Identité(s) – Musée McCord

Les vêtements portent l’identité, l’identité se porte par un vêtement. Le tissu est minutieusement travaillé pour signifier quelque chose de plus intrinsèque que le visible, l’apparent, l’apparat. C’est de l’ordre du social, du culturel, du politique et du spirituel. Tout ce que la modernité a oublié ou sacrifié.

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Samedi. Fin de matinée. Il fait beau. C’est presque l’été. Les routes sont pleines, à craquer. Tout le monde veut profiter du soleil, les chauffards aussi. Il y a beaucoup de frénésie sur le bitume, beaucoup trop d’enthousiasme. Le retour à la vie se célèbre d’une manière barbare, bien naturellement la vulgarité n’est jamais très loin. C’est aussi ça  l’Intermède estival, la libération du comportement sauvage contraint à la réclusion durant de longs mois. La libération est une jouissance, une délivrance, et ce n’est pas toujours beau à voir. 

Samedi. Début d’après-midi. Il fait un temps rayonnant. L’été déjà. Les terrasses sont ouvertes, les ivrognes sont des lève-tôt. Une foule d’abeilles, de mouches, avec de grosses paires de lunettes fumées se croisent, se toisent, sur le trottoir encombré. Il paraît que regarder le beau temps derrière le noir des verres apportent une touche particulière aux couleurs. Steve Wonder, Ray Charles, Andrea Boccelli, pourraient épiloguer longuement sur la question. 

 

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Samedi. Après-midi. Le temps est magnifique. Il va se gâter. Personne ne le sait encore. Personne ne regarde vraiment le ciel. Tout le monde se regarde, sans jamais regarder les autres. Les cieux encore moins. Trop haut. Trop éloigné. Trop bleu. Trop cotonneux. Trop. 

Samedi. A quelques minutes de la fin d’après-midi. Le temps magnifique est fatigué qu’on l’ignore. Il se drape de nuages pluvieux. Les lunettes noires ne font pas la différence. Après deux heures de route, le Musée McCord est à deux passages piétons. Un stationnement, tout le monde descend. L’exploration urbaine commence par la découverte du passé, cela change de la campagne où le présent est une antiquité. 

 

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Samedi. Fin d’après-midi. 690, rue Sherbrooke Ouest, Montréal. Le Musée McCord. Haut-lieu de l’histoire patrimoniale canadienne. Canadienne dans le sens étymologique du terme. Celui des Premières nations, celui des peuples autochtones, avant l’arrivée de la Civilisation qui a tout ravagé.

 

Le nom Canada trouve ses origines vers 1535 avec le mot laurentien Kanata qui signifie « village1 », « implantation2,3 », ou « terre3 » ; une autre traduction contemporaine était « agrégat d’habitations3 ».

Le laurentien, parlé au xvie siècle pas les habitants de Stadaconé et des régions environnant l’actuelle ville de Québec, partageait de nombreuses similitudes avec d’autre dialectes iroquois, comme l’oneida et le mohawk.

Dans le mohawk contemporain par exemple, le mot kaná:ta’ signifie « ville ». 

Jacques Cartier transcrit le mot par « Canada » et fut le premier à utiliser le mot pour se référer non seulement au village de Stadaconé, mais aussi aux régions environnantes et au fleuve Saint-Laurent, qu’il appela rivière de Canada.

À partir de 1545, les livres et les cartes européens commencèrent à désigner cette région comme le Canada.

 

David Ross McCord était avocat et collectionneur québécois, obsédé par la préservation des traces du passé, il y consacra toute son existence, sa fortune, son énergie. McCord s’était donné pour mission de rassembler ce qu’il pouvait d’artefacts témoignant des cultures amérindiennes antérieures à la colonisation européenne.

Il espérait que ses acquisitions ethnologiques « demeureraient, sur le continent », un témoignage « inégalé » de « l’habileté et du labeur » des peuples autochtones. Une volonté, une ténacité et un acharnement remarquables matérialisés en 1921 par l’ouverture du McCord National Museum où se côtoyaient les mémoires des grandes entités qui constituent le Canada: l’anglais, le français, l’amérindien. Vitrine d’une communauté des sous-ensembles ethniques et culturels, le musée est devenu au cours des années la référence de l’identité protéiforme canadienne. 

 

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Porter son identité

Identité. S’il y a un mot qui puisse suffire à définir la singularité du Musée McCord il est bien celui-là. L’identité aux visages multiples. L’identité plurielle façonnée par la rencontre des individus, par l’émergence de la nation, par les particularismes des groupes. L’identité qui s’exprime avec une différence qui n’est nullement un mouvement de déni ou de négation de l’autre et qui invite à la considération de chaque aspect de la différence comme une source de richesse venant soutenir cet esprit national lui aussi relevant davantage du sentiment d’appartenance à l’universel que de l’énoncé définitoire rigide, exclusif, fermé. 

Jamais en ces temps bien obscurs le Musée McCord n’aura été d’une contemporanéité salutaire. Jamais sans doute, au cœur de Montréal, ville cosmopolite dans un environnement marqué de la nord-américanité, convergence et promiscuité généralement enthousiastes des identités, quelques fois métissées dans le sens du mélange des couleurs plus que de leur juxtaposition ou leur superposition qui s’indiffèrent – jamais sans doute ce lieu de l’histoire n’aura été des plus nécessaires. 

 

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Samedi. Fin d’après-midi. Le temps gris recouvre les couleurs et noircit encore plus les lunettes noires. Musée McCord. Entrée de groupes ou pour les personnes à mobilité réduite. L’agent de sécurité est tout sourire, c’est agréable. 

Nous venons voir l’exposition Porter son identité. L’agent garde son sourire chaleureux et indique l’ascenseur. 

1er etage, s’il vous plaît. Nous montons et l’ascenseur ouvre sur un hall où deux autres agents tout sourire avec deux réceptionnistes manifestement heureuses aussi nous accueillent comme si nous sommes importants. Ce n’est pas désagréable. 

Bonjour, c’est pour l’exposition Porter son identité

Bien volontiers, monsieur. Puis-je vous suggérer en complément les expositions Montreal Points of View et celle de Nadia Myre, une artiste d’origine algonquine? Elles pourraient aussi vous intéresser… 

Merci. Nous allons suivre votre suggestion. 

Merci à vous monsieur. […] Voilà, à votre gauche l’accès à l’exposition  Porter son identité, au second étage celui de Montreal Points of View et au troisième celle de Nadia Myre qui est une de nos artistes en résidence. Je vous souhaite une agréable visite… 

Merci beaucoup. 

Des sourires. Encore. Il pleut à l’extérieur, Dieu pisse sur Montréal tandis qu’Il illumine le Musée. A gauche, Porter son identité, nous trépignons d’impatience. 

 

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Entrée principale de l’exposition. Large, ouvrante et légèrement montante, en ascension. A droite, une carte du Canada aux temps des Premiers peuples. C’est un choc visuel.

 

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L’histoire a toujours affirmé que le vaste territoire fût vierge, pratiquement pas habité. L’histoire est un mensonge, il est écrit par les vainqueurs.

Le Canada n’était pas vide. Au contraire. D’un bout à l’autre du pays, d’est en ouest, des noms de tribus comme des points de repère pour guider l’œil curieux, tombant de sa chaise telle une pomme d’une branche. Les Etats-Unis, les provinces, les territoires officiels, tout ça est gommé. Les Premiers peuples ne connaissaient pas nos frontières et manifestement ne s’en tiraient pas si mal. 

En face, droit devant nous, un masque, un visage, qui semble fixer le visiteur et le questionner sur son identité. C’est franc et direct. Le visiteur approche, se présente en se penchant vers lui, en signe de prosternation, de respect.

 

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Un masque qui dit vrai dans sa simplicité, le visiteur l’examine le questionne à son tour et ouvre son esprit comme on tend l’oreille afin d’écouter la réponse silencieuse qui parle d’un récit lointain, quand porter ce que l’on est était un acte d’affirmation de soi, de relation harmonieuse avec la nature, contraire à l’omniprésence actuelle de la marchandisation de soi à travers le vêtement, les bijoux, le maquillage tels des artifices de l’illusoire.

Le visiteur n’en revient pas, il a cinq ans et s’émerveille. 

 

Pour les Premiers Peuples, la relation entre le vêtement et l’identité est extrêmement profonde.

Au-delà de la fonction première de protection, il informe le spectateur de l’âge et du statut de l’individu, dévoile au simple coup d’oeil la nation à laquelle il appartient, rend hommage aux exploits remarquables d’une personne ou souligne le lien intime existant entre l’homme et la nature.

 

Le catalogue qui, ici, en découle, explore plus en détail quelque 150 artefacts et montre que chaque couture n’est pas là par hasard.

 

Son père est toujours devant la carte. Il y passerait des heures. Mais il n’a pas le temps. L’enfant lui ne connaît pas l’urgence du temps qui passe. L’enfant oblige l’adulte à prendre son temps, devant le masque autochtone l’avenir en devenir côte-à-côte du passé en approche, la fille et le père. L’histoire devient un lien intergénérationnel, une courroie de transmission. McCord avait tout compris. Son obsession était justifiée. 

 

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La salle est petite pour la richesse qu’elle contient. Chaque mètre carré est donc utilisé précautionneusement. Du sol où sont gravées des paroles d’une réflexion moderne mais de sagesse ancestrale aux lumières qui éclairent sans brutalité les œuvres disposées de telle sorte que le regard ne se sent pas étouffé, étourdi, bien qu’au fond un peu décontenancé.  Les œuvres sont fortes, certaines ont vaincu le temps, d’autres ont su rendre justice au passé, et aucune ne semble superfétatoire comme il arrive quelques fois dans de telles expositions. 

La petite fille met un casque et tout le reste n’existe plus. Le père s’approche et met aussi un casque. Il comprend tout de suite pourquoi rien n’existe plus. Une voix magnifique conte le récit fantasmagorique d’une chasse à l’épaulard. L’enfant est happé par le récit. Il se dégage d’elle un calme et une sérénité qu’elle a rarement manifesté. Le père est aussi emporté, brièvement, le temps urge et il y a tant de choses à voir, tant de beautés à s’émouvoir. Le père dépose le casque, la petite fille ignore le départ du père, elle écoute le passé et elle le trouve fascinant. 

 

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Les vêtements portent l’identité, l’identité se porte par un vêtement. Le tissu est minutieusement travaillé pour signifier quelque chose de plus intrinsèque que le visible, l’apparent, l’apparat. C’est de l’ordre du social, du culturel, du politique et du spirituel. Tout ce que la modernité a oublié ou sacrifié. Le sentiment est celui de l’introspection sur notre réalité contemporaine, il n’est point moralisateur, juste interrogateur. Et toi qui es-tu? Réellement? Que portes-tu? Pourquoi? C’est terrible. Puissant. Perturbant.

La petite fille rejoint sa mère et sa petite sœur observant de superbes paires de mocassins, toutes admiratives d’un savoir-faire avec lequel le machinisme d’aujourd’hui et ses ateliers de la honte ne saurait véritablement rivaliser.

 

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Le père lui est figé par les images mouvantes de Pow wow divisées en trois tableaux, des corps qui célèbrent la joie de vivre, des couleurs qui jaillissent, fusent, se mélangent, se perdent, disparaissent, s’envolent, se donnent dans une espèce d’étreinte fraternelle. Wow. Comment a-t-on pu penser qu’il s’agissait de sauvages? 

 

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La petite fille se tient devant un écran, il y est diffusé la scène d’un drapeau que l’on fait chuter de son piédestal. Il est celui du vainqueur. Le symbole de la répression presque génocidaire du colon.

Papa, pourquoi descendent-ils le drapeau?

Parce qu’ils veulent rendre justice. 

Un drapeau est hissé, il n’est pas érable. Il a la couleur de la justice. D’une blancheur immaculée parce que toute autre couleur serait inappropriée, réductrice, injuste. Le blanc rassemble toutes les autres. Il présente l’universel. Mais aussi il exige que chacun y projette sa propre identité, et ce qu’il a de plus précieux, de plus intime. 

 

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L’exposition tire à sa fin. C’est passé vite. Le temps sans urgence, le temps de l’agréable, le temps de la remémoration. Il pleut toujours sur Montréal. Les gens courent à l’extérieur. Les lunettes noires vissées sur le nez. C’est aussi une manière de porter son identité, sa culture, son origine ou son statut social, sa spiritualité ou son absence. Demain, on nous exposera également, il y aura des enfants et leurs parents qui regarderont tout ça et se diront : Au fond, qui étaient-ils?  

 

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Montreal Points of View

Second niveau. Montreal Points of View. Montreal Points de vue. Montréal en dix facettes qui sillonnent la mémoire des évolutions de la ville. La petite fille s’écrie: C’est génial! La resonance est un écho qui réjouit les objets présentés. Elle ne connait que les gratte-ciel, le macadam, les magasins, les rues bondées de détritus, les odeurs nauséeuses qui s’invitent dans l’air que l’on respire, les plats que l’on consomme sur des terrasses encombrées, les verres que l’on s’offre car les températures sont caniculaires, ceux que l’on s’offre quand les températures sont polaires.

 

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Montréal a mal vieilli. Une rombière négligée. Pour être honnête, Montréal n’a pas vieilli, la ville n’a pas une ride; éternelle grande ville en devenir elle est restée dans l’esprit architectural aussi peu inspirée qu’à l’époque de la colonie-comptoir.

Certes, les immeubles gigantesques ont remplacé les baraques en bois et en pierres, bien naturellement les boueuses avenues ont été recouvertes d’asphalte, il est clair que sauf dans le Vieux-Montréal il ne se rencontre plus de chevaux dans les rues.

 

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Seulement, Montréal semble être figé, à la fois dans le temps et dans une espèce de stérilité qui détonne du reste de la province voire du Canada, et ce malgré son cosmopolitisme et son apparente modernité. A cet effet, Québec la Capitale nationale donne l’impression de posséder ce petit quelque chose de plus, peut-être d’authentique, que Montréal n’a manifestement pas. 

Montréal est sans âme, sans identité, sans esprit. En cela, la Cité n’a pas vieilli. Son centre-ville mime avec une forte médiocrité tout ce qu’il y a de très américain dans New-York City. Le Vieux-Montréal imite le style européen, plus précisément les quartiers embourgeoisés de Paris. Les zones urbaines populaires demeurent des paysages d’une déconcertante fadeur, salies par la prédominance de gris terne. Le mauvais entretien des routes, l’insalubrité des édifices, la monotonie des ruelles et des mouvements de la foule achèvent de faire de Montréal un cimetière. Quelques fois pour quelques personnes, il peut avoir un certain charme. 

 

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Cette exposition en parcourant l’évolution de la Cité à travers les moments forts de son histoire, éclairant sur l’apport des immigrants dans les traditions locales (culinaires, sportives et culturelles) tente de démonter ce sentiment sans doute subjectif d’une ville-nécropole en soulignant ses changements et ses bouleversements. En vain.

Par contre, elle parvient à offrir une perspective enrichissante sur la façon avec laquelle la mosaïque culturelle montréalaise est parvenue à la réalisation d’un espace communautaire relativement  pacifié des conflits que connaissent d’autres métropoles internationales. En ce sens, cette exposition est d’un grand intérêt. 

 

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La petite fille court vers l’ascenseur. Elle n’a pas traîné devant les robes d’allure victorienne, elle a jeté un bref regard sur les armures qui rappellent celles des conquistadors dont on sait le bien qu’ils firent aux peuples sud-américains, elle n’a pas eu de regard pour les tableaux flirtant avec le classicisme le plus sage, un étonnement joyeux devant les larges photographies d’un Montréal dont elle ne soupçonnait point l’existence. L’enfant est devant l’ascenseur. Sa mère et sa petite sœur ne sont pas loin. Les trois grimpent au troisième étage et vont à la rencontre de Nadia Myre.

Le père a du retard. Il cherche dans ces différents points de vue la singularité de Montréal, comme la Tour Eiffel ou la baguette symbolisent Paris, comme la  Statue de la Liberté  ou les taxis jaunes représentent New-York, comme le Christ Rédempteur veille sur Rio de Janeiro ou son Carnaval, comme la Tour CN s’élève de Toronto, comme le Parlement ou la sculpture Maman de Louise Bourgeois sont associés à Ottawa, comme la Tour Cabot est le porte-étendard de Terre-Neuve, comme l’Opéra de Sydney est évocateur, comme la Burj Khalifa ou la Burj Al Arab Jumeirah témoignent du culot architectural de Dubaï, comme la City illustre l’influence financière mondiale de Londres, etc.

 

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Le père cherche désespérément dans ses perspectives historiques l’élément ou l’évidence qui est/fait Montréal. Et il ne voit que la Croix du Mont Royal, le Stade Olympique, le Pont Jacques Cartier, le fleuve Saint-Laurent,  les escaliers, la vétusté du métro, les nids de poule, le Canadien de Montréal, Céline Dion, Arcade Fire, et le Cirque du Soleil. Si Montréal est effectivement l’une des villes les plus creatives du monde, cela ne saute pas aux yeux.

 

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Le père rejoint l’ascenseur. Nadia Myre s’impatiente. Il est grossier de faire attendre une dame. Cela l’importe moins que sa place de stationnement. 

 

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Nadia Myre, Decolonial gestures or doing it wrong? Refaire le chemin 

[Meditation is] a connection with the self through gazing at something deeply, in order to bring yourself to a global consciousness, a deep knowledge that you are intimately connected to everything.- Nadia Myre

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L’exposition de Nadia Myre, artiste en résidence au Musée McCord, propose de refaire le chemin c’est-à-dire la réappropriation de l’identité auchtotone après des siècles de barbarie coloniale.

Le premier pas vers cette reconquête de soi passe selon elle par le geste decolonial qui dans le cadre de cette exposition consiste à réaliser des objets autochtones à partir de consignes arbitraires dictées oralement dans l’esprit de ce qu’il se faisait à l’époque victorienne (publié notamment dans des périodiques féminins). 

Les œuvres réalisées en puisant à la fois dans la connaissance, la conscience et la part d’imaginaire de ses origines amérindiennes (algonquines) sans qu’il lui soit permis de savoir de quels objets il est question est un tour de force mental, psychologique, et identitaire prodigieux.

 

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Il y a dans cette autre expression de la décolonisation un besoin de s’approcher au plus près non pas des référents imposés par le colonisateur mais de sa propre histoire, de sa propre réalité.

En ôtant ce pouvoir au colon, Nadia Myre lui retire l’influence qu’il exerce sur son ancienne possession et qui relève autant de la domination mentale, intellectuelle, culturelle que de cette forme de tutelle peu différente de l’esclavagisme. 

Nadia Myre peut-être de maniere inconsciente epouse la même logique que celle de Marcus Garvey lorsqu’il affirme: 

 

We are going to emancipate ourselves from mental slavery because whilst others might free the body, none but ourselves can free the mind.

Mind is your only ruler, sovereign. The man who is not able to develop and use his mind is bound to be the slave of the other man who uses his mind. 

Marcus Garvey, Nova Scotia, October 1937

 

Bob Marley le reformulera plus tard dans sa mythique chanson Redemption Song:

 

Emancipate yourselves from mental slavery
None but ourselves can free our minds

 

Ainsi le geste decolonial est avant tout celui de l’émancipation d’un univers de références conçu et organisé par l’ancien maître. C’est le premier acte d’une véritable liberté. Le premier mouvement vers une réoccupation, une redécouverte, de son identité. Nadia Myre dans son exposition y parvient avec brio, tout en inscrivant son militantisme – puisque c’est de cela dont il est question – dans une intention de mettre les identités sur un même pied d’égalité parce qu’elles se valent toutes, différemment.

Le relativisme culturel n’est pas loin, et contrairement à l’universalisme et son ombre ethnocentriste, il laisse la porte ouverte et accueille le sens profond, intime, inhérent à chaque individu, à chaque peuple. 

La petite fille sourit. Elle est métissée. Un entre-deux du blanc et du noir. Une convergence de deux identités singulières. Elle porte un masque qui n’a pas vraiment de couleur. Il est nuancé. Comme toutes ses identités.

 

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Samedi. 17 heures. Musée McCord. Fin de la visite. Il pleut, encore. Montréal est triste. 

 

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