La Maât en tant qu’éthique existentielle (universaliste)

by dave
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Le partage qui suit est un de mon (grand-)frère Chrispy Robert (aka ou alias selon qui est en présence et du degré d’intimité : « junior », ou dans notre relation hypocoristiquement singulière « le bob » – moi je suis et reste soit « toutou » – surnom d’enfance comme déjà dit ici – soit « le mike » – surnom qui date de ma jeune adolescence – en référence à un des membres des boys II men dont le timbre de la voix apparemment a fait dire aux miens à cette époque qui se prolonge jusqu’à nos jours que je lui ressemblais).

Cela fait plus d’un an que le bob me fait parvenir hebdomadairement des ouvrages (issus d’une pluralité de domaines, d’espaces, de localités / localisations, de vibrations / rythmes / souffles / respirations / couleurs etc. etc. etc.). Depuis le départ (prématuré de mère l’an dernier) pour l‘Autre Grand Voyage, il a pris et assumé la relève envers moi (son p’tit frère, son cadet, l’éternel dernier de la fratrie voire même de la phratrie). Je veux dire : nourrir régulièrement mon insatiable curiosité comme mère le faisait à chaque anniversaire – dans le cas d’espèce du bob c’est chaque semaine pour moi (la célébration de) mon anniversaire (et je tiens particulièrement à le souligner ce 31 juillet est l’anniversaire du bob – d’où aussi à travers ce billet publié une façon pour moi très personnelle de lui souhaiter un « joyeux anniversaire le bob ! »). Ce partage donc est l’un des plus récents (d’ailleurs à la fin de ce billet tu trouveras quelques uns venant du bob), il date de la semaine dernière.

Je te souhaite un beau voyage dans cette Maât d’une éthique existentielle qui me semble t-il en paraphrasant l’autre : approfondit le particulier pour en arriver à l’universel (ou j’ose sur le vif la formulation : à un véritable universel selon moi compris d’abord comme rencontre – permanemment renouvelée / poursuivie – d’états constitués à l’instar du semblable et du différent / du general et du particulier / du singulier ou originalité et de l’ordinaire ou la banalité normalité etc. etc. etc., universel ainsi re.affirmé de la sorte avant tout dans sa / cette dimension-dynamique interintra-connexionelle – et qui dit connexion en tant que liaison / communication / rapport re.unificateur / mise en correspondance étroite entre choses / sujets suggère la proximité dans ses diverses déclinaisons [catégorielles, familières etc.] – permet d’observer / de voir que universel est dans son sens profond essentiellement / substantiellement un équilibre entre des états constitués : l’un [réductionniste] et le tout [holistique] mais aussi une coherence / cohesion de l’un dans le tout et du tout dans l’un, bref.. finalement une certaine / necessaire harmonie entre le.s divers autant dans l’un que dans le tout et le tout dans l’un, la question contemporaine qui est vieille comme le monde demeure soit la quête de cet équilibre / cette harmonie, soit son maintien ou sa preservation ce qui – d’après moi et avec les / à la suite des autres – exige [indifféremment de partir de l’un ou du tout ou des deux comme aller-retour simultané ou non] une approche autant que possible intégrale ici entendue dans son sens de non-restrictif et plus largement de jonction – du moins, je crois). Pour finir, je tiens à simplement te dire que l’aspect philosophico-spiritueloesotéricomysticismo-socio-politique de cette publication n’est pas étrange / nouvelle pour les miens ou d’où je pars. Je suis né, j’ai grandi, évolué, dans un tel milieu (et au milieu de tant d’autres choses de l’ordre); le bob en me l’envoyant (me) rappelait – sans le dire explicitement comme toujours d’où je pars – dans une certaine mesure cela (même s’il ignore tout [nous n’en discutons jamais] – je crois [impossible de le certifier] – de mes projets / travaux de recherche actuels / réflexions / etc. etc. etc.). Au final, n’en sois pas étonné(e), d’où je pars cela coule ainsi de source (si je puis le formuler ainsi). Beau voyage une fois de plus dans cette Maât, et à nous reparler en automne..

by dave

« RESUME
La rhétorique qui s’inscrit au cœur des préoccupations et de la gestion de l’Afrique, est vécue en tant que série de fatalité. Instabilité institutionnelle, violence des relations humaines, mauvaise gouvernance sont entre autres, des situations qui réalisent amplement les lignes constitutives d’un mode d’exister qui ne s’accommode pas de l’assurance
ontologique. Nous sommes ainsi dans l’horizon d’une déterminante sociale dont la compréhension aiguillonne une réflexion portée sur la dynamique de toute société.

La Maât en tant qu’ordre universel, apparaît dans sa teneur substantielle comme le primat ou le principe référentiel d’une vie socio-politique entendue comme ordonnancement de l’être. Pensée comme Raison d’être de l’Égypte pharaonique, la Maât invite à la réalisation d’une cité où l’ordre, la justice et la vérité deviennent des valeurs fondatrices.

L’on voit là que la Maât fixe les grands linéaments à partir desquels pourra s’édifier comme un tout construit, l’Afrique digne.

Mots clés : Afrique, commune humanité, dignité, Égypte pharaonique, Maât

INTRODUCTION
La paix, la promotion des identités multiples, l’interculturalité apparaissent comme des moments idylliques fondateurs de la construction de notre être. Un tel rêve provient de la conviction suivante : marcher à la clarté de la lumière, c’est avancer lucidement pour rencontrer l’autre afin de construire avec lui, la civilisation de l’amour. Lorsque nous nous tournons vers l’autre, notre idée est fixée sur son horizon pour faire avec lui vie-ensemble. Cela voudrait dire que c’est en lui, que se trouve le point inaugural du sens de notre être-au-monde.

Il nous vient de réaliser que nous ne nous posons réellement qu’en présupposant l’autre. Nous comprenons là, que la rupture de cet élément régulateur se nomme crise avec tout ce qui s’y rattache comme violence, désordre, instabilité institutionnelle, indignité. L’Afrique est à compter au nombre des continents où ces traces régulatrices de l’humain sont mises en mal. Voilà pourquoi comprendre, contempler et la sentir en infinie existence de la justice, de la vérité et de la rectitude est le prix à payer pour unir les Africains à la place de ce qui les divise. Quelles sont alors les conditions de possibilité de l’implémentation d’une Afrique digne ? Quels sont les critères de vérité d’une mise à l’endroit de ce qui est à l’envers ? La culture à la Maât n’est-elle pas ce point d’ancrage où pourra se lire et se dire l’Afrique digne ? Nous entendons montrer au cours de cette réflexion que la culture à la Maât est cette unité première susceptible de faire médiation entre les Africains en vue d’un horizon meilleur. Dans le cadre de notre travail, la méthode analytique nous sera utile.

1- LES ORIGINES HISTORIQUES DE LA MAÂT
1.1- Considérations herméneutiques du concept de la Maât
La Maât est une réalité qui s’inscrit dans le biotope de l’Égypte pharaonique. Elle y apparaît d’abord comme une affaire des dieux pour se muer ensuite en celle des hommes. Maât est comme le pense J. Assmann (2010, p.15) une « déesse importante du Panthéon égyptien » qui est associée à l’idée du Bien et à la Vie organisée. Maât siège à côté du Dieu et pour cela, elle assure la cohésion de l’Univers et la succession des jours et des nuits. En référence à ce principe, Maât renvoie à l’idée de Vérité, Justice, Ordre, désignant en allemand « Wahrheit, Gerechtigkeit, Weltordnung » en anglais « Truth, Justice, Order ». L’on est ici au cœur d’un mythe fondateur de l’Égypte Pharaonique qui connote un ordre cosmique, un ordre universel, un ordre humain. Cet ordre humain est représenté par le Pharaon porté à l’expression du bien dans sa cité. L’on peut dire dans ce sens que les dieux sont munis de Maât, ils en connaissent la sagesse. Ils vont la transmettre au Pharaon qui est porté sur terre à l’exprimer et à la traduire en acte dans la gouvernance de la cité comme le montre S. Morenz (1962, p. 157) en ces termes :

« La Maât est l’Etat juste de la nature et de la société tel que l’a fixé l’acte créateur, et à partir de là, dans un cas ce qui est correct, exact et dans l’autre le droit, l’ordre, la justice et la vérité. En toute chose, petites et grandes, il faut conserver ou instaurer cet état, en sorte que la Maât, tout d’abord donné comme ordre bon en vient à être le but et le devoir de l’action humaine. Mais étant donné comme tâche à l’homme, la Maât se présente à lui comme promesse et récompense sous la forme du droit et de la justice. Ce sont là des affirmations qu’il faut prouver ou expliciter. Il faut tout de suite ajouter ceci : il semble que primitivement la Maât soit quelque chose de simple, une notion concrète de géométrie dans l’espace, celle de ‘‘droit’’ et de ‘‘plan’’ ».

Cette réflexion de Morenz dit l’ordre, la rectitude, le modèle maâtique qui sont avant tout, l’expression ou le fait de l’acte créateur de la nature. Cette réflexion montre que ce qui procède de l’être suprême ne peut se soustraire de la rectitude, de l’accomplissement de l’harmonie qui constitue l’essence de tout ce qui est tel qu’il doit être. Sans cette justice et sans cet équilibre, le monde plonge dans le désordre et le chao qui est désigné en langue égyptienne par Isefet. La Maât apparaît en ce sens comme la substance sans laquelle notre monde perdrait tout le sens éthique qu’on lui rattache. La Maât est à entendre comme ce qui est à l’origine et à l’accomplissement de la chose bonne. La Maât est l’ordre universel et produit l’ordre universel, loi qui harmonise le monde et produit l’équilibre du monde. Elle est une science du Bien qui dans son déploiement produit des actions bonnes. C’est pourquoi elle ne peut s’accommoder du discours de la capture et relativiste à relents raciste.

1.2- La Maât, une catégorie philosophique et idéologique de l’Égypte antique
S’il est une réalité dont l’Égypte antique ne pouvait se séparer, c’est la Maât parce qu’elle est à la cité antique ce que la substance aqueuse est en l’homme.

La Maât est en effet pour l’Égypte l’incarnation de la raison de vivre et la vertu. Sur ce point, deux expressions sont bien propres aux Egyptiens de l’Antiquité : faire la Maât, dire et accomplir la Maât, réaliser la Maât, faire respecter et respecter soi-même ce principe, constituent une déterminante sociale. Ces expressions dans leur acception renvoient à la construction d’un cadre de référence qui dit l’ordre, la vérité et la justice car toute société se sent en besoin d’expression de fondement qui représente pour elle un modèle afin de surmonter une temporalité assombrie qui fasse place à la naissance du nouveau. C’est en cela que la Maât est non seulement à la base de l’Etat pharaonique mais aussi en assure la survie. Ce modèle d’un pouvoir détenu par les dieux sera transmis sur terre au Pharaon ou au Roi qui en est l’incarnation. Ce modèle d’un gouvernement maâtique porte en son creux la marque d’un Etat juste représenté par l’harmonie, la rectitude. B. Menu (2005, p.6) à cet effet écrit :

« Le jeu de la maât s’impose seulement à l’échelle du gouvernement de l’Égypte par la dialectique « amener la maât » / « repousser l’isfet » qui génère une justice générale et les lignes de conduite qui en découlent mais au niveau des relations sociales particulières et du règlement des conflits que celle-ci peuvent engendrer ».

L’intériorisation et l’assomption du modèle maâtique constitue un impératif de la bonne gouvernance parce qu’elle est l’expression de la valeur complexe impliquant à la fois politesse, humanité, élégance, respect d’autrui. En cela, la tâche du roi ou du pharaon consiste à la réalisation de la Maât. C’est ainsi que le montre J. Assmann (2010, p.113) en ces termes :

« l’Etat est là pour que la Maât soit réalisée. La Maât doit être réalisée pour que le monde soit habité. »

Il ressort qu’aucun Etat ne peut rattacher en lui les valeurs qui militent à la construction des hommes s’il n’a pas présent en lui les valeurs d’humanité que sont : l’ordre, la justice, la vérité et le bien. Pour l’Etat, réaliser la Maât c’est manifester sa raison de vivre. Penser à un monde habitable par la réalisation de la Maât, c’est rejeter l’isfet qui renvoient au désordre, à la violence, la non communication, la loi du plus fort, la vie désordonnée. En un mot, Paix, droit, vérité, rectitude sont comme l’indique J. Assmann (2010, p.22) des conditions nécessaires pour l’habitabilité du monde :

« le premier principe de l’anthropologie égyptienne dit que l’homme est incapable de vivre sans la maât, dans la vie terrestre : parce qu’il sera privé de l’amour des autres, et le solitaire (…) est un mort-vivant » dans la survie posthume parce qu’il n’atteindra pas le statut d’Imakhou et n’aura pas de place dans l’au-delà (….) le deuxième principe dit que l’homme est incapable de vivre sans l’Etat. La raison en est qu’il dépend d’une institution supérieure qui réalise et garantit la maât. Lui-même est inapte à la réaliser. Il peut tout au plus la ‘’dire’’ et ‘’l’établir’’ (…). La réalisation et l’établissement de la maâtpar le roi assurent les conditions nécessaires à l’homme pour pouvoir dire et accomplir la maât. »

C’est donc à la Maât que nous devons l’illumination de l’Égypte antique.

Modèle d’un Etat maâtique, elle inspira la convoitise de tous les Etats tels la Grèce et l’Allemagne à travers le grand Hegel qui procéda à une déterritorialisation de l’Égypte. Pour lui, l’Égypte par sa richesse sa beauté et sa puissance ne pouvait appartenir à l’Afrique. Ch. A. Diop (1981, pp. 389-390) nous fait part dans son ouvrage « Civilisation ou barbarie » du voyage que de nombreux grecs effectuèrent En Égypte pour la découverte de certains secrets liés à la connaissance de la science. Thalès y passa seize (16) ans, Pythagore, 22 ans. Solon un des plus grands législateurs grecs tient sa science du voyage d’étude qu’il effectua en Égypte.

La Maât désigne la loi universelle d’une science de la hauteur inspirant la paix. Lieu de l’objectivité, de l’éthique, ce modèle maâtique s’inscrit dans l’ancrage de la philosophie des mystères des anciens Egyptiens. La Maât, l’Etat et l’homme baignent dans une trilogie qui dit l’épanouissement de tout l’être.

C’est le lieu où la justice est pensée dans sa stricte signification.

J. Assmann (2010, p.124) admet dans ce sens que si l’homme ne peut vivre sans l’Etat, l’Etat lui aussi ne tient sa raison d’être que par la Maât :

« L’Etat pharaonique ne s’entend donc pas comme une institution de force, de violence et d’assujettissement, comme il est peint dans l’exode, mais comme une institution de libération : libération de l’homme de la main de l’homme. L’oppression selon l’opinion égyptienne, n’est pas un fait politique mais naturel qu’il faut contrecarrer par la politique, par l’Etat. L’Etat est nécessaire afin que ne soit pas avéré l’adage homo homini lupus »

Le dispositif philosophique pharaonique nous donne une autre signification de la Maât à laquelle se rattache celle abordée ci-dessus. Autant dire que si ce principe de l’anthropologie égyptienne guide dans un premier sens l’homme dans son agir terrestre, l’autre sens le met en face de sa vie post-mortem. La Maât s’inscrit bien dans sa signification d’entité duelle. C’est à cela que renvoie cette réflexion de Bernadette Menu (2005, p.11) :

« La Maât est dédoublée en deux personnes distinctes (interprétées aussi comme les deux yeux de Rê, soleil et lune) mais de même essence, comme deux sœurs jumelles : la Maât céleste, totale, fille de Rê, associée à la Royauté et à ses idéologies que le défunt est censé avoir respectées, et la Maât terrestre, expression sociale et juridique de l’ordre établi, tel qu’il est garanti par le roi et susceptible d’être appliqué par les juges au cours de la vie humaine. »

L’on voit dans cette ligne réflexive que l’individu se trouve en présence de deux justices : justice divine et justice humaine ou terrestre. La justice terrestre le met en face d’un collège d’hommes au centre duquel l’on trouve le Pharaon comme le magistrat suprême. La justice divine représentée par l’autre Maât dans son caractère hiératique, met le défunt en face d’un tribunal présidé par Osiris. C’est cette Maât qui le fait entrer dans la salle du tribunal et lui indique la voie vers le trône d’Osiris. L’accès du défunt à l’état d’imakhou c’est-à-dire à la béatitude éternelle, est subordonné à un moment de jugement au cours duquel il est soumis à l’épreuve de déclaration d’innocence qui est une forme d’expression de la codification de la Maât. Suivons dans ce sens G. Kolpaktchy (1978, chap. 125) à travers ce qui suit :

« Salut, dieu grand, Seigneur de vérité et de justice, maître puissant !
Voici que j’arrive devant toi !
Laisse-moi donc contempler ta rayonnante beauté !
Je connais ton nom et ceux de quarante-deux divinités qui dans la
vaste salle de vérité- justice t’entourent le jour où l’on fait le compte des
péchés devant Osiris ;
le sang des pécheurs leur sert de nourriture.
Voici que j’apporte dans mon cœur la vérité et la justice,
Car j’en ai arraché tout le mal…
Je n’ai pas causé de souffrances aux hommes.
Je n’ai pas usé de violence contre ma parenté.
Je n’ai pas substitué l’injustice à la justice.
Je n’ai pas fréquenté les méchants.
Je n’ai pas commis de crimes.
Je n’ai pas fait travailler pour moi avec excès.
Je n’ai pas intrigué par ambition.
Je n’ai pas maltraité mes serviteurs.
Je n’ai pas blasphémé les dieux.
Je n’ai pas privé l’indigent de sa subsistance.
Je n’ai pas commis d’actes exécrés des dieux.
Je n’ai pas permis qu’un serviteur fût maltraité par son maître.

Je n’ai pas fait souffrir autrui.
Je n’ai pas provoqué de famine.
Je n’ai pas fait pleurer les hommes mes semblables.
Je n’ai pas tué ni ordonné de meurtre.
Je n’ai pas provoqué de maladie parmi les hommes.
Je n’ai pas dérobé les offrandes dans les temples.
Je n’ai pas volé les pains des dieux.
Je n’ai pas dérobé les offrandes destinées aux esprits sanctifiés.
Je n’ai pas commis d’actions honteuses dans l’enceinte sacro-sainte
des temples.
Je n’ai pas diminué la ration de l’offrande.
Je n’ai pas essayé d’augmenter mes domaines en usant des moyens illicites ni d’usurper les champs d’autrui
»

Il s’agit d’un acte purificateur /qualificateur qui est mis en relation avec la pesée du cœur. Pendant cette pesée, le cœur est mis sur une balance tandis que la plume en tant que symbole de la Maât est mise sur l’autre balance.

Quand le mal alourdit le cœur, l’acte bienfaiteur l’allège. L’équilibre qui s’établit lors de cette pesée est le meilleur résultat qui donne au défunt d’avoir accès à la félicité céleste. Le jugement des morts à l’épreuve de la Maât, est comme on le voit, une expression de la justice divine. C’est pour cette raison que la philosophie en Égypte va porter en son creux, ce moment de préparation de la mort et de la vie après la mort. Autant dire que l’attitude éminemment cardinale observée par la civilisation pharaonique pour préparer la vie, vaut également pour la préparation de la vie post-mortem.

La vie comme l’on pourrait le croire, n’est pas pensée comme fin inéluctable mais une forme d’expression de la vie dans sa dimension autre. La mort est aussi importante que la vie. Nous le remarquons ostensiblement à travers les rites qui accompagnent le défunt.

Par exemple, la pratique de la momification en Égypte en tant qu’expression de pérennisation de la vie, vise non seulement à montrer un état communiel qui habite toute la conscience collective égyptienne, mais également établir dans une certaine mesure un rite de purification du défunt. C’est ce que précise éloquemment Jan Assmann (2003, p.129) :

« Les textes des Sarcophages nous donnent un surprenant aperçu de la mise en scène rituelle du jugement des morts sous forme de récitations liturgiques associant étroitement l’idée de justification à l’embaumement et à la momification. Faute, accusation, hostilité, etc, sont traitées comme des formes de souillure et de décomposition—pour ainsi dire des substances toxiques immatérielles qui doivent être écartées pour que le mort accède à un état de pureté lui permettant de résister à la putréfaction et à la dissolution. En somme, la justification est une momification morale. »

En somme, la Maât constitue pour l’Égypte antique un cadre de référence existentielle. Si la Maât constitue pour l’Egyptien un critère essentiel de sa qualification dans le biotope socio-politique et économique, elle le reste dans sa qualification dans l’Au-delà. C’est se saborder que de vouloir mener une vie en dehors du modèle maâtique qui exprime tout l’être de la civilisation pharaonique et tout l’Etre de l’Egyptien.

2- UNE LECTURE DU PLATONISME ET DE L’ÉGYPTIANISME
2.1- Penser avec Platon
Au nombre des thématiques qui habitent la ligne de réflexion de Platon, figure la question de l’immortalité de l’âme. Platon pense que le vrai philosophe ne doit pas craindre la mort, mais il doit s’ouvrir à l’affronter hardiment pour avoir accès à une vie heureuse dans l’autre monde. C’est sans nul doute ce qu’il traduit dans son ouvrage Le Phédon à travers cette démonstration que fait Socrate lors de sa condamnation à mort par les autorités politiques athéniennes. Le but poursuivi par Platon (1965, 67a-67e, p. 116) est de nous faire vivre les grands moments de ce voyage :

« J’ai grand espoir qu’arrivé où je vais, j’y atteigne pleinement, si on le peut quelque part, ce qui a été l’objet essentiel de mes efforts pendant ma vie passée. Aussi le voyage qui m’est imposé aujourd’hui suscite en moi une bonne espérance, comme en tout homme qui croit que sa pensée est préparée comme si elle avait été purifiée. »

L’on voit là que la véritable destination de l’homme est la sagesse qui l’invite à bien se conduire en ce monde et ne pas se fâcher parce qu’il va mourir, mais à être en réalité dans la joie pour contempler ce qui est vrai et divin. Le plus grand bien qu’on puisse tirer de cette vie, c’est de savoir qu’on est conduit par la source et le sommet pour atteindre la vérité avec l’âme. Elle est ainsi conduite à sa destination ultime parce qu’elle y vit expurgée de toutes souillures, crainte et autres maux de l’humanité.

Platon déploie une autre réflexion relative à la création du monde. En effet, il n’est jamais venu à l’idée d’aucun penseur grec et même d’une grande figure comme Platon que le monde ait été tiré du néant. Il existe pour Platon une matière à partir de laquelle le monde a été créé. C’est cela même qui peut être appelé la substance de l’univers. Autant-dire comme le note Ch. A. Diop (1981, p.389) que « cette matière chaotique contenait à l’état d’archétypes toutes les essences de l’ensemble des êtres futurs qui allaient être appelés un jour à l’existence : ciel, étoiles, terre, air, feu, animaux, plantes, humain etc. »

Dans cette perspective, l’univers a donc été créé sur la base d’un substrat qui induit l’idée de l’exclusion du néant. Autant dire qu’une composante d’essence matérialiste est au principe de notre monde. Matière sans commencement, sans fin mais matière d’une signification prééminente qui est au centre de la création du monde, de sa beauté en tant qu’œuvre d’art. C’est la matière primitive qui contient en elle-même son propre enrichissement.

L’obstination à se laisser guider par le Bien dans un monde en mal d’humanité, conduit Platon à une polémique fondée sur la reconnaissance et la richesse de l’autre. Autrement dit, c’est forger en soi l’idée d’une appartenance à une commune humanité que de se laisser innerver par une pensée des hauteurs qui projette sa senteur et sa richesse sur les hommes. Le bien qui se déploie dans la construction de la cité parfaite est pensé ou saisi par Platon comme forme d’expression du monde intelligible. Autant dire que le rapport au Bien ne tient son sens plénier que par cette relation qui se saisit avec le Souverain Bien. Le sens de l’horizontalité apparaît et ne s’exprime que parce qu’existe une verticalité ou une transcendance qui est véritable sens. Ainsi La condamnation à mort de Socrate a encore conduit Platon à un auto-accomplissement.

Faire face à une société athénienne qui dans son expression manifeste un signe de dépérissement éthique, expression d’une indigence ontologique, ne pouvait que le conduire à une ré- évaluation de soi et à une restauration de la conscience humaine en mal de sens. A. Carrel (1936, p.137) nous fait comprendre dans ce cadre que « les hommes grandissent quand ils sont inspirés par un haut idéal, quand ils contemplent de vastes horizons ».

Autrement dit, la dimension de profondeur de l’homme n’a pour point d’ancrage que ce qui est au-delà de l’humain.

Si l’on peut comprendre que tout ce qui se perçoit dans le monde visible comme figure de la corruption et de l’injustice se rattache à une mise en l’envers de l’effet bienfaisant du monde des idées, la vérité, la justice et son corollaire en sont des réalités appendiculaires.

Autrement dit, le Souverain bien est cela même qui conduit et construit la santé du monde. La transgression d’un interdit est en même temps un déséquilibre porté à l’ordre cosmique.

C’est pour cela que la philosophie platonicienne dans son souci de construction de la callipolis nous inscrit dans la catégorie de l’ordre, de la vérité et la justice.

Se laisser conduire par un ordonnancement qui dit le Cosmos, tel est le point où se laisse éclore la vie dans son véritable jaillissement. Il s’agit en réalité de dire l’urgence de transformation d’un monde en pleine crise en vue de son habitabilité.

Voici ce qu’en dit Platon (1966, 473a-474a, p. 229) :

« Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités, ou que ceux qu’on appelle aujourd’hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes ;.tant que la puissance politique et la philosophie ne se rencontreront pas dans le même sujet ; tant que les nombreuses natures qui poursuivent actuellement l’un ou l’autre de ces buts de façon exclusive ne seront pas mises dans l’impossibilité d’agir ainsi, il n’y aura de cesse, aux maux des cités, ni ce me semble à ceux du genre humain, et jamais la cité que nous avons décrite tantôt ne sera réalisée, autant qu’elle peut l’être et ne verra la lumière du jour.»

L’objectif de Platon est d’inviter à une société de production du sens. Conscient de la difficulté qui s’y rattache, il juge impérieux que la bonne gouvernance d’une telle cité ne peut être que l’affaire de spécialistes. L’on se situe ainsi dans une ligne comportementale qui invite à récuser les normes prohibitives se traduisant sous les noms d’injustice, d’indignité, de violence en un mot, tous les mauvais appétits de nos réflexions. Il ressort de ce qui suit que la gestion de la cité et le système de dévolution du pouvoir ne doivent avoir pour socle que la justice, la vérité, l’ordre et le bien de tous. L’ordre social et politique doit pour Platon s’exprimer comme harmonie. Nous le percevons par ces propos de S. Morenz (1962, p.157) :

« De fait, la pensée politique de Platon est une pensée de l’ordre, lequel, en tant que juste/droit, constitue la communauté. En raison du caractère prioritaire du juste/droit, la loi change de statut chez Platon. Elle ne fonde pas le juste/droit, ni n’en est la source, mais le juste/droit fonde la loi. Autrement dit, le juste/droit est à la fois source et finalité de la loi. (Il est, en termes Aristotélicien, la cause finale de toute législation.) ».

La vertu est chez Platon un véritable étalon car elle est cela même qui oriente toutes nos décisions. C’est pour cette raison que l’éducation à la vertu occupe une place prééminente dans la philosophie platonicienne. La cité qu’appelle Platon doit être constituée par des personnes éprises de justice et guidées ellesmêmes par la justice ou le code des vertus. Une telle approche associée à la question de l’immortalité de l’âme et à celle de la création de l’univers ne nous laissent-elles pas percevoir les grands linéaments du modèle pharaonique ?

2.2- l’Égyptianisme au fondement de l’Hellenisme
L’histoire de l’humanité se rattachant à l’Égypte pharaonique porte le témoignage éloquent à travers lequel peut être revendiquée et affirmée une dignité pour l’Afrique. Cheikh Anta Diop dans son ouvrage Nations nègres et culture jette les bases de la conscience historique et scientifique de l’Afrique.

Son souci de réhabiliter les Nations nègres part d’un projet de fondation qui trouve en l’Égypte ancienne son sol historique. Il s’opère une sorte d’âge des Lumières qui, dans l’Antiquité consacre l’émancipation nègre dont les doctes
encore connus sous le nom de prêtres aux crânes rasés étaient la figure emblématique. La lumière du monde n’a pas pour vivier l’Occident comme l’ont fait croire certains penseurs pendant de longs siècles. Elle vient de l’Égypte nègre qui est le berceau de la conscience humaine. Ainsi pour Ch. A. Diop (1979, p.49), l’Égypte « restera pendant toute l’antiquité la terre classique où les peuples méditerranéens viendront en pèlerinage pour s’abreuver aux sources des connaissances scientifiques, religieuses, morales les plus anciennes que les hommes aient acquises. »

Thalès effectua un voyage d’étude en Égypte où il passa seize (16) ans pour se familiariser aux arcanes de la science mathématique et précisément de la géométrie. C’est sur les conseils de Thalès que Pythagore se rendit lui aussi en Égypte pour se faire initier aux mystères du pays pendant les vingt-deux (22) ans qu’il y passa. Il va s’enrichir des acquisitions en astronomie; géométrie, philosophie puis en langue égyptienne. Cette idée de géométrisation du monde, de la nature et de l’agir humain telle que perçue chez Pythagore, est selon Th. Obenga (2005, p.61) une traduction du modèle maâtique :

« Grâce au nombre, à la science du nombre, au calcul, bref au mathématique, l’homme peut espérer parvenir au connaissance intime et profonde de la nature, du monde. En effet, cette exigence théorique est exprimée au début d’un ouvrage mathématique. C’est donc considérer les mathématiques comme l’une des voies royales pour une connaissance de la nature. La mathématique égyptienne est donc conçue comme un ensemble de règles, de principes rigoureux pour pénétrer la nature, la connaître en sa constitution profonde. (…) Dès lors, Pythagore partait visiblement d’une idée égyptienne en considérant les nombres en eux-mêmes, en les classant et en s’efforçant de définir leur relation. Et ce travail de Pythagore fut absolument nouveau dans le monde grec de son temps. Pythagore avait su développer sa propre créativité à partir des savoirs reçus dans le Nil. »

L’idée du bien, de la justice, du beau est la nette représentation que se fit Platon à partir de la Maât égyptienne. Autrement dit, les significations d’ordre, de vérité et de justice que dégage la Maât, trouvent leur réplique en l’idée du Cosmos. Comment ne pas comprendre là que le vœu si cher à Platon relatif à la cité parfaite a foncièrement une origine égyptienne ? Gouverner avec rectitude, c’est gouverner en se laissant innerver par la Maât ou se parer aux habits de lumière des philosophes-rois ou des rois-philosophes.

Si l’idée de la Maât concentre autour d’elle une attention soutenue, c’est parce qu’elle est pensée de l’ordre, de l’harmonie, de la vérité, de la justice qui sont en notre monde des valeurs recherchées. Voir Platon s’inscrire dans cette direction à travers la théorie des idées, c’est comprendre qu’il ne s’est nullement affranchi d’un sol historique d’où les Grecs tirent la substance de leur savoir.

L’Égypte s’offre aux Grecs comme un point d’illumination intellectuelle où se manifeste un véritable éclectisme : écriture, philosophie, logique, droit, architecture, mathématique, religion, etc. Ainsi par exemple, au plan philosophique, par exemple, bien de théoriciens reconnaissent à l’Égypte, cette primauté qu’il ne fut jamais. R. P. Droit (1996, p.13) écrit :

« Loin de s’attribuer tous les mérites et de n’en reconnaître aucun aux brutes du dehors, bien des Grecs ont considéré au contraire qu’ils devaient aux autres ce qui leur était le plus spécifique. Par exemple la philosophie. Pour certains, Diogène Laërce le souligne, elle a commencé chez les barbares, Isocrate en attribue aux Egyptiens »

L’idée de Platon selon laquelle le monde n’a pas été créé ex-nihilo n’est pas sans référence à ce qu’il apprit lui-même lors de son voyage d’étude en Égypte. Selon la cosmogonie égyptienne, une matière éternelle incréée à l’exclusion du néant possédant sa propre propriété intrinsèque et son propre principe d’évolution est à l’origine de la création du monde. Ch. A. Diop (1981, p.389) soutient que cette « matière primordiale, le noun ou eaux primordiales, était élevée au niveau d’une divinité. »

L’on voit que l’existence de l’univers repose sur un substrat qui apparaît immanquablement dans la réflexion des Grecs. Par exemple, Thalès définit comme premier principe l’eau. Pour Anaximène et Diogène, le premier principe, c’est l’air ; selon Héraclite, le feu est cela même qui se définit comme premier principe. Le fond commun de toutes ces réflexions renvoie en l’existence d’une matière incréée et originelle sur laquelle repose la création de l’univers.

La réflexion sur le corps et le sensible articule bien l’idée de l’immortalité de l’âme qui est présente tant chez les Egyptiens que chez les Grecs. Mais l’on observe que la pensée dont Platon se fait l’héritier est dans ses linéaments, du registre la Maât. L’on ne saurait parler d’un lien de rupture entre la vie d’ici-bas et la vie de l’Au-delà. Ainsi pratiquer la vie en ce monde-ci revient à s’inscrire dans la ligne de la Maât qui nous invite à un devoir d’exemplarité, c’est-à-dire mener une vie qui comme le pense Th. Obenga (1973, p. 192) « consiste à se faire une belle tombe, afin de continuer à vivre dans l’autre monde. »

En somme, le pythagorisme, le platonisme et par extension tout le dispositif gnoséologique de la Grèce ne sont que la reprise de l’Égyptianisme. C’est par et grâce à l’Égypte que s’exprime la partie pensante de la Grèce et de l’Europe. C’est dire que l’on ne peut parler des sciences et des principales doctrines de la Grèce sans faire référence aux grands maîtres de l’Égypte antique. Tenter de ne pas en faire mention, c’est refuser de s’ouvrir à l’histoire générale de l’humanité.

3-LA MAÂT ET LES NOUVELLES ESPERANCES AFRICAINES
3.1- La Maât, une expression du devoir-être ou de la quête d’être
La Maât constitue bien un mythe fondateur de l’Égypte ancienne, mais l’on peut s’en inspirer en termes d’une tâche à accomplir. Il y a comme une injonction à articuler praxis, devenir, humanité et dignité. Penser la Maât, c’est se mettre en état de penser le bien en d’autres termes l’ordre, la justice, et la vérité. Pour mieux comprendre la signification de cette trilogie, orientons-nous rien qu’en un éclair à leur contraire : désordre, injustice, perfidie, mensonge ? Ne nous mettons-nous pas là, dans les dispositions de nous éteindre par une sorte d’assèchement ou la vie dans sa plénitude ne pourrait nullement s’envisager ?

Or il nous faut envisager la vie dans sa dimension de profondeur pour la voir se donner à nous dans ses richesses. S’inspirer de la Maât, c’est s’ouvrir à ce qui communique la vie dans sa manifestation comme échange, partage, retour à l’autre, expression de la fraternité universelle pour aller à l’humanité.

Aller à l’humanité, c’est aller à une expression de soi comprise dans le sens de notre indépendance ou de notre liberté. C’est à cette réflexion que nous conduit Th. Obenga (1990, p.158) dans le sens où nous avons à nous instruire de la Maât en tant qu’elle est guide de « l’action de l’homme dans et sur le monde selon le jeu global de la totalité en son ordre universel ». S’inspirer de la Maât, c’est imprimer en soi une capacité agissante nous conduisant à inscrire nos faits et gestes dans le bien en interrogeant notre milieu et en nous interrogeant pour éviter tout assoupissement. N’est-ce pas là l’image du philosophe qui toujours aiguillonne les gens par ses questions ?

Le rétablissement d’une commune humanité nous fait injonction de récuser les bases de ce qui exprime la fracture sociale, la guerre, le régionalisme, le refus de la différence, la course au pouvoir politique.

L’Afrique est en effet malade de sa fermeture idéologique parce qu’une telle fermeture provoque une situation de rémanence.

Dire ou savoir que l’autre bien que différent de moi est mon alter ego, voilà ce qui conduit à la synthèse réconciliatrice.

Si l’on se réclame d’une véritable force nous habitant, l’on doit être porté à dire que nous avons aussi une grande part de faiblesse en nous. N’est-ce-pas là le point à partir duquel l’on peut refuser systématiquement d’écraser l’autre ? La démarche idéologique, si elle tend à figer les hommes et à les opposer entre eux, l’effort dialectique parvient à les unir en leurs contraires.

B. Sery (2005, p.180) nous porte à la haute compréhension d’un dépassement qui s’opère entre les hommes : « l’effort dialectique (…) montre qu’ils sont liés et animés par une histoire qui fonde l’espoir du changement et mérite notre attention. »

La Maât à cet effet nous inscrit dans le sens de la vie. Ici, comprenons « sens » comme ce qui permet de comprendre le monde pour le sortir du lieu où il est renversé pour le mettre à l’endroit. Exprimer la vie en ce qu’elle est, c’est montrer sa senteur et s’y inscrire pour bien vivre et se conduire dans l’orientation du bon sens qu’on imprime en soi et en l’autre.

Pour cela Th Obenga (1990, p. 158) écrit :

« la Maât recouvre les règles concrètes du savoir-vivre et les principes moraux. Se soumettre à ces règles et principes, c’est réaliser concrètement l’ordre universel en soi, vivre en harmonie avec le tout ordonné. L’acte humain le mieux réussi, utile et convenable est cosmologiquement circonscrit comme le nom de Pharaon qui se trouve dans un cartouche, un cercle, cette parfaite figure géométrique qui représente le Soleil vivifiant »

La Maât nous forme à devenir plus ingénieux à dire l’ordre, à pratiquer la justice et à faire de la vérité et la rectitude dans nos actes, un quotidien. Elle renvoie à la fondation d’un espace axiologique où le besoin de vivre en tant qu’art de vivre est exprimé dans sa plénitude. Exprimer la vie, c’est exprimer l’humain en nous. Or exprimer l’humain renvoie à dire la part irréductible de la dignité en nous. L’on pourrait comprendre ce moment maâtique comme ce lieu où l’on est investi du désir d’être l’ami de l’homme.

Voilà pourquoi à Ka Mana (1991, p.2) qui posait la question, « l’Afrique va-t-elle mourir ? » Nous répondons « non » parce qu’elle est appelée à se laisser habiter par la Maât avec un aplomb inaugural.

3.2- Pour une Afrique de la dignité

Penser ou s’interroger sur la dignité nous renvoie à penser dans notre monde ce qui reflète l’humanité, ce qui dit l’humain. La dignité renvoie à ce qui met en situation de traiter l’autre non pas comme une chose, mais comme soi-même. Elle consiste à tenir ferme le sens de l’humain dans la perspective de faire humanité ensemble. Car aucune société ne peut se réclamer de cette richesse si elle sort du registre de l’humain.

Que dire d’un monde d’insécurité générale ou les règles cardinales du vivre-ensemble connaissent un véritable dépérissement ? Que dire de la mauvaise interprétation du bon sens fixée au ras de l’immédiateté ? La Maât apparaît comme ce lieu de l’affirmation intégrale d’un humanisme invitant à savoir que les hommes doivent se vouer un respect réciproque quelles que soient la couleur de leur peau, leur religion, leur condition sociale d’existence. Elle est investie des normes sociales et morales invitant à la charité et à la générosité.

Tout s’opère ici dans la manifestation d’un logocentrisme qui constitue le point d’ancrage d’une singularité qui n’a pour parole que la violence. Comment ne pas comprendre là que l’indignité renvoie à l’expression d’un déni de vie en l’autre ? Comment ne pas percevoir en la cassure du lien social, l’expression de l’indignité ou la perte de tout sens de l’humain ?

Face à ce qu’on pourrait appeler adhérence à la pauvreté d’une vie, l’on a à faire advenir la Raison par l’assomption d’une identité ouverte. Cette ouverture est cela même qui nous revitalise parce qu’elle nous élève. En cela, la dignité renvoie à ce lieu de pureté où l’homme est saisi en lui-même comme être revitalisé. Ce qui est fondamental, c’est le respect dû à l’autre, le droit de la personne humaine dans toute son extension.

L’on pourrait appliquer à la situation ces paroles fortes que Aimé Césaire (1956, p. 70) met dans la bouche d’un de ces personnages : « il n’y a pas dans le monde un pauvre type lynché, un pauvre homme torturé, en qui je ne sois assassiné et humilié. » Il y a à la vérité, la mise en perspective d’un humanisme qui s’édifie sous l’angle de la construction permanente du lien social.

La construction de l’Afrique digne induit à penser l’Afrique dans ses réalités, dans sa richesse, ses profondeurs et ses faiblesses. La Maât peut constituer une base solide pour la bonne gouvernance, la prévention et le règlement des conflits. Il s’agit dans ce sens de penser l’humain par l’expression des droits de l’homme et par la mise en route d’une utopie libératrice. Autant dire qu’aucun développement ne peut être conçu sans fondement solide. C’est pourquoi l’Afrique et les Africains ont à s’instruire du développement en tant que comportement ou parole de confiance qui se manifeste par un mythe fondateur : la Maât. S’en inspirer, c’est s’ouvrir à l’idée que le savoir est une véritable clé pour sortir des impasses. S’en inspirer, c’est se fixer dans la dynamique de la connexion entre l’Afrique noire et l’Égypte pharaonique dont Cheikh Anta Diop constitue un référent.

Le progrès ne tient sa signification véritable que dans un investissement qui le rattache à des concepts ou des grilles d’analyse de sa culture ou de sa propre histoire. Car aucun peuple ne peut s’émanciper s’il n’est pas lui-même responsable de l’écriture de sa propre histoire. Connaissance de soi ou connaissance de son histoire.

N’est-on pas au lieu où la lumière s’ouvre à soi pour nous conduire à mieux marcher ? Cette connaissance n’est-elle pas la clé pour sortir des impasses ? La Maât par sa richesse en tant que fond historique pharaonique est le type d’intelligibilité qui vaille. Autrement dit, à partir du malaise qu’on éprouve dans un milieu de savoir, l’on est appelé à opérer un choix qui porte sur ce que Jean Marc Ela (2006, p.393) appelle « le défi de la reconceptualisation de la recherche ».

CONCLUSION
Penser l’Afrique par la Maât, c’est la penser dans une ligne de confiance en ses possibilités pour sortir de l’ethos de la méfiance de soi afin d’épouser la confiance en soi. C’est une disposition mentale qui disqualifie la thèse à teinture pessimiste. L’on a à comprendre que l’Afrique digne ne peut se construire sans la généalogie. L’on s’inscrit ainsi dans cette généalogie qui s’exprime par le « d’où viens-je ». Il est dans ce sens important de parvenir à plus de clarté sur le rôle génial et monumental qu’ont joué les Egyptiens de l’Antiquité dans l’histoire de l’humanité pour s’en inspirer. Il s’agit là d’un enracinement à et en son sol historique pour se hisser adroitement de l’avant. C’est le nouvel âge de l’intelligence qui nous impose d’aller au développement d’abord et avant tout par nos critères de vérité. S’il est vrai qu’on ne peut avancer dans le silence du dialogue avec l’autre, il n’est pas utile de s’enfermer dans des spécimens exotiques. Comprendre la Maât comme figure de référence première de l’ Égypte ancienne et s’en inspirer, c’est s’ouvrir au sentier matutinal qui oriente à la verticalité. Une telle élévation vient polir notre regard et notre agir pour faire place désormais à une Afrique de plus en plus meilleur.

BIBLIOGRAPHIE
ASSMANN Jan, 2010, Mâat, l’Égypte pharaonique et l’idée de justice sociale, paris, Mdv.
ASSMANN Jan, 2003, Mort et au-delà dans l’Égypte ancienne, Paris, Editions du Rocher.
CARREL Alexis, 1936, L’homme, cet inconnu, Paris, Plon.
CESAIRE Aimé, 1956, Et les chiens se taisaient, Paris, Présence africaine.
DIOP Cheikh Anta,1979, Nations nègres et culture, Paris, Présence africaine (2nde éd).
DIOP Cheikh Anta, 1981, Civilisation ou Barbarie, Paris, Présence africaine.
DROIT, Roger Pol, 1996, « Questions de frontières », Journal Le Monde du 13 Octobre
1996, p.13.
ELA Jean-Marc, 2006, L’Afrique à l’ère du savoir. Science, société et pouvoir, Paris
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KOLPAKTCHY Grégoire, 1978, Livre des morts des anciens Egyptiens, Paris, Stock.
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L’Harmattan/Khepera.
OBENGA Théophile, 1973, L’Afrique dans l’antiquité, Paris, Présence africaine.
OBENGA Théophile, 1990, La philosophie africaine de la période pharaonique 2780-
330 avant notre ère
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PLATON, 1965, Apologie de Socrate Criton-Phédon, Paris, GF-Flammarion.
PLATON, 1966, La République, Paris, Garnier-Frères.
SERY Bailly, 2005, Ne pas perdre le nord, Abidjan, Editions universitaire de Côte-d’Ivoire. »

L’AFRIQUE ET LA MAÂT : POUR UNE ÉTHIQUE EXISTENTIELLE, par Georges Mafa ASSEU

by dave
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Lecture(s) supplémentaire(s) – complémentaire(s) / Partage(s) / Curiosité(s) / Invitation(s) au voyage :

  • Livre des morts des Anciens Égyptiens – wikipédia
  • Le Grenier des Savoirs (Des revues en libre accès pour nourrir l’humanité de savoirs de qualité)
    • [« Donner la possibilité aux chercheurs et chercheuses d’Afrique, d’Haïti et du reste du monde de faire connaître et de partager de manière libre et ouverte leurs recherches et leurs textes pour construire une science pluriverselle de qualité, visible et accessible à tous et toutes, dans la perspective de la justice cognitive et au service du bien commun. »]
    • [« MAÂT : Éthiques, sciences, technologies » – « La revue Maât. Éthique des sciences et des technologies est une revue multidisciplinaire qui traite des enjeux contemporains d’éthique des sciences et des technologies, en Afrique et ailleurs dans le monde, en puisant dans les pensées non occidentales et non positivistes, telles que l’éthique maât ou l’éthique ubuntu. Elle appelle des approches, des démarches et des regards critiques, innovants et surtout différents. Plus précisément, la revue Maât encourage les publications alimentées par des réflexions théoriques et empiriques qui transcendent les approches conventionnelles centrées sur l’épistémologie positiviste européano-descendante. Elle vise à promouvoir un nouveau cadre axiologique pouvant contribuer non seulement à remettre en question les approches et pratiques conventionnelles en matière d’éthique des sciences et des technologies, mais aussi à les diversifier et à les enrichir. Son objectif ultime est de favoriser un cadre de réflexion critique et d’interprétation créatif et inclusif face aux questions urgentes soulevées par le développement des sciences et des technologies, notamment dans le contexte africain. Ce cadre pourra aussi permettre de traiter diverses problématiques en lien avec l’enseignement, la recherche (fondamentale et appliquée), l’entrepreneuriat et l’innovation. La revue Mâat souhaite publier des recherches originales bien élaborées qui vont au-delà de la seule critique et s’inscrivent dans une démarche contextuelle et créative. L’éthique, en tant que problématique transversale, est au cœur de la revue Mâat. Dans cette perspective, elle encourage les recherches qui explorent des questions structurées autour de la justice cognitive et des épistémologies des suds (Visvanathan, 2009; Santos, 2007 et 2015; van der Velden, 2006 et 2009; Piron et al., 2016; Piron, 2017). Dans l’Égypte ancienne, Maât était la déesse de la vérité, de la justice, de l’équilibre, de la droiture, de l’harmonie, de l’ordre du monde, de l’équité et de la loi universelle. Plus qu’une simple divinité, Maât représentait un concept absolu pour les Égyptiens (Assmann, 1989; Menu, 2005; Menu, 2015). Maât était la base sur laquelle le monde reposait. Du pharaon au paysan, ainsi qu’au rythme des saisons, tout reposait sur l’existence et la préservation de la Maât. D’un point de vue philosophique, la Maât était un principe moral et éthique que tous les Égyptien-ne-s étaient censé-e-s exprimer à travers leurs actions quotidiennes envers la famille, la communauté, le pays, l’environnement et les dieux (Martin, 2008). Un tel principe ne s’appliquait pas seulement à l’environnement humain, mais s’évertuait à intégrer le cosmos, le monde minéral, le monde végétal, etc. dans un tout complexe et interdépendant (Assmann, 1989; Menu, 2005; Martin, 2008; Karenga, 2003). La Maât était donc un concept à la fois total (intégrant des aspects humains et non humains) et élastique, porteur de nombreuses dimensions sémantiques que le monde d’aujourd’hui pourrait réinterpréter pour construire ou renforcer ses plurivers épistémiques, symboliques et matériels. « En s’inspirant des principes de la Mâat ainsi que d’autres éthiques africaines (Ubuntu, Medemer, épistémologies autochtones) et non africaines, cette revue ambitionne d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche et de suggérer des réflexions novatrices qui s’inspirent, s’enracinent et se déploient à partir d’épistémologies alternatives, y compris celles qui sont marginalisées. Elle propose un cadre scientifique (théorique et méthodologique) et empirique alternatif s’appuyant sur le paradigme décolonial. Ce paradigme consiste à lutter contre l’invisibilité et l’ignorance des systèmes de pensée et des éthiques issues des pays et des cultures en situation postcoloniale. Cela implique la mobilisation de concepts comme la justice cognitive – définie comme une reconnaissance active de la pluralité des connaissances en science et en technologie (Visvanathan, 2009) – mais aussi de principes éthiques issus de la Maât ou d’autres pensées endogènes. En effet, la Maât a contribué à favoriser l’affinement du concept de justice dans sa dualité et a permis d’encadrer les inégalités structurelles dans l’antiquité pharaonique (Menu, 2015). Dans cette perspective, les concepts de Maât, de justice cognitive, de Ubuntu et bien d’autres pourraient être mobilisés comme alternatives aux modèles utilitaristes et déontologiques dominants (Karenga, 2003) en matière d’éthique des sciences et des technologies.]
    • [« NAAJ : Revue africaine sur les changements climatiques et les énergies renouvelables »]
    • [« MASHAMBA : Linguistique, littérature, didactique en Afrique des grands lacs » – « Mashamba est une revue basée en Afrique des Grands Lacs qui couvre trois territoires disciplinaires : la linguistique, la littérature et la didactique. Elle encourage ainsi des travaux de linguistique africaine et de linguistique appliquée en contexte de plurilinguisme, des analyses des littératures africaines dans leurs particularités linguistiques et culturelles et des recherches sur l’utilisation concrète de ces travaux dans la didactique des langues et cultures en Afrique en général et dans les Grands Lacs en particulier. Il s’agit de créer un espace de rencontre entre les langues et les disciplines, de trouver des solutions constructives qui visent à interroger la question du développement dans sa matérialité linguistique, artistique et éducative. En dehors du français, les auteurs et autrices pourront publier directement en swahili ou en toute autre langue africaine. »]
    • [« NGABAN-DIBOLEL : Revue africaine de responsabilité sociale et management durable / African Journal of Social Responsibility and Sustainable Management » – « La responsabilité et le management sont des notions anciennes qui ont façonné le monde. En combinant les mots ngaban (responsabilité en langue duala) et dibolel (service en langue balong), il est question, avec cette revue, d’ouvrir symboliquement un espace de dialogue où les diverses sensibilités scientifiques pourront exprimer leur entendement de l’obligation sociale, mais également partager leur perception de la pérennité dans des champs aussi variés que les ressources naturelles et humaines, le vivre-ensemble, la coopération économique, le développement communautaire, l’intégration des savoirs locaux, etc. »]
    • [« ADILAAKU : Droit, politique et société en Afrique » – « La revue Adilaaku. Droit, politique et société en Afrique se veut un observatoire privilégié des dynamiques juridiques, politiques et sociétales qui animent l’Afrique. Le contexte actuel invite à revisiter la structure des sociétés africaines précoloniales (et d’avant la traite négrière) pour mieux appréhender leur entrée dans la colonisation et les défis auxquels elles font (ont dû faire) face après ces tristes pages de l’histoire. Les textes publiés par Adilaaku analyseront ce patrimoine socio-anthropologique pour proposer des réflexions originales sur la territorialisation de l’action politique et la construction d’un espace politique et juridique supranational propice à la création d’un dialogue panafricain fructueux. »]
    • [« ANNDE : Revue internationale sur la santé, l’éco-économie et l’innovation » – « Sensible aux savoirs ancrés et particulièrement tolérante vis-à-vis des épistémologies ouvertes, cette revue publie des travaux de recherche sur les questions liées, d’une part, à la santé de la mère et de l’enfant, la santé reproductive et, d’autre part, à l’innovation et aux transformations sociales induites dans les systèmes agricoles et alimentaires. »]
  • Atlas de l’Égypte ancienne, par Claire Somaglino
    • [« « Je le répète encore : l’art égyptien ne doit qu’à lui-même tout ce qu’il a produit de grand, de pur et de beau. » (J.-F. Champollion, 1828-1829) »]
    • [« Nous connaissons de l’Égypte les pyramides, les hiéroglyphes et les pharaons, mais que savons-nous de sa vie sociale, culturelle ou politique ? Le développement de cette civilisation, en interaction avec le Nil du coeur de l’Afrique à son delta en Méditerranée. Durant l’Ancien Empire, la société se structure, dirigée par le roi et une élite royale qui exploite les ressources du territoire. Les rois du Moyen Empire se rapprochent des dieux et font appel au loyalisme de l’élite régionale pour asseoir leur pouvoir sur toute l’Égypte. Les pharaons du Nouvel Empire doivent, eux, faire face aux autres grands empires : leur domination sur la population passe notamment par l’assimilation aux divinités. Les guerres civiles de l’époque tardive affaiblissent les dirigeants, qui perdent peu à peu leur influence au profit de leaders extérieurs. Cet atlas, grâce à plus de 70 cartes et documents, retrace l’histoire passionnante des trente dynasties qui se sont succédées, depuis 3000 av. J.-C. jusqu’à la conquête d’Alexandre en 332 av. J.-C. »]
  • Les grandes souveraines d’Egypte, par Florence Quentin
    • [« Une histoire des reines de l’Egypte ancienne sous le Nouvel Empire, entre 1550 et 1069 avant l’ère chrétienne, une période considérée comme l’apogée de la civilisation pharaonique. S’appuyant sur les découvertes récentes, l’égyptologue relate ce qui est su de leur vie et décrit la condition de la femme égyptienne à cette époque. »]
  • Le grand voyage vers l’au-delà : les secrets du livre des morts égyptien, par Hélène Virenque
    • [« Afin d’accomplir leur voyage vers l’au-delà, les anciens Égyptiens ont rédigé de nombreux textes funéraires aux formules rituelles, connus sous le nom de Livre des morts. »]
  • Thot – wikipédia
  • Introspection africaine et anthropologie : les paradoxes du libéralisme à la mozambicaine, par Severino Elias Ngoenha
  • Maât, ordre social et inégalités dans l’Égypte ancienne : De l’apport égyptien au concept gréco-romain de justice, par Bernadette Menu
    • [extrait : « Au terme de cette étude il ne semble guère outrancier d’affirmer que le droit tel que nous l’entendons est né dans la vallée du Nil. Les prêtres égyptiens, que les Grecs considéraient comme des philosophes, figuraient certainement parmi les principaux artisans d’une doctrine de la maât qui fut transmise oralement dans les plus hautes sphères intellectuelles du pays et qui influença la civilisation dont nous sommes les héritiers par l’intermédiaire d’une chaîne de transmission dont la philosophie grecque pré-aristotélicienne, Aristote, puis le droit romain, sont les principaux chaînons. »]
  • Les 42 idéaux de Maât du Temple d’Isis et les 77 commandements de Maât
    • [« Les 42 lois de Maât ont été révélées aux prêtres et prêtresses de l’Égypte ancienne et codifiées par les plus de 5000 ans avant l´ère chrétienne. Ce sont des règles à observer et à chérir pendant notre vie sur terre. »]
  • Papyrus d’Ani – wikipédia
    • [« Le papyrus d’Ani date de la XVIIIe dynastie. Il fut découvert dans une tombe à Thèbes en 1887, et acheté à des marchands égyptiens par le British Museum en 1888. »]
    • [« Comme la plupart des livres des morts, le papyrus d’Ani ne fut pas écrit spécifiquement pour lui. Ces Livres des Morts étaient fabriqués dans des ateliers spécialisés auxquels l’Égyptien s’adressait pour se procurer son mobilier funéraire. On s’aperçoit ainsi que le texte de ce papyrus est de la main d’au moins deux scribes, puisque le nom d’Ani fut ajouté ultérieurement. Aucun autre document au nom d’Ani n’étant actuellement connu, les informations le concernant sont limitées à ce qui est écrit sur ce papyrus. Le nom même d’Ani est sans doute un diminutif, sans que l’on sache de quel nom originel. Ses titres sont ceux d’un scribe royal d’assez grande importance : véritable scribe royal, scribe comptable des offrandes divines de tous les dieux, chef des greniers des seigneurs d’Abydos, scribe des offrandes divines des seigneurs de Thèbes. Comme souvent dans les épitaphes, il est aimé du seigneur du double pays, sans qu’il soit possible d’identifier ce roi. Sa femme s’appelle Thouthou. Elle est chanteuse d’Amon, un titre régulièrement porté par des dames de haut rang au Nouvel Empire. »]
    • Papyrus d’Ani
  • Maât, entre cosmologie et mythe : le principe constitutionnel d’un État de racine chtonienne en ancienne Égypte, par Henri Decoeur
    • [« « Toute société est amenée à construire l’univers fictionnel de sa Référence, sur laquelle puisse se fonder une indestructibilité, non pas matérielle ni physique, mais symbolique […] la vie et la reproduction de la vie sont liées à la constitution, par la société, d’un discours de légitimité qui fonde la vie et la reproduction de la vie. » – Pierre Legendre »]
    • [résumé de l’article : « Cet article propose une réflexion sur les fondements juridiques de l’ordre politique et social en Égypte antique. Il s’agit de montrer comment la pensée d’une société de tradition dite chtonienne a pu présenter la maturation nécessaire à l’émergence d’un pouvoir étatique fort et ordonné. L’État pharaonique repose sur le concept de Maât, qui est la clef de voûte d’une idéologie et d’un tissu de croyances propres aux sociétés chtoniennes. En tant que principe chtonien, Maât définit l’idéal éthique et moral de la relation entre l’homme et la nature. Mais en tant que pilier constitutionnel et identitaire de l’ordre théopolitique de l’État pharaonique, Maât fonde aussi la légitimité d’un pouvoir structuré. Par le jeu du symbole et des implications de Maât dans la sphère sociale, le Double-pays s’est émancipé de la tradition chtonienne. Maât est donc à la fois le principe juridique central d’un système de racine chtonienne, et le ciment d’un mythe fondateur du premier État que l’Histoire ait connu. »]
  • Partage(s) (ouvrages envoyés – ces deux dernières semaines) du bob :
    • Les grandes plaidoiries des ténors du barreau, par Matthieu Aron
      • [« Les grandes plaidoiries des ténors du barreau. Ils s’appellent Bourdon, Garbarini, Lemaire, Malka, Mécary, Mignard, Morice, Moser, Saint-Pierre, Soulez Larivière ; leurs noms claquent dans les prétoires et y résonneront encore longtemps, comme ces mots qu’ils savent si bien ciseler pour défendre une cause ou réveiller les consciences. Matthieu Aron fait revivre leurs plaidoiries dans ce deuxième tome des Grandes plaidoiries des ténors du barreau. Il s’agit d’une retranscription unique. Dans la justice, la procédure étant orale, les débats ne sont pratiquement jamais enregistrés et les mots s’envolent. L’auteur, chroniqueur judiciaire depuis près de 20 ans, a pu, en s’appuyant sur ses notes d’audiences, reconstituer les plaidoyers vibrants de ces ténors du barreau. Plaider en 2013, c’est être au coeur du monde, au coeur de la société, de ses bouleversements, de ses évolutions, de ses drames. C’est l’obligation pour les avocats d’adopter une argumentation qui dépasse largement les normes juridiques, qui bouscule les inerties et les blocages politiques ou culturels. »]
    • De mon propre aveu, par Jacques Vergès
      • [« Que sait-on de Jacques Vergès ? Que sa naissance d’un père consul de France et d’une mère vietnamienne, dans les années 20, le plaça d’emblée sous les auspices d’un destin révolutionnaire. Qu’il ne put résister à l’appel de Charles de Gaulle parce qu’il était général, condamné à mort par le gouvernement de Vichy… Qu’il embrassa les rangs du communisme dans la plus grande indiscipline. Qu’il tirerait de Che Guevara le brouillard de ses bouffées de cigares et de Mao ses plus sinueux jeux d’ombres. Qu’il deviendrait l’avocat du F.L.N. en particulier et de l’anticolonialisme en général, et rencontrerait la future mère de ses enfants, une poseuse de bombes, à la sortie d’une salle de torture. Qu’il s’enfoncerait toujours plus loin dans cette mystérieuse zone de turbulences et d’aventures qui s’étend entre la condamnation, qu’elle soit morale ou judiciaire, et la mort. Plaidant les causes désespérées, retournant les cartes du destin, confrontant les crimes les plus abominables aux culpabilités rampantes des sociétés policées. Mais condamné, Jacques Vergès l’est lui-même. Comme nous tous tôt ou tard. Loin d’être morne, le soir de sa vie est cependant un grand soir. Où l’amour rejoint l’évocation d’ombres innombrables et bouleversantes : compagnons d’armes, amis fidèles et héroïques, amantes éperdues mais aussi figures de criminels, de bourreaux et de suicidés. Se donne à lire, ici, l’énigme d’un destin aussi rebelle que romanesque, parfois facétieux, où court en filigrane le regard le plus tendre comme le plus grave sur la vérité de l’âme. Servi par une verve éblouissante. »]
    • Que Mes Guerres Étaient Belles !, par Jacques Vergès
  • La mer, histoire, enjeux, menacesManière de Voir (numéro 178, août-septembre 2021) du Monde diplomatique
    • [« Tout part de cette masse d’eau qui recouvre 70 % de la surface de la Terre : la vie, l’aventure, les échanges, la nourriture, l’imaginaire des poètes. Les civilisations s’y développent. Les puissances s’y affrontent. Les déchets s’y déversent. Découpé, exploité, asphyxié, le vieil océan se meurt. »]
    • Mon pirate bien-aimé, par Evelyne Pieiller
by dave
« La philosophie de l’Egypte pharaonique a façonné une Pensée du monde, une Pensée de la nature, un discours sur l’origine et la nature des « étants », qui a produit une conception mobilisatrice de la Justice et un solide principe d’organisation du monde. Dans cette pensée, tous les étants (humains, animaux, végétaux, minéraux…) partagent une même fraternité, c’est à dire qu’ils appartiennent à la même famille. Cette conception du réel a nourri les principes d’organisation des rapports et des relations entre les humains entre eux, et avec le reste de la nature. Le principe de la recherche et du maintient de l’équilibre, de la cohérence, de la cohésion entre tout ce qui se trouve dans l’univers a beaucoup à nous apporter, aujourd’hui. »
by dave
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« Gare aux fantasmes écolo de l’Occident sur l’Afrique… Ils aboutissent parfois à un « colonialisme vert » aux conséquences redoutables pour les populations. La nature est par endroits préservée, mais pour qui ? C’est la thèse du livre de notre invité Guillaume Blanc : « L’invention du colonialisme vert, pour en finir avec le mythe de l’Eden africain » (éditions Flammarion). »
by dave
by dave
« Jusqu’à récemment, on ne les prenait pas au sérieux. Personne ne pariait sur eux, excepté quelques rares mécènes aussi fous qu’eux. Aujourd’hui, par leur innovation et leur adaptabilité, les inventeurs ont prouvé aux yeux de tous leur génie. Ils proposent des solutions pratiques et moins coûteuses. Alors que la pandémie de Covid-19 sévissait dans le monde et que les fournisseurs traditionnels se repliaient sur eux-mêmes, ils ont inventé des respirateurs ou encore des sas désinfectants. Mais si les populations et les autorités semblent désormais convaincus de leur talent, ont-ils pour autant un avenir sur le continent ? »
by dave

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