Kim O’Bomsawin & Joséphine Bacon : « Je m’appelle humain »

Un film de Kim O’Bomsawin La femme de lettres innue Joséphine Bacon incarne une génération témoin d’une époque bientôt révolue. Avec charisme et sensibilité, elle mène un combat contre l’oubli et la disparition d’une culture et ses traditions.

« La réalisatrice abénakise Kim O’Bomsawin présentera sous peu un long métrage documentaire sur la vie et l’œuvre de la poète innue Joséphine Bacon. Je m’appelle humain prendra l’affiche dans plusieurs cinémas du Québec le 13 novembre.

Produit par la boîte autochtone Terre Innue et distribué par Maison 4:3, le film se présente comme une incursion dans l’histoire d’un peuple multimillénaire aux côtés d’une femme libre qui a consacré sa vie à transmettre son savoir et celui de ses ancêtres, […]

la poète affirmait qu’elle ne voulait pas d’un film où elle raconte sa propre vie.

Je veux que ça soit du cinéma direct, qui se passe dans des endroits très importants pour moi, par exemple Maliotenam, dit-elle, donnant l’exemple de la réserve innue de la Côte-Nord dont l’histoire est intimement liée aux pensionnats autochtones.

Maliotenam est important justement à cause du pensionnat. C’est un endroit où j’ai connu toutes mes amies d’enfance qui venaient de toutes les communautés innues différentes. [C’était] le cœur de ma vie.

Dans son documentaire, Kim O’Bomsawin suit donc la poète pendant qu’elle laisse la parole à son peuple, se promenant entre Maliotenam, Nutashkuan, Ekuanitshit et Pessamit.

Avant de sortir en salle, le film sera présenté, en ligne, dans plusieurs festivals canadiens, dont le Festival de cinéma de la ville de Québec […] »

Le film sur la poète autochtone Joséphine Bacon sortira le 13 novembre

« De son Nitassinan natal jusqu’à Montréal, Joséphine Bacon a traversé son existence en plusieurs étapes. Poète, réalisatrice, traductrice, parolière et enseignante, Joséphine Bacon nous raconte sa vie en trois temps.

Il y a eu le temps de la toundra et du pensionnat, le temps d’une première rencontre déterminante avec ses ancêtres et le temps de la transmission par la poésie et l’enseignement de l’innu-aimun.

Joséphine Bacon est une Innue de Pessamit. Elle a reçu, vécu et voulu partager cet amour du territoire et de la langue de ses ancêtres alors parlée dans l’arrière-pays, le Nutshimit. Une langue innue remplie des mots de la vaste nature, contrairement à l’Innu-Assi parlé sur un territoire plus restreint, constitué par la réserve et les environs.

« Je ne suis pas l’errante de la ville. Je suis la nomade de la Toundra », écrit Joséphine Bacon dans son recueil Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat.

Le Nutshimit

Joséphine Bacon naît en 1947 dans une communauté innue autrefois nommée Bersimis, puis Betsiamites, avant de devenir Pessamit (à 50 kilomètres à l’ouest de Baie-Comeau). Les cinq premières années de sa vie se déroulent en semi-nomadisme dans le Nutshimit, l’intérieur des terres de son peuple.

Elle vit un certain déracinement lors de son entrée au pensionnat à Maliotenam (près de Sept-Îles), mais elle s’y retrouve avec les jeunes des communautés environnantes, ce qui lui permet de converser dans sa langue. « Le pensionnat m’a permis, dit-elle, de connaître tous les Innus de plusieurs communautés.

Et le territoire l’habite toujours. « Pour moi, Nutshimit, je ne l’ai jamais perdu », dit-elle, mentionnant à quel point cette terre l’a nourrie concrètement au début et spirituellement par la suite.

« S’il [le Nutshimit] a jamais quitté mes grands-pères et mes grands-mères, moi je ne l’ai pas quitté non plus parce qu’ils me l’ont conté. »

Québec, Ottawa, Montréal

À l’aube de la vingtaine, Joséphine Bacon quitte Malio, direction Québec, avec quelques amis pour entreprendre des études de secrétariat. Elle utilise le français ou l’anglais au besoin, alors qu’entre eux ils ne cessent de discuter en innu aimun. De Québec, elle se rend à Ottawa pour participer à une formation offerte par le Bureau des affaires autochtones lui permettant de devenir « une bonne secrétaire ». Elle y reste six mois.

En novembre 1968, elle débarque à Montréal pour se trouver du travail. Les premiers temps sont durs, elle finit par « être un peu itinérante ».

Pour survivre, elle vogue de petits boulots en petits boulots. Un jour elle se retrouve dans l’ouest de Montréal « et c’est dans l’ouest de Montréal que se trouvaient tous les Indiens ». Un couple d’entre eux, des étudiants à McGill, recueillent Joséphine et ses amis et les aident à s’intégrer. Celle-ci connaîtra les nuits de Montréal, sa musique, ses boîtes de jazz, dont le Rockhead’s Paradise.

C’est aussi grâce à ce couple qu’elle entre en contact avec des anthropologues qui font du terrain chez les Innus du Labrador et du Québec. Elle fera de la transcription pour Rémi Savard, Sylvie Vincent et José Mailhot. « Pis José m’a enseigné à transcrire en phonétique et Rémi me racontait les mythes fondateurs, que je ne connaissais pas pour toutes les années de pensionnat. »

Devenue assistante de recherche pour Sylvie Vincent, elle l’accompagne à Natashquan. Les aînés du coin lui racontent leurs mythes et récits. « C’est comme ça que j’ai pu tout récupérer, pis poser les questions que j’avais besoin de poser. »

Elle réapprend ainsi la langue du Nutshimit « qui n’est pas pareille comme quand t’es sédentaire et que tu vis dans la réserve. »

Le temps passant, Joséphine ne deviendra jamais secrétaire. Outre son travail de transcription et d’assistante de recherche, elle travaille aussi avec des linguistes, devient traductrice et côtoie des cinéastes, dont Gilles Carle et le documentariste Arthur Lamothe qu’elle accompagne à l’occasion.

Le documentaire et la poésie

Un jour l’ONF lui ouvre ses portes dans le cadre d’une formation de cinéaste autochtone. Elle devient documentariste. Sa première production, aujourd’hui disparue, raconte la rencontre d’aînés innus et de mères de clan de Kahnawake.

Elle réalise ensuite Tshishe Mishtikuashisht – Le petit grand européen : Johan Beetz, un documentaire sur « un Européen qui a marié une Indienne ».

Elle participe également à diverses séries jusqu’à une autre rencontre déterminante dans sa vie.

« L’écriture est arrivée dans ma vie par accident », raconte Joséphine Bacon. En 2008, sa rencontre avec la poète et auteure de récits Laure Morali l’entraîne sur une nouvelle route. Tous les mots qu’elle couchait sur de petits bouts de papier depuis si longtemps prennent enfin vie.

Ses quatre recueils de poésie rendent hommage aux anciens, au Nutshimit et à 50 ans de vie à Montréal avec son récent recueil, Uiesh – Quelque part, sa première œuvre urbaine « parce que Montréal a fait de moi qui je suis ».

« Demain peut-être est dans l’écriture, notre langue est peut-être dans l’écriture, c’est peut-être dans l’écriture qu’on restera encore vivant », conclut philosophiquement Joséphine Bacon. »

Joséphine Bacon, la vie en trois temps d’une femme d’exception

« DGC Prix du Meilleur documentaire canadien remis à Kim O’Bomsawin pour JE M’APPELLE HUMAIN !

MOT DU JURY: « A moving portrait of Innu poet Joséphine Bacon as she transforms the boundaries of her existence into a language that is as powerful and as soulful as the land in which she was born.”« 

« C’est avec fierté et excitation que l’équipe de Je m’appelle humain / Call Me Human reçoit ces prix au Festival de cinéma de la ville de Québec :

⭐Mention spéciale – Grand Prix Compétition – Long métrage

« Pour l’inspiration de l’âme de la poétesse Joséphine Bacon. Pour la grandeur du coeur, pour la beauté et la simplicité des mots. »

⭐Prix Jury collégial (ex aequo)

« pour la richesse de son contenu et la sensibilité de son assemblage » »

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