Ce qui ne meurt jamais

Ce matin, j’ai écouté les bruissements du vent, il y avait des complaintes dans l’air, des plaintes dans l’air du temps. Vent dominical avec beaucoup de souffles confus et prolongés. Souffles comme des adieux, murmurés, affirmatifs, hurlés, hystériques, des adieux de souffrance et de tristesse, des adieux de déception et de frustration, des adieux en haute intensité du plus jamais (ça ou autre chose) telles des promesses d’éternité. Des adieux qui ne tiennent jamais longtemps leurs promesses, qui ne tiennent jamais longtemps loin des cœurs quittés car ces cœurs ne peuvent se quitter, cela est ainsi, plus fort qu’eux ou aussi faibles qu’ils sont, ils n’y peuvent pas grand-chose. Des adieux qui ne partent jamais parce que les cœurs ne peuvent partir, ne sauraient partir, ne sont jamais partis. C’est aussi cela la beauté de la chose. J’ai écouté les bruissements du vent et j’ai souri.

Ce matin, il a plu des cordes, quelques cœurs en peine en ont profité pour se pendre à leur bout, suicides en série sous une pluie estivale tropicale qui noyait bien des chagrins. Suicides théâtralisés sur la scène des tragédies humaines (quelques fois si surjouées), suicides comiques sur la pellicule des comédies humaines. Suicides psychologisés comme des traumas jamais soignés, la réminiscence de dégénérescences antérieures d’une existence pas toujours heureuse ou idéale, des lésions cul-tannées causées par des expériences de toutes sortes, et le mourir du partir comme une porte de sortie qui au fond s’ouvre sur le néant. Mais, le néant c’est peut-être mieux que rien, rien du tout.  Suicides psychanalysés comme des déchirures intérieures et des blessures invisibles qui sur un divan d’appel au secours, un sos de détresse, en appellent à l’ultime sauvetage de soi avant qu’il ne soit trop tard. Et, il n’y a personne qui voit, écoute : la guérison n’est pas disponible. La délivrance ne viendra pas. Le bonheur aussi. Il est devenu fou, il a été interné dans un asile psychiatrique. J’ai vu les cordes et les cadavres au bout, j’ai souri.

Ce matin, j’ai entendu des aurevoirs qui n’en finissent plus d’être pris pour des adieux, goodbye my fantasy, adios my sexual healing, auf wiedersehen fureur de la nuit et promesse de l’aube, bercés en fond sonore par le it’s all coming back to me now de la céline. Aurevoirs scénarisés par des cœurs metteurs en scène (sur)doués qui ont fait leur preuve et dont les œuvres émerveillent toujours le public, aurevoirs primés et auréolés de critiques dithyrambiques, aurevoirs portés par les vivats du manifestement conquis qui m’ont un peu fait penser aux bruissements du vent matinal. Après avoir lu ces aurevoirs titrés adieux, titres dramatiques et dramaturgiques, lu ces scénarios, entendu leurs bandes originales, je suis allé les voir et je les ai effectivement vus. J’ai souri.

Ce matin, il a venté comme une fin d’été, il y avait dans l’air du temps emporté par le vent. Vent dominical avec beaucoup de souffles convaincus et déterminés. Souffles comme des regards qui ne peuvent réellement cesser de voir et de se voir, (se) voir en nudités, (se) voir en fragilités, (se) voir en murmures d’espérance et en soupirs d’impatience, (se) voir en vœux de quelque chose, (se) voir en attente de quelque chose qui sauve guérit délivre rend toute sa raison au bonheur, (se) voir en regards partagés de quelque chose d’indicible qui s’avoue dans le secret du cœur et dont l’âme ne cesse de se nourrir, (se) voir yeux dans les yeux comme des présences que le cœur ne peut vraiment oublier et que l’âme réclame de toutes ses forces, (se) voir et (se) revoir comme partir sans jamais mourir à l’autre et faire mourir l’autre, (se) voir et (se) revoir comme partir s’en vraiment y aller et (re)venir sans jamais être vraiment parti. Il a venté ce matin comme une fin d’un été qui est reste demeure et sera parce que personne n’y peut réellement grand-chose, c’est cela aussi la beauté de la chose, belle fatalité de la chose. J’ai écouté venter, les bruissements du vent, il a plu des cordes et des suicides qui ont essayé de faire de leur mieux, j’ai entendu leurs aurevoirs confondus avec des adieux. Et, j’ai souri. Ce qui ne meurt jamais.

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