Café Matinal au Goût d’Égorgeuses

by dave

« J’ai amputé mon sein gauche dans les limbes de la création. Je suis allée loin, jusqu’au cœur. J’ai défait ma chair avec mes griffes de chienne sale. Je n’avais pas de couteau. Je possédais ma misère millénaire de chienne sale qui ne sait pas comment lâcher prise. Des bouts de chair morcelés, du sang qui giclait partout, des ligaments en miettes qui pendaient de ma chair. Chair de ma chair. J’ai arraché une partie de ce que ma lignée millénaire m’avait donné.

Il fallait que ce trou du sein gauche t’avale une fois pour toutes. Il fallait qu’une partie de moi s’ouvre à mes entrailles.

Ce que je dis est une horreur. Je l’ai fait pour sauver ma peau. J’écris ceci pour les monstres comme moi, les bêtes, toute cette lignée de femmes qui ne servent à rien. Toutes ces femmes qui sont nées et qui ne savent pas aimer comme les mères doivent aimer les enfants, les élèves, les hommes, les gars.

J’émerge telle une bête déchue. Je n’ai pas sacrifié ma tranquillité d’esprit pour que quelque chose change, pour que quelque chose de radical change. Je n’ai jamais eu de tranquillité d’esprit. Je n’ai jamais posé ma tête sur l’oreiller. Je n’ai jamais pris une grande respiration. Je n’ai jamais cru au bonheur. Je suis née pour te tuer. Je suis ton pire cauchemar. Je ne suis pas sauvable, domesticable, arrangeable, tuable. Je suis née de rien, de pire que rien, de ma misère millénaire.

Tu aurais voulu que je prenne ma colère pour nourrir ton lac de ressentiment. Que ce ressentiment devienne plus grand que moi. Que ce plus grand que moi devienne une autre forme de toi. Que je me promette secrètement de prononcer ton nom au risque d’oublier le mien. Le mien, celui de tant de femmes de ma lignée de chiennes sales. Que je sombre dans les méandres de ta vie, un malheur plus vénérable que ma vie prédestinée. Une vie que je ne pouvais pas vouloir au risque que ma misère soit elle aussi avalée par ton vide à toi et à ta génération qui voyait grand.

Tout ce vide, tu le régurgitais religieusement avec ta grammaire de laxatifs que tu avalais en secret dans ta chambre, en pratiquant un ascétisme catho-bobo. Tu aurais voulu que je rêve d’être une petite fille au bord d’une chambre, que je regarde un reflet de moi et que ce reflet, ce soit toi. Cette coquille que j’aurais dû vouloir. Tu aurais voulu que dans mes rêves, je prenne cette chair sous ta coquille pour la vénérer.

Mais je suis née cannibale. Je suis née pour tout te voler, pour te dévorer, pour te castrer la tête.

Je trouvais ça formidable que tu te sentes épanouie, formidablement émancipée de ta religion, de ta race de ti’, de tes jo blow, Jean, Jacques, Guy et compagnie, je suis contente que tu te sentes justifiée. Je le dis avec toute l’ironie que j’ai apprise grâce à ton appareil éducationnel, je te renvoie ta grammaire, toi la grande, la meilleure, la plus grande forme d’hypocrisie de cette terre qui sait comment libérer les femmes pour mieux les faire taire.

Je prends la figure de la looseuse, de la criminelle, de la sale immigrée qui vient avec sa vieille religion, qui vient nous ennuyer avec sa culture.

Et j’ai aimé tout bouffer de toi dans le trou que j’ai creusé. Je t’ai sentie circuler dans mon corps de chienne. Je t’ai sentie lorsque je t’ai déféquée. J’ai tout pris de toi. Tout pris pour nettoyer ta blancheur qui n’en finit pas de liquéfier nos mondes.

Je viens d’une lignée de femmes qui n’ont que la misère à donner. Toute cette lignée de femmes aux mains endurcies par le travail dans les champs, à récolter des patates, à recevoir les gifles de leur mari alcoolique, lui-même épuisé par la serfitude, non pas servitude, mais serf avec un « f », parce qu’il faut nommer les choses comme elles sont. Je viens d’une lignée pour qui la terre est la terre de leur maître, je suis née de corps et de mains qui ont appris, parfaitement appris à arracher des racines dans les champs, des corps déracinés de leur propre corps, des enfants bâtards du seigneur, d’un seigneur qui leur a appris à donner et à donner et à donner et à donner.

Je le fais pour toutes ces générations de mères, toutes ces mères qui ont dû enfanter des enfants mort-nés et d’autres enfants nés pour les abandonner pour l’autre côté du continent, toutes ces femmes qui parlent frénétiquement pour profiter du peu de temps qui leur appartient, qui doivent détester l’idée du temps parce qu’elles n’ont pas une chambre à elles, qui doivent ménager une maison avec une chambre ouverte sur tout le reste et dont le reste est un lit et une table, qui doivent choisir le premier mâle parmi la litière qui ira à l’école seulement pour que cet enfant les abandonne lui aussi pour se rendre du bon côté du continent, pour devenir un cuisinier, pour qu’il se mette à son tour à piler des patates, à faire frire des patates, à mettre les patates dans un bol en styromousse, à créer sa propre sauce gravy. Je le fais pour ces enfants immémoriaux dont tu ne veux pas te souvenir, qui parlent un français cassé, mais pas le bon mauvais français, pas le joual des écrivains, plutôt un français bâtard, un français assez québécois, un français pour le travail manuel, pour rigoler, pour raconter, pour serfir.

Il est temps de faire la guerre. Fini les pleurs. Fini les concessions, les justes milieux, les fair trade, les formulaires de respect de la diversité, fini les pardons, les excuses, les je ne savais pas, les montre-moi comment c’est fait ici, les signes non verbaux, les protocoles de présentation, fini ton anémie existentielle, fini ton complexe d’infériorité.

Je recrute une autre ligne de femmes au front. Des femmes qui apprennent dans les limbes de la création comment t’égorger toi bête lumineuse, mammifère mise au pâturage par tes bovins, Marc, Jean, Pierre, Thomas et tous les autres. Dans ton royaume, il n’y a qu’une chose à bouffer : la pomme du vice, la pomme-grenade, pomme-bombe à retardement, pomme des contes de ta religion que tu masques en contes de fées, pomme que tu as prise quand tu es devenue sorcière maléfique, quand tu as décidé de régner telle une dictatrice du monde invisible, du monde de cachettes et de faux-semblants, quand tu as refusé de voir le monde, d’être dans le monde, quand tu as retourné ton sacrifice contre nous.

Car moi, car nous, nous voyons ce rien que tu possèdes, nous connaissons ce vide depuis toujours, nous savons déceler les fausses promesses, nous savons anticiper les mensonges, nous savons couper la tête de l’hypocrisie. Et au pire, si tu nous attrapes, nous mourrons.

Et au pire, nous naîtrons. »

Égorgeuses, de Eftihia Mihelakis

« « Avec une brutalité rarement égalée, doublée d’une superbe indifférence au scandale, il y exprimait sa révolte contre la société américaine, le pouvoir, l’argent, la famille, la morale. L’alcool, le sexe, les échos d’une vie marginale et souvent misérable y étaient brandis comme autant de signes de rupture… Depuis lors, l’auteur des Contes de la folie ordinaire, d’Au sud de nulle part, de Pulp, disparu en 1994, est devenu célèbre. Ce Journal, ici édité dans une nouvelle traduction et dans sa version intégrale, n’est pas seulement un des sommets de son oeuvre, c’est un classique de la littérature contestataire, qui conserve, aujourd’hui encore, toute sa fraîcheur. » »

Les Contes de la Folie ordinaire écrits dans un Journal, par un Vieux Dégueulasse

« Donnant voix aux danseuses, aux travesties, aux prostituées, aux junkies, aux violées, aux mal-aimées et autres laissées-pour-compte qui peuplent « le vrai Bordel de la vie », celui des trottoirs et des ruelles, Josée Yvon prend résolument parti pour les exclues, les vulnérables et les « maganées » ; c’est en cela que sa poésie – peut-être malgré elle – fait communauté. À travers une lecture attentive de Filles-commandos bandées (1976) et des incursions dans d’autres recueils, je me propose d’étudier comment Josée Yvon, en dépit de sa résistance au collectif, rassemble une multitude de guerrières kamikazes prêtes à tout pour déjouer les pouvoirs qui les assaillent. Dans une réflexion en trois temps, je me pencherai sur les rapports à la communauté, au sacrifice et au pouvoir qu’entretient la poésie yvonnienne tout en tâchant de déceler comment ses personnages peuvent être rapprochés de ces mythiques femmes au sein coupé vivant en marge de la cité : les Amazones. »

– « Nous sommes des éventreuses ». Les Amazones de Josée Yvon dans Filles‑commandos bandées

par Camille Anctil-Raymond

« En 1941, William Moulton Marston (1893-1947) donne vie non seulement à Wonder Woman, mais à toute une communauté de femmes « with all the strength of Superman ». Elles habitent sur la mystérieuse Paradise Island, l’île des Amazones, « […] set in the midst of a vast expanse of ocean ». C’est là, cachées de l’univers des hommes par un enchantement, que les femmes de Marston réalisent un monde qui surpasse l’« autre » civilisation. Au contraire des théories de l’époque qui considèrent les sociétés matriarcales comme inférieures, le comic suggère que les sœurs de Wonder Woman sont plus fortes et sages que les hommes. Elles sont technologiquement plus développées et elles vivent dans la paix, pendant que le monde extérieur est en proie à la Deuxième Guerre mondiale. Comme l’écrit Andrea Zanin : « Here, without the influence of men, they are able to build a utopian civilization. It’s a poignant reference. Without men, women are at their best. »

Ce modèle marstonien d’une société idéale s’inspire du mythe des Amazones, diffusé depuis l’Illiade. Pourtant, dans Wonder Woman, Marston détourne sa signification initiale. Dans la Grèce ancienne, l’Amazone est un Mahnbild : elle renverse les rapports hommes-femmes et représente un défi lancé à l’ordre patriarcal, à un système social organisé « […] along the lines of the sexual asymmetry of male privilege. » Ainsi, l’Amazone incarne une menace, l’ennemie à soumettre. Sa défaite est une condition préalable à l’hégémonie de la société grecque où l’homme définit l’ordre, la loi et l’État.

Entre les mains de Marston, par contre, le mythe de l’Amazone ne sert pas à confirmer les assises de la société patriarcale, mais la remet en question. Il s’agira donc tout d’abord d’expliquer pourquoi, selon lui, les femmes sauveront le monde du péril de la domination masculine. Il serait nécessaire, pour y arriver, de mettre en place une communauté fondée sur ce que nous appellerons, avec Marston, l’« obedience to loving authority» des femmes.

Nous verrons toutefois que cette posture progressiste pour l’époque n’est pas sans soulever des questions. Dans Wonder Woman, l’héroïne et ses sœurs sont toujours attachées, ligotées, enchaînées – donc apparemment soumises. Comment ces images se conjuguent-elles avec les idées proto-féministes de Marston ? En établissant un parallèle avec la pratique du bondage, nous expliquerons la manière dont ces scènes s’inscrivent dans ces théories. »

Bondage et soumission volontaire : les « liens » communautaires dans Wonder Woman de William Moulton Marston (1941-1947)

par Maria Rosa Lehmann

« Aux XIXe et XXe siècles s’impose progressivement l’image de l’Amazone pour penser la différence des sexes. Utilisée d’abord pour définir, comme repoussoirs, les femmes émancipées de la société postrévolutionnaire, et au premier chef les écrivaines, dont le nombre augmente notablement dans les premières décennies du siècle suite à la professionnalisation de l’activité littéraire qui constitue désormais un gagne-pain, la figure de l’Amazone est ensuite ressortie de la mémoire culturelle par les féministes des années 1970 pour inviter à lutter à l’exemple de ces femmes fortes. C’est donc le sentiment de quantité qui rend nécessaire la convocation du mythe : le changement notoire des rôles sociaux de sexe et la revendication collective d’un tel changement. La résurgence de la figure de l’Amazone marque ainsi les temps forts de l’histoire de l’égalité des sexes. Interroger sa présence dans la littérature et les arts est donc l’une des voies qui doivent permettre de penser cette histoire.

L’œuvre de George Sand en témoigne exemplairement. Elle comporte très peu de références explicites aux Amazones mais le mythe grec et ses succédanés la hantent de bout en bout. Deux traces majeures du mythe peuvent y être identifiées : un type d’héroïnes fortes et indépendantes, et des images de matriarcat. En outre, si les Amazones constituent un cadre de pensée pour Sand, ce sont les Amazones de la Renaissance plutôt que celles de l’Antiquité grecque. Ses œuvres posent en modèles des femmes fortes qui revendiquent une liberté de conduite et qui sont prêtes à défier les hommes pour l’obtenir, mais qui ne portent pas cette lutte au nom de leur sexe. La romancière ne se reconnaît pas dans les héroïnes de l’Antiquité qui se constituent en groupe fermé, déclarent la guerre aux hommes et font de la violence leur mode d’action. Seule l’idée du matriarcat l’intéresse dans le mythe. Cet emploi dissimulé que Sand fait du mythe (convoquant les Amazones avec la distance de l’ironie tandis que ses romans sont parcourus de femmes libres et courageuses que l’on surprend quelquefois à diriger un village ou une petite société) concorde avec ce qui a pu être dit du « féminisme » de l’écrivaine. Il suggère que la romancière revendique une liberté d’action et de conduite pour elle-même mais se refuse à être le porte-parole de son sexe. Plus largement, il montre les réticences des Romantiques à politiser la revendication de l’égalité des sexes à une époque où défendre des droits pour soi est déjà une gageure, qui se gagne par des actes mieux que par des discours. Le cas de Sand montre l’efficacité du mythe pour penser les rôles sexués et découvre un emploi « féministe » des Amazones antérieur à la récupération qui en sera faite par ce mouvement. Il pose un jalon entre les usages « féministes » de cette figure au Moyen Âge (Jauffré Rudel, Chrétien de Troyes) et dans l’après-guerre (Natalie Barney, Renée Vivien, Monique Wittig, Françoise d’Eaubonne), à une époque où l’usage dominant du mythe amazonique fait des Amazones des rivales des hommes, en quête d’indépendance et de pouvoir.

Trois questions seront affrontées dans cette étude : la convocation explicite des Amazones dans l’œuvre fictionnelle et les écrits intimes de Sand ; les personnages de femmes fortes qui traversent ses romans ; la présence d’un type récurrent que cette étude fait découvrir et invite à définir : celui de la femme qui exerce une royauté morale sur un village ou une commune. »

La figure de l’Amazone et la pensée des sexes chez George Sand

par Laetitia Hanin

« On l’a dit, la liberté républicaine change radicalement la donne. Elle libère l’expression pornographique mais elle lui enlève une bonne part de sa justification militante — celle d’un combat politique mené avec les armes de la peinture de mœurs. Si militantisme il y a, il doit se développer sur le terrain même des pratiques sexuelles : à ce compte, ni la pornographie ni la prostitution ne sont assurément les bons : c’est alors que le combat artistique pour la libre expression de la sexualité va se déplacer d’une part vers ce qu’on appellera de plus en plus l’érotisme, d’autre part, de manière beaucoup plus explicite qu’avant, en faveur de l’homosexualité féminine ou masculine. L’obscénité doit donc avancer à visage découvert et en son nom propre. Et que peut signifier une littérature obscène, si elle ne veut pas être réduite au marché de la pornographie ou traitée comme une vulgaire provocation pour attirer le chaland ? Plus que jamais (car Flaubert et Baudelaire avaient déjà indiqué la voie), l’obscénité ne vaut que pour la puissance conjuguée d’expression artistique et de signification réaliste qu’elle apporte à l’écriture, en ce qu’elle oblige l’écrivain à dire l’indicible et à montrer l’irreprésentable. La légitimation du naturalisme tenait tout entière dans la réussite de la manœuvre : c’est selon Arnaud Verret ce qu’a parfaitement compris Émile Zola, fugitivement l’auteur d’une nouvelle pornographique abandonnée à l’état d’ébauche pour le salut de l’œuvre monumentale, les Rougon-Macquart (« Quand Zola devenait sérieusement pornographe. Étude des enjeux de l’écriture pornographique à la fin du XIXe siècle »). Et on peut alors se demander, à suivre les analyses de Gaël Prigent (« Huysmans pornographe »), si la migration de Huysmans du naturalisme vers le mysticisme n’est pas la version littérairement acceptable de la mue de sa pornographie sexuelle en obscénité textuelle. »

– Vaillant, A. (2015). Pornographie ou obscénité ?. Romantisme, 167(1), 8-12.  »

Pornographie(s)

« Les mythes ont-ils un genre, dans la double acception du terme ?

[…]

Les Amazones, mythe masculin versus mythe féminin

Dans son introduction à Réalité et représentation des Amazones, Sylvie Steinberg rappelle que, pour l’école anthropologique française, le mythe des Amazones a été un « mythe d’inversion» où se cristallisait le cauchemar des cités grecques. « L’exclusion des femmes : un rêve ; la sécession des femmes : un scandale », résume de manière lapidaire Nicole Loraux dans Les Enfants d’Athéna. Idées athéniennes sur la citoyenneté et la division des sexes, où elle consacre un chapitre à Lysistrata d’Aristophane, cherchant à comprendre ce qui « faisait rire les Athéniens » dans cette intrigue fondée sur une « incongruité » ne pouvant trouver sa place que dans la « parenthèse institutionnelle » de la performance, parenthèse menaçant d’autant moins l’ordre établi que « l’installation des femmes sur une Acropole de théâtre » s’achevait par le retour des femmes au foyer. La fable des Amazones relèverait alors d’une mythologie masculine légitimant l’enfermement des femmes et l’inégalité des droits entre les sexes. Structurée en deux temps, elle fait d’abord imaginer et redouter diverses formes d’émancipation féminine : sécession ou grève du sexe ; armement des femmes et combats contre les hommes ; gynocratie ; contrôle de la reproduction pouvant aller jusqu’à l’élimination des enfants mâles. Le deuxième mouvement est celui d’un retour à l’ordre patriarcal impliquant la soumission ou la destruction des Amazones : Dionysos les extermine à Éphèse et à Samos ; Thésée les écrase à Athènes ; Penthésilée est abattue par Achille devant les murs de Troie chez Quintus de Smyrne, une victoire que Heinrich von Kleist lui arrachera dans sa tragédie achevée en 1807 et qui a constitué, pour Natacha Michel, une œuvre séminale mais n’est que partiellement l’hypotexte de son roman.

Si le mythe amazonien peut apparaître, dans ses multiples variantes antiques, comme une construction imaginaire et idéologique masculine légitimant la domination des hommes, il a suscité des interprétations plus nuancées du point de vue de ce qu’il dit des relations entre les sexes, et surtout, il a connu, au cours de l’histoire de sa réception créatrice, des inflexions idéologiquement éloignées de ce qui prévalait dans le monde grec, jusqu’à devenir un mythe d’émancipation que les femmes se sont approprié. Mythe d’inversion par rapport à la réalité sociale tout en étant conservateur dans ses mises en œuvre et ses usages référentiels, il serait devenu ce que qu’on pourrait appeler un mythe féminin de projection, destiné à faire valoir un nouvel ordre social reposant sur des valeurs comme la sororité et un idéal communautaire ayant pour socle l’indépendance des femmes par rapport aux hommes. Au XXe siècle, la reconfiguration du mythe amazonien, en particulier dans la littérature et les arts d’inspiration féministe, et sa transformation en un mythe féminin émancipateur valorisant la sororité et la solidarité entre femmes ont accompagné les transformations sociales, tout en suscitant la production de récits où pouvait se dire l’homosexualité féminine. Il serait toutefois réducteur de ne considérer que le mouvement de conversion d’un mythe masculin d’exclusion des femmes du champ social et politique en un mythe féminin d’émancipation. La diversité idéologique des actualisations du mythe incite en effet à la prudence. On aurait, plutôt, un pôle masculin et un pôle féminin d’un même mythe structurant un espace imaginaire où le cauchemar des uns est l’idéal des autres, où l’utopie émancipatrice est réversible en dystopie : le mythe masculin d’exclusion des femmes du champ social et politique n’a pas en effet été remplacé par un mythe féminin d’émancipation, le mythe fonctionnant de manière bi-genrée. Pour interroger cette double interprétation du mythe dans quelques-unes de ses actualisations contemporaines, j’ai fait le choix d’examiner deux fictions polyphoniques qui en font résonner les deux voix, la masculine et la féminine. Le mythe actualisé par Michel et Quiriny est projeté dans un temps qui n’est pas celui du lecteur, futur proche ou présent parallèle, pour décrire des communautés de femmes identifiées, ou identifiables, comme Amazones, à travers leur histoire et leurs récits de fondation, leurs croyances, leurs relations aux hommes et aux enfants, mais aussi la façon dont elles vivent entre elles, représentations dont il conviendra d’interroger l’inscription axiologique. »

La sororité amazonienne, entre utopie et dystopie : genres du mythe dans Le Repos de Penthésilée de Natacha Michel et Les Assoiffées de Bernard Quiriny

par Ariane Ferry

« Jonathan Metzl explique que les campagnes commerciales pharmaceutiques associent elles aussi la communauté afro-américaine à la violence et la schizophrénie. Certains arguent même que les icônes noires des droits civiques provoquent incidemment la maladie mentale. La radicalisation qui accompagne les Black Panthers, Malcolm X, Elijah Muhammad et Nation of Islam colle parfaitement avec la nouvelle description de la schizophrénie, ce qui a pour effet de pathologiser la contestation noire et d’opérer un authentique contrôle social. Les articles de recherche parus dans les années 1960 et 1970 sont dans l’air du temps : ils décrivent les Noirs comme agressifs et hostiles.

Frantz Fanon, psychiatre, avait une lecture différente des choses. La pauvreté, le racisme ou le sentiment d’impuissance font certes partie des incubateurs de certaines maladies mentales, mais la couleur de peau en tant que telle y est tout à fait étrangère. Il sera rejoint sur ce point par certains journaux afro-américains. Cela n’empêche pas Malcolm X et Robert Williams, alors directeur à la NAACP, d’être déclarés schizophrènes par le FBI. Certains militants afro-américains voient eux aussi de la schizophrénie dans le racisme des Blancs.

À Ionia, corruption, épidémie et suicides mènent à une désinstitutionnalisation progressive. L’établissement ne conserve que les malades les plus violents, c’est-à-dire, selon les considérations médicales de l’époque, les Noirs. Jonathan Metzl trouve d’ailleurs une confirmation édifiante dans les dossiers des patients. Les Noirs y sont souvent décrits comme belliqueux et menaçants, surtout avec le corps médical (blanc), tandis que les Blancs sont dits réservés, improductifs et apathiques, et seulement violents envers eux-mêmes. Le diagnostic de schizophrénie est clairement « le lieu d’un changement de perception ». Cette maladie a été codée de telle sorte qu’elle a intériorisé les conflits politiques. Les nouvelles normes psychiatriques verbalisées dans le DSM-II, mêlées aux idées préconçues des soignants et à la radicalisation du mouvement pour les droits civiques, ont envoyé à l’asile des milliers d’Afro-américains qui, auparavant, auraient été au pire diagnostiqués comme dépressifs ou souffrant de troubles bipolaires. Pendant ce temps, Alice Wilson, une patiente blanche dont Jonathan Metzl retrace patiemment le parcours psychiatrique, est « rétrogradée » de schizophrène à dépressive…

Il faudra attendre la troisième édition du DSM, en 1980, pour que le schizophrène ne soit plus considéré comme hostile ou colérique. Entretemps, l’asile aura opéré précisément comme Michel Foucault l’avait en son temps théorisé : une expression répressive de relations de pouvoir. Et la schizophrénie aura été conçue – peut-être inconsciemment, l’auteur ne tranche pas vraiment la question – comme une sorte de drapétomanie moderne. Sauf que ce n’était plus exactement l’esclave cherchant à s’affranchir qui était diagnostiqué malade mental, mais bel et bien le Noir revendiquant une égalité de droit que le pouvoir blanc lui refusait. »

« Étouffer la révolte » : pathologiser la contestation, par Jonathan Fanara

Alors que le mouvement des droits civiques commence à embraser l’Amérique des années 1950, les hôpitaux psychiatriques attestent d’une étrange évolution du diagnostic de la schizophrénie : jusque-là réservée aux intellectuels et aux femmes au foyer blanches, la maladie devient soudain l’apanage d’ une nouvelle catégorie d’individus – majoritairement des hommes noirs et en colère.
C’est en se plongeant dans les archives de l’hôpital d’État d’Ionia (Michigan) que le psychiatre Jonathan Metzl a fait cette découverte stupéfiante. D’inhibés qu’ils étaient, les « nouveaux» schizophrènes se voient qualifiés de belliqueux ou de paranoïaques et, parallèlement, sous la plume des grands psychiatres de l’époque, la schizophrénie devient une « psychose de révolte ». Plus encore, l’abus diagnostique s’immisce dans le langage courant au point que même Martin Luther King ou Stokely Carmichael le reprendront à leur compte, faisant de la schizophrénie une image de l’identité afro-américaine scindée en deux par l’hégémonisme blanc.
Dans cet ouvrage passionnant, J. Metzl met au jour un racisme institutionnel d’un genre nouveau : l’instrumentalisation de la psychiatrie à des fins de domination des populations. Un ouvrage plus que jamais nécessaire, à l’heure où l’urgence de déconstruire toute forme de racialisation apparaît de façon toujours plus éclatante.

« Controversée à son époque, la figure de Jeanne d’Arc s’est progressivement élevée, au début de la modernité, jusqu’au statut d’héroïne nationale, suscitant un engouement que Simone Fraisse attribue en bonne partie à des exploits guerriers qui convoquaient volontiers l’image des Amazones. Pour de nombreux auteurs de l’Ancien Régime, une façon d’appréhender l’étonnante valeur militaire de cette jeune paysanne était de considérer Jeanne comme la déclinaison chrétienne par excellence de l’Amazone antique. Ainsi, dans la Gallerie des femmes fortes (1647), Pierre Le Moyne insiste sur les faits d’armes de cette bergère qui la rendent comparable aux Amazones et aux figures héroïques anciennes (telles Rodogune et Zénobie), mais il rappelle également que « cette Villageoise est Profetisse », c’est-à-dire que, en plus d’être guerrière, son action dans le monde est assortie d’un don divinatoire qui fait de Jeanne à la fois une Amazone et une Sibylle.

Cette singulière dualité n’est guère explicitée ou théorisée dans la production historiographique de l’époque, qui s’attache le plus souvent à mettre en relief le courage physique de la Pucelle d’Orléans, en se contentant de souligner l’origine divine de sa mission, sans trop s’attarder à ses voix et prophéties. Si, depuis le Moyen Âge, les qualités guerrières de Jeanne d’Arc sont largement mises en lumière dans les représentations textuelles de celle-ci, le caractère plus délicat de l’autre facette du personnage explique probablement pourquoi on ne s’est guère penché sur quelques pamphlets anonymes de la première moitié du XVIIe siècle qui confient à Jeanne un discours divinatoire dans le cadre duquel elle commente des événements politiques courants. Il s’agit de L’Oracle de la Pucelle d’Orleans (1614), de La Pucelle d’Orleans apparue au Duc de Boukingan (1627) et de l’Exhortation de la Pucelle d’Orleans à tous les Princes de la terre (1649). Vraisemblablement rédigés par des polémistes de métier, ces textes, qui font « renaître » Jeanne d’Arc à une autre époque que la sienne en lui attribuant une voix oraculaire, tablent sur les traits guerriers les mieux connus de la locutrice pour confirmer son identité et assurer la crédibilité d’une prise de parole visant le bien de la nation. Ces textes de circonstance font se toucher deux traditions antiques de femmes exceptionnelles : la Sibylle et l’Amazone, liées respectivement à la prise en charge, par une figure féminine, du discours et de l’action. Mais il faut bien constater que, dans le déploiement de ces pamphlets, les deux traditions n’ont pas le même poids. Au contraire de nombreux écrits historiographiques, les attributs amazoniens de Jeanne y sont tout au plus évoqués ; ils se présentent comme une donnée relevant de l’évidence et qu’une simple mention suffit à réactiver, dans le but de conférer à la Pucelle une autorité politique qui lui permet de se prononcer, telle une Sibylle, sur des questions d’importance pour la couronne française. Les deux facettes de Jeanne apparaissent donc asymétriques dans le traitement que leur réservent des textes préoccupés avant tout par la mise en valeur d’une parole pamphlétaire provenant d’un personnage que l’on ne peut soupçonner d’intérêts partisans. On voit l’avantage d’un tel dispositif qui donne à Jeanne la possibilité d’être le sujet du discours, tandis que, à la même époque, les textes qui la concernent se contentent généralement de faire d’elle l’objet du discours. Cette façon d’envisager l’action illocutoire de la Pucelle confère une valeur uniment positive à ses pouvoirs prophétiques (qui représentent la dimension la plus problématique de Jeanne, et ce, même dans les travaux récents). Dans ces occasionnels, l’image de la guerrière sert de tremplin au discours assumé par une figure de Sibylle qui manie la parole comme une arme, à une époque où se développe justement la conscience de l’efficacité du discours pamphlétaire pour façonner l’opinion publique. »

Sibylle et Amazone : la voix pamphlétaire de la Pucelle d’Orléans au XVIIe siècle

par Jean-Philippe Beaulieu

« Le Poète aujourd’hui, quand il veut concevoir

Ces natives grandeurs, aux lieux où se font voir

La nudité de l’homme et celle de la femme,

Sent un froid ténébreux envelopper son âme

Devant ce noir tableau plein d’épouvantement.

Ô monstruosités pleurant leur vêtement !

Ô ridicules troncs ! torses dignes des masques !

Ô pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,

Que le dieu de l’Utile, implacable et serein,

Enfants, emmaillota dans ses langes d’airain !

Et vous, femmes, hélas ! pâles comme des cierges,

Que ronge et que nourrit la débauche, et vous, vierges,

Du vice maternel traînant l’hérédité

Et toutes les hideurs de la fécondité !

Nous avons, il est vrai, nations corrompues,

Aux peuples anciens des beautés inconnues :

Des visages rongés par les chancres du coeur,

Et comme qui dirait des beautés de langueur ;

Mais ces inventions de nos muses tardives

N’empêcheront jamais les races maladives

De rendre à la jeunesse un hommage profonde,

– A la sainte jeunesse, à l’air simple, au doux front,

A l’oeil limpide et clair ainsi qu’une eau courante,

Et qui va répandant sur tout, insouciante

Comme l’azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,

Ses parfums, ses chansons et ses douces chaleurs !

– Charles Baudelaire. »

B(e)au(de l’air) (e)

« Tu le constates bien, l’un des effets sur moi du décès de mère est que plus que jamais (plus qu’avant) je n’en ai absolument rien à branler de ce que x y z pense, juge, etc., (négativement ou positivement) de ma personne. Plus que jamais, je regarde ça et.. rien.. rien du tout. Cela m’indiffère plus que jamais, et si je réagis (quelques fois) à certaines choses c’est parce qu’elles sont foncièrement des actes de mépris, d’irrespect, d’humiliation, et souvent d’inhumanité, je réagis non pas parce que cela me fait un truc mais simplement parce que je ne puis accepter, tolérer, le mépris, l’irrespect, l’humiliation (qui dit substantiellement infériorisation) et l’inhumanité. Je réagis proportionnellement au degré, à l’intensité, à la densité même, de tels actes. Une réaction souvent d’une grande condescendance, brutalité, férocité, violence, proprement d’une certaine incivilité, c’est voulu ainsi.

Que les gens racontent des tas de trucs, c’est leur problème, mais qu’ils ne viennent pas trop me faire chier en me traitant comme de la merde (ou en voulant me faire passer pour une merde, etc.) et espérer de moi que je les embrasse sur la bouche, ou sur la joue – je ne suis pas le christ (et je ne le serai jamais). Tu me diras « il y a des manières de faire » à quoi je te répondrai « oui effectivement ».

Tu sais la civilité (par exemple) peut sous bien des aspects n’être qu’une forme de domination, une injonction à un conformisme qui permet de contrôler les individus en les maintenant dans le rang et à leur place (qui n’est pas toujours celle de l’égale dignité), la civilité peut être une façon d’imposer au dire des modalités qui atténuent (voire vide) la force naturelle du dire (ce qui a pour conséquence de la neutraliser). La civilité peut être sous cet angle-là un bâillonnement de la dénonciation ou de la contestation, un étouffement de la légitime et juste colère, etc. De l’autre côté, ceux et celles qui prétendent faire preuve de civilité ne se gênent pas trop (sous le vernis de politesse, de bienséances, de ‘bonnes manières’) de faire preuve d’une incroyable sauvagerie envers les Autres, d’être absolument (sous couvert d’un beau vocabulaire propre sur lui mais d’une extraordinaire violence) primitifs ou barbares, d’être très peu civilisés en mobilisant un registre soutenu de la langue, d’être grossiers obscènes indécents vulgaires en usant de grands mots tout académiciens intellectuels littéraires (des grands mots de la ‘bonne société’, de la ‘bonne éducation’, de la ‘haute / grande société’, de la ‘grande / haute éducation’, etc.).

J’y réponds généralement sans subterfuges, avec des mots de rien du tout qui sentent mauvais comme des pets ou l’haleine fétide des abysses, des mots sales ou qui ne savent pas se tenir à table, des mots qui rotent dans un ‘je-m’en-foutisme’ jouissif ou qui ont l’odeur pestilentielle de la vomissure, des mots de merde sortant mon trou de balle, des mots-urine qui pissent sur cette connerie, des mots d’une brutale nudité obscène vulgaire indécente grossière qui sont le reflet de la bêtise de cette ‘civilité’ de barbares de sauvages de primitifs. Dans ce genre de situation, j’emmerde profondément cette connerie, cette bêtise, et je veux qu’elle la sente dans son être en espérant (vœu pieux sans doute) lui faire comprendre, de mon point de vue, à partir de ma personne humaine, un ou deux trois trucs d’une certaine importance.

Ainsi que ce soient des idées, des formulations d’idées, je ne m’encombre pas (toujours) de ‘civilité’ (dans le sens définitoire que ces eux / elles lui donne) et je te fais sentir toutes les puanteurs de ta merde avec ma propre merde. A un moment donné, faut vraiment (vraiment vraiment) arrêter de prendre les Autres pour des débiles finis, des demeurés finitos, des rien ou des rien du tout envers lesquels l’on peut tout se permettre.

Mère n’aurait pas toujours approuvé, mais de son vivant devant certains trucs elle n’a pas souvent réagi avec du savoir-vivre, elle a été sans civilité, et dans ces situations-là elle n’en avait rien à foutre. Je l’ai dit plusieurs fois ici : je suis le fils de mère, la fille qu’elle n’a jamais eue. Ce qui lui importait était d’être une source de fierté pour ses enfants, fierté non pas une question d’amour-propre (de suffisance, d’arrogance, de prétention, etc.) mais profondément une question de courage seulement compréhensible dans le sens de dignité humaine. Comme elle me le disait très souvent : « Toutou, ne tolère aucun manque de respect ! Tu ne peux laisser les autres te mettre à genoux pour qu’ils se sentent grands ! Tu ne peux être un paillasson sur lequel les autres viennent essuyer leurs immondices ! » Mais aussi : « Toutou, ne te laisse jamais aliéner par les compliments, les bons sentiments, le plaisir, le désir, la gloire, le prestige, la renommée, la réputation, la peur ! » J’avais entre 9 ans et 11 ans. J’ai ainsi fait très tôt du respect inconditionnel de la dignité humaine quelque chose de fondamental pour moi, du refus entêté de toute forme d’aliénation un principe d’existence duquel découlent certaines attitudes / comportements / façons d’être, du rejet catégorique de toute poursuite de la gloire du prestige de la renommée de la réputation (d’exiger et de vouloir être dans l’ombre par exemple et non sous les projecteurs), de la vigilance obsessionnelle quant à mes propres désirs et des plaisirs.

Voilà, depuis que j’ai 9 ans, pourquoi je n’ai rien à cirer (dans son sens d’indifférence) de ce que x y z pense, juge, etc., de ma personne ; pourquoi j’ai pu en déconsidération de ce ‘qu’en dira-t-on’ me présenter tant de fois sans honte et sans peur devant les Autres ; pourquoi je me suis toujours assumé comme à la fois singularité non-négociable et commun (banalité, ordinaire) sans jamais accepter de répondre aux injonctions abusives de justification de soi (mais en offrant des clarifications de soi si seulement j’en suis capable) ou de me conformer à ce ‘tu dois rentrer dans le rang’ (‘tu dois suivre les règles’) qui loin d’être un appel à une nécessaire cohésion (d’ensemble, du groupe, de l’être-ensemble collectif) est un abus d’autorité (un autoritarisme illégitime) qui se veut une domination, un contrôle, une désintégration de soi. Je ne me suis jamais vraiment soucié des grammaires de la reconnaissance, j’ai trop souvent (depuis l’âge de 9 ans) violé de telles règles car elles me paraissaient abusives et injustifiables. J’ai toujours fait mon truc, anonymement, dans mon coin, et quant aux restes tel que j’ai l’habitude de le dire : alea jacta est. Pour dire, on verra bien.

On a souvent pris cela pour de l’effronterie, même au sein de ma propre famille, j’ai reçu des châtiments corporels (à l’école, dans ma famille, etc.) comme non pas seulement punition mais volonté de ‘briser l’animal’ aux fins de ‘domestication’ comme un de mes enseignants jésuites me l’a une fois balancé au primaire (en m’infligeant 100 coups de fouet aux fesses – nues bien sûr). Mes frères charly et chrispy aussi m’ont (très sévèrement) châtié (et très très souvent humiliés) parce qu’il fallait ‘civiliser toutou’ leur cadet, mes ‘ami(e)s’ d’enfance m’ont souvent rejeté et stigmatisé du fait de ma ‘singularité’ qui voulait dire leur complète incompréhension de qui j’étais, j’ai au cours de ma modeste existence reçu tellement de violences parce que j’étais comme je suis que je suis incapable de m’en souvenir (mais est-ce que je le veux vraiment). Toi qui lis ça tu en as sans doute reçu pire, tu comprends donc pourquoi tu as peut-être l’impression que je te comprends ou de ce lien entre toi et moi, d’autres dans le monde en reçoivent encore de nos jours pire et je les comprends sans jamais affirmer que nous sommes pareils. Je suis donc un peu immunisé contre certaines choses, tu comprends donc pourquoi certaines choses m’indiffèrent.« 

De l’Impossible Deuil..

Les commentaires sont fermés.

Un site Web propulsé par WordPress.com.