Souvenir(s) de fin d’été

Je me souviens ce soir-là, fier
Était le mère-discours que me tint la femme qui me servait de père
Je me souviens de ses rêves, de l’expression de ses rêves
Je suis parti, en silence, des larmes aux yeux, elle me regardait
La nuit brille toujours dans mon existence je n’y vois pas toujours plus clair
Souvent aveuglé par tous ses néons-soleils, icare aux ailes calcinées
Je chute comme une étoile filante dans le ciel-néant
Dans ce néant, je perds et je me perds
Et quelque part dans l’immensité des univers
Me voyant ainsi filer
Des âmes les yeux rivés
Sur un tel néant, entre bas et hauts
Font des vœux-espérance
De quelque chose sans mots
Font des vœux-délivrance
Comme ce soir-là, je suis parti en silence

Ne me donne point ta main que je ne demande guère
Par ton âme assassine je veux être tué
Par ton âme damnée je veux être dévoyé
Pourquoi n’as-tu jamais su m’écouter

Je me souviens des conversations qui entretenaient nos liens
Des discours qui les incendiaient
Et de pudiques mots d’amour qui nous guérissaient
Tout allait comme il venait, de bien en mal, de mal en bien
Mal-bien souvent, bien mal aussi
De ce quelque chose qui chutait du ciel-néant
Nous recollions le quotidien
Et une voix toujours murmurait dans la nuit :
« Ne dors pas car la mort se sert de somme comme appât »
Cette nuit, je pars, tu ne me pardonneras pas
Et tu pars en me souhaitant cette paix que je ne connais pas
Et toi, le sais-tu vraiment

Je me souviens

Je me souviens de mère, femme-père survivant dans ce monde en mal de saints
Âme consciente d’aimer cet autre d’elle à qui elle donna le sein
Je me souviens de la tristesse de ses joies et ses pleurs sans larmes
Qui ont trop souvent touché le cœur de son enfant qui a foutu le camp
Je me souviens, et c’est cela la pire torture, le meilleur remède

Ne m’aide pas, ne t’abandonne pas, luis
Cède décède
Et quand cela se doit, comme le murmure cette voix dans la nuit :
« Rétrocède »

De nos inquiétudes quelques fois manipulées par tant d’autres
De nous inquiétudes manipulant les autres
Je me souviens à présent de cet amour à fleur de l’autre
Je me souviens, j’aimerais, tant et tellement, passer l’amour comme bon-jour à mes frères
À mes sœurs, compagnons et compagnes de galère
Et par-dessus tout, fous solidaires folles solitaires
Je me souviens de ces fois où tu te fou-tais de moi
Je me souviens, et le souvenir ne remplace toi

Je me souviens

Je me souviens, c’est proche mais bien trop loin
Le regret quelques fois s’installe, nous ne voyons parfois notre chance
Que quand elle passait au loin
C’est tristement drôle je n’ai pas peur, ces souvenirs m’humanisent
Ni peur de perdre, de me perdre, ni peur d’agir à ma guise
Les souffles de la nuit grisent les rêves, l’imaginaire est de mise
Je lâche une poignée de poussière grise, le rituel est respecté
Il pleut un peu, les cieux s’entremêlent
Je me sens une fin icarienne, je n’ai jamais autant voulu avoir des ailes calcinées
J’ai froid, j’aime cela, ici corps et âmes brûlent de chaleur
Ici corps et âmes partent en mer, je prends le désert et ses nuits polaires
Dans mes pensées, je me retrouve avec toi
Je ne dors pas, car la mort se sert de somme comme funeste repas
Je pars, tu me pardonneras pour la paix que je ne cherche pas

Je me souviens, je me s’où-viens, je me saoul-viens, dealer dave
Yo, dave, cock-en-stock, suck the-fuck-up
Travelling arrière, pause, plan large
Vision séminale d’une mise en scène cum-on s’écrivant tout le temps
Une merde baisant dans la rue, la déraison n’étant pas si simple
Toujours en manque nymphomane
Contre-champs sur des ruines qui tiennent bien sur la photographie
Crépuscules du jouissant pour adulescence à peine sortie de l’enfance
Dans les jungles de nos sociétés de l’inimitié dave se consomme bêtement
La crise, une de plus, éternelle crise, a eu raison de la raison, yeah

Je me souviens, je me s’où-viens, je me saoul-viens, ness pas eliot
Je me souviens de ces hier laborieux, trimant, s’privant, crevant
Constamment uniquement pour de meilleurs à venir
Des premiers mots des contes du jour jusqu’aux crépuscules
Plus de mille ans de sueurs et de traversées de fours
Pour espérer ce qui est sempiternellement repoussé aux lendemains
Je n’ai jamais pensé enfant que tout était rose
Que les ensoutanés et les nonnes ne faisaient l’amour
Que personne ne faisait l’aumône en automne
J’ai souvent pensé enfant que les gens étaient des panthères roses
Que la nuit était mauve et les soleils des étoiles mortes
Plus tard, j’ai compris ce que me disait la voix de mes nocturnes :
« La vie est un string que tu portes pour ne pas être entièrement sans-culotte »

Je me souviens..

« L’Afrique subsaharienne précoloniale a produit des philosophies diverses, dont la plus connue est l’ubuntu [ndlr : notion proche des concepts d’humanité et de fraternité ; en Afrique du Sud, ce terme a été employé par Nelson Mandela et Desmond Tutu pour dépeindre un idéal de société opposé à la ségrégation durant l’apartheid].

L’Afrique en lutte pour sa libération a développé, à travers ses combattants, des pensées qui ne peuvent être toutes mises au rebut puisque nous n’avons pas récupéré notre pleine souveraineté. Je pense au communalisme de l’Ujamaa créé par Julius Nyerere, à la pédagogie de la révolution d’Amilcar Cabral, au consciencisme de Kwame Nkrumah, et à bien d’autres théories ou pratiques. L’influence marxiste fut assez présente et, si ce n’était pas le cas, on revendiquait tout de même une forme de socialisme puisant dans les traditions locales, cohérente avec la vision du monde qu’avaient les peuples. Le régionalisme africain, qui donna naissance à l’Organisation de l’unité africaine (1963) et constitua une première étape du panafricanisme sur le continent, reste à parfaire et ne peut être aisément dépassé. D’ailleurs, il me semble que le monde, de façon générale, recycle plus les idéologies anciennes qu’il n’en invente de nouvelles. »

Léonora Miano

« Je le disais tantôt, un chercheur (un écrivain aussi) à besoin d’être sans cesse en quête des lieux de sa plus haute fécondité intellectuelle et artistique, pour continuer à produire et à être créatif.

On se déplace, on met sa pensée et sa sensibilité à l’épreuve du monde, on va chercher ce que j’appelle le feu nouveau et on essaie de reprendre un chantier épistémologique.

Ce lieu de sa fécondité on peut le trouver là où on est, comme on peut ne plus le trouver là où on est parce qu’il faut changer de cadre, changer de lieu, changer sa manière de faire, de culture scientifique, se confronter à d’autres idées, à d’autres contextes pour continuer à apprendre… Et puis il y a quand même une notion implicite dans la réflexion sur mon départ, c’est celle de dette infinie. Comme si on n’avait jamais fini de payer sa dette à la société. »

Felwine Sarr

« NECROPOLITICS

La semaine sera marquée par les enseignements dans le cadre de l’European Graduate School. J’y interviens en général une fois l’an, dans le cadre du séminaire de Malta.

Cette année, j’interviendrai à deux reprises, et d’abord lors du séminaire de Saas Fe (Suisse) d’ores et déjà en cours. Trois jours de suite, l’on se penchera sur le concept de NÉCROPOLITIQUE, que j’avais formulé dans un article paru dans la revue américaine PUBLIC CULTURE en 2003.

Ce concept a été largement repris depuis lors dans différentes disciplines et dans différents champs d’étude, et a fait l’objet d’importants débats dont on évaluera la portée et les limites. Il s’agira, dans un deuxième temps, de revoir ce concept à la lumière de l’événement que représente la Covid-19 et ce que j’ai appelé ‘le droit universel à la respiration’.

Le séminaire commence demain et durera trois jours. Cet après-midi, j’ai passé une bonne partie de mon temps à relire le texte original et à prendre quelques notes.

Étrange sentiment que de se relire 17 ans après la publication de son propre texte … Étrange sentiment également que d’en étudier à la loupe la réception – et donc, les mesinterpretations, les instrumentalisations, les contresens, mais aussi les cas de franc enrichissement! »

Achille Mbembe

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