Du mot « Nègre »

« Luc

Dim 25/Oct/2020 13h58 :

Salut mon frère,

De la lumière Noire.

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/recherche/produits/emissions/dessine-moi-un-dimanche/episodes/489141/rattrapage-du-dimanche-25-octobre-2020/22

Luc »

« La première femme noire à la tête du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, s’est dite préoccupée qu’un climat de censure s’installe dans le milieu universitaire: en entrevue à Radio-Canada mardi matin, elle donne son appui à la professeure de l’Université d’Ottawa réprimandée pour avoir prononcé le mot «nègre».

C’est dans le cadre d’un de ses cours que Verushka Lieutenant-Duval a utilisé l’exemple de l’insulte raciale pour expliquer le concept de «resignification subversive» à ses étudiants. Il s’agit de la réappropriation par un groupe d’un mot d’abord utiliser pour l’insulter.

Dénoncée par des étudiants qui condamnent l’utilisation du mot peu importe son contexte, Mme Lieutenant-Duval a été suspendue par l’université. L’institution a offert aux étudiants de changer de professeur pour le reste de la session.

Pouvoir en parler

«Dans un contexte où on essaie d’expliquer le mot, particulièrement le mot « nègre » dans ce cas-là, il y a une histoire associée à ça. Il faut pouvoir en parler, il faut pouvoir en débattre et le faire de manière constructive en sachant que c’est un mot chargé émotivement», a déclaré Mme Anglade au micro de Patrick Masbourian.

Selon Mme Anglade, il y a moyen de citer le terme dans certains contextes. «Quand il est utilisé pour blesser quelqu’un ou envoyer des commentaires racistes, il faut le décrier. Mais à l’université, dans certains contextes, je pense qu’on va devoir être capables de se dire les choses.»

Dominique Anglade, qui est d’origine haïtienne, a d’ailleurs prononcé le mot «nègre» à plusieurs reprises pendant l’entrevue, alors que son interlocuteur parlait plutôt du «mot qui commence par « n »».

La liberté d’expression et la liberté de débattre doivent pouvoir exister au sein de nos institutions, estime Mme Anglade. «Si on commence à dire « ce mot-là ne peut pas être utilisé », où va-t-on dans nos universités? C’est ça que je déplore», a ajouté la cheffe du Parti libéral du Québec.

D’autres appuis

Vendredi, quelques 34 collègues de Verushka Lieutenant-Duval ont signé une lettre pour dénoncer publiquement le traitement qui lui avait été réservé.

Comme Dominique Anglade, ils sont d’avis que l’université doit être un lieu où il est permis d’explorer les différentes réalités de l’histoire et d’en débattre.

Mardi matin, près de 600 professeurs de cégeps et d’universités ont donné leur appui à la professeure Lieutenant-Duval dans une lettre publiée en une du journal Le Devoir.

Sur les réseaux sociaux, la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, a réagi à la controverse en dénonçant des «dérapages innaceptables».

«Ce qui me trouble également, c’est de voir l’Université jeter cette professeure en pâture à des militants agressifs qui tiennent des propos violents envers elle et les francophones. Je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine lâcheté de la part de la direction», a-t-elle écrit sur sa page Facebook personnelle mardi matin.

Lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale du Québec, les co-porte-paroles de Québec Solidaire, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, se sont aussi rangés derrière la professeure. «Je pense que le recteur doit revenir sur sa position», a déclaré Mme Massé.

Quant à lui, le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, défend le droit à la dignité des étudiants qui se sont senti brimés tout en appuyant la liberté académique.

«Responsabilité académique»

Cependant, des étudiants en faveur de la suspension de la professeure estiment que cette dernière a failli à son devoir de «responsabilité académique».

«Elle n’avait pas enseigné l’usage du mot, elle l’avait présenté comme un mot pouvant être réapproprié dans le contexte», a raconté le président du syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa, Babacar Faye, en entrevue à Radio-Canada.

Lorsque Verushka Lieutenant-Duval a été corrigé par une étudiante, elle s’est excusée. «Ensuite, elle a demandé à l’étudiante d’elle-même prendre la responsabilité de l’expliquer, alors que c’est la prof qui est responsable d’enseigner son cours», a souligné M. Faye.

L’étudiant a tenu à rappeler que la communauté noire de l’Université d’Ottawa est victime de profilage racial sur le campus. «On demande une conscience de la part de notre université et du corps professoral», a-t-il ajouté. »

«Nègre»: Domique Anglade appuie une professeure réprimandée 

« « C’est donc sans surprise qu’au sein d’un cours donné dans une université de la province occupée, portant sur les théories de femmes afro-américaines au sujet de l’intersection des systèmes d’oppressions, une professeure blanche a revendiqué son alliance à des professeur-e-s ayant usé du N-word, au nom de la liberté d’expression. Et à continuer de le faire, malgré les réticences éclairées des étudiant-e-s faisant face à ses propos. Pire, cette dernière a même affirmé son autorité de professeure, en coupant court à la discussion alors que certain-e-s, faisaient part de leurs émotions face à ses affirmations… Avons-nous déjà évité le dialogue et le conflit? Cela fait des siècles que nous faisons avancer nos luttes de la sorte, c’est de cette même manière que l’analyse et les pratiques intersectionnelles élaborées par les femmes noires ont vu le jour. Cette rhétorique de la liberté d’expression est la façon la plus véhémente de cracher sur toutes les personnes qui ont participé à l’élaboration de cette théorie, qu’elles disent enseigner. Cela est particulièrement outrageant, quand cela se déroule dans un cadre d’enseignement féministe. » »

On vous voit

(Volume 10, Numéro 1, 27 octobre 2020) par

Féministes racisé-e-s uni-e-s et solidaires (FRUeS) 

« Dave

Dim 25/Oct/2020 18h01 :

Hey mon frère, 

Merci du partage, j’ai écouté attentivement dany et serge, et malgré leurs lumières noire et blanche je puis dire que quelques fois j’ai l’impression que l’on fait semblant de ne pas comprendre le problème avec l’usage de ce « nègre ». 

Cela fait quelques jours que l’on me pose des questions sur ce débat (dont j’ignorais l’existence car je ne lis plus depuis quelques temps les ‘nouvelles’ québécoises / canadiennes). Ma réponse est limpide : « respect ». Voilà, nul besoin de s’étendre davantage en ‘blablabla’, intellectualisme, rhétorique, etc., juste du putain de « respect ». 

On fait semblant de ne pas comprendre le problème parce que la question fondamentalement n’est pas de « supprimer » le mot « nègre » du dictionnaire mais son « usage ». Ce qui pose la question de savoir « qui » peut utiliser ce mot lourdement chargé en sens et significations selon le lieu, le contexte, la situation, dans lesquels on se trouve. Voilà la véritable question. Est-ce que moi un « noir » (puisque je ne peux souvent faire autrement que d’être un « noir » aux yeux des autres même si je me revendique autre), j’accepterais qu’une personne dite « blanche », qu’importe le pourquoi et le comment et la situation voire la finalité de la mobilisation de ce mot, prononce « nègre » en ma présence, au vu de ma connaissance de tout l’historique de ce mot utilisé en vue de déshumaniser de chosifier et de sous-chosifier l’Autre, de mes expériences personnelles dans une société qui nie toute reconnaissance du racisme systémique pour ne pas « radicaliser » les « racistes blancs » (on marche sur la tête), je te réponds clairement : « NON! » Je ne tolèrerai pas qu’une personne jouissant du privilège de « blanchité » prononce un tel mot en ma présence, je le prendrai pour un manque de respect. Et j’y riposterai fermement et proportionnellement à la violence de son utilisation. C’est comme ça. 

Tu n’as jamais prononcé ce mot en ma présence, toi mon ancien professeur d’université (comme je le dis souvent mon « Maître Jedi ») et toi ce prof’ devenu mon Ami et mon frère, et je doute même que tu aies eu à le faire pour quiconque, cela ne te ressemble pas, tu es mon frère car comme tu le dis nous provenons de la même souche autochtone (africaine) sans avoir toujours subi les mêmes inhumanités historiques, donc tu sais que ce n’est pas parce que tu as le droit de le faire que tu te permets de le faire, parce qu’en tant que frère tu me respectes et que tu as en mémoire toutes les injustices et les horreurs contenus dans ce mot du dictionnaire. Tu as en mémoire ce que moi et les miens ont subi, ces miens qui sont en fait les tiens aussi. 

Dany mélange tout et n’importe quoi, et ça c’est le reproche que l’on lui fait depuis quelques semaines. Il parle de « suppression » alors qu’il est question « d’utilisation » qui pose l’interrogation de « qui » utilise dans un contexte contemporain : on ne le rappellera jamais assez où un « nègre » est mort étouffé dans une froide indifférence par un genou « blanc », qui voit un « président blanc » mobilisé presque l’armée afin de terroriser des manifestations de dignité humaine pour la justice (et que le même président applaudit ou banalise la haine de groupes « blancs » suprémacistes que sont notamment les fameux « proud boys », etc.), qui voit un premier ministre provincial avoir toute la misère du monde – malgré des rapports d’expert(e)s en la question – de reconnaître un « racisme systémique » pour ne pas déplaire à son électorat « blanc » et « vieux comme le vieux monde » même s’il est souventefois « jeune », qui voit la montée en occident du nazisme et de l’extrême droite qui ne se gêne plus pour vomir sa « haine » dans les médias et autres, etc. On oblitère le contexte et tout ça pour s’appuyer sur des arguments (pardon mon frère de le dire franchement) « imbéciles », totalement pour le coup « idiots ». 

Que les « noirs » utilisent le mot « nègre » implique -t- il que tout le monde puisse en faire « pareil »? Non, car leur usage de ce mot est une façon de retourner l’injure contre les « sauvages » (c’est « civilisé-e-s » au fond « primitifs / primitives »), cela se nomme le « retournement du stigmate » (comme l’autre dirait) et le roman « faire l’amour à un nègre » en est une illustration (qui est un dénonciation de ce « racisme » par la baise faut-il le souligner), ce retournement ne vaut pas en sens et significations que l’on soit dans un contexte canadien ou québécois ou haïtien que l’on soit dans un état sudiste étatsunien, il ne faut pas décontextualiser les choses afin de généraliser abusivement ce qui ne doit pas l’être, car cela serait soit de la mauvaise foi totale, de la malhonnêteté, ou pire de l’ignorance. 

Qu’une écrivaine décide que le nom de son œuvre publiée ailleurs soit modifiée pour ne pas « choquer » une communauté particulière parce qu’elle comprend bien que le sujet est hautement « sensible » on parle et crie haut et fort de « censure » et de « bien pensance » alors que personne aujourd’hui (ou pas d’ailleurs) ne se permettrait de sortir un bouquin intitulé « youpin » « gouine » « pédé » « salope » etc. ou « le viol est sexy » ou les « queer de malades », etc. Personne même dans un cours à l’université n’oserait prononcer ces termes car l’on sait et se rend bien compte de toute leur pesanteur et leur charge historique, et l’on a conscience que dans l’auditoire il y a des personnes qui vivent encore toute l’horreur de cette charge dans leur chair et leur esprit quasiment au quotidien voire qui ont en mémoire des injustices trop souvent tues dans les livres d’histoire comme celle de l’esclavage au canada (qui a commencé en nouvelle-france), etc. 

J’ai eu comme professeur(e)s des personnes qui sans faire tabou de certains mots du passé (de l’histoire) abordaient le sujet d’une façon respectueuse de tous et toutes, ne les prononçaient pas et par les possibilités de la langue et du vocabulaire trouvaient des moyens de parler de certaines questions sensibles sans heurter les gens. Tout le monde comprenait, enregistrait, apprenait, et il n’y a jamais eu de « scandale ». Ces professeur(e)s datent de mon enfance comme de mon récent présent ici au québec (dois-je te le dire que j’ai un parcours en histoire du québec et du canada que je ne mentionne – comme tant de choses – jamais dans mon curriculum vitae académique canadien et québécois). 

J’ai moi-même fait des présentations universitaires sur des questions de « diversité » (ethnoculturelle, sexuelle, linguistique, etc.) dans lesquelles je m’inscrivais dans des perspectives critiques et qui m’obligeaient à parler de sujets délicats (« antisémitisme », « racisme », « homophobie », etc.) sans jamais prononcer des « mots désobligeants » car trop « lourds » historiquement et contextuellement, j’ai évité de les prononcer tout en pensant à des façons « créatives » et « originales » de les présenter et d’en parler et le tout dans le respect des uns unes et des autres. Des présentations qui ont été applaudies par mes pairs et par mes collègues, je n’en suis pas mort et tout le monde en a tiré quelque chose sans que l’on en arrive à s’étriper, à la guerre, etc. Des présentations pensées simplement dans une idée de « respect ». 

« Respect », aujourd’hui s’il existe un mot vraiment tabou il est celui-là. Tout le monde revendique le droit de « manquer de respect » aux autres soit au nom de la putain de liberté d’expression soit au nom de je-ne-sais-quoi, un droit qui n’est souvent pas réciproque car ceux et celles qui brandissent un tel droit n’acceptent souvent pas que les « autres » en fassent usage (contre eux et elles notamment) puisqu’ils et elles trouvent cela « scandaleux » (ils et elles votent même des lois là dessus, comme quoi le droit et la loi sont la continuation de la politique par d’autres moyens comme dirait à la suite de clausewitz l’autre).

On peut donc faire n’importe quoi au nom de cette fameuse « liberté d’expression » comme un instrument de violence dominatrice de l’autre (car c’est de cela dont il s’agit), juger que « toute violence est inacceptable malgré ses raisons légitimes » d’autant que cette « violence » est dirigée contre « nous autres » et qu’elle sert à mépriser insulter inférioriser sous-humaniser chosifier ou sous-chosifier Autrui. On peut le faire parce que l’on se situe du « bon » bord de la « barrière ». Cela nous paraît si « indiscutable » avant d’en subir la violence. 

Nous vivons, mon frère, une époque qui a plus que les autres précédentes un « respect » de soi et d’Autrui à géométrie variable, on est créatifs dans l’argumentation pour faire valoir le pourquoi nous devons manquer de respect aux autres et que ces derniers ne le doivent pas pour nous, nous faisons preuve d’une idiotie remarquable et stupéfiante (voire de stupeur) qui est très intelligente et même de bon sens quand il s’agit de balancer aux autres du n’importe quoi, alors que le plus essentiel est ailleurs : c’est l’humain, la dignité humaine. Donc une question d’éthique de dignité humaine, de vivre-ensemble, etc. A-t-on jamais connu historiquement  une Cité du divers ou une divers-Cité d’exaltation libertaire de soi et du « droit de tout dire »? A-t-on jamais connu un seul être raisonnable ou doué de raison vivant dans une communauté de semblables et de différents qui au nom de principes d’humanité et de dignité ne se soit auto-censuré ou même n’ait été censuré qu’importe le pourquoi du comment de sa « liberté »? Même ceux et celles qui osent la « transgression » ou le « subversif » (dans les arts, dans les sciences, dans les littératures, etc.) savent les limites qu’imposent les principes d’humanité et de dignité, bref de respect. 

Je peux dire certaines choses dans mes œuvres littéraires sans jamais ôter aux personnages toute dignité humaine et toute humanité, je peux utiliser des mots qui « choquent » sans que ces mots ne soient une banalisation de l’indignité humaine et de l’inhumanité surtout si j’ai bien conscience de leur lourdeur et leur pesanteur d’inhumanité et d’indignité, j’ai en tant que scribouilleur une responsabilité mais surtout un respect envers l’humanité et la dignité, voilà une des limites de « création » que je me suis toujours imposée. On fait semblant de découvrir qu’être humain et dignité humaine signifie fondamentalement indifféremment des raisons ou autres que l’on ne peut tout dire qui soit une négation d’Autrui ou qui tendent à s’inscrire dans l’insulte l’injure l’injustice la déshumanisation etc. de l’Autre. C’est là le nœud du problème et le cœur du débat contemporain et non le truc sur la censure ou la suppression d’un mot. On fait comme si on ne le comprend pas, ce qui est même le propre du problème. 

Il y a aussi un autre truc que je remarque depuis quelques années, et je l’ai noté ici au québec avec un de mes professeur(e)s à l’université, il s’agit de toujours laisser entendre que les « jeunes » ou les « personnes » qui critiquent ou s’opposent à certaines choses sont soit des « débiles » soit des « incultes » du genre « finitos d’ignorance », et ce prof était un jeune trentenaire et j’ai rarement rencontré une personne aussi idiote avec énormément de culture. Donc, on mobilise « l’intellectualisme » pour finalement démontrer aux yeux et à la vue de tous et toutes toute son idiotie, sa bêtise, plébiscitée ou pas, tout en accusant les autres d’être l’ignorance et la stupidité crasses même. 

Tu as un mec qui te dit que « ton expérience personnelle » n’a pas valeur d’argument et qui durant l’essentiel de son propos s’appuie principalement sur sa « propre expérience » personnelle (son fameux livre qui l’a rendu si célèbre est un recueil d’expériences plus ou moins personnelles enrobée dans une « fiction » ne bernant aucun lecteur / lectrice et qui vaut valeur argumentative littéraire et même plus) en choisissant bien particulièrement des illustrations « historiques » qui appuient son propos, il te parle du « café de flore » et de sa jouissance de bon vin comme si on en a quelque chose à cirer, comme si le fait d’être académicien et un « visage » connu et reconnu ne jouaient pas sur la « balance » dans le fait qu’il puisse contrairement sans doute à d’autres « jouir » d’un moment « tranquille » et de création littéraire au « café de flore » (tu crois vraiment qu’une personne qui a un genou sur la gorge veut parler du « goût du vin »?), et tu as l’autre qui te parle de « la gauche de la gauche » – celle des fameux nouveaux identitaires, le même il y a quelques semaines qualifiait de « bandit » un « macdonald » foutu au sol par un mouvement (issu « de la gauche de la gauche ») de colère contre l’injustice mémorielle ou contre la « célébration » mémorielle d’un personnage historique méprisable. Et ce dernier te sort « l’argument » de cette femme autochtone qui intitule son livre de « sauvage » comme justement un « retournement de stigmate » et non comme une « banalisation » de ce mot hautement lourd et pesant en sens et significations d’inhumanité et d’indignité humaines (dans notre mémoire collective, histoire, société, canadiennes et québécoises). On mélange donc tout, on fait semblant de ne pas comprendre, etc., bienvenu au XXIe siècle. 

Pour finir, mon frère, j’ai lu un peu partout que l’on parle de « clientélisme », j’ai voulu y répondre en demandant à ceux et celles qui me sortent cette connerie de quoi parlaient-ils / elles (etc.)? Du fait que toutes les institutions dans nos sociétés occidentales actuelles ont toujours été clientélistes envers la « majorité » (ethnoculturelle, hétérosexuelle, phallocrate, etc.)? Que les fameuses politiques « identitaires » sont élaborées justement comme une prise en compte de ce fait et de toutes les injustices (invisibilités, inégalités, etc.) subies par les groupes minorisés? Que le débat actuel sur l’usage du mot « nègre » n’a absolument rien à voir avec de telles politiques mais davantage avec le « respect » des uns unes et des autres, et qu’il soit légitime qu’une personne minorisée puisse retirer le droit à une personne appartenant à la majorité dominante d’utiliser un mot « choquant » dans le contexte actuel et bien inacceptable quand on a du mal dans notre société présente à reconnaître clairement toutes les horreurs du passé (enseignement notamment de l’esclavage au canada qui a duré quand même plus de deux siècles) et les violences systémiques actuelles (malgré les preuves matérielles, factuelles, etc.), que l’on cautionne de plus en plus politiquement et socialement le mépris des Autres (agressions de toutes sortes, tranquillement médiatisées et banalisées), que l’argument de la « critique » ou de la « liberté d’expression » est d’une telle connerie doublée d’une amnésie historique que cela se passe de toute sorte de propos, etc. Etc. Etc. 

Bref, de mon point de vue, qui ne vaut pas pour d’Autres qu’ils et qu’elles soient « noir-e-s » ou « autochtones », chacun(e) étant libre de penser et de signifier comme il et elle l’entend, j’interdis catégoriquement à certaines personnes qu’importe dans quelle situation ou condition de prononcer le mot « nègre » en ma présence. Que les gens y trouvent une « incapacité » de dépasser cet « enfermement mental » ou que sais-je encore, je m’en fous éperdument (pas envie de me lancer dans un débat sur cette question). Je ne débattrais pas dessus, comme les juifs et autres ne débattent pas beaucoup sur l’utilisation de certains mots aux lourdeurs et pesanteurs historiques et pour bien d’entre eux et elles inacceptables quand émanant de certaines personnes qu’importe le contexte et la situation voire la finalité de leur usage / utilisation. Et cela semble pas mal « correct » dans nos sociétés occidentales, surtout que légalement cet usage / cette utilisation est fermement (strictement) encadré(e) par un arsenal juridique. 

Désolé, une fois de plus d’avoir été si long et de répondre si tardivement luc. 

Ton frère.  

Dave »

« Luc

Lun 26/Oct/2020 06h08 :

Salut mon frère,

je suis en train de refaire ma galerie avant. Ce matin, ça n’a pas empêché le camelot de lancer le journal sur un plancher qui n’existe plus. Sa peau n’a rien à voir là-dedans.

Le mot « nègre » n’a jamais fait partie de ma vie, pas plus que « youppin » ou « sauvage ». « Nègre » vient d’une époque et d’un ailleurs que je n’ai pas connus. 

Quand je suis avec toi, je vois ta peau mais c’est toi que je regarde. Et c’est toi que j’écoute. Or, depuis une semaine, arrive champ gauche un simili scandale, comme une fatwa de la langue. Ce tintamarre est un phénomène médiatique, la chargée de cours n’y est pour rien.

Je me suis toujours senti chez moi au Niger, en Cote-d’Ivoire et au Mali. C’est le sens de la famille et le rapport au temps. Je me sens aussi bien au pow wow de Kahnawake ou quand je lis sur les Premières Nations, la notion de cercle, les ainés, le pouvoir des femmes. Il faut être européen pour passer à côté de telles richesses. Penses-tu qu’on enseigne ça à Ottawa?

Je suggère de regarder «  Les grandes civilisations africaines ». C’est ce qu’il faut enseigner dans les écoles.

Sérieux, j’ai l’impression que ce « scandale » va poser une question: qui parle?

Je t’envoie une petite lecture, http://prete-moitonplume.blogspot.com/ et un lien, https://ici.radio-canada.ca/premiere/balados/7628/autochtones-traditions-communautes-langue-territoireCelui-là me fait du bien.

Amitiés

Luc »

« Noir péjoratif

La dernière fois que j’ai parlé du mot « nègre », c’était au début des années 80.

À la taverne Le trappeur, près de l’UQAM, mon ami nigérien Bory Seyni m’explique la colonisation de l’Afrique par les européens.

Ce cours d’histoire fantastique m’est raconté pour la première fois par quelqu’un qui en vit chaque jour les conséquences.

Je reprends. J’assiste au récit fantastique d’une histoire dramatique.

Assis à une table voisine, un touriste Belge demande à mon ami Bory de quel pays il vient.

De la même façon que Bory refuse les frontières européennes de son pays, il refuse de répondre.

Une réponse fantastique à une histoire dramatique.

Les frontières africaines de Bory sont naturelles, les ethnies, les montagnes et les rivières.

Je mesure pour la première fois la profondeur de la blessure.

Je regarde ces jours-ci la série « Les routes de l’esclavage », d’ARTE, sur Savoir.tv. Un livre d’histoire en quatre épisodes.

L’esclavage existe depuis 1500 ans environ.

L’esclavage a toujours été une affaire économique. Les esclaves ont servi de puissance motrice aux économies. Ils ont été remplacés par le pétrole.

Esclave vient de slave. Difficile d’être plus blanc.

L’esclavage est devenu Noir dans les années 1400.

Les mots « Blanc » et « Noir » sont apparus dans les années 1700, en même temps que le racisme.

Sacré Sapiens. Il n’y a que lui pour séparer les couleurs dans une famille de cousins. On se croirait dans une salle de lavage.

Il n’y a que lui pour parler de racisme, alors que l’humanité ne compte qu’une seule race.

Les Africains utilisent le mot « frère ». Je n’en connais pas de plus juste.

Un jour, à Niamey, au Niger, mon ami Bory m’a présenté comme son frère blanc. C’est le plus beau compliment que j’aie jamais reçu.

Si j’enseignais à l’université d’Ottawa, comme cette dame à qui on reproche d’avoir bien fait son travail, je ne m’excuserais pas. Je n’ai pas à m’excuser de faire mon travail. Au mieux, je serais désolé de constater tout ce foutoir de merde, créé par un environnement en délire.

Cette histoire est celle de monde qui vire capot, tout simplement. Du même genre que les hystériques « Slav » et « Kanata ».

Sortir un fusil pour tirer une mouche.

Je recommande Advil.

Le premier ministre Legault parle de dérapage. Ça dérape solide, diraient les mots pour le dire.

Je suggère l’expression « Noir péjoratif ».

Elle servirait au racisme (il n’y a qu’une race humaine, faut-il le rappeler), d’équivalent de « non-voyant », pour « aveugle », et de « malentendant », pour « sourd ». Des mots bonbon pour se donner bonne conscience de ne pas dire les mots pour le dire.

Des mots pour contrôler la pensée des autres.

L’enseignement consiste à présenter les mots dans leur contexte. Le premier mandat de l’enseignant face aux mots est le respect.

Allez viens, Sapiens, on va changer la couche. »

Luc

« Dave

Lun 26/Oct/2020 10h49 :

Hey mon frère, 

Je suis tout à fait d’accord avec toi que ce « scandale » est simplement un « brouhaha » médiatique qui est monté et présenté comme une espèce d’instauration de « fatwa de la langue » alors que la question soulevée est beaucoup plus profonde (il s’agit du respect de soi et d’Autrui) et qu’elle mérite une réponse de ce siècle (et non les mêmes vieilles réactionnaires, conservatrices, ethnocentrées, de priviligié-e-s, etc., réponses qui au fond n’en sont pas). 

Cette question n’a pas vraiment trait à la coloration (de la peau) comme tu le sais mais à la condition même de l’être humain et de sa dignité, à cette condition marquée de violences de toutes sortes (chosification ou sous-chosification, impunités et injustices, mépris et déconsidérations, amnésies et oublis historiques, etc. etc. etc.). Il est plus que urgent aujourd’hui d’y répondre individuellement collectivement inclusivement en réactualisant les principes d’une éthique minimale de l’être-avec et de l’en-commun, mon frère. On ne peut plus continuer ainsi, on va droit dans le mur, peut-être que nous y sommes même déjà. 

Oui effectivement, la prof’ n’y est pour rien, elle n’avait pas peut-être conscience de certaines choses et c’est aussi cela le cœur du problème, comment est-ce seulement possible au XXIe siècle? Et oui, il y a eu récupération d’un bord comme de l’autre alors que cela demandait une « conversation » qui aurait obligée les uns unes et autres à se déplacer dans les réalités particulières dont ils elles n’ont peut-être pas (suffisamment) conscience et de les intégrer (donc de se remanier, d’évoluer, etc.). Cette « conversation » n’a pas eu lieu et chacun(e) s’est barricadé(e) derrière du n’importe quoi, une véritable « bunkérisation » (mentale, idéologique, culturelle ou ethnoculturelle, etc. etc.). 

Mon frère, on peut enseigner l’esprit critique à des personnes sans être offensant (surtout dans le contexte socio-politique, historique, moral, dans lequel on se trouve, en étant sensible à la situation / condition singulière des personnes que l’on enseigne), on peut apprendre aux gens la confrontation sans être irrespectueux, on peut confronter les gens à des « vérités » qui seraient susceptibles de les ébranler avec une manière tenant compte de leur dignité humaine (ce qui implique dans le cas d’espèce une conscience historique réelle et une sensibilité du contexte par exemple), on peut sensibiliser les êtres humains tout évitant certaines choses (propos, mots, etc.) surtout si de telles choses furent trop souvent et longtemps des armes de destruction massive de leur humanité et que ces armes-mots n’ont jamais vraiment été déchargées de leur violence. Enseigner ne confère pas un permis de chasse à la dignité humaine, enseigner n’octroie pas une immunité et ne justifie pas l’impunité, enseigner qu’importe la perspective (ou approche) adoptée n’est pas un droit de tout dire sans considération d’Autrui, de prononcer des « mots » qui sont lourds et pesants d’injustices et d’inhumanités. Plusieurs modèles (plébiscités) d’enseignement dans le monde le prouvent, ils sont l’avenir

Ainsi, ce n’est pas tant le respect envers le « mot » qui est exigé et attendu que le « respect » envers ceux et celles qui sont effectivement dans le mot ou que l’on les y a placé(e)s de force jusqu’au déni d’existence humaine (et ceux et celles-là se réapproprient ce mot comme une sortie de cette mise en cage, une réappropriation d’existence humaine). Dans certains mots, il y a des êtres humains et la mémoire de leurs atrocités subies et leurs injustices ou inhumanités vécues – qui pour un certain nombre sont encore frappées d’omerta ou de déni de reconnaissance, c’est vers cela que doit se diriger le respect, me semble-t-il. 

Finalement, on en revient à « qui » parle? Effectivement, « qui » parle toujours sans toujours vraiment écouter ceux et celles qui se sont tu(e)s, ont été tu(e)s. « Slav » et de « kanata » dont tu parles dans ton texte sont des illustrations même de cette incapacité de ce « qui » parlant toujours sans véritable écoute de ceux et celles qui se sont tu(e)s ou que l’on a tu(e)s (depuis si longtemps). Pourtant, ce n’est pas un si grand effort herculéen que de prêter l’oreille, de cesser de toujours parler (souvent à la place des autres), de donner aussi voix au chapitre aux autres et de comprendre tout ce que ces autres ont à dire, voire d’intégrer le fait que ces autres souhaitent être dits d’une façon plus adéquate de leur humanité. « Slav » et « kanata » sont de la sorte les symboles même de ce manque d’écoute de ceux et celles dont on s’approprie la mémoire (sans doute la seule chose qui leur reste), on commercialise cette appropriation (qui est en fait du vol puisqu’il s’agit de s’approprier ce qui n’est pas à soi sans réel consentement de l’Autre, un vol reste un vol même s’il est fait au nom de la très fameuse « fraternité universelle » ou de l’autre tout aussi fameux qu’est le « partage de l’universel » – certains peuples colonisés auraient sans doute tant à dire là-dessus), et on s’attend que ceux et celles que l’on vole applaudissent, acclament le fait encore une fois qu’ils et elles sont ce « qui » sans voix propre, cette voix réduite au silence, cette voix inaudible, cette voix (oui) volée, etc. 

Et si mon frère la véritable « fraternité universelle » au XXIe siècle commençait par se taire, écouter, intégrer, tous ces « qui » qui ne parlent presque jamais ou que l’on a contraint au silence voire que l’on a rendu inaudible? Et si la véritable « fraternité universelle » au  XXIe siècle débutait par cesser de faire toujours le récit des autres ou de leur imposer ses propres modalités du dire (et sur ce point je suis absolument d’accord avec toi sur le contrôle de la pensée – via les mots bien entendu mais aussi via les modalités du dire, et cela a été très/trop souvent l’apanage de ce « qui » parle tout le temps que ce soit dans nos écoles nos universités nos médias nos arts nos rues nos livres d’histoire notre histoire notre avenir etc.) issues de ce « qui » parlant toujours de lui et des autres à la place des autres? En quoi, est-ce si difficile à accepter, à comprendre, et même à vouloir? 

Mon frère, le lien que tu m’envoies résume assez bien toute ma pensée sur cette question, cela me fait aussi du bien : « Notre histoire collective a été écrite d’un point de vue eurocentriste et colonialiste. Ici, les Premiers Peuples reprennent le bâton de parole pour raconter leur vision de l’histoire. La poétesse innue Marie-Andrée Gill redresse 11 mots lourds de sens pour nos peuples afin de réconcilier le passé et le présent. C’est ensemble, mamu en innu aimun, qu’on décolonise nos esprits un mot à la fois. » 

Commençons donc par le mot « nègre », lourd de sens eurocentriste et colonialiste, pesant de racisme et de déshumanisation, arme-mot encore malheureusement de nos jours de destruction massive de la dignité humaine, de notre humanité. En respectant ceux et celles que l’on y a mis en cage et aux fers, et ces « qui » qui ne parlent pas toujours parce que ces « qui » ont un genou sur leur gorge. Ces « qui » qui ne peuvent pas toujours respirer. 

Ton frère.

Dave »

« Luc :

26 octobre 2020 12h40

Hé mon frère,

« Enseigner ne confère pas un permis de chasse à la dignité humaine », c’est du béton. Je dis oui à plusieurs égards, au silence, surtout. Tu le soulignes bien, c’est ce qui manque. Il y a beaucoup de bruits autour de nous. 

Amitiés

Luc »

« Dave :

26 oct. 2020 à 12:46

Hey mon frère, 

Pardon de te le dire silencieusement mais je t’aime. Mon inestimable Me Jedi.

Ton frère.

Dave »

« Luc:

26/Oct/2020 13h46

Hé mon frère,

Je t’aime aussi. 

Luc »

« Luc:

26/Oct/2020 20h31

Salut mon frère,

J’ai bien aimé ton idée du silence ce matin. Il y a quelques années, après Charlie Hebdo et le Bataclan, arrive Nice. Un vacarme infernal. J’avais eu ma leçon avec les deux premiers, j’ai fermé tous les appareils pendant deux jours.

Je reviens à Ottawa. Je n’aurais jamais dû être au courant de ce problème domestique. Il s’est rendu à moi because les médias. Pas de média, pas d’événement. Comment une anecdote comme celle-là prend-elle autant de place au point de devenir assourdissante? Deux plateaux d’invités hier soir, à Tout le monde en parle. J’ai zappé. Je ne t’apprendrai rien. Un paquet d’infos inutiles nous atteignent chaque jour. Dans ce cas-ci, comme pour Nice, pas moyen d’y échapper, sauf par le silence.

On peut épiloguer longtemps sur l’omniprésence de la pub. On peut aussi fermer l’appareil. C’est tellement simple.

Amitiés

Luc »

« Dave:

27/Oct/2020 11h08

Hey mon frère, 

Désolé de te répondre si tardivement. 

Oui, absolument j’appuie chacun de tes mots, tu l’as formulé mieux que moi mon frère. Mon sentiment. Ma pensée. Absolument. Le silence. Voilà, tu as tout dit. 

Ton frère.

Dave »

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