2 % (ce qui est le cas de la BCEAO) constitue un refuge. Or la BCEAO, banque centrale de pays en développement parmi les plus pauvres au monde, évolue dans un environnement spécifique, où l’inflation n’est pas d’origine monétaire, mais est davantage le fruit de nombreux chocs d’offre (aléas climatiques, prix du pétrole, etc.). Questionner la banque centrale sur sa pratique, c’est vraiment ouvrir la boîte de Pandore. Le dogme de la banque centrale est de considérer que le « secteur réel » n’est pas de sa responsabilité. En gros, elle dit : « les États n’ont qu’à bien gérer leurs économies, la banque centrale n’est là que pour s’assurer de la stabilité monétaire ». D’ailleurs, la remise en cause paradigmatique induite par la crise financière pose un gros problème à la BCEAO. La nouvelle recevabilité des mesures dites « non conventionnelles », c’est-à-dire non orthodoxes, met à bas les pétitions de principe énoncées depuis 50 ans. Par exemple, la BCEAOa supprimé en septembre 2002 l’article 16 de ses statuts, qui prévoyait la possibilité de financement temporaire du déficit budgétaire des États en difficulté. Son argumentaire reposait sur le fait que la modernité en matière de gestion monétaire commandait que les États aillent sur le marché financier régional pour s’approvisionner en liquidités, ce qui au passage était censé leur indiquer la « qualité de leur signature ». Or la réponse de tous les pouvoirs publics occidentaux à la crise des subprimes et à ses conséquences a consisté à mettre largement à contribution les banques centrales dans le financement des déficits publics, comme en témoigne le rôle joué par la FED dans le financement du plan Obama de 700 milliards de dollars. On le voit également à l’heure actuelle avec la Banque centrale européenne qui rachète à tour de bras les titres des dettes grecque, irlandaise, portugaise, italienne, etc., pour éviter l’effondrement de la zone euro, en violation flagrante de ses statuts. Quand la BCEAO est plus royaliste que le roi…

B. H. et B. S. : Est-ce propre à l’orthodoxie monétaire ?

KN. : Absolument pas. Jusqu’à présent, on n’a pas remis en cause le dogme de la croissance à court terme, alors que tout le monde connaît l’intérêt des débats portés par la « guerre des deux Cambridge », c’est-à-dire l’opposition entre la ligne Cambridge-Massachussetts conduite par Robert Solow et Paul Anthony Samuelson, qui met en avant la primauté de la croissance sur la résorption des inégalités, et la ligne Cambridge-Grande-Bretagne, du courant postkeynésien et néo-ricardien (avec Joan Robinson et Nicholas Kaldor), qui montre l’importance, au-delà de la seule croissance, de la question de la répartition. Ce débat fondateur de l’économie de la croissance est absolument évacué depuis 30 ans, depuis le début de l’ajustement structurel : l’orthodoxie actuelle a fait le choix de la théorie de la croissance (et non de la répartition). Il est à ce propos révélateur que l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés n’aborde la question de la réduction de la pauvreté et des inégalités que par le biais de la croissance. Un seul principe est conservé : « si vous avez la croissance, vous avez réglé la question de la répartition ».

B. H. et B. S. : Mais est-ce que cela n’a pas toujours été comme cela ?

KN. : Non, cela me semble caractéristique de la période actuelle. Dans les années 1960 et 1970, on avait le courant tiers-mondiste qui s’était beaucoup inspiré de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes et du courant dépendantiste, et qui s’opposait nettement aux libéraux. On avait des prises de position, des débats, des lignes. Je ne sais pas si c’est la vague néolibérale des années 1980 quia tout emporté sur son passage, mais aujourd’hui je suis incapable de lire au plan théorique le positionnement des économistes africains, en tout cas pour ce qui concerne l’Université. Maintenant j’avoue mon ignorance relative du monde anglophone.

B. H. et B. S. : N’y a-t-il personne pour rompre ce consensus et critiquer l’orthodoxie ? Certains dirigeants, par exemple Wade ou Gbagbo, n’ont pas une base théorique forte pour aller à l’encontre de la banque centrale, mais ils ont donné la parole à des économistes dissidents…Et dans les années 1970, le Camerounais Joseph Tchundjang Pouémi critiquait fortement la zone franc.

KN. : Oui, tout à fait, vous avez raison sur ce point, il y a quand même une tradition d’économistes dissidents mais dont la particularité est de n’avoir jamais pu faire carrière dans l’Université. Par exemple Joseph Tchundjang Pouémi que vous avez cité est resté toute sa vie assistant. Aujourd’hui, il est réhabilité, mais cette réhabilitation n’est que partielle, et surtout elle est passée par une « orthodoxisation » de sa pensée : Célestin Monga se réfère à lui dans son ouvrage Sortir du piège monétaire mais ce dernier est préfacé par Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI. Pour revenir à la situation actuelle, on voit bien que la dissidence a un coût, et c’est pourquoi l’orthodoxie est si peu remise en cause. On est dans des logiques « de ventre », centrées sur un pouvoir symbolique, celui de décerner les titres et les privilèges (par exemple les promotions ou l’accès aux consultations et aux postes de conseillers du prince). Il n’y a pas beaucoup de voix originales. Sur ces cinq dernières années, la seule personne en économie qui ait eu à dire quelque chose d’important, pour moi, c’est Dambisa Moyo dans son ouvrage LAide fatale . Or cette économiste zambienne n’est pas une universitaire. Du fait de son passage à la Banque mondiale et dans la banque d’affaires Goldman Sachs, elle a pu illustrer de façon concrète les dérives de l’aide publique au développement, utilisée par les dirigeants africains comme mécanisme privilégié de financement de leurs économies, alors même qu’ils se dessaisissaient des instruments de leur souveraineté économique (le budget, la monnaie). Dans le même ordre de réflexion, quelques années auparavant, en 1991 exactement, Axelle Kabou, sociologue camerounaise, avait développé une thèse provocatrice dans son livre Et si lAfrique refusait le développement ? . Elle soutenait que les dirigeants africains étaient entrés dans un jeu pervers avec les agences d’aide internationales en leur « empruntant » tout le registre sémantique du développement afin de bénéficier de leur manne financière et de leur considération, alors même que le contenu et les implications effectives de l’aide au développement leur étaient parfaitement indifférents. Contrairement à la plupart des économistes qui s’en tiennent à des analyses de structure, les deux parviennent à analyser la dépendance sans être « dépendantistes ». Mais ni l’une ni l’autre ne sont des universitaires économistes. Le tableau est… noir !

B. H. et B. S. : Cela veut dire que jusqu’à présent il n’y a pas du tout, dans le champ macroéconomique, l’équivalent de ce que l’on voit dans les humanités, à savoir la montée en puissance d’un « savoir endogène » pour reprendre l’expression de Paulin Hountondji. À votre connaissance, y a-t-il des économistes des savoirs endogènes ?

KN. : Non, il n’y en a pas. Actuellement, les adeptes du savoir endogène sont surtout des philosophes, des anthropologues, des sociologues… Début février 2011, j’ai eu une discussion sur ce sujet avec Paulin Hountondji à Dakar, en marge du Forum social mondial où il était venu présenter ses travaux. Il déplorait précisément l’absence des économistes dans ce processus. Pour ma part, je pense que ça date du début des années 1980. Il est vrai que quelqu’un comme Thandika Mkandawire, économiste originaire du Malawi et ancien Secrétaire exécutif du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria) de 1985 à 1996,a fourni beaucoup d’efforts pour qu’une pensée économique endogène à l’Afrique soit reconnue. Il a toujours été soucieux de promouvoir l’émergence d’un paradigme africain dans les sciences sociales. Mais, paradoxalement, ceci a davantage « pris » dans les autres sciences sociales qu’en économie – ce qui n’est pas si paradoxal en fin de compte, étant donné ce que j’ai rappelé précédemment, à savoir la domination de la conception modélisatrice et économétrique de la science économique dans le monde universitaire.

B. H. et B. S. : Vous le présentez comme quelque chose d’inéluctable…

KN. : Non ! Il faut rester optimiste ; tout le monde n’est pas dans cette logique ! Avec quelques collègues, nous venons d’ailleurs de créer une association, l’Association africaine d’économie politique, quia précisément pour objectif d’inciter à une réflexion hétérodoxe. Une telle initiative a en effet pour objectif de construire, consolider et promouvoir une analyse économique pluraliste – pluraliste dans ses problématiques, dans ses référentiels théoriques comme dans ses méthodologies ; autrement dit, une analyse économique à visée non hégémonique et par là même ouverte à la collaboration interdisciplinaire avec les autres sciences de l’homme et de la société, qui soit ancrée dans le réel. En cela, elle entend renouer avec l’esprit du projet inaugural de l’« économie politique », entre philosophie politique et sciences sociales. Aujourd’hui, cette approche n’existe plus ; seuls dominent les tenants technocratiques d’une « science économique » qui, se voulant l’égale des sciences de la nature, s’est progressivement rendue inapte à satisfaire l’exigence de tenir un discours pertinent sur les économies capitalistes et en développement telles qu’elles fonctionnent concrètement. Après trente années d’ajustement structurel, il est impératif de renouer avec une réflexion sur la nécessité d’obtenir durablement une croissance forte et partagée. Il n’y a aucune raison à ce que les solutions aux problèmes que vivent les populations africaines soient corsetées par les recettes du prêt-à-penser idéologique, qu’il provienne de Washington, de Londres, de Paris, de Pékin et j’en oublie. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faille réinventer la roue. Il est important de connaître les expériences des autres, les façons dont ils se sont sortis de problèmes qu’ils ont rencontrés ou continuent de rencontrer.

B. H. et B. S. : Les choses bougent donc…Dans une autre direction, d’ailleurs, n’observe-t-on pas une résurgence du modèle de l’État développementaliste en Afrique ? Par exemple, les pays asiatiques sont souvent perçus comme des modèles. Ne doit-on pas interpréter en ce sens les discours sur la Renaissance africaine ?

KN. : Il est vrai que l’idée du miracle asiatique sert de paradigme alternatif au modèle néolibéral. Sans pour autant bien en comprendre les ressorts, les chefs d’État africains sont séduits par un modèle qu’ils comprennent comme la possibilité d’une croissance sans recours à la démocratie. Ils se disent que la lumière viendra peut-être de l’Asie, que la solution est un État fort qui utiliserait une politique mercantiliste, donc protectionniste à l’import, et agressive à l’export. Ils voient bien que le respect des grands équilibres ne leur assure pas la stabilité dans le pays. On retombe dans la contradiction évoquée : l’incompatibilité à court terme du respect des grands équilibres macro et de la capacité à faire une croissance productrice d’emplois. C’est pourquoi ils se tournent de plus en plus vers l’Asie. Les dirigeants ne sont pas aveugles : ils se rendent bien compte que la plupart des étudiants diplômés subsahariens, par exemple béninois ou togolais, deviennent chauffeurs de mototaxi et que les gens ne vont pas s’en contenter. La demande sociale va obliger les chefs d’État africains à changer car leur pouvoir est en jeu. Cependant, ce recours au « modèle asiatique » risque d’être éphémère. C’est une référence superficielle qui s’attache avant tout à l’espoir de croissance sans libéralisation tous azimuts. Mais du côté de la productivité… on sait bien que celle des Africains n’a rien à voir avec celle des Asiatiques ! Les travaux de Marc Dufumier  montrent par exemple que les écarts de productivité dans l’agriculture vont de 1 à 400 entre les agricultures familiales africaines et les agricultures productivistes des pays du Nord et des nations émergentes…

B. H. et B. S.: De toute façon, ce « modèle asiatique », on sait bien que c’est avant tout une rhétorique. Une rhétorique certes caractérisée par un volontarisme étatique, mais qui s’incarne notamment dans un discours macroéconomique assez orthodoxe et autorisant une conception autoritaire de l’action politique. On dirait que la macroéconomie joue encore une fois le rôle de blanc-seing politique… Ne retrouve-t-on pas dans le « modèle asiatique» la même relation forte entre la macroéconomie et l’exercice du pouvoir que l’on peut constater à propos de l’orthodoxie ? La logique d’inclusion semblant la seule stratégie possible pour la communauté internationale, et la dissidence étant toujours très mal vécue, la macroéconomie n’aide-t-elle pas à élaborer des fictions, quitte à générer des formes d’escapisme comme dans les nombreux scandales de faux chiffres ?

KN. : Oui, c’est tout à fait cela, cela me semble très bien posé ainsi. Il n’est pas rare que la communauté internationale décide de bloquer l’aide d’un pays pour déficit démocratique et qu’elle rouvre les robinets quelques mois ou années plus tard, en se fondant sur une analyse macroéconomique, et ce même si ce qui avait amené à couper l’aide est toujours d’actualité ! Fondamentalement, en termes de gouvernance, les choses ne changent pas si rapidement. Pour une raison qui peut échapper au commun des mortels, à un moment donné, la communauté internationale estime qu’il faut réintégrer le pays dans le concert des nations et que cela passe par une évaluation macroéconomique positive ! On voit donc que c’est une décision politique (réintégrer le pays) qui ne se fonde pas sur une évaluation politique (le système de « gouvernance » est fondamentalement le même) mais qui prend pour justification la situation macroéconomique. »

Kako Nubukpo : « Les macroéconomistes africains : entre opportunisme théorique et improvisation empirique », Politique africaine, 2011/4 (N° 124), p. 87-99. 

Lectures supplémentaires / complémentaires / curiosités :

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  • Boyer, R. (2018). 5. Économie et gouvernance mondiale. Dans : Bertrand Badie éd., Qui gouverne le monde  (pp. 85-104). La Découverte.
  • Mbembe, A. (2020). Brutalisme. La Découverte.
  • Mbembe, A. (2018). Politiques de l’inimitié. La Découverte.
  • « 2 – La société d’inimitié », dans : , Politiques de l’inimitié. sous la direction de Mbembe Achille. Paris, La Découverte, « Poche/Sciences humaines et sociales », 2018, p. 69-103.
  • Dacheux, É., Goujon, D. (2020). Défaire le capitalisme, refaire la démocratie: Les enjeux du délibéralisme. ERES.
  • Lazali, K. (2018). Le trauma colonial: Une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie. La Découverte.
  • Lazali, K. (2018). 2. L’effraction coloniale. Dans : , K. Lazali, Le trauma colonial: Une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie (pp. 45-82). La Découverte.
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