Je n’enverrai pas ma fille à l’école

Il paraît qu’il est « vital » et « nécessaire » de déconfiner « progressivement » « prudemment » tout en mettant en première ligne les enfants. Je le dis, très clairement, en l’état actuel des choses, de la pandémie dans ma province, face à la faiblesse des moyens publics (dépistages massifs des personnes qu’elles soient asymptomatiques ou non, des distributions massives et gratuites des masques, des capacités réelles de suivre les personnes susceptibles d’être à risque, de l’investissement massif dans les hôpitaux publics en termes de lits disponibles en soins intensifs et de ventilateurs / respirateurs notamment, etc.), je n’enverrai pas ma fille à l’école dans quelques semaines. Elle restera à la maison jusqu’à la rentrée scolaire prochaine (au mois de septembre), le temps de voir comment effectivement évolue la situation, je ne l’exposerai pas à un risque déraisonnable aux conséquences qui pourraient lui être fatales.

L’école n’est pas plus importante que la vie. Son avenir ne vaudra rien si elle crève. La question d’inégalité sociale est insignifiante si elle meurt, ma fille ne sera pas une statistique illustrant des ravages mortels de cette pandémie, ma fille ne sera pas un dommage collatéral de cette « guerre » contre « un ennemi invisible », ma fille ne sera pas un « sacrifice » ou une sacrifiée sur l’autel de l’économie et de l’immunité collective. A un moment donné, il faut revenir à l’essentiel et prioriser fermement ce qui doit clairement l’être. La vie. A un moment donné, il faut arrêter les conneries.

J’ai entendu le premier ministre provincial dire que le déconfinement est important car il s’agit aussi de préserver la « santé mentale » de ceux et celles qui vivent psychologiquement mal le confinement, aussi qu’il est question de « reprendre notre vie normale » et de souligner que nous ne pouvions pas vivre encore durant des mois ce confinement dont j’ai déjà souligné ici qu’il s’agit comme expression (contrairement à ‘quarantaine’ qui signifie exclure ou circonscrire la personne à risque) une façon d’enterrer vivant le vivant. Personne ne veut ou souhaite être enterrer vivant pendant des mois, mais personne ne veut prendre le risque déraisonnable de s’exposer à une possibilité (relativement évitable) de mort. Personne ne saurait retrouver une « santé mentale » en étant une victime potentielle d’un virus dont on ignore encore tant de choses (comme par exemple comment en guérir ou comment le traiter adéquatement, etc.). Personne ne trouve idéal ou confortable la situation dans laquelle nous sommes tous plongés depuis quelques mois, cela se vit difficilement et davantage lorsque l’on a perdu un proche. Qui raisonnablement voudrait reprendre une vie dite normale tout en ayant conscience qu’il existe un risque de mourir d’un tel virus, qui raisonnablement voudrait « profiter » de l’été ou des hédonismes tout en sachant qu’après la jouissance il peut vivre l’expérience de la mort et du deuil, qui raisonnablement souhaiterait « retourner » travailler et « se faire plein de cash » quand il est possible qu’il n’en profitera peut-être pas ou que cela lui coûterait la mort de certains de ses proches, qui raisonnablement échangerait « l’ennui » « la solitude » « l’isolement » que construit cette situation singulière contre une jouissance de la sociabilité tout en courant le risque de crever et de crever les individus sans lesquels la « sociabilité » ou le « social » est inexistant, etc. ? Je n’en connais pas beaucoup.

Il y a quelques jours, le principal responsable de la santé publique provinciale affirmait en relativisant qu’il est « très très très rare » que des enfants décèdent de ce virus, une manière de renforcer le récit médiatique dominant depuis le début de cette catastrophe voulant que seuls les « vieux » et les personnes ayant des « facteurs » aggravants tels que l’obésité, des maladies respiratoires ou cardiaques, etc., sont les personnes les plus à risque de crever. Et cela au détriment de toutes les études scientifiques actuelles faisant consensus dans les milieux scientifiques qui montrent que tout le monde est susceptible de mourir de ce virus, qu’il est donc déraisonnable et irresponsable de tenir un tel discours/récit. Le même responsable en janvier dernier qui affirmait alors que la situation en chine préoccupait l’ensemble de la communauté scientifique (cf. le billet « que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie ? ») et que ladite communauté exprimait ses vives inquiétudes sur l’émergence d’une catastrophe pandémique tout en s’inquiétait de la non-prise en compte politique de sa gravité voire de l’impréparation des États, le même responsable affirmait donc – sans faire montre de prudence ou de devoir de prudence – qu’il n’y avait non pas seulement de quoi s’inquiéter outre mesure de ce qui se passait en chine (nous ne connaitrions pas une série de quarantaines massives) mais aussi que « notre système de santé était prêt ».

Quelques semaines, plus tard, le québec est la province canadienne la plus touchée par cette catastrophe, un gros point rouge (anxiogène) sur la carte nord-américaine des foyers d’urgence causés par ce virus, le système de santé a rapidement été débordé (ou comme pour reprendre la langue de bois toute politicienne « mis sous tension »), la province vit une quarantaine massive. La santé publique comme toutes les autres santés publiques (du monde) qui ont subi les décennies de politiques d’austérité injustifiée et idéologique (donc irresponsables, voire en ces circonstances particulières absolument criminelles) est dans les faits en incapacité de faire face et son personnel (infirmiers et infirmières, aides-soignants etc.) dévoué démuni (sans moyens réels) fait de son mieux avec si peu. On applaudit ce dévouement après avoir méprisé ces individus et la valeur de leur travail. On applaudit leur sacrifice après avoir voté pour des partis politiques qui en ont fait (puisque nous sommes désormais dans la rhétorique guerrière) de la chair à canon. On les acclame tout en supportant des partis politiques qui poursuivent leur mépris de ces individus ne demandant au fond que la dignité (salariale) et les moyens effectifs de vraiment faire leur travail, mais aussi le « retour » à une effective justice. On leur rend hommage tout en faisant si peu pour eux et en versant des sommes indécentes à ceux et celles déjà largement privilégiés que sont ces médecins (membres de la fédération professionnelle provinciale la plus puissante) dont la « solidarité » et l’humanitaire en ces temps de crise catastrophique sont grassement achetées par l’argent public. Combien d’entre eux et elles ne vont pas survivre à cette catastrophe, et combien des survivants et survivantes seront et resteront méprisés par les politiques soutenus pas un électorat qui aura oublié les sacrifiés ?

La santé publique provinciale est malade, cet état a été volontairement causé. Les responsables de la santé publique ont failli à leur devoir et à leur responsabilité de protection, il y a un lien de confiance qui a été brisé, il y a un sentiment d’assujettissement de tels responsables à des intérêts politico-économiques ne mettant (jamais vraiment) le bien-être collectif au-dessus de tout, et aujourd’hui en écoutant le discours de tels responsables je me suis dit qu’ils étaient absolument inconscients car en bout de ligne c’est la démocratie en tant qu’expression d’un contrat de protection de l’intérêt général qui en sort très affaibli, la démocratie déjà mise à mal – par le sentiment qu’elle n’est finalement qu’un régime d’oligarques (richissimes et élitaires) et de technocrates (privilégiés et sans légitimité politique) qui la maintiennent parce qu’ils en ont le contrôle tout en jouissant (économiquement, matériellement, socialement, etc.) de cet état – survivra difficilement à cette corruption de plus en croissante du contrat (socio-politique) de confiance et de protection. La démocratie ne diffèrerait fondamentalement pas des autres régimes (socio-politiques) que sont les autoritarismes corrompus aux systèmes ‘naturalisés’ de l’injuste. Lorsque la démocratie perd cet attribut différentialiste qui lui est consubstantiel, elle est morte.

La santé publique provinciale est malade, cet état fait en sorte que nous sommes une très large majorité à ne pas savoir avec certitude si nous sommes réellement en bonne santé, si nous n’avons pas des facteurs aggravants susceptibles de nous condamner à mort dans le cas d’une contamination virale, puisque nous avons pris l’habitude d’attendre de longs mois et de longues années pour un(e) spécialiste, des examens médicaux approfondis, pour un médecin de famille, ou nous avons appris à ne pas aller à l’hôpital car avec en moyenne six à douze heures d’attente pour voir un médecin nous avons intégré le fait que nous n’étions pas les bienvenus ou véritablement souhaités. L’hôpital public avant ce virus était déjà mal en point, malade, très malade. Et cet état causé volontairement se voulait une stratégie politique de privatisation (dans le moyen et le long terme) de la santé publique, car en coupant les moyens à la santé publique (en précarisant son personnel que sont les infirmiers et infirmières etc.), en écœurant ou en dégoûtant le public celui-ci réclamerait la fin de la santé comme bien public. Cela est connu et su, cela est délibéré. Aujourd’hui, nous nous rendons compte de l’importance de la santé comme bien public (que serait l’économie avec des travailleurs malades ? puisque le travail n’est pas encore une intelligence artificielle ou un robot mais bel et bien un être humain ?) mais surtout que jamais comme l’éducation ne saurait être une marchandise et un investissement perdu, voire une « charge ». Lorsque j’écoute les responsables politiques je n’entends aucun plan de « retour protecteur » de l’État dans ce secteur ô combien vital. Au contraire, ils ont même du mal à reconnaitre qu’il y ait vraiment un problème. Ce qui est désespérant.

Le gouvernement provincial actuel a été élu sur le populisme de droite conservatrice. Sur un discours de division haineuse, un discours de haine. Haine des immigrés, haine des musulmans, haine des pauvres qui sont cette classe en-dessous des classes défavorisées, haine de la gauche ou du gauchisme ou du ‘socialisme’ ou de l’écologie/isme, haine et que de la haine. Du trump version provinciale. Le parti politique au pouvoir provincial a surfé sur la haine de la plèbe, l’a cautionné, il en a fait une stratégie politique payante. Et toutes les politiques décidées depuis son triomphe électoral ont été faites dans ce populisme de droite conservatrice, l’on a dépensé des sommes d’argent faramineuses (des millions de dollars) pour mettre en place un test ô combien inutile et inefficace des valeurs dites ‘québécoises’ pour les ‘étrangers’ tout en refusant d’augmenter le salaire des infirmiers et infirmières (et autres préposés aux bénéficiaires, etc.) mais aussi tout en coupant dans les subventions publiques des organisations communautaires. On a subventionné par des fonds publics les entreprises déjà riches (grand groupes privés médiatiques, minières, etc.) tout en coupant les moyens ou fragilisant ceux et celles qui sont aujourd’hui considérés comme des héros, bref des politiques d’injustice et des actions injustes. Depuis le début de cette crise, ce gouvernement provincial n’a pas changé ces politiques, on en appelle au bénévolat pour ne pas investir dans l’emploi et les rémunérations des employés précarisés tout en donnant un pognon de dingue à des privilégiés déjà largement bien lotis (avant de m’accuser d’être ‘jaloux’ de ces privilégiés comme je l’ai ces dernières semaines lu un peu partout, je voudrais juste signalé qu’en termes d’années d’études universitaires j’ai cumulativement autant voire plus d’années d’études universitaires dans des universités plus que respectables qu’un médecin spécialiste sans être financièrement parlant aussi bien lotis tout en ayant plus de dettes), on fait de beaux discours populistes flattant le peuple tout en n’investissant pas massivement dans les secteurs publics sous mandat (constitutionnel) exclusif du provincial tels que la santé et l’éducation, actuellement c’est le fédéral qui fait la job et notre province avec sa horde d’indépendantistes trouvent toujours à (re)dire. « Vive le québec libre » en temps de catastrophe virale et pandémique, ce n’est pas joli joli. Les dirigeants politiques fédéraux l’ont bien saisi.

Où est vraiment concrètement, au-delà du blablabla et des ‘demi’-mesures voire des actions aussi palliatives que superficielles, la solidarité (provinciale) comme acte de gouvernement et de responsabilité ? Où est la gestion (de crise) responsable digne de ce nom en comparant aux autres provinces canadiennes et aux modèles plébiscités par la communauté internationale à l’instar de l’allemagne par exemple ou même ceux qui dans les suds qui s’en sortent ‘pas pire’ pour l’instant (je parle notamment de cet exemple de gestion de crise venant d’afrique du sud)? Le gouvernement provincial n’a jamais été à la hauteur de cette crise : mesures et discours contradictoires (parole politique girouette), pas de plan cohérent et solide inscrit dans le moyen terme, pas de plan d’urgence semblable à ce qui se fait au niveau fédéral ou aux modèles célébrés par tous, pas de transparence sur les mécanismes de la décision politique s’inspirant réellement des modèles (relativement) à succès, pas de vision réelle d’un après-pandémique responsable et sécuritaire, etc. Seulement beaucoup du ‘au jour le jour’ tout en gardant un œil sur les fluctuations sondagières et autres humeurs populaires.  On a entendu partout que ce gouvernement écoutait les ‘experts’ encore faut-il nous dire de quels experts dont il est question, parce que ce qui font preuve de prudence et de responsabilité n’appuient pas les récentes décisions de politiques donnant l’impression de faire de l’idéologie néolibérale et ultracapitaliste bien plus que d’agir dans l’intérêt général (celui qui s’en contrefiche des sondages et des humeurs pour ne pas perdre de vue le mandat politique de protection et donc susceptible de suspendre l’idéologie pour un ‘pragmatisme’ pour le coup très allemand).

On le voit bien depuis quelques semaines, le gouvernement provincial propose des mesures qui sont un ramassis de conneries dans le sens qu’il pioche dans les modèles plébiscités quelques actions compatibles avec son idéologie néolibérale et ultracapitaliste tout en écartant le fait que ces modèles réussissent parce qu’ils ont fait preuve de pragmatisme (donc se sont relativement écartés de cette idéologie) : l’allemagne pratique selon son ministre fédéral de la santé entre 300 000 et 500 000 dépistages par semaine et cela qu’importe si les personnes présentent des symptômes ou non, le nombre de lits en soins intensifs est au moins à deux fois supérieur à celui des pays comme la France, le gouvernement fédéral allemand pourtant de droite conservatrice a investi massivement de l’argent public dans la fabrication des masques (l’Autriche distribue gratuitement des masques à ces citoyens) et des ventilateurs ainsi que dans la recherche d’un vaccin et d’un traitement adéquat, l’allemagne est l’un des grands pays européens à avoir maintenu tout gouvernement confondu un investissement massif public dans la recherche (scientifique) alors que les autres la privatisaient poussant les chercheurs à ‘draguer’ ou à ‘se prostituer’ aux fonds privés – des chercheurs qui passent ainsi l’essentiel de leur temps à remplir des demandes de subventions à des fonds privés qui ont le pouvoir de décider de l’objet (voire de l’orientation) de leurs recherches (etc.). On s’appuie ici au québec sur ce modèle allemand qui va commencer une politique de déconfinement au début du mois de mai tout en ayant déjà une véritable politique de gestion et de protection, mais on ne met pas en place le système de gestion anti-néolibéral (forcenée) et ultracapitaliste ayant fait la ‘réussite’ de ce modèle. D’ailleurs, il y a quelques heures j’apprenais que le modèle de réussite allemand, comme la chine, le japon ou singapour (etc.), est inquiet de la deuxième vague (on ne rappellera jamais assez que la seconde vague est la plus redoutée et qu’en s’appuyant sur l’exemple historique de la grippe dite espagnole tout en tenant compte des nuances de comparaison ou d’une analogie abusive, c’est la seconde vague qui est la plus meurtrière) qui semble s’annoncer bien plus tôt que prévu (certains experts l’annonçaient pour le début du mois de septembre). Mais eux, ils sont déjà (réellement) prêts, ils ont prouvé leur gestion efficace, et nous ?

On me demande donc dans toutes ces conditions, dans cet état de notre réalité provinciale, en tant que parent d’une fille de cinq ans, de la laisser aller à l’école ou à la garderie (la crèche) et de lui faire prendre le risque de la mort, car oui ce n’est pas exagéré de dire que ce risque est mortel et que c’est une incitation à l’exposer à un tel risque. On demande de lui inculquer la distanciation sociale, le port du masque, on demande à des enseignants et autres personnels de l’éducation de veiller au respect des consignes ‘de sécurité sanitaire’ et de les faire respecter à des gamins et gamines de cinq / huit ans, on demande aux garderies de les appliquer et de les faire respecter à des enfants de 6 mois / trois ans / quatre ans (etc.), et je me demande si ceux et celles qui prennent et pensent ce type de décision ont des enfants ? S’occupent-ils de leurs enfants ? Que savent-ils des réalités de l’école et des garderies ? N’ont-ils jamais passé du temps dans les écoles afin de comprendre de la bêtise même de telles décisions ? Ont-ils seulement discuté avec les enseignants et enseignantes, les spécialistes de la petite enfance qui gèrent les garderies, pour comprendre que c’est simplement impossible de réaliser de telles directives ? En tant que parent, en tant que parent qui a l’habitude de s’occuper au quotidien de son enfant, en tant que parent d’un enfant scolarisé, je sais combien cela est impossible, si j’étais décideur politique je ne saurais prendre des décisions aussi déconnectées de la réalité. C’est simplement irresponsable, si ce n’est criminel.

J’ai parlé il y a quelques jours à l’éducatrice spécialisée de ma fille, je lui ai demandé de me parler franchement et elle m’a dit à quel point sur bien des plans ce type de directives n’avait aucun sens (compte tenu des moyens dont elle dispose, des efforts humains exigés en matière de contrôle des enfants et de nettoyage plusieurs fois par jour de la garderie, etc.) et est totalement impossible à garantir comme moyen sécuritaire. J’ai lu beaucoup les cris d’effroi et de consternation de groupes d’enseignants et enseignantes ainsi que de spécialistes de la petite enfance, ce que l’on leur demande est simplement impossible à faire. Cela se comprend parfaitement, en corée du sud et autres régions du monde où certaines habitudes dites sanitaires sont ancrées dans la vie quotidienne sont incarnées par des adultes et non des enfants, le civisme n’est pas enfant il est adulte, oui on peut sensibiliser les enfants sur le civisme ou leur inculquer certaines habitudes sanitaires ou hygiéniques mais cela demande un effort continu et une pression permanente (qu’elle soit pédagogique ou autre) c’est-à-dire du temps que nous n’avons pas aujourd’hui, nous n’avons pas le temps (nous vivions une crise qui ne nous donne pas le luxe du temps) et nos enfants n’ont pas le reflexe quasi culturel des ailleurs, le temps qu’ils les acquièrent il y aura inévitablement des cadavres. Dès lors, je pose la question : lequel des enfants du chef du gouvernement provincial, du responsable principal de la santé publique provinciale, des chroniqueurs ‘rockstars’ néolibéraux et ultracapitalistes, des ‘experts’ scientifiques et autres ‘spécialistes’ qui sans véritablement de prudence déclarent leur parole comme ‘vérité’, serait le ‘cadavre inévitable’ ou le ‘dommage collatéral assumé’ ? Qui de toutes ces personnes accepteraient d’exposer son enfant au risque mortel de ce virus sans qu’il n’y ait de véritables garanties d’un système de santé publique à même de tenir le coup d’une vague déferlante ?

Que l’on soit clair sur un point : je ne suis pas un pro confinement, je suis simplement contre un déconfinement irresponsable et irrationnel parce qu’il n’y a pas d’assurance effective d’une réelle sécurité sanitaire. Quand l’humain au-delà des grandes déclarations n’est pas au centre de la décision politique cela n’est pas acceptable pour moi, moralement et politiquement acceptable. Je refuse de prendre des risques déraisonnables pour ma fille, cela est ma responsabilité de parent. Je refuse en tant que citoyen de cautionner une politique irresponsable au nom de la soi-disant ‘unité en temps de crise’ qui trucide et met en danger l’humain.

Autre chose : je ne suis pas spécialement un pro gouvernement fédéral. Toi qui me lis ici régulièrement tu le sais très bien. J’ai même beaucoup de critiques contre trudeau qui bien avant cette crise représentait à mes yeux toute la mort de la ‘social-démocratie’ qui n’est qu’une filiale du néolibéralisme et de l’ultracapitalisme. Mais, je dois le dire en toute honnêteté, trudeau m’a surpris et me surprend chaque semaine par son esprit et son action très rooseveltiens, son leadership politique et son apparente vision à moyen et long terme de l’enjeu actuel. Peut-être est-ce simplement de la politique, que cela relève au fond des politiques palliatives que j’ai depuis le début de cette pandémie dénoncées, etc., il n’en reste pas moins que sans être naïf il m’importe comparativement en l’absence de leadership provincial québécois de donner à césar ce qu’il revient à césar. Trudeau semble porter l’espoir véritable, et non l’espoir d’un discours de petite politique issu d’un cerveau de communicant politique et autre expert de relations publiques. Les crises, dit-on, dévoile les leaders et font les êtres politiques, cela est confirmé.

Pour finir, j’ai passé ces dernières semaines à lire et à analyser cette contemporanéité de crise en m’ouvrant à une diversité de perspectives et en essayant de te les présenter comme toujours de manière équilibrée afin que toi-même tu t’en fasses une idée. Il n’y a pas de modèle parfait, mais il y a des modèles d’imperfection (dans le sens le plus irresponsable) qu’il ne faut pas suivre. Il y a des pistes à explorer ou des solutions à expérimenter en les transposant de façon adéquate dans les réalités particulières de toute société. Il y a beaucoup de ‘diseurs de vérité’ qui devront assumer leurs responsabilités quand le temps viendra, car oui on doit être libre de dire sa ‘vérité’ cela implique aussi d’en porter toute la responsabilité. Il y a beaucoup de blablabla intello-scientifique et beaucoup trop de péremptoire, une telle crise exige le conditionnel et la prudence mais surtout la vigilance et dans l’incertitude ambiante le choix du principe de précaution. Pour dire, beaucoup, beaucoup, d’humilité et d’humanité. L’un des grands responsables politiques allemands déclarait il y a quelques jours que non nous ne sommes pas en ‘guerre’ mais que nous vivons un moment de ‘test de notre humanité’, je ne saurais en dire moins. Échouerons-nous ce test ?

Cela me conduit à discuter brièvement de cette ‘bataille’ (en reprenant felwine sarr) livrée actuellement entre ceux et celles qui considèrent que ‘le monde va changer’ et les autres qui disent que cela est inexact. Je suis de ces derniers. Je ne vois pas ce qui fondamentalement ici, chez moi, en occident, a changé. Je ne vois pas de changement substantiel, ce que je vois ce sont des effets et des conséquences de tous ordres qui restent d’abord superficiels. Nos valeurs individualistes, égocentriques, narcissiques, de compétition et de rivalité, cette nature hobbesienne et ce culte voire ce fétichisme du ‘me myself and i’, n’ont pas été jusqu’à date modifié. Les gens vont porter des masques, vont se laver les mains, vont faire du télétravail, etc., et puis quoi ? Vont-ils cessé d’être ultra-néolibéraux, insulaires, nombrilistes, masturbatoires, cyniques, loup pour autrui, pas du tout vraiment solidaires, moins autocentrés sur leurs réalités et leurs intérêts et plus ouverts à l’être-avec (tel que conceptualisé par nancy), moins oligarchiques et prétentieux de leur supposé supériorité, moins ‘selfie’, moins ‘brutalistes’, moins matérialistes, savoir profiter du ‘slow’ et ériger le ‘partage’ en norme, favoriser la coopération au détriment de la petite politique (je veux dire des considérations inhérentes aux rapports / relations de pouvoir), de se détourner du système d’hyper consommation pour une consommation minimaliste, de se décentrer pour s’inscrire dans la totalité de l’humanité, d’inscrire comme le dirait achille mbembe l’humain dans les règnes du vivant et non en apartheid ou en prétention de ‘maître et propriétaire’ (bien plus que ‘possesseur’) de la nature, de politiques non pas de haine mais d’espoir comme l’entrevoyait le ‘yes we can can’ obamatesque ou le ‘i have a dream’ du king jr., de respect de la nature et non du ‘il faut sauver la nature’, de politiques d’espaces de convivialité et non (en reprenant mbembe) de société d’inimitié, de cosmos politique dans son sens de cosmopolitisme parce que comme le révèle cette pandémie et comme les suds ayant connus guerres génocides Ébola sida et autres nous le diraient : nous sommes tous des ‘citoyens de l’univers’, des ‘enfants de la nature’, nous partageons le même ciel. Etc. Je pose la question de savoir en quoi véritablement cette pandémie, ici chez nous en occident, au-delà des pratiques un peu beaucoup dérisoires, montre un mouvement de transformation réelle de notre cadre symbolique (post)moderne ? Où est le changement dans notre univers de sens et de significations régissant nos représentations à la fois sociales et sociétales ? Où est le changement dans les affaires mondiales ? Où est la ‘coopération’ interétatique véritable ? Où est la réappropriation des pouvoirs étatiques transférés à des entités non étatiques ? Où est la remise en question profonde du pouvoir politique des multinationales ? Où est le retour de la régulation du marché qui se porte si bien après l’annonce des milliers de milliards d’argent public en vue de le soutenir pendant que l’on a du mal ou à accepter le soutien des secteurs publics jadis relevant des fonctions régaliennes et des responsabilités socio-politiques de l’État ? Je m’arrête ici. Comme felwine sarr, la question n’est pas tant de savoir qui aura raison ou tort, mais au fond comment envisager un après-pandémie d’utopie concrète, voilà le grand défi. Cet après ne peut être autre chose, dans le sens d’utopie, qu’en dehors de toute affiliation idéologico-politique, pour dire changer le système ne veut pas dire un retour aux vieilles idées social-démocratiques, socialistes, communistes, etc., qui sont le propre d’une aire culturelle mais un système pensé en intégrant ce qui n’est pas foncièrement occidental comme l’est le ‘xeer’. La démocratie n’est pas une condition sine qua none, c’est la justice la dignité humaine et la confiance qui le sont. De façon, très pragmatique, intellectuellement, de manière multidisciplinaire pluridisciplinaire transdisciplinaire, ouverte, sans tabou, c’est une discussion qui sera au cœur de cet après (et qui est même déjà dans la conversation intello-scientifique du moment). Autre chose, l’État. Faudrait à un moment que nous puissions envisager concrètement l’après-État tel que l’on le définit dans notre ‘modernité’. Accepter de voir que sur le plan infra-étatique s’organise des communautés ou groupes d’individus qui n’attendent plus rien de cette entité et qui ne s’en sortent pas trop mal dans cette pandémie en appliquant des actions de solidarité – donc de protection concrète. Accepter aussi de reconnaître que les institutions internationales ont échoué à être à la hauteur de cette crise, faibles et sans réelles influences politiques voire sociales (sans parler du fait comme l’oms dans son attitude envers l’afrique de s’inscrire dans une rhétorique et une attitude coloniales pour ne pas dire méprisante et condescendante), de l’omc à l’oms (oms qui semble de plus en plus corrompue par le politique et l’influence dangereuse de groupes privés tels que bill gates , les fondations dites ‘philantropiques’ ne payant pas toujours leur juste part de l’imposition fiscale, les multinationales, et consorts) en passant par l’onu. Accepter de reconnaître que le transnationalisme avec ses acteurs issus de la société civile globale à l’instar des ong font autant voire mieux que les États et autres institutions internationales dans leurs apports sociaux à des groupes marginalisés ou peu visibles mais aussi comme acteurs de la fin de l’invisibilité médiatique de tels groupes. Bref, l’après est un vaste champ d’investigation multidimensionnelle qui exige des avancées originales dans le progrès subtil de l’humanité (justice, dignité, etc.). Ce n’est pas donc qui aura raison ou tort dans le fait de savoir si le monde a changé mais ceux et celles qui dans cette tâche herculéenne de l’après seront en mesure d’analyser, de réfléchir et de proposer un monde d’après voyant le ‘retour’ de l’humain et de l’humanité dans une utopie concrète et accessible.

Bref, pour conclure, je n’enverrai pas ma fille à l’école dans les prochaines semaines. Chacun de nous est libre de faire ce qu’il juge meilleur dans l’intérêt de sa progéniture. Je remercie les professionnels et professionnelles qui nous envoient des alternatives pédagogiques afin de poursuivre l’éducation à distance de nos bambins. Je les remercie d’avoir à cœur le bien-être éducatif et l’avenir de nos enfants, eux et elles qui sont globalement dépourvus de moyens et qui malgré tout font de leur mieux. Je remercie ceux et celles qui font preuve de solidarité, qui vont malgré les risques mortels aider et secourir ceux et celles qui sont dans le besoin ou qui sont les plus fragilisés vulnérables marginalisés etc. Je ne les applaudirais pas ce soir quand ils rentreront chez eux, je n’oublierai pas leurs sacrifices lors des prochaines élections provinciales et fédérales. Ce sera ma manière à moi de leur rendre justice.

« Cependant, cette première expérience du pouvoir est loin d’être un long fleuve tranquille. En février 2020, les sondages la montrent en danger pour l’élection d’octobre. En cause, des promesses de campagne non tenues, comme le programme Kiwibuild qui prévoyait la construction de cent mille logements sociaux supplémentaires en dix ans. Un an après cette déclaration, plus d’une centaine seulement sont construits et la politique est officiellement abandonnée en septembre 2019. Les inégalités de revenus et la pauvreté infantile sont aussi des fléaux que le premier gouvernement Ardern n’a pas réussi à éradiquer.

En réalité, Ardern doit sa réélection à son excellente gestion de la pandémie de coronavirus. Celle-ci succède à deux autres crises majeures que sont les attentats de Christchurch, ayant fait cinquante et un morts en mars 2019, et l’éruption du volcan de White Island, en décembre de la même année. Trois ans de mandat, trois crises majeures qui auraient pu faire vaciller Jacinda Ardern. En vérité, ce n’est pas en dépit de ces crises mais grâce à elles que Jacinda s’est fait réélire, avec une gestion de crise à toute épreuve.

La gestion de crise, spécialité d’Ardern

La méthode de Jacinda Ardern pour répondre aux crises est en premier lieu de réagir vite et fermement. La Nouvelle-Zélande ferme ses frontières et instaure un confinement de quatre semaines dès mars 2020. À quelques mois d’une échéance électorale, et alors que la Premier ministre est décriée dans les sondages, une telle décision n’est pas sans enjeu. Lors des attentats de Christchurch, moins d’un mois après les faits, le Parlement adoptait à la quasi-unanimité une loi bannissant les armes semi-automatiques.

En deuxième lieu, Ardern prépare le moyen terme, même lors de la crise. Ses décisions sont rapides mais non précipitées. La Nouvelle-Zélande s’est illustrée en présentant avant même le confinement une stratégie comprenant quatre seuils d’alerte selon l’évolution de l’épidémie, avec des mesures sanitaires correspondantes. Quant à l’éruption du volcan de White Island, elle a donné lieu à un débat autour des risques de l’industrie touristique néo-zélandaise (glaciers, volcans, etc.) et d’une régulation souhaitable. Cependant, Jacinda Ardern a annoncé suspendre son jugement sur ces questions jusqu’à la fin de l’enquête, toujours en cours. La réaction rapide n’empêche pas de prendre le temps de la réflexion lorsque le contexte l’exige.

Enfin, Ardern explique clairement les décisions prises, et ce par des canaux multiples : elle utilise régulièrement des lives Facebook pour expliquer ses politiques et, dans le cas de la pandémie, le confinement et les seuils d’alerte. Une communication directe qui ne s’oppose pas aux médias traditionnels, pour lesquels Ardern réserve, chaque jour durant la crise du coronavirus, une conférence de presse avec un temps important dédié aux questions. Dans un contexte où de nombreux dirigeants font le choix de s’éloigner des médias, la cheffe de gouvernement saisit au contraire l’opportunité d’expliquer de rallier la population à ses décisions. Cette méthode a fait ses preuves et a contribué à sa réélection d’octobre dernier.

Le leadership néo-zélandais

La Premier ministre ne fait pas qu’expliquer les décisions : elle les justifie également en leur donnant du sens, à savoir qu’elles contribuent au bien commun. Pour le confinement, les mesures sanitaires restreignaient certes les libertés de chacun, mais elles étaient là pour protéger et prendre soin des uns et des autres. Quant à l’interdiction des armes semi-automatiques, c’était l’intérêt national que constitue la sécurité de tous. Cette justification permet d’en appeler à chacun pour respecter les règles, qu’il s’agisse des mesures sanitaires ou de l’obligation de porter des armes, désormais interdites, à la police. Dans les deux cas, le pari semble avoir été tenu.

Jacinda Ardern n’édicte pas seulement des règles pour les autres : les efforts qu’elle demande à ses concitoyens valent en premier lieu pour elle-même. En avril 2020, elle baisse son salaire et celui de ses ministres de 20 %, par solidarité avec les personnes touchées par la crise, mais aussi pour réduire les inégalités. Le récent débat électoral avec la cheffe de l’opposition Judith Collins a été l’occasion de prouver l’implication personnelle de Jacinda Ardern. Interrogée sur les raisons pour lesquelles elle ferait une bonne Premier ministre, Judith Collins mentionne sa longue expérience de juriste et de cheffe d’entreprise. Jacinda Ardern, au contraire, revient à ce qui fait le cœur de la mission d’un Premier Ministre : que ce n’est pas un droit mais un privilège. En d’autres termes, qu’elle est l’obligée des Néo-Zélandais, et qu’elle est là pour les servir.

Enfin, les crises sont l’occasion de démontrer le leadership de la Nouvelle-Zélande. Lorsqu’en novembre 2019 le Parlement vote la loi de réponse au changement climatique, visant la neutralité carbone en 2050, Jacinda Ardern explique que la Nouvelle-Zélande se place, une fois de plus – après avoir été le premier pays à donner le droit de vote aux femmes et avoir choisi d’être une zone dénucléarisée – du bon côté de l’Histoire. La cheffe d’État fait l’effort d’inscrire ses décisions dans le temps long. La tragédie des attentats de Christchurch a notamment été, pour Ardern, l’occasion de réaffirmer les valeurs de tolérance et d’unité nationale de la Nouvelle-Zélande, faisant ainsi d’un événement destructeur un symbole de la société néo-zélandaise.

Jacinda Ardern a été forgée par les multiples crises qui ont parsemé son mandat et qu’elle a gérées d’une main de maître. Elle a fait de ces moments difficiles, et dangereux pour un chef de gouvernement, l’occasion de démontrer son leadership, à la fois en Nouvelle-Zélande mais aussi dans le monde. Cependant, les difficultés économiques et sociales sont en train de s’aggraver avec la première récession que connaît le pays en dix ans, à la suite de la pandémie. Après s’être illustrée dans la gestion de crise, le plus dur reste à faire pour Ardern : convaincre la population sur le reste de ses politiques publiques. »

Jacinda Ardern, Premier ministre à toute épreuve

par

Diane Delaurens

« Des lectures en lien avec les enjeux de santé au Québec

Les politiques néolibérales menées au Québec ont dégradé nos systèmes de santé et nos systèmes sociaux, les rendant plus vulnérables en temps de pandémie. Voici quelques textes qui décryptent certains des principaux enjeux, essentiels à comprendre pour pouvoir réussir à changer ces politiques et sortir de l’emprise idéologique du néolibéralisme :

Les dossiers « La trahison des élites. Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec » (no 787, décembre 2016) et « Où va notre système de santé? » (no 717, juin 2007)

Le débat «Soins de longue durée : comment relever le défi ?» (no 800, février 2019) avec Éric Gagnon, « Les CHSLD doivent bénéficier de plus de moyens, mais aussi être au cœur d’une réflexion collective sur les soins, les responsabilités et les solidarités » et Guillaume Hébert, « Nous avons besoin d’une ambitieuse politique sociale en matière de soins à domicile » ainsi que cet article « Le CHSLD, théâtre de nos vulnérabilités et de nos angoisses » de Éric Gagnon et Nancy Jeannotte (no797, août 2018)

« La pénurie de main-d’œuvre, réalité ou prétexte ? » de Rolande Pinard (no 804, octobre 2019)

« La réforme Barrette : cap sur le privé en santé » de Jacques Benoît (no 781, décembre 2015), « Santé et services sociaux sous le couperet » de Chantal Mantha (no 777, avril 2015) et « À quand un régime public universel d’assurance-médicaments? » de Marc-André Gagnon (no 743, septembre 2010). »

Relations (revue)

« Lors de la conférence de presse de l’institut de santé publique belge sur le bilan journalier de l’épidémie de coronavirus en Belgique, le Dr Yves van Laethem a répondu à la question suivante: que sait-on du rôle spécifique des enfants dans la propagation du virus ?

« Les données dont nous disposons, y compris dans des pays proches, tendent à nous montrer que les enfants, et peut-être plus encore les petits enfants, jouent un rôle modéré dans la transmission du virus.

Les enfants jouent certainement un rôle différent de celui qu’ils jouent dans la grippe. Nous étions tous partis sur un modèle semblable à la grippe dans lequel l’infection est très souvent transmise aux adultes et aux personnes âgées par les petits enfants. Mais ceci semble être peu le cas actuellement. Des études faites aux Pays-Bas, donc dans un contexte relativement proche, montre que le taux d’anticorps contre le virus signant une infection Covid-19 est à peu près chez les enfants la moitié de celui chez les adultes.

Ceci nous fait donc penser, si on ne peut pas exclure qu’un enfant porteur le transmette à un autre enfant ou à un adulte, l’enfant joue probablement, au contraire de la grippe, un rôle moindre si pas faible dans la transmission aux personnes plus âgées et donc à leurs parents« , a répondu Yves van Laethem.

Une étude allemande prouverait que la charge virale est la même chez les enfants

Nous relayons, dans cet article, les conclusions du centre de crise interfédéral. Mais vous êtes nombreux à nous faire part d’une étude allemande, relayée par certains de nos confrères, qui indique que la quantité de charge virale pouvant être détectée dans les voies respiratoires ne différerait pas selon les groupes d’âge. On parle bien ici de charge virale, et non de niveau de transmission de cette charge, ce qui est différént.

L’étude en question est une analyse dirigée par le virologue allemand Christian Drosten de l’hôpital de la Charité de Berlin. Les chercheurs ont analysé les échantillons provenant de 3.712 personnes infectées par le coronavirus entre janvier et le 26 avril, et déterminé la quantité de charge virale. Cette dernière ne variait pas d’un groupe d’âge à l’autre.

Le niveau de transmission, lui, n’est pas clairement défini

Mais jusqu’à présent, le niveau de transmission des enfants n’est pas clairement défini. L’étude de cette question est difficile, notamment parce que les écoles ont été fermées prématurément et parce que le virus, surtout dans les premiers stades de l’épidémie, a principalement a été transmis par des voyageurs adultes.

Lors de la prise en compte du risque de contamination en cas de réouverture des écoles et des crèches, les mêmes précautions devraient être prises que pour des adultes, concluent les chercheurs. Certains arguments jouent néanmoins en faveur d’une contagion moins importante des enfants, admettent les chercheurs: ils développent moins de symptômes, ils toussent donc moins, et ils expirent moins d’air. Ils sont en revanche plus actifs socialement et physiquement. »

« Les autorités québécoises ont annoncé 98 nouveaux décès pour un total de 1859 décès.

En date du 30 avril 2020, la situation est la suivante:

1859 décès (98 nouveaux décès)

27 538 cas confirmés (+ 944)

1684 personnes hospitalisées (+ 36)

214 personnes aux soins intensifs (-8)

10h46 | «Si ça continue comme ça, on retourne en confinement en juin»

Mario Dumont devant ce qu’il nomme les «messages cumulatifs de relâchement» envoyés par le gouvernement Legault depuis lundi est pour le moins préoccupé. »

« Si le Québec était un État américain, il serait le seul, avec le Montana, à songer à rouvrir ses écoles au début de mai. En fait, il serait à peu près le seul à songer à une rentrée des classes avant l’automne.

Au dernier décompte, 43 États, plus le District de Columbia, ont déjà fermé leurs écoles jusqu’à la rentrée de septembre. Le Wyoming songe à les ouvrir le 15 mai, mais seulement pour des clientèles spécialisées. Trois autres États ont des fermetures venant à échéance en mai ou juin, mais n’ont pas indiqué qu’ils songeaient à les reconduire.

Le Montana et le Wyoming, il faut le noter, sont parmi les États les moins peuplés des États-Unis et, surtout, des États ruraux, qui sont parmi ceux qui ont la population la moins dense du continent.

En fait, à peu près la seule personne qui incite les États à rouvrir leurs écoles dès maintenant est le président Donald Trump, comme il l’a fait lors d’une conférence téléphonique avec les gouverneurs des États plus tôt cette semaine.

La réponse a été assez unanime : « c’est beaucoup trop tôt », affirmait le maire de Los Angeles, Eric Garcetti, la grande ville américaine qui s’est le mieux tirée de la pandémie de COVID-19, jusqu’à maintenant. Tout au plus, la Californie envisage-t-elle une rentrée devancée, en août, pour certains étudiants et seulement si cela est possible.

Au Canada, aucune province à part le Québec n’a annoncé d’intention de rouvrir ses écoles dès le mois prochain. Lundi, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, affirmait qu’il n’était pas question de rouvrir les écoles dans sa province « pour ne pas mettre nos enfants à risque ».

« Je ne vais pas envoyer nos enfants dans des classes bondées. Je ne vais tout simplement pas faire cela », a dit M. Ford, qui a soutenu s’appuyer sur l’avis de ses experts de la santé publique.

Avant Pâques

Il convient ici de rappeler que, juste avant Pâques, le premier ministre François Legault avait évoqué l’idée d’ouvrir les écoles dès le début de mai. Il avait rapidement reculé devant la réaction fortement négative que cela avait provoquée.

Sauf que, maintenant, il revient, avec quelques jours de différence seulement, avec ce qui est essentiellement la même idée : le Québec sera l’un des premiers à rouvrir ses écoles.

Il est vrai qu’en Europe, certains pays, dont la France, songent à ouvrir les écoles dès les prochaines semaines. Mais il faut aussi noter que la pandémie y a frappé quelques semaines avant l’Amérique du Nord.

Une réouverture pourrait sans doute se justifier si le dossier du Québec le faisait figurer parmi les premiers de classe dans la lutte contre la COVID-19. Mais ce n’est pas le cas : avec 23 % de la population, le Québec a plus de la moitié des cas de COVID-19 au Canada et plus de la moitié des décès.

La façon de compter et de rapporter les cas et les décès peut, sans doute, varier d’une province à l’autre, il est vrai. Mais cela ne saurait expliquer des écarts du simple au double.

Depuis quelques jours, le gouvernement essaie de confiner ces mauvaises statistiques dans des catégories étanches. Si on fait exception des CHSLD, des personnes âgées, et de la région de Montréal, les choses iraient plutôt bien au Québec. Mais on ne peut évidemment pas conserver juste les chiffres qui font notre affaire à l’exclusion des autres.

Surtout que des signes inquiétants d’une deuxième vague de contamination à la COVID-19 commencent à surgir. À Montréal, les quartiers de Montréal-Nord, Saint-Michel et Rivière-des-Prairies sont devenus les endroits les plus touchés par la pandémie au cours des derniers jours.

Dans ces quartiers, indiquait mardi la Dre Mylène Drouin, la directrice de la santé publique de Montréal, la transmission communautaire n’a pas été stabilisée et nous ne sommes pas certains que la situation globale soit maîtrisée, ce qui est un bel euphémisme.

Dans les circonstances, ouvrir les écoles – et une bonne partie de notre économie – dans deux ou trois semaines, est-ce la meilleure idée? Est-ce prudent? Surtout si nous sommes à peu près les seuls sur le continent à le faire? »

Coronavirus : si le Québec était un État américain…

« Ontario and Quebec are the two provinces hardest hit by the outbreak of the novel coronavirus in Canada, yet they appear to be taking different approaches in the quest to get their communities and economies moving again.

Together, the populous provinces account for more than 80 per cent of the total COVID-19 cases reported in Canada and more than 90 per cent of deaths linked to the virus, according to federal public health figures.

But even as Quebec’s case and death counts continue to climb, Premier François Legault has announced plans to first reopen some businesses and some elementary schools and daycares outside Montreal starting in the first half of May, leaving it up to parents to decide whether they want to send their children back to class.

On Wednesday, the provincial government said it will also start easing restrictions on travel between its regions next week and adjust those measures based on how the situation unfolds in the coming weeks.

Quebec’s neighbour, meanwhile, appears to be taking things more slowly.

This week, the Ontario government extended school closures until May 31 and on Monday revealed its framework for reopening the economy, which explained the criteria the province will consider before loosening public health restrictions — but not when that would happen.

The difference in the provinces’ approaches may boil down, in part, to different “readings” of their respective epidemiological data, said Nicholas King, an associate professor in the bio-medical ethics unit at McGill University.

In Quebec, seniors residences and long-term care homes account for about 80 per cent of the deaths in the province, with large clusters of cases and deaths in a handful of homes.

“Legault has made a big deal of the fact that the vast majority of deaths in Quebec have occurred in long-term care facilities and among the very elderly,” King said.

It’s because of this profile of who’s actually dying from the disease and where the cases seem to be concentrated that you might have some differences.”

This could be why Quebec has chosen to act on schools specifically right out of the gate, King said.

The “tremendous amount of uncertainty” that endures amid the pandemic could also influence the speed at which officials are making decisions,” said Concordia University economics professor Moshe Lander.

Any decision — health, economics, lifestyle, whatever — any decision is always more difficult under uncertainty than certainty,” he said.

You’re always going to have people that are more risk-averse, that are going to come forward and say: ‘It’s too uncertain for us to be able to make that decision.‘”

Some other factors at play as Ontario and Quebec chart their paths forward could be the leadership style and political popularity of their two premiers, suggested Daniel Béland, director of the McGill Institute for the Study of Canada.

Quebec was one of the provinces that adopted bold measures really early on … and now it seems that Quebec wants to be the first province to reopen in a systematic way,” he said.

[Legault] has a lot of popular support and maybe that allows him to be a bit bolder in terms of reopening society, even if it makes a lot of people nervous.

Over in Ontario, Premier Doug Ford was “criticized at the beginning of the crisis” but has since implemented strict public health measures, said Béland.

Maybe he’s not in as a strong position politically to be so bold in re-opening society because he’s more likely to be criticized,” he said.

Which plan is better? It’s hard to say

That said, Béland suggested Quebec’s premier is “taking a risk” because the COVID-19 situation could easily change, upending the province’s announced plans.

You create expectations in the mind of people who want to go back to work or go back to school and then this might not pan out the way you said.”

Ontario has taken a more “prudent” approach so far by leaving hard dates off the table early on, Béland argued.

From a public health perspective, King said it might be better to keep residents isolated for longer because that limits the spread of the virus, but physical distancing and quarantine also have their own impact on mental health and employment.

I would say that the pressures that both premiers face will be really in doing this delicate balancing act between the risks and benefits, both of continued sheltering in place and reopening,” he said.

In the end, King suggested the two provinces’ approaches aren’t wildly different. Both are articulating “certain preconditions” that need to be met and are heeding advice from public health officials, he said.

They differ somewhat … but both are essentially are saying, ‘We’re not just going to start reopening for no reason at all,‘” he said.

Provinces should be more coordinated, expert argues

In fact, all Canada’s provinces and territories have agreed with the federal government to meet a list of seven criteria before easing public health restrictions in their jurisdictions, but the list didn’t include any measurable targets or timelines.

Even though some provinces are moving at different speeds, Canada’s deputy chief medical officer insisted Wednesday that officials across the country are “on the same page” and the provinces will “need to use their own epidemiological analysis over time to analyse the options to consider.

Lander, however, argued he thinks the provinces should be moving “in lock step.

I’d like to see a lot more coordination,” he said. “… We don’t want the overly active Quebec economy bringing the virus into Ontario or vice versa … and that really requires leadership up at the federal level.

You can’t have different provinces racing ahead at different speeds, even if they meet those federal criteria. .. The fact is that this country is effectively borderless.” »

Quebec and Ontario are hardest hit by coronavirus. Why are their reopening plans different?

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, réclame du gouvernement de François Legault et des employeurs qu’ils accordent du répit au personnel qui combat au quotidien la COVID-19 dans les établissements. Certains pensent à la démission, met en garde la FIQ.
Le combat est loin d’être terminé
, a prévenu Nancy Bédard, jeudi, lors d’une conférence de presse destinée à rappeler qu’il y aura un après-COVID.
Je parle aux employeurs : on a besoin de garder nos professionnels en soins pour les patients, pour la population.
Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
La FIQ demande au gouvernement Legault et aux employeurs dans la santé de permettre aux infirmières de prendre des vacances. Selon la FIQ et des syndicats de professionnels en soins de différentes régions, plusieurs de leurs membres se sont fait dire qu’ils devront reporter leurs vacances à une date indéterminée.
Les dirigeants syndicaux rappellent que ces gens travaillent sans relâche depuis le début de la pandémie de coronavirus. Ils font souvent des heures supplémentaires et travaillent dans des conditions extrêmement difficiles.
Par conséquent, il faut leur permettre de prendre leurs vacances, disent les syndicats.
La FIQ réclame par ailleurs du gouvernement du Québec qu’il applique de façon humaine, bienveillante l’arrêté ministériel qui permet de déplacer du personnel d’un établissement à l’autre, d’une unité de soins à l’autre, même contre son gré.
Des démissions sont à craindre
La présidente de la FIQ, qui regroupe 76 000 membres, soutient que plusieurs pensent à la démission. Une professionnelle de la santé a confié à son syndicat qu’une collègue qui avait voulu donner sa démission s’est fait répondre par la direction qu’elle ne la prendrait pas, cette démission.
Une autre infirmière a écrit ceci à la FIQ : Je viens d’être informée que nous travaillerons deux fins de semaine sur trois dans quelques jours. Nous sommes démoralisés par cette nouvelle qui entraîne un casse-tête monumental pour notre vie familiale.
Certains couples du réseau de la santé doivent faire des pieds et des mains pour trouver du gardiennage pour leurs enfants les fins de semaine, a expliqué la présidente de la FIQ, en citant les témoignages de ses membres.
Composée à près de 90 % de femmes, la FIQ représente infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques. Je m’adresse aux employeurs, je m’adresse au gouvernement, car elles ne savent plus ni quand ni comment elles pourront avoir droit à un peu de repos, a dit Nancy Bédard.
L’état d’urgence sanitaire

Au Québec, l’état d’urgence sanitaire au Québec a été prolongé jusqu’au 6 mai.
Dans la foulée de cette décision exceptionnelle, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a pris certaines mesures afin de protéger la population. Parmi elles, l’arrêté publié le 21 mars dernier stipule ceci au sujet du personnel du réseau de la santé : Les articles relatifs aux congés de toute nature, avec ou sans solde, incluant les vacances, sont modifiés pour permettre à l’employeur de suspendre ou d’annuler les congés déjà autorisés, ainsi que de refuser l’octroi de nouveaux congés.
Les infirmières du Québec ne sont « pas surprises » de voir une éclosion de cas de la COVID-19 dans les centres d’hébergement de soins de longue durée. Elles attribuent cela à un manque d’équipement médical.
Linda Lapointe, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), a dit aux membres du comité sur la santé de la Chambre des communes, jeudi, que le manque de masques et autre matériel était criant dans les services de soins à domicile et les CHSLD.
Nos professionnels en soins, déjà confrontés à l’insuffisance de personnel dans ces milieux, doivent aujourd’hui offrir des soins auprès d’une clientèle très vulnérable avec un minimum d’équipement de protection, a-t-elle déploré en téléconférence.
Mme Lapointe a raconté que certaines infirmières ou autres professionnels en santé devaient réutiliser des masques médicaux jetables ou les utiliser pour de nombreux patients à la fois.
Ces lacunes expliquent en grande partie la vitesse à laquelle se propage le virus dans ces milieux, a indiqué la représentante syndicale.
À son avis, le manque de matériel a été constaté assez rapidement sur le terrain, bien avant que le premier ministre du Québec, François Legault, dévoile en conférence de presse que ce n’était qu’une question de jours avant que la province ne manque d’équipement.
Mme Lapointe n’est pas la première représentante à souligner le manque d’équipement devant le comité fédéral de la santé.
Plus tôt cette semaine, la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers (FCSII) s’inquiétait également de la santé de ses membres pendant la pandémie de la COVID-19.
La présidente Linda Silas dit qu’elle a entendu des histoires d’infirmières qui devaient emporter leurs masques avec elles à la maison pour les réutiliser lors de leur prochain quart de travail.

Le nombre d’absences du personnel du réseau de la santé a franchi un nouveau cap. Mardi, 10 428 personnes étaient absentes de leur poste de travail.

L’infection au coronavirus est le motif de l’absence de 3896 employés. Les 6532 autres sont absents pour différentes raisons, dont la peur d’être infectés par certains employés.

Pour les employés infectés, 2430 l’ont été au travail, tandis que 1466 l’ont été hors de leur lieu de travail.

La semaine dernière, le premier ministre François Legault tirait la sonnette d’alarme en annonçant que 9500 employés étaient absents du réseau de la santé et des services sociaux.

Pour lui, ce taux d’absentéisme est énorme, qualifiant la situation dans le réseau de la santé de très tendue.

M. Legault avait alors lancé un appel aux absents : On a besoin de vous, avait-il déclaré.

Il a tenté de rassurer le personnel en affirmant que le Québec possédait tout l’équipement de protection individuelle nécessaire et que des directives claires avaient été envoyées pour ne prendre aucun risque et assurer la sécurité des travailleurs.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé qu’il prolongeait du 30 avril au 31 mai les primes de 4 % et 8 % accordées au personnel de première ligne.

Au Québec, le réseau de la santé (public ou conventionné) compte environ 275 000 employés (cadres et soignants). Ainsi, le taux d’absentéisme oscille actuellement autour de 3,5 %.

« Lors du point de presse quotidien du gouvernement animé mercredi par Geneviève Guilbault, qui remplaçait le premier ministre Legault, on apprenait que les points de contrôle policiers pour empêcher les déplacements interrégionaux non essentiels allaient être supprimés progressivement à partir de la semaine prochaine dans le cadre du déconfinement annoncé par Québec. »

Québec décrète la réouverture graduelle de trois secteurs clés de l’économie : le commerce de détail, la construction et l’industrie manufacturière.
Les détails ont été présentés mardi après-midi lors de la conférence de presse quotidienne du gouvernement Legault en présence du premier ministre, du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda. Ce déconfinement graduel de l’économie, qui sera supervisé par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), s’effectuera de façon géographique et sectorielle.
Ainsi, le secteur du commerce de détail reprendra vie dès le 4 mai partout au Québec, à l’exception de la grande région de Montréal, qui devra attendre une semaine de plus, exactement comme dans le cas des écoles primaires, dont le déconfinement progressif a été annoncé lundi.
Pour éviter les rassemblements, les centres commerciaux dotés d’aires communes demeureront fermés jusqu’à nouvel ordre, à l’exception des magasins qui y sont installés et qui ont une porte donnant vers l’extérieur.
Les salles à manger des restaurants, les lieux de diffusion, ainsi que les établissements des secteurs culturel et touristique devront également attendre avant de rouvrir leurs portes. Même chose pour les boutiques de soins personnels, comme les salons de coiffure.
Ces entreprises seront visées par une phase subséquente du plan de déconfinement du gouvernement Legault, a précisé le ministre Fitzgibbon en début de soirée à RDI économie. La fermeture des commerces le dimanche sera par ailleurs prolongée jusqu’au 31 mai, à l’exception des pharmacies, des dépanneurs, des stations-service, des commandes pour emporter dans les restaurants et des services de livraison des épiceries. Pour ce qui est de la construction et du secteur manufacturier, les activités seront relancées le 11 mai partout au Québec.
En conférence de presse, François Legault avait laissé entendre que seule la construction en génie civil pourrait reprendre, mais Québec a confirmé plus tard par communiqué que les chantiers de transport collectif et routiers, le résidentiel, l’institutionnel, le commercial ainsi que l’industriel pourront être rouverts dans deux semaines.
La CNESST déploiera 300 inspecteurs sur ces chantiers pour faire respecter les consignes sanitaires.
L’industrie manufacturière sera pour sa part limitée en ce qui a trait au nombre d’employés pouvant travailler dans une même usine sur un même quart de travail. Du 11 au 25 mai, le maximum sera fixé à 50 travailleurs, plus 50 % de la main-d’œuvre excédentaire. Cette restriction sera levée par la suite, à moins d’avis contraire de la santé publique.
Une fois relancés, ces trois secteurs clés de l’économie s’ajouteront aux services et aux activités jugés prioritaires qui n’ont jamais cessé malgré le confinement ordonné par Québec à la fin du mois de mars. Depuis, les garages, les mines, les entreprises de paysagement et certains chantiers de construction résidentielle se sont ajoutés à la liste. En procédant ainsi, le ministre Fitzgibbon espère remettre au travail un total global de 470 000 personnes. Le Québec, dit-il, compte actuellement 1,2 million de chômeurs.
De son côté, le premier ministre a eu de bons mots pour les entrepreneurs, dont il a salué le courage lors de ses remerciements du jour, car ce sont des gens créatifs, qui prennent des risques, qui sont devant la parade. Je sais aussi que ce n’est pas demain matin que vous retrouverez tous vos clients, a-t-il ajouté, compatissant.
Tant M. Legault que M. Fitzgibbon ont soutenu lors de la conférence de presse que les entreprises du Québec ne pouvaient pas rester fermées pour toujours. Graphique à l’appui, le premier ministre a répété que la situation, en dehors des lieux d’hébergement pour personnes âgées, était très stable, avec une dizaine de décès par jour depuis deux semaines.

« En procédant ainsi, le ministre Fitzgibbon espère remettre au travail un total global de 470 000 personnes. Le Québec, dit-il, compte actuellement 1,2 million de chômeurs.

De son côté, le premier ministre a eu de bons mots pour les entrepreneurs, dont il a salué le courage lors de ses remerciements du jour, car ce sont des gens créatifs, qui prennent des risques, qui sont devant la parade. Je sais aussi que ce n’est pas demain matin que vous retrouverez tous vos clients, a-t-il ajouté, compatissant.

Tant M. Legault que M. Fitzgibbon ont soutenu lors de la conférence de presse que les entreprises du Québec ne pouvaient pas rester fermées pour toujours. Graphique à l’appui, le premier ministre a répété que la situation, en dehors des lieux d’hébergement pour personnes âgées, était très stable, avec une dizaine de décès par jour depuis deux semaines.

Lors de la période des questions, le Dr Arruda a admis pour sa part qu’il s’attendait à ce que le déconfinement graduel de l’économie, des écoles et des garderies entraîne une augmentation du nombre de cas d’infection, et qu’il n’hésitera pas à faire marche arrière s’il le faut.

Pour diminuer les risques inutiles, le télétravail devrait d’ailleurs être maintenu dans toutes les entreprises où il est possible de le faire, a soutenu le ministre Fitzgibbon.

Maintenant ou jamais

Pressés de reprendre leurs activités pour éponger leurs pertes, les PME, les fabricants et les commerçants du Québec ont été prompts à applaudir au calendrier de relance du gouvernement Legault, mardi.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) s’est dite satisfaite de constater que le plan s’inscrit dans un continuum d’équilibre entre la protection de la santé publique et celle de la santé économique – surtout pour assurer la survie des petites entreprises. Le tiers des PME québécoises, rappelle-t-elle, sont actuellement fermées.

La meilleure façon pour le gouvernement d’aider les entreprises, c’était de leur permettre de rouvrir.

François Vincent, vice-président pour le Québec de la FCEI, en entrevue à ICI RDI

Le calendrier de relance a également été accueilli positivement par les Manufacturiers et exportateurs du Québec. Mais dans leur communiqué, ceux-ci laissent entendre qu’il serait mal venu que la santé publique change d’avis pour annuler la reprise complète des activités, prévue le 25 mai. On ne peut pas se permettre de faire du stop-and-go, écrivent-ils.

Le Regroupement des SDC du Québec se réjouit aussi de la mise en oeuvre du plan de redémarrage du gouvernement Legault. Il souligne cependant que la mise en place des mesures sanitaires propre à la distanciation physique va rester un enjeu important pour ses 20 000 membres au cours des prochaines semaines.

Même son de cloche à l’APCHQ, qui souligne pour sa part que la réouverture des chantiers résidentiels les plus pressants, la semaine dernière, a permis de constater tout le sérieux des entrepreneurs dans la prise en charge des mesures préventives recommandées pour éviter la propagation de la COVID-19.

La FTQ rappelle enfin que la relance devra se faire en toute sécurité pour les travailleurs et travailleuses. Cela veut aussi dire qu’il ne peut y avoir de compromis, que les équipements de protection doivent être disponibles et que les travailleurs et travailleuses puissent se laver les mains le plus souvent possible, écrit la centrale syndicale.

La presque totalité des victimes âgées de 60 ans et plus

L’annonce de mardi survient alors que le bilan québécois de la pandémie a grimpé à 1682 morts des suites de la COVID-19, soit 83 de plus que lundi. Martelant de nouveau l’importance de respecter la distanciation de deux mètres, le premier ministre Legault a rappelé que 97 % des gens décédés de la maladie au Québec avaient, comme lui, 60 ans ou plus.

Quelque 1625 Québécois sont hospitalisés, dont 217 aux soins intensifs.

Le bilan présenté mardi faisait également état de 204 472 tests effectués, de 5841 personnes rétablies et de 2789 autres en attente de leurs résultats.

Enfin, le ministère de la Santé et des Services sociaux confirme avoir franchi le cap des 10 000 employés absents dans le réseau. Quelque 3896 travailleurs de la santé auraient été infectés. Les autres seraient plutôt réticents à se présenter au travail de peur de l’être à leur tour. »

Une autre préposée aux bénéficiaires est décédée au cours des dernières heures, a appris TVA Nouvelles.
Stéphanie Tessier, 31 ans, était hospitalisée depuis deux semaines. Elle avait contracté la COVID-19.
Le syndicat des travailleurs et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux – CSN ignore pour l’instant si elle l’avait contracté sur son lieu de travail au CHSLD Lucien- G Rolland de Saint-Jérôme dans les Laurentides.
Elle travaillait depuis dix ans comme préposées aux bénéficiaires.
«Ce sont des passionnés les préposés aux bénéficiaires. C’est une vocation et Stéphanie en faisait partie évidemment», dit Dominic Pressault, porte-parole syndical.
M. Pressault fait aussi savoir qu’au CHSLD où travaillait la jeune femme des résidents sont atteints de la COVID-19 tout comme huit membres du personnel. Sa cousine Mélanie Tessier a publié lundi soir ce message sur Facebook.
«Une merveilleuse étoile s’est envolée cet après-midi. Ma cousine adorée nous a quitté pour aller rejoindre les anges. Je suis sans mot. Triste, fâchée et impuissante. La vie est si injuste. Elle ne méritait telle pas ça. J’ai de beaux souvenirs qui resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Ma belle, jamais je ne t’oublierai. Je t’aime de tout mon cœur et veille sur ta famille. Repose en paix beauté.»

« La vingtaine d’enfants et adolescents touchés en région parisienne par une maladie inflammatoire grave qui suscite l’inquiétude ont tous été en contact avec le nouveau coronavirus, ont indiqué jeudi des responsables médicaux, soulignant toutefois que le lien de causalité n’était pas établi.

L’alerte est partie le week-end dernier de Grande-Bretagne, où le service public de santé a signalé une augmentation du nombre d’enfants présentant des symptômes ressemblant à la maladie de Kawasaki, un syndrome vasculaire dont la cause reste indéterminée.

Dans la foulée, un petit nombre de cas similaires a été mentionné en France, aux États-Unis, en Espagne ou en Belgique.

Concernant la France, « plus de 20 enfants » touchés, âgés de 3 à 17 ans, ont été répertoriés en Ile-de-France (région parisienne) depuis le 15 avril, a indiqué le Dr Sylvain Renolleau, chef du service de réanimation de l’hôpital parisien Necker-Enfants malades, alors qu’en temps normal, il y a moins d’un cas de ce type par mois.

« Ces enfants ont tous été en contact avec ce virus (le nouveau coronavirus) à un moment ou un autre », a-t-il assuré lors d’une conférence de presse téléphonique organisée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Ce contact a été prouvé soit par un test virologique positif mais « faible », donc plutôt en fin d’infection, soit par un test sérologique positif (présence d’anticorps) qui prouve aussi qu’ils ont été contaminés dans les semaines précédentes, a précisé le médecin.

Dans un premier temps, les autorités médicales des différents pays concernés avaient indiqué que certains patients étaient positifs, d’autres pas.

Malgré tout, « on n’a pas tous les arguments de certitude pour dire qu’il y a un lien de causalité directe » entre le nouveau coronavirus et ces cas inhabituels, a ajouté son collègue Damien Bonnet, chef du service de cardiologie médicale pédiatrique.

Toutefois, les médecins ont avancé l’hypothèse que la survenue de cette maladie inflammatoire soit similaire à « l’orage de cytokine » décrit chez les adultes, un emballement de la réaction immunitaire qui provoque les cas respiratoires graves.

« Chez l’enfant, c’est aussi une réaction inflammatoire exagérée, mais qui apparait plus tardivement, à la 3e ou 4e semaine, et qui est plutôt une atteinte du muscle cardiaque », a estimé le Pr Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP.

Les enfants touchés ont présenté d’abord plusieurs jours de fièvre élevée et de douleurs abdominales, avec parfois une éruption cutanée, avant de développer une défaillance cardiaque et circulatoire.

Les enfants hospitalisés en Ile-de-France « ont tous, jusqu’à ce jour, évolué favorablement en trois ou quatre jours de soins en réanimation », a indiqué le Pr Renolleau.

Quelques cas ont été répertoriés également en province, mais « en nombre beaucoup moins important », a-t-il précisé. »

Les services de réanimation affichent de nouveau un solde négatif de moins 188 patients par rapport à la veille, ramenant leur total d’occupation à 4019 lits, a-t-il précisé. Un pic avait été atteint le 9 avril avec près de 7200 patients.
Ce jeudi, on comptait encore 26 283 patients hospitalisés pour une infection au Covid-19.

Mais près de 50 000 patients (49 476) ont pu quitter l’hôpital guéris depuis le début de l’épidémie, a souligné Jérôme Salomon.
Par ailleurs, en prévision du déconfinement prévu à partir du 11 mai, le gouvernement a placé 35 départements en «rouge», dont l’ensemble de la région parisienne et le quart nord-est du pays. Cette carte provisoire, qui sera actualisée, correspond à la circulation du coronavirus et aux tensions sur les capacités en réanimation.
Les départements métropolitains doivent être départagés entre «rouges» et «verts». Dans ces derniers, une moindre présence du virus permettra d’organiser un déconfinement plus large.
Durement touché par le coronavirus, Montréal-Nord n’est pas prêt pour un déconfinement, préviennent une vingtaine de personnalités publiques. Dans une lettre ouverte, ils exigent que des mesures soient mises en place pour mieux protéger la population vulnérable du secteur.
«Alors qu’on peine à prendre les mesures qui s’imposent face à cette propagation, les gouvernements planchent sur des scénarios de déconfinement, peut-on lire dans la lettre cosignée par représentants d’organismes, personnalités politiques et citoyens. Or, comme la santé et la sécurité des personnes vulnérables de notre communauté sont plus que jamais à risque, les prochaines semaines font maintenant craindre le pire.»
-Extrait de la lettre ouverte
Lors des dernières semaines, Montréal-Nord s’est hissé au sommet des arrondissements les plus touchés par le coronavirus, proportionnellement à leur population. Selon les plus récentes données de la Santé publique, son taux d’infection s’élève maintenant à 1256 pour 100 000 personnes. Or, la Santé publique a récemment conclu que la transmission y était trop diffuse pour intervenir de façon ciblée dans le quartier. Sur le terrain, les signataires de la lettre font le constat que les mesures mises en place dans le quartier sont insuffisantes. Ils demandent que certaines interventions soient faites avant le déconfinement, pour garantir la protection de la population.
«On n’est pas prêt pour un déconfinement», mentionne la porte-parole de la lettre Wissam Mansour. Citoyenne de Montréal-Nord, elle siège sur le conseil d’administration du collectif Hoodstock depuis huit ans.
Les auteurs réclament notamment l’accélération de la mise en place de corridors sanitaires, la capacité de réaliser des tests dans l’arrondissement et que les données sur la contamination soient plus transparentes.
«On veut vraiment que des mesures soient accélérées et mises de l’avant pour que notre population demeure en santé et évite les facteurs de contamination le plus possible
, mentionne la conseillère d’arrondissement indépendante et signataire de la lettre Renée-Chantal Belinga. On est à six semaines de la crise et Montréal-Nord est très densément peuplé.»
Des problèmes qui ne datent pas d’hier
Les auteurs de la lettre déplorent que Montréal-Nord souffre davantage de la crise que le reste de la population en raison d’enjeux profonds qui ont tardé à être pris en compte par les pouvoirs publics.
«Notre arrondissement se caractérise par des problèmes sociaux qui auraient dû alerter les autorités bien plus tôt : ressources insuffisantes en santé et services sociaux, déserts alimentaires, organismes communautaires sous-financés, absence d’alternatives aux transports en commun, manque d’accès à Internet, insalubrité des logements, etc.», peut-on lire.
«Personnellement, je suis inquiète depuis le début, souligne Wissam Mansour. On connait déjà les enjeux économiques et sociaux à Montréal-Nord et on sait qu’une crise sanitaire va être beaucoup plus difficilement traversable».
Les demandes de la lettre:
La capacité à réaliser des tests sur place.
La transparence des autorités relativement aux cas de COVID-19 à Montréal-Nord.
L’accélération de la mise en place de corridors sanitaires.
La création de brigades d’information.
L’atténuation de la fracture numérique (Accès déficient à Internet).
Une action immédiate dans les immeubles locatifs.
La prise en considération des préoccupations et des besoins des résident.e.s du quartier pour s’assurer que les stratégies de déconfinement soient appuyées.
Dans le moyen et long terme, un plan de développement socioéconomique local, afin de rompre avec un état perpétuel de précarité, de vulnérabilité et d’urgence.

« Le Conseil scientifique a remis vendredi ses recommandations au gouvernement pour la réouverture des écoles, à partir du 11 mai. Cet avis, essentiel dans le cadre du plan de déconfinement qui doit être présenté mardi, a été rendu public, samedi 25 avril. Il aborde de nombreux points concrets sur la vie des établissements scolaires durant l’épidémie de coronavirus. Les experts réclament notamment des nettoyages réguliers dans les écoles et un port du masque obligatoire dans les collèges et lycées.

Le port du masque jugé « impossible » en maternelle

Le Conseil scientifique proposait de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre et indique donc prendre acte « de la décision politique de réouverture prudente et progressive des établissements scolaires ».

Le Conseil scientifique considère notamment que le port de cette protection respiratoire doit être « obligatoire » pour les collégiens et les lycéens, mais qu’il est impossible pour les élèves en école de maternelle. Pour les élèves des écoles élémentaires, le Conseil scientifique considère qu’il est difficile de fixer précisément un âge où « la compréhension serait suffisante pour recommander le port du masque de façon adaptée », d’autant qu’ils apparaissent « comme faiblement transmetteurs ». Le rôle des parents est donc jugé « essentiel ».

Le Conseil scientifique est « favorable au principe de volontariat et de non-obligation des familles », avec une possibilité de poursuivre les enseignements à distance. Les scientifiques estiment également que tout doit être fait pour éviter le rassemblement des enfants et des parents à l’entrée des établissements scolaires. Ils évoquent notamment un échelonnement des horaires d’arrivée et de sortie des classes « pour que les élèves d’un même niveau ne croisent pas les élèves d’un autre niveau ».

Des stratégies pour éviter le brassage des élèves

Les établissements devront réfléchir eux-mêmes au rythme le plus adapté pour accueillir les enfants dans de bonnes conditions (un jour sur deux, une semaine sur deux…). Afin de ne pas multiplier les cas contacts, « les parents ne pourront pas pénétrer dans l’enceinte de l’établissement scolaire ».

Cet avis du Conseil scientifique se penche également sur les mesures sanitaires à adopter dans les établissements. Les enseignants, les personnel de direction et le personnel éducatif devront ainsi être formés aux gestes barrières et aux règles de distanciation. Il sera demandé à chaque élève et membre du personnel de se laver les mains au minimum à l’arrivée à l’école, avant le début de la classe, à la fin des cours, mais aussi avant et à la fin de chaque repas.

Le recours aux solutions hydroalcooliques ne pourra être envisagée qu’à partir du collège. En effet, le Conseil scientifique estime que la mise à disposition de ce produit peut être dangereuse pour des élèves trop jeunes (absorption, projection oculaire…). Il recommande également un « nettoyage de l’établissement « plusieurs fois par jour », avec des lingettes désinfectantes si possible.

Les scientifiques préconisent enfin que les « enfants mangent dans la salle de classe à leur table », si cela est possible. Les établissements scolaires devront également réfléchir à l’organisation des journées et des activités scolaires pour ne pas que les élèves « d’une classe ne croisent les élèves d’une autre classe » ou que « les élèves d’un même niveau ne croisent pas les élèves d’un autre niveau ». Les temps de récréation, enfin, devront être adaptés à cette stratégie de non-brassage des élèves. »

Coronavirus : nettoyage des établissements, port du masque… Ce que recommande le Conseil scientifique pour la reprise des cours

« La santé et la Loi constitutionnelle de 1867

Il n’est pas étonnant, vu l’époque où elle a été rédigée, que la Loi constitutionnelle de 1867 ne mentionne pas expressément la « santé » parmi les compétences législatives attribuées au Parlement (art. 91) ou aux législatures provinciales (art. 92).

En 1982, la Cour suprême du Canada déclarait que :

la « santé » n’est pas l’objet d’une attribution constitutionnelle spécifique, mais constitue plutôt un sujet indéterminé que les lois fédérales ou provinciales valides peuvent aborder selon la nature ou la portée du problème de santé en cause dans chaque cas.

La Constitution traite toutefois de compétences qui sont directement liées à la santé et aux soins de santé. Le paragraphe 91(11) attribue la responsabilité concernant « la quarantaine et l’établissement et maintien des hôpitaux de marine » au gouvernement fédéral. Le paragraphe 92(7) attribue la responsabilité de la plupart des autres hôpitaux aux provinces. Abstraction faite du fonctionnement des hôpitaux, la structure de la santé et des soins de santé au Canada repose donc en majeure partie sur des sources plutôt indirectes de pouvoir constitutionnel.

En plus de leur compétence relative aux hôpitaux, les provinces ont la responsabilité exclusive de la prestation directe de la plupart des services médicaux, de la formation des médecins et de nombreuses fonctions connexes. Il est généralement admis que cette responsabilité découle des pouvoirs que la Loi constitutionnelle de 1867 leur attribue relativement à la propriété et aux droits civils (par. 92(13)) et aux matières d’une nature purement locale ou privée (par. 92(16)).

Les secteurs de la santé où le gouvernement fédéral est le plus directement engagé dérivent de trois pouvoirs constitutionnels : la compétence en matière de droit criminel, le pouvoir de dépenser et, éventuellement, le pouvoir d’adopter des lois pour assurer la paix, l’ordre et le bon gouvernement du Canada. Ces pouvoirs seront examinés l’un après l’autre. Il sera question ensuite des autres activités du gouvernement fédéral qui sont liées à la santé et aux soins de santé et qui découlent dans une large mesure de pouvoirs différents. »

Le rôle fédéral dans le domaine de la santé et des soins de santé

Je sais que certains pays préparent déjà la transition pour sortir des restrictions de confinement. Comme tout le monde, l’OMS aimerait voir les restrictions levées. Mais lever les restrictions trop rapidement pourrait entraîner une résurgence mortelle de la pandémie, a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Le reflux [de la pandémie] pourrait être aussi mortel que sa propagation s’il n’est pas géré convenablement, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse virtuelle à Genève, siège de l’agence onusienne.
L’OMS consulte actuellement les pays concernés pour élaborer des stratégies de déconfinement progressif et sûr.
Les six conditions pour un déconfinement sécuritaire, selon l’OMS :
Maîtriser la transmission du virus;
Assurer l’offre de santé publique et de soins;
Minimiser le risque dans des environnements exposés, comme les établissements de santé de longue durée;
Mettre en place des mesures de prévention au travail, dans les écoles et d’autres lieux fréquentés;
Contrôler le risque de cas importés;
Responsabiliser les populations.

Dans le sillage de la Chine, certains pays européens se préparent ainsi à la sortie du confinement

« Dans ce contexte, le Royaume-Uni s’apprête à annoncer jeudi la poursuite de son confinement.

« Je ne vais pas préjuger de la décision officielle qui va être prise, mais nous avons été clairs sur le fait qu’il est trop tôt pour un changement », a déclaré jeudi matin le ministre britannique de la Santé Matt Hancock, dont le pays est un des plus touchés avec près de 12.868 morts dans les seuls hôpitaux, et des inquiétudes sur les victimes en maisons de retraite, qui ne sont pas comptabilisées dans les bilans quotidiens des autorités.« 

Le virus va-t-il disparaître avec l’été ?
« D’ici avril, ou au cours du mois d’avril, la chaleur en général tue ce genre de virus », prédisait Donald Trump, début février. Si la communauté scientifique est moins affirmative que le président américain, l’hypothèse d’un affaiblissement du virus durant la saison chaude est plausible.
« La plupart des virus respiratoires ayant un caractère saisonnier, on pourrait imaginer que celui-ci disparaisse à l’été, comme c’est le cas pour la grippe, explique Raphaël Lepeule, infectiologue à l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil (Val-de-Marne). Mais en réalité, on n’en a aucune idée. D’autant qu’on ne sait pas exactement pourquoi la grippe cesse de circuler au même moment chaque année. Cela peut être lié aux températures, mais aussi à l’immunité collective apparaissant après plusieurs mois de circulation du virus. »
Le virus a-t-il muté ?
Tous les organismes vivants subissent des mutations génétiques régulières. Le Covid-19 n’échappe pas à la règle. Lorsqu’une personne est contaminée, le virus entre dans ses cellules et se multiplie. Ce que les scientifiques appellent une nouvelle « copie » du virus. « Chaque copie peut contenir une mutation », explique Étienne Simon-Lorière, responsable de l’unité génomique évolutive des virus à ARN à l’Institut Pasteur.
Le Covid-19 a ainsi multiplié les mutations depuis son apparition, et c’est d’ailleurs grâce à elles « que l’on peut suivre le cheminement du virus », poursuit le chercheur. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer que les tout premiers malades en France n’ont pas retransmis le coronavirus à d’autres. Leur version du virus était légèrement différente de celle portée par les personnes infectées ensuite dans les premiers clusters de l’Hexagone, à Mulhouse et dans l’Oise.
« Si ces mutations sont incessantes, le virus reste très stable dans son ensemble : elles ne représentent que 0,04 % du génome du coronavirus », nuance le généticien. Qui explique également qu’à ce stade, ces mutations n’ont eu aucun effet sur sa virulence, sa contagiosité ou sa transmissibilité. « Le virus présente exactement les mêmes propriétés que lorsqu’il est apparu en Chine, affirme Étienne Simon-Lorière. Des changements plus importants ne sont pas impossibles, néanmoins on ne peut absolument pas les prévoir.
»
Mais les chercheurs les surveillent de près pour garantir l’efficacité des tests, car ces derniers « portent sur une portion du génome du virus. Nous surveillons que cette portion ne change pas », résume-t-il.

« Noah Feldman, professeur de droit à Harvard, estime que le fédéralisme est l’une, si ce n’est la principale faiblesse des États-Unis face à la pandémie. En Europe, le même sentiment semble s’être diffusé. En Suisse, Serge Gumy, le rédacteur en chef du journal La Liberté, conclut que dans cette situation « le fédéralisme est décidément un remède périmé ». De même en va-t-il dans les États régionaux fortement décentralisés (notons d’ailleurs que le degré d’autonomie des régions n’est pas directement corrélé à la forme unitaire ou fédérale de l’État). En Italie, où la santé relève de la compétence des régions, un récent sondage montre que 50 % des habitants pensent que la question devrait être gérée exclusivement (18 %) ou principalement (32 %) par le gouvernement, tandis que 35 % sont d’avis que ce rôle appartient aux régions, exclusivement (8 %) ou majoritairement (27 %).

En France, l’opinion publique semble sur la même ligne. Selon une enquête réalisée au début de la crise, 57 % des Français jugent que la santé devrait être gérée au niveau national (contre 27 % qui considèrent qu’elle devrait l’être au niveau international et seulement 11 % qui donnent la préférence au niveau local). Rappelons à cet égard que l’une des raisons majeures de la pénurie de masques provient d’une décision de décentralisation prise et reconnue comme telle par Marisol Touraine sur recommandation d’un avis du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale du 16 mai 2013. Il s’agissait alors de s’appuyer non pas seulement sur les autorités déconcentrées de l’État, mais aussi sur les collectivités et les entreprises.

De manière étonnante, le débat sur la régionalisation de la santé semble pourtant se déployer en France en se fondant sur la simple comparaison avec le modèle allemand. Dans la continuité de la note produite par l’Institut Rousseau, nous proposons ici des éléments pour comprendre pourquoi un tel mouvement semble, au vu de la littérature scientifique, et de l’analyse de la crise ailleurs en Occident, relever d’un contresens dangereux. En attendant des données fiables sur l’évolution de pandémie dans chaque pays, deux aspects peuvent faire à ce stade l’objet d’une comparaison : la manière dont la décentralisation affecte l’organisation hospitalière ; et la coordination des États face à la crise.

La crise hospitalière

Une régionalisation qui profite aux territoires les plus riches

Tendanciellement, les études portant sur la décentralisation du système de santé montrent que celle-ci conduit à creuser les inégalités. Les régions les plus riches peuvent investir quand les régions les plus pauvres, de leur côté, réduisent leurs budgets de santé et la qualité des soins ou actent le creusement d’inégalités. L’une des forces de l’Allemagne dans cette crise réside dans le fait que ce sont justement les régions les plus riches qui ont été très majoritairement touchées. Le 25 avril, 20,6 % des cas en Allemagne étaient recensés en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (31 465), la région la plus riche du pays ; 26,6 % en Bavière (40 547), deuxième région la plus riche ; et 19,8 % (30 169) en Bade-Wurtemberg, troisième région la plus riche. En tout, 67 % des malades allemands se concentrent donc dans les trois Länder les plus riches du pays. Là où l’inégalité aurait handicapé l’Allemagne en touchant les Länder les plus pauvres, elle la sert en touchant les plus riches.

L’exemple italien montre que les régions les plus riches ont les moyens d’investir dans un système de santé plus efficace alors que celui des régions les plus pauvres se détériore. Le creusement des inégalités a également été observé en Espagne, où le secteur privé a essentiellement permis aux habitants les plus aisés de pallier les déficiences du système de santé des régions les plus pauvres. Devant un tel phénomène, même une péréquation efficace échoue à résorber les inégalités. Les régions les plus riches, dotées d’un meilleur système de santé, peuvent en effet attirer des patients des régions pauvres prêts à dépenser davantage. Ce phénomène conduit à encore accroître les disparités. Le risque est également de voir se développer une concurrence entre régions pour les praticiens qui, in fine, seraient attirés par les collectivités les plus riches.

Les régions pauvres se voient dès lors confrontées à un dilemme. Elles peuvent augmenter la fiscalité ou faire le choix d’investissements dans les services les plus rentables, ou des activités non directement médicales.

L’idéalisation paradoxale du système hospitalier allemand

Si le système allemand a si bien su absorber l’épidémie, c’est pour les mêmes raisons qui le faisaient apparaître fondamentalement dysfonctionnel quelques mois plus tôt. Un rapport de la fondation Bertelsmann le jugeait alors en grande partie obsolète et dispendieux, conseillant de faire passer de 1 400 à 600 le nombre d’établissements hospitaliers. La proximité et la capacité d’accueil, calculées par ailleurs très différemment de la France en réanimation, se paient en effet, selon l’étude, d’une baisse de la qualité des soins et d’un manque de personnel. Ce qui est un vrai défaut lorsqu’il s’agit de soigner des pathologies exigeant un matériel de pointe et des spécialistes se transforme en atout lors du traitement d’une pandémie qui nécessite essentiellement des lits et des respirateurs.

Le cas allemand est à cet égard assez emblématique des forces et des faiblesses de la régionalisation en matière de santé. Celle-ci ne produit pas seulement des inégalités entre régions, mais également au sein des régions elles-mêmes. En effet, la région a souvent du mal à faire des choix clairs car la complexité des enjeux locaux et la multiplicité des acteurs rend très faible le contrôle démocratique local : les électeurs se sentent peu légitimes à sanctionner les majorités locales sur ce fondement et n e se sentent pas plus satisfaits des politiques menées. L’idée d’un contrôle démocratique, parce que décentralisé, de la politique de santé est battue en brèche par les études. Le seul vrai facteur d’appréciation est celui de l’ultra-proximité des soins, qui peut se payer alors d’une forte perte de qualité, ce qui est le cas en Allemagne.

La gestion de l’épidémie

La cohérence de la réponse

Le 8 mars, Jens Spahn, le ministre allemand de la Santé, recommandait des mesures de confinement. Le 12 mars, c’est le gouvernement suisse qui tentait d’imposer des mesures aux cantons. Dans les deux cas, l’application des mesures fut longue et difficile à faire accepter. La coordination fédérale helvétique a ainsi fait l’objet de critiques importantes dans une nation pourtant très attachée à l’échelle cantonale. Le fédéralisme suisse révélerait ainsi à la fois sa lenteur et ses inégalités.

En Allemagne, les difficultés ont également été nombreuses. Les Länder ont attendu plusieurs jours avant d’appliquer les recommandations fédérales et pris des mesures en ordre dispersé. De manière assez électoraliste, le 10 avril, le ministre-président du Schleswig-Holstein, Daniel Günther, a autorisé les réunions de dix personnes pour Pâques, au risque de relancer l’épidémie. Pour l’édile démocrate-chrétien, le jeu en valait la chandelle… qu’importe la révolte des médecins et des sociaux-démocrates de l’opposition. La pandémie n’a pas créé seulement des oppositions entre l’État fédéral et les entités fédérées, mais également entre ces dernières. Le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale a ainsi procédé à la fermeture unilatérale de ses frontières. Aux États-Unis, l’État de Rhode Island a imposé une quarantaine obligatoire à tous les citoyens américains venant de l’État de New York.

Dans les États régionaux, la gestion de la crise a été rendue également très difficile par la décentralisation. Elle l’a toutefois été moins en Espagne qu’en Italie.

En Espagne, c’est en effet l’État central qui a pris en main l’ensemble du système de santé, au risque de provoquer une crise politique avec les régionalistes basques et catalans dont le gouvernement dépend pourtant au Parlement. Il n’en va pas de même en Italie où la clausola di supremazia prévue par la révision avortée de 2016, qui devait permettre une prise en main par l’État des compétences régionales en cas de manquement, n’a pas été adoptée. C’est l’une des raisons majeures de la crise, selon le professeur Ceccanti de l’Université de Rome. La lenteur de réaction de la Lombardie a largement contribué à faire de cette région l’épicentre de la crise en Europe sans que Rome ait la possibilité de réagir, bien que le gouvernement central soit intervenu auprès des autorités lombardes. Les régions transalpines, comme certaines de leurs homologues françaises, réclament aujourd’hui la fin précoce du confinement. Dans cette configuration, il est clair que le système administratif français – qui permet au gouvernement de prendre des mesures de police administrative pour l’ensemble du territoire qui peuvent, si les circonstances locales l’exigent, être notamment renforcées par le maire, en coordination avec le préfet – se révèle bien moins dysfonctionnel.

En pratique, on a assisté à une centralisation de tous les États devant la crise. Après de premiers errements, le président du Conseil des ministres italien a réussi à centraliser le pouvoir de décision – bien moins, toutefois, qu’en Allemagne ; ce malgré les plaintes de certains Länder, notamment la Bavière. La loi relative à la protection contre les infections a été modifiée le 25 mars, imposant une lecture unique de la conduite à tenir par les Länder. L’Infektionsschutzgesetz permet au ministre de la Santé d’adopter « des dérogations aux dispositions de la présente loi par voie de décret sans l’accord du Bundesrat », soit la chambre représentant les Länder. Certes, la chancelière consulte les ministres-présidents des Länder, mais l’Allemagne fonctionne aujourd’hui dans sa gestion de crise de manière bien plus centralisée que nombre d’États unitaires européens.

La mutualisation des moyens

Précédemment dans ce papier a été abordée la question de la disproportion des moyens de santé entre régions riches et régions pauvres engendrée par la décentralisation. En période de pandémie, cette inégalité ne peut être qu’imparfaitement compensée par la solidarité régionale. Dans son édition du 8 avril, La Respublica s’indignait ainsi que les patients et personnels soignants ne puissent être redéployés sur l’ensemble du territoire national comme c’est le cas en France.

Dans l’Hexagone, la polémique sur la réquisition de masques par l’État ne s’explique que si l’on comprend qu’il s’agit d’affecter en priorité ces derniers aux zones les plus touchées par la pandémie. La réallocation de moyens par l’État permet ainsi de compenser les disparités territoriales, qu’elles soient liées à l’équipement initial des régions ou au fait qu’elles se trouvent en première ligne dans la crise. L’absence de centralisation en la matière créée la confusion en Allemagne même, et empêche d’allouer les ressources contraintes selon un ordre de priorité clair. À défaut de vraie coordination fédérale aux États-Unis, six États de la côte Est ont ainsi décidé de mutualiser et de coordonner leur action. De même en va-t-il de trois États de la côte Ouest. Dans The Atlantic, l’éditorialiste Derek Thompson a décrit les effets de la pandémie aux États-Unis jusqu’à présent comme « une sorte de caricature grotesque du fédéralisme américain ».

La décentralisation ne représente donc pas, tant s’en faut, un avantage dans la crise. Les débats français sur ce sujet devraient encore faire l’étonnement et susciter le ricanement de nos voisins qui se débattent dans les difficultés qu’elle entraîne. Cela ne signifie pas que des dysfonctionnements administratifs importants n’ont pas marqué la crise en France. Il ne faudrait toutefois en caricaturer ni les échecs, ni d’ailleurs le degré de centralisation. De fait, les États plus décentralisés ont généralement eu bien plus de difficultés à gérer la crise, et le contre-exemple allemand ne l’est pas vraiment tant il est vrai que dans cette crise ce sont justement ses faiblesses qui ont fait ses forces comme l’a montré cet article.

Par ailleurs, des malades plus jeunes (47 ans en moyenne contre 63 en Italie), le dépistage massif dès janvier, le confinement décidé plus tôt, un plus grand investissement dans la santé ont beaucoup fait pour que la situation demeure moins dramatique et, donc, plus facilement gérable outre-Rhin. La capacité de produire plus rapidement des tests a également joué en faveur de ce pays qui n’a jamais cru dans l’utopie d’une économie de services et été capable de conserver sur son sol national la production d’un certain nombre de biens stratégiques.

L’affaiblissement de notre modèle productif – 90 % de la pénicilline produite en Chine – ou un budget de l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) divisé par dix depuis 2007, semblent bien plus expliquer nos difficultés que le manque de décentralisation. Mais le reconnaître impliquerait de remettre en cause certains choix que nombre d’élites politiques ont épousés. Plus de décentralisation apparaît comme une revendication plus confortable. Déjà au programme avant la crise, la décentralisation en devient une solution. L’appel à la décentralisation relève à la fois du réflexe pavlovien et du confort idéologique. « Ne cherchons pas tout de suite à trouver la confirmation de ce en quoi nous avions toujours cru », déclarait Emmanuel Macron dans son discours du 13 avril. Espérons qu’en cette matière comme en d’autres, ces mots soient entendus. »

Pourquoi la décentralisation n’est pas un remède miracle contre le Covid-19

« Philippe Couillard est un libéral. Il est le chef du Parti Libéral du Québec[4], depuis mars 2013.

De son parcours politique, en tant que ministre de la Santé et des Services sociaux (avril 2003 – juin 2008) dans le Gouvernement Charest, on retient « l’ère des grandes reformes structurelles » marquée par la naissance des Centres de santé et de services sociaux (CSSS).

Subséquente à la « réorganisation du réseau de santé » dont l’un des principaux résultats a débouché dans le secteur de la santé sur une diminution de 43% des établissements publics et la réduction de 39% des postes de direction.

Revoir le financement de l’hôpital sur le modèle du Fundholding: vers une privatisation insidieuse des services de santé publique

En outre, c’est sous son mandat qu’une tentative de révision du mode de financement des hôpitaux est pensée, issue d’une recommandation majeure du rapport Castonguay – s’inspirant lui d’un document datant de 1995 émanant de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), qui lui est calqué sur le système Fundholding britannique[5] (adaptation européenne du Managed Care américain[6]) instauré par les Conservateurs anglais, supprimé par la suite par les Travaillistes.

Il s’agissait d’un changement paradigmatique radical, puisque le patient devenait « la source de revenus des hôpitaux »[7].

En clair, les hôpitaux s’ouvraient aux principes de la loi du marché basée sur l’offre et de la demande. Cette transmutation financière du secteur hospitalier servant à répondre aux problèmes récurrents des listes d’attente et d’engorgement.

En février 2016, le nouveau ministre de la Santé du Premier ministre Philippe Couillard, Gaétan Barrette, remet au goût du jour cette initiative[8] avec les mêmes objectifs d’efficacité du service et d’économie de coûts.

Une ambition soutenue cette fois-ci par la recherche présentée par l’Institut économique de Montréal (IEDM)[9] – qui ne diffère pas dans l’esprit de celle de 1995. C’est-à-dire la « création des marchés de soins », la fin du « monopole ministériel », et donc l’abrogation du système d’un financement global actuel.

Si le consensus émerge quant à la nécessité et l’urgence d’une réforme du réseau hospitalier en général, les divergences et les critiques s’articulent autour des moyens choisis et de la finalité réelle.

Déjà en 2008, Louise-Maude Rioux Soucy dans son analyse du Plan Couillard sur le financement des hôpitaux mentionnait que non seulement « Le paiement en fonction des résultats tire aussi le nombre d’actes médicaux à la hausse » mais également « que l’implantation de ce mécanisme-là s’est traduite par une augmentation du taux de mortalité en Grande-Bretagne. Oui, les délais d’attente ont été raccourcis, mais cela s’est fait au prix de la santé globale des populations » sans parler du fait « que les marchés internes aggravent les iniquités sur le plan de la répartition des ressources à travers le territoire ».

On retrouve les mêmes réserves dans l’observation de Neelam K. Sekhri publiée dans le bulletin d’information de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)[10].

L’exemple de la réforme du financement des hôpitaux témoigne entre autres choses de la prépondérance de l’idéologie libérale dans la réflexion et l’action de Philippe Couillard.

Les problèmes sont pris, traités, résolus, selon ce canevas idéologique, véritable ligne directrice.

La diminution de l’interventionnisme étatique, la rationalisation des moyens, la place importante de « la main invisible »[11], la réduction des coûts, l’équilibre budgétaire, l’atteinte et le maintien du déficit zéro.

Toutes les politiques sont envisagées sous ce prisme. L’austérité, l’exploitation des ressources naturelles, le soutien aux entreprises, les initiatives sociales. L’aide sociale. Y compris la question du salaire minimum.

Philippe Couillard est donc un libéral. »

Couillard le libéral et le salaire minimum à 15$

« Le service de santé publique [allemand]

Il a la responsabilité de protéger les personnes contre les risques en matière de santé. Les services sanitaires régionaux réglementent l’hygiène dans les bâtiments communaux, la protection contre les infections et la prévention générale de la santé. Ils offrent également des conseils et de l’aide, par exemple pour les personnes ayant des problèmes psychosociaux.

a) Santé publique

Bien que les tâches spécifiques des services de santé publique et les niveaux auxquels elles sont exécutées diffèrent d’un Land à l’autre, elles comprennent généralement des activités liées aux droits souverains du Land et aux soins fournis à des groupes sélectionnés de population. Ces activités comprennent :

la surveillance des maladies transmissibles ;

l’épidémiologie et les rapports sur la santé ;

la surveillance de l’hygiène dans tous les établissements de santé, parmi le personnel hospitalier et chez les médecins libéraux et tous les autres professionnels de santé non médecins ;

la surveillance des activités commerciales concernant les denrées alimentaires, les produits pharmaceutiques et les médicaments ;

la surveillance de certains domaines de l’hygiène de l’environnement ;

les examens médicaux des écoliers et de certains autres groupes ;

les services de diagnostic et – dans des circonstances exceptionnelles – de thérapie pour les personnes atteintes de maladies transmissibles spécifiques, y compris les maladies sexuellement transmissibles et la tuberculose ;

les services psychiatriques de proximité ;

l’éducation et la promotion de la santé.

Ces services sont fournis par les bureaux de santé publique, qui varient considérablement en termes de taille, de structure et de tâches selon les Länder allemands.

Le Centre fédéral pour l’éducation à la santé, relevant du Ministère fédéral de la santé, est responsable des campagnes de prévention primaire des maladies chroniques axées sur les modes de vie à l’échelle de la population, y compris les initiatives de prévention du VIH, l’éducation sexuelle et le planning familial, ainsi que les initiatives visant à prévenir la dépendance, à augmenter l’exercice physique, à améliorer la nutrition et à aider les gens à mieux gérer le stress. Il mène également des campagnes visant à encourager le don d’organes et de tissus. Le Centre gère également une base de données sur les projets axés sur la réduction des inégalités en matière de santé et ciblant particulièrement les personnes socialement défavorisées.

IV – Surveillance du système de santé

a) Les services de santé publics régionaux

Leurs attributions peuvent varier d’une région à l’autre mais elles comprennent généralement les activités suivantes et couvrent aussi bien le domaine sanitaire que médico-social :

la surveillance de médecins privés, des dentistes et des autres professions de santé ;

la surveillance de l’hygiène dans les hôpitaux et parmi le personnel hospitalier ;

la supervision des activités commerciales dans le domaine de l’alimentation et de la pharmacie ;

la surveillance des maladies transmissibles ;

les services de diagnostic et – dans des circonstances exceptionnelles – les services thérapeutiques pour les personnes atteintes de maladies transmissibles spécifiques, y compris les maladies sexuellement transmissibles ou la tuberculose ;

la surveillance de l’hygiène environnementale ;

la prestation et surveillance de services psychiatriques ;

la médecine scolaire ;

les rapports sur l’état de santé de la population ;

l’éducation et la prévention de la santé.

Ces services sont également habilités à traiter les plaintes des patients.

b) L’Institut Robert Koch

Cet institut fédéral de recherche sur les maladies infectieuses et immunitaires est responsable de la surveillance, la détection, la prévention et le contrôle des maladies. Il est également responsable de l’émission et la publication de rapports sur la santé et de bulletins épidémiologiques.

c) L’Institut pour la qualité et l’efficacité des soins de santé

Il est responsable, avec le Comité mixte fédéral, de l’assurance qualité des soins de santé. Cet institut évalue les avantages et les risques associés aux traitements et aux techniques de diagnostic.

d) Les ordres des professionnels de santé

Les chambres régionales des médecins ou celle des dentistes sont responsables de l’accréditation des professionnels de santé, de leur formation continue et de l’établissement de normes professionnelles. Le maintien de leur admissibilité et du remboursement de leurs actes exige des re-certifications périodiques. Elles évaluent et règlent les réclamations pour faute professionnelle.

Ces ordres peuvent imposer des amendes aux médecins conventionnés ou leur retirer leur autorisation d’exercer en cas de violation du respect des normes. »

Le système de santé allemand

De grandes salles vides qui doivent devenir un hôpital en quelques semaines : à Berlin, le chantier au centre des expositions se poursuit patiemment même si dans le même temps l’heure est au déconfinement dans le pays.
Tout n’est pas encore prêt : quelques câbles pendent encore au plafond et toutes les cloisons blanches ne sont pas encore installées là où jusqu’à 1 000 patients pourront être accueillis.
Des soldats de la Bundeswehr ont assemblé la semaine dernière le mobilier de cette structure improvisée qui doit permettre d’absorber la vague de patients souffrant de la COVID-19… la deuxième à laquelle se prépare déjà l’Allemagne, pourtant souvent citée comme modèle pour le traitement de la première.
La crainte a été soulignée cette semaine par la chancelière Angela Merkel, sortie de ses gonds en dénonçant «l’orgie» de discussions autour du retour à la normale et la légèreté de la population et des responsables politiques.

Il existe un «danger fondamental» que les infections redémarrent «si l’ensemble des mesures restrictives sont supprimées de manière précoce», a affirmé mardi Lars Schaade, directeur adjoint du Robert Koch Institut, l’agence chargée du contrôle des maladies.
A l’hôpital universitaire d’Aix-la-Chapelle, qui a accueilli les premiers cas graves de COVID-19 en Allemagne, des dizaines de lits encore vides attendent.
«On est prêt à réagir de manière dynamique», assure Gernot Marx, directeur du département des soins intensifs.
Actuellement, près de 13 000 lits en soins intensifs sont libres sur 32 000 au total dans le pays.
«Préparé»
«Nous n’avons jamais eu à choisir» jusqu’ici en faisant le tri dans les patients, explique Anne Brücken, médecin dans cette clinique. «J’espère que ça reste comme ça.»
«L’Allemagne est préparée à une possible seconde vague», assure Gerald Gass, président de la société allemande des hôpitaux DKG.
Avec 33,9 lits en soins intensifs pour 100 000 habitants contre 8,6 en Italie et 16,3 en France, l’Allemagne était déjà au départ bien préparée à la pandémie. Et elle a depuis multiplié ces capacités ainsi que les dépistages.
Le pays affiche aujourd’hui un taux de létalité de plus de 3 %, en hausse mais toujours en deçà de la plupart des autres pays.
Depuis son apparition en décembre en Chine, la pandémie a tué plus de 189 000 personnes dans le monde, dont 5 321 en Allemagne, qui compte plus de 150 000 cas officiellement recensés.
En comparaison, 25 000 personnes sont mortes en Italie et près de 22 000 en France pour 190 000 et 158 000 cas déclarés respectivement.
Le système de santé allemand tient bon et n’a jamais été surchargé.
Ces prochains mois, «nous pensons garder 20 % de nos lits avec assistance respiratoire disponibles», explique à l’AFP M. Gass. 20 % supplémentaires doivent être mobilisables «en 72 heures si une deuxième vague arrive et que les infections reprennent largement».
Il plaide d’ailleurs pour une reprise progressive du travail hospitalier normal, alors que les opérations non essentielles ont été annulées pour désengorger les services.
«En général, nos hôpitaux sont moins occupés actuellement que normalement à cette saison ou sur une année, explique-t-il.
Mise en garde
«Si nous prenons à la légère» le début du déconfinement, «nous allons avoir une seconde vague qui sera plus dure que la première», juge la virologue Melanie Brinkmann dans une interview au Spiegel.
«Nous sommes peut-être en train de perdre notre avance» sur le virus, a averti sur la chaîne de télévision publique NDR le virologue Christian Drosten de l’hôpital de la Charité à Berlin, mettant en garde contre un nouveau départ simultané de cas de COVID-19 «partout en même temps».
Berlin mise sur un retour très progressif à la normale accompagné de centaines de milliers de tests par semaine ; le port du masque devient progressivement obligatoire dans les transports en commun et, dans certaines régions, dans les magasins.
Le traçage téléphonique de contacts de personnes doit aussi être renforcé grâce à des applications, comme en Asie.
«Une évolution dynamique des infections signifie tout de suite une charge accrue pour le système de santé, ce qui veut dire qu’il faut identifier très tôt, grâce à beaucoup de tests, les effets du déconfinement», avertit le Dr Gass.

« Système de santé public

L’Allemagne a établi un régime social légal comprenant cinq branches d’assurance couvrant : la pension,la maladie, la dépendance, les accidents et le chômage.

L’assurance maladie est gérée de manière autonome par un conseil d’administration.

Le système allemand d’assurance maladie est fondé sur le principe de solidarité.

L’adhésion à l’assurance maladie légale n’est pas obligatoire. En effet, en 2009, le salarié dont le revenu était inférieur à 400€ et supérieur à 48 150€ (43 200€ pour les titulaires d’une assurance privée) n’est pas obligé de souscrire à la couverture maladie légale. Il peut choisir d’adhérer à un organisme privé. Si tel est votre choix, sachez que revenir vers la couverture maladie légale n’est possible qu’à certaines conditions très strictes.

Le conjoint et les enfants d’un travailleur peuvent bénéficier de la couverture de l’assurance maladie légale au titre de l’assurance familiale. Il faut que les intéressés respectent des conditions bien définies (conditions de revenus, d’emploi…). »

L’organisation du système de santé en Allemagne

Hong Kong seems to have given the world a lesson in how to effectively curb COVID-19. With a population of 7.5 million, it has reported just 4 deaths. Researchers studying Hong Kong’s approach have already found that swift surveillance, quarantine and social-distancing measures, such as the use of face masks and school closures, helped to cut coronavirus transmission — measured by the average number of people each infected person infects, or R — to close to the critical level of 1 by early February. But the paper, published1 this month, couldn’t tease apart the effects of the various measures and behavioural changes happening at the same time. Working out the effectiveness of the unprecedented measures implemented worldwide to limit the spread of the coronavirus is now one of scientists’ most pressing questions. Researchers hope that, ultimately, they will be able to accurately predict how adding and removing control measures affects transmission rates and infection numbers. This information will be essential to governments as they design strategies to return life to normal, while keeping transmission low to prevent second waves of infection. “This is not about the next epidemic. It’s about ‘what do we do now’?” says Rosalind Eggo, a mathematical modeller at the London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM).
Researchers are already working on models that use data from individual countries to understand the effect of control measures. Models based on real data should be more nuanced than those that, at the start of the outbreak, necessarily predicted the effect of interventions mainly using assumptions. Combining data from around the world will allow researchers to compare countries’ responses. And compared with studies of individual countries, it should also allow them to design models that can make more accurate predictions about new phases of the pandemic and across many nations.
But untangling cause and effect is extremely challenging, in part because circumstances differ in each country and because there is uncertainty over how much people adhere to measures, cautions Eggo. “It’s really hard but it doesn’t mean we shouldn’t try,” she adds.
Pulling together
Efforts to tackle these questions will get a boost in the coming weeks from a database that brings together information on the hundreds of different interventions that have been introduced worldwide. The platform, being prepared for the World Health Organization (WHO) by a team at the LSHTM, gathers data collected by ten groups already tracking interventions — including teams at the University of Oxford, UK, the Complexity Science Hub Vienna (CSH Vienna), and public-health organizations and non-profit organizations such as ACAPS, which analyses humanitarian crises. The database will standardize the information collected by the different teams and should be more comprehensive than anything an individual group could generate, says Chris Grundy, a data scientist behind the LSHTM project. Agencies such as the WHO routinely track control measures used in a disease outbreak, but for COVID-19 the picture is complicated by pandemic’s speed and scale, says Grundy. The LSHTM has recruited an impressive corps of 1,100 volunteers to work on cleaning and combining the information. The data set will be open for anyone to use and will be improved in future releases, says Grundy. Speed is of the essence, he says. “Days make a difference right now.”
The trackers lay bare the vast range of policies deployed in different nations. The Vienna team has captured details of around 170 interventions in 52 countries, ranging from small measures such as floor stickers that mark a two-metre separation to major, restrictive policies such as school closures. They are also following some countries’ recent efforts to restart daily life and measures that go with them, including making the wearing of face masks mandatory. Meanwhile, Oxford’s project, the COVID-19 Government Response Tracker, is monitoring 13 interventions in more than 100 countries. It compiles 7 of the 13 into a single ‘stringency’ index that captures the overall severity of each country’s response and allows for comparison between countries that take different approaches (see ‘Pandemic protections’). The team is revising how they calculate the index and adding a measure. Clustering countries
Already, scientists in both groups are analysing their data to explore differences in each country’s responses. The Vienna team is looking for patterns, and their methods include clustering countries by how early in their epidemics they began interventions and by the total number of restrictions introduced. In Europe, for example, algorithms group Sweden, the United Kingdom and the Netherlands together as countries that acted relatively slowly. In the early stages of their epidemics, all three implemented ‘herd immunity’ strategies, which involved few measures or ones that relied on voluntary compliance, although later, the United Kingdom and the Netherlands switched to more aggressive responses, including country-wide lockdown, says Amélie Desvars-Larrive, an epidemiologist at CSH Vienna and the University of Veterinary Medicine Vienna.
Meanwhile, Germany and Austria stand out as nations that adopted aggressive and early control strategies compared with Italy, France and Spain, which implemented similar measures, including lockdown, but later in their epidemics, she says. So far, Germany and Austria have, per capita, seen a fraction of the deaths from COVID-19 of these other countries.
Early findings from the Oxford team also suggest that poorer nations tended to bring in stricter measures than did richer countries, relative to the severity of their outbreaks. For example, the Caribbean nation of Haiti enforced lockdown on confirming its first case, whereas the United States waited until more than two weeks after its first death to issue stay-at-home orders. That might be because lower-income countries with less-developed health-care systems act more cautiously, says Anna Petherick, a public-policy researcher at Oxford. It could also reflect the fact that the outbreak reached these nations later, giving them longer to learn from others, she says. Patterns and predictions
Ultimately, researchers hope to use data from the LSHTM database to go beyond examining the differences in responses — and understand how effective these strategies were in limiting the outbreak. “We really need to evaluate those interventions in real time, so everybody can make real policies,” says Eggo, who was not involved in the database’s creation but plans to use it. “If we don’t know what works and we don’t know how much, it’s going to be really difficult to decide what to do next.” Eggo and colleagues will use the data to test the accuracy of mathematical models, which use equations to describe the rate of transmission and mechanisms behind it, under varying intervention types and timing.
Ideally, researchers will be able to forecast how adding and removing interventions would change the number of infections over time. Policymakers could use such predictions, together with data on intensive-care capacity, to make decisions — on whether to reopen schools, for example — says Nils Haug, a mathematical physicist at CSH Vienna and the Medical University of Vienna.
Haug is part of a 15-strong team of modellers exploring which statistical approaches to use. Rather than directly determining the precise effect of each intervention, these methods can be used to find ways to identify the measures that best predict infection rates. One approach involves using a machine-learning technique called a recurrent neural network to learn from patterns in the data and make predictions. Researchers can learn how important a given intervention is by looking at how predictions shift when they remove information about it from the network. Another technique involves regression analysis, which estimates the strength of the relationship between a particular measure, such as school closure, and a metric, such as R, across all countries. Using a regression technique such as Lasso, for example, researchers can determine which measures reduce R most.
But all methods have limitations, says Haug. The Lasso method assumes that a given measure always leads to the same reduction in R over time, regardless of the country to which it was applied. This is one of the biggest challenges in learning lessons across multiple countries. Researchers want to be able to account for national quirks such as some countries’ greater prevalence of intergenerational households, which could accelerate spread. The Vienna team will eventually try to factor these different features directly into their models. For now, they will capture them all as a single variable that alters R for each country.
Without a vaccine or effective treatment, stopping transmission remains the only defence against COVID-19. Knowing the effects of each control measure is crucial to figuring out which ones can be safely altered or removed, says Petherick. “If we can learn what we should put in place and what works best so that we can stop the spread and also keep the rest of life going as best we can, I think that would be a huge contribution,” she says.

« Ce déconfinement progressif s’accompagne d’une série de mesures de santé publique, telles qu’une multiplication des tests et un programme de traçage de la COVID-19 à l’échelle nationale. De plus, le gouvernement recommande fermement le port de masques dans les magasins et transports en commun.

L’ouverture ne sera cependant pas uniforme sur tout le territoire, puisque chaque État peut décider d’adopter ou non les mesures proposées par le gouvernement fédéral ou y aller à son rythme.

La plupart des Länder suivent la ligne directrice fédérale, mais certains peuvent dire : « nous, on fait davantage ou on le fait plus vite », explique Barbara Thériault, professeure au Département de sociologie de l’Université de Montréal, qui est actuellement dans l’État de Thuringe, où le gouvernement a rendu obligatoire le port de masques ou de foulards dans les espaces publics.

La ville de Berlin et dix Länder ont déjà annoncé des mesures semblables.

Les « grands rassemblements » tels que des concerts et des compétitions sportives demeureront interdits au moins jusqu’au 31 août. Aucune date n’a encore été fixée pour les restaurants, les hôtels et les bars.

La plupart des Allemands approuvent ces décisions et la gestion d’Angela Merkel, pense Mme Thériault. Même s’il y a des gens qui critiquent le confinement et veulent une réouverture rapide des restaurants et des cafés, une majorité appuie le maintien des mesures sévères, affirme-t-elle.

Le gouvernement révise le plan toutes les deux semaines, raconte Barbara Thériault, et se réajuste selon la réalité sur le terrain. Ils vont regarder ce que disent les chiffres pour déterminer si l’on peut se permettre des mesures supplémentaires de déconfinement, soutient la chercheuse.

La chancelière Angela Merkel a d’ailleurs été très prudente et déclaré à de nombreuses reprises qu’il fallait procéder lentement. Nous sommes encore loin d’être sortis de l’auberge, a-t-elle déclaré, jugeant qu’il serait extrêmement dommage de connaître une rechute. »

L’hôpital, le jour d’après
Tous les spécialistes en conviennent : le confinement total est le prix du manque de moyens, notamment à l’hôpital, dû à l’incurie des gouvernements qui se sont succédé depuis trente ans.
C’est maintenant qu’il faut en tirer les leçons et revoir de fond en comble la politique de santé.

« Un plan, mais pas de date en Ontario

Le plan de déconfinement présenté lundi par le gouvernement de Doug Ford ne comporte aucune date. Selon le document présenté aux journalistes, la fin du confinement se fera graduellement dans la province après l’observation d’une période de baise des cas de deux à quatre semaines. IL est à noter que la courbe des cas n’est à la baisse en Ontario que depuis le 24 avril dernier.

Précisant que son plan n’est pas un calendrier, le gouvernement ontarien a ajouté que les écoles de la province resteraient fermées au moins jusqu’au 31 mai.

Bien que l’Ontario ait annoncé sa plus faible augmentation du nombre de cas de COVID-19 en deux semaines, la crise dans les foyers de soins de longue durée de la province continue toutefois de s’aggraver.

La province compte 424 nouveaux cas confirmés de contamination à la COVID-19 au cours des dernières 24 heures, portant à 14 856 le nombre total de cas dans la province, où 948 personnes ont succombé à la maladie.

10 000 entreprises réclament la subvention salariale

Au moins 10 000 entreprises ou organismes canadiens ont déjà présenté une demande en ligne à l’Agence du revenu du Canada afin de pouvoir bénéficier du programme de subvention salariale du gouvernement fédéral, a déclaré lundi le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Ce programme doit couvrir jusqu’à 75 % du salaire des employés d’une entreprise pour la première tranche de 58 700 $.

L’ouverture des inscriptions pour la subvention salariale avait lieu ce matin et les premiers versements seront faits par Ottawa à compter du 7 mai prochain. »

« En Allemagne. Le pays a commencé très tôt à faire tester ses habitants. « Les tests sont le pilier de la stratégie allemande », analyse Laurent Desbonnets, correspondant de France Télévisions outre-Rhin. Dès le premier cas avéré en Bavière, à la mi-janvier, une politique massive de dépistage a été mise en place, à l’initiative de l’Institut Robert-Koch, établissement de référence pour la recherche appliquée et la santé publique en Allemagne. « Le gouvernement s’appuie sur les laboratoires indépendants, disséminés sur le territoire. Dès janvier, il leur a communiqué à chacun le modèle pour réaliser le test« , décrit Laurent Desbonnets.

« Je crois que l’Allemagne a très rapidement pris conscience du début de l’épidémie. Nous l’avons fait deux ou trois semaines plus tôt que certains de nos voisins. Nous y sommes arrivés parce que nous avons énormément diagnostiqué, beaucoup testé« , explique le professeur Christian Drosten, directeur de l’Institut de virologie de la Charité à Berlin, à l’hebdomadaire Die Zeit (en allemand).

Chaque semaine, entre 300 000 et 500 000 personnes sont testées en Allemagne. Et le gouvernement d’Angela Merkel ne compte pas s’arrêter là : un document du ministère de l’Intérieur, révélé le week-end dernier par plusieurs médias, prescrit une stratégie inspirée de la Corée du Sud, avec pas moins de 200 000 tests par jour. Les tests ciblent principalement deux catégories de personnes : celles qui présentent des symptômes de la maladie (même bénins) et toutes celles qui ont été en contact avec des malades.

Ces tests sont réalisés dans les centres hospitaliers et chez les généralistes, parfois aussi directement sur les patients installés dans leur véhicule. L’objectif ? Isoler les malades le plus vite possible. »N’importe qui testé positif se retrouve strictement confiné« , explique Laurent Desbonnets. Car en Allemagne, il n’y a pas de confinement strict, même si, dans les faits, les règles sont presque les mêmes qu’en France : seuls les commerces de première nécessité sont ouverts, et les déplacements sont drastiquement limités. « Le fait que l’on identifie autant de personnes infectées nous permet de limiter leurs contacts, donc de limiter le nombre de morts« , explique le professeur Thomas Schulz, médecin à l’institut de virologie de Hanovre (Allemagne), interrogé par franceinfo.

En France. Côté français, le rythme de dépistage n’a rien à voir avec celui de l’Allemagne, ce qui suscite l’indignation d’une partie du corps médical. Cela s’explique notamment par le manque de tests nasaux PCR, qui permettent une détection immédiate du virus, car ceux-ci sont majoritairement produits à l’étranger. « On est totalement incapables de tester à très grande échelle parce qu’il n’y a pas d’industrie de biologie moléculaire en France« , explique Michel Bendahan, pharmacien biologiste, à L’Opinion (article abonnés).

Pour rationner les kits de dépistage, les tests n’étaient pratiqués jusque récemment qu’en cas de symptômes graves, sur les personnes ayant été en « contact étroit » avec un cas confirmé ou ayant voyagé dans une « zone d’exposition à risque », comme l’expliquait Le Parisien, mi-mars. Mais le 16 mars, l’OMS a appelé les Etats à dépister massivement tous les cas suspects, obligeant la France à revoir sa doctrine. Les autorités sanitaires réalisaient alors 10 000 tests par jour. Le 24 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a assuré que la France allait « démultiplier le nombre de tests sur le territoire », ce qu’il a répété quatre jours plus tard, affirmant vouloir parvenir à 30 000 tests quotidiens d’ici « une grosse semaine ». Puis ce chiffre devrait être porté à « 50 000 fin avril », a précisé le ministre, « 60 000 en mai et 100 000 en juin« . Des « drive-tests » ont d’ores et déjà été mis en place depuis la fin de la semaine dernière dans plusieurs villes.

En Allemagne. « Nous avons peut-être le meilleur système de santé au monde », a déclaré Angela Merkel dans son discours télévisé, mercredi 18 mars. Il est vrai que l’Allemagne est particulièrement bien dotée en soins intensifs, avec 28 000 lits de réanimation, selon le ministre allemand de la Santé. Elle compte au total 6 lits pour « soins aigus » pour 1 000 habitants, soit l’un des taux les plus élevés des pays de l’OCDE. Au total, 25 000 sont équipés d’une assistance respiratoire. Il faut dire que les principaux fabricants mondiaux de respirateurs, Draeger et Löwenstein, sont implantés outre-Rhin.

Comme l’explique franceinfo dans cet article, l’Allemagne fait également partie des Etats les mieux dotés de l’OCDE en lits pour « soins aigus », c’est-à-dire les lits d’hôpitaux régulièrement entretenus et dotés de personnel (hors psychiatrie et soins de longue durée). Le système allemand possède 6,02 lits pour 1 000 habitants et talonne ainsi la Corée du Sud et le Japon.

Mais la pandémie révèle tout de même certaines faiblesses du système hospitalier allemand. « Ces derniers mois, certains lits de soins intensifs ont été fermés parce qu’il n’y avait pas assez de personnel » compétent disponible, a récemment décrit Reinhard Busse, spécialiste en économie de la santé à l’Université technique de Berlin. Depuis plusieurs années, quelque 17 000 postes d’infirmier ne sont pas pourvus. La situation est telle que nombre d’établissements, dont le grand CHU berlinois de La Charité, ont dû appeler à l’aide étudiants en médecine ou retraités du secteur.

Autre difficulté majeure dans un pays à la population vieillissante : le départ d’une grande partie des 200 000 aides-soignantes à domicile polonaises, ukrainiennes ou des pays baltes qui portent quotidiennement assistance à des personnes âgées, dont le nombre est estimé entre 300 000 et 500 000. Des départs qui font craindre un nouveau désastre sanitaire.

En France. Si le système hospitalier français est réputé comme l’un des plus performants en Europe, la vague épidémique survient alors que l’hôpital public traverse une crise sociale sans précédent depuis plus d’un an, mettant en tension des services qui fonctionnaient déjà à flux tendu.

Le nombre de lits disponibles est un indicateur intéressant pour situer la France par rapport à ses voisins. L’Hexagone est ainsi un peu en dessous de la moyenne des 35 pays « développés » membres de l’OCDE, avec 3,1 lits pour 1 000 habitants, soit moitié moins que l’Allemagne, selon les données d’Eurostat. Un chiffre en baisse de près de 10% sur dix ans, en raison du développement des opérations en ambulatoire (sans nuit à l’hôpital) et de réductions budgétaires.

Confronté à une surcharge des services de réanimation, le gouvernement souhaite augmenter le nombre de lits, « pour atteindre un objectif de 14 000 à 14 500 lits de réanimation sur tout le territoire national« , a indiqué Olivier Véran, samedi 28 mars, contre 5 000 lits actuellement. En Ile-de-France, la situation est de plus en plus tendue : sur 1 500 places dans les services de réanimation de la région parisienne, 1 300 sont actuellement occupées. Par endroits, comme en Seine-Saint-Denis, les hôpitaux sont déjà saturés.

Les statistiques 2019 de l’OCDE indiquent que la France se place en troisième position mondiale pour les dépenses de santé calculées par rapport au pourcentage du produit intérieur brut. Mais elle tombe à la douzième place lorsqu’on rapporte ces dépenses au nombre d’habitants. « En 2018, selon l’OCDE, les dépenses de santé par habitant représentaient 5 847 dollars (5 200 euros) en Allemagne, 4 931 dollars (4 300 euros) en France« , relève Le Monde diplomatique (article abonnés).

En Allemagne. Si le pays a été si réactif dans sa politique de dépistage, c’est aussi parce qu’on doit la découverte du premier test mondial de détection du Covid-19 à l’un de ses ressortissants, le scientifique Olfert Landt, et son équipe de chercheurs. Le 17 janvier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) officialisait la validation de ce test, avant même le protocole chinois (approuvé le 24 janvier). Fin février, Olfert Landt affirmait à CNN (article en anglais) avoir produit 4 millions de tests.

L’Allemagne est l’un des leaders de l’OCDE en matière de dépenses dans le domaine de la recherche. Et le ministère allemand de la Recherche compte accélérer les choses. Il a déclaré vouloir débloquer 150 millions d’euros pour soutenir la mise en place d’un réseau permettant d’améliorer les échanges entre laboratoires et hôpitaux universitaires. Ce réseau aura aussi pour mission de compiler des données sur tous les patients atteints du Covid-19 afin d’avoir une vue d’ensemble de leurs antécédents médicaux et de leur constitution, et d’aider à concevoir un vaccin.

En France. Le budget 2020 de la recherche en France a été « sanctuarisé », c’est-à-dire qu’il n’a pas baissé par rapport à l’année précédente. Il atteint 25,49 milliards d’euros, soit 500 millions d’euros de plus que l’an dernier. Déjà, en 2019, le budget était en hausse. « Ces augmentations sont par définition positives, mais beaucoup de rapports ont rappelé qu’une nation comme la France, pour se comparer et se maintenir par rapport à ses voisins, devrait faire un effort bien plus considérable », explique David Larousserie, journaliste scientifique au Monde, sur France Culture.

Par rapport à l’Allemagne, les dépenses de recherche, publiques et privées confondues, sont vraiment différentes. Plus de 90 milliards d’euros par an [en Allemagne], 50 milliards en France.

David Larousserie, journaliste au « Monde »

Sur France Culture

Un constat partagé par Samuel Alizon, directeur de recherche sur les maladies infectieuses au CNRS. « Le financement de la recherche et du développement en France est risible par rapport à l’Allemagne« , affirme-t-il à franceinfo. Il pilote depuis peu les recherches sur un modèle prédictif, qui consiste à explorer les différents scénarios de sortie du confinement. « Les Britanniques ont fait beaucoup de modélisations de l’après-confinement. En France, rien n’a été lancé. On s’y est donc mis avec mon équipe, début mars, alors que ce n’est pas notre cœur de métier« , déplore le chercheur.

« Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion« , renchérit Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des coronavirus, dans une interview donnée au Monde (article abonnés). Le scientifique dénonce « le temps perdu » sur la recherche concernant le Covid-19 à cause d’une baisse des investissements. Ses études sur les coronavirus ont débuté en 2002, quelques mois avant que l’épidémie de Sras n’émerge en Chine. Mais, comme l’explique LCI, qui cite Bruno Canard, les crédits ont fondu au fur et à mesure que cette épidémie se retirait de l’actualité, dès l’été 2003. »

Coronavirus : pourquoi l’Allemagne semble-t-elle mieux gérer l’épidémie que la France ?

Franceinfo a comparé la situation française avec celle de notre voisin outre-Rhin autour de trois critères : la politique sanitaire, l’état du système hospitalier et le financement de la recherche.

« Alors que le gouvernement provincial au Québec doit annoncer une réouverture graduelle des écoles, le ministre néo-brunswickois de l’Éducation, Dominic Cardy, réitère que les chances d’un retour en classe ce printemps au Nouveau-Brunswick sont très minces.

En fait, le ministre de l’Éducation n’envisage pas de retour en classe avant la rentrée de septembre prochain.

Les écoles sont fermées jusqu’à ce moment, et comme j’ai déjà dit, je n’imagine pas qu’il y ait de grandes chances qu’elles vont rouvrir avant la fin de l’année scolaire. Et, on va prendre tout le temps qu’on peut pour se préparer, je l’espère, pour septembre, a expliqué M. Cardy en entrevue à La matinale.

Le ministère de l’Éducation envisage même qu’un retour en classe en septembre ne soit pas possible. Les éducateurs et les fonctionnaires peaufinent un plan pour améliorer l’offre pédagogique en ligne.

Pour septembre on va voir un plan plus élaboré, parce que c’est possible qu’on aura une deuxième année scolaire qui sera interrompue par le virus et il faut s’assurer que l’année scolaire de nos jeunes n’est pas trop affectée d’une manière trop négative, a avancé M. Cardy.

Même tout allait extrêmement bien et qu’aucun autre cas n’était décelé au cours des prochaines semaines, le ministre est clair quant à l’espoir d’un retour en classe cette année.

Ce n’est pas basé sur le nombre de cas de virus, a martelé le ministre.

Au Nouveau-Brunswick, les garderies ouvriront avant les écoles. Actuellement, les places sont réservées aux travailleurs essentiels. De deux à quatre semaines après le début du déconfinement, donc entre le 8 mai et le 22 mai, les services de garde pourraient être élargis, mais avec des mesures et des contrôles stricts.

Par ailleurs, presque toutes les garderies ont affirmé être prêtes à rouvrir avec les mesures de sécurité recommandées, selon le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance.

Résumé des mesures de déconfinement :

Deux unités familiales peuvent socialiser ensemble.

Les terrains de golf peuvent ouvrir.

Le report entourant les saisons printanières de pêche et de chasse est levé.

Les parcs et les plages peuvent accueillir ceux qui veulent profiter du plein air.

Le covoiturage est permis lorsque le passager est installé sur la banquette arrière.

Les étudiants postsecondaires peuvent accéder à leur campus.

Des services religieux en plein air peuvent avoir lieu.

S’il manque de place, puisque les écoles seront toujours fermées, les locaux des établissements pourraient être utilisés comme des garderies pour une certaine période.

S’il y a des endroits de la province où les garderies ne sont pas prêtes pour des raisons de sécurité ou autre, on a maintenant l’habileté d’utiliser les écoles, a précisé le ministre. »

« Samedi, la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, exprimait des réserves au sujet du concept d’immunité collective sur lequel le gouvernement Legault se base pour procéder au déconfinement d’une partie de la population.

Pour Québec, le concept d’immunité repose sur les recommandations de la santé publique.

Toutes nos décisions sont prises sur recommandation de notre santé publique, au Québec. La réalité, c’est que le virus fera partie de notre quotidien pour de nombreux mois à venir. Il faut que la vie reprenne graduellement, il y aurait des risques importants à garder les Québécois confinés trop longtemps, en santé mentale notamment. Le Québec est rendu à une autre étape, indiquait une déclaration transmise au nom du cabinet du premier ministre François Legault. »

« Le Québec pourrait tester jusqu’à 30 000 personnes par jour

Le dépistage massif « fait partie des conditions de déconfinement qu’on a mises en place », clame Horacio Arruda.

« On veut augmenter le nombre de tests », a indiqué lundi le premier ministre François Legault, confirmant ainsi les informations dévoilées plus tôt par Radio-Canada.

En ce moment, selon des données publiées quotidiennement par l’Institut national de santé publique (INSPQ), le Québec réalise moins de 5000 tests par jour.

On est l’un des endroits au monde où, par millions d’habitants, on teste le plus, avec l’Allemagne, a néanmoins assuré François Legault.

Alors que Québec vient d’annoncer une réouverture progressive du milieu scolaire, les autorités sanitaires comptent encore accélérer leur capacité de dépistage. On va tester, tester, tester, a affirmé Horacio Arruda.

Le nombre de tests quotidien devrait monter rapidement à 15 000, a souligné le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, en précisant que cette volonté est indispensable pour suivre l’évolution de l’épidémie. Cette mesure pourrait même se faire à partir de maintenant, a-t-il suggéré.

Ce dernier a évoqué l’acquisition de milliers de tests rapides, approuvés par Santé Canada, qui permettront d’avoir un résultat en une demi-heure, contre environ 24 heures actuellement. D’ici fin mai, cet équipement devrait être disponible, a déjà expliqué le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Ces prochains tests, comme le rapportait déjà Radio-Canada, pourraient également se faire directement dans des écoles ou des lieux de travail, par le biais de cliniques mobiles, a mentionné Horacio Arruda. Moindrement qu’il va y avoir un cas dans un milieu de travail, ça va prendre une équipe pour être capable d’intervenir, a-t-il détaillé.

L’équipement sera disponible, promet Québec

Alors que plusieurs experts du réseau de la santé ont évoqué des doutes et des craintes sur la capacité d’augmenter considérablement ce nombre de tests, Québec se veut rassurant.

C’est clair qu’il y a eu antérieurement des problèmes en lien avec les réactifs et les écouvillons. Mais ce problème-là est réglé, a admis Horacio Arruda, en faisant référence notamment à l’achat de milliers d’écouvillons contaminés, provenant de Chine.

On a eu des difficultés, on ne se le cachera pas […]. Actuellement, on est sur la bonne voie, a-t-il ajouté en faisant part de sa volonté d’avoir également des approches plus proactives de tests pour documenter ce qu’il se passe vraiment en termes de transmission communautaire.

Des études sérologiques devraient ainsi être menées, avec des tests aléatoires au sein de la population pour obtenir un portrait plus large de la pandémie au Québec. On veut, dans les prochaines semaines, y aller plus sur une base d’échantillonnage au hasard, a spécifié François Legault. »

« En rafale :

Le Québec prévoit tripler dans les prochaines semaines le nombre de tests quotidiens de dépistage de la COVID-19 pour atteindre 30 000 tests par jour.

Le ministre néo-brunswickois de l’Éducation, Dominic Cardy, n’envisage pas de retour en classe avant la rentrée de septembre prochain.

Les entreprises canadiennes qui souhaitent déposer une demande de brevet doivent s’attendre à des délais plus longs en raison de la COVID-19, une situation susceptible de ralentir la commercialisation de nouveaux procédés, appareils ou produits destinés à lutter contre la pandémie.

Trois jours après avoir décidé de restreindre les déplacements non essentiels dans le nord de la province pour contrer la propagation de la COVID-19, le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, subit les foudres de certains dirigeants de la région.

Après deux années de production pénible due aux conditions météorologiques difficiles, les producteurs manitobains se retrouvent cette année avec des centaines de millions de kilos de pommes de terre invendues, en raison de la crise de la COVID-19.

Les Canadiens se disent préoccupés (44 %) et anxieux (41 %) en raison du confinement et des autres répercussions de la crise du coronavirus. C’est ce que révèlent les résultats d’un sondage Angus Reid publiés lundi matin. » –

« Que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Premiers éléments de réponse à partir d’un corpus bien défini : le très réputé magazine « Science », et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019. »

Dossier : Les visages de la pandémie

Savoir et prévoir

Première chronologie de l’émergence du Covid-19

« Le 8 avril dernier, la ville de Wuhan, épicentre de la pandémie de Covid-19, a mis fin à un confinement de plus de deux mois. La Chine reste néanmoins préoccupée par la survenue de nouveaux foyers d’infections, alimentés par des cas importés ou des patients asymptomatiques. Cette crainte d’une résurgence est-elle justifiée ou exagérée ?

La Chine semble enfin avoir réussi à endiguer l’épidémie de Covid-19. Après 77 jours de confinement strict, la ville de Wuhan, épicentre de la pandémie mondiale, a rouvert ses portes le 8 avril dernier, les habitants étant à nouveau autorisés à sortir de chez eux et habilités à circuler (sous conditions strictes). Les écoles devraient quant à elles rouvrir fin avril. Depuis le début de l’épidémie, 83.402 cas ont été enregistrés en Chine continentale avec 3.346 décès, auxquels il faut ajouter les 1.450 cas et 10 décès à Hong Kong, Macao. Mardi 14 avril, à peine 46 nouveaux cas ont été enregistrés dans le pays, dont 36 importés de pays étrangers, a indiqué la Commission nationale de la santé. Par comparaison, la France compte 134.582 cas de Covid-19 et 17.188 personnes sont décédées depuis le début de l’épidémie.

78 % des nouveaux cas sont importés

Mais alors que le déconfinement se profile, la Chine risque-t-elle d’être confrontée à la fameuse « deuxième vague » ? Mardi 15 avril, 46 nouveaux cas de contamination au Covid-19 ont été annoncés, dont 36 « importés ». La province de Heilongjiang, au nord-est du pays, concentre les inquiétudes. Afin de prévenir tout nouveau foyer, la Chine a fermé sa frontière avec la Russie mais conserve un poste de contrôle dans la ville de Suifenhe, où 79 nouveaux cas avaient été enregistrés en une seule journée lundi. Du coup, Suifenhe a imposé un confinement à ses 70.000 habitants, une seule personne par foyer étant désormais autorisée à sortir pour faire des courses tous les trois jours. Les autorités locales ont également transformé un bâtiment administratif en hôpital de campagne, capable d’accueillir 600 patients. La frontière avec la Birmanie, où 62 cas ont été confirmés, fait également l’objet d’une étroite surveillance depuis vendredi dernier. Des policiers et gardes-frontières ont été déployés près du port de Lincang où « plusieurs centaines de personnes » ont tenté de franchir la frontière illégalement, rapporte le Global Times.

Les patients asymptomatiques, nouvelle crainte des autorités

L’autre préoccupation concerne les cas asymptomatiques, c’est-à-dire porteurs du virus mais ne présentant pas les symptômes du Covid-19 (toux, fièvre, difficultés respiratoires…). Depuis le 1er avril, la Chine recense le nombre de patients asymptomatiques dépistés et jusqu’ici absents des bilans officiels. Mardi 14 avril, 57 nouveaux cas ont ainsi été comptabilisés, soit la plus forte hausse en deux semaines. Au total, 6.700 cas asymptomatiques auraient ainsi été comptabilisés depuis le 28 janvier, soit 8 % des cas, mais ce chiffre est largement sous-estimé compte tenu du manque de tests. Selon un article paru le 2 avril dans le British Medical Journal, quatre cas de coronavirus sur cinq seraient asymptomatiques en Chine. Des chiffres non certifiés et sujets à caution, mais qui ont conduit les autorités de Wuhan à replacer en confinement 70 quartiers résidentiels sur 7.000, après la découverte de porteurs asymptomatiques. Pour prendre la mesure du phénomène, la Chine a lancé une vaste étude dans neuf régions, a annoncé le journal officiel China Daily.

Des conditions drastiques pour la circulation des personnes

La Chine marche donc sur des œufs pour son déconfinement. Depuis le 8 avril, 661.000 personnes ont quitté ou gagné la ville de Wuhan, soit plus de 94.000 voyages par jour. Mais sous conditions drastiques. Seuls les voyageurs ayant un test sérologique négatif au virus sont autorisés à prendre un billet de train pour Pékin. À leur arrivée, ils sont soumis à 14 jours de quarantaine supplémentaires. Mais même ces mesures draconiennes n’offrent pas une garantie à 100 %. Mardi, la chaîne de télévision officielle CCTV a ainsi rapporté le cas d’un Chinois de retour des États-Unis ayant développé des symptômes deux jours après son arrivée malgré un test négatif.

Pour autant, « il n’est pas possible de maintenir un confinement éternellement », explique au Global Times Zhong Nanshan, un des experts conseillant le gouvernement chinois. « Il est normal d’avoir une résurgence après une grande épidémie, car un virus ne peut pas être complètement éliminé en si peu de temps », confirme Yu Kaijiang, chef du groupe d’experts pour le traitement médical du Covid-19 à Suifenhe. Les Chinois semblent d’ailleurs particulièrement méfiants. « Il y a une sorte d’autoconfinement des gens qui attendent de voir comment l’épidémie évolue », témoigne Philippe Klein, médecin français à Wuhan, sur France Info. La deuxième vague n’est pas arrivée en Chine, mais elle est présente dans tous les esprits. »

Coronavirus : comment la Chine anticipe la deuxième vague ?

La pandémie de Covid-19, qui bouleverse le monde, révèle le déficit de concertation entre les Etats, même pour faire face à une telle menace, et oppose deux approches rivales du droit international.
Coronavirus impose, la réunion à huis clos du Conseil de sécurité s’est tenue en visioconférence. Finalement, dans la soirée du 10 avril, l’organe suprême de l’Organisation des Nations unies (ONU), chargé de la paix et de la sécurité dans le monde, discutait pour la première fois de la pandémie après de longues semaines d’« assourdissant silence »
, selon les mots de l’ambassadeur allemand aux Nations unies, Christoph Heusgen.
La situation est pourtant inédite. Pour la première fois, toute l’humanité doit faire face au même moment à la même peur. « Un signal d’unité et de détermination du Conseil signifierait beaucoup en cette période d’anxiété », avait lancé Antonio Guterres, le secrétaire général, avant la réunion. Pourtant il fut impossible ce soir-là d’arriver à un texte commun. Washington insistait pour que l’origine chinoise du virus soit mentionnée, et Pékin refusait « toute politisation du virus ». Quatre jours plus tard, le président américain, Donald Trump, annonçait la suspension de la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), accusée de complaisance à l’égard de Pékin et de « mauvaise gestion » dans la crise. Les Etats-Unis étaient les premiers donateurs assurant 17 % du budget. Cette impuissance à afficher, même symboliquement, la pleine conscience d’un destin partagé illustre la crise des institutions multilatérales. Elle est ancienne, profonde, et désormais plus évidente que jamais. « La rapidité avec laquelle le Covid-19 s’est répandu dans le monde nous montre la nécessité d’une réponse globale ; mais alors que le multilatéralisme serait plus nécessaire que jamais, il se détériore aussi bien au niveau international, en témoigne la crise du système onusien, que régional avec l’Union européenne dont les Etats membres ont agi – au moins pendant les premières semaines – en ordre dispersé », relève Bertrand Badie professeur émérite à Sciences Po Paris. « Nous sommes dans un cercle vicieux : un multilatéralisme faible face à des questions de plus en plus globales, des réponses nationales désordonnées et un concert de lamentations sur l’inefficacité du multilatéralisme », renchérit Guillaume Devin, professeur à Science Po Paris, évoquant « un moment régressif et vulnérable ».
« La Chine se positionne désormais comme le pays garant du multilatéralisme et celui qui va le sauver »
Alice Ekman, responsable de l’Asie à l’EUISS
L’Europe reste « dans l’œil de cyclone » face à l’épidémie de nouveau coronavirus, a averti jeudi l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), au moment où plusieurs gouvernements ont décidé ou envisagent d’assouplir les mesures de confinement prises contre cette pandémie meurtrière.
Malgré les « signes encourageants » constatés, le nombre de cas a presque doublé au cours des dix derniers jours en Europe, pour atteindre près d’un million, a souligné Hans Kluge, directeur Europe de l’OMS, lors d’une conférence de presse à Copenhague
.
L’agence spécialisée de l’ONU exhorte donc les dirigeants européens à « ne pas baisser la garde » et à s’assurer que le virus est sous contrôle avant la levée des restrictions.
Depuis son apparition en Chine en décembre, la maladie Covid-19 a infecté plus de deux millions de personnes à travers le monde et fait plus de 137 000 morts, dont plus de 90 000 rien qu’en Europe, selon un comptage réalisé par l’AFP à partir de sources officielles jeudi.
Mardi, l’OMS avait déjà souligné que « le monde (était) à un tournant » et préconisé une très grande progressivité dans les mesures de déconfinement pour éviter une deuxième vague d’infections.
Anxieux des conséquences dramatiques des restrictions pour leurs économies à l’arrêt et arguant du ralentissement des admissions en soins intensifs et des hospitalisations, plusieurs pays européens ont commencé à élaborer leurs plans de déconfinement et même à assouplir quelques mesures.

La Suisse entend dévoiler son plan jeudi tandis que l’Allemagne compte rouvrir prochainement certains magasins et, à partir du 4 mai, les écoles et lycées.
Mercredi, près de la moitié des écoliers du Danemark ont retrouvé leurs salles de classe après un mois de fermeture. L’Autriche a rouvert mardi ses petits commerces non essentiels et l’Italie, deuxième pays le plus affecté au monde avec 21 645 morts, a aussi rouvert certaines boutiques.
En Espagne (19 130 morts), une partie des salariés a repris le chemin du travail. Mais le télétravail reste la norme et le plan de confinement devrait être prolongé au-delà du 25 avril.
Quant à la France (17 167 morts), elle prépare aussi son plan de déconfinement progressif à partir du 11 mai, après avoir décidé lundi de prolonger ses mesures de restriction.
Cimetières débordés
Aux États-Unis, Donald Trump entend relancer la machine économique au plus vite et doit présenter jeudi sa feuille de route.
« Nous allons rouvrir des Etats, certains Etats beaucoup plus tôt que d’autres. Certains Etats pourraient en fait ouvrir avant l’échéance du 1er mai », a assuré le président américain mercredi, estimant les États-Unis ont probablement « passé le pic » des nouveaux cas.
Le pays paie le plus lourd tribut au monde avec 30 985 décès pour 639 664 cas.
A New York, où les crémations ont plus que doublé et les enterrements quintuplé, Green-Wood, son plus grand cimetière, est arrivé à la limite de ses capacités.
« Et ce n’est pas que Green-Wood », assure Eric Barna, membre de la Metropolitan Cemetery Association, qui regroupe notamment les cimetières de New York. « On est arrivé au point où le système ne peut pas gérer un tel volume en si peu de temps ».
Dans ce contexte, le Royaume-Uni s’apprête à annoncer jeudi la poursuite de son confinement.
« Je ne vais pas préjuger de la décision officielle qui va être prise, mais nous avons été clairs sur le fait qu’il est trop tôt pour un changement
», a déclaré jeudi matin le ministre britannique de la Santé Matt Hancock, dont le pays est un des plus touchés avec près de 12.868 morts dans les seuls hôpitaux, et des inquiétudes sur les victimes en maisons de retraite, qui ne sont pas comptabilisées dans les bilans quotidiens des autorités.

« C’est dans cette optique, que je voudrais présenter ici un patrimoine culturel, philosophique et politique exceptionnel que j’ai eu l’occasion d’étudier sur le terrain auprès de ses dépositaires : le Xeer Issa, un contrat sociopolitique qui régit la communauté Somali-Issas de la Corne de l’Afrique.

Dans cet article, je trace les grandes lignes de ce contrat socio-politique régissant une des grandes familles claniques somalies, la confédération des Issas qui est au fondement de leur société de droit. Je rappelle le contexte historique particulier de sa naissance et les principes fondamentaux qui sont à la base du Xeer. J’invite à effectuer des analyses comparatives avec des connaissances de même ordre développées par les communautés voisines telles que le Madqa des Afars ou le Gada des Oromos et d’autres peuples africains comme la Charte du Mandé et la philosophie du Ubuntu, en vue d’identifier les valeurs communes. Enfin je discute la contribution que de telles traditions démocratiques pourraient apporter au grand débat actuel sur la décolonisation des humanités et sur l’universalisme et à la recherche des solutions endogènes, adaptées à nos sociétés contemporaines reflétant la pluralité des modèles d’organisation socio-politique.

Un système adapté à une écologie

Le Xeer est la production d’une société pastorale organisée autour de la rationalisation des maigres ressources disponibles dans leur environnement. Cette “gestion de la pénurie” explique certaines des caractéristiques reflétées par ce contrat telles que l’austérité de leur mode de vie, leur communalisme et leur système de solidarité pour pallier à l’hostilité du milieu et la précarité économique. »

Le Xeer

« Il est incontestable que la montée de la solitude constitue un phénomène social qui se développe dans tous les pays riches de la planète, en particulier dans les grandes villes ; mais si la solitude fait partie de l’histoire de l’humanité, elle s’est avec le temps profondément transformée. En « trop » ou en « pas assez », la relation à l’autre est devenue le sujet de préoccupation essentiel de notre époque. Alors que nous sommes dans une ère de communication, que les interactions entre les individus sont permanentes, parfois même envahissantes, de nombreuses personnes ont un sentiment douloureux de solitude. Et, dans le même temps, d’autres, de plus en plus nombreuses, font le choix de vivre seules.

On est face à un paradoxe : un même terme renvoie à la fois à la souffrance et à une aspiration de paix et de liberté. D’un côté, on nous dit que la solitude est un des maux de notre siècle, et qu’il faut à tout prix créer du lien et de la communication ; et, de l’autre, on nous prône l’autonomie. Néanmoins, malgré l’individualisme de nos contemporains, la solitude continue à véhiculer une image négative, qui néglige l’importance de l’intériorité. Rester seul est la plupart du temps considéré comme la conséquence d’un échec relationnel, ou, si cela apparaît comme un choix, il est perçu comme la voie assurée de l’ascétisme et du malheur.

Face à une personne seule, chacun de nous projette sa propre perception de la solitude et, au lieu que ce terme corresponde simplement à la description d’un fait, il devient un jugement. Comme le bannissement d’une communauté autrefois, la prescription de solitude est souvent la menace d’un mari violent à la femme qui tente de lui échapper : « Si tu me quittes, tu resteras toute seule. Personne ne voudra de toi ! » Singulièrement, ce sont ceux qui ne vivent pas seuls, sans doute parce qu’ils ne le supporteraient pas, qui ont la vision la plus négative de la solitude. Ils ne voient que l’isolement des personnes âgées ou des exclus, ou celui des amoureux éconduits. »

– Hirigoyen, M. (2007). Introduction. Dans : , M. Hirigoyen, Les nouvelles solitudes (pp. 5-9). La Découverte.

Réconcilier l’industrie et la nature
Ayant associé le développement économique et l’amélioration des conditions de vie, les forces politiques progressistes ont longtemps négligé l’impact des activités humaines sur l’environnement. L’urgence de protéger la planète impliquerait-elle de renoncer aux bienfaits de la société industrielle ? Pas nécessairement, dès lors que mutent certaines des habitudes de consommation auxquelles elle a donné naissance.
Dossier Covid-19
Une mine d’or pour les laboratoires
La France s’est révélée incapable de dépister massivement les malades du Covid-19, révélant la dépendance de la santé publique vis-à-vis des laboratoires privés.
Coronavirus has been detected on particles of air pollution by scientists investigating whether this could enable it to be carried over longer distances and increase the number of people infected.
The work is preliminary and it is not yet known if the virus remains viable on pollution particles and in sufficient quantity to cause disease.
The Italian scientists used standard techniques to collect outdoor air pollution samples at one urban and one industrial site in Bergamo province and identified a gene highly specific to Covid-19 in multiple samples. The detection was confirmed by blind testing at an independent laboratory.
Leonardo Setti at the University of Bologna in Italy, who led the work, said it was important to investigate if the virus could be carried more widely by air pollution.
“I am a scientist and I am worried when I don’t know,” he said. “If we know, we can find a solution. But if we don’t know, we can only suffer the consequences.”
Two other research groups have suggested air pollution particles could help coronavirus travel further in the air.
A statistical analysis by Setti’s team suggests higher levels of particle pollution could explain higher rates of infection in parts of northern Italy before a lockdown was imposed, an idea supported by another preliminary analysis. The region is one of the most polluted in Europe.

« La démocratie est le régime politique des inégaux qui prétendent ne pas l’être parce qu’il leur est reconnu une pluralité de droits et libertés dits fondamentaux.

C’est ainsi l’une des plus brillantes inventions de l’assujettissement des corps sociaux non-dominants – c’est-à-dire presque tout le monde, une des plus remarquables constructions narratives (théoriques, idéologiques) d’une domination presque parfaite des minorités non-dirigeantes qu’est ce « peuple » si méprisé et si endogé.

La démocratie comme Guy Hermet l’a montré est un label (la gouvernance telle pensée dans notre contemporanéité une fumisterie), je dirais même rien de plus qu’un label. Une étiquette qui ne veut rien dire de substantiel hormis véhiculer l’idée de promesses (liberté, égalité) qui n’engagent au fond que ceux qui y croient.

La démocratie est un idéalisme qui a tout d’une escroquerie.

Et telle qu’elle a été vendue aux individus :

comme le régime politique des expressions libres et sur un même pied d’égalité des minorités constituant dans un moment électoral une certaine majorité,

comme le régime des contre-pouvoirs permettant un certain équilibre entre différentes autorités qui s’auto-surveillent afin d’éviter – de dénoncer, de neutraliser – les abus des unes et des autres,

comme le régime du plein épanouissement de l’individualité dans un cadre de développement mutuel solidaire, d’une construction du tout (la communauté) partant de l’un (l’individu) dans un processus de médiation (dialogue, concertation, résolution pacifique des différends, etc.) et dans une dynamique relativement consensuelle,

est une fable issue d’esprits d’une créativité extraordinaire, quelquefois désespérés, pour un public de désespérés.

Voilà, en somme, selon moi, ce qu’est cette démocratie.

Que l’on se comprenne : les dictatures sont immorales. Elles le sont parce que fondamentalement elles nient l’autonomie de la volonté. Elles sont ainsi à partir de ce seul élément constitutif de leur identité foncièrement injustes.

Clairement, ce n’est ni un modèle à suivre ni un idéal à vouloir/désirer.

Les dictatures sont ainsi condamnables car elles sont en soi immorales, injustes. Mais, il faut le reconnaître, c’est généralement parce qu’elles ne veulent pas se faire passer pour ce qu’elles ne sont pas (c’est-à-dire des régimes de justice comme le prétendent les démocraties) qu’elles sont très transparentes, voire d’une certaine authenticité.

On ne raconte pas des bobards en dictature, on esclavage, direct, brutalement.

On ne fait pas semblant de s’intéresser à l’opinion des minorités composantes de la Cité, à leur faire croire qu’elles ont une quelconque influence ou même une valeur d’importance, on les rend invisibles, on les bâillonne et souvent on les terrorise – ce qui quelquefois revient au même.

On ne s’encombre pas d’artifices pour masquer que le pouvoir est entre les mains de la classe dirigeante, d’une certaine caste oligarchique; dans les dictatures, c’est assez limpide et c’est décomplexé. C’est propre, c’est net, épouvantablement parlant. Contrairement à la démocratie.

La démocratie vend l’illusoire, elle a besoin de vendre l’illusoire pour avoir un fondement légitime.

L’illusoire c’est la pluralité, la diversité, la liberté, l’égalité. Pourtant, comme le montre Meisel, l’histoire de toutes les sociétés est celle des minorités dominantes, en démocratie comme en dictature (autoritarisme, fascisme, totalitarisme, etc.).

La grande promesse de la démocratie, au-delà des slogans « liberté, égalité, fraternité » et des grands discours sur les droits fondamentaux, est celle de l’existence et de l’effectivité des contre-pouvoirs dans cette réalité de minorité(s) dominante(s), de classe dirigeante.

Or, cette grande promesse qui la singularise (surtout qu’elle suggère que l’idée de contre-pouvoirs exprime autant l’autonomie de tels pouvoirs que leur relative égalité d’influence) en tant que régime politique différent des autres est simplement une escroquerie.

L’escroquerie comme mystification et fraude est consubstantielle à la démocratie comme la sottise l’est à la vanité.

La démocratie n’a jamais été vraiment libertaire et égalitariste. D’athènes au parlementarisme en passant par le fédéralisme et le présidentialisme, tous les groupes sociopolitiques constitutifs de l’agora n’ont jamais été réellement ni tout à fait libres ni tout à fait sur le même pied d’égalité. En ce sens, le libéralisme comme exaltation de l’être libre et l’égalitarisme sont en fait une chimère, ou précisément une fable.

Ce n’est pas en soi si surprenant :

toute socialisation impose des restrictions (la maîtrise des grammaires de la reconnaissance, la validation mutuelle des faces dans le sens goffmannien, etc.),

toute communauté humaine est d’abord un régime de restrictions (le Décalogue qu’est l’ensemble des prescriptions morales disant le bien et le mal et exprimant des injonctions à la conformité, la loi qui sanctionne négativement les comportements non-prescrits afin d’assurer un minimum d’ordre social, etc.),

toute intersubjectivité est d’abord une question de valorisation subjective des capacités ou des atouts des uns et des autres selon une pluralité de paramètres (érotique, esthétique, moralité, économique, socio-professionnel, éducation, etc.)

et en ce sens l’intersubjectivité produit ou reproduit une sorte d’inégalité entre les individus, la notion même de mérite est en elle-même un inégalitarisme,

la communauté humaine est en elle-même réductrice de l’espace des possibles (en reprenant l’expression de Wittgenstein),

l’espace sociopolitique est un ensemble de champs (d’espaces d’interaction) dans lesquels les agents recherchent soit le renforcement de leur position soit l’extension de leur position, donc un espace de relations de pouvoir, de courses au gain des capitaux ou de maintien de capitaux. Or, de tels agents sont souvent des héritiers comme bourdieu l’a montré et cet héritage détermine en partie leur capacité.

Dès lors, de tout ce qui précède, de ce simple et succinct énoncé des situations d’inégalité réelle qui sont au fond dans notre quotidienneté très naturalisées, il est aisé de constater que dans l’agora (athénienne ou dans nos agoras contemporaines), les groupes sociopolitiques sont foncièrement inégaux et ceux qui ne possèdent pas un certain pouvoir issu de leur position dominante dans les divers champs (culturels, économiques, politiques, etc.) sont moins libres que les autres car comme le dirait l’autre ils ne sont que « rule takers » et non des « rule makers ».

Dire donc que la démocratie est le régime politique de la liberté et de l’égalité est en soi une escroquerie. C’est le régime politique de promesses de la liberté et de l’égalité. Et comme on le dit, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

L’autre dirait sans doute que la promesse est déjà un contrat en soi, et qu’à partir de cela il serait tout à fait légitime (pour les individus) d’en demander non seulement l’exécution mais aussi le respect effectif. Et que croire est une forme d’espérance, et l’espérance historiquement est un formidable moteur de réalisation, de changement, de révolution, de transformation radicale.

Si nous ne sommes ni totalement libres ni vraiment égaux, il n’en demeure pas moins que la démocratie établit (tout au moins théoriquement, conceptuellement) une liberté et une égalité de principe.

Un principe objectif (objectif parce qu’il s’impose à tous malgré nos sens subjectifs) et à partir duquel l’évaluation de la restriction des droits fondamentaux et de la discrimination est possible en tenant compte des atteintes ou non à la dignité humaine.

En ce sens, lorsque l’on entend dire que telle atteinte aux droits fondamentaux est inconcevable, intolérable, dans une société libre et démocratique, l’on dit essentiellement que ce n’est pas acceptable dans une société de dignité humaine.

Voilà l’importance me semble-t-il de ce principe, c’est le fait de regarder de la même façon les individus comme :

dignité humaine et singularités (êtres libres dans le sens kantien, c’est-à-dire d’autonomies de la volonté s’inscrivant dans la totalité de l’humanité grâce à la loi morale qu’elles se sont librement donnée),

l’égalité, c’est admettre et reconnaître cette nature comme semblable,

et le mérite est la distinction de la substance de cette nature (un livre est en tant qu’objet un livre semblable à un autre, mais ce qu’un livre a de substantiel par rapport à un autre est son contenu, voilà pourquoi tous les livres – malgré cette espèce de valeur égalitaire que dit leur appartenance à une catégorie d’objets – ne sont pas pareils).

Le mérite est une différenciation qui rend justice aux qualités intrinsèques de telles singularités (un livre se différencie d’un autre par son contenu, c’est le contenu qui fait le mérite d’un livre).

Encore faut-il comprendre que toute différenciation n’est pas impérativement hiérarchisation des entités, toute reconnaissance du mérite des singularités n’est pas nécessairement une hiérarchisation des singularités, être différent ne signifie pas être meilleur ou avoir une plus grande valeur ou être moins qu’un autre – simplement c’est ne pas être en termes de substance ce « même » identique qu’un autre.

Personne n’est substantiellement identique à une autre personne, et l’égalitarisme comme effacement ou déni voire refus/rejet de cette substantialité qui singularise fondamentalement les individus est en ce sens immoral (il sous-entend un déni/refus/rejet de l’autonomie de la volonté qui seule permet à un individu d’être une personne – une subjectivité).

La démocratie n’a pas pour vocation de gommer ou d’ignorer la substance singulière des individus, n’a pas de vocation de dire au fond que leurs substances ont réellement la même valeur (ce qui serait une négation de leur différence) mais d’affirmer comme principe que le droit à la singularité est un droit égal reconnu à tous sans autre forme de qualification.

La démocratie, c’est la singularité comme état naturel des individus qui ne sont pas frappés d’invisibilité ou d’inexistence dans l’espace sociopolitique du fait ou non de leur particularisme.

La démocratie, c’est un droit d’être qui ne saurait de ce fait être source d’injustifiable et intolérable discrimination (par exemple, celle qui entraîne une négation de la dignité humaine).

Personne ne devrait être punie ou sanctionnée négativement, marginalisée, voire humiliée et stigmatisée, parce qu’ayant simplement une substance singulière différente des autres. Personne en démocratie ou non (je dirais même surtout pas en démocratie).

La punition découle de la transgression d’un interdit, de la violation du sacré (ou de quelque chose qui soit considérée comme telle à l’instar de la personne humaine notamment).

Or, être substantiellement singulier n’est pas en soi blasphématoire, au fond il n’y a rien de transgressif à être soi tant que cela n’implique pas une négation de la dignité humaine.

Si être soi est vu comme blasphématoire, d’une « épouvantable » transgression, si cela l’est c’est au regard des autres dont la subjectivité (idéologie, sensibilité, etc.) restreint la capacité de tolérance et de respect de cette différence manifeste. Leur subjectivité reste une subjectivité, et non une loi objective ou universalisable, leur inconfort ne regarde qu’eux.

La démocratie se fout de l’inconfort des uns et des autres, elle se focalise – tant sur le plan des institutions politiques que dans les espaces d’intersubjectivité – sur le respect et la préservation du principe de liberté et d’égalité (tel que présenté précédemment).

La liberté et l’égalité comme principes fondateurs de tout régime démocratique signifie simplement, d’un point de vue externe, tolérance et respect.

La tolérance incorpore l’inclusion et l’acceptation de la multitude.

Le respect est une éthique de coexistence qui se fait dans l’application des deux lois fondamentales de toute éthique de la vie sociale : loi de réciprocité et loi d’universalité.

La démocratie a ainsi surtout été et est une idée de tolérance et de respect.

Sur un autre plan, c’est l’idée et l’autre promesse d’une pratique :

de transparence dans la gestion de la chose publique

une pratique de consensus comme non seulement

une résultante de la prise en compte de toutes les voix dans la discussion ayant lieu dans

un espace public ouvert et inclusif mais aussi comme

l’atteinte d’un équilibre entre les intérêts de différents groupes sociopolitiques,

une agrégation des moralités pour en arriver à une qui soit l’Universel dans la Cité.

Dans cette suite, en adoptant une autre perspective, la démocratie est en ce sens une éthique comme une façon de faire dans laquelle la discrimination, la marginalisation, la stigmatisation, l’opacité et l’inaccessibilité, ne peuvent être acceptables.

Celles-ci sont contraires à l’une des clauses fondamentales du contrat sociopolitique démocratique : le respect, la tolérance, qui eux ne sont que des aspects essentiels de la justice (la principale clause fondamentale de toute société humaine).

La démocratie dit donc une société de justice, une société du juste. Une société à cet effet où l’humiliation, le déni, le mépris, ne sauraient être érigés en valeurs, en normes, en principes – autrement dit ne sauraient recouvrir la forme d’une quelconque acceptabilité.

Une société démocratique n’humilie et ne méprise aucun membre ou groupe ou communauté de la Cité, ne disqualifie aucun membre ou groupe ou communauté de la Cité en raison de sa singularité ou ses particularismes, en soi la démocratie rime avec inclusion et intégration des différences ou elle ne veut simplement rien dire.

Le processus électoral que sont les élections libres préservant et protégeant le choix réellement éclairé des électeurs montre cette inclusion et cette intégration.

La constitution d’assemblées du « peuple » et autres de « représentants du peuple » n’en dit pas moins.

En osant une analogie (un peu bancale sans doute pour d’aucuns) je dirais que la démocratie c’est comme le célèbre slogan de McDo’ : « Venez [surtout] comme vous êtes ».

Voilà ce qu’elle a entre autres choses de fondamentalement spécifique par rapport à d’autres régimes politiques.

Mais il ne suffit pas que les gens viennent comme ils sont pour qu’une démocratie soit réellement une démocratie, encore faut-il qu’ils soient traités totalement comme membres de la Cité – c’est-à-dire en m’inspirant très librement de l’idée d’égalité contributrice du juste développée par Nancy Fraser : en s’assurant de leur plein accès à la participation dans l’espace sociopolitique et la gestion des affaires publiques.

Autrement dit, qu’ils aient vraiment voix au chapitre, qu’ils puissent incarnés autant une opposition à l’influence déterminante (qui pousse les autres parties à entrer dans un processus de négociation afin d’en arriver à un consensus assurant le bien-être commun ou général) que l’alternative réelle (comme une proposition différente voire radicale d’une autre société, porteuse d’aspirations qui permettent un progrès global de la société dans les chemins de la maturité, c’est-à-dire une plus grande justice).

La démocratie, au-delà des slogans, des discours, du label, ne saurait être autre chose.

Dans toute société humaine, l’existence de la minorité dominante est une réalité qui impose l’impératif de contre-pouvoirs effectifs afin d’assurer une représentation équitable de toutes les minorités sociopolitiques dans l’élaboration et la mise en place des politiques publiques.

Toute représentation équitable incorpore nécessairement l’élément essentiel de l’égal accès de tous dans la participation de la vie sociopolitique.

L’équitable dit la proportionnalité, ou autrement formulé l’équilibre bâti à partir de la proportionnalité; l’équitable dit la rétribution juste des responsabilités, des biens, des devoirs, et la distribution juste du pouvoir.

L’équitable est foncièrement une inclusion ou a un caractère inclusif, il y a peu de risque d’oligarchie (sans écarter les situations de domination) ou de hiérarchisation (sans annihiler les situations de déséquilibre), il y a dans l’équitable une nécessaire solidarité, un rééquilibrage, une domination circonscrite ou mise sous surveillance.

L’équitable va au-delà du droit de chacun à quelque chose pour traiter chacun selon tout l’empire de ses capacités, il ne s’aveugle pas des particularismes des individus comme l’égalitarisme assimilationniste, il oblige à voir la singularité des situations afin de ne pas dissoudre dans une totalité de mêmeté qui constitue une dénégation – donc in fine crée des situations d’injustice ou d’expérience de l’injustice.

L’équitable permet de contextualiser et de faire correspondre les éléments hétérogènes afin d’en arriver à un sens global compréhensif, il oblige à une forme plus marquée d’impartialité dans la compréhension des singularités sans que cette impartialité n’écarte toute expression de la sensibilité humaniste.

Il est susceptible de se rendre compte à quel moment et dans quelles conditions il est impératif de mettre l’accent sur la liberté plutôt que l’égalité ou inversement afin de résoudre des situations d’injustice. L’équitable oblige à corriger les écarts, à contrebalancer les rapports de force engendrant un déséquilibre vertical comme une pyramide de valeurs (des personnes, des groupes sociaux, etc.). Il oblige à la critique des notions de liberté et d’égalité quand ils déversent la justice, le juste.

La démocratie est donc essentiellement une question voire un enjeu d’équité.

L’équité relève de la justice naturelle, impose une reconnaissance des droits de chacun et s’écarte si nécessaire des lois en vigueur afin d’apprécier de façon juste la réalité de chacun.

L’équité : c’est l’esprit de la loi et non la lettre.

C’est en soi elle malgré toutes les difficultés à la définir avec satisfaction qui permet une voie d’adaptation et de rectification des lacunes de la loi sans lesquelles il est invraisemblable de sauvegarder dans le long terme la Cité comme communauté des Égaux.

Egaux au-delà du principe légal et normatif, égaux dans le sens d’un refus de groupes défavorisés dont la situation est peu ou difficilement justifiable dans une société de dignité humaine.

L’équité permet d’en arriver à une société (sociopolitique) juste.

Ainsi, la représentation sociopolitique équitable implique un traitement juste qui ne saurait être autre chose d’abord que le respect absolu de la dignité dû à chaque groupe sociopolitique et ensuite l’inscription de chacune des identités dans la totale universalité qu’est le cadre symbolique global de la Cité.

Cette inscription permettant leur pleine, effective, participation dans la vie sociopolitique.

L’universalité n’est en fait que le caractère semblable des êtres, et ce caractère est la différence.

Nous sommes semblables parce que nous sommes différents, c’est en quoi nous nous ressemblons. Ce que nous avons d’altérité véritablement c’est le fait d’être différents et en se rencontrant de voir dans cet autre Moi en dehors de Moi un visage aux mêmes traits de différence. L’alter ego n’est pas une copie de Soi, c’est ce différent de Soi), et lorsque l’on parle d’égalité des êtres humains on ne fait que dire l’égalité formelle de leur différence et non leur égale ressemblance produite par leur désintégration/agrégation assimilationniste.

Derrière la critique de la société d’inégalité, il y a essentiellement la dénonciation de la société des injustices, de la société de l’injuste.

Au-delà, de la question des classes sociales, des riches et des pauvres, des hommes et des femmes, des minorités de toutes sortes, de l’impérialisme et de l’hégémonie, etc., c’est celle de l’injustice qui pose problème.

La démocratie est donc un régime du pluriel égalitaire dans un sens formel qui fonctionne sur la base du principe de dignité qui ne saurait se comprendre sans tenir compte de la nécessité de l’équité.

Ce pluralisme égalitaire – loin d’être un relativisme qui confère à toutes les différences la même valeur intrinsèque ce qui réduirait à l’insignifiance la notion même de mérite ou de singularité identitaire – est une reconnaissance du droit d’avoir accès à la vie sociopolitique à tous les groupes sociopolitiques qui le souhaitent ou le manifestent.

Le pluralisme égalitaire, c’est au fond et simplement : le droit égal d’être. Ce droit pose la question de l’accès véritable et donc celle de la capacité voire comme l’ont montré Sen et Nussbaum de la « capabilité« .

Ce droit d’accès n’est pas en soi suffisant puisque la démocratie c’est aussi un rejet de l’invisibilité des singularités ou de leur existence dans le processus de réflexion, de discussion, d’élaboration de la décision politique.

Je veux dire, l’on peut se voir reconnaître le droit d’accès à un espace ou à quelque chose sans avoir les moyens d’y être, d’en faire usage (un usage par exemple adéquat pour sa pleine réalisation); mais au-delà de cet aspect importantissime il y a aussi l’enjeu d’être effectivement visible dans cet espace (de ne pas être frappé d’invisibilité ou d’inexistence) et que ce quelque chose soit réellement visible et existant (non pas qu’en fait qu’il soit de l’ordre de la chimère). Cela ne va pas toujours de soi.

C’est en quoi au-delà du droit d’accès, certains paramètres doivent être respectés, certaines conditions remplies, le droit d’accès vient donc avec d’autres droits constitutifs, sinon le droit d’accès est vide de sens, c’est une coquille vide.

Et la démocratie, c’est un tel droit d’accès et ses droits inhérents ou constitutifs.

C’est aussi de cette sorte que la démocratie diffère fondamentalement de la tyrannie, de la dictature, et qu’elle constitue une promesse d’accès qui si elle est remplie serait susceptible de circonscrire l’influence oligarchique de la minorité dominante, de renforcer le pluralisme effectif, de construire et de donner du pouvoir aux contre-pouvoirs.

Une démocratie qui ne saurait être ainsi n’est rien d’autre qu’un label, un vide, une boursouflure conceptuelle, une série de slogans marketing, une escroquerie, et même ne serait qu’une tyrannie ou une dictature de facto.

En fin de compte, la démocratie ne garantit pas l’édification d’une société sociopolitique juste.

Aujourd’hui, la crise des régimes démocratiques montre à quel point ils sont à la fois paranoïaques, tyranniques, dictatoriaux, foncièrement injustes.

Ce sont des oligarchies ou des systèmes de castes qui usent allègrement du principe autoritaire.

Le plus idéal des régimes sociopolitiques imparfaits semble au fond irrécupérable.

La facilité serait de sanctifier les régimes d’un autoritarisme décomplexé, de verser dans la démagogie, ou de faire dans le déni ou de relativiser ce cancer des démocraties, de vendre l’idée d’un régime censitaire ou tout régime ne résolvant rien ou peu de choses à la question, ou d’assumer l’iniquité comme on naturalise l’injustice.

Je crois que les efforts de questionnement de l’après-démocratie devraient porter sur une redéfinition de la démocratie en partant du principe de dignité, en exigeant une Cité d’équité, en mettant en place une société sociopolitique juste, sans lesquels être et faire société n’auraient plus aucun sens. »

Pour une société sociopolitique juste

« L’efficience du système de santé allemand

Les dépenses publiques consacrées à la santé sont plus élevées en Allemagne que dans la plupart des pays de l’OCDE…

L’évolution des dépenses de santé est préoccupante dans tous les pays de l’OCDE, car elles ont plus fortement augmenté que le PIB au cours des 30 dernières années, venant ainsi peser lourdement sur les budgets publics. En Allemagne, les dépenses de santé n’ont augmenté en termes réels que le 1.3 % en moyenne entre 2000 et 2005, ce qui tient également au succès des mesures récentes de maitrise des coûts (graphique 6.1). Malgré tout le système de santé allemand demeure coûteux. Seule la France consacre une part plus importante de son PIB aux dépenses publiques de santé. En termes de dépenses publiques et privées de santé rapportées au PIB, l’Allemagne se place au quatrième rang des pays de l’OCDE.

Même si l’Allemagne est manifestement parvenue à contenir la hausse du coût des soins de santé depuis quelques années, les effets conjugués du vieillissement et des progrès des techniques médicales vont vraisemblablement entraîner une augmentation considérable des dépenses de santé dans les années à venir. D’après les prévisions de l’OCDE, les dépenses publiques de santé pourraient s’accroître de l’équivalent de plus de 1½ point de PIB, même si leur progression est maîtrisée, tandis qu’une extrapolation des évolutions observées sur la période 1980-2000 aboutit à une augmentation beaucoup plus prononcée, allant jusqu’à 3½ points de PIB (Oliveira Martins et de la Maisonneuve, 2006 ; voir également le tableau 1.1).

L’augmentation du coût des soins de santé a aussi pesé sur l’emploi, car en Allemagne ces soins sont principalement financés par des prélèvements sociaux assis sur les revenus du travail (encadré 6.1). Les coûts de main-d’œuvre s’en sont trouvés alourdis au détriment des incitations au travail, notamment au bas de l’échelle des revenus. La cotisation moyenne à l’assurance maladie publique est passée de 13.9 % en 2007. Depuis juillet 2005, une cotisation supplémentaire de 1.9 % est perçue sur les affiliés des caisses d’assurance maladie.

… mais tout semble indiquer que les résultats obtenus ne sont que moyens

Il est notoirement difficile d’évaluer l’efficacité des dépenses dans le secteur de la santé, mais les données disponibles incitent globalement à penser que des améliorations seraient encore possibles en Allemagne. La plupart des indicateurs de santé, comme l’espérance de vie, sont plus favorables dans les pays de référence ayant un PIB par habitant comparable mais dont les dépenses de santé sont moins élevées en moyenne (graphique 6.1). À première vue, on pourrait donc penser que les dépenses de santé y sont plus efficientes. Cependant, si l’on examine l’évolution récente de l’efficience des dépenses de santé telle qu’elle ressort de ces indicateurs, la situation est quelque peu différente. Le nombre d’années de vie perdues du fait de décès avant 70 ans (années de vie potentielles perdues) qui auraient pu être évitées a priori a diminué beaucoup plus vite en Allemagne que dans les pays de référence, alors que d’autres indicateurs ont connu une évolution à peu près parallèle. Outre que l’Allemagne est relativement bien parvenue à contenir la croissance des dépenses de santé ces dernières années, ces indicateurs laissent penser qu’elle a amélioré l’efficience de son système de santé dans de plus larges proportions que les pays de référence. Il reste que ces indicateurs doivent être interprétés avec prudence. Il n’y pas de lien direct entre les indicateurs de santé et les dépenses de santé, car d’autres facteurs, comme les modes de vie, les revenus et l’environnement, jouent aussi un rôle important.

Néanmoins, des indicateurs plus détaillés, ayant un lien plus étroit avec la qualité des traitements, incitent aussi à considérer que de meilleurs résultats pourraient être obtenus. D’une manière générale, l’Allemagne n’obtient que des résultats moyens ou inférieurs à la moyenne à l’aune des indicateurs comparatifs disponibles (tableau 6.1?; voir également OCDE, 2007). Étant entendu que la comparabilité internationale de ces indicateurs est limitée, il y a de quoi s’étonner que l’Allemagne n’obtienne pas de meilleurs résultats puisqu’elle investit tellement plus de ressources que les autres pays dans son système de santé.

Le système de santé allemand

Assurance maladie publique. Environ 90 % de la population allemande sont couverts par l’assurance maladie publique, qui est financée par des prélèvements sociaux proportionnels assis sur les revenus du travail jusqu’à un certain plafond (€ 3 600 par mois en 2008) et répartis à parts égales entre l’employeur et le salarié, abstraction faite d’une cotisation supplémentaire de 0.9 point exclusivement à la charge des affiliés des caisses d’assurance maladie. Les conjoints sans revenus ou dont les revenus sont limités, de même que les enfants, bénéficient d’une couverture gratuite.

Il y a plus de 200 caisses d’assurance maladie (Krankenkassen) qui sont des institutions quasi publiques sans but lucratif. La plupart des assurés ont la possibilité de choisir librement leur assureur depuis 1996. Les assureurs se concurrencent par leurs taux de cotisation, qu’ils fixent eux-mêmes à un niveau couvrant les coûts.

Les réformes récentes visent à améliorer l’efficacité économique et l’équité

L’objectif initial de la réforme du système de santé adoptée en avril 2007, sous le titre « Gesetzliche-Krankenversicherung-Wettbewerbverstärkungsgesetz » (loi renforçant la concurrence dans l’assurance maladie publique), était d’assurer un financement plus viable du système et d’en limiter les effets sur l’emploi. Comme le laisse entendre le titre de la réforme, le gouvernement voyait dans le renforcement de la concurrence le meilleur moyen d’atteindre une plus grande efficacité économique. La réforme comprenait les éléments suivants :

De nouvelles modalités de financement du système d’assurance maladie public destinées à le découpler partiellement des revenus du travail. Une caisse centrale d’assurance maladie percevra des cotisations uniformes – et non variables suivant les assureurs – assises sur les revenus d’activité et recevra une part des recettes fiscales générales, le tout étant ensuite réparti entre les assureurs en fonction du nombre d’assurés, corrigé des revenus et des risques. Les assureurs qui ne peuvent pas couvrir leurs coûts au moyen des sommes versées par la caisse centrale d’assurance maladie doivent percevoir des cotisations supplémentaires auprès de leurs assurés, tandis que ceux qui dégagent des excédents peuvent accorder des remboursements.

Une plus grande liberté des assureurs dans leurs relations contractuelles avec les prestataires, afin de leur permettre de se concurrencer par la qualité de leurs produits et leur efficience (efficacité économique). En particulier, les assureurs auront davantage de possibilités de passer des contrats pour des ensembles limités – pour le système allemand – de soins relativement nouveaux, directement et sélectivement avec les prestataires.

Une plus grande liberté contractuelle pour les assureurs, leur permettant de développer la concurrence par les prix sur le marché des produits pharmaceutiques, en particulier grâce à de plus larges possibilités de négocier des rabais avec les laboratoires pharmaceutiques.

Par ailleurs, la réforme récente visait à remédier au fait qu’un nombre croissant de citoyens n’ont aucune assurance maladie, en rendant obligatoire l’assurance maladie et en rendant plus abordable l’assurance privée.

Les contrats collectifs dans le système de santé allemand

Pour les soins ambulatoires, les associations régionales de médecins et de dentistes négocient des contrats collectifs avec les assureurs ou leurs associations. Les assureurs versent des sommes globales aux associations de médecins au titre de la rémunération de tous leurs membres, au lieu de rémunérer directement les médecins. Les versements collectifs aux associations de médecins servent à rémunérer l’obligation qui leur est faite d’assurer l’accès aux soins à toute personne, dans des limites géographiques et temporelles raisonnables. La somme totale est généralement négociée sur la base du nombre de patients ou d’assurés. Les associations de médecins répartissent ces sommes entre leurs membres sous forme d’honoraires calculés sur la base d’un système à points. Toutes les procédures médicales approuvées sont énumérées dans une échelle uniforme, qui assigne un nombre donné de points à chaque service. La valeur monétaire de ces points dépend du budget total négocié avec l’assureur, divisé par le nombre total de points représenté par les services remboursables assurés dans le cadre de l’association régionale. À la fin de chaque trimestre, chaque médecin libéral présente à l’association régionale un décompte indiquant le nombre total de points représenté par les services qu’il a assurés. Le système à points sera remplacé par un système de paiement à l’acte dans lequel une valeur fixe en euros sera attribuée à chaque service, et qui sera élaboré d’un commun accord entre l’assureur et l’association des médecins. Le risque de morbidité sera donc transféré aux assureurs en ce sens qu’ils devront verser des montants plus élevés si les médecins doivent traiter davantage de cas par suite d’une augmentation de la morbidité.

Les hôpitaux sont financés suivant un double système : les investissements sont planifiés par les administrations des 16 Länder, puis cofinancés par les Länder et l’administration fédérale, tandis que les assureurs financent les dépenses courantes et les coûts de gestion. Depuis janvier 2004, l’adaptation par l’Allemagne du système australien de groupes homogènes de malades (GHM) est le seul système de financement des dépenses courantes des hôpitaux, sauf en ce qui concerne les soins psychiatriques, qui sont encore facturés à la journée. Il y a des quasi-budgets, en ce sens que les associations régionales d’assureurs et les hôpitaux s’entendent à l’avance sur un niveau d’activité donné par GHM pour un an, en fonction des évolutions observées précédemment. Si ce niveau convenu est dépassé, 35 % seulement des sommes correspondantes sont payables la première année. Inversement, si le niveau d’activité prévu par GHM n’est pas atteint, l’hôpital doit rembourser 60 % de la différence. En d’autres termes, les versements en cas de sous-estimation ou de surestimation des niveaux d’activité effectifs ne sont ajustés que de façon marginale, et non en totalité. Les résultats observés sont ensuite pris en compte lors de la négociation du niveau d’activité à prévoir pour l’année suivante. Outre qu’il permet de lisser l’impact des variations du niveau d’activité sur le financement des hôpitaux, ce système protège les assureurs contre les effets d’une brusque augmentation de l’activité de ces derniers.

Les composantes de la coalition au pouvoir partageaient le même objectif d’un découplage entre les coûts des soins de santé et les revenus du travail, mais la réforme a finalement abouti à un compromis difficile entre différentes conceptions des moyens à utiliser pour atteindre cet objectif. Les chrétiens-démocrates donnaient la préférence à un système d’assurance sociale inspiré du modèle helvétique, financé par des primes forfaitaires variables suivant les collectivitéset assorties d’abattements fiscaux en faveur des bas revenus, tout en préservant un marché privé distinct. Le découplage par rapport aux revenus du travail aurait été assuré par une dissociation entre cotisations et revenus. Les sociaux-démocrates, en revanche, souhaitaient préserver le système de cotisations modulées en fonction des revenus, tout en assurant un certain découplage par un élargissement de l’assiette des cotisations. Ils proposaient d’étendre celle-ci à d’autres revenus que ceux du travail et d’intégrer les affiliés des assurances privées dans le système d’assurance public. »

– « Chapitre 6. Pérenniser le financement des dépenses de santé », Études économiques de l’OCDE, 2008/7 (n° 7), p. 169-198.

« L’élément le plus significatif est la création d’un Fonds de santé (Gesundheitsfonds) par la loi de renforcement de la concurrence dans l’assurance maladie (WSG) de 2007. Mis en place en 2009, il centralise l’ensemble des sources de financement de l’assurance maladie : les cotisations des salariés et des employeurs ainsi que les ressources fiscales qui lui sont affectées. Par conséquent, ce ne sont plus les caisses qui gèrent directement les cotisations de leurs adhérents. Surtout, l’Etat fédéral fixe désormais par décret un taux unique de cotisation pour l’ensemble des caisses. Il s’agit là d’une perte importante de compétences et de pouvoir pour celles-ci, placées sous l’autorité du Bureau fédéral de l’assurance qui est aussi chargé de la répartition de ce Fonds entre les caisses selon un nouveau système de péréquation (Risiko Struktur Ausgleich), basé sur le niveau de revenus des cotisants, la structure des risques pris en charge (mesurés par les critères de l’âge, du sexe et de la morbidité) et l’efficience de chaque caisse.

Avec le Fonds de santé est mis en place, comme en France depuis 1996 avec les LFSS, un budget a priori pour l’assurance maladie dans la mesure où, d’une part, le gouvernement fédéral fixe un taux de cotisation unique pour l’année à venir, et, d’autre part, le financement est complété par les cotisations des retraités et des chômeurs (dont le montant est également fixé par l’Etat) et le budget de l’Etat (dont la part a été augmentée d’un milliard et demi d’euros, ce qui la porte au total à 4 milliards d’euros ; une augmentation annuelle de ce montant est prévue jusqu’en 2016). La mise en place du Fonds s’inscrit par là clairement dans une fiscalisation croissante du financement de l’assurance maladie. Déjà la loi de 2003 (GMG) prévoyait que certaines prestations ne seraient plus financées par l’assurance maladie mais par l’impôt : les indemnités et les soins liés à la grossesse, l’IVG, les indemnités pour enfant malade et les indemnités en cas de décès. La loi de 2007 (WSG) y ajoute la prise en charge de la couverture des soins des enfants par l’Etat.

[…]

Ces évolutions convergentes ne signifient pas pour autant que l’on assiste à un processus d’étatisation des systèmes d’assurance maladie puisque subsistent dans les deux pays les structures institutionnelles qui les différencient des systèmes nationaux de santé : les caisses d’assurance maladie, dont le rôle dans le mode de gouvernement reste important à travers la négociation collective. Ces évolutions peuvent être appréhendées de manière plus pertinente à partir de la notion d’Etat régulateur (Moran, 2002). Celle-ci résulte de deux évolutions interdépendantes des politiques publiques (Hassenteufel, 2007). La première est le passage progressif du faire au faire-faire : l’Etat régulateur est un Etat qui agit plus indirectement que directement, qui est plus en interaction qu’en action, qui délègue plus qu’il n’intervient directement, qui fixe des objectifs, qui oriente et qui incite plus qu’il ne met en œuvre lui-même.

Par là est mis en place un pilotage (Kickert, 1995) ou un gouvernement à distance (Epstein, 2005).

La deuxième évolution, qui découle de la première, est le renforcement des capacités de contrôle étatique à travers le développement de l’audit, de l’évaluation, du benchmarking, du contrôle de qualité, etc., notamment dans le cadre des agences, conformément aux préceptes du nouveau management public (Talbot, 2004). Celles-ci forment des institutions plus autonomes parce que distinctes des administrations ministérielles classiques, et en même temps elles fournissent les instruments du pilotage à distance en précisant les finalités de l’action et en fournissant des outils de contrôle du respect de ces objectifs. On retrouve ces deux évolutions : l’encadrement croissant de l’action et des interactions entre les acteurs non étatiques (caisses et médecins en particulier) et la mise en place de nouvelles institutions (agences) permettant un gouvernement à distance, en France et en Allemagne. Elles entraînent un renforcement de la capacité d’expertise au service de l’Etat (que concrétisent la mise en place d’agences tournées vers l’évaluation comme on le verra) tout en réduisant les risques politiques par le report de la responsabilité vers des structures formellement extérieures à l’Etat et moins soumises au contrôle démocratique (Gerlinger, 2010:129-130).

On assiste donc en Allemagne comme en France à un encadrement croissant des interactions entre acteurs non étatiques correspondant à un gouvernement à distance par l’Etat, qui fixe des règles du jeu de plus en plus contraignantes et qui s’est doté de moyens de surveillance, de contrôle, d’évaluation et de sanction accrus sur l’ensemble des acteurs de l’assurance maladie.

Ce gouvernement à distance repose aussi sur la mise en place de nouvelles institutions fondées sur le modèle de l’agence promue par le nouveau management public, c’est-à-dire de structures formellement distinctes de l’administration, dotées d’une importante capacité d’expertise, agissant comme des opérateurs autonomes et responsables pour le compte de l’Etat. En France, c’est tout d’abord le cas pour les agences régionales de l’hospitalisation, ensuite absorbées par les agences régionales de santé comme on l’a vu. Si leurs directeurs sont nommés en conseil des ministres et si elles sont dotées d’un Conseil de surveillance présidé par le préfet de région et soumises au conseil national de pilotage des ARS présidé par les ministres de tutelle, elles disposent toutefois d’une large autonomie et de nombreux instruments d’action pour piloter les politiques de santé régionales. Une partie de ces instruments sont incitatifs (dans le domaine de la coordination des soins et de la répartition de l’offre de soins notamment), correspondant à un gouvernement à distance au niveau régional.

En Allemagne, la loi de modernisation de l’assurance maladie (GMG) de 2003 a créé l’Institut pour la qualité et l’efficience dans le système de santé (Institut für Qualität und Wirtschaftlichkeit im Gesundheitswesen). Il s’agit d’un organisme scientifique indépendant, employant environ 130 personnes et s’appuyant sur un réseau de plus d’une centaine d’experts, mis en place pour accroître la transparence des décisions concernant les biens et services de santé remboursés. Il est devenu un acteur clef de l’évaluation de la qualité et de l’efficience des actes médicaux et des médicaments (l’évaluation coût-utilité des médicaments a été introduite dans ses missions en 2007). S’il travaille en appui au GBA, son comité de direction est composé non seulement de représentants des caisses et des médecins mais aussi des hôpitaux et, surtout, du ministère fédéral de la Santé, qui peut le saisir (Rosenbrock, Gerlinger, 2006). Son rôle s’articule toutefois avec la négociation collective puisque la procédure d’évaluation coût-utilité des médicaments définie par la loi de réorganisation du médicament de 2010 ne donne qu’un rôle consultatif à l’IQWIG. C’est au GBA de décider du remboursement ou non d’un nouveau médicament (sur la base de l’évaluation de l’IQWIG), puis aux caisses de négocier avec l’industrie pharmaceutique le niveau de celui-ci.

La littérature de politiques publiques met en avant trois mécanismes principaux de convergence (Holzinger, Knill, 2005), basés sur trois dimensions fondamentales de l’action politique : les normes (au sens de règles juridiques contraignantes), les problèmes (au sens d’enjeu et d’objet d’une politique publique) et les représentations (ce qui renvoie à la dimension cognitive). La première correspond à l’harmonisation transnationale, sous l’effet de normes juridiques contraignantes, la deuxième à la convergence fonctionnelle, qui découle de la similarité des enjeux et des problèmes, et la troisième à la convergence cognitive, qui est due à des représentations et des conceptions partagées.

Nous avons qualifié de « gestionnaires du social » les hauts fonctionnaires s’investissant dans le secteur de l’assurance maladie après 1988. Ils se caractérisent de manière générale à la fois par une acceptation partagée de la contrainte financière sur les politiques sociales et par un usage stratégique de celle-ci, afin de garantir leur autonomie vis-à-vis d’autres hauts fonctionnaires avec lesquels ils sont en compétition. Si les générations précédentes avaient « intériorisé » la dimension financière dans leur approche des politiques sociales, les « gestionnaires du social » l’ont reconvertie en ressource, à travers la construction de nouveaux instruments d’action publique, leur permettant d’affirmer leur pouvoir à l’intérieur du secteur, vis-à-vis des partenaires sociaux, mais aussi à l’extérieur du secteur, à l’égard du ministère des Finances. La tutelle financière que celui-ci impose sur les politiques sociales à partir de 1983, vécue dans un premier temps comme une contrainte imposée au secteur, devient, au terme d’une réappropriation tactique, une ressource déterminante dans la construction d’un nouveau programme d’action publique fondée sur la maîtrise des comptes sociaux, développé en particulier par la direction de la Sécurité sociale. En son sein, les hauts fonctionnaires qui promouvaient le progrès social ont laissé leur place à une élite sectorielle qui privilégie une approche financière des politiques sociales, au point même de se voir qualifier de « véritable ministère du budget social ». Le rôle clef de ces acteurs s’illustre par leur rôle dans l’élaboration des idées et des principes qui ont constitué le substrat intellectuel du Plan Juppé et lors du processus d’adoption de la loi sur l’assurance maladie de 2004, au cours duquel les arbitrages ont été favorables à la Direction de la Sécurité sociale par rapport à celle du budget.

Toutefois, l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, dont la plupart des conseillers en matière de protection sociale au début du quinquennat sont issus de Bercy, a correspondu à un renforcement de l’intégration des politiques de protection sociale à la politique budgétaire, comme le montre la création du ministère des Comptes en mai 2007 et la mise en place des franchises médicales proposées par la mission assurance maladie de la direction du budget en 2004, et à la RGPP (Hassenteufel, 2012). Néanmoins, les « gestionnaires du social » ont préservé une certaine capacité à impulser le changement au niveau de l’UNCAM, comme l’illustre la mise en place du paiement à la performance des médecins, d’abord sous la forme du Contrat d’amélioration des pratiques individuelles (CAPI) à partir de 2009, puis généralisé dans le cadre de la nouvelle convention médicale signée entre l’UNCAM et les syndicats de médecins durant l’été 2011.

En Allemagne, on peut mettre en avant l’émergence d’un groupe de spécialistes de l’assurance maladie qui s’est progressivement autonomisé par rapport aux partenaires sociaux gérant les caisses (les syndicats de salariés en particulier) et aux médecins. Trois catégories d’acteurs composent ce groupe. Il s’agit tout d’abord des ministres fédéraux de la Santé, qui sont en même temps des parlementaires, en particulier Horst Seehofer (CSU) et Ulla Schmidt (SPD). Ces deux acteurs politiques se caractérisent non seulement par leur spécialisation parlementaire dans le domaine de la santé, mais aussi, et surtout, par la durée de leur fonction ministérielle responsable de l’assurance maladie (six ans entre 1992 et 1998 pour Horst Seehofer, plus de sept ans, entre 2002 et 2009, pour Ulla Schmidt). Elle leur a permis de mener des politiques dans la durée en s’entourant d’une équipe soudée et cohérente formée de fonctionnaires politiques. Ces acteurs, occupant des fonctions clefs au ministère de la Santé (chef du département assurance maladie et chef du département politique) mais qui ne sont pas fonctionnaires de carrière, forment une deuxième catégorie d’acteurs programmatiques. Ce sont en effet des acteurs spécialisés du fait des fonctions qu’ils ont auparavant occupé au sein des groupes parlementaires, dans l’appareil des caisses d’assurance maladie ou encore comme médecins.

Les parlementaires forment une troisième catégorie d’acteurs fortement impliqués dans l’élaboration et la décision des réformes. La nature parlementaire du système politique allemand et la mise en place d’une commission santé en 1991 (au moment de la mise en place d’un ministère de la Santé autonome) ne suffisent pas à l’expliquer. Il faut aussi mettre en avant le fait que les réformes les plus importantes ont nécessité un accord entre les deux grands partis, parce que les deux chambres avaient des majorités opposées – or, la santé étant une compétence partagée entre fédération et Länder, les deux chambres devaient se mettre d’accord (cas des réformes de 1992 et de 2003) – ou encore parce que les deux partis gouvernaient ensemble (cas de la réforme de 2007). Plus précisément, deux types d’acteurs jouent un rôle important : les chefs de groupe CDU/CSU et SPD et les porte-parole santé de ces deux groupes. Il est à noter que le profil des parlementaires spécialisés a changé. Au SPD en particulier, les parlementaires les plus influents sur les questions d’assurance maladie au début des années 1990 (Klaus Kirchner et Rudolf Dressler) avaient un passé de syndicalistes. Ce n’est plus le cas lors de la législature 2005-2009 : les porte-parole santé du SPD (Carola Raiman) et de la CDU (Annette Widmann-Mauz) ne sont pas issus de l’auto-administration et n’ont pas exercé de responsabilités dans des associations ou des syndicats. De manière plus générale, on ne trouve que deux syndicalistes parmi les 31 membres de la commission santé et sept professionnels de santé (la plupart sans lien avec des organisations professionnelles). On repère donc pour la santé la même tendance à l’autonomisation croissante des parlementaires du social vis-à-vis des groupes d’intérêt depuis les années 1970 (Trampusch, 2005).

Deux caractéristiques se dégagent donc : la spécialisation et la politisation de nouveaux acteurs programmatiques, ce qui les autonomise par rapport aux acteurs corporatistes clefs de l’auto-administration. Toutefois une certaine différenciation est à noter entre rôle d’élaboration programmatique (que ces acteurs ne monopolisent pas du fait du rôle des experts), rôle décisionnel (pris en charge par des acteurs politiques spécialisés sur les questions d’assurance maladie et par les fonctionnaires politiques) et rôle opérationnel (la mise en œuvre reste assez largement prise en charge par des groupes d’intérêts, partenaires sociaux et médecins).

L’accent mis sur la convergence ne doit pas faire oublier qu’il s’agit ici plus d’une atténuation des différences dans le mode de gouvernement des systèmes d’assurance maladie français et allemands que de l’avènement d’une organisation institutionnelle identique. Ces limites de la convergence tiennent tout d’abord aux différences dans la composition des acteurs programmatiques, elles-mêmes liées à des différences au niveau de l’organisation institutionnelle du système d’assurance maladie et du système politique de manière plus générale.

Le poids prépondérant des hauts fonctionnaires en France permet notamment de comprendre le développement plus important des agences étatiques, une plus grande centralisation, une plus forte fiscalisation du financement et un moindre rôle de la négociation entre caisses et médecins. En Allemagne, une partie des acteurs programmatiques a des liens avec les caisses, ce qui explique que le gouvernement à distance s’est accompagné d’un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’auto-administration en faveur des caisses dans le cadre de la mise en concurrence et d’un développement de nouvelles formes de négociation collective au niveau local. La multiplicité des acteurs et la différenciation territoriale sont indéniablement plus importantes en Allemagne. Par ailleurs, les politiques d’assurance maladie sont également liées à des contextes nationaux spécifiques (réunification en Allemagne, élections présidentielles en France…), notamment politiques. Ainsi, en Allemagne, le passage à un gouvernement de droite (CDU-FDP) en 2009 a conduit à une réaffirmation du rôle des institutions corporatistes et régionales. La loi de 2011 sur l’organisation des soins donne plus de pouvoirs aux unions de médecins pour organiser l’offre médicale au niveau régional (en particulier pour attirer des médecins dans les zones sous-médicalisées) et aux Länder pour la planification sanitaire. De ce fait, on peut parler d’un gouvernement plus rapproché en France qu’en Allemagne, où le gouvernement s’exerce de manière plus distante sur les caisses, les médecins et les Länder.

Les limites de la convergence sont également liées à des différences au niveau de la mise en œuvre. La centralité plus grande de l’Etat en France n’est pas synonyme de plus grande capacité de mise en œuvre des réformes dans la mesure où la responsabilité politique de celles-ci est concentrée sur le pouvoir exécutif (Bandelow, Hassenteufel, 2006), de ce fait plus sensible à l’opposition d’acteurs tels que les médecins qui sont notamment parvenus à vider de leur contenu le caractère contraignant de l’ONDAM (Hassenteufel, 2003); en Allemagne, le caractère plus négocié des réformes et l’association plus forte à celles-ci d’acteurs clefs de la mise en œuvre (les caisses en particulier) facilite leur adoption et leur effectivité, dans le domaine de la maîtrise des dépenses de santé tout particulièrement. »

– Hassenteufel, P. (2011). Les transformations du mode de gouvernement de l’assurance maladie : une comparaison France/Allemagne. La Revue de l’Ires, 70(3), 3-32.

« Les réformes du système de santé ne sont donc pas réductibles à des logiques de néolibéralisation : il est aussi possible de les lire comme procédant de l’effort de l’État d’intégrer des systèmes d’action particulièrement fragmentés, héritage de l’histoire conflictuelle du secteur. »

– Pierru, F. & Rolland, C. (2016). Bringing the Health Care State Back in: Les embarras politiques d’une intégration par fusion : le cas des Agences Régionales de Santé. Revue française de science politique, vol. 66(3), 483-506.

« « Le manque de moyens des hôpitaux est un lieu commun abondamment décrit et complaisamment rapporté par les médias d’information. Les organisations professionnelles s’insurgent contre le rationnement budgétaire imposé aux établissements de santé, les représentants du personnel dénoncent l’absence criante de ressources. À lire articles, points de vue, lettres ouvertes, à écouter les prises de position multiples sur le sujet, on pourrait imaginer un système hospitalier français médiocrement financé, sous-équipé, amputé année après année d’une partie de ses personnels et de ses moyens – en somme, en voie de paupérisation.

Or la réalité est inverse : le système hospitalier français est l’un des plus fortement dotés parmi les pays développés, les dépenses hospitalières de la France sont parmi les plus élevées au monde, les hôpitaux disposent du volume de personnel le plus important parmi les pays industrialisés.

La dénonciation de situations de pénurie est-elle alors erronée ? La réponse est paradoxalement non : le système français se singularise par la concomitance d’une abondance budgétaire et de situations de réelles insuffisances – l’explication provenant de l’affectation défaillante des personnels hospitaliers et d’un nombre bien trop élevé d’établissements de santé, qui trouve ses racines dans la géographie et l’organisation communale de notre pays. »

– Holcman, R. (2020). Le paradoxe hospitalier français: Trop d’hôpitaux tuent l’hôpital. Le Débat, 209(2), 37-44

« « […] Les observateurs de la société britannique reconnaissent que la politique économique, mise en œuvre par le New Labour depuis 1997, s’inspire largement de celle menée par les conservateurs entre 1979 et 1997. Le New Labour accepte le caractère « irréversible » des changements structurels qui ont transformé l’économie britannique dans les années 80 et 90. On parle à ce titre du nouveau « compromis néo-libéral » entre les deux principaux partis britanniques.

Celui-ci a succédé au « compromis keynésien » et « welfariste » qui avait commencé à s’esquisser après l’élection du gouvernement travailliste en 1945. Ce compromis avait permis de poser les bases du Welfare State britannique, auquel les conservateurs s’étaient progressivement ralliés.

Par « compromis néo-libéral », il faut donc entendre le nouveau consensus ou l’accord entre les néo-travaillistes et les conservateurs sur la nature des politiques qu’il convient de mettre en œuvre ; des politiques qui relèvent du néo-libéralisme économique.

Au pouvoir sans discontinuer pendant dix-huit années, le parti conservateur a profondément redessiné la carte politique britannique. Les spécialistes parlent d’une « révolution conservatrice » qui repose sur ces trois piliers principaux :

le parti conservateur est parvenu à susciter des coalitions électorales et à cibler des électorats sociologiquement différents (classes moyennes du sud-est de l’Angleterre ; des catégories de travailleurs manuels spécialisés et d’employés). Ces catégories ont été séduites par un discours préconisant des baisses d’impôts et un « Etat allégé » ;

il a diminué l’influence d’institutions dont il estimait qu’elles « entravaient la pleine expression des forces du marché » (en combattant, par exemple, l’influence des syndicats dans le monde du marché du travail par le biais de lois antisyndicales draconiennes ; au besoin par le biais de la confrontation directe avec des syndicats puissants, comme le syndicat des mineurs à l’occasion de la grève de 1984-1985 ; la privatisation de logements sociaux qui appartenaient aux collectivités locales) ;

il a utilisé les ressources de l’Etat pour favoriser le regroupement des industries dynamiques et leur développement économique dans certaines régions du pays (dans le sud-est de l’Angleterre, bastion conservateur).

Quand Tony Blair a accédé à la tête du parti travailliste en 1994, son parti avait déjà entériné le nouveau cours économique et la gestion conservatrice. Les travaillistes se sont ralliés à ces réformes néo-libérales à partir des années 1985-1989, en particulier pendant les deux années qui ont suivi la troisième défaite électorale consécutive des travaillistes en 1987.

[…]

En dépit de leur conversion à la politique économique des conservateurs (monératisme économique ; gel des dépenses publiques ; non remise en cause des privatisations de l’ère Thatcher), les néo-travaillistes se sont engagés à moderniser des services publics, dont la qualité est largement inférieure aux normes continentales (en particulier dans les secteurs clés de la santé, de l’éducation et des transports).

Pour rénover des services publics défaillants sans avoir à augmenter les impôts directs, les néo-travaillistes ont retenu le principe du « partenariat » public-privé. Cette méthode de financement est connue en Grande-Bretagne sous l’appellation de Private Finance Initiative — PFI (également appelée le Public-Private Partner-Ship — PPP). La PFI a été saluée par le gouvernement comme « l’élément clé dans la stratégie gouvernementale pour garantir des services publics modernes et de haute qualité et pour promouvoir la nature compétitive du Royaume-Uni ».

[…]

Selon John Prescott, le vice-Premier ministre, la PFI fait en sorte que le secteur privé « donne aux usagers le meilleur rapport qualité-prix » en sauvegardant l’intérêt public — tout en protégeant les travailleurs du secteur public — et permet de « fournir des services de meilleure qualité et l’infrastructure moderne dont la Grande-Bretagne a besoin ».

Conçue par les conservateurs, la PFI a connu un essor spectaculaire sous le gouvernement néo-travailliste. La PFI est censée répondre au problème du sous-investissement chronique dans les services publics. Le parti travailliste était initialement opposé à ce projet, dénonçant une « privatisation rampante ». Depuis 1997, le New Labour s’est non seulement rallié à la PFI, mais y a eu davantage recours que le parti conservateur. »

– Marlière, P. (2001). Le public au service du privé. Mondialisation néo-libérale et privatisation des services publics en Grande-BretagneLes Temps Modernes, 615-616(4), 347-370.

« L’histoire de la connaissance et le développement des sciences fourmillent d’exemples qui illustrent le foisonnement de postulats, qui parfois s’érigent en paradigmes pris comme véridiques et définitifs (Kuhn, 1983). Or identifier et déconstruire ces paradigmes est à la base de la connaissance et du raisonnement scientifique, ce que Popper a défini comme la réfutabilité de la connaissance (Popper, 2005). Serions-nous entrés dans une période marquée par ce que nous pourrions appeler « le paradigme de l’innovation publique » (au sens de Kuhn (1983)), c’est-à-dire une période dans laquelle l’innovation publique est prise comme une évidence non démontrable et non questionnable, les seules énigmes à résoudre étant liées à la manière de susciter et développer l’innovation dans les organisations publiques ?

Dans cette optique, les deux principales questions de la présente recherche sont les suivantes :

Quels sont les postulats qui ressortent d’une part de l’examen de la littérature contemporaine sur l’innovation publique, et d’autre part de celle relevant spécifiquement du champ de la santé ?

Comment ces postulats résonnent-ils dans le contexte de la santé : quels a priori et quelles conséquences engendrent-ils pour ce champ d’action publique ?

Pour répondre à ces questions de recherche, cette étude ambitionne d’identifier et de décrire les principaux postulats présents dans la littérature sur l’innovation publique, en général et dans le champ de la santé plus spécifiquement. Puis dans un second temps, d’interroger et de déconstruire ces postulats en mobilisant plusieurs approches critiques issues de l’épistémologie, à la lumière des spécificités du champ de la santé.

Une littérature peu critique sur ses postulats

Le « comment » de l’innovation en dépit du « pourquoi »

Le corpus de recherches théoriques et empiriques sur l’innovation des organisations publiques publié dans les revues internationales, est majoritairement constitué de contributions d’origines anglo-saxonne, scandinave ou néerlandaise. Ces recherches s’inscrivent avant tout dans des ontologies fonctionnalistes et positivistes. Le constat est le même pour la littérature sur l’innovation dans le champ de la santé publique, même si les contributions francophones (principalement françaises et québécoises) sont plus nombreuses. L’objectif fréquemment mentionné dans ces études est celui de comprendre comment l’innovation se développe dans les organisations publiques. Pour cette littérature, il paraît évident que l’innovation publique est à la fois nécessaire et positive. La forte présence de communications non académiques témoigne d’ailleurs de l’importance de cette problématique aux yeux des institutions et des consultants, tels que l’OCDE, ou les labs d’innovation publique (Daglio, Gerson, Kitchen, 2015 ; Mulgan, 2014 ; OECD, 2017). On y voit le résultat de l’association, implicite ou explicite, entre innovation et modernisation de l’Etat, couple indispensable pour relever les défis de la société contemporaine, comme en témoignent les paragraphes introductifs de très nombreux articles sur l’innovation publique (Damanpour, Schneider, 2009 ; de Vries et al., 2016). Sous l’impulsion des changements technologiques, la société se transforme et appelle en réponse apparemment inéluctable, un gouvernement digital (Digital era governement ou e-government (Dunleavy, Margetts, Bastow, Tinkler, 2005)) et une cyber-administration.

L’innovation semble donc non discutable et évidente et par essence neutre du point de vue axiologique, au sens de ne pas porter de valeurs spécifiques. La question de la finalité de l’innovation, le pourquoi innover dans l’administration publique, est souvent mise de côté. Or le développement de la connaissance devrait précisément éviter de prendre pour acquis des affirmations évidentes en apparence, mais plutôt les poser en hypothèses à démontrer (Popper, 2005). Le progrès de la connaissance est basé sur la validation ou l’invalidation d’hypothèses, qui sont au fondement de la démarche scientifique. Les impératifs de cette démarche apparaissaient déjà dans les travaux de Descartes, dont le premier principe de la Méthode est formulé ainsi : « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment comme telle […] » (1637). Dans cette optique, le postulat n’a pas de raison d’être, puisqu’une fois démontré par des études empiriques, il passerait à l’état de principe, de théorie ou de loi et ferait partie de la connaissance. Le caractère très fragile des postulats, mais également des principes et règles démontrés, apparait dans toute sa splendeur à travers l’histoire. Les sciences de l’épistémologie montrent bien comment les paradigmes dominants d’une époque imprègnent l’ensemble de la connaissance produite à ce moment et sont délaissés lorsqu’apparaît un nouveau paradigme.

La question du pourquoi de l’innovation dans l’administration publique est d’autant plus pertinente que l’innovation, la souplesse organisationnelle et l’adaptabilité prônées par cette littérature, sont des concepts qui peuvent entrer en dissonance avec les principes fondateurs de l’administration publique remontant aux travaux de Max Weber, parmi lesquels la contrôlabilité, la prédictibilité, et l’application stricte des règles qui régissent l’action publique, que seules les institutions démocratiques peuvent décider de modifier.

Aussi, dans cette recherche de la connaissance, nous souhaitons identifier et discuter les postulats, implicites ou explicites, qui apparaissent dans la littérature sur l’innovation publique. […]

La littérature sur l’innovation publique se développe donc, avec dans son sillage, celle sur l’innovation dans le champ de la santé. Néanmoins, ce champ présente de nombreuses particularités qui en font un espace de l’innovation singulier au sein des pays développés (OCDE, 2017).

Parmi les principales singularités, le champ de la santé est un espace marqué par un grand pluralisme des acteurs (administratifs, soignants, médicaux, industriels et politiques), des institutions (hôpitaux, institutions de soins à domicile, etc.) mais également des objectifs (politique publique, expérience patient, contrôle des coûts, technicité, etc.) (Denis, Lamothe, Langley, 2001 ; Grenier, Bernardini-Perinciolo, 2015). Ce pluralisme complique les processus d’innovation, notamment parce qu’il complexifie la prise de décision (Friedland, Alford, 1991 ; Nobre, 2013).

Par ailleurs, le champ de la santé publique a été bouleversé par les principes et outils de la NGP et de manière générale, par les réformes relevant de la managérialisation (Rosenberg Hansen, Ferlie, 2016). En parallèle, les institutions de ce champ font les frais de pressions budgétaires, malgré l’ampleur des missions qui leur sont confiées (Cleeren, Lamey, Meyer, Ruyter, 2016). L’introduction de ces approches managériales et économiques suscite encore des tensions avec les logiques métier préexistantes, aux niveaux organisationnel et individuel (Grenier, Bernardini-Perinciolo, 2015).

Subséquemment à cette managérialisation et du fait de la cohabitation manifeste des acteurs publics et privés dans ce secteur, le champ de la santé est marqué par l’hybridité des organisations et des métiers (Gallouj, Merlin-Brogniart, Moursli-Provost, 2015 ; Louise, Anneke, 2009) : les frontières entre les secteurs privé et public s’effacent progressivement (Christensen, Lægreid, 2011 ; Denis, Ferlie, Van Gestel, 2015 ; Emery, Giauque, 2014).

[…]

Une littérature construite en gap-spotting

Il ressort que l’essentiel de la littérature sur l’innovation publique se construit de manière incrémentale, selon une logique de gap-spotting. Celle-ci consiste à identifier des manquements dans la connaissance et à les combler selon une stratégie de réflexion ad hoc. Une pratique qui n’interroge pas les postulats de base. Or, il est des auteurs qui montrent l’inanité du savoir scientifique lorsqu’il est érigé de cette manière, sans interroger les postulats fondateurs qui y sont mobilisés (Alvesson, Sandberg, 2011 ; Kuhn, 1983 ; Nizet, Pichault, 2015 ; Sandberg, Alvesson, 2011 ; Thietart, 2014). En lieu et place du gap-spotting, Alvesson, Sandberg (2011) proposent une construction de la connaissance découlant d’une problématisation, elle-même fondée sur l’identification et la discussion des postulats dominants d’un champ de connaissance.

Un concept porteur de valeurs

Quant à la neutralité du phénomène d’innovation dans les organisations publiques, nous l’avons dit, l’innovation est de nos jours clairement connotée positivement. Elle est porteuse, implicitement ou explicitement, d’amélioration (Godin, 2015). Cependant le progrès supposé de l’innovation doit être relativisé, car non seulement les résultats positifs escomptés ne sont pas toujours atteints, mais aussi parce que ces résultats dépendent bien souvent des acteurs qui peuvent se les approprier (Crozier, Friedberg, 1977), idée déjà présente dans la destruction créatrice de Schumpeter. Rouillard et Caron (2015) montrent de manière éloquente combien les innovations dans le secteur public peuvent, par exemple, aboutir à une détérioration des rapports et conditions de travail. D’autre part, l’innovation publique est fréquemment associée à la modernisation et au courant qui l’a portée ces vingt dernières années, à savoir la NGP (Pollitt, Bouckaert, 2011). Or, nombreux sont les auteurs qui soulignent que la modernisation liée à la NGP n’est pas neutre d’un point de vue idéologique (Bezes, 2008 ; Fortier, 2014 ; Hufty, 1998 ; Rouban, 2004). Dans la même veine, et même si les critiques sont moins nombreuses du fait de l’émergence récente de ce nouveau « paradigme », la nouvelle gouvernance publique (Osborne, 2006) et le management par la valeur publique (Bryson, Crosby, Bloomberg, 2014) sont également sujets aux critiques (Chohan, Jacobs, 2017).

Au final et sans poursuivre ici une argumentation qui aurait pu être bien davantage étoffée, nous retenons à ce stade que l’innovation est manifestement porteuse de valeurs et que son caractère positif n’est pas toujours démontré par des recherches empiriques.

Ces réflexions critiques serviront à discuter les principaux postulats identifiés par la méthode suivie dans cette étude, qui est présentée dans le paragraphe suivant.

[…]

Il semblerait au contraire, que les innovations managériales et de processus dans le champ de la santé soient profondément marquées par la dynamique de NGP (Rosenberg Hansen, Ferlie, 2016) et par des coupes budgétaires les contraignant à une recherche continue de l’efficience (Cleeren et al., 2016). L’innovation serait un des vecteurs de cette dynamique de réformes initiée dans les années 1980 (Hansen, 2011) et particulièrement au Royaume-Uni ou des programmes nationaux ont encouragé les institutions à adopter des innovations managériales dans la lignée de la NGP (de Vries et al., 2016). L’innovation dans la santé paraît ainsi assez éloignée du mouvement récent de type post-NGP orienté vers la gouvernance, l’implication des stakeholders et la co-construction, même si elle peut naturellement s’en inspirer.

Il y a une autre catégorie de postulats qu’il est bon de discuter, non pas parce qu’ils ne correspondent pas à la réalité du champ de la santé, mais au contraire parce qu’ils s’y appliquent peut-être plus qu’ailleurs, du fait de la multitude des acteurs présents. Il s’agit des douzième (l’innovation publique est portée par un groupe d’acteurs) et treizième (l’innovation est portée par les approches collaboratives) postulats. En effet, un grand pluralisme des acteurs (administratifs, soignants, médicaux, politiques, commerciaux) et des institutions (hôpitaux, institutions de soins à domicile, etc.) caractérise le champ de la santé (Denis et al., 2001). L’innovation publique dans ce champ semble donc être particulièrement tributaire de la collaboration et de l’implication large et efficace des acteurs, et ceci même si elle est portée par un groupe d’acteurs (douzième postulat), ce qui reste à prouver empiriquement.

[…]

Enfin, une limite apparaît dans ce qui est entendu en tant qu’organisation de santé dans la littérature. En sélectionnant les articles traitant de la santé, indifféremment du secteur de la santé qu’ils concernaient (hôpitaux de dernier recours, cliniques, soins à domiciles, etc…), il est possible que notre analyse ait négligé une variabilité intra-sectorielle des postulats, liée à la diversité des contextes organisationnels que recouvre le champ de la santé. Saisir la variabilité intra-sectorielle dans notre analyse aurait nécessité un nombre d’études sur la santé (ici 21) nettement plus important. Lorsque la littérature sur le sujet sera plus développée, des études complémentaires pourraient ainsi s’atteler à partitionner ses sous-secteurs.

Au final, la présente contribution contribue modestement à porter un regard critique sur la littérature dédiée à l’innovation publique, et à rompre avec la spirale périlleuse de création de la connaissance sur des bases peu robustes. Si l’innovation paraît consubstantielle à la modernisation de la société et à celle, plus spécifique, de l’administration publique, également dans le domaine de la santé, il convient toutefois d’y porter un regard plus systématique, de l’ériger en problématisation plutôt qu’en gap-spotting (Sandberg, Alvesson, 2011), ceci afin d’éviter la tentation de la simplification, de la neutralité idéologique et de la pseudo-connaissance. »

– Boukamel, O. & Emery, Y. (2019). Les treize postulats de l’innovation publique : identification et discussion dans le champ de la santé. Innovations, 60(3), 15-41.

« La recherche de l’efficience et la concentration sur les besoins du patient et sur sa satisfaction sont au cœur des approches actuelles en termes de qualité des services [21, 42], de collaboration et de coordination pluri-professionnelle et pluridisciplinaire [18]. En effet, la diffusion d’approches à visée intégrative marque l’évolution du système de santé en France comme dans l’ensemble des pays occidentaux (ex. nouveaux métiers de la coordination [2] ; nouveaux dispositifs sociotechniques [17]). Ce phénomène s’explique notamment par la transition démographique et épidémiologique qui engendre l’accroissement du nombre de patients atteints de maladies chroniques nécessitant une prise en charge globale, continue et multidimensionnelle. Deux principes constituent les piliers de ces nouvelles approches de prise en charge. Le premier est lié à la recherche de l’efficience à la fois managérialeet praxéologique [3], elle-même liée à la recherche de solutions optimales au regard de l’analyse des besoins et du champ d’intervention. Le second principe, fortement corrélé au précédent, concerne la prise en compte croissante des besoins du patient qui se trouve au centre de tous les modèles/dispositifs d’intégration des services. Cette logique centrée sur le patient (ou client, système-client, voire communauté au sens [41]) permet dès lors de passer d’un modèle strictement interventionniste à un modèle d’accompagnement et d’une médecine opportuniste à une médecine plus proactive [7].

Cette évolution des systèmes de santé trouve un écho particulier à un niveau plus macro, celui du pilotage des politiques publiques selon les principes du New Public Management (NPM). Ce paradigme qui renouvelle les principes mêmes de l’action publique est au fondement de la plupart des réformes occidentales en matière de gouvernance et de conduite des politiques publiques en général, et des systèmes de santé en particulier. Comme dans les autres domaines des politiques publiques [34], il existe en effet un accord sur l’insuffisance des modèles traditionnels de conduite de l’action publique (ex. excès de centralisation, contraintes bureaucratiques, lourdeur des processus de décision, éloignement des lieux d’expression des besoins) [48]. L’accent est alors mis à travers les principes du NPM sur les interactions entre acteurs [20], ce qui représente une nouvelle étape dans l’évolution du paradigme en matière de modes d’intervention des pouvoirs publics, et renforce le glissement opéré depuis quelques décennies de la notion de politiques publiques vers celle d’action publique [27]. Il est en effet question d’aménager des espaces destinés à structurer les interactions entre les acteurs et d’articuler les positions afin de faciliter la délibération et la décision, tant pour la construction des problèmes que pour la construction des solutions [48].

Aussi, le secteur de la santé se trouve traversé par ces deux évolutions majeures, celle liée à la mise en place des approches intégratives centrées sur le patient et celle liée à l’évolution des modes de pilotage des politiques publiques. Les deux évolutions vont dans le sens d’une plus grande place accordée à la personnalisation des prises en charge, à la différenciation des prestations et à la prise en compte de la satisfaction des bénéficiaires des services publics. Toutefois, sans être antinomiques, les deux évolutions sous-tendent des ressorts et des mécanismes divergents, voire paradoxaux.

[…]

Le New Public Management dans le domaine de la santé

Dans le domaine de la santé, la satisfaction des patients des services publics de santé est une préoccupation commune des praticiens, des gestionnaires et des concepteurs des politiques publiques. En effet, sur la base des principes du modèle patient-entred, le patient est considéré de plus en plus comme un véritable consommateur des services publics. La décentralisation des décisions, l’adaptation des services aux attentes des patients et la personnalisation des relations de services publics (la clientélisation [9]) sont préconisées comme moyen de rapprochement entre les organisations (établissements, services et administration) et les patients [11]. La logique « client », transférée des entreprises privées, tend à considérer que le service public doit s’efforcer de répondre aux attentes des destinataires des prestations [10] en termes de personnalisation des relations de services publics et d’amélioration de la qualité.

C’est dans cette logique que le NPM a été introduit dans les organisations publiques françaises au cours des dernières décennies. Ce paradigme cherche non seulement à remettre en cause la gestion bureaucratique des organisations publiques à proprement parler, mais pousse aussi les structures publiques à s’interroger sur leurs rôles et sur leurs missions. Avec une exigence d’amélioration des résultats économiques et sociétaux, le NPM repose sur la production de règles et d’outils de fonctionnement propres, le tout étant à la base de l’émergence d’un nouveau référentiel gestionnaire des structures publiques [49]. Ceci se traduit par la mise en place d’un management de terrain, direct et pragmatique et par l’évolution des organisations publiques vers plus de souplesse et d’autonomie [32]. Une meilleure gestion, du fait de la proximité entre les gestionnaires et les missions à accomplir, est l’un des principaux avantages recherchés à travers cette logique.

Les transformations voulues visent ainsi à améliorer la performance, le développement et l’innovation au sein des organisations publiques et à souligner la responsabilisation des acteurs sur leur utilisation des ressources [26]. Dans le domaine de la santé, outre la recherche de la réduction des coûts liés à la lourdeur des prises en charge, les pouvoirs publics doivent veiller à la qualité du service rendu, exprimée par la satisfaction du patient/usager. Le NPM vise ainsi une double évaluation : celle des patients/usagers et celle des pouvoirs publics qui doivent apprécier la performance des structures publiques sur les plans qualitatif et quantitatif. Pour remédier aux dysfonctionnements bureaucratiques des organisations publiques (coût, rigidité, impersonnalité), l’objectif du NPM consiste aussi à développer un nouveau référentiel gestionnaire pour le secteur public. Le NPM semble vouloir normaliser les comportements des organisations publiques et de leurs membres, autour d’un thème générique qui serait l’amélioration de la qualité du service et de l’efficience des ressources disponibles.

Ce changement dans le fonctionnement même des organisations publiques se traduit dans le secteur de la santé par des « transformations organisationnelles » (au sens de Amar et Berthier, 2007), ou changements structurels (au sens de Denis et Langley, 2002) qui se matérialisent à travers le déploiement de structures et d’organisations innovantes pour une prise en charge plus coordonnée et continue. On voit donc se développer des structures comme les maisons de santé pluriprofessionnelles, les pôles de santé et les plateformes territoriales qui représentent des relais de coordination dans le cadre de la prise en charge des patients et particulièrement ceux souffrant de maladies chroniques. Quatre objectifs résument les objectifs du NPM. Il s’agit tout d’abord de l’amélioration de l’efficacité de l’action des entités publiques à travers l’amélioration de la qualité des services rendus (Kolb, 2002). Il s’agit ensuite de la recherche de l’efficience (White, 1999) grâce à l’optimisation des ressources mobilisées pour réaliser les objectifs. Le troisième objectif concerne l’accessibilité et l’écoute des patients afin d’identifier leurs besoins et répondre aux demandes au plus près de leurs attentes. Peters et Savoie (2001) vont plus loin dans leur conception de l’accessibilité, pour intégrer la notion de la participation citoyenne puisque la nouvelle gouvernance selon le NPM consiste à faire participer le citoyen/usager/patient à une série d’instances décisionnelles en matière de politiques publiques de santé. Le quatrième et dernier objectif renvoie à la responsabilisation des organisations publiques face au monde politique et la société civile en général puisqu’elles « […] sont censées rendre des comptes en termes d’efficacité, d’efficience, de qualité et d’ouverture. L’action publique se déploie donc dans un contexte de contrôle de l’action et d’une nécessité de justification » (Rey, 1993).

[…]

Le NPM soutient aussi le partage des responsabilités incitant les acteurs  à gagner en autonomie, en flexibilité et en réactivité [1]. Pour perfectionner les organisations publiques, il semble nécessaire selon le paradigme du NPM d’accroître les marges de manœuvre des acteurs et gestionnaires pour leur permettre de mieux répondre, et à moindre coût, aux attentes et besoins des patients [32]. Cela suppose selon Denis [19] et selon les principes du modèle Patient-centred care de se baser sur un changement opérationnel traduit par une décentralisation des structures mais aussi des pouvoirs, condition favorable aux interactions entre acteurs, au développement d’un leadership collectif et à la mise en place de nouvelles pratiques.

Le NPM est également porteur d’un discours spécifique sur la performance des systèmes de santé et propose une stratégie de contrôle des conduites managériales et professionnelles [67] centrée sur le principe de reddition des comptes. Cette reddition des comptes porte autant sur la satisfaction des patients/usagers que sur la nature, la qualité, le coût ou la quantité des services offerts [22].

Plus concrètement, la conception du NPM se caractérise par la mise en œuvre d’indicateurs d’activités, d’outils de gestion budgétaire et comptable, d’outils de mesure des coûts dans la perspective de répondre à trois logiques d’action (les 3 E « Économie, Efficacité, Efficience » au sens de Urio, 1998). La première logique est celle de l’efficacité socio-économique : les objectifs énoncent le bénéfice attendu de l’action de l’État [40]. La seconde est celle de la qualité de service : les objectifs énoncent la qualité attendue du service rendu au patient/usager. La troisième et dernière logique est celle de l’efficacité de gestion ou d’efficience : les objectifs énoncent, pour le contribuable, l’optimisation attendue dans l’utilisation des moyens employés, en rapportant les produits ou l’activité obtenus des ressources consommées [72].

Le paradoxe

Sur le plan organisationnel, le NPM cherche à améliorer l’efficacité et l’efficience des actions mises en œuvre par les structures publiques. Ceci se traduit comme précisé plus haut par le déploiement de structures transversales et/ou de structures spécialisées. En cela, il trouve à travers les approches centrées sur le patient des démarches et des outils opérationnels pertinents pour mettre en œuvre la logique qu’il sous-tend. Les travaux d’évaluation des approches centrées sur le patient disponibles indiquent en effet que les résultats escomptés en termes de gains de santé et de réduction des coûts sont partiellement atteints avec une amélioration de la prise en charge [8]. Ces conclusions sont partagées par Mattke [47] qui rapportent que les programmes de DM qu’ils ont étudiés améliorent la qualité de la prise en charge au niveau du processus. Le même résultat est approuvé par d’autres auteurs qui ont évalué des expériences de CCM portant sur le diabète et qui soulignent une amélioration des processus et du taux d’HbA1c [53, 57].

Toutefois, ces résultats ne sont possibles qu’au prix d’investissements conséquents, aussi bien sur les plans matériel et financier que sur le plan humain.

Selon Jourdain-Menninger [35], l’amélioration des processus de prise en charge explique l’absence d’économie significative générée. En effet, selon les auteurs « une meilleure prise en charge engendre dans l’immédiat des dépenses supplémentaires pour des bénéfices à moyen et long terme ». Ce constat est partagé par Brunn et Chevreul [8] qui tirent les mêmes conclusions en se basant sur l’analyse de 11 programmes de DM dans le cadre de Medicaid aux États-Unis et qui montrent une réduction des coûts uniquement pour quatre d’entre eux [29]. De même, l’analyse de 15 programmes de DM dispensés par Medicare prouve qu’un seul d’entre eux permet une réduction des hospitalisations sans qu’aucun des dispositifs ne permette une réduction des coûts [55]. Une évaluation récente de 16 dispositifs pilotes de soins intégrés en Angleterre (dont six utilisaient le case management) ne montre pas non plus d’impact significatif sur les coûts après un an de suivi. Il en est de même pour les résultats observés en France qui soulignent que l’efficience des réseaux de santé est très variable [4].

Au lieu de réaliser des économies, la coordination engendre en effet des coûts supplémentaires relatifs au repérage de patients jusqu’alors non pris en charge et une meilleure prévention sanitaire comme la détection d’autres problèmes de santé ou de risques médico-sociaux. Ceci est montré à travers les travaux de Ernst et Young [24] qui montrent une augmentation significative des hospitalisations d’urgence, attribuée à un meilleur suivi des patients les plus graves et une réduction significative du nombre moyen des hospitalisations planifiées et des consultations en ville. Les changements structurels semblent donc très déstabilisants et ne permettant pas de produire les résultats escomptés [20].

En outre, comme précisé plus haut, la démarche du NPM repose sur une évaluation clinique des besoins, certes compréhensive mais néanmoins standardisée. Elle s’effectue en effet sur la base de référentiels standardisés qui prennent en compte tout autant la mesure objective de l’incapacité que sa compensation effective dans la situation clinique de la personne.

Un tel modèle s’intéresse au rapport entre « incapacité objective et compensation effective, en soutenant que c’est l’absence d’une compensation adéquate qui produit la situation clinique de l’usager » (le handicap dans le modèle de Fougeyrollas [25]) et non l’incapacité en tant que telle [25]. Cette sensibilité à la situation clinique (plutôt qu’à la seule incapacité) permet à la fois d’être plus efficace sur le plan de l’organisation des services mais c’est aussi plus significatif pour le patient [50].

En prenant exemple sur les services destinés aux personnes âgées en perte d’autonomie fonctionnelle, cet outil peut ainsi mesurer une perte de mobilité de la personne âgée (mesure d’incapacité), mais il cherche aussi à documenter comment cette incapacité est compensée (présence d’un aidant, etc.) et comment il peut être compensable (aménagement de rampes d’accès, etc.). Le paradoxe c’est que cette évaluation est menée généralement à partir d’outils cliniques et protocoles standardisés et multidimensionnels (biopsychosocial et environnemental), auquel a accès l’ensemble des professionnels. Comment donc assurer une personnalisation de la prise en charge prenant en compte les spécificités de chaque patient tout en se reposant sur des dispositifs standardisés ?

Plus de vingt ans après l’émergence des dernières approches organisationnelles (CCM, DM, Case management, population management) pour une prise en charge structurée des patients atteints de maladies chroniques, l’on constate une relative consolidation de ces approches et une réelle volonté de leur mise en place. Les enseignements des dispositifs qui en sont issus montrent que leur succès passe par une approche centrée sur le patient et une intégration des services déterminante pour une prise en charge de qualité (continue et intégrée).

C’est dans le cadre de cette démarche de clientélisation, d’intégration du patient dans le dispositif de soins et de santé et de recherche de sa satisfaction que le NPM s’insère dans le secteur de santé public en France.

Devant l’importance de la transition démographique et épidémiologique, plus de contraintes pèsent sur les acteurs professionnels qui sont appelés à assurer l’efficacité des activités et l’efficience des moyens mobilisés afin de garantir la meilleure qualité possible des services dispensés.

Cependant, comme nous l’avons souligné plus haut, si ces mesures contribuent à la conception d’un système adapté aux besoins et exigences du contexte actuel de prise en charge, il convient de noter qu’un tel investissement n’induit pas d’économies immédiates et peut même être source de dépenses complémentaires.

Face à ce paradoxe intrinsèque, nous rejoignons Couturier et al. [16] pour s’interroger sur les arbitrages nécessaires afin « d’exercer des choix raisonnables devant l’infinité des besoins, la multiplicité des réponses possibles et la rareté relative des moyens, alors même que l’immense masse de connaissances scientifiques est souvent traversée de nombreux débats que le praticien ou le gestionnaire ne sait ni ne peut trancher ? ». »

– Sebai, J. & Yatim, F. (2018). Approche centrée sur le patient et nouvelle gestion publique : confluence et paradoxe. Santé Publique, vol. 30(4), 517-526.

« Dans quelle mesure les finances publiques françaises ont-elles été influencées par l’idéologie du New Public Management ? Des effets pernicieux sont dus à l’inadaptation du modèle de l’entreprise et à l’excès de critères quantitatifs. Mais le NPM a aussi contribué à la diffusion de bons préceptes de management tels que la responsabilité managériale et la transparence de l’action publique.

« Toutes les critiques ont de l’influence »

Erik SATIE, Musicien (1866-1925)

« Ce ne sont pas les influences qui comptent, c’est le choix de ses influences qui est important. »

Titouan LAMAZOU, Navigateur (1955-)

Ces deux citations de personnages forts différents ont une portée très générale. On pourrait ajouter à celle empruntée au célèbre compositeur des Gymnopédies que la critique permet de savoir où se trouvent les lacunes et d’identifier les points à améliorer, du moins lorsque cela est possible. L’homme de la mer relativise d’ailleurs ce propos en observant qu’il faut savoir choisir les bonnes influences, d’autant que des vents contraires peuvent faire obstacle au but poursuivi.

Le New Public Management (NPM) est souvent analysé avec cette dualité… Il critique le modèle bureaucratique de Max Weber (1921) considéré comme trop rigide et peu réaliste. À cet égard il est considéré comme la forme idéale de la nouvelle gestion publique (Hood, 1991). Il a contribué à introduire « de nouvelles manières de penser l’organisation administrative à partir d’un ensemble hétérogène d’axiomes tirés de théories économiques, de prescriptions issues de savoirs de management, de descriptions de pratiques expérimentées dans des réformes (notamment dans les pays anglo-saxons) et de systématisations produites par des organismes comme l’OCDE » (Bezès, 2007).

Le NPM semble s’être développé parallèlement au néolibéralisme économique lequel a connu plusieurs courants et variations. Lors de sa prééminence dans les années 1980, cette idéologie faisait référence à la dérégulation de l’économie, à la libéralisation des échanges, à la privatisation des administrations publiques, sans réfléchir aux effets pernicieux de telles pratiques (I).

Mais la mise en œuvre de solutions relevant du NPM a souvent conduit à concilier les logiques bureaucratiques et managériales (Mazouz et al., 2015). En considérant la spécificité des services publics, on a pris conscience que le marché n’était pas forcément le meilleur moyen pour les gérer. Il convenait de passer d’une logique de marchandisation à celle de rationalisation. Une variante du NPM a mis en avant une gestion axée sur la responsabilisation et la reddition des comptes. Ce souci d’accountability – pour reprendre l’expression des anglo-saxons, déjà présente au xixe siècle chez Jeremy Benthama conduit à la nécessité de rendre compte de ses actions. C’est semble-t-il l’une des principales influences vertueuses du NPM (II).

I – Les effets pernicieux du NPM

On retient généralement de l’idéologie néolibérale du NPM qu’il faut moderniser l’ensemble des administrations publiques. L’État-providence s’épuisant face à la crise et la mutation de l’économie, l’idée qu’il était mal géré s’est développée en même temps que l’image de l’entreprise se revalorisait, en apparaissant comme un parfait modèle de gestion… Mais l’efficacité de l’entreprise privée repose sur le fait que ses décisions son prises dans son intérêt propre, ce qui conditionne sa performance, son succès et sa pérennité.

Une bonne partie de la sphère publique fonctionne tout autrement : c’est le cas notamment pour les actions en vue d’améliorer la santé de la population (A). D’une manière générale le bon management ne peut pas se réduire à de simples gains financiers : c’est l’une des réserves les plus importantes que l’on peut adresser au NPM, avec sa tendance à vouloir tout évaluer par des chiffres (B).

A – Certaines administrations ne peuvent pas être gérées comme des entreprises

La logique comptable, au-delà de la performance financière, ne permet pas suffisamment de prendre la mesure des maux combattus. Il convient certes que les décideurs publics changent de culture normative, mais cela ne peut être envisagé qu’en les rendant plus responsables, ce qui est indispensable dans la plupart des administrations publiques, notamment les hôpitaux où la “tarification à l’acte” (T2A) a très vite montré ses limites. »

– Spindler, J. (2019). Les finances publiques françaises et le New Public Management. Gestion & Finances Publiques, 5(5), 83-89.

[Lire aussi : Bezes, P. (2020). Le nouveau phénomène bureaucratique: Le gouvernement par la performance entre bureaucratisation, marché et politiqueRevue française de science politique, vol. 70(1), 21-47.  / Borraz, O. & Ruiz, É. (2020). Saisir l’État par son administration pour une sociologie des rouages de l’action publiqueRevue française de science politique, vol. 70(1), 7-20. / Le Lidec, P. (2020). Entre desserrement et resserrement du verrou de l’État: Les collectivités françaises entre autonomie et régulations étatiquesRevue française de science politique, vol. 70(1), 75-100. / Van Haeperen, B. (2012). Que sont les principes du New Public Management devenus : Le cas de l’administration régionale wallonne. Reflets et perspectives de la vie économique, tome li(2), 83-99. / Chappoz, Y. & Pupion, P. (2012). Le New Public ManagementGestion et management public, volume 1/2(2), 1-3. / Pyun, H. (2013). Hybridation du New Public Management : cas de gestion des administrateurs territoriaux en FranceManagement & Avenir, 65(7), 32-47. / Bezes, P. (2007). Construire des bureaucraties wébériennes à l’ère du New Public Management ?Critique internationale, 35(2), 9-29. / Rowell, J. & Zimmermann, B. (2007). Grammaire de la société civile et réforme sociale en Allemagne. Critique internationale, 35(2), 149-171. / Pupion, P. & Chappoz, Y. (2015). L’outil de gestion au service du NPMGestion et management public, volume 4 / 1(3), 1-2. / Choffel, D. & Aldrin, J. (2015). Réflexions autour de la notion « d’accountability » à travers l’application d’une grille d’analyse sur deux études de terrain en management publicGestion et management public, volume 4 / 1(3), 45-58. / Grimaldi, A. (2010). 9. L’hôpital malade de la rentabilité. Dans : Willy Pelletier éd., L’État démantelé: Enquête sur une révolution silencieuse (pp. 118-128). La Découverte. / Sebai, J. (2015). L’évaluation de la performance dans le système de soins. Que disent les théories ?Santé Publique, vol. 27(3), 395-403. / Morgana, L. (2012). Un précurseur du New Public Management : Henri Fayol (1841-1925). Gestion et management public, volume 1/2(2), 4-21. /  Stiegler, B. (2019). « On sous-estime l’hégémonie culturelle du néolibéralisme ». Alternatives Économiques, 390(5), 68-71. / Schaufelbuehl, J. & Vallotton, F. (2019). Business, anticommunisme et néolibéralisme : réseaux transatlantiques durant la Guerre froideRelations internationales, 180(4), 3-11. / Vay, M. (2019). L’impossible doctrine européenne du service public: Aux origines du service d’intérêt économique général (1958-1968). Revue française de science politique, vol. 69(1), 75-94. / Le Naëlou, A., Hofmann, E. & Kojoué, L. (2020). Distorsions et dilemmes du système performatif de l’aide internationale au développementRevue internationale des études du développement, 241(1), 7-37. / Devin, G., Petiteville, F. & Tordjman, S. (2020). L’Assemblée générale des Nations unies: Là où le monde se parle depuis 75 ans. Presses de Sciences Po. / Ansaloni, M. & Smith, A. (2017). Des marchés au service de l’État ?Gouvernement et action publique, vol. 6(4), 9-28. / Infantino, F. (2017). La mise en marché de la frontière, un produit d’État: Compagnies privées et mise en œuvre de la politique du visa SchengenGouvernement et action publique, vol. 6(4), 51-73. / Nay, O. (2017). Gouverner par le marché: Gouvernements et acteurs privés dans les politiques internationales de développement. Gouvernement et action publique, vol. 6(4), 127-154. / Caillol, M., Le Coz, P., Aubry, R. & Bréchat, P. (2010). Réformes du système de santé, contraintes économiques et valeurs éthiques, déontologiques et juridiquesSanté Publique, vol. 22(6), 625-636. / Baverez, N. (2020). Macron : bilan critiqueCommentaire, numéro 169(1), 188-189.]

« La perspective d’analyse proposée par ce numéro de Gouvernement et action publique, centrée sur le recours au marché comme instrument de politique publique, conduit non seulement à analyser celui-ci comme dimension d’une politique publique (policy) mais aussi comme produit de processus politiques (politics). Si, dans leur introduction, Matthieu Ansaloni et Andy Smith soulignent que le mimétisme marchand de l’État n’est pas la concrétisation d’un grand dessein politique porté par des élites transnationales et/ou nationales mais plutôt d’expérimentations et d’effets d’opportunité, ces derniers renvoient à des interactions entre des acteurs multiples (publics, privés, politiques, professionnels…) en lutte pour la régulation d’un secteur d’action publique. Ces interactions correspondent à des processus politiques non seulement parce qu’elles ont pour enjeu l’exercice d’une forme de pouvoir au sein de l’État mais aussi parce qu’elles engagent des valeurs politiques et s’inscrivent dans le cadre de la compétition politique. Comme l’ont souligné Hacker et Pierson (2009) les politiques publiques sont à la fois un enjeu central de la compétition politique permettant l’exercice d’une autorité (policy as prize) et son espace structurant de déploiement (policy as terrain). Une analyse en termes de processus politique ne se limite donc pas à la prise en compte du rôle de leaders politiques (perspective qui a été notamment développée et discutée pour les réformes conduites par Margaret Thatcher au Royaume-Uni : Marsh, 1994 ; Moon, 1995) mais vise à prendre en compte l’ensemble des interactions politiques (c’est-à-dire engageant des enjeux de pouvoir et mobilisant des valeurs politiques) autour d’enjeux de politique publique.

Si une littérature abondante existe sur les idées néo-libérales (Audier, 2012 ; Blyth, 2002 ; Denord, 2007 ; Mirowski, Plewe, 2009) et leur diffusion, les travaux, moins nombreux, de politiques publiques mettent plus l’accent sur les interactions politiques permettant de comprendre non seulement l’élaboration mais aussi la mise en place d’instruments de marché dans des domaines d’action publique. Ces travaux tendent toutefois à privilégier l’analyse des processus d’adoption de mécanismes de marché (c’est d’ailleurs le cas de plusieurs articles de ce numéro) en montrant l’importance de leur extension. Dans cet article nous nous intéresserons aussi aux processus politiques permettant de comprendre les limites du mimétisme marchand de l’État, en prenant le cas de deux domaines de politiques publiques en Angleterre: la santé et la police.

Au premier abord, il peut sembler paradoxal de prendre des cas anglais pour évoquer les limites de la marchandisation puisque le Royaume-Uni est l’État européen qui a opéré le tournant néo-libéral le plus important dans les années 1980, se traduisant par un changement de paradigme économique et une transformation du mode de gestion de l’État et des services publics (Hayward, Klein, 1994). Une véritable « réinvention de l’administration » a été opérée autour de trois postulats : le secteur public n’est pas assez efficace, la gestion privée l’est plus et la mise en concurrence facilite le transfert d’activités vers le secteur privé (voir Faucher-King, Le Galès, 2007, p. 59-65). Elle est principalement fondée sur l’idée d’introduction de mécanismes de marché comme instrument permettant de rendre la gestion du secteur public plus efficace en se rapprochant de celle du privé. Mettre en évidence les limites au mimétisme marchand de l’État dans le cas anglais nous semble comme, au contraire, particulièrement riche d’enseignement. L’intérêt de travailler sur ce pays tient aussi au fait que les réformes néo-libérales y ont fait l’objet d’un investissement politique particulièrement fort à partir des années 1970 avec l’arrivée de Margaret Thatcher à la tête du parti conservateur puis du gouvernement (Fry, 2008), rompant avec le consensus de l’après-guerre (Kavannagh, 1990). Cet agenda politique néo-libéral a été poursuivi dans les années 1990 par Tony Blair qui s’est inscrit dans l’héritage des réformes de l’ère Thatcher (Farall, Hay, 2014) pour redéfinir le travaillisme (Casey, 2009). La politisation des réformes néolibérales a également été forte avec l’arrivée au pouvoir de David Cameron en 2010, à la tête d’un gouvernement de coalition avec les libéraux-démocrates. Le premier mandat de D. Cameron (2010-2015) correspond à une période particulièrement importante de recours à des instruments relevant du marché dans les deux secteurs que nous allons comparer ici : la police et la santé. C’est en effet en 2012 que l’on assiste à un développement significatif des partenariats publics-privés (business partnering) dans les polices anglaises et, dans la santé, à l’adoption du Health and Social Care Act dont l’objectif majeur était de renforcer la concurrence et d’accroître la part du secteur privé. Cette loi a été considérée comme représentant la réforme la plus large (et la plus complexe) qu’ait connu le système national de santé anglais (National Health Service – NHS) depuis sa création en 1946 (Klein, 2013a). Ces deux secteurs ont aussi pour point commun d’être fortement investis politiquement, comme en atteste la place prise par les enjeux de santé et de sécurité (suite aux attentats de 2005 en particulier) dans les campagnes électorales récentes (le financement du NHS a ainsi été l’un des arguments majeurs des pro-Brexit en 2016).

La comparaison intersectorielle, démarche nettement moins fréquemment adoptée que la comparaison internationale, vise le plus souvent à mettre en évidence l’importance des styles sectoriels de politiques publiques (par rapport aux styles nationaux) (Freeman, 1985) ou de la structuration des réseaux d’acteurs sectoriels (Varone, Schiffino, 2004). Ici, elle est plutôt mobilisée pour souligner l’importance des processus politiques (relevant en partie d’acteurs extérieurs au secteur considéré : leaders politiques et médias notamment) pour comprendre, à la fois, la mise sur agenda du recours au marché comme instrument de politique publique, le choix d’instruments marchands et les limites de leur mise en œuvre, dans deux secteurs qui présentent des différences importantes, tant par leurs objectifs généraux (fourniture de soins/protection de la population) que par leurs acteurs (plus grande diversité des acteurs professionnels dans la santé) et leur organisation territoriale en Angleterre (forte autonomie des autorités locales dans la police, notamment depuis les réformes engagées par le gouvernement de coalition, comme on le verra, contrairement à la santé). Ces différences expliquent que ces deux secteurs, également marqués par une forte spécialisation des chercheurs, soient rarement comparés.

Nous allons donc nous interroger sur la façon dont s’est opéré le processus de mimétisme marchand de l’État, comme l’appellent Matthieu Ansaloni et Andy Smith dans leur introduction et que l’on peut caractériser de « the process of taking goods and services that had previously been provided under bureaucratic, political, or professional means of resource allocation and transferring them to market arrangements » (Crouch, 2009), dans ces deux secteurs en Angleterre, en nous focalisant sur la séquence temporelle et politique du gouvernement de coalition (moins étudiée que les périodes de gouvernements Thatcher et Blair). Toutefois, pour la comprendre, il est nécessaire de commencer par retracer la trajectoire politique antérieure des réformes visant à promouvoir la concurrence et le recours au privé, afin de mettre en évidence les éléments communs et les différences entre les deux secteurs, inscrits dans des processus politiques de longue durée. Dans les deux parties suivantes, nous nous focaliserons sur la période du gouvernement de grande coalition (2010-2015), en analysant les projets de réforme visant à étendre ces logiques marchandes dans la santé et la police, ce qui nous conduira à souligner les limites des changements, au niveau tant de la conception des politiques publiques, que de leur adoption et de leur mise en œuvre. Enfin, dans un dernier temps, nous proposerons une explication permettant de rendre compte des résistances politiques suscitées par les projets gouvernementaux d’extension des logiques marchandes.

Les trajectoires politiques du mimétisme marchand de l’État dans la santé et la police (1979-2010)

Le mimétisme marchand de l’État dans la santé et la police est engagé dans les années 1980 en lien avec l’agenda néo-libéral des gouvernements Thatcher successifs. Il prend trois formes principales : le recours à des opérateurs privés, la mise en concurrence par la performance et la séparation entre commanditaire et prestataire qui a conduit à la mise en place d’un « quasi-marché » à l’intérieur du NHS, sans équivalent dans la police.

Recours au privé et mise en concurrence par la mesure de la performance

[…]

Bref, tout se renverse au cours de l’année 2012, avec un effet cumulatif : les annonces du début de l’année suscitent une couverture médiatique négative, les intérêts professionnels se mobilisent massivement contre cette logique, l’annonce de G4S renforce les doutes sur la capacité du secteur privé à se substituer aux acteurs publics, et la séquence se clôt par l’élection de PCC dans un contexte où la privatisation est au mieux une thématique que l’on évite, au pire que l’on dénonce.

Les projets poursuivant des objectifs de marchandisation connaissent donc de fortes oppositions qui vont, dans la santé, réduire l’ampleur de la réforme (en réintroduisant des attentes concernant la qualité au-delà de la mise en concurrence et de ses effets attendus sur les prix), et dans la police, conduire à l’abandon des principaux appels à projets visant à établir des formes d’externalisation par l’entremise des business partnering. Autrement dit, dans les deux secteurs, les transformations radicales annoncées, en 2010 pour la santé et en 2012 pour la police, sont loin de se concrétiser : la loi portée par Lansley est considérablement amendée et les principaux appels à projet de business partnering sont oubliés. Comment comprendre ces réorientations et abandons ?

Les résistances aux mécanismes de marché : mobilisations politiques et médiatisation de « scandales »

Pour rendre compte des freins et redéfinitions des réformes, il faut tout d’abord souligner l’intervention d’acteurs politiques (acteurs parlementaires dans la santé, et police and crime commissioners dans la police) qui, dans la première phase (globalement entre 2010 et 2012), n’avaient joué qu’un rôle secondaire, tout en resituant leurs mobilisations dans un contexte socio-politique marqué par les mobilisations d’opposition, un traitement médiatique négatif et le poids des scandales.

Alors que l’on considère traditionnellement le système anglais comme étant dominé par l’exécutif, le fait que les blocages viennent d’un côté des parlementaires (santé), de l’autre des PCC (police) est à souligner : dans les deux cas, les obstacles viennent d’acteurs politiques extérieurs à l’exécutif. Dans la santé, Lansley ne parvient pas à trouver une majorité pour le soutenir au Parlement, y compris au sein des conservateurs. Outre les réserves de certains députés conservateurs, les exigences des accords de coalition conduisent à des concessions aux libéraux-démocrates qui vont atténuer la dimension marchande associée à la réforme. Dans la police, la création de police and crime commissioners par le gouvernement central finit par produire de nouveaux centres de pouvoir qui ne se conforment pas aux orientations favorables à une extension des logiques marchandes.

Ces prises de position des élus doivent être comprises dans un contexte politique marqué par trois dimensions communes : les alliances avec les professionnels opposés aux réformes, la couverture médiatique négative de la marchandisation et l’effet de scandales publics. S’il n’est pas toujours aisé de démêler ce qui relève de l’opposition à l’austérité budgétaire, de la préservation des intérêts professionnels et de la contestation idéologique de la marchandisation, force est de constater que dans les deux secteurs, les organisations professionnelles se sont mobilisées massivement, en alliant accès aux élus, production d’une contre-expertise, manifestations publiques et présence médiatique. Dans la police par exemple, les syndicats de policiers se mobilisent contre l’austérité budgétaire et les projets de privatisation au cours du printemps 2012.

Ensuite, quand les choix politiques prennent un caractère public (concurrence politique à l’approche des élections des PCC, NHS Future Forum), la dimension des « échanges bloqués » (Loader et al., 2014 ; Sandel, 2012), reposant sur l’idée que certains biens et services ne peuvent être légitimement produits par des acteurs privés, vient cadrer la sélection des alternatives. Le cadrage sémantique opéré par les médias est particulièrement révélateur : la « privatisation » remplace « l’outsourcing » dans le débat, la première notion suggérant une idée d’une bien plus grande présence du marché que la seconde (White, 2014, p. 285). Les changements dans le Lincolnshire vont également prendre un certain relief quand les nouvelles épaulettes et cordons associant G4S et la police du Lincolnshire vont être rendus publics, générant une campagne médiatique dénonçant cette « désacralisation » de la police. Le chief constable du Lincolnshire s’en souvient avec une certaine amertume : « we got hammered mercilessly about privatising the police when in fact we weren’t. But nobody was interested in a sophisticated argument about that because it just didn’t sell newspapers » (cité dans White, 2015, p. 292).

C’est ici qu’entre en jeu une troisième dimension : pour rendre compte de la nature prise par les débats, il faut souligner que les scandales reçoivent un écho particulier, notamment dans la police en activant la croyance forte au sein du public britannique dans le caractère emblématique du bobby comme un signe de l’identité collective et de l’ordre public (Crawford, 2016, p. 142 ; voir Loader, Mulcahy, 2003). Comme on l’a vu, l’échec de G4S lors des Jeux olympiques fait les titres des médias et attire des critiques particulièrement sévères de la part du parlement, créant un contexte favorable aux polices publiques tout en réduisant la crédibilité des opérateurs privés à prendre en charge la sécurité de grands événements. La médiatisation et la politisation de difficultés dans la mise en œuvre du mimétisme marchand de l’État jouent aussi pour la santé. On peut tout d’abord mentionner l’échec de la privatisation de l’hôpital de Hichingsbrooke, mise en avant comme un cas exemplaire par les opposants de la réforme, qui a conduit à sa réintégration au NHS au bout de trois années seulement (Powell, 2016, p. 25). De la même façon, le scandale du Mid Staffordshire NHS Foundation Trust, qui a contribué à remettre au premier plan la question de la qualité de soins par rapport à la promotion de la concurrence (Ham et al., 2015, p. 16), est à l’origine de la réorientation de l’activité de Monitor vers la sécurité des patients et sa fusion, en 2015, avec la NHS Trust Development Authority, jusque-là en charge de l’évaluation de la performance des hôpitaux au statut de NHS Trusts.

En reprenant les catégories de Kingdon (1984), on peut considérer que les trois courants de politiques publiques ne sont plus à partir de 2012 favorables aux réformes : du côté du courant des problèmes, les scandales finissent par transformer le secteur privé en problème ; pour le courant des solutions, l’expertise réformatrice fait face à une contre-expertise venant d’acteurs professionnels et politiques ; enfin, dans le courant politique, des acteurs politiques (parlementaires et police and crime commissioners) se montrent particulièrement attentifs aux risques politiques associés à un soutien trop explicite à des projets qui pourraient se voir assimilés à de la privatisation par le grand public.

Conclusion

Les secteurs de la police et de la santé ont été pénétrés par différentes formes de mimétisme marchand au cours des trois dernières décennies. Nous avons essayé de montrer la variété de ces logiques marchandisation, en distinguant notamment mise en concurrence par la mesure de la performance, délégation à des acteurs privés et mise en place de mécanismes de quasi-marché, et tenté d’en prendre la mesure en nous focalisant sur les projets portés par la coalition conservatrice-libérale démocrate (2010-2015). Rappelons que ces deux secteurs ont connu des niveaux et types de mimétisme marchand différents : la création d’un marché interne dans la santé, soutenue par une conceptualisation économique sophistiquée, ne connaît pas d’équivalent dans la police, où l’activité policière demeure plus intégrée. Dans ce dernier domaine, les tentatives du gouvernement de coalition de mettre en place des relations partenariales durables sous la forme de business partnering, se traduisant par une externalisation de certains services assurés jusque-là par les polices publiques, se sont vues (pour le moment) remises en cause.

Ceci nous conduit au deuxième élément : le mouvement de marchandisation n’implique pas automatiquement un déclin des valeurs de service public (public good) au profit de logiques de marché. Notre constat diffère de travaux ayant souligné une révolution bureaucratique, marquée par l’institutionnalisation de mécanismes de marché, introduits sous l’impulsion de l’État, qui finissent par redéfinir les comportements et calculs des agents (Le Galès, Scott, 2008). L’explication développée ici met en avant le poids des processus politiques. Dans les deux cas, des acteurs politiques, principalement locaux dans la police, nationaux dans la santé, se mobilisent contre les réformes elles-mêmes fortement portées politiquement, en se démarquant de projets de marchandisation qui suscitent des oppositions larges au sein de l’opinion publique tant ils mettent à mal des mythes ancrés (le bobby et la nurse) et sont sujets à des scandales obligeant les autorités publiques à agir. L’impact politique du slogan de la défense des services publics, à nouveau mobilisé avec succès par le parti travailliste lors des élections législatives du printemps 2017, apparaît bien comme un frein majeur au renforcement de la concurrence et du recours au privé.

Plutôt que d’une logique de marchandisation qui se traduirait par un basculement clair du privé vers le public, il faut donc ici beaucoup plus parler d’une logique d’hybridation. D’un côté, les acteurs publics utilisent le recours aux instruments du marché en facturant, en étant sponsorisés, en comparant leurs performances. Mais de l’autre, les acteurs privés dans des secteurs qui restent très marqués par des « échanges bloqués » (Loader et al., 2014) demeurent attachés à valoriser la dimension publique de leur activité. Ainsi, selon l’analyse d’Adam White (2014), les cadres de la police du Lincolnshire intériorisent certains principes du secteur privé (les coûts d’unité, le business process streamlining), mais en même temps, les agents de G4S montrent une empathie constante avec l’ethos de service public policier, ce qui rend leur discours audible auprès des policiers. Dans la santé, le brouillage tient à deux éléments : le premier est que la concurrence s’exerce très majoritairement au sein du service public de santé (marché interne) dont les fondements sont préservés (financement par l’impôt, accès à tous les citoyens, gratuité) ; le deuxième tient à la multiplication de statuts hybrides pour les prestataires de soins (les hôpitaux en particulier), Lansley lui-même parlant du développement de social entreprises plus que d’opérateurs privés (Greener, 2016, p. 114-115).

Ainsi, le mimétisme marchand de l’État passe par un brouillage des frontières entre le public et le privé et une diversification des statuts des prestataires de soins (Sheaff, Allen, 2016), comme dans la police.

Enfin, on peut souligner le caractère contradictoire des projets de réforme portés par le gouvernement Cameron, et notamment des différentes composantes que pouvait représenter l’idée générale de Big Society telle qu’elle était portée dans le manifeste du parti conservateur en 2010. La mise en place des police and crime commissioners pouvait potentiellement se traduire par un renforcement de la logique de privatisation, ce d’autant plus que ces derniers peuvent donc faire des arbitrages budgétaires entre polices publiques et sécurité privée. Pour autant, ce n’est pas la logique qui a été dominante : le renforcement des mécanismes d’accountability locale a été dans ce cas spécifique contraire à la logique d’implication accrue du secteur privé. Dans la santé, deux contradictions fortes sont à l’œuvre. La première réside dans l’accent mis sur les économies budgétaires attendues de la réforme de 2012 alors même qu’elle repose sur des réorganisations institutionnelles coûteuses (au moins dans un premier temps) qui sont devenues prioritaires par rapport à la recherche de gains d’efficience. La deuxième concerne le constat, renforcé depuis 2012, de la nécessité d’accroître la coordination des soins ce qui peut aller à l’encontre de la concurrence que le Health and Social Care Act voulait renforcer.

Ainsi, les processus réformateurs visant à introduire des logiques marchandes demeurent contraints par un ensemble de normes et symboles politiques définissant le champ des possibles. Le traitement médiatique défavorable à la « privatisation », appuyé sur la popularité des bobbies et nurses, a constitué un cadre favorable aux mobilisations professionnelles et a rendu les acteurs politiques particulièrement sensibles aux risques politiques des réformes. Par ailleurs, les contingences politiques ont pleinement joué leur rôle : scandales (dont la survenue est par nature imprévisible), effets de la crise économique (qui rend plus compliquée l’implication du secteur privé en raison des ressources publiques limitées) ou arrangements politiques internes dans un gouvernement de coalition ont également façonné et remodelé des réformes fortement inscrites dans des processus politiques plus que spécifiquement sectoriels. »

– Hassenteufel, P. & de Maillard, J. (2017). Le recours au marché comme processus politique: Les réformes du gouvernement de coalition britannique (2010-2015) dans la santé et la police. Gouvernement et action publique, vol. 6(4), 101-126.

« Mais qu’est-ce qui distingue alors le libéralisme de Spencer du nouveau libéralisme des néolibéraux ?

Si Spencer et les néolibéraux sont d’accord sur la fin ultime de l’évolution, ils ne sont pas du tout d’accord sur les moyens. Tandis que Spencer croit que la société parvient à s’adapter mécaniquement au nouvel environnement industriel, le premier théoricien du nouveau libéralisme, Walter Lippmann, lui oppose que la révolution industrielle a créé une situation grave et inédite : notre espèce, qui n’a pas les capacités psychiques, cognitives et affectives pour supporter les défis de la mondialisation, n’arrive plus à s’adapter au nouvel environnement qu’elle a elle-même créé. Aussi l’Etat doit-il redéployer toute sa puissance, avec la santé et l’éducation comme secteurs prioritaires.

L’enjeu sera de transformer notre espèce pour la rendre plus adaptable, plus mobile, plus flexible : plus apte à supporter l’accélération des flux imposés par la mondialisation. L’éducation change alors complètement de signification. Les Lumières, en rupture avec une conception traditionnelle insistant sur le respect de l’autorité, avaient donné un nouveau contenu à l’éducation, qu’elles avaient corrélé à l’émancipation, l’autonomie et l’esprit critique. Le nouveau libéralisme remet profondément en cause cet héritage au nom de « l’autonomie », qui signifie en réalité le plus souvent l’adaptabilité face au changement.

[…]

Pourquoi le néolibéralisme s’intéresse-t-il aussi au domaine de la santé ?

Pour le néolibéralisme, on l’a vu, l’Etat doit revenir dans le jeu, par une politique de l’éducation, mais aussi par une politique de santé qui transforme l’espèce humaine pour lui donner plus de compétences. Walter Lippmann dit qu’il faut investir dans la santé et dans un eugénisme intelligent qui améliore ce qu’il appelle « l’équipement » de l’espèce humaine. L’idée est ainsi de contribuer à redistribuer les cartes pour assurer « l’égalité des chances », afin que les meilleurs gagnent.

On est là au cœur de l’utopie néolibérale et de son discours sur la justice et l’égalité des chances, qui explique sa puissance d’attraction. L’idée est que tous les membres de l’espèce humaine sans exception, qu’ils soient pauvres, malades, handicapés ou sans emploi, soient équipés pour pouvoir participer à la grande compétition mondiale avec le maximum de chances. Or, pour que le marché fonctionne et qu’il soit juste, pour que ce soient les meilleurs qui gagnent et non les plus privilégiés, il faut que les règles du jeu de ce marché soient les plus loyales possible.

C’est le discours de la concurrence « libre et non faussée », qui imprègne les textes juridiques de la construction européenne et qui donne une signification complètement nouvelle à « l’égalité des chances ».

La « chance », ici, ne consiste pas à exprimer ses propres potentialités, sa différence ou sa singularité. Elle consiste à entrer dans le jeu réglé de la compétition aussi bien armé que les autres.

Il implique aussi une nouvelle démocratie

Le néolibéralisme implique une prise en main relativement autoritaire des populations. Pour Lippmann, l’idée n’est certes pas d’aller vers une dictature, mais de se servir de la démocratie et de l’élection comme d’un outil pour obtenir le consentement des populations à leur transformation. C’est ce qui explique que nos dirigeants répètent en boucle qu’il faut « maintenir le cap », refusant toute discussion démocratique sur la direction vers laquelle nous devons aller. La fin de l’évolution étant déjà connue, les dirigeants doivent se borner à consulter les experts qui les éclairent sur les modalités de la transformation, modalités que l’on pourra éventuellement négocier à la marge avec les publics.

Lippmann compte notamment sur les experts en sciences humaines et sociales, qui ont un rôle fondamental à jouer pour changer la société, faire évoluer les mentalités ou, pour le dire dans un langage très contemporain, qui ont pour mission de favoriser « l’acceptabilité sociétale des innovations ». Plus généralement, l’idée est que l’Etat fasse la pédagogie des réformes. En rupture complète avec les Lumières, le nouveau libéralisme de Lippmann théorise l’Etat comme le maître et le tuteur d’une population infantilisée, qu’il faut éduquer comme on éduque un enfant.« 

– Stiegler, B. (2019). « On sous-estime l’hégémonie culturelle du néolibéralisme ». Alternatives Économiques, 390(5), 68-71.

« En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, il n’est guère de programme de réforme de l’État et de l’administration qui ne fasse référence au New Public Management (NPM).

Ce « puzzle doctrinal », où s’entrecroisent théories de l’individu comme acteur rationnel ne cherchant qu’à maximiser son intérêt, expertises managériales et « bonnes pratiques » recensées dans le monde par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou la Banque mondiale, connaît bien entendu des déclinaisons singulières en fonction des contextes nationaux. Mais personne n’oublie de mentionner la Grande-Bretagne des années Thatcher, dans laquelle le NPM a certainement trouvé ses hérauts les plus zélés.

Portée par certains hommes politiques comme Keith Joseph, ministre de l’Industrie du premier gouvernement de la « Dame de fer », et une poignée de think tanks comme l’Institute for Economic Affairs et le Centre for Policy Studies—dont nombre de chercheurs investiront diverses cellules ministérielles après la victoire conservatrice de 1979 —, cette « nouvelle gestion publique » y a en effet connu quelques-unes de ses mises en forme les plus abouties. Ses préconisations en termes de développement de la contractualisation et de l’évaluation dans l’État, d’instillation de la concurrence et des outils de la gestion d’entreprise  dans les services publics, de « rationalisation » de la dépense publique, ou encore de survalorisation du pouvoir politique central au détriment d’une fonction publique réduite au rôle de simple exécutante, ont profondément guidé les réformes et expérimentations administratives conduites sous les gouvernements de Margaret Thatcher (1979-1990) et John Major (1990-1997). En témoignent la création du National Audit Office, en charge de s’assurer que toute dépense publique engagée l’est en vertu du sacro-saint rapport coût/efficacité ; le lancement de la « Financial Management Initiative », visant à généraliser les indicateurs de performance dans les services publics ; ou encore le programme « Next Steps », qui organisa la substitution de centaines d’agences relativement autonomes et flexibles à des pans entiers de l’administration, battant ainsi en brèche le pouvoir d’une haute fonction publique accusée d’archaïsme et d’incompétence par les porteurs de flamme du thatchérisme.

Cette remise en cause de la puissance publique et de ses frontières s’est, dans le même temps, accompagnée d’un renforcement du pouvoir central principalement destiné à laminer les corps intermédiaires (les syndicats, essentiellement) et les pouvoirs locaux, bastions des travaillistes.

L’arrivée au pouvoir des dirigeants néotravaillistes n’a, à première vue, pas modifié cette vision de la chose publique, comme en atteste la fétichisation de l’audit, du contrôle de performance et de la sanction des « mauvais élèves » dans la pratique et le discours gouvernementaux après mai 1997.

Anthony Giddens, longtemps considéré comme le « sociologue préféré » de Tony Blair, reconnaissait d’ailleurs, en 2003, que « les “idées de la Troisième Voie” relatives à la réforme de l’État avaient été fortement influencées par le New Public Management ».

La remise au goût du jour, dans la littérature gouvernementale ou dans celle produite par certains des think tanks qui gravitent dans la nébuleuse « modernisatrice », de l’essai Reinventing Governement  n’est donc pas incohérente. Publié en 1992 par deux intellectuels proches de Bill Clinton et Al Gore, cet ouvrage enjoignait la gauche de se convertir à l’idée d’un « État entrepreneurial » encourageant la compétition, fixant des résultats ou résolvant les problèmes en se servant du marché et non de programmes publics d’action. De telles préconisations n’auraient jamais été autant d’actualité qu’en ce début de xxie siècle, à en croire Philip Collins, ancien conseiller de Tony Blair, et le député travailliste Liam Byrne, coauteurs de Reinventing Government Again en 2004.

Certes, sous le pouvoir néotravailliste, l’évaluation, pièce maîtresse du NPM, a endossé des habits plus démocratiques via la multiplication des boards, ces instances permettant d’associer les citoyens au contrôle de la qualité. Elle s’est aussi vu attribuer d’autres critères (sociaux, environnementaux, qualitatifs) que le seul coût du service. La croyance blairiste en la toute-puissance du marché — « Si vous vous opposez au marché, il vous sanctionne » — est par ailleurs loin d’avoir toujours fait l’unanimité au sein même des rangs « modernisateurs ». Elle a été l’objet de nombreux contournements, comme en témoigne le sauvetage étatique en 2002 (pour ne pas dire la renationalisation) d’installations ferroviaires jusqu’alors entre les mains d’une initiative privée plus que défaillante.

Pour autant, les postulats du NPM n’ont pas disparu avec la déroute électorale des conservateurs (tories). Leur diffusion généralisée dans la société britannique du début des années 2000 a, au contraire, contribué un peu plus à leur banalisation. Il n’est pas anodin, par exemple, que les termes « dirigeants » (leaders), « stratèges » (strategists), « entrepreneurs » (contractors), « directeurs commerciaux » (business managers) ou « acheteurs » (purchasers) se soient, dans le discours travailliste le plus courant, substitués à ceux de « serviteurs de l’État » (public servants), « administrateurs » (administrators) et « praticiens » (practitioners) pour désigner les agents publics; des agents publics dont les gouvernements auraient par ailleurs trop longtemps considéré que « le dévouement allait de soi [alors qu’] il est devenu difficile d’appliquer partout cette philosophie  ».

Dans un même ordre d’idées, l’affirmation d’une relation causale entre politiques sociales et comportements individuels, également centrale dans la vision du monde que promeut le NPM, n’a pas été remise en cause et a même régulièrement servi de boussole aux réformes du Welfare entreprises depuis 1997. Plus généralement, les principaux porte-parole de la « gauche de gouvernement », largement inspirés par les enseignements professés dans les business schools, ont paru s’approprier cette philosophie du classement, de la transparence et du contrôle. Une telle démarche a, par exemple, conduit à placer les agents des administrations locales et nationales dans une situation de justification quasi permanente de leurs activités et de leurs résultats. Aussi la multiplication des indices et objectifs de performance et leur application à la moindre décision ont-elles, ironie du sort, nourri un gonflement de l’activité bureaucratique que l’application de la « nouvelle gestion publique » est pourtant censée éradiquer.

Les gouvernements Blair (1997-2001, 2001-2005 et 2005-2007) ont parfois semblé vouloir aller plus loin dans la logique du NPM que leurs prédécesseurs, dépassant ainsi les espoirs de l’OCDE. Au-delà de l’autonomie de gestion promise aux meilleurs hôpitaux ou établissements scolaires, l’importance accordée, dans l’agenda gouvernemental, à la diffusion du choix dans les services publics fournit une illustration particulièrement saisissante de ces orientations.

Prévalent en effet, dans ces réformes, l’éloge de l’empowerment  et un certain nombre de présupposés anthropologiques et sociologiques ayant peu à envier aux soubassements théoriques de cet Homo œconomicus cher aux penseurs cardinaux du NPM.

L’individu contemporain est ainsi, dans les argumentaires en faveur du choix, décrit comme autonome en toutes circonstances, résolument réflexif, soucieux d’être le seul producteur de sa « biographie », capable de se gouverner soi-même et animé par des « motivations » qu’aiguillonneraient des « systèmes d’incitations » .

Concrètement, les citoyens agissant désormais en « consommateurs », pour reprendre le terme du Bureau de la réforme du service public rattaché au Premier ministre, et les fonctionnaires ayant traditionnellement privilégié le « paternalisme » ainsi qu’une offre monolithique de services pour mieux servir leurs intérêts, c’est par une diversification des prestations et des prestataires (publics et privés) que passerait désormais la survie de l’État social. Et Tony Blair d’assener, lors de la présentation des réformes à venir en 2002, que les services publics devaient être recentrés sur les « besoins des patients, des élèves, des passagers et du public en général plutôt que sur ceux qui fournissent les services ».

Mis en œuvre dans les secteurs de la Santé ou de l’Éducation, le choix devrait ainsi permettre, si l’on en croit ses partisans, de responsabiliser des usagers désormais habilités à choisir l’école de leurs enfants ou la structure dans laquelle ils souhaitent être soignés (quand ce n’est pas la nature du traitement qui est également soumise à leur décision) et de susciter l’émulation au sein d’une administration placée en situation de concurrence interne mais également de rivalité avec l’offre privée. Sous couvert d’une amélioration de la qualité du service, c’est surtout, selon toute hypothèse, à une individualisation du rapport État/citoyen et à un transfert croissant de la gestion du risque du premier vers le second que travaille un tel mouvement. »

– Tournadre-Plancq, J. (2010). 6. La naissance du New Public Management en Grande-Bretagne et sa reformulation par les néotravaillistes. Dans : Willy Pelletier éd., L’État démantelé: Enquête sur une révolution silencieuse (pp. 87-91). La Découverte.

« La santé est devenue un marché. Elle est même devenue un supermarché. C’est-à‑dire qu’elle constitue − au sens économique du terme − un champ d’investissements, de spéculations, de profits et pertes, une zone de commerce comme une autre, et même une zone de commerce particulièrement lucrative. L’industrie du médicament totalisait à elle seule, en 2016, un chiffre d’affaires de 1 045 milliards d’euros. Elle en espère 400 milliards de plus d’ici 2021. Et, elle est loin de représenter l’ensemble du secteur, n’intégrant pas tous les dérivés, structures d’hospitalisation et d’hébergement, matériels médicaux toujours plus sophistiqués, aides à la personne de toute nature, etc., et bien sûr, la fameuse silver économie apparue plus récemment comme une cerise sur un gâteau. Mille milliards – de mille sabords, aurait ajouté le capitaine Haddock −, c’est à la mesure d’une autre industrie, celle de l’armement, dont le produit des acquisitions et des entretiens a été estimé, en 2014, à près de 1 800 milliards de dollars pour le monde entier  – hors trafics et autres chalandages traités sous la pénombre des tentures des ambassades, quand ce n’est pas en pleine lumière et en plein ciel sur les fauteuils de cuir des jets de nos gouvernants. Ces chiffres, pour astronomiques qu’ils soient, sont assez proches et montrent à quel point les deux activités principales des hommes, trucider son prochain ou au contraire en prendre soin, sont portées et développées avec une énergie semblable, au moins pour ce qui concerne leurs rapports lucratifs. Mais au fond, y a-t-il tant de différences entre ces deux postures ? N’y a-t-il pas un seul et même gagnant, au bout du compte, occupé à vendanger le résultat sonnant et trébuchant de ces activités qui pourraient nous apparaître, de prime abord, aux antipodes l’une de l’autre ? N’y aurait-il pas dans cette histoire d’argent et de tripes – qu’elles soient ouvertes par le bistouri d’un chirurgien ou par une balle de kalachnikov − un seul maître à la barre, le marché ?

Écoutez la voix unique : there is no alternative ! »

– Gallopin, C. (2018). Le marché de la santé, entre vrais pouvoirs et faux-semblants, d’abord une affaire d’argent. À moins que…. Dans : José Polard éd., La vieillesse, un autre regard pour une autre relation: Vieillir est dans l’air du temps (pp. 95-112). ERES. 

« Même ses détracteurs les plus virulents le reconnaissent : il est ardu de définir le néolibéralisme. De façon générale, ce terme suggère une préférence pour les marchés plutôt que pour l’Etat, pour les incitations économiques plutôt que pour les normes culturelles ou sociales et pour l’entreprise privée plutôt que pour l’action collective. D’Augusto Pinochet à Margaret Thatcher ou Ronald Reagan, des démocrates américains au nouveau Parti travailliste britannique, de l’ouverture économique chinoise à la réforme de l’Etat-providence en Suède, il a servi pour décrire un éventail très large de situations.

Au bout du compte, le mot « néolibéralisme » est un fourre-tout qualifiant tout ce qui touche à la dérégulation, la libéralisation, la privatisation, ou encore l’austérité fiscale. Aujourd’hui souvent conspué, il est assimilé à toutes les idées et pratiques qui ont contribué à l’augmentation de la précarité économique et des inégalités, qui nous ont conduits à la perte de nos valeurs et de nos idéaux politiques et, enfin, qui ont accéléré l’émergence de mouvements populistes. Il semble donc que nous vivions dans l’ère du néolibéralisme. Mais qui sont, finalement, les adeptes et les diffuseurs de ce courant de pensée – les néolibéraux eux-mêmes ? Etrangement, il faut remonter assez loin dans le temps pour trouver quelqu’un qui a explicitement prôné le néolibéralisme.

En 1982, Charles Peters – qui a dirigé pendant de nombreuses années la revue politique Washington Monthly – publiait un « Manifeste néolibéral » qui constitue encore trente-cinq ans plus tard une lecture riche d’enseignements, tant le néolibéralisme qu’il décrit diffère de celui que l’on tourne aujourd’hui en ridicule. A en croire Peters, les dirigeants politiques qui incarnent le mouvement néolibéral ne seraient pas les semblables de Thatcher ou de Reagan, mais davantage des libéraux – au sens américain du terme – déçus par les syndicats et l’Etat central et qui ont abandonné leurs préjugés contre les marchés.

Dans les faits, l’utilisation du terme « néolibéral » a explosé dans les années 1990, lorsqu’il a été associé à deux phénomènes, dont aucun n’avait d’ailleurs été mentionné dans l’article de Peters. Le premier est la dérégulation financière, qui allait atteindre son apogée lors de la crise financière de 2008 et dans la débâcle qui, à ce jour, tourmente encore la zone euro. Le second phénomène est la mondialisation économique, qui s’est accélérée grâce à la libre circulation des capitaux et à un nouveau type, plus ambitieux, d’accords commerciaux. Depuis, la financiarisation et la mondialisation sont devenues les manifestations les plus visibles du néolibéralisme.

Le fait que le néolibéralisme soit un concept insaisissable, changeant, et qu’il ne dispose pas en tant que tel d’un lobby de défenseurs ne veut pas pour autant dire qu’il soit insignifiant ou irréel.

Qui peut, en effet, contester que le monde ait effectué un mouvement décisif vers les marchés depuis les années 1980 ? Ou le fait que les hommes et femmes politiques de centre gauche – les démocrates aux Etats-Unis, les socialistes et les sociaux-démocrates en Europe – ont adopté avec enthousiasme plusieurs des dogmes centraux du thatchérisme ou du reaganisme ?

A savoir la dérégulation, la privatisation, la libéralisation financière ou encore la glorification de l’entreprise privée. Les débats politiques contemporains sont imprégnés des principes basés sur le concept d’homo oeconomicus, cet être humain parfaitement rationnel qui cherche à maximiser son intérêt personnel et qui constitue un élément central de nombreuses théories économiques.

Mais la souplesse du terme « néolibéralisme » signifie également que les critiques qui sont adressées à ce courant économique ratent souvent leur cible. Il n’y a en effet rien de foncièrement nocif dans les marchés, ni dans l’initiative et l’entreprise privées lorsqu’ils sont utilisés de façon appropriée. Les plus importantes réalisations économiques de notre époque sont d’ailleurs issues de l’usage créatif qui en a été fait. En snobant le néolibéralisme, nous risquons de nous priver de quelques-unes de ses idées utiles.

Le vrai problème, c’est que la science économique dominante tombe trop facilement dans l’idéologie, contraignant les choix qui semblent s’offrir à nous et fournissant des solutions « clés en main ». Une juste compréhension des phénomènes économiques qui sous-tendent le néolibéralisme permettrait d’y repérer l’idéologie et de la rejeter lorsqu’elle se fait passer pour de l’économie. Enfin, et c’est le plus important, cela nous aiderait à développer l’imagination institutionnelle dont nous avons désespérément besoin pour refonder le capitalisme au XXIe siècle.

Une expérience de pensée

Le néolibéralisme est généralement perçu comme étant fondé sur des éléments clés de la science économique dominante. Afin de les étudier sans sombrer dans l’idéologie, livrons-nous à une expérience de pensée : un économiste célèbre et très respecté se retrouve pour la première fois dans un pays dont il ne connaît rien. Il est convié à une réunion avec les dirigeants politiques locaux. « Notre nation connaît de sérieux problèmes, lui dit-on alors. L’économie stagne, l’investissement est faible et il n’y a aucune perspective de croissance. » Les dirigeants se tournent alors vers lui, pleins d’espoir : « Indiquez-nous quelle est la marche à suivre pour faire prospérer notre économie. »

L’économiste plaide alors l’ignorance, déclarant que sa méconnaissance de l’économie du pays l’empêche de formuler une quelconque recommandation. Avant de se prononcer, il aurait besoin, explique-t-il, d’étudier l’histoire de l’économie locale, d’analyser les données statistiques et de voyager à travers le pays. Cependant, ses hôtes insistent : « Nous comprenons vos réticences et nous aimerions que vous ayez le temps de faire tout cela. Mais l’économie n’est-elle pas une science et n’êtes-vous pas l’un de ses plus éminents représentants ? Bien que vous ne sachiez que très peu de choses sur notre économie, vous pourriez sûrement partager avec nous des théories économiques générales et des directives pour guider nos politiques économiques et les réformes que nous souhaitons appliquer. »

L’économiste se retrouve donc dans une impasse. D’un côté, il ne veut pas imiter ces gourous de l’économie qui ne font que colporter çà et là leurs conseils politiques favoris. Mais il se sent en même temps pris au dépourvu par cette demande. Existe-t-il des vérités universelles en économie ? Peut-il affirmer quoi que ce soit de valide ou d’utile ? Il commence alors son exposé. L’efficacité avec laquelle les ressources d’une économie sont allouées est un déterminant crucial de la performance économique, explique-t-il. Une telle efficacité nécessite, à son tour, d’aligner les incitations des ménages et des entreprises sur les coûts et les bénéfices sociaux. Les incitations visant les entrepreneurs, les investisseurs et les producteurs sont particulièrement importantes pour la croissance économique. La croissance a en outre besoin d’un système de droits de propriété et d’exécution des contrats qui garantisse aux investisseurs la possibilité de percevoir leurs retours sur investissement. Enfin, l’économie doit être ouverte aux idées et aux innovations venant du reste du monde.

Mais une période d’instabilité macroéconomique peut faire dérailler l’économie, poursuit-il. Un gouvernement doit, par conséquent, mener une politique monétaire saine. Ce qui signifie qu’il lui faut régler la croissance de la masse monétaire sur une inflation raisonnable de la demande de monnaie nominale. Il doit également assurer la viabilité des finances publiques – de sorte que la dette publique ne dépasse pas le revenu national – et mettre en oeuvre une réglementation prudentielle des banques et des autres institutions financières afin d’éviter que le système financier ne prenne des risques excessifs.

L’économiste aborde ensuite un thème qui lui tient à coeur : « L’économie n’est pas qu’une affaire d’efficacité et de croissance« , ajoute-t-il. Les principes économiques englobent aussi l’équité et la politique sociale. La science économique a peu de choses à dire sur le niveau de redistribution qu’une société devrait viser. Toutefois, elle préconise que l’assiette fiscale soit la plus large possible et que les programmes sociaux soient pensés de façon à ne pas inciter les travailleurs à se détourner du marché du travail.

Au moment où l’économiste achève son propos, il devient évident qu’il a exposé un agenda néolibéral. Un auditeur critique, dans l’assemblée, y aura reconnu tous les mots-clés : efficacité, incitations, droits de propriété, politique monétaire saine, prudence budgétaire. Toutefois, les principes universels que l’économiste vient de décrire sont définis assez vaguement. Ils présupposent une économie capitaliste – dans laquelle les décisions d’investissement sont le fait d’agents et d’entreprises privés -, mais ils ne vont pas beaucoup plus loin. En réalité, ils admettent et nécessitent même une surprenante variété d’arrangements institutionnels.

L’économiste vient-il donc d’énoncer un laïus néolibéral ? Nous nous tromperions en le croyant. Notre erreur consisterait en ce cas à associer à chaque terme abstrait – incitations, droits de propriété, politique monétaire saine – une contrepartie institutionnelle particulière. Et c’est là que réside la faille du néolibéralisme : la croyance que des principes économiques fondamentaux définissent un ensemble unique de politiques, proche d’un agenda à la mode de Thatcher ou de Reagan.

[…]

La Chine s’est tournée vers les marchés, mais elle n’a pas copié les pratiques occidentales en matière de droits de propriété. Ses réformes ont produit des mesures d’incitation basées sur les marchés, à travers une série d’arrangements institutionnels inhabituels, mieux adaptés au contexte local. Par exemple, plutôt que de passer directement de la propriété étatique à la propriété privée – ce qui aurait été difficile à cause de la faiblesse des structures juridiques dominantes -, le pays s’est appuyé sur des formes mixtes de propriété, qui assuraient des droits plus efficaces aux entrepreneurs.

Les entreprises rurales, dites « entreprises de bourg et de village » (EBV), qui ont été le fer de lance de la croissance chinoise dans les années 1980, étaient ainsi détenues collectivement et contrôlées par les collectivités territoriales. Même si ces sociétés relevaient de la propriété publique, les entrepreneurs recevaient la protection dont ils avaient besoin pour faire face au risque d’expropriation. Les collectivités territoriales étaient en effet directement intéressées aux profits des entreprises et n’avaient donc aucune raison de tuer ces poules aux oeufs d’or.

La Chine a recouru à toute une série d’innovations de ce type, chacune traduisant les principes économiques fondamentaux de notre économiste en arrangements institutionnels inhabituels. Les réformes ont notamment permis de protéger le secteur public chinois de la compétition mondiale, tout en attirant les entreprises étrangères à travers la création de zones spéciales où elles pouvaient suivre des règles différentes de celles en vigueur dans le reste du pays. Au vu de ces écarts par rapport aux standards orthodoxes, qualifier les réformes chinoises de néolibérales – comme le font certains observateurs – déforme la réalité au lieu de l’éclairer. S’il s’agissait de néolibéralisme, nous devrions alors être plus cléments avec des idées sur lesquelles s’est appuyée la plus spectaculaire réduction de la pauvreté de l’histoire.

Certains pourraient rétorquer que les innovations institutionnelles chinoises sont transitoires. Le pays finira peut-être par converger vers un modèle d’institutions de type occidental pour soutenir sa croissance économique. Mais une telle façon de penser néglige la diversité des arrangements capitalistes qui prévalent encore dans les économies avancées, et ce, malgré une homogénéisation massive de notre discours politique. […] »

– Rodrik, D. (2018). Le néolibéralisme ou l’économie dévoyéeL’Économie politique, 78(2), 81-93. 

« L’Assemblée et les partenariats public-privé

Auriane Guilbaud

La notion de partenariat entre États et acteurs non étatiques, ou partenariat public-privé, apparaît à l’Assemblée générale en janvier 1998 dans le cadre de discussions sur le financement du développement. Il s’agit alors pour les États membres d’« étudier la possibilité de mobiliser de nouvelles ressources financières d’origine tant publique que privée à l’appui des efforts de développement » (A/RES/52/179). Fondamental, cet appel aux ressources privées sert de justification au développement d’une nouvelle forme de gouvernance au sein des Nations unies qui, en moins de deux décennies, devient la norme en matière de coopération internationale. La Déclaration du millénaire de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée en 2000, prévoit ainsi « des partenariats solides avec le secteur privé et les organisations de la société civile » (A/RES/55/2, objectif no8), tandis que le Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté en 2015, cherche à « encourager et promouvoir (…) les partenariats public-privé et les partenariats avec la société civile » (A/RES/70/1, Objectif no 17).

C’est néanmoins en dehors de l’enceinte des Nations unies que Kofi Annan, Secrétaire général de l’ONU, médiatise cette idée lors de deux discours prononcés au Forum économique mondial de Davos, en 1998 et 1999. Il appelle à combiner la légitimité politique du secteur public et l’efficacité du secteur privé pour faire avancer les valeurs promues par les Nations unies en lançant un Pacte mondial (UN Global Compact) entre l’ONU et les entreprises.

Ces dernières s’engagent (volontairement, de manière non contraignante) à appliquer une charte de dix « valeurs fondamentales » relevant du domaine des droits de l’homme, du respect du droit du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption. En échange, elles peuvent utiliser le pacte dans le cadre de leurs stratégies de responsabilité sociale d’entreprise (et notamment utiliser le logo du pacte, différent de celui des Nations unies).

En 1998, Kofi Annan institue également le Fonds des Nations unies pour les partenariats internationaux (FNUPI) afin de gérer les relations avec la Fondation des Nations unies, créée à la suite de la donation du milliardaire philanthrope Ted Turner. Annan exploite pour ce faire toute l’autonomie dont il dispose, l’Assemblée prenant simplement « note » de l’existence du Fonds et demandant à être tenue informée (décision 52/466 du 31 mars 1998) [9].

Le Secrétaire général de l’ONU joue donc le rôle d’un véritable entrepreneur de norme pour promouvoir les partenariats public-privé [10]. Ce travail normatif est ensuite entériné par l’Assemblée dans différentes résolutions. Ainsi, la résolution de mars 2001, « Vers des partenariats mondiaux » (A/RES/55/215), reconnaît l’influence « des idées exposées par le secrétaire général » et le charge de consultations pour « renforcer la coopération entre l’Organisation des Nations unies et tous les partenaires concernés, en particulier le secteur privé ».

C’est également dans un rapport du Secrétaire général de 2003, mentionné par l’Assemblée dans sa résolution A/RES/58/129, qu’une définition du partenariat public-privé est donnée comme des « relations de collaboration voulues entre diverses parties, États et autres acteurs, dans le cadre desquelles tous les participants acceptent de travailler ensemble à la réalisation d’un même but ou de s’engager dans une tâche bien précise en partageant les risques, les responsabilités, les ressources, les compétences et les avantages [11] ».

Des résolutions « Vers des partenariats mondiaux » sont adoptées régulièrement (2001, 2002, 2004, 2006, 2007, 2009, 2011, 2014, 2015). S’appuyant sur le travail du Secrétaire général (notamment sur ses rapports), elles se font plus détaillées et montrent une normalisation des partenariats, particulièrement sensible après l’adoption de la résolution A/RES/60, « Document final du Sommet mondial de 2005 », qui insiste sur la « contribution positive » du secteur privé et de la société civile et sur la nécessité de multiplier les partenariats public-privé. En 2006, un Bureau des Nations unies pour les partenariats est créé. En 2007, l’Assemblée générale reconnaît le Pacte mondial comme faisant partie des Nations unies, normalisant l’initiative de Kofi Annan : par la résolution A/RES/62/211 de 2007, l’Assemblée « reconnaît la spécificité de l’administration, de l’appui, de la structure financière et de la place occupée par le Pacte mondial dans le système des Nations unies ».

L’Assemblée légitime ainsi des expériences menées en dehors du système onusien, que ce soit à l’initiative d’individus entrepreneurs, de coopérations bilatérales ou d’autres organisations internationales. Elle contribue à donner un cadre général, qui participe à la diffusion du modèle du partenariat public-privé à l’échelle internationale. Mais cette nouvelle forme de coopération internationale soulève des inquiétudes quant à la perte d’influence de l’ONU. Cela se perçoit dans les résolutions les plus récentes, intitulées « Vers des partenariats mondiaux », qui réaffirment la centralité des Nations unies (de ses organisations, de ses normes, de ses valeurs) dans les partenariats (voir par exemple la résolution A/RES/70/224 du 22 décembre 2015). »

– Guilbaud, A. & Louis, M. (2020). Chapitre 11. L’Assemblée et la gouvernance économique et sociale: Une marginalisation inéluctable ?. Dans : Guillaume Devin éd., L’Assemblée générale des Nations unies: Là où le monde se parle depuis 75 ans (pp. 241-261). Presses de Sciences Po.

« Pour une nouvelle approche : passer du soin à la santé

Alors que la France a réussi à construire un système de soins qui a fait référence à la fin du XXe siècle dans le monde, nous n’avons pas construit un véritable système de santé, basé sur une approche holistique de la santé et sur une gestion du risque santé tout au long de la vie des individus. Les deux dernières décennies ont été perdues à rafistoler un système dont les grandes composantes ont été pensées dans un monde révolu.

Notre ambition est de construire le meilleur système de santé dans le nouveau monde. Pour cela, nous devons mettre en place une nouvelle stratégie de santé, répondant aux nouveaux enjeux. En 1945, l’objectif premier était l’accès aux soins pour tous, et cet objectif a été globalement atteint à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, l’objectif prioritaire de tout pays développé doit être « un accès à la santé pour tous », en s’appuyant sur deux axes : « le maintien en bonne santé de la population » et « les meilleurs soins aux meilleurs coûts pour tous ». Cette nouvelle frontière implique de réaliser une réforme systémique, en repensant l’organisation de l’offre de santé, le système de financement, les modes de paiement des offreurs de soins, la gouvernance et en mettant en place une véritable politique de maintien en bonne santé. C’est l’objet de notre programme de réformes.

Ce dernier s’inscrit dans le respect des valeurs fondamentales historiques – la liberté, l’égalité et la solidarité – de notre système de santé et des principes définis au chapitre. Nous considérons que la liberté de choix par les patients de leur professionnel de santé et de leur établissement, l’indépendance professionnelle des soignants, l’égalité de prise en charge de tous les citoyens (ce qui passe par un accès pour tous à l’innovation et à la prévention) sur tout le territoire quel que soit leur niveau de ressource, et la solidarité du financement sont des principes cardinaux à renforcer dans le nouveau système de santé. De même, nous partons du principe que l’ensemble des acteurs de santé existants – du secteur public comme du secteur privé – doivent être conservés, même si chacun sera amené à se restructurer, à se réinventer.

Repenser une organisation des soins Centrée sur les patients »

– Bizard, F. (2017). 4. Construire le système de santé du XXIe siècle. Dans : , F. Bizard, Protection sociale: Pour un nouveau modèle (pp. 145-214). Dunod.

The conviction and conscience of Achille Mbembe
A German conservative politician has accused the historian and social scientist of antisemitism and demanded that an invitation for him to speak at a cultural festival in Germany be withdrawn.

This is an edited excerpt of an interview with Achille Mbembe conducted by culture journalist René Aguigah for Deutschlandradio Kultur.
René Aguigah: How would you describe your relationship with the Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement?
Achille Mbembe: I bet those who accuse me are not even capable of pronouncing my name correctly and do not care anyway. Therefore this is not about me and I do not take any of this personally, in spite of the hate messages and racist insults I am now being exposed to.
Let me say this once and for all. It would never occur to me to contest Israel’s right to exist. This is something I believe in. Equally, I firmly believe in Palestinian equality and freedom. The truth is that although I am committed to Palestinian equality and freedom, I have no relationship whatsoever with BDS. I am a member of no political organisation whatsoever. I must firmly insist that this is my right and nobody will take it away from me.
As strange as it might sound, my core political beliefs come from a very deep conviction. I consider that there are certain things human beings cannot do to other human beings. It is on this basis that I oppose antisemitism, all forms of racism and discrimination, as well as colonialism and other historical forms of dehumanisation.
The idea that I might harbour hatred and prejudice against any other human being, or any constituted state as such, is totally repugnant. The toxic spirit of our times is such that, if they were still alive today, Edward Said, Samir Amin, Stuart Hall and countless others could have easily been the recipients of the same frivolous and yet vicious propaganda I am being subjected to. The list is long of those who are frivolously accused of antisemitism and racism throughout the world. Unfortunately, as things go, many more will go through this ordeal. This is what must stop.
I fully understand why Germany cannot and should not tolerate antisemitism. Indeed, this should be the case everywhere else in the world. This global fight will succeed if, at its core, are the highest ethical and universal principles. I think the time is fast coming when we will have to ask why does Germany appear to have become a laboratory for a powerful offensive against certain traditions of critical thought and progressive politics? Why is this offensive taking as its prime targets the minority voices in Europe and voices of the formerly colonised worlds? Who gains the most if indeed these voices are reduced to silence?
The struggle against antisemitism should never be used as an alibi or a cover for a new brand of racism. If and where it happens, this is what should courageously be called out by every person of goodwill. Once again, the global struggle against antisemitism, the resurgence of neo-Nazism and other forms of racism worldwide requires the utmost vigilance. I am afraid it will be fatally compromised if the unspeakable crime of the annihilation of the Jews at the heart of Europe is misused either for racist ends or to suppress the fragile voices which, throughout our world, are still striving for justice.
As far as I am concerned, I should reiterate my refusal to collaborate with institutions or individuals involved in human rights violations in the Israeli-occupied territories. This non-collaborative stance has nothing to do with antisemitism, unless the term is hollowed out of any moral meaning. Nor has it anything to do with the contestation of Israel’s right to exist.
Furthermore, a proper critique of colonialism and racism has nothing to do with the relativisation of the crime of the Holocaust. In fact, such a critique is a key element in the fight against antisemitism. Such a critique is also absolutely necessary for those who genuinely seek to understand how our modern world came to be, what it is today and how, together, we can repair it. This is, in any case, what my work has been about, as well as the kind of theoretical perspectives I identify myself with.
That voices and approaches such as these can come under frivolous and vicious attacks in Germany is the real question we must urgently address. What does this tell us about the inner state of this country? The question we need to ask is whether in the first half of the 21st century, Germany will be able to uphold three key principles of any liberal state: the freedom of conscience, the freedom of expression and academic freedom. None of these freedoms should be a casualty in the global struggle against antisemitism, neo-Nazism and racism. Ultimately, these principles are some of the most powerful weapons at our disposal if we are serious about repairing the world and opening it up to all who inhabit it.
Aguigah: Has there been support for a petition [calling for an academic boycott of Israel] signed 10 years ago?
Mbembe: This petition was not drafted by BDS, but by a wide group of respected South African scholars mindful of their own history of racial oppression and struggle, but also committed to the project of truth, forgiveness and reconciliation. This is indeed the ethical and moral framework from within which South Africa as a country engages with the rest of the world.
As far as I am concerned, to endorse a petition or not is entirely a matter of private conscience and belief. In South Africa, where I live, as well as in many parts of the world, endorsing a petition – any petition – was not a crime 10 years ago. Thank God, nor is it a crime today, so long as the petition does not call for violence or the overthrow of a foreign government and is not a platform for the propagation of hatred and prejudice. The right to petition the authorities, or to interpellate them, is a powerful form of peaceful free expression and a manifestation of the freedom of conscience. That all liberal societies should strive to safeguard this right is something we should all be fighting for. In South Africa, the right to protest peacefully is guaranteed by the Constitution. We are one of the protest capitals of the world, and almost each protest always ends with a memorandum or a petition that the authorities are requested to receive and respond to.
Aguigah: How would you describe the significance of the Holocaust in your life?
Mbembe: Facing the Holocaust, my attitude has always been one of silence, meditation and prayer. I came to this attitude as a result of my reading Emmanuel Levinas, Herman Cohen and, more importantly, Franz Rosenzweig’s Star of Redemption. It is in the depth of African and other forms of spirituality that I have been able to summon the courage to face the night that befell the world in places such as Auschwitz. Later, I also read WEB du Bois’ reflections after his trip to the Warsaw ghetto.
I also drew a lot from one of our greatest poets, Leopold Sedar Senghor. In his collection of poems Hosties noires, published in 1948, Senghor meditates on his personal experience during the shameful period of the World War II occupation of France. He himself spent 19 months in a Nazi internment camp for French colonial prisoners of war. This was at Frontstalag 230, also known as Camp de la Chauvinerie. This is where they kept some of the black African prisoners known as tirailleurs [riflemen], who came to the rescue of Europe at a time of darkness. It is a poetry which conveys an imperative sense of hope. Taken together, these are the texts that have helped me forge a personal attitude vis-à-vis the Holocaust.
Aguigah: Differently put: When they say Holocaust Relativieren [you are relativising the Holocaust], what do you reply?
Mbembe: Repugnant. Seldom in my life have I felt so violated. They did not see me. They have not read my work. They hardly care about voices such as mine, nor about where we come from and where we are going. They saw a “Negro”. They did not see a human being able to think by himself and to act according to his own moral conscience. So they quickly invented a mask. Now they are trying to make the world believe that, in truth, I am but a Negro, an antisemite of a Negro! Seldom have I felt so violated and so disrespected in my entire life.
Aguigah: What is the meaning of singularity? What’s the meaning of comparative studies in this context?
Mbembe: I know of no sane human being who does not recognise that the project of annihilation of the Jews that was put to work in Germany represents something so unique and so astounding that it compromised not only the Germans, but humanity as a whole. This is what I was taught while growing up in the country [Cameroon] I was born into, which by the way was itself a former German colony where successive colonial governors, including Governor Jesko von Puttkamer, were responsible for a few atrocities.
Let me reiterate that “comparative studies of colonialism” is a vibrant subfield of modern history. So far in world academia, it hasn’t come to any reasonable mind to abolish it. As far as I know, it is different from Holocaust studies. As I said earlier, to study colonialism and its aftermath has nothing to do with denying or relativising the Holocaust. It is plain wrong, or simply ignorant, to make such an allegation.
Aguigah: Do you see a connection between criticism against the Israeli government on the one hand and accusations of antisemitism on the other?
The sharpest critics of the Israeli government are Israelis themselves. If every critique of Israel was tantamount to an expression of antisemitism, then almost a third of the Israeli citizens, although Jews, would be antisemitic. Not every criticism of Israel is antisemitic.
Aguigah: Which of your works should your critics read?
Mbembe: Those who care should read all the work. Because of its fundamentally humanist inspiration and at times deeply spiritual and poetic tone, it will hopefully help them grow in wisdom and generosity. They will not find one single trace of hate or prejudice in my work. Rather, in it they will hear a voice which is open to the world and all who inhabit it, which is sensitive to human suffering and misery, and which assiduously testifies on behalf of the forces of life, hope and reconciliation. This, should I add, is the gift the South African experience has given me. Trying to share it with the world at large and in my own words cannot, in any reasonable account, be conflated with antisemitism.
Short bibliography
La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun (Paris, Karthala, 1996)
On the Postcolony (University of California Press, 2001)
Critique of Black Reason (Duke University Press, 2016)
Necropolitics (Duke University Press, 2019)
Brutalisme (La Decouverte, 2020)
Out of the Dark Night: Essays on Decolonization (Columbia University Press, forthcoming, 2020)
Il est l’un des intellectuels les plus importants du continent africain. Depuis le début de la pandémie de coronavirus, l’économiste et écrivain Felwine Sarr met son expertise au service du plan de résilience économique et sociale mis en place par le gouvernement sénégalais. Dans un entretien accordé depuis Dakar à TV5MONDE, l’auteur de l’essai Afrotopia (2016) et co-auteur du rapport sur la restitution des œuvres du patrimoine culturel africain (2018), livre une analyse sans concession de la crise en cours. Felwine Sarr : Dans l’ensemble, les gestes barrières sont respectés. Dans la rue, une large proportion de la population porte un masque. Dans les transports en commun, les pratiques évoluent aussi. Par contre, dans les lieux publics qui n’ont pas été fermés comme certains marchés, gargotes ou petits salons de thé, il y a une difficulté à respecter la distanciation sociale. Dans les supermarchés, malgré les marquages au sol, certaines personnes trouvent le moyen de ne pas s’y conformer. Il y a vraiment un travail à faire pour que les individus mettent de la distance entre les corps. Ce n’est pas facile, car la proximité est culturelle.
L’Afrique reste le continent le moins touché en nombre de morts et de cas de Covid-19. Pourtant, les prédictions des instances internationales sont alarmistes…
Cela montre la persistance de l’afro-pessimisme. Nous sommes à un peu plus de 200 000 morts du coronavirus dans le monde. L’Afrique en déplore entre 935 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et 1 598 selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine (ce 30 avril, ndlr). Donc, nous sommes loin derrière.

Il est d’ailleurs intéressant de comparer le Sénégal aux États-Unis, deux pays ayant connu leur premier cas à peu près au même moment. La différence de propagation du virus et de réponse politique est frappante. Nous avons agi rapidement, quand les Américains ont tergiversé.
L’Europe, elle, a vu la crise arriver d’Asie sans se préparer à l’affronter, exception faite des pays du nord, de l’Allemagne ou du Portugal.

Les représentations négatives sur l’Afrique sont si ancrées qu’on ne prend même plus la peine de regarder la réalité. Et quand la réalité présente va à l’encontre des représentations, on les déplace alors dans le temps futur. Même si le continent s’en sort plutôt bien, il faut donc prédire une catastrophe. Tout, sauf admettre que l’Afrique s’en sort face au Covid-19.
Actuellement, le nouveau narratif est d’affirmer qu’il n’y aura peut-être pas de catastrophe mais que nous allons mourir de faim à cause de la crise économique. Toujours la même image misérabiliste.
Quand le monde nous prédisait le pire, nous étions au travail…
Felwine Sarr, économiste et écrivain
Il y a selon vous, une difficulté à reconnaître que des pays africains puissent mieux gérer que les puissances mondiales ?
Oui, c’est un racisme structurel qui s’ignore. Il y a quelque chose de rassurant à avoir toujours le sentiment qu’on est mieux organisé, mieux préparé que les autres. Les Européens s’inquiètent pour nous, alors qu’ici, nous nous inquiétons pour eux. Quand l’OMS appelle “l’Afrique à se réveiller”, alors que c’est l’hécatombe partout ailleurs, c’est peut-être eux (Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS le 18 mars, ndlr), qui devraient se réveiller ! Car nous ne dormons pas, bien au contraire. Fondamentalement, la meilleure réponse que peut donner l’Afrique c’est de relever ses propres défis sans passer son temps à répondre à ceux qui ne veulent pas voir les évidences.
Vous êtes signataire d’une tribune publiée dans le magazine Jeune Afrique, dans laquelle la crise sanitaire en cours est décrite comme “une opportunité historique pour les Africains, de mobiliser leurs intelligences […], de rassembler leurs ressources endogènes, traditionnelles, diasporiques, scientifiques, nouvelles, digitales, leur créativité…”. Est-ce un vœu pieux ou une réalité concrète ?
L’Afrique est vaste, donc je vais me contenter de parler du Sénégal. Dès le début de la crise, les universitaires ont créé des groupes de travail par champs de compétence. Nous en avons monté un en économie afin d’anticiper l’impact au niveau des transports, du tourisme, du commerce, de la culture et du secteur informel très exposé en ce moment. Nous avons réfléchi à des mesures que l’État pourrait prendre pour garantir aux individus des revenus plus durables et stables. Nous avons rencontré le ministre de l’Economie pour lui proposer notre aide.
Désormais nous travaillons sur le plan de résilience économique et sociale lancé par le président de la République Macky Sall le 3 avril. Cette synergie s’est aussi produite dans le domaine du droit, de la gestion, de la science et de la médecine. C’est une excellente démonstration de l’impact que la société civile peut avoir. Quand le monde nous prédisait le pire, nous étions au travail afin d’apporter une réponse adaptée aux spécificités de nos sociétés.
La crise a t-elle modifié le regard des Africains sur l’Occident ?
Beaucoup ont compris que l’Eldorado européen n’existe pas. Des Sénégalais immigrés en Italie sont rentrés au plus fort de la crise. Ces sans-papiers ont pris le risque, sans garantie de pouvoir repartir. Ils ont considéré qu’il valait mieux pour eux d’être ici. En tant que membres de la classe sociale la moins favorisée, ils font partie des plus vulnérables. Bien évidemment, ces sociétés ont leurs forces et leurs avancées. Mais aujourd’hui, leurs limites sont apparues au grand jour.
L’Afrique n’est pas surendettée. C’est faux.
Felwine Sarr, économiste et écrivain
Pour un grand nombre de pays, la question de la dépendance à la Chine se pose. Est-ce le cas en Afrique, dont la Chine est le premier partenaire commercial ?
La Chine est un important partenaire commercial mais nous n’en sommes pas dépendants. Nous n’avons pas délocalisé en masse, donc la question de la relocalisation ne se pose pas. Dans le milieu des économistes, le débat tourne plutôt autour de la réorientation de nos économies. Comment les restructurer ? Les rendre moins dépendantes des matières premières ? Comment créer sur place des industries nous permettant d’atteindre l’auto-suffisance alimentaire ?
Du point de vue stratégique, le secteur de la santé doit absolument être indépendant. Car quand il n’y a plus de commerce international, les pays ferment leurs frontières et gèrent leurs stocks. Là dessus, un travail doit être fait après la crise.
Le G20 s’est mis d’accord pour suspendre pendant un an la dette de 76 pays à bas revenus dont 40 pays africains. Qu’en pensez-vous ?
Je l’apprécie diversement. Quand on regarde les choses du point de vue des revenus monétaires, on se dit que cela peut permettre une bouffée d’oxygène. Il y avait à peu près 44 milliards de dollars à rembourser cette année et les pays concernés pourront les réinjecter dans les fonds de lutte contre le Covid-19.
Mais du point de vue structurel, l’Afrique n’est pas surendettée. C’est faux. Le continent à un ratio dette sur PIB de 60%, ce qui est soutenable. Dans les 15 pays les plus endettés au monde on trouve des grandes puissances économiques comme le Japon (en 1ère position avec un endettement à hauteur de 238 % de son PIB), les Etats-Unis (105%) ou la France (100,4%)…
En volume, la dette africaine représente environ 500 milliards de dollars, soit 0,2 % de la dette globale. Le problème c’est que “la dette africaine” est devenue un totem. Une notion que l’on n’interroge pas et qui va de soi.
Là encore, le discours ne correspond pas à la réalité. Après l’Initiative pays pauvres très endettés (PPTE), à la fin des années 90 et l’Initiative multilatérale d’annulation de la dette en 2005, les pays africains ont retrouvé des ratios dette sur PIB très bas (à cette époque le Sénégal était à 20% seulement). Mais ils se sont réendettés rapidement : durant les 10 dernières années les ratios ont doublé, voire triplé, sans pour autant excéder les limites de la soutenabilité. Depuis, dans l’imaginaire collectif, l’Afrique croule sous la dette, ce qui n’est pas le cas.
Nous ne devrions pas tendre la main.
Felwine Sarr, économiste et écrivain
Comment expliquer que ce mythe perdure ?
C’est une bonne question… Pourtant, il suffit d’une recherche Google sur les ratios pour vérifier. La dette est un de mes secteurs de recherche et jai co-rédigé plusieurs articles scientifiques à ce sujet. Pour comprendre, il faut regarder au bon endroit. Nos pays ont une difficulté à mobiliser des ressources fiscales conséquentes et des investissements adéquats. Quand vous vous endettez, c’est pour rendre votre économie plus productive en générant des ressources qui permettront ensuite de rembourser.
Économiquement, la dette n’est pas un problème si elle est sous contrôle, c’est-à-dire bien investie. Malheureusement, certains Etats africains profitent de cette crise pour jouer sur ce que je nomme la politique de la compassion et demander l’annulation de leur dette. Hors, nous ne devrions pas tendre la main. Il faut changer de discours. Assumons nos dettes, payons-les, gérons -es comme il faut et arrêtons de venir quémander une annulation tous les vingt ans.
Quelle est la leçon principale à tirer de cette crise en cours ?
Nous habitons le même monde et partageons un destin commun. Cette crise est celle de l’anthropocène*. Nous savons qu’elle résulte de nos modes de vie, de la dévastation de la biodiversité et de la réduction de l’habitat naturel d’espèces non humaines. Nul ne sera épargné des effets d’une crise climatique d’ampleur. La pandémie nous montre la nécessité radicale de changer notre rapport à l’écologie, la surconsommation et les excès économiques et industriels.
D’ailleurs, depuis l’arrêt de cette course folle, les villes respirent mieux et certains animaux y réapparaissent. Au niveau social, la crise a révélé de manière éclatante les fractures sociales. Mais il ne faut pas être idéaliste. Chez certains, la tentation de reprendre de plus belle sera là. Rattraper le temps perdu, des points de croissance, maintenir un système… Si un désir de changement est bien présent, il faudra qu’il s’exprime de manière concrète, par l’action sociale et la force collective.
*signifie littéralement « l’âge de l’Homme ». Ère géologique actuelle se caractérisant par des signes visibles de l’influence de l’être humain sur son environnement, en particulier sur le climat et la biosphère.

« La rapide propagation de ces outils d’intervention suggère l’importance prise par ce que nous avons appelé, dans un précédent ouvrage, le « gouvernement des conduites individuelles » comme nouveau paradigme de l’action publique (Dubuisson-Quellier, 2016). Nous y soulignions que, singulièrement dans les domaines de la santé, de l’environnement et de la finance, ces formes d’intervention se substituent de manière croissante à la loi ou à la discipline. Elles reposent sur ce que Michel Foucault nommait des « dispositifs de sécurité » : il s’agit de s’appuyer sur les mécanismes marchands plutôt que sur la contrainte pour réguler les marchés.

Michel Foucault montre que cette intervention de l’État, qu’il nomme gouvernementalité, se fonde largement sur les théories de l’économie libérale qui se développent à partir du xviiie siècle et sur les hypothèses spécifiques que celle-ci forme à propos de l’action humaine (Foucault, 2004). Ce faisant, Foucault invite à interroger ces savoirs qui sous-tendent aujourd’hui l’intervention par les comportements, à la fois pour comprendre quels nouveaux paradigmes ils établissent sur l’homme, et pour éclairer leur fulgurant succès politique et académique. Quel est ce gouvernement des conduites que promeuvent les approches comportementales ? Pourquoi de tels savoirs semblent-ils aujourd’hui se diffuser de manière relativement consensuelle dans l’action publique ? Quelles sont les conséquences de l’adoption d’une approche exclusive de l’action humaine par le comportement pour fonder l’intervention publique ? À quoi la décision publique cède-t-elle lorsqu’elle laisse de côté d’autres savoirs, non comportementaux, qui montrent ce que l’action doit aux cadres sociaux et collectifs dans lesquels elle s’établit ?

Pour répondre à ces questions, nous avons suivi trois directions. Nous avons d’abord entrepris de dresser une généalogie des savoirs fondant ces approches comportementales et de la façon dont ils se transfèrent du champ de la recherche académique vers celui de l’action politique, en centrant plus précisément notre analyse sur l’essor de l’économie comportementale.

Nous avons ensuite cherché à établir un diagnostic, en France et à l’étranger, de la diffusion dans le champ politique des approches comportementales, à partir des trois domaines principaux que sont la santé publique, l’environnement et l’éducation financière

Enfin, nous avons voulu pointer les risques d’une approche comportementale qui se voudrait hégémonique pour guider l’action publique et montrer ce que le « coup de coude » du nudge a, au mieux de vain, au pire de coûteux pour nos sociétés. »

– Bergeron, H., Castel, P., Dubuisson-Quellier, S., Lazarus, J., Nouguez, É. & Pilmis, O. (2018). Introduction. Dans : , H. Bergeron, P. Castel, S. Dubuisson-Quellier, J. Lazarus, É. Nouguez & O. Pilmis (Dir), Le biais comportementaliste (pp. 5-9). Presses de Sciences Po.

« Une rationalité systématiquement biaisée

Comme nous l’avons vu plus haut, l’économie comportementale, bien que critique de la théorie économique standard, ne renonce pas à l’hypothèse de rationalité des acteurs ; elle en fait même un horizon normatif vers lequel tendre. Les individus poursuivent leur intérêt et entendent maximiser leur bien-être et, pour cela, ils prennent des décisions et font des choix. Mais la rationalité humaine étant par nature faillible, il s’agit pour l’économie comportementale de corriger ou d’exploiter ces failles pour faire converger les actions individuelles vers la situation optimale à laquelle parviendrait un homo œconomicus parfaitement rationnel. Une telle approche de la rationalité peut faire l’objet de plusieurs critiques. La première critique, abordée dans le chapitre 1, consiste à considérer, à la suite d’Herbert A. Simon, que la rationalité limitée ne conduit pas les individus à tenter de maximiser leur bien-être à travers un calcul mais à chercher une solution satisfaisante à travers une opération de jugement (ce que Simon nommait le « satisficing »).

Une deuxième critique, d’ordre sociologique, consiste à considérer que l’opposition entre rationalité et irrationalité (ou entre calcul et intuition, ou entre système 1 et système 2) est conditionnée à une définition normative et monolithique de la rationalité. Prenons l’exemple de la cigarette. On peut interpréter le fait que les gens fument des cigarettes sous plusieurs angles : 1) C’est un problème d’information, ils ne savent pas que cela nuit à leur santé ; 2) C’est un biais d’escompte, ils savent que cela nuit à leur santé mais ont du mal à valoriser le futur de la même façon que le présent ; 3) c’est un problème d’objectif à atteindre, ils savent que la cigarette nuit à leur santé mais également qu’elle favorise leur intégration (dans un groupe de fumeurs par exemple). Selon l’option choisie, les économistes comportementaux jugeront cette action soit comme rationnelle, soit comme irrationnelle. Tel n’est pas le cas de nombreux sociologues, qui ont un entendement élargi de la notion de rationalité et qui ne l’identifient pas au seul rapport instrumental d’adéquation entre fins et moyens : si l’approche d’économie comportementale tend à définir tout écart à la rationalité de l’homo œconomicus comme un biais, certaines perspectives sociologiques ou anthropologiques vont chercher à comprendre le sens visé de l’action (cf. Max Weber), c’est-à-dire à reconstruire les « bonnes raisons » (cf. Raymond Boudon, Michel Crozier et Erhard Friedberg) qu’ont les acteurs de faire ce qu’ils font et de penser ce qu’ils pensent, eu égard à la situation sociale dans laquelle ils se trouvent. Ils ne concluent pas que toute action non objectivement rationnelle est ipso facto irrationnelle (Boudon, 1998).

Une autre critique a trait à l’hypothèse, problématique, d’universalité des biais. Les biais cognitifs paraissent, en effet, s’imposer, dans les sciences comportementales, comme des invariants anthropologiques, possédés par tous les êtres humains sans considération d’âge, de genre, de milieu social ou culturel. »

– Bergeron, H., Castel, P., Dubuisson-Quellier, S., Lazarus, J., Nouguez, É. & Pilmis, O. (2018). III. Tout est-il affaire de comportement ?. Dans : , H. Bergeron, P. Castel, S. Dubuisson-Quellier, J. Lazarus, É. Nouguez & O. Pilmis (Dir), Le biais comportementaliste (pp. 77-104). Paris: Presses de Sciences Po.

Sur les contreforts du massif du Vercors, dans la ville de Die, les autorités répriment au nom de l’écologie. Ce vendredi 24 avril 2020, sur la demande du maire, Gilbert Trémolet, la police municipale est venue frapper à la porte d’un appartement situé place de la République, aux fenêtres duquel avaient été déployées des banderoles, pour exiger leur retrait. Selon le journal local Ricochet, « ces banderoles n’étaient ni diffamatoires, ni haineuses, ni discriminatoires ». Pourtant les policiers ont menacé d’infliger une amende de 135 euros par jour si les banderoles n’étaient pas retirées. Ils se sont appuyés sur le Code de l’environnement et les dispositions particulières dont fait l’objet le parc naturel régional du Vercors. Comme le rappelle le journal : « Ce souci soudain de l’environnement est étonnant. Il n’a pas prévalu lorsqu’il s’est agi d’autoriser la construction ou l’extension des grandes surfaces qui jalonnent l’entrée de Die. » Les policiers n’ont jamais empêché l’affichage de banderoles qui annoncent la tenue du rallye automobile de Monte Carlo, à l’orée de la ville, ou celles, installées par Intermarché contre la vie chère. « Que la protection de l’environnement soit mise en avant pour entraver et réprimer la liberté d’expression est proprement scandaleux, concluent les auteurs de l’article. La vitalité de la démocratie a besoin de l’expression de la diversité de nos opinions, et ce d’autant plus en ce moment. »
La justice de M. Macron réinvente le délit d’offense au chef de l’État

L’exemple de Die n’est pas isolé. Partout en France, des militants et des militantes ont été sommés par la police de retirer leurs banderoles accrochées aux fenêtres ou aux balcons. À Toulouse, une jeune femme a été placée en garde à vue pour une banderole « Macronavirus, à quand la fin ? », sur sa maison. Tous ses colocataires ont aussi été auditionnés. Une enquête a été ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique et confiée à la direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Cette procédure est d’autant plus absurde que l’offense au chef de l’État est un délit aboli depuis 2013. Les présidents de la République Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac ne l’avaient jamais invoquée. M. Macron, si, donc.
Des intimidations similaires se sont reproduites à Paris et à Rennes. À Caen, un étudiant de 23 ans a reçu la visite de la police à domicile pour une banderole « Il y en a de l’argent magique, du fric pour le service public. » À Marseille, des policiers ont forcé la porte d’un squat pour fouiller les lieux et ont convoqué au commissariat plusieurs des habitants.
La ligue des droits de l’Homme dénonce « une police politique ». Par solidarité, à Toulouse et ailleurs, les banderoles « Macronavirus » se multiplient. Une vidéo mise en ligne par la CGT du centre hospitalier universitaire de Purpan, à Toulouse, montre aussi les photos de 500 personnes qui posent avec le même message.

« DES LECTURES POUR CHANGER DE CAP

Pour nous aider à visualiser le cap que nous devons prendre, plusieurs dossiers s’offrent à nous, outre le plus récent « Comment être justes en sauvant la planète ? » (no 807, avril 2020) qui tombe à point :

« Pour une démondialisation heureuse » (no 793, décembre 2017), notamment l’article d’Aurélien Bernier « Ce que démondialiser veut vraiment dire » et un échange entre les sociologues Simon-Pierre Savard-Tremblay et Éric Pineault, « Le Québec face à la mondialisation : contraintes, résistances et voies de sortie » ;

« Cap sur la décroissance » (no 765, juin 2013), entre autres « Rompre avec la croissance, remettre le monde à l’endroit » de Louis Marion, « En finir avec l’homo œconomicus » d’Yves-Marie Abraham, et « Les dangers d’une décroissance sauvage » d’Andrea Levy ;

« Les racines d’un Québec vert » (no 749, juin 2011), en particulier « L’urgence d’un changement de société » de Serge Mongeau et « Habiter le pays » de François L’Italien ;

« Des voies pour réinventer l’économie » (no 741, juin 2010), dans lequel on pourra lire avec intérêt « Vers un post-capitalisme » d’Éric Pineault, « La réappropriation politique du territoire » de Geneviève Azam et « Retrouver le temps » de Michel Lalonde. »

Relations (revue)

« « J’ai connu la tentation du cliché », avoue le philosophe Alain Badiou en entrevue. Nous voilà rassurés : même les plus grands risquent de tomber dans les poncifs ou, comme l’expliquait Platon, dans une vision cynique et pauvre du monde. Ce livre pose le problème de l’obscurantisme lié à l’absence d’accès aux connaissances. Le lecteur est donc convié à une aventure de vérification. Des spécialistes internationaux de plusieurs domaines (santé publique, anthropologie, sociologie, histoire, économie) déconstruisent ici quelques idées reçues autour de thèmes très variés : sida, santé maternelle, reproductive et sexuelle, accès aux soins, offre de soins, environnement, nutrition… Le pari consiste à mettre en lumière l’importance d’une argumentation critique nuancée en examinant des idées largement véhiculées, c’est-à-dire celles qui ont cours dans le grand public. Par sa dimension éclectique, cet ouvrage est aussi divertissant qu’instructif pour lutter contre les clichés néfastes au progrès des Nations. »

Des idées reçues en santé mondiale

30 idées reçues en santé mondiale (Sous la direction de Valéry Ridde et Fatoumata Ouattara) [Ridde, V. & Ouattara, F. (2015). 30 idées reçues en santé mondiale. Presses de l’EHESP.] :

– Ridde, V. & Queuille, L. (2015). 1. Les soins gratuits déresponsabilisent la population et sont de mauvaise qualité. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 9-14). Presses de l’EHESP.

– Batifoulier, P. (2015). 5. On responsabilise le malade en lui demandant de régler ses soins. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 31-34). Presses de l’EHESP.

– De Allegri, M. (2015). 15. Les mutuelles de santé offrent une protection sociale efficace pour les plus démunis. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 75-80). Presses de l’EHESP.

– Breton, É. (2015). 19. La réduction des inégalités sociales de santé passe par des actions en faveur des plus vulnérables. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 97-102). Presses de l’EHESP.

– Musso, S. (2015). 20. Les migrants sont par nature vulnérables. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 103-108). Presses de l’EHESP.

– Jaffré, Y. (2015). 29. Les objectifs, les séminaires et les recommandations améliorent la santé des populations. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 147-152). Presses de l’EHESP.

– Ouimet, M. & Bédard, P. (2015). 30. La présentation de preuves scientifiques aide les décideurs à agir rationnellement. Dans : Valéry Ridde éd., 30 idées reçues en santé mondiale (pp. 153-156). Presses de l’EHESP.

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