Variation(s) en T(emps pluvieux-plus vieux) Minor

« J’appelle Tout-monde notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la « vision » que nous en avons.

La totalité-monde dans sa diversité physique et dans les représentations qu’elle nous inspire : que nous ne saurions plus chanter, dire ni travailler à souffrance à partir de notre seul lieu, sans plonger à l’imaginaire de cette totalité.

Les poètes l’ont de tout temps pressenti. Mais ils furent maudits, ceux d’Occident, de n’avoir pas en leur temps consenti à l’exclusive du lieu, quand c’était la seule forme requise.

Maudits aussi, parce qu’ils sentaient bien que leur rêve du monde en préfigurait ou accompagnait la Conquête.

La conjonction des histoires des peuples propose aux poètes d’aujourd’hui une façon nouvelle. La mondialité, si elle se vérifie dans les oppressions et les exploitations des faibles par les puissants, se devine aussi et se vit par les poétiques, loin de toute généralisation. »

– Edouard Glissant, Tout-Monde

« J’écris dans l’écho des cultures qui m’habitent : africaine, européenne, africaine américaine, caribéenne. »

– Léonora Miano

« L’esprit de ce temps veut entendre parler d’utilité et de valeur. Je le pensais moi aussi et ce qui est humain en moi le pense encore. Mais cet autre esprit m’oblige néanmoins à parler, par-delà toute justification, toute utilité et tout sens. […] Je n’ai pas pris en compte que l’esprit des profondeurs fut de tout temps et sera pour tous les temps plus puissant que l’esprit de ce temps qui change au fil des générations. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Mais le sur-sens [la fusion du sens et du contre-sens] est la voie, le chemin et le pont vers l’à-venir. […] Le sur-sens est réel et projette une ombre. Car qu’est-ce qui pourrait être réel et physique sans posséder une ombre ?

L’ombre est le non-sens. Elle est sans force et n’existe pas par elle-même. Mais le non-sens est le frère inséparable et immortel du sur-sens. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Comprendre une chose est un pont et une possibilité de revenir sur le chemin. Par contre, expliquer une chose est un acte arbitraire et parfois même un assassinat. As-tu compté les assassins parmi les érudits ? »

Carl Jung, Le Livre Rouge

A une époque où Platon puis Aristote règnent en maîtres sur la pensée athénienne, voici que surgit Diogène, l’exilé de Sinope, qui revendique le chien comme emblème philosophique. Il sera « le chien royal », après Antisthène, « le vrai chien », que l’on considère comme le père fondateur de l’école cynique. Diogène crèe le personnage du philosophe vagabond, barbe hirsute, manteau de bure, besace et baton dont il fera grand usage pour convertir ses contemporains à la philosophie, la sienne. Vivant dans une jarre à proximité de l’Agora, interpellant les passants au hasard des rencontres, les raillant et les fustigeant de ses féroces jeux de langage – le rire est sa méthode – il engage ses congénères à vivre selon les lois de la nature. Faisant fi des tabous, des illusions et de toutes les conventions sociales, de provocations en provocations, Diogène vit comme un chien, mangeant au creux de ses mains, pissant et crachant sur les puissants, se masturbant sur la place publique… Sa théatralité fait scandale et perturbe, par un renversement absolu des valeurs, la bonne conscience de ses contemporains et l’ordre de la cité. On l’a beaucoup caricaturé, mais Diogène le subversif intempestif est un penseur qui exprime avec radicalité une vision du monde et une pensée philosophique.

« Croyez-moi : Ce n’est pas une doctrine, pas un enseignement que je vous donne. D’ou tirerais-je le droit de vous donner des leçons ? Je vous révèle le chemin de cet être humain, son chemin mais pas votre chemin. Mon chemin n’est pas votre chemin ; je ne peux donc pas vous instruire. le chemin est en nous, mais pas dans les dieux, ni dans les doctrines ni dans les lois. C’est en nous qu’est le chemin, la vérité et la vie.

Malheur à ceux qui vivent selon des modèles ! La vie n’est pas avec eux. Si vous vivez selon un modèle, vous vivez la vie d’un modèle, mais qui vivra votre vie sinon vous-mêmes ? Donc vivez-vous vous-même.

Les panneaux indicateurs sont tombés, des sentiers incertains se déroulent devant nous. Ne soyez pas avides d’avaler les fruits qui se trouvent dans le champ des autres. Ne savez-vous pas que vous êtes vous-mêmes le champ fertile qui porte tout ce qui vous est utile ?

Mais qui le sait aujourd’hui ? Qui connaît le chemin qui mène aux champs éternellement fertiles de l’âme ? Vous cherchez le chemin par le biais d’éléments extérieurs ; vous lisez des livres et écoutez des avis : à quoi bon ?

Il n’y a qu’un seul chemin et c’est votre chemin.

Vous cherchez le chemin ? Je vous mets en garde contre mon chemin. Il peu être pour vous le mauvais chemin.

Que chacun suive son propre chemin. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Le chemin est une immobilisation étrange de tout ce qui auparavant était mouvement, une attente aveugle, une écoute et un tâtonnement empreints de doute. On croit que l’on va exploser. Mais c’est de cette tension même que naît ce qui apporte la solution, et la plupart du temps c’est là où l’on ne l’attendait pas.« 

Carl Jung, Le Livre Rouge

« La véritable voie ne va pas vers les hauteurs, mais vers les profondeurs, car seul l’autre en moi me conduit au-delà de moi-même. Mais l’acceptation de l’autre en moi signifie une descente dans les opposés, passer du sérieux au ridicule, de la tristesse à la gaîté, de la beauté à la laideur, de la pureté à l’impureté. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Le solitaire habite dans un désert infini, plein d’une terrible beauté. Il contemple le Tout et le sens intérieur. Il a horreur de la diversité quand elle est proche de lui.

Il la contemple de loin dans le Tout. Voilà pourquoi il met l’éclat argenté, la paix et la beauté au dessus de la diversité. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Je sais que tout ce que tu dis, ô mon âme, est aussi ma pensée. Mais j’en tiens à peine compte dans ma vie. L’âme dit : « Comment alors, dis-moi, crois-tu que tes pensée puissent t’aider ? » Je voudrais toujours exciper du fait que je suis un homme, juste un homme qui est faible et ne fait pas toujours de son mieux. Mais l’âme dit : « Est-ce là ce que tu penses du fait d’être homme ? » Tu s dure, mon âme, mais tu as raison. Comme nous nous montrons peu habiles quand il s’agit de vivre ! Nous devrions pousser comme un arbre qui ne connaît pas non plus sa loi. Mais nous nous ligotons avec des intentions, sans tenir compte du fait que toute intention restreint, voir même exclut la vie. Nous croyons pouvoir, grâce à une intention, éclairer une obscurité et, ce faisant, nous passons à côté de la lumière. Comment pouvons-nous avoir l’outrecuidance de vouloir savoir d’avance d’ou nous viendra la lumière ? »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Si vous regardez au dehors de vous-mêmes, vous voyez la forêt lointaine et les montagnes,et, au-dessus, votre regard monte jusqu’aux espaces stellaires.

Et lorsque vous regardez en vous, vous voyez de nouveau le proche, le lointain et l’infini, car le monde de l’intérieur est aussi infini que le monde de l’extérieur. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Les années durant lesquelles j’étais à l’écoute des images intérieures constituèrent l’époque la plus importante de ma vie, au cours de laquelle toutes les choses essentielles se décidèrent. Car c’est là que celles-ci prirent leur essor et les détails qui suivirent ne furent que des compléments, des illustrations et des éclaircissements. Toute mon activité ultérieure consista à élaborer ce qui avait jailli de l’inconscient au long de ces années et qui tout d’abord m’inonda. Ce fut la matière première pour l’œuvre d’une vie. »

Carl Jung, Le Livre Rouge

« Bertrand Eveno, son éditeur, souligne la richesse de ce somptueux manuscrit calligraphié, enluminé et illustré de la main de C. G. Jung.

Publié en 2009 en allemand et en anglais et disponible en français depuis septembre, Le Livre Rouge (Liber Novus) est une pièce majeure de l’oeuvre de Carl Gustav Jung, élaborée entre 1914 et 1930. Pourquoi avoir publié cet ouvrage si tardivement?

Jung lui-même a hésité sur la question de publier ou non ce texte. A certains moments, il a retravaillé son texte, comme s’il envisageait une parution, et il a aussi consulté des amis ou des proches sur cette question. Et en fin de compte, il n’en n’a rien fait. A sa mort, il n’a pas laissé d’instructions, se bornant à demander que le Livre Rouge – ce manuscrit somptueusement calligraphié et orné – demeure dans la famille. Les héritiers ont protégé le « trésor » dans un coffre-fort, sans autoriser la consultation par les chercheurs. L’universitaire britannique Sonu Shamdasani a su convaincre les héritiers que le risque d’une édition non-autorisée était sérieux puisque certaines copies existaient dans des bibliothèques. Sa recommandation de faire une édition savante, annotée et respectueuse de Jung, une édition « canonique » en quelque sorte, a été acceptée par la famille, d’où la parution, en 2009, des versions allemande et anglaise. 

L’exemplaire original du Livre Rouge est actuellement exposé au musée Guimet dans le cadre de l’exposition Le Livre Rouge de C.G. Jung – Récits d’un voyage intérieur. L’ouvrage présenté ressemble à un véritable manuscrit datant du XVe ou du XVIe siècle.

La forme même que Jung a donnée à son texte ne manque pas d’intriguer, d’étonner et de provoquer une impression forte et mystérieuse. Pourquoi a-t-il consacré tant d’heures, de nuits, de mois et d’années – seize années en tout – à recopier patiemment ce texte écrit pour l’essentiel en quatre mois, puis longuement retravaillé, juste avant et pendant la guerre de 1914 ? Jung écrit que la période historique qui s’ouvre avec la Renaissance, le Protestantisme et la Modernité, a été une coupure mutilante pour l’âme humaine et qu’il faut donc reprendre le fil de la réflexion humaniste, précisément à la plus haute époque spirituelle du Moyen-âge, celle des moines copistes et des livres d’heures enluminés à la main et traités comme des trésors de l’esprit. Et pour lui, recopier patiemment à l’encre de Chine, les lettres gothiques, les cabochons et les enluminures, toutes ces préciosités bénédictines de patiente fourmi intellectuelle, lui ont permis de ruminer en permanence son texte, de le revivre nuit après nuit, comme un authentique « exercice spirituel » (au sens de Saint Ignace de Loyola). Et c’est pourquoi il a donné à son livre, car cette expérience était si importante pour lui, une forme précieuse et rare, portant témoignage de cette importance même. 

Quelles sont les expériences racontées par Jung dans le Livre Rouge?

Le Livre Rouge raconte, à la première personne, un voyage intérieur, une descente aux Enfers – du moins dans le chaos d’une âme troublée et indécise -, une exploration de ses propres désorientations et de ses tâtonnements à la recherche de solutions qui puissent redonner un sens à sa vie. C’est un texte littéraire dans la forme, avec des dialogues, car Jung raconte qu’il fait des rencontres, à l’intérieur de lui-même, dans son propre inconscient ou subconscient, ou dans un état de conscience avivée. Il y rencontre des figures comme Elie et Salomé, un diable vêtu de rouge, un serpent, un ermite, un bibliothécaire et le vieux sage Philémon. En tout, une trentaine de personnages avec qui il dialogue, qui lui répondent, qui le conduisent à une évolution progressive dans sa vision du monde et de lui-même. Ce récit ressemble tour à tour au Zarathoustra de Nietzsche, à L’Enfer de Dante et à La Tentation de Saint-Antoine de Flaubert. Parfois, le ton devient poétique et il est « voyant » comme Rimbaud, parfois prophétique comme Luther et parfois il le fait avec humour. L’action progresse, avec des rebondissements comme dans le Faust de Goethe. Tout lecteur du texte, s’il entre dans cette psychologie parfois angoissée ou parfois pleine de sagesse, y trouvera des phrases qui lui parlent directement, abordant des questions toujours actuelles et même plus que jamais. Elles sont certes intimes pour Jung, mais aussi universelles et éternelles pour tout être humain. 

Justement, quelles sont ces questions?

Est-ce que je consacre assez de temps à ma vie intérieure ? Ai-je encore une âme, et si j’ai une âme, qu’a-t-elle à me dire d’essentiel ? Ne suis-je pas englouti par des activités extérieures incessantes lesquelles ne donnent pas de sens à ma vie ? Qui faut-il suivre comme modèle de vie et de sagesse : la Science, le Christ, le Bouddha, l’Eros ou qui d’autre ? En qui ou en quoi avoir confiance, soit à l’extérieur de moi, soit pire encore, en moi ? Toutes ces questions montrent que le Livre Rouge est à la fois un récit personnel, un texte littéraire, une méditation philosophique et un enseignement de sagesse. 

Le Livre Rouge est divisé en deux parties : le « Liber Primus » et le « Liber Secundus ». Que représente chaque section?

Les parties se suivent et s’enchaînent, mais le « Liber Primus » exprime avec force le chaos personnel et le désarroi initial dans lequel se débat Jung, qui craint même de côtoyer la folie. En tant que médecin-psychiatre, il la connaît de près. Puis, des possibilités de dialogue apaisant surgissent, avec la figure d’Elie, qui ensuite par avatar se transformera en Philémon. 

Dans le « Liber Secundus », l’ordre et le désordre de son parcours intérieur s’articulent en finesse et se complexifient. Des figures secourables apparaissent. Le Dieu qu’on craignait mort renaît sous des formes inédites. Les sacrifices personnels demandés à Jung par ses voix directrices commencent à prendre un sens nouveau. Peu à peu, il entend ce qui lui est annoncé, il ressent les impasses de la vie à éviter. Il retrouve un sens profond, malgré les contradictions qu’il est obligé de vivre sous tension, faute de pouvoir les résoudre unilatéralement. Il trouve ainsi peu à peu le chemin de l’unification intérieure.  

Dans la troisième partie, « Epreuves », reprise d’un manuscrit non calligraphié et retrouvé dans ses archives, Jung dialogue tout particulièrement avec les morts, c’est-à-dire non seulement ceux que la Première Guerre Mondiale fauche en masse à cette époque, mais aussi les morts des siècles passés qui sont eux aussi des figures en désarroi et à la recherche d’une sagesse éternelle valable. Puis, les morts se retirent grâce à l’influence apaisante de Philémon et Jung trouve, avec cette figure de sage intérieur, peu à peu, les chemins et la voie justes pour lui.  

Quels sont les enseignements du livre?

Jung comprend les « lois intérieures » du fonctionnement de l’âme et de la psyché, que le Livre Rouge aura d’abord formulées dans un langage symbolique, personnel et caché, mais que lui, dans sa vie publique de penseur, va désormais pouvoir écrire dans une forme explicative et compréhensible. L’alchimie, notamment, mais aussi un approfondissement des significations profondes de Dieu ou du divin dans le monde actuel post-chrétien l’y aideront et lui fourniront de nouvelles clés. Des clés pour pouvoir, pendant de nombreuses années, de 1920 jusqu’à sa mort en 1961, tirer toutes les leçons et enseignements de ce voyage intérieur au bout de l’inconscient. 

Le Livre Rouge offre donc un regard inédit sur le travail du psychanalyste Jung à travers des textes et des illustrations. Celles-ci occupent d’ailleurs une place importante dans l’ouvrage. À quoi ces illustrations font-elles référence?

Les illustrations sont omniprésentes dans le Livre Rouge, sous de multiples formes et formats. Au début, après une somptueuse pleine page d’ouverture, les dessins sont petits et un peu maladroits, car Jung écrit et peint sur des parchemins qui tiennent mal ses pigments. Il choisit également de peindre des dessins de petits formats. Puis, avec le « Liber Secundus », Jung s’enhardit, les dessins s’agrandissent, les pleines pages apparaissent, le réalisme s’accroît. Le Serpent, le Dieu Izdubar (Gilgamesh), l’Enfant divin renaissant et le sage Philémon déploient leurs figures. D’autres illustrations montrent le visage hideux de la Mort, de dragons et de monstres.  

Certaines de ces illustrations ponctuent et reformulent les scènes et les idées du texte, d’autres à l’inverse sont éloignées ou même franchement décalées par rapport au texte. Car Jung aimait les oeuvres sans fin, labyrinthiques, et il a choisi de laisser venir les illustrations à leur heure, sans toujours les lier au texte. En fonction des situations nouvelles du moment, on a par exemple un chapitre dont la rédaction de premier jet remonte à 1914, mais a été recopié en calligraphie vers 1920 et placé sur la page en vis-à-vis d’une image peinte en 1924. 

Mais d’autres illustrations collent au texte ou fixent durablement le visage d’un interlocuteur particulièrement cher à ses idées ou à son coeur, comme Salomé, Philémon, ou le Temple d’Or. Jung recopiera certaines images du Livre Rouge sur les murs mêmes de la Tour de Bollingen, qui était son refuge intime. 

On peut noter que c’est dans la seconde partie du Livre Rouge que les illustrations sont les plus nombreuses. Elles se succèdent quelquefois les unes aux autres. Pourrait-dire qu’elles dialoguent entre elles?

Dans une série impressionnante de dix-huit pages (pp. 80 à 97), Jung peint des mandalas en couleurs, qui comme dans un film séquentiel, évoluent et se transforment dans une atmosphère assez « gnostique », avec des écritures ésotériques ou « runes », comme Jung les nomme. Dans ces pages, il reproduit et retravaille des dessins au crayon qu’il a faits dans un carnet de notes d’août à fin septembre 1917. Au Musée Guimet, nous exposons vingt-cinq de ces brouillons, fascinants de recherche et de créativité. Jung constate que ces croquis ont un effet apaisant ou régulateur sur son état d’esprit et ses humeurs, un peu comme des exercices de respiration lents et progressifs. C’est donc en effet une forme de dialogue, mais avec soi-même et dans le temps, jour après jour.  

Ce faisant, il redécouvre à sa manière cette très ancienne technique d’exercices spirituels, le mandala tibétain. Pour Jung, c’est un exercice de re-centration de la psyché, de parcours en rond autour d’un centre qu’on vise sans pouvoir l’atteindre complètement, de mise en ordre de soi par rapport à ses propres tensions intérieures et enfin, de dialogue entre le soi intérieur et le monde externe. 

Il peindra aussi isolément un autre superbe et complexe mandala, sur parchemin qu’il intitule « Système du Monde dans sa Totalité » et qui symbolise l’ordre général du monde dans ses différentes fonctions et tensions opposées, représentant à la fois le microcosme de la psyché humaine (la vôtre et la mienne) et son insertion dans le macrocosme du monde.  

Les illustrations du Livre Rouge ont été réalisées par Jung lui-même. Lorsqu’il est à Paris en 1902 pour suivre les cours du psychologue français Pierre Janet, Jung passe la majeure partie de son temps à peindre ou à visiter des musées. Aspirait-il à devenir peintre?

Jung a en effet suivi assidûment les cours de Janet, mais il a su trouver le temps de satisfaire sa curiosité de jeune médecin à 27 ans. Il avait un vrai « coup de patte », une bonne technique à l’aquarelle, à la gouache et à l’huile aussi. Il n’a jamais eu le temps de peindre autre chose que l’univers du Livre Rouge car dès qu’il est devenu connu puis célèbre, il a été harassé de consultations, de conférences et séminaires. Mais à la fin de sa vie, il a consacré beaucoup de temps à la sculpture sur bois et sur pierre, ciselant même des textes dans la pierre. C’était surtout pour lui, plus que de prétendre faire de l’art, un moyen de fixer ses idées essentielles, de les mettre en forme, en somme de les fixer dans un matériau durable. 

Quelles étaient les influences de Jung en matière d’arts visuels?

 

Jung a marqué un intérêt pour Odilon Redon lors de son passage à Paris. Il y a ainsi acquis des copies d’oeuvres d’art, de bustes antiques et de peintures italiennes. Il avait des goûts personnels classiques, ceux d’un bourgeois suisse né en 1875, mais on doit souligner deux aspects. En premier lieu, son rapport à l’art moderne et ses liens avec de jeunes artistes de Zurich, proches de Dada, comme Sophie Taeuber-Arp et Erika Schlegel, tant sur le plan plastique que théâtral. Ses liens avec un artiste comme Franz Riklin, qui fut élève d’Augusto Giacometti. Jung a écrit sur Picasso, sur Duchamp et sur les peintures d’art brut, surtout pour étudier le reflet donné par l’art aux crises psychiques des sujets et du monde collectif. Second aspect : l’immense curiosité de Jung pour les expressions plastiques non-occidentales. Par exemple, l’influence de l’art africain sur les nombreuses sculptures faites par Jung mais aussi son goût pour les mandalas tibétains et pour l’Asie en général. Le Musée Guimet a su tracer des liens et des correspondances impressionnantes entre les chefs d’oeuvre asiatiques de ses propres collections et la pensée de Jung. »

– « Le Livre Rouge de Jung raconte une descente aux Enfers« 

par Chisato Goya

Ce grand livre calligraphié, enluminé et illustré de la main de C. G. Jung retranscrit ses cauchemars, visions et interprétations. / « Plutôt que de proclamer une nouvelle révélation prophétisée, il préfère s’intéresser à la psychologie de l’expérience religieuse. Il se donne pour tâche de décrire comment l’expérience numineuse des individus se traduit et se transpose en symboles, puis éventuellement en dogmes et articles de foi d’une religion constituée ; et enfin, d’étudier la fonction psychologique de tels symboles. Pour accomplir ce travail, il faut absolument que la psychologie analytique, même si elle encourage l’attitude religieuse, ne soit pas tentée de se transformer en une croyance. »

« D’après les auteurs jungiens James Hillman et Sonu Shamdasani, le Liber Novus : « C’est Jung sans les concepts…. Dans ce texte il cherche à s'[en] débarrasser le plus possible pour se confronter à l’immédiateté de sa propre expérience13. » « Il utilise en effet le langage de la littérature, de la dramaturgie ou de la poésie. Il est en train d’utiliser des mots qui sont descriptifs et concrets pour parler de ce qui se passe dans la psyché14… » Autrement dit, le Livre rouge contient une matière élaborée, un travail qui lui avait permis d’apaiser des états émotifs forts (« dans la mesure où je parvenais à traduire en images les émotions qui m’agitaient, c’est-à-dire trouver les images qui se cachaient dans les émotions, la paix intérieure s’installait15).

Jung traçait ainsi une voie par laquelle il parvenait à surmonter une crise profonde, à éviter l’effondrement, retrouver ses repères et redonner un sens à sa vie. Mais ultérieurement cette tâche, ardue et profondément personnelle, allait s’avérer à ses yeux d’importance et de pertinence collective. « Car, en réfléchissant à soi-même il ne tombe pas, au niveau le plus profond, sur sa propre biographie mais cela devient en effet une tentative de découvrir ce qui est quintessenciel à l’humain.16

Ainsi, son propre vécu intérieur, transcrit et imagé dans le Livre rouge constitue le point de départ à partir duquel Jung élaborera ses concepts et construira son corpus théorique. « Ses concepts ont été d’utilité à d’autres et cela fut en partie, sa tâche d’homme de médecine – le fait de fournir quelque chose aux autres qui les guiderait lors de leurs sombres nuits dans leurs propres enfers.17« . »

Wikipedia

« Rien n’est simple avec cette pandémie et nous avons pris un peu de retard, mais nos livres arrivent!

C’est avec joie et fierté que je découvre les livres de la collection « Quilombola! »dans le nouveau catalogue créé par Seagull Books pour commercialiser les droits de ses publications.

« Quilombola! »est une collection d’essais littéraires (creative non fiction) que j’ai imaginée et dirige au sein de Seagull Books qui a bien voulu accueillir ma ligne éditoriale quelque peu trublionne. En France, on a eu les chocottes…

Dans leur écrasante majorité, les auteurs de « Quilombola! »écrivent en français. Leurs textes sont aussitôt traduits en anglais et publiés par Seagull Books, qui se charge, bien sûr, de les faire traduire dans le plus grand nombre de langues.

Cela permet de faire en sorte que les penseurs/créateurs utilisant le français ne soient plus exclus du débat mondial par leur claustration dans la francophonie. Les auteurs subsahariens francophones savent combien l’anglais est important pour échanger sur notre continent et à travers une grande partie des espaces afrodescendants. Tous doivent avoir au moins un texte disponible en anglais. Je m’honore de contribuer à faire advenir cela.

Les premiers livres de « Quilombola! »seront en librairie dès le printemps 2021. La traduction en anglais de mon #Afropea – Utopie post-occidentale et post-raciste paraîtra dans la collection à l’automne 2021.

Mon infinie gratitude va à Naveen Kishore, le patron de Seagull Books, pour sa confiance et son soutien sans faille. Il détesterait être présenté comme le boss de quoi que ce soit… Hahaha

Si vous suivez depuis le début, vous savez que « Quilombola! »est la carte de visite internationale de l’éditeur « The Quilombo Publishing », basé à Lomé (Togo). The Quilombo Publishing vous donnera bientôt de ses nouvelles.

#quilombola #seagullbooks

#africanworldview #africaontop #globalsouth

#africanaphilosophy

#africandescent And more! »

Léonora Miano

à lire ici
Photo Copyrights Achille Mbembe

« Le prix veut être celui « du mode de vie juste »a 1. Les lauréats posent les bases d’un nouveau rapport entre les êtres humains et la nature.

« Au lieu de se résigner, de subir, de se résoudre à la fatalité, les pionniers du prix Nobel alternatif ont été profondément touchés par la douleur des Hommes, la nécessité des écosystèmes, l’horreur de la guerre. Si profondément touchés, qu’il était pour eux plus simple, plus positif et plus sain d’agir pour remédier à l’insupportable que de continuer à n’être que de simples spectateurs. Leur colère et leur désespoir, souvent réprimés, ont donc été pour eux de puissants moteurs de changement : leur capacité à être touchés par l’état de la planète leur a ouvert le cœur de la compassion. L’action est donc motivée par l’amour du monde et non par la haine des puissants. La compassion équivaut à ne plus considérer les problèmes du monde avec un regard distant, simplement impartial, mais à faire appel à des réactions émotionnelles et subjectives »

— Geseko von Lüpcke 

Ils sont porteurs de « projets de l’espoir »a 3, ayant pour objectif une « vie de qualité » pour le monde, et non pour quelques privilégiés. Ils ont trois qualités communes : « présenter de nouvelles visions, identifier des modèles et rendre l’innovation possible »a 4.

Souvent à contre-courant, ou dans des situations inextricables, ces lauréats ont ouvert une brèche ; ils sont, selon l’expression de Jakob von Uexkull, des « possibilistes » »

Wikipédia

« Il y a deux ans, Maryse Condé est consacrée par le prix Nobel « alternatif » de littérature. « En France, je n’ai jamais eu le sentiment que l’on écoutait vraiment ce que j’avais à dire. Je suis habituée à être un peu marginalisée. Aussi, cela m’étonne que ce soit un pays tel que la Suède, un pays voisin de la France, qui estime que ce que je dis et ce que je suis est important. » dira-t-elle au média Jeune Afrique.
Ce prix littéraire a été mis en place suite à un scandale #MeToo au sein de l’académie Nobel, qui a conduit à l’annulation du prix Nobel de littérature en octobre 2018. 109 intellectuels suédois se sont alors rassemblés pour créer un nouveau prix temporaire, incluant davantage le vote populaire. C’est donc après avoir été présélectionnée par 47 bibliothécaires suédois, puis retenue parmi les quatre finalistes à l’issue d’une consultation qui a réuni 33 000 contributions, que Maryse Condé a obtenu le prix. « Dans ses œuvres, avec un langage précis », celle-ci « décrit les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme », déclarera la Nouvelle Académie lors de l’annonce du prix à la Bibliothèque publique de Stockholm.
Maryse Condé est née Maryse Liliane Appoline Boucolon, en février 1937 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, dans une famille qui l’a toujours poussée à lire et à étudier. A 16 ans, elle rejoint l’hexagone pour réaliser ses études d’hypokhâgne puis d’anglais à la Sorbonne, comme Paulette Nardal trente ans avant elle. Elle découvre le «  »Discours sur le colonialisme » » d’Aimé Césaire, et qu’elle prend conscience de sa condition de «  »colonisée » ». Cette conscience ne l’a jamais quittée. A Paris, elle rencontre aussi le comédien guinéen Mamadou Condé qu’elle épouse. Avec lui, elle part s’installer en Guinée, puis au Sénégal et au Ghana avec ses quatre enfants à la suite de son divorce. De retour dans l’hexagone, elle rejoint la rédaction de la revue «  »Présence Africaine » » et publie son premier roman; «  »Hérémakhonon » », dans lequel elle revient sur ses désillusions dans la Guinée de Sékou Tou
ré. Elle poursuit ensuite une oeuvre ample pénétrée par l’empreinte du passé, autour de cet «  »Atlantique noir » » qui relie l’Europe, l’Afrique et l’Amérique : «  »Moi, Tituba, sorcière… Noire de Salem » » ressuscite les Etats-Unis du 17ème siècle, quand son best-seller «  »Ségou » » (1984) évoque l’Afrique qui bascule dans la colonisation. Après être retournée un temps sur son île natale, elle s’installe aux États-Unis où elle enseigne la littérature à l’université de Columbia. Elle vit aujourd’hui à Gordes, dans le sud de la France, avec son mari Richard Philcox. Au cours d’une carrière de près d’un demi-siècle en tant qu’écrivaine, elle a publié une trentaine de romans couronnés par de nombreuses récompenses telles que le grand prix littéraire de la Femme en 1986, celui de l’Académie française en 1988 pour son livre « La Vie scélérate », récit autobiographique de son enfance, ou encore le prix Marguerite-Yournecar en 1999. Militante de la mémoire, engagée contre le colonialisme, elle a été la première présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage (2004-2009), qui deviendra le comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, et sera remplacé par la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage. Elle est depuis membre du conseil scientifique de la FME. »
Maryse Condé: «La négritude est morte à Montrouge le 8 janvier 2015»

« Les bars sont fermés dans de nombreuses villes françaises dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, mais pas les cinémas, où l’on peut découvrir cette semaine Drunk de Thomas Vinterberg. Ses protagonistes, quatre enseignants dépressifs, cherchent un petit supplément de bien-être dans la bouteille.

Se réunir autour d’une boisson, et encore plus si elle est alcoolisée, est un des petits plaisirs de la vie, mais c’est surtout une des pratiques clés de notre évolution. Toutes les sociétés humaines ayant la possibilité de fabriquer de l’alcool l’ont fait. Et ce n’est pas une coïncidence. Elles y trouvaient un avantage, un avantage social notamment, assure l’anthropologue et biologiste de l’évolution Robin Dunbar.

Dans Alcohol and Humans: A Long and Social Affairs, il explique que nos ancêtres ont peut-être recherché l’alcool pour son apport en calories et ses effets médicinaux, mais surtout parce qu’il permet de faciliter les relations sociales. Sa consommation déclenche la sécrétion d’endorphine, un neurotransmetteur qui procure une sensation de bien-être et rend ainsi les individus plus prompts à établir des relations de confiance. L’endorphine aurait également des bénéfices cachés et renforcerait notre système immunitaire. Des nombreuses activités sociales qui permettent sa sécrétion (du rire en passant par le chant et la danse), la consommation d’une quantité modérée d’alcool dans un cadre relaxant serait l’une des plus efficaces.

Pour Dunbar, les humains ont commencé à se rassembler pour des activités festives il y a au moins de 400 000 ans quand ils ont maitrisé le feu. Ces rassemblements ont cimenté les relations entre les individus, et l’alcool, dont on ne sait pas très bien quand il est apparu, a renforcé ces effets positifs. Nos ancêtres primates pourraient avoir goûté pour la première fois à l’alcool en consommant des fruits trop mûrs dont la fermentation des sucres a déjà commencé. Ils les ont peut-être même avidement recherchés comme le font les chimpanzés et les éléphants en Afrique. Les premières traces de boissons alcoolisées, des proto-bières, datent, elles, d’il y a plus de 10 000 ans. Et d’ailleurs, souligne Dunbar, la grande innovation du néolithique n’est peut-être pas l’agriculture mais le brassage. Les céréales cultivées alors semblent en effet peu propices à fabriquer un bon pain, mais parfaites pour une bonne mousse. »

L’alcool et nous, une longue histoire

« Le débat monte depuis plusieurs semaines : faut-il protéger les vies au détriment de la vie ? De quoi susciter la colère d’un « survivant de la première vague » qui témoigne ici de ce qu’il a subi dans son corps, et appelle à un peu plus d’humilité celles et ceux qui prétendent parler au nom de la liberté et de la vie.

Je crois que sous les étoiles lumineuses de la belle Europe qui m’offre l’hospitalité depuis plusieurs années déjà, la philosophie, en d’autres temps, a su se faire plus modeste, l’art plus intelligent et généreux, la désinvolture plus discrète. D’où parle-t-on donc ? Cette tournure de questionnement a peut-être encore tout son sens aujourd’hui face à cette pandémie. Et à partir de quelle réalité parle-t-on ? Celle de gens socialement déjà installés dans des bulles résidentielles et territoriales protégées ? Celle de gens qui n’ont pas leurs habitudes de table dans les bars populaires […] »

Lettre d’un survivant de la première vague

par Claude Mbowou

« Devenue concept politique, la résilience impose une critique politique.« 

Résilience, vous avez dit résilience ?

par Alexandre Gefen

« « Qu’est-ce qui habilite un homme ou une femme à «enseigner» à un autre être humain, où réside la source de l’autorité ?

L’enseignement authentique est le dévoilement d’un Logos révélé, diront les uns : c’est le modèle du maître qui enseigne la Torah, explique le Coran ou commente le Nouveau Testament. Au contraire, argueront d’autres, l’enseignement passe par la seule vertu de l’exemple : Socrate et les saints enseignent en existant. L’enseignement est un rapport de force, une forme de violence, protesteront les troisièmes : le maître possède un pouvoir psychologique, social et physique dont Ionesco fait la satire dans La Leçon.

C’est compter sans les refus d’enseigner, faute de destinataire jugé par le maître digne de son héritage. Les exemples abondent dans l’histoire de la tradition alchimique et kabbalistique, ou bien de la philosophie. Puis il y a les pertes, les disparitions par accident, voire les auto-illusions – Fermat avait-il résolu son propre théorème ? Que sont devenus les textes d’Aristote sur la comédie, les recettes de fabrication de certains pigments de Van Eyck, les manières de jouer des triples points d’orgue que Paganini refusait d’enseigner ?

La seule réponse qui vaille n’est-elle pas la question de savoir s’il existe quelque chose à transmettre, sinon un premier éveil, une aurore de l’intelligence ? » – Maîtres et disciples. »

Good(Bye) George

« Lancé un an plus tôt, ce « festival des idées », qui avait alors regroupé une vingtaine de personnalités, a élargi lors de cette deuxième édition son éventail de talents afro-­diasporiques avec un nombre encore plus important de participants.

Une telle concentration de compétences venues d’Afrique, d’Europe de l’Ouest, d’Amérique du Nord et des Caraïbes a donné à la cité de la Teranga, l’espace d’une semaine, le statut de capitale culturelle et intellectuelle de cette « Afrique-Monde » voulu par les organisateurs, Mbembe et Sarr. Et dont l’objectif est de déconstruire et reconstruire la place de l’Afrique dans un monde qui ne se pensera plus sans elle.

Cependant, leurs combats lointains contre des formes différentes de domination ont un incontestable point commun, au cœur des ADLP. Mbembe et Sarr expliquent : « Pour ceux et celles qui, pendant longtemps, ont été pris dans les rets du regard conquérant d’autrui, le moment est donc unique de relancer le projet d’une pensée critique qui ne se contenterait pas seulement de persifler. »

Croiser le fer

Il ne s’agit pas de nier les différences construites par l’histoire et la géographie, ni celles qui sont liées à la vertueuse diversité que portent les dissidences issues de professions variées. Pour la philosophe ­franco-congolaise Nadia Yala Kisukidi, maîtresse de conférences, agrégée et docteure en philosophie de l’université ­Paris-8, il n’est pas seulement question d’assignation et de stigmatisation identitaires contre lesquelles il faudrait croiser le fer, mais d’un projet politique.

Celui « d’une exigence de retour [en Afrique] » qu’il ne faut pas prendre au premier degré, car une partie des acteurs en question est née hors d’Afrique. Kisukidi incarne en quelque sorte ce que doit être ce projet politique : dire l’Afrique, repenser le continent, panser ses apories dans un élan dont le souffle se situe dans l’hémisphère Sud.

En convoquant la notion du « Muntu » (« l’humain/la tête », en langue kongo) remise à l’ordre du jour par le philosophe et sociologue camerounais Fabien Eboussi Boulaga, la philosophe franco-congolaise prolonge une piste qui en croise d’autres, ailleurs.

Ces références, issues de la densité des œuvres d’Eboussi Boulaga et du philosophe congolais (RD Congo) ­Valentin-Yves Mudimbe, rejoignent une autre puissante source d’inspiration qui a parcouru une grande partie des débats au début de décembre, à Dakar : Édouard Glissant (1928-2011).

C’est de son œuvre titanesque que provient le « Tout-Monde » qui a inspiré l’épine dorsale de la pensée des ADLP. Le « Tout-Monde » comme l’« Afrique-Monde » visent donc à penser le monde, en échangeant et en le changeant. C’est ce projet au long cours que portent Mbembe et Sarr.

Avec les talents qu’ils sélectionnent, le Camerounais et le Sénégalais décrivent et analysent les lignes de fond du monde contemporain. Ainsi, les réflexions issues de leurs travaux permettent de mieux appréhender l’actualité dont les dérives et dérapages (de la crise des migrants au discours de Trump) posent des questions de fond.

Ces réflexions rencontrent, aujourd’hui plus qu’hier, un concert inédit de réponses émanant des cercles de plus en plus nombreux des diasporas, dont les ADLP sont une puissante incarnation. Les ADLP sont à l’image de cette « Afrique-Monde », portée par une exigence éthique et un engagement intellectuel de premier plan.

Cette double ambition va au-delà du continent et prolonge un monde en création, de Pointe-à-Pitre à Port Harcourt, de Bujumbura à Bruxelles, de Paris à Johannesburg. »

Les « Ateliers de la pensée », ou la nécessité d’un projet politique commun en Afrique, par  Fred Eboko – Directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD)

L’objectif de ces ‘Ateliers’ est donc de faire le point sur ces toutes ces questions. Où en sommes-nous ? Quelles sont les urgences à penser et les défis à relever ? Dans quelles archives devons-nous chercher les concepts susceptibles de mieux éclairer le présent et d’ouvrir les futurs ? Comment renouveler les formes ?
Le second objectif sera de réfléchir sur les formes de collaboration susceptibles de donner davantage de visibilité, de densité et de force, à la pensée, l’écriture et la création
Afro-diasporique afin d’accroitre sa contribution dans la réponse aux défis qui interpellent l’Afrique et le monde.

« « Il faut changer les imaginaires des humanités. » Cette brève phrase extraite du dernier ouvrage, L’Imaginaire des langues, entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009), d’Édouard Glissant dit toute l’ambition et la portée de l’œuvre riche et complexe du poète antillais mort le 3 février à l’âge de 82 ans. Une œuvre située au confluent de différentes disciplines (politique, linguistique, anthropologie, psychanalyse, philosophie) et de genres (fiction, poésie, essai, théâtre). Une œuvre héritière de la « parole de la nuit » du conteur créole, mais aussi du souffle poétique caribéen illustré aux Antilles francophones par Saint-John Perse et Aimé Césaire. Sa pensée, originale et posthistorique, emprunte ses lignes de force à la philosophie de Gilles Deleuze et Félix Guattari (le concept de « rhizome ») et à la réflexion de Frantz Fanon sur les conséquences psychiques désastreuses de l’assimilation coloniale aux Antilles.

[…]

« Se transformer mutuellement »

[…]

À la fin des années 1950, la Martinique et la Guadeloupe sont à feu et à sang. Proche des mouvements indépendantistes algériens (il était l’un des signataires du « Manifeste des 121 » contre la guerre d’Algérie), Glissant fonde avec des camarades radicaux le Front antillo-guyanais pour l’autonomie, qui réclame l’indépendance des Antilles. Le gouvernement de De Gaulle fait interdire la formation et assigne ses fondateurs à résidence en France métropolitaine. Glissant réussira toutefois à se rendre clandestinement en Guadeloupe, mais sera immédiatement arrêté et renvoyé manu militari en métropole. Pendant toute cette phase d’activisme politique qui a duré près de dix ans, l’homme a toujours écrit, et s’est même attaché à ajouter une nouvelle dimension à son œuvre romanesque en entreprenant une saga martiniquaise à portée historique (Le Quatrième Siècle, Malemort, La Case du commandeur).

La publication de l’essai Le Discours antillais, en 1981, consacré à la créolisation, marque un tournant dans l’écriture et l’orientation littéraire d’Édouard Glissant. Les textes qu’il publie désormais s’inscrivent difficilement dans des genres conventionnels. Sa fiction (Tout-Monde, Sartorius, Ormerod), sa poésie (Le Sel noir, Pays rêvé, pays réel, Le Monde incréé) tout comme ses essais (Poétique de la relation, Introduction à une poétique du divers, Faulkner, Mississippi, Traité du Tout-Monde, La Cohée du Lamentin) se caractérisent par une intentionnalité philosophique, alors que son écriture se fait plus baroque et plus poétique.

La « relation » est la clé de voûte de la pensée de la diversité et du pluriel qu’Édouard Glissant élabore dans cette dernière étape de son parcours littéraire et intellectuel. À travers ce concept qui était déjà présent en filigrane dès ses premiers écrits théoriques (Soleil de la conscience et L’Intention poétique), le Martiniquais n’a pas cessé de critiquer le totalitarisme du modèle politique et culturel occidental. Remettant en question la conception ethnocentriste du monde et de l’Histoire qu’engendre la pensée occidentale, il interprète la modernité comme un processus de mise en relation, sur un monde non hiérarchisant, de tous les peuples et de toutes les cultures. « On a feint d’oublier, écrit-il, qu’un des plein-sens de la modernité est donné, ici comme ailleurs dans le monde, par ce travail où les cultures des hommes s’identifient l’une l’autre, désormais, pour se transformer mutuellement. »

Cette identité-relation qu’Édouard Glissant a tenté d’illustrer à travers son œuvre et sa vie, partagée entre Paris, la Martinique et les États-Unis, où il a été distinguished professor de littératures françaises, est aussi ce qui sépare le poète de la créolisation de la négritude senghorienne et césairienne fondée sur le mythe du « retour à des racines irrémédiablement perdues ». »

Édouard Glissant, poète-philosophe du « Tout-Monde »

1997 marque dans la pensée de Glissant l’apparition d’un nouveau concept, celui du Tout-monde, qui fait l’objet à la fois d’un roman et d’un essai – savamment mêlés, comme on pouvait s’y attendre. Ce nouveau néologisme n’est pas une fantaisie, loin de là, puisqu’à lui seul, il opère la synthèse de tout l’infléchissement de cette pensée depuis le tournant des années quatre-vingt dix, où l’écrivain s’attache à penser l’interpénétration des cultures et des imaginaires. Le Tout-monde désigne ce faisant la coprésence nouvelle des êtres et des choses, l’état de mondialité dans lequel règne la Relation. J’appelle Tout-monde notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la « vision » que nous en avons. La totalité-monde dans sa diversité physique et dans les représentations qu’elle nous inspire : que nous ne saurions plus chanter, dire ni travailler à souffrance à partir de notre seul lieu, sans plonger à l’imaginaire de cette totalité. Les poètes l’ont de tout temps pressenti. Mais ils furent maudits, ceux d’Occident, de n’avoir pas en leur temps consenti à l’exclusive du lieu, quand c’était la seule forme requise. Maudits aussi, parce qu’ils sentaient bien que leur rêve du monde en préfigurait ou accompagnait la Conquête. La conjonction des histoires des peuples propose aux poètes d’aujourd’hui une façon nouvelle. La mondialité, si elle se vérifie dans les oppressions et les exploitations des faibles par les puissants, se devine aussi et se vit par les poétiques, loin de toute généralisation.
 » Diriez-vous qu’un poème peut être coupé, interrompu, qu’on pourrait en donner des extraits, morceaux choisis et décidés par l’action de vents malins ? Oui, quand les morceaux ont la chance c’est-à-dire la grâce de tant de rencontres, quand ils s’accordent entre eux, une part d’un poème qui convient à un autre poème, à cette part nouvelle, et devient à son tour un poème entier dans le poème total, que l’on chante d’un coup.
Une anthologie de la poésie du Tout-monde, celle que voici, aussi bien ne s’accorde pas à un ordre, logique ni chronologique, mais elle brusque et signale des rapports d’énergie, des apaisements et des somnolences, des fulgurations de l’esprit et de lourdes et somptueuses cheminaisons de la pensée, qu’elle tâche de balancer, peut-être pour que le lecteur puisse imaginer là d’autres voies qu’il créera lui-même bientôt « .
Edouard Glissant.
Retrace la vie et l’oeuvre du poète, romancier et essayiste martiniquais, dont l’écriture est nourrie d’engagements politiques liés aux indépendances africaines, à la révolution cubaine et à la mémoire des esclavages. Il repense la créolisation, en l’étendant à tous les individus et tous les peuples pour désigner une nouvelle orientation du monde.

« Édouard Glissant est un penseur de la complexité. Son esthétique du Tout-monde met en relation la politique, la philosophie et la poésie. Avec ce concept, il questionne la créolisation globale du monde. Dynamique récente, généralisée et accélérée en proie au phénomène de mondialisation.

La philosophie d’Édouard Glissant est « archipélique », elle donne à voir l’état et la diversité du monde. Ses concepts de Relation, d’identité-Relation sont une aide à sa compréhension. Multiple, diffracté et imprévisible, le Tout-monde est un espace mouvant où les identités, les langues et les cultures se créolisent et disparaissent. C’est dans ce chaos-monde que se forme une nouvelle humanité apte à faire face à l’imprévu.

J’appelle Tout-monde notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la « vision » que nous en avons. La totalité-monde dans sa diversité physique et dans les représentations qu’elle nous inspire : que nous ne saurions plus chanter, dire ni travailler à souffrance à partir de notre seul lieu, sans plonger à l’imaginaire de cette totalité. Les poètes l’ont de tout temps pressenti. Mais ils furent maudits, ceux d’Occident, de n’avoir pas en leur temps consenti à l’exclusive du lieu, quand c’était la seule forme requise. Maudits aussi, parce qu’ils sentaient bien que leur rêve du monde en préfigurait ou accompagnait la Conquête. La conjonction des histoires des peuples propose aux poètes d’aujourd’hui une façon nouvelle. La mondialité, si elle se vérifie dans les oppressions et les exploitations des faibles par les puissants, se devine aussi et se vit par les poétiques, loin de toute généralisation. »

Comprendre le « Tout-monde » d’Édouard Glissant

« La subalternité caractérise l’état d’une personne dont la voix et les actions sont ignorées, détournées ou rendues inopérantes. Le Groupe d’études subalternes (Subaltern Studies Group, SSG) ou Collectif d’études subalternes (Subaltern Studies Collective) est un groupe de chercheurs sud-asiatiques intéressés par l’étude des sociétés postcoloniales et post-impériales d’Asie du Sud en particulier, et du Tiers Monde en général.

Le terme de subaltern studies peut également désigner plus largement les études menées par des chercheurs partageant un certain nombre de leurs points de vue.

Leur approche se concentre sur l’étude des couches sociales à la base de la société, plutôt que sur les élites, généralement privilégiées par la recherche.

Littéralement, le terme de subaltern désigne une personne ou un groupe de rang inférieur, qu’il s’agisse de race, de classe sociale, de genre, d’orientation sexuelle, d’ethnie ou de religion.

Les études subalternistes privilégient un recentrement sur les subalternes, et non sur les élites, comme véritables agents du changement social et politique. Elles font preuve d’un intérêt particulier pour les discours et la rhétorique des mouvements sociaux et politiques émergents, dans leurs seules actions directement observables, telles que les manifestations ou les rébellions.

Le terme « subalterne » renvoie dans ce contexte au travail du marxiste Antonio Gramsci sur l’hégémonie culturelle.

Le SSG émerge dans les années 1980, influencé par les études d’Eric Stokes, qui visent à offrir une nouvelle lecture de l’histoire de l’Inde et de l’Asie du Sud. Cette lecture inspirée par Gramsci est expliquée par leur chef de file, Ranajit Guha, particulièrement dans son « manifeste » Subaltern Studies, mais également dans sa monographie The Elementary Aspects of Peasant Insurgency (Les aspects élémentaires des révoltes paysannes).

Même si les tenants de cette approche se revendiquent d’une orientation politique de gauche, ils se révèlent très critiques de la lecture marxiste traditionnelle de l’histoire de l’Inde, selon laquelle ce serait la prise de conscience politique des élites indiennes qui aurait inspiré les masses à la résistance et à la rébellion contre les colons britanniques.

Le subaltern studies proposent initialement d’analyser la place des groupes subalternes dans l’histoire moderne de l’Inde. Ces études accordent une grande place à l’analyse des discours pour replacer l’importance des groupes se situant à la base de la pyramide sociale, considérés comme les agents du changement social et politique. La subalternité est reliée à deux phénomènes historiques : la décolonisation et la mondialisation. Les subaltern studies font partie des théories postcoloniales qui émergent dans les années 1990 en Asie du Sud.

Celles-ci critiquent les conséquences de la dualité colonisateur/colonisés et accusent la pensée occidentale de détourner les représentations des réalités locales, tant des élites intellectuelles que des classes populaires des pays du Sud.

Cette hégémonie intellectuelle tend donc à limiter l’expression des subalternes et à en réduire la diversité, ce qui a de grandes conséquences sur la communication Nord-Sud. Après avoir été adopté et enrichi par des penseurs du Sud, le terme de sulbalternité est aujourd’hui devenu un concept adapté aux deux hémisphères.

Parmi les facteurs qui unissent les subalternes on compte : la restriction au droit à la parole (donc au pouvoir d’énonciation), leur bas niveau de revenu (qui les prive d’aisance matérielle), leur qualité de vie, leur bien-être et leurs libertés qui sont donc moindres que ceux des autres groupes nationaux. Ces restrictions les enferment dans la spirale décrite par Sen.

La limitation de la liberté économique a un impact sur les libertés sociales, ce qui entraîne une nouvelle perte de liberté économique. Ce cercle vicieux affaiblit les subalternes, les opprime et les maintient dans un silence qui, à son tour, réduit leur capacité d’action.

Toutefois, si on applique le schéma dans son fonctionnement inverse, la liberté de parole et l’égalité de parole, elles, libèrent une énergie et une puissance assez fortes pour dénoncer et abolir les servitudes. La reconnaissance mutuelle des groupes passe entre autres par le fait de participer aux débats et aux décisions collectives.

Le Groupe d’études subalternes a été fondé par Ranajit Guha. Récemment, de nombreux membres ont été déçus par le tournant post-moderniste qu’a pris le groupe (particulièrement Sumit Sarkar (en), qui l’a quitté). »

– Wikipedia.

« Subaltern Studies

Some definitions to start:

Decolonization: the process of removing an imperial power over a colonized region (1947-1997).

Post-colonial: after colonization is over, or when decolonization is complete.

Postcolonial refers also to a specific type of history: Postcolonial theory / studies, the study of the formerly colonized regions and their independent development. As your textbook suggests, it’s not w/o critics because postcolonial society (India, Hong Kong, Zimbabwe, etc.) still feel the effects of imperialism »

Subalternité

This book investigates the interactions between Muslims and Christians in the late medieval and early modern period from the perspective of sexual and gender transgressions. The first part analyses normative discourses and literary texts in the Arabic, Turkish Ottoman and Spanish worlds, highlighting continuities and fractures. The second part explores concrete interactions between Muslim and Christians, reconstructed through the study of criminal sources from the archives of the Spanish and Portuguese inquisitions.
The essays collected here reveal to what extent reflecting on sexual and gender non-conformity constitutes a vantage point for reconstructing the cross-cultural interactions between Christianity and Islam in the Mediterranean world. On the one hand, proscribed sexual behaviours and gendered performances opened the possibility for connections in semi-clandestine networks of sociability that would have been inconceivable in other settings. On the other, cross-religious sexual and emotional exchanges sometimes favoured processes of religious hybridisation or the development of skeptic attitudes towards institutionalised faiths.
In this episode, Siobhan talks with Charles L. Zelden about the new expanded edition of his book, Bush v. Gore: Exposing the Growing Crisis in American Democracy (University Press of Kansas, 2020). Zelden is a professor in the Department of History and Political Science at Nova Southeastern University’s Halmos College of Arts and Sciences, where he teaches courses in history, government and legal studies.
Who could forget the Supreme Court’s controversial 5-4 decision in Bush v. Gore or the 2000 presidential campaign and election that preceded it? Hanging chads, butterfly ballots, endless recounts, raucous allegations, and a constitutional crisis were all roiled into a confusing and potentially dangerous mix—until the Supreme Court decision allowed George W. Bush to become the 43rd President of the United States, despite losing the popular vote to Al Gore.
Praised by scholars and political pundits alike, the original edition of Charles Zelden’s book set a new standard for our understanding of that monumental decision. A probing chronicle and critique of the vexing and acrimonious affair, it offered the most accurate and up-to-date analysis of a remarkable episode in American politics. Highly readable, its comprehensive coverage, depth of documentation and detail, and analytic insights remain unrivaled on the subject.
In this third expanded edition Zelden offers a powerful history of voting rights and elections in America since 2000. Bush v. Gore exposes the growing crisis by detailing the numerous ways in which the unlearned and wrongly learned “lessons of 2000” have impacted American election law through the growth of voter suppression via legislation and administrative rulings, and, provides a clear warning of how unchecked partisanship arising out of Bush v. Gore threatens to undermine American democracy in general and the 2020 election in particular.
Le président Trump a été une figure polarisante dans le monde entier, mais il est populaire dans des pays africains comme le Nigeria et le Kenya, selon un sondage de Pew Research publié en janvier, où ses adeptes ne semblent pas s’inquiéter du fait qu’il aurait qualifié les pays africains de « trous à rats » en 2018.
Le Nigéria et le Kenya sont tous deux des pays profondément religieux. Les méga églises prolifèrent dans le sud chrétien du Nigeria – la nation la plus peuplée d’Afrique – et au Kenya, de nombreux hommes politiques profitent des sermons des églises pour s’adresser à leurs partisans, tant leur popularité est grande. Le président Trump a été une figure polarisante dans le monde entier, mais il est populaire dans des pays africains comme le Nigeria et le Kenya, selon un sondage de Pew Research publié en janvier, où ses adeptes ne semblent pas s’inquiéter du fait qu’il aurait qualifié les pays africains de « trous à rats » en 2018.

Le Nigéria et le Kenya sont tous deux des pays profondément religieux. Les méga églises prolifèrent dans le sud chrétien du Nigeria – la nation la plus peuplée d’Afrique – et au Kenya, de nombreux hommes politiques profitent des sermons des églises pour s’adresser à leurs partisans, tant leur popularité est grande. De nombreux groupes chrétiens évangélistes en Afrique, qui sont pour la plupart anti-avortement, contre les droits des homosexuels et soutiennent Israël, n’étaient pas très favorables au prédécesseur de M. Trump, le démocrate Barack Obama, malgré son héritage kenyan.
« L’administration Obama avait mis en avant un programme libéral ici en Afrique et ce programme préoccupait certains d’entre nous, leaders chrétiens. C’est un soulagement qu’à l’époque de M. Trump, il ait pris un peu de recul », a déclaré à la BBC Richard Chogo, pasteur de la Deliverance Church à Nairobi, la capitale du Kenya.
Il a félicité l’administration Trump pour avoir réduit le financement d’organisations, telles que Marie Stopes, qui fournissent des moyens de contraception et pratiquent des avortements dans plusieurs pays africains.
L’organisation caritative a critiqué l’interdiction des financements américains en 2017, affirmant qu’elle « mettait la vie des femmes en danger ».
Mais le pasteur Chogo est d’accord avec la loi au Kenya où l’avortement est illégal sauf si la santé de la mère est en danger, affirmant que la légalisation de l’interruption de grossesse fait partie d’un « programme de contrôle de la population ». Le débat sur l’avortement est au centre de la politique américaine depuis au moins quatre décennies.
Les évangélistes blancs se sont ralliés autour de cette question, transformant leur mouvement anti-avortement en une influente force politique.
Après l’arrêt historique Roe vs Wade de 1973 rendu par la Cour suprême des États-Unis pour légaliser l’avortement, les évangélistes blancs, qui n’étaient alors politiquement affiliés à aucun des deux principaux partis, ont soutenu le républicain Ronald Reagan lors de l’élection présidentielle de 1980 contre le démocrate Jimmy Carter, alors au pouvoir.
Même si le président Carter était un évangéliste, ils le considéraient comme un libéral progressiste – et leur vote s’est avéré décisif et a aidé Reagan à gagner, rapporte le NPR Evangelical Votes. Les évangélistes blancs sont depuis devenus un groupe de soutien important pour le parti républicain et ont étendu leur influence dans le monde entier, en particulier en Afrique.
Et ce, malgré le fait que les protestants afro américains sont majoritairement des démocrates et critiquent le bilan de M. Trump, selon un récent sondage de Pew Research.
Le vénérable Emeka Ezeji, vicaire et archidiacre de l’église anglicane Missionary Christ, dans l’État d’Enugu, au sud-est du Nigeria, affirme que ses opinions politiques ne sont déterminées que « par ce que disent les Écritures ».
« La foi est personnelle, la mienne est pro-vie… Les chrétiens africains croient qu’un président républicain est meilleur pour les États-Unis et le monde », a-t-il déclaré.
Il a prié pour que M. Trump batte le candidat du parti démocrate Joe Biden en novembre, et a réservé du temps chaque jour pour prier pour le rétablissement du président lorsqu’il a été récemment malade du covid 19 et hospitalisé.
Comme le pasteur Chogo, il estime lui aussi que les « faiblesses » de M. Trump ne doivent pas occulter le « bien commun ».
Par exemple, il rejette le mouvement Black Lives Matter (BLM), que M. Trump a qualifié de « symbole de haine », affirmant qu’il a été  » détournée ou déviée de sa vision « . « Les autres personnes de couleur sont-elles moins victimes du racisme ? La vie d’une personne noire moyenne est-elle meilleure aujourd’hui qu’il y a sept ans ? Ou bien la situation des Noirs est-elle pire aujourd’hui sous le président Trump que pendant la présidence d’Obama, lorsque le BLM a débuté », s’interroge-t-il.
M. Trump s’est vanté d’avoir fait plus pour les Afro-Américains que tout autre président dans l’histoire des États-Unis, en vantant souvent le faible taux de chômage au cours des trois premières années de son mandat – ce que M. Ezeji applaudit.
Selon le ministère américain du travail, le chômage des noirs était en septembre dernier à son plus bas niveau enregistré depuis qu’il a commencé à recueillir ces statistiques dans les années 1970.
Cette situation a changé suite à la pandémie du coronavirus – et en août, elle s’élevait à 13%. Pourtant, l’archidiacre Ezeji estime que M. Trump peut faire beaucoup plus pour le bien commun, en citant l’histoire biblique de Cyrus, un roi persan choisi par Dieu pour conquérir Babylone et qui a permis aux Israélites en exil de retourner à Jérusalem.
« Trump est le Cyrus des temps modernes », a-t-il déclaré.
« Dieu dit… c’est mon serviteur qui fera ma volonté », a affirmé M. Emeka.
Le révérend Juliet Eyimofe Bintie, qui est basée dans la plus grande ville du Nigeria, Lagos, est d’accord.
« Il est choisi par Dieu », a déclaré le théologien et prédicateur à la BBC.
Dieu voulait un bulldog
Fan de M. Trump depuis l’époque où il participait à l’émission de téléréalité The Apprentice, elle organise des prières hebdomadaires pour sa réélection et célèbre également son anniversaire en postant des messages élaborés sur Facebook.Elle a assuré que Dieu lui avait envoyé un message avant les élections de 2016 à propos du promoteur immobilier milliardaire devenu politicien et son soutien à la liberté religieuse, qui, selon les chrétiens, est attaquée.
« Il m’a dit qu’il cherchait un bulldog, un homme audacieux, parce qu’il y a certaines missions que les gens bien ne peuvent pas accomplir », a déclaré le révérend Bintie.
« Il est contre un mouvement global qui veut contrôler la vie des gens. Nous avons besoin de quelqu’un qui défende les droits des croyants ».
Elle estime également qu’il ne reçoit pas le crédit qu’il mérite pour les politiques étrangères menées par son administration, comme le récent accord de paix entre Israël et les Emirats arabes unis.
Le pasteur Chogo est d’accord : « Même si vous êtes Saddam Hussein ou Mouammar Kadhafi, il y a une ou deux choses que vous avez faites pour votre peuple qui sont bonnes ».
Les évangéliques acculés Il attribue le soutien dont bénéficie M. Trump sur le continent à son style direct, estimant qu’il faut dire aux dirigeants africains, en termes clairs et précis, de se concentrer sur le redressement de leurs propres pays.
Il a également salué la récente nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett par M. Trump pour remplacer la juge libérale Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême.
« Il y a de plus en plus de libéraux dans le monde universitaire et politique, on a eu l’impression que le chrétien est une personne acculée et qu’elle était ciblée », dit-il.
Tous les membres de la grande congrégation du pasteur Chogo ne sont peut-être pas d’accord avec lui, mais la plupart estiment que, contrairement à M. Biden, un catholique pratiquant et pro-choix, M. Trump – qui n’est pas connu pour sa fréquentation de l’église – défend les valeurs chrétiennes dans le monde.
« Il s’agit d’aller à l’église mais de ne pas suivre les valeurs et de ne pas aller à l’église mais de défendre les valeurs de l’église », a-t-il déclaré.M. Trump a récemment rappelé à ses partisans chrétiens dans une série de tweets que la liberté religieuse et l’avortement étaient en jeu s’il ne gagnait pas en novembre.
Mais l’archidiacre Ezeji voit plutôt cela comme une prophétie biblique de fin des temps prêchée par des évangéliques.
« Qu’il perde ou qu’il gagne, il ne s’agit pas de Trump, mais de ce que Dieu dit », a-t-il soutenu.
 » Trump est comme l’amandier biblique que les météorologues avaient l’habitude de lire pour faire leurs prévisions… s’il gagne, cela signifie que nous avons plus de temps, s’il perd, alors nous n’avons pas beaucoup de temps ».

« Longtemps aussi, au moins depuis Athènes, nous avons été animés par la conviction que l’investigation intellectuelle devait aller toujours de l’avant et, selon la belle métaphore de Steiner, nous conduire à ouvrir l’une après l’autre les portes du château de Barbe-Bleue. Mais cette foi dans le progrès est aujourd’hui vacillante : peut-être le développement technique est-il un piège et non une libération ; peut-être la dernière porte du château donne-t-elle sur des réalités contraires à notre équilibre mental et à nos maigres réserves morales.

À l’heure où l’on nous invite à décharger notre mémoire vive sur celle, morte, des supports numériques, où la mort du livre est annoncée, sommes-nous inéluctablement appelés à n’être plus que des lecteurs à temps partiel, des lecteurs au rabais ? Pourtant, toute l’histoire de notre Europe est marquée par ces passions impunies qui virent, il n’y a guère, les nazis organiser des autodafés, Staline condamner un poète pour avoir cité Shakespeare, la police pragoise tuer un philosophe parce qu’il avait clandestinement enseigné Platon. Mourir plutôt que d’abandonner, dans sa cité livrée au pillage, une déduction géométrique, tel avait été, aux origines de notre continent, le choix d’Archimède. La culture, réponse à la barbarie, est notre destin. Ce destin, il se trouve encore à Syracuse – Syracuse en Sicile plutôt que dans l’État de New York. » – Passions impunies. »

Good(Bye) George

« La dette publique ne sera pas remboursée, mais ce n’est pas grave

Maintenant, les taux d’intérêt peuvent-ils remonter ? C’est la grand crainte. Mais je pense, avec d’autres, que cette crainte est infondée. Ainsi, selon Patrick Artus« le débat sur les efforts qu’il faudrait faire pour rembourser la dette publique émise aujourd’hui est tout à fait inutile ». Comme il l’explique, l’action des Banques centrales, l’épargne actuelle du secteur privé et la possibilité désormais offerte aux États de se financer à très long terme à des taux d’intérêt très bas font… qu’il n’y a pas de problème d’endettement public !

Je suis de son avis. Mais, comment ce problème peut-il disparaître, alors que la dette publique explose ? Pour la raison, à première vue paradoxale, suivante : aujourd’hui, États et entreprises sont, en effet, endettés comme jamais. Que se passe-t-il si les taux d’intérêt remontent ? De nombreuses entreprises et même certains États – dont la France ne fait pas partie – ne pourront pas rembourser.

Or, cela, les dirigeants des Banques centrales le savent. Et, troisième fait important, les taux d’intérêt ne sont pas fixés par le marché. Ils sont fixés par la Banque centrale, de la même façon que l’État fixe le niveau du Smic en France. Les dirigeants des Banques centrales ont donc les mains liées : s’ils augmentent les taux, ils font exploser l’économie mondiale. Or, ils ne sont pas idiots et ce sont mêmes les dirigeants économiques les plus intelligents de la planète, les derniers qu’il nous reste.

N’oubliez pas que ce sont eux, encore plus que les États, qui nous ont déjà sauvés lors de la crise de 2008. Et ils commencent d’ailleurs sérieusement à en avoir marre de jouer un rôle qui n’est pas le leur ! Mais ils ne peuvent pas faire autrement. Augmenter le poids des dettes, publiques et privées, serait déclencher un cataclysme économique sans précédent. C’est tout simplement impossible.

L’inflation ? Ou ça ?

[…]

Ni augmentation des prix, ni hausse de salaires

Conclusion : les entreprises ne peuvent pas augmenter leurs prix et les salaires vont baisser. D’où pourrait bien venir l’inflation ? Quel acteur économique peut, aujourd’hui, accroître le prix de ce qu’il vend, que ce soit une baguette de pain ou son travail ? L’inflation fut, en réalité, un phénomène très spécifique des années 1970, circonscrit, limité dans le temps, une conséquence du choc pétrolier. Mais, aujourd’hui, le prix du pétrole s’effondre

[…]

Tout cela Keynes l’avait compris et expliqué mieux que tout le monde. Keynes avait surtout compris une chose, la plus importante de toutes : dans une économie de marché, l’intérêt individuel s’oppose à l’intérêt collectif… et donc à l’intérêt de chacun !

[…]

La solution est simple : consommer, consommer et encore consommer. C’est possible, puisque notre épargne est gigantesque. Donc si tout le monde consomme, le chômage baisse, la croissance revient, et donc, cerise sur le gâteau, la dette publique diminuera. (Et on tue la planète au passage, mais il faut savoir ce que l’on veut !).

Tu es ton pire ennemi économique !

Problème : ce que nous aurions tous, chacun, intérêt à faire, nous avons tous, chacun, individuellement, intérêt à ne pas le faire. Pourquoi n’allez-vous pas vous précipiter dans un restau étoilé après lu mon article ? Parce que vous avez peur de perdre votre boulot. Parce que vous voulez prévoir pour demain. Parce que vous voulez pouvoir aider vos enfants ou vos petits-enfants. Et, dans le contexte actuel, vous avez raison d’agir ainsi. Votre comportement est parfaitement rationnel. Keynes le dit très clairement, alors qu’il se débat avec la crise des années 1930. Ce point est fondamental. Mais, par votre comportement d’épargne, vous aggravez la crise. Vous aggravez donc votre situation future et celle de vos enfants et de vos petits-enfants. En agissant au mieux de vos intérêts, vous vous mettez vous-même dans la merde !

C’est là le message le plus fondamental de Keynes, mais il est inconnu. C’est là la critique la plus forte du marché développée par Keynes : le marché, lieu sans pouvoir, sans centre, lieu « décentralisé », n’est pas dirigé. Et donc les solutions collectives, même connues de tous, ne peuvent pas être atteintes. Un peu comme, dans une famille, des conflits qui pourraient être résolus ne le sont pas alors qu’il « suffirait » que chacun fasse un pas vers l’autre, mais personne ne veut être le premier à le faire.

[…]

L’obstacle n’est donc pas économique, mais psychologique. Bernard Maris l’avait dit dans son indispensable livre Keynes, l’économiste citoyen « Pour Keynes, le fondement de l’économie, c’est la psychologie. Et c’est très grave. »

Enfin, si vous croyez qu’Adam Smith a défendu l’idée selon laquelle le marché permettait l’harmonie des intérêts, ce qu’il n’a jamais fait, je vous laisse lire la description que Smith fait des conflits entre maîtres et ouvriers concernant le niveau des salaires. Autrement dit, cette idée folle selon laquelle le marché conduirait à l’intérêt général n’a jamais été avancée par un seul économiste sérieux. »

François Lenglet, prophète de malheur de l’économie

JACQUES LITTAUER 

« Words, words, do not make too many words. Be silent and listen: have you recognized your madness and do you admit it?

Have you noticed that all your foundations are completely mired in madness?

Do you not want to recognize your madness and welcome it in a friendly manner?

You wanted to accept everything. So accept madness too. Let the light of your madness shine, and it will suddenly dawn on you. Madness is not to be despised and not to be feared, but instead you should give it life. »

Carl Jung, Red Book

In a profound work that pivots from the biggest questions about American history and ideals to the most intimate concerns of a father for his son, Ta-Nehisi Coates offers a powerful new framework for understanding our nation’s history and current crisis. Americans have built an empire on the idea of “race,” a falsehood that damages us all but falls most heavily on the bodies of black women and men—bodies exploited through slavery and segregation, and, today, threatened, locked up, and murdered out of all proportion. What is it like to inhabit a black body and find a way to live within it? And how can we all honestly reckon with this fraught history and free ourselves from its burden?

Between the World and Me is Ta-Nehisi Coates’s attempt to answer these questions in a letter to his adolescent son. Coates shares with his son—and readers—the story of his awakening to the truth about his place in the world through a series of revelatory experiences, from Howard University to Civil War battlefields, from the South Side of Chicago to Paris, from his childhood home to the living rooms of mothers whose children’s lives were taken as American plunder. Beautifully woven from personal narrative, reimagined history, and fresh, emotionally charged reportage, Between the World and Me clearly illuminates the past, bracingly confronts our present, and offers a transcendent vision for a way forward.

« On a hill overlooking a refugee camp in Sudan, a young man strings up bedsheets that, in an act of imaginative resilience, will serve as a screen in his silent cinema. From the cinema he can see all the comings and goings in the camp, especially those of two new arrivals: a girl named Saba, and her mute brother, Hagos.

For these siblings, adapting to life in the camp is not easy. Saba mourns the future she lost when she was forced to abandon school, while Hagos, scorned for his inability to speak, must live vicariously through his sister. Both resist societal expectations by seeking to redefine love, sex, and gender roles in their lives, and when a businessman opens a shop and befriends Hagos, they cast off those pressures and make an unconventional choice.

With this cast of complex, beautifully drawn characters, Sulaiman Addonia details the textures and rhythms of everyday life in a refugee camp, and questions what it means to be an individual when one has lost all that makes a home or a future. Intimate and subversive,

 Silence Is My Mother Tongue dissects the ways society wages war on women and explores the stories we must tell to survive in a broken, inhospitable environment. »

Silence Is My Mother Tongue

« Le 15 octobre 1987, un commando attaque une réunion dirigée par le capitaine Thomas Sankara.

Le président du conseil national de la révolution ainsi que treize de ses compagnons sont abattus.  

Ils seront inhumés à la sauvette par des prisonniers.

Alouna Traoré est le seul rescapé. Il raconte comment s’est déroulé l’assaut qui a coûté la vie à l’ancien président du Faso.

Dans les rangs de l’armée, cet assassinat ne passe pas.

Boukary Kaboré et ses hommes refusent de faire allégeance au nouveau pouvoir.

Ils seront matés.

Reportage: Simon Gongo »

« « Un militaire sans formation politique est un criminel en puissance », disait-il, expliquant sa soif de connaissance et son appétit pour la lecture.

En 1969, à l’Académie militaire d’Antsirabé, à Madagascar, il étudie, les sciences politiques qui deviennent une passion pour lui.

L’homme sait manier le verbe.

Sankara était-il un penseur ? Un idéologue politique ? Oui, selon le professeur de philosophie burkinabè Abdoulaye Barro.

« Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le tiers monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être « l’arrière monde d’un Occident repu« , déclare Thomas Sankara devant l’assemblée générale des Nations unies, le 4 octobre 1984.

Anti-impérialiste assumé, Sankara est un non-aligné qui affiche ses amitiés avec des leaders en rupture de ban en Occident notamment ceux membres du bloc soviétique dans un contexte de guerre froide.

Le jeune capitaine burkinabè veut affranchir son pays de la tutelle de l’ancien colonisateur, la France, avec qui il voulait renégocier les accords de coopération.

Son clash d’anthologie avec le président français de l’époque, François Mitterrand en visite au Burkina Faso, en dit long sur son point de vue sur la France et les pays occidentaux.

Sankara s’oppose à la même période aux réformes néolibérales et aux programmes d’ajustement structurel imposés à l’Afrique par les bailleurs de fonds.

Il cherche à rendre son pays autonome et capable de prendre son destin en main. Pour lui, mettre un terme à la dépendance diplomatique et commerciale du Burkina Faso vis-à-vis de la France est plus que nécessaire.

C’est ainsi qu’il prône le non-remboursement de la dette à Addis Abeba en juillet 1987, trois mois avant son assassinat.

Féministe

Le Burkina, comme la plupart des sociétés traditionnelles africaines, est régi par un système patriarcal qui accorde peu de place à la femme.

Voulant mettre fin aux injustices, Thomas Sankara s’engage pour la promotion et l’émancipation des femmes.

Il nomme plusieurs d’entre elles ministres.

Plus anecdotique, le 8 mars 1987, ils demandent aux hommes de célébrer la journée internationale de la femme en échangeant de rôle avec leurs épouses.

Ce qui suppose que les tâches ménagères sont pour une fois dévolues aux hommes.

Cet engagement féministe, il en a fait part à ses pairs du monde entier dans un discours aux Nations unies en 1984. »

Pourquoi Sankara est-il une icône africaine?

par Ndèye Khady LO

« « L’histoire de l’esclavage au Canada est un sujet encore méconnu à travers le pays, même s’il a duré près de 200 ans et que de nombreux historiens, auteurs et chercheurs se sont penchés sur la question depuis le 19e siècle.

L’esclavage en sol canadien, sous sa forme coloniale, se divise en trois grands pôles géographiques : le Québec, les provinces de l’Atlantique et l’Ontario. Il débute à l’époque de la Nouvelle-France et prend fin dans les premières décennies des années 1800.

[…]

L’esclavage prend fin au Canada grâce à la pugnacité des esclaves à refuser leur condition, à leurs alliés blancs qui les hébergent ou les défendent devant les tribunaux ainsi qu’aux juges qui rendent des décisions en leur faveur. Il n’y a que dans le Haut-Canada que l’abolition graduelle se fait grâce à un acte législatif.

Le déclin de l’esclavage a très probablement été facilité par le fait qu’il n’était pas un facteur économique de premier ordre au Canada.

D’ailleurs, dans plusieurs endroits sur le territoire, l’esclavage se mue en engagement, plusieurs propriétaires terriens se rendant compte de l’avantage financier d’engager à peu de frais des agriculteurs noirs plutôt que d’avoir à subvenir aux besoins de familles entières.

[…]

L’histoire de l’esclavage des Autochtones et des Afro-descendants au Canada doit s’insérer de manière permanente dans notre trame historique nationale. Toutefois, il est aussi primordial de se rappeler que la présence noire en territoire canadien n’est pas seulement liée à la servitude; plusieurs personnes libres ont contribué à l’édification de ce pays, et ce, depuis les débuts du 17e siècle. Mathieu da Costa, les Black loyalists, Thomas Peters, les marrons jamaïcains, Rose Fortune, Richard Pierpoint, Alexander Grant, les réfugiés de la guerre de 1812 et de l’Underground Railroad, Josiah Henson, Mary Ann Shadd Cary, Mifflin W. Gibbs, Sylvia Stark, John Ware, le Bataillon numéro 2 de construction, Viola Desmond et bien d’autres encore sont des exemples de personnalités afro-canadiennes, d’est en ouest, dont les noms doivent figurer dans nos livres d’histoire et manuels scolaires.

C’est un devoir de mémoire de se rappeler l’esclavage. Celui-ci ne constitue toutefois pas une identité et on ne peut laisser ce statut définir l’histoire afro-canadienne. »

– L’esclavage au Canada  »

Devoir de mémoire : de l’Esclavage au Canada

Few modern voices have had as profound an impact on the black identity and critical race theory as Frantz Fanon, and Black Skin, White Masks  represents some of his most important work. Fanon’s masterwork is now available in a new translation that updates its language for a new generation of readers.

A major influence on civil rights, anti-colonial, and black consciousness movements around the world, Black Skin, White Masks is the unsurpassed study of the black psyche in a white world. Hailed for its scientific analysis and poetic grace when it was first published in 1952, the book remains a vital force today from one of the most important theorists of revolutionary struggle, colonialism, and racial difference in history.
With her characteristic brilliance, grace and radical audacity, Angela Y. Davis has put the case for the latest abolition movement in American life: the abolition of the prison. As she quite correctly notes, American life is replete with abolition movements, and when they were engaged in these struggles, their chances of success seemed almost unthinkable. For generations of Americans, the abolition of slavery was sheerest illusion. Similarly,the entrenched system of racial segregation seemed to last forever, and generations lived in the midst of the practice, with few predicting its passage from custom. The brutal, exploitative (dare one say lucrative?) convict-lease system that succeeded formal slavery reaped millions to southern jurisdictions (and untold miseries for tens of thousands of men, and women). Few predicted its passing from the American penal landscape. Davis expertly argues how social movements transformed these social, political and cultural institutions, and made such practices untenable.

In Are Prisons Obsolete?, Professor Davis seeks to illustrate that the time for the prison is approaching an end. She argues forthrightly for « decarceration », and argues for the transformation of the society as a whole.
Issue One uses Adrienne Maree Brown’s Emergent Strategy as a framework for reassessing our relationships to design and to change.
Through positioning design as a social practice, dignity becomes our lens for considering various global perspectives on co-living, architecture, and hyperlocal food systems. An interdisciplinary and multigenerational group of contributors lend their points of view on what « Designing for Dignity » might mean.
In I’m Telling the Truth, but I’m Lying Bassey Ikpi explores her life―as a Nigerian-American immigrant, a black woman, a slam poet, a mother, a daughter, an artist―through the lens of her mental health and diagnosis of bipolar II and anxiety. Her remarkable memoir in essays implodes our preconceptions of the mind and normalcy as Bassey bares her own truths and lies for us all to behold with radical honesty and brutal intimacy.
From her early childhood in Nigeria through her adolescence in Oklahoma, Bassey Ikpi lived with a tumult of emotions, cycling between extreme euphoria and deep depression―sometimes within the course of a single day. By the time she was in her early twenties, Bassey was a spoken word artist and traveling with HBO’s Def Poetry Jam, channeling her life into art. But beneath the façade of the confident performer, Bassey’s mental health was in a precipitous decline, culminating in a breakdown that resulted in hospitalization and a diagnosis of Bipolar II.
In I’m Telling the Truth, But I’m Lying, Bassey Ikpi breaks open our understanding of mental health by giving us intimate access to her own. Exploring shame, confusion, medication, and family in the process, Bassey looks at how mental health impacts every aspect of our lives―how we appear to others, and more importantly to ourselves―and challenges our preconception about what it means to be « normal. »  Viscerally raw and honest, the result is an exploration of the stories we tell ourselves to make sense of who we are―and the ways, as honest as we try to be, each of these stories can also be a lie.

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