Les Goûts Culinaires de la Rue

Je ne sais pas comment te parler de cette série de portraits exceptionnels et d’anthologie. J’ai passé plus de temps à me parler à moi-même sous la douche de tout le bien que je pense de cette immersion – dans la pure authenticité de vies incroyablement ordinaires mais si inspirantes – qu’à pondre le moindre mot qui soit à la hauteur de mon sentiment. Finalement, devant la feuille blanche, les mots sous la douche ont disparu sans que le sentiment se soit évanoui. Alors, j’essaie de faire de mon mieux en tapant sur un clavier presque à l’agonie afin que ce qui est sorti au mauvais moment puisse ne jamais être disparu.

J’ai écouté ce documentaire de plusieurs épisodes sur la cuisine de rue avec tous mes sens et d’avantage celui du goût. Je l’ai dégusté comme peu de choses. Ce deuxième volet des goûts culinaires de la rue (après celui consacré à l’asie) m’a conduit en amérique latine et j’ai eu l’impression tout le long d’avoir vraiment voyagé dans des réels hors cartes-postales, en dehors des lieux communs, sans ces narrations formatées pour un public vulgaire qui l’est parce que dénué du véritable goût des choses. Un voyage au cœur des récits qui ébranlent car ils te ramènent à l’essentiel, auprès des talents extraordinaires et d’une humilité qui désarçonne, tout près des personnes si riches mais si « je-ne-suis-pas-grand-chose ». Bref, j’ai été ces dernières semaines en amérique latine comme sans doute je ne la visiterais jamais.

Ce documentaire est un tour de force, réussir à sortir du cliché, du brouhaha mainstream (qu’il soit le féminisme à tous crins avec ce récent glissement en ‘balance son nom’ de délation similaire au maccarthysme le plus degueulasse ou ‘je te crois’ rendant sacré donc irréfutable tout cri qui accuse et foulant ainsi dans un ‘je-m’en-foutisme’ irresponsable la présomption d’innocence propre à une société civilisée, l’écologie à toute hystérie par des bobos et précaires-bohèmes et autres arrivistes qui ne lâchent jamais rien de leur confort écocide et leurs hédonismes pollueurs comme jamais, du racisme à tout va qui dilue l’essentiel d’une lutte tristement encore contemporaine dans des considérations futiles,  etc., etc. – en fait ce « trop » épouvantable qu’il soit fondamentaliste, idéologique, culturel, ou etc.) à montrer la poésie profonde de la banale vie des gens et des milieux socio-environnementaux sans prétention, à la rendre proprement désirable voire idéale car l’âme spectatrice se sent enfin revivre loin d’une réalité contemporaine du « chic » ou du « bling bling » et autres « m’as-tu vu » détestables. C’est un indicible tour de force.

Il y a, au-delà de la grande richesse de la diversité culturelle culinaire, quelque chose de vraiment salutaire dans cette série documentaire. Une philosophie de la vie, une idée de la dignité humaine, une contre-proposition inattendue de ce que l’on entend et voit partout dans notre contemporanéité. Les portraits ne font semblant, ils sont ancrés dans l’authentique. Les portraits de ces personnes authentiques sont des moments de respiration dans une réalité contemporaine de plus en plus suffocante, asphyxiante, irrespirable. Chez elles, pas de compétition, pas de jalousie, pas d’égocentrisme, pas de frustration conduisant à la haine, pas de petitesse et autres trucs méprisables, pas de guerre, pas de ‘me myself and i’ qui ramène toujours tout à sa petite personne insignifiante, pas de nombrilisme, pas de ‘look at me’ qui est obsédé par les projeteurs, pas de ‘i wanna be rich’ qui écrase tout sur son passage, pas de.. la liste est non-exhaustive. Des portraits équilibrés et justes. Désarçonnant, disais-je. Des portraits de femmes qui m’ont fait tant penser à ma mère et ma grand-mère par la force de leur caractère, par leur vision philosophique de l’existence.

Bien évidemment, je ne suis pas un spectateur neutre. J’aime la bouffe de rue, cela vient des mes origines. J’aime la bouffe de rue bien plus que les restaurants aux mille étoiles du guide michelin et autres ‘sophistications’ qui ne rendent pas la merde d’un parfum plus supportable. Les goûts culinaires de la rue sont ce mélange inconcevable du talent prodigieux des femmes – surtout – qui créent de véritables chefs d’œuvre avec le rien et dans le rien, de la proximité populaire qui gomme les origines et les appartenances de toutes sortes, d’un succulent qui rend inévitablement obèse parce que savoureux et bourratif. Je n’ai jamais aussi bien mangé. Comment pourrais-je seulement être neutre.

En fin de compte, je ne sais pas trop comment te parler de cette série documentaire ; tout ce que je me suis dit à voix haute sous la douche, me parlant à moi-même, n’est pas dans toutes ces lignes. J’ai eu des phrases qui rendaient bien mon sentiment, je me suis dit : « Tu devrais les enregistrer ». Je suis sorti de la douche et j’ai eu ma fille et mes deux chats qui m’attendaient avec un million de trucs d’une urgence incontestable, je n’ai pas pu m’enregistrer. Voilà, c’est définitivement disparu. Mais, peut-être pas, je les retrouverais sans doute chez toi quand tu te seras plongé(e) comme moi dans ces portraits d’une autre dimension.


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