Lydie : « Ce que le gouvernement fait m’indigne, mais vous m’indignez aussi. »

Le texte qui suit a pour auteure Lydie. Lydie est une ancienne collègue avec qui j’ai eu le bonheur de travailler, que j’ai eu l’immense privilège de côtoyer, le grand plaisir de découvrir, il y a quelques années (déjà). Ce texte date d’il y a une éternité (cinq ans), je suis tombé sur lui par un incroyable pur hasard : cette nuit au cours de mes pérégrinations (en fait je faisais une recherche sur les mouvements socio-politiques de grève estudiantine ici au québec afin de voir – en tentant de relever le ‘défi’ lancé par chabanet et giugni – comment on pouvait évaluer objectivement / concrètement les effets ou non des mouvements sociaux sur une éventuelle redéfinition ou modification / transformation des politiques publiques – bref, un truc nocturne et d’insomnieux très chiant). Il ne faudrait donc pas réduire la pensée actuelle (que j’ignore d’ailleurs) de lydie (avec laquelle je n’ai pas échangé / discuté / conversé depuis quoi un ou deux ans) à cette production dont on sent qu’elle vient non seulement des tripes mais de la tête, entre colère et rationnel.

Les questions posées par Lydie me semblent d’une grande contemporanéité déclinées en trois problématiques interrogatives : 1/ comment la lutte pour un idéal de justice peut – en étant réduite aux enjeux de pouvoir (ou emprisonné dans les rapports / relations de pouvoir) – engendrer (dans une perspective kantienne) de l’injustice (construire de l’injuste : pour dire comment le juste ou son a priori peut produire réellement de l’injuste / ce qui pourrait en fin de compte supposer que cet a priori du juste n’est pas véritablement juste); 2/ comment la quête du ‘bien’ peut justifier des actions immorales (c’est-à-dire invalidées moralement dans une perspective kantienne); 3/ comment le dogmatisme ou le fondamentalisme (dans la suite d’un récent billet) peut être un obstacle à l’intégration d’une vérité ou d’une réalité en dehors de soi ou extérieure à son bunker (et bien que l’on y soit exposée)? Sans parler de cet aspect d’importance de notre contemporanéité qu’est le marketing de la rébellion (« vendre de la colère »). Lydie ne les pose pas ainsi dans son texte, c’est moi qui les formule de la sorte à partir de ma propre grille de lecture de son texte, il est donc possible qu’elle ne s’y reconnaisse pas.

Le propos de lydie me semble consister à dire qu’elle n’est pas (en tant que tel) contre le principe de grève parce qu’elle considère la politique gouvernementale injuste (donc elle comprend les raisons de la grève et les partage), mais elle est contre la stratégie de blocage (ou d’empêchement) d’accès à l’éducation (l’accès à l’éducation est un droit légitime d’ailleurs, il est un droit humain reconnu); une stratégie adoptée par les grévistes qui à ses yeux est (comme un moyen d’atteindre une fin voulue) aussi injuste que la politique gouvernementale contestée par le mouvement estudiantin. Bref, qu’une autre stratégie serait peut-être moins contradictoire (des idéaux de justice affichés par les grévistes), plus judicieuse (raisonnablement compatible avec le respect des idéaux de justice tant réclamé / clamé par le mouvement estudiantin de grève).

Plus profondément, le propos de lydie, me semble-t-il, montre la difficulté à trouver un juste équilibre entre plusieurs intérêts / droits légitimes antagonistes (même quand les personnes partagent une même cause – ici la lutte contre l’injustice – « Ne nous laissons pas plomber par cette rage de voir nos droits diminuer. Il faut agir intelligemment. Et de l’intelligence j’en ai vu beaucoup dans cette salle, plus que je ne prétends en avoir moi-même » dixit lydie), difficulté qui elle pose l’autre question complexe de la formulation universelle ou universalisable d’un droit juste et des actions justes (tout autant que cette dernière introduit à l’exigence d’une recherche créative et relativement novatrice de moyens judicieux dans la lutte pour la justice).

Mon regard sur le texte de lydie ne vient pas de ma connaissance de sa personnalité, je ne la connais (vraiment) pas – j’ai simplement une idée subjective d’elle comme personne (voire comme une fugacité un peu spectrale je dois l’avouer : pour dire une ombre insaisissable), et avant de tomber sur ce texte je ne savais rien de sa vision de telles choses, car lydie – contrairement à d’autres anciennes collègues – n’exhibe jamais (ou très très très rarement) ses convictions ou sa pensée, mais pourtant la lydie que j’ai connue est professionnellement une engagée humaniste et humanitariste – sans parler du fait qu’une de ses spécialités universitaires (académiques) est les droits humains (migrations, institutions, etc.) et la justice (sociale, environnementale, etc.), lydie est également une experte des amériques latines (sa zone d’expertise de prédilection).

Une engagée qui fait profil bas, ou a toujours fait profil bas, discrète, jamais dans le jugement péremptoire ou le vacarme idéologique, la certitude (un peu fondamentaliste) des choses; et après la lecture de ce texte, tout en repensant à elle, pleinement consciente de ses propres insuffisances, contradictions, paradoxes, etc. Un être humain quoi, qui fait de son mieux à partir de / avec ses modestes moyens, pour que « justice » ne soit pas un vain mot dans notre monde contemporain (ou instrumentalisé comme très souvent à des fins autres).

J’ai vu une lydie (plus que jamais nuancée) qui donnait une dimension supplémentaire / complémentaire à cette lady en robe noire d’une intelligence autant remarquable que redoutable, d’une humble élégance, d’un verbe non-bruyant mais fort – original et incisif. La lydie qui n’est jamais au centre de la photo (de groupe), qui n’est jamais sous les projeteurs et qui ne veut pas l’être, qui ne cherche pas à combler par quelques subterfuges – superficialités artificialités (etc.) et autres mascarades voire actes de narcissisation obsessionnelle de soi – des insuffisances ou des incapacités dont elle a conscience (ou peut-être dont elle a subi les conséquences en termes de mépris, de déconsidération, d’humiliation, etc.). Cette Lydie loin de toute cette inauthenticité je la retrouve dans ce texte.

C’est tout ça, et sans doute bien plus, qui clairement m’oblige en fait à partager ici ce texte. Je ne sais pas ce qu’il advient de lydie, mais ce que je lui souhaite – comme à d’autres aussi authentiques, vigilant(e)s, que j’ai rencontré(e)s ces cinq voire dix dernières années – c’est de ne pas perdre ou laisser tomber ou tuer cette fabulosité d’humanité en elle à la vibration humaniste et vivante de justice – qu’importe la solitude que ces personnes peuvent (trop) souvent ressentir, cette impression d’être simplement ‘out of time‘ ou totalement ‘oopart‘, un(e) alien, ou atteint(e) d’une maladie incurable qui ne paie jamais / que très peu (socialement, professionnellement, politiquement, etc.). Je veux lui dire (comme à ces autres) ceci : « Vous êtes pour moi de grandes sources d’inspiration » et comme mon frère luc a l’habitude de me dire : « Nous vaincrons ».

Texte de lydie :

« Ce que le gouvernement fait m’indigne, mais vous m’indignez aussi.

“La liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence”.

En allant à mes cours, je ne vous empêche pas de vous exprimer alors que vous, en faisant la grève, vous me privez de ma liberté d’aller à l’école. “Toujours pour le droit à l’éducation” ? C’est drôle…

Respectez d’abord ceux qui sont au plus proche de vous avant de demander au gouvernement qu’il vous respecte. Avant de vouloir combattre les grandes causes, il faut d’abord regarder ceux qui sont avec nous. Ça porte préjudice à des étudiants. On ne peut prétendre vouloir défendre cette société et nos concitoyens si on manque de respect à nos concitoyens actuellement les plus direct: nos camarades étudiants.

A mes yeux vous avez perdu votre crédibilité en nuisant volontairement aux étudiants.

Prétendre agir pour le bien de tous mais être contre le vote électronique ?

Peut-être que vous me direz que je vous empêche de vous exprimer en tant qu’etudiants de l’UQAM (qui est votre liberté) mais non, on peut trouver un moyen de s’exprimer en tant qu’étudiant de l’UQAM sans arrêter les cours.

Pour le moment c’est pas le gouvernement qui me prive d’éducation, mais c’est vous.

À l’Assemblée j’ai entendu : Il y a les soumis et ceux qui soumettent. Vous ne voulez pas être soumis, alors ne nous soumettez pas.

Car avant d’aller combattre les grandes injustices que le gouvernement nous inflige, ne commettez pas d’injustices au sein de votre université.

J’ai entendu à l’Assemblée quelqu’un parler des enfants qui devaient se priver d’un repas. Moi aussi, et tu sais pourquoi? Car je galère avec un prêt étudiant et un job. Alors ne gâche pas mes efforts.

Si vous n’êtes pas capable de voir la valeur qu’a l’école, et la chance que vous avez (car oui, malgré tout, on en a de la chance), alors vous êtes bien les enfants de cette société que vous combattez !

Ne pensons pas que l’on fait des pas en avant alors qu’on en fait, en fait, en arrière. Nous avons cette énergie de la jeunesse qui est incroyable et ne l’utilisons pas pour saboter nos études.

À l’Assemblée, j’ai entendu un étudiant dire que notre rôle était maintenant de défendre ce que ceux avant nous avaient acquis. Et en discordance, un autre étudiant parler d’aller à l’ècole pour “innover”, aller de l’avant, ou encore un autre nous parler des ouvriers qui combattent en augmentant leur productivité. Deux sons de cloches différents à mes yeux.

La pauvreté en Montérégie? Alors allons à l’école, nous former pour aller monter des programmes là-bas. Si l’école est si importante c’est pour une raison.

Il y a une différence de comportement entre les pays qui ont des droits acquis, et ceux qui doivent encore se battre pour les avoirNe nous laissons pas plomber par cette rage de voir nos droits diminuer. Il faut agir intelligemment. Et de l’intelligence j’en ai vu beaucoup dans cette salle, plus que je ne prétends en avoir moi-même.

Il faut parler pour du changement, et non ressasser les chiffres d’un gouvernement qui nous déplait. Car oui, on est tous indignés par les actions du gouvernement, alors au lieu de vendre de la colère, agissons de façon différente.

ON FAIT QUOI MAINTENANT?

Mais je veux dire quelque chose avec un réel poids, et pas naïf, pour plus de crédibilité. Il faut de plus grosses bases à mon avis avant de commencer cette grève.

PS : Je suis contre l’austérité, contre la guerre et contre la faim dans le monde.

Je commence mes études en science politique, et hier j’ai eu honte d’être à l’UQAM. »

Lydie S-H., L’université du peuple. Oui mais lequel?, Union Libre, Volume 10, Numéro 1, 01 mars 2015.

commentaires de lecteurs (de l’article de lydie) :

« « Le journal étudiant Union libre se distingue par son esprit critique, son ouverture d’esprit et la totale absence de ligne éditoriale. » Quelle violente démonstration de la bonne foi de l’Union Libre…! »

Félix

« Voilà ce que j’ai dit à la dernière AG: « Lors de l’obtention de son prix Nobel, Albert Camus a dit « chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse », alors peut-être que la tâche de notre génération sera de comprendre qu’elle se doit de défendre quelque chose. Peut-être que les premiers obstacles que confronteront notre génération seront le confort et l’indifférence. Viendra un jour, où l’un des deux devra mourir en premier. Est-ce que ce sera notre confort ou notre indifférence? Or, s’il nous faut tuer notre indifférence, il nous faut aussi exploiter notre juste colère: celle qu’on nomme révolte. Alors peut-être aurons nous accompli la mission de notre génération défendre ce qui doit être défendu pour que nous puissions léguer quelque chose à la prochaine génération? (référence aux hydrocarbures) ». Certainement pas « notre rôle est maintenant de défendre ce que ceux avant nous avaient acquis ». Mon propos va beaucoup plus loin, il est une accusation du confort caractéristique de notre génération. Il est une accusation du confort comme frein aux d’idéaux qui transcendent notre seule génération, nos seuls intérêts d’étudiant.e.s. Transcender nos intérêts propres au nom d’une cause commune. Ça vous rappelle quelque chose?

Et merci pour votre belle citation de John Stuart Mill: « La liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence ». Je lui préfère néanmoins celle de Michel Bakounine beaucoup plus juste: « Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres. La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. Je ne deviens libre vraiment que par la liberté d’autres, de sorte que plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient ma liberté».

Pendant qu’à l’extérieur des murs de l’UQÀM on coupe dans le filet social, qu’on coupe dans les droits économiques à la base même de la liberté, on devrait rester les bras croisés pour un soi disant « droit à l’éducation » lui-même bafoué par les coupes de 172 millions$ faites dans les universités. Foutaise! La liberté est un mythe lorsqu’elle n’est pas sous-tendue par des droits économiques. Nous l’avons compris pour nous, étudiant.e.s uqamien.ne.s, et pour notre société en entier. Nous n’attendons plus que vous pour faire partie de cette « plus grosse base » dont vous critiquez l’absence.

En passant j’aimerais vous souhaiter la bienvenue en science politique, cette science qui étudie les rapports de pouvoir à l’état brute dans notre société. Si vous avez bien fait vos devoirs, vous aurez d’ailleurs compris qu’une lutte de pouvoir inclus des actions, et qui dit action en démocratie dit souvent sacrifices. Si tu ne l’as pas compris, la majeure partie de l’UQÀM l’a compris aujourd’hui, voilà pourquoi je suis fier d’appartenir à cette université militante.

Louis-Joseph C., étudiant au baccalauréat en sciences politiques. »

Louis-Joseph.


« Considérant que la prolifération actuelle des disciplines académiques et non-académiques conduit à une croissance exponentielle du savoir ce qui rend impossible tout regard global de l’être humain ,

Considérant que seule une intelligence qui rend compte de la dimension planétaire des conflits actuels pourra faire face à la complexité de notre monde et au défi contemporain d’autodestruction matérielle et spirituelle de notre espèce,

Considérant que la vie est lourdement menacée par une technoscience triomphante, n’obéissant qu’à la logique effrayante de l’efficacité pour l’efficacité,

Considérant que la rupture contemporaine entre un savoir de plus en plus accumulatif et un être intérieur de plus en plus appauvri mène à une montée d’un nouvel obscurantisme, dont les conséquences sur le plan individuel et social sont incalculables,

Considérant que la croissance des savoirs, sans précédent dans l’histoire, accroît l’inégalité entre ceux qui les possèdent et ceux qui en sont dépourvus, engendrant ainsi des inégalités croissantes au sein des peuples et entre les nations sur notre planète,

Considérant en même temps que tous les défis énoncés ont leur contrepartie d’espérance et que la croissance extraordinaire des savoirs peut conduire, à long terme, à une mutation comparable au passage des hominiens à l’espèce humaine,

Considérant ce qui précède, les participants au Premier Congrès Mondial de Transdisciplinarité (Convento da Arrábida, Portugal, 2-7 novembre 1994) adoptent la présente Charte comprise comme un ensemble de principes fondamentaux de la communauté des esprits transdisciplinaires, constituant un contrat moral que tout signataire de cette Charte fait avec soi- même, en dehors de toute contrainte juridique et institutionnelle

 

Article 1 :

Toute tentative de réduire l’être humain à une définition et de le dissoudre dans des structures formelles, quelles qu’elles soient, est incompatible avec la vision transdisciplinaire.

 

Article 2 :

La reconnaissance de l’existence de différents niveaux de réalité, régis par des logiques différentes, est inhérente à l’attitude transdisciplinaire. Toute tentative de réduire la réalité à un seul niveau régi par une seule logique ne se situe pas dans le champ de la transdisciplinarité.

 

Article 3 :

La transdisciplinarité est complémentaire de l’approche disciplinaire ; elle fait émerger de la confrontation des disciplines de nouvelles données qui les articulent entre elles ; et elle nous offre une nouvelle vision de la nature et de la réalité. La transdisciplinarité ne recherche pas la maîtrise de plusieurs disciplines, mais l’ouverture de toutes les disciplines à ce qui les traverse et les dépasse.

 

Article 4 :

La clef de voûte de la transdisciplinarité réside dans l’unification sémantique et opérative des acceptions à travers et au delà des disciplines. Elle présuppose une rationalité ouverte, par un nouveau regard sur la relativité des notions de « définition » et d’ »objectivité ». Le formalisme excessif, la rigidité des définitions et l’absolutisation de l’objectivité comportant l’exclusion du sujet conduisent à l’appauvrissement.

 

Article 5 :

La vision transdisciplinaire est résolument ouverte dans la mesure où elle dépasse le domaine des sciences exactes par leur dialogue et leur réconciliation non seulement avec les sciences humaines mais aussi avec l’art, la littérature, la poésie et l’expérience intérieure.

 

Article 6 :

Par rapport à l’interdisciplinarité et à la multidisciplinarité, la transdisciplinarité est multiréférentielle et multidimensionnelle. Tout en tenant compte des conceptions du temps et de l’histoire, la transdisciplinarité n’exclut pas l’existence d’un horizon transhistorique.

 

Article 7 :

La transdisciplinarité ne constitue ni une nouvelle religion, ni une nouvelle philosophie, ni une nouvelle métaphysique, ni une science des sciences.

 

Article 8 :

La dignité de l’être humain est aussi d’ordre cosmique et planétaire. L’apparition de l’être humain sur la Terre est une des étapes de l’histoire de l’Univers. La reconnaissance de la Terre comme patrie est un des impératifs de la transdisciplinarité. Tout être humain a droit à une nationalité, mais, au titre d’habitant de la Terre, il est en même temps un être transnational. La reconnaissance par le droit international de la double appartenance – à une nation et à la Terre – constitue un des buts de la recherche transdisciplinaire.

 

Article 9 :

La transdisciplinarité conduit à une attitude ouverte à l’égard des mythes et des religions et de ceux qui les respectent dans un esprit transdisciplinaire.

 

Article 10 :

Il n’y a pas un lieu culturel privilégié d’ou l’on puisse juger les autres cultures. La démarche transdisciplinaire est elle-même transculturelle.

 

Article 11 :

Une éducation authentique ne peut privilégier l’abstraction dans la connaissance. Elle doit enseigner à contextualiser, concrétiser et globaliser. L’éducation transdisciplinaire réévalue le rôle de l’intuition, de l’imaginaire, de la sensibilité et du corps dans la transmission des connaissances.

 

Article 12 :

L’élaboration d’une économie transdisciplinaire est fondée sur le postulat que l’économie doit être au service de l’être humain et non l’inverse.

 

Article 13 :

L’éthique transdisciplinaire récuse toute attitude qui refuse le dialogue et la discussion, quelle que soit son origine – d’ordre idéologique, scientiste, religieux, économique, politique, philosophique. Le savoir partagé devrait mener à une compréhension partagée fondée sur le respect absolu des altérités unies par la vie commune sur une seule et même Terre.

 

Article 14 :

Rigueur , ouverture et tolérance sont les caractéristiques fondamentales de l’attitude et de la vision transdisciplinaires. La rigueur dans l’argumentation qui prend en compte toutes les données est le garde-fou à l’égard des dérives possibles. L’ouverture comporte l’acceptation de l’inconnu, de l’inattendu et de l’imprévisible. La tolérance est la reconnaissance du droit aux idées et vérités contraires aux nôtres.

 

Article final :

La présente Charte de la Transdisciplinarité est adoptée par les participants au Premier Congrès Mondial de Transdisciplinarité, ne se réclamant d’aucune autre autorité que celle de leur oeuvre et de leur activité.

Selon les procédures qui seront définies en accord avec les esprits transdisciplinaires de tous les pays, la Charte est ouverte à la signature de tout être humain intéressé par les mesures progressives d’ordre national, international et transnational pour l’application de ses articles dans la vie.

 

Convento da Arrábida, le 6 novembre 1994

Comité de Rédaction

Lima de Freitas, Edgar Morin et Basarab Nicolescu »

Charte de la transdisciplinarité

« Quand agir, c’est lire. La lecture créatrice selon Simone Weil

La lecture créatrice selon Simone Weil

Philosophe égarée dans l’action. C’est ainsi que Simone Weil a souvent été caricaturée. Pourtant l’action et la réflexion sont, pour elle, inséparables, comme le montre son idée de « lecture », qui concerne aussi bien les grands auteurs classiques que le déchiffrement du monde.

Simone Weil pensait que la philosophie était « une, éternelle et non susceptible de progrès ». Elle la croyait seulement capable d’un renouvellement dans l’expression, « quand un homme se l’exprime à lui-même et l’exprime à ceux qui l’entourent en des termes qui ont rapport avec les conditions de l’époque, de la civilisation, du milieu où il vit ». Imprimer un « accent nouveau » à une « pensée éternelle en droit » ne peut consister qu’en une « transposition » opérée d’âge en âge, et telle est la « seule raison pour laquelle il peut valoir la peine d’écrire » après Platon. La transposition est d’ailleurs un « critérium pour une vérité » […] »

Robert Chenavier

« Dans le hall de la station Berry Uqam, elle me dit « Bon, c’était le fun de jaser avec toé. » « Moi aussi » Carol-Ann prend la sortie qui conduit tout droit à l’université la plus léniniste-marxiste d’Amérique du nord : l’Uqam. U-cam. Tu cam. Tu te cames. Les étudiants de cette espèce d’irréductible village gaulois coincé dans un Empire de libéralisme et de néolibéralisme ont toujours ce truc qui donne le sentiment qu’ils ont branché leur cam quelque part et qui filme leur grand discours de grand soir diffusé à un public vegan femen hipster undergrounder en transe comme les foules évangélistes born-again devant un apôtre vendant en tout bon businessman qui se respecte des miracles à venir au prix fort. La dernière phrase est longue, plusieurs lignes, sans ponctuation, la lire essouffle, c’est souvent dans cet état que je suis en écoutant les étudiants de l’Uqam.

Tu te cames. Je n’ai jamais su ce qu’ils sniffaient pour être tout le temps en mode révolution d’octobre. Coke ou cock ? L’autre jour, j’ai posé la question à Emily, étudiante-second-cycle en études féministes au village-gaulois, c’était avant la danse olé olé sur des airs bossa nova que nous avons pratiquée. J’ai obtenu ma réponse durant la danse. Emily a tiré une bonne ligne de cock, j’ai cru à un moment que cela allait définitivement cramer sa cervelle, que nenni, Emily (m’)a baisé comme une révolutionnaire d’octobre souhaitant la (petite) mort du Tsar, j’étais Nicolas deuxième du nom et exécuté sommairement avec ses bijoux de famille. J’ai obtenu ma réponse.

Tu te cames en cock. Les étudiants de l’Uqam changent de ceux de l’UdeM, chez les derniers la came est manifestement de piètre qualité, le dealer est clairement un escroc. Les étudiants de l’UdeM sniffent de la poudre à perlimpinpin, cela provoque chez eux un état aussi comateux que second. Cela cause chez eux des hallucinations dans lesquelles ils se voient souvent en haut de l’affiche, au-dessus de la masse, licornes rose dans des cieux couleur Fuchsia de Magellan avec des strass pour étoiles. Les étudiants de l’UdeM volent haut comme la spéculation atteint des sommets à Wall Street, et quand ils reviennent sur terre comme un crash boursier cela a beaucoup du poème « La grasse matinée » de Prévert. Ce retour sur terre avait ce « petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain », « il est terrible ce bruit ». Et « dans la glace du grand magasin » des hallucinations revenant à la réalité, ils font « une tête couleur de poussière » et souvent comme « l’homme qui a faim » du poème de Prévert ils ont l’impression que ce n’est pas leur tête qu’ils regardent et s’imaginent une autre tête. »

Salaud ou Les Cent Vingt Journées de Sodome

« « Les conséquences des mouvements sociaux » – de l’ouvrage « Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines. » d’Agrikoliansky, Éric, Isabelle Sommier, et Olivier Fillieule, publié en 2010, est un vaste état de la recherche (scientifique) sur les conséquences des mouvements sociaux, bien plus qu’une analyse affirmant clairement que la mobilisation militante sociopolitique a une influence (ou des influences) tant sur la société les acteurs politiques que sur les « biographies » des acteurs militants.

En effet, le propos de Chabanet et Giugni est de montrer au lecteur les progrès réalisés dans ce champs précis par les « investigations » des chercheurs, de souligner les limites des avancées, de relever les découvertes notables et leurs implications dans la compréhension de ce phénomène dans nos sociétés dites démocratiques. Dès lors, à l’interrogation de savoir si les mouvements sociaux sont utiles – dans le sens qu’ils parviennent (ou non) à atteindre leurs objectifs et/ou à être un apport significatif (ou non) au développement global des sociétés, les auteurs proposent grosso modo une réponse à choix multiples.

Les mouvements sociaux ont-ils une influence décisive sur les enjeux sociopolitiques et culturels ? Oui. Non. Peut-être. Ce n’est pas aussi simple, et tout est à découvrir. »

« Les conséquences des mouvements sociaux » de Chabanet et Giugni

« Dans une galaxie proche de nous, un astre particulier brille discrètement parmi les milliers de soleils de l’univers. Ce n’est pas nécessairement celle qui saute aux yeux quand l’on n’ose ne plus se regarder le nombril pour scruter enfin toute la beauté en dehors de soi. Hier, je lui ai demandé « Qui es-tu ? », l’étoile a répondu « Je ne sais pas. » Une étoile ne peut s’affirmer étoile, ce sont les autres qui la qualifie de la sorte. « Lydie », c’est le nom que les mages lui ont donné. Ces errants du désert traversant la nuit pour aller rendre hommage à un sauveur royal que l’on a vite trucidé. Dans leur nuit, ils ont levé les yeux vers le ciel aussi ténébreux que ma peau et mon âme, et il y avait « Lydie ». Ils n’étaient pas foutus. Ma première rencontre avec Lydie ne s’est pas faite à travers un télescope, elle était descendue sur terre et s’était incarnée dans un corps ordinaire. Pour la discrétion. Parce que l’important est ailleurs. Dans un coin du rien et de l’anonymat, elle observait. Avec et sans lunettes. Observer, comme ça. La contemplation, le sourire comme un reflexe presque tel un mécanisme de défense. La tendance à arrondir les angles, ce qui est inattendu dans un réel terrestre où la parole est de plus en plus obtuse. Cela est remarquable. Sortir de la trop grande affirmation-guillotine qui tranche tout sur son passage. Sortir de la boîte préfabriquée. Tenter de rester à la fois enraciné quelque part et choisir d’être libre – une rupture permanente avec la linéarité. Surtout le faire dans l’ombre. Lydie est cette étoile qui ne prend pas trop de place, qui ne veut pas et ne souhaite pas occuper l’espace et l’univers entier. Comme me le disait Anaïs dernièrement, il y a des gens comme ça que l’on croise dans la rue et qui ne nous donnent pas envie de nous retourner, pourtant quelle occasion l’on manque. Un peu comme toutes ces étoiles dans les cieux que l’on ne regarde plus. La prochaine fois que vous lèverez vos yeux vers l’Olympe situé dans l’éther, cherchez l’étoile « Lydie », celle qui indique toujours le cœur. »

Renato, Samra, Kim, Hugo, Leïla, Pierre, Lydie, Victor, Nesrine – Instantanés, et etc…

« Depuis presque un an que je la connais, nous nous sommes passés au travers, comme des réalités spectrales ou des fictions réalistes, passe-murailles. Nous nous sommes aperçus sans jamais nous entremêler.

Pourtant, je regarde Lydie, je l’observe, elle m’intrigue, ses mécanismes de défense me fascinent, ses évitements m’intriguent, sa nature un peu évanescente me captive, j’ai envie d’explorer son territoire et d’y découvrir toutes ses richesses, ses monstres cachés, ses mondes d’Alice et ses univers Tim Burton.

A chaque fois que je la vois, je n’ose simplement pas, ou quelques fois je suis simplement exténué par une journée de dur labeur et que je me laisse aller à la facilité. Alors, je m’intéresse à l’accessible qu’offre les Autres et qui ne mette pas en branle mon cogito. Une invitation à fourrer, une série de réflexions sur le rien et ne menant à rien, des conversations superficielles caressant à peine la surface des choses et presque flottant au-dessus du réel, quasiment en lévitation. Quelques rires et sourires sans véritable sincérité, tout en politesse, effleurement, légèreté facticité plasticité vacuité, swipe left. Dans ces instants-là, j’effleure Lydie sans jamais l’approcher, la pénétrer, m’y arrêter. Lydie, un mirage et un lointain, une proximité évanescente, un « je te regarde et je n’arrive pas à te voir », un illusoire et une curiosité sur laquelle je ne m’attarde pas contrairement à mes habitudes, et je me demande bien pourquoi.

Il y a quelques semaines, dans sa robe noire, Lydie était fabuleuse. Ses yeux bleus et un peu blues, ses sourcils impeccablement dessinés, son rire généreux, son allure raffinée, j’ai rencontré et vu une personne dont je n’avais soupçonné l’existence.

[…]

Lydie, c’est autre chose, c’est suivre le fameux lapin de Lewis Carroll dans un trou menant à une dimension du troisième ordre où tout est situé dans le vraisemblable, l’imaginé, là et l’ailleurs, des fuites et des courses-poursuites, le lapin a toujours une longueur d’avance et on ne sait jamais si les portes qu’il ouvre conduisent véritablement au bon endroit.  Chaque fois que je vois Lydie, j’ai envie de suivre le lapin.

L’autre jour, elle et moi avons pris le temps de faire vraiment connaissance. L’on a brièvement discuté, un aparté dans le métro, comme une vraie discussion dans un lieu improbable. Lydie m’a parlé de son frère artiste, il y avait là quelque chose à laquelle je n’ai jamais eu accès avant. Ce qui était captivant était sa façon de dire, de raconter, de se raconter. J’ai toujours été convaincu que la manière avec laquelle les individus partagent des pans d’eux en dit plus long sur leur être que le contenu. Dans dire, il y a la matérialisation du sensible, il y a le sensible, le regard sensible, la formulation du sensible avec des mots et des silences permettant de voir (ou d’entrevoir) la sorte d’univers où se situe celui qui dit. Un croquis, une première ébauche de l’Autre. J’ai croqué Lydie. 

Dans le métro, elle m’a parlé d’elle aussi. Toujours comme le lapin qui court d’un point à l’autre, entrant dans des couloirs, débouchant dans d’autres, j’écoutais Lydie et j’avais des contours sans précisions et des formes sans netteté. Avec Lydie, il n’y a pas vraiment d’aveu ou de confession, il faudrait sans doute lire entre les lignes, observer la course du lapin bien plus que la destination, son pays des merveilles. Lire les sous-titres du dire et des silences. Décoder l’apparente clarté et simplicité qui est en réalité sibylline. Lydie n’est en ce sens aucunement unidimensionnelle. Il y a une partie immergée chez elle qui se lit sur plusieurs niveaux, la regarder véritablement c’est accepter de se noyer ou de s’élever un peu. D’avoir peut-être le souffle coupé par le marathon qu’elle impose.

Lydie parlait dans le métro, elle ne portait pas sa magnifique robe noire, elle avait les mêmes yeux d’un azuréen un peu beaucoup céleste. Je ne lui ai rien dit. »

La Lady en robe noire

« Global Struggles and Social Change » by sociologists Christopher Chase-Dunn and Paul Almeida deftly demonstrates how the rise and fall of social movements throughout history is closely linked to economic and political developments.

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