Black Mirror saison 4 : un goût de chiotte

La nouvelle saison de Black Mirror est une médiocrité, et qu’importe le support technologique via lequel on s’afflige les six épisodes poussifs de cette quatrième production le constat demeure : quelqu’un a éteint l’écran, le miroir noir de notre contemporanéité ne reflète plus que de vaines problématiques éculées, d’insipides storytellings, de banales fables pseudo-futuristes, de photographies peu inspirées, d’un flagrant et criminel manque d’esprit. Le nouveau Black Mirror est une consternation. Le cru n’est ni grand ni acceptable, il n’est pas intellectuellement consommable, indigne en tout point de ces prédécesseurs. Charlie Brooker son paternel a sans doute été lobotomisé, ou a-t-il été transféré sans qu’il en ait vraiment conscience dans une réalité virtuelle comme un code survivant dans un univers numérique où son obéissance aux règles établies et sa déférence devant l’absolutisme sont une exigence d’existence. Rien n’est certain, tout est ouvert. C’est déjà mieux que l’ensemble de cette débilité télévisuelle que nous offre un Netflix ronron pour ne pas dire fainéant.

Netflix, en 2017, a su pousser le médiocre aux extrêmes. Easy, Black Mirror, House of Cards, etc. Tout ou presque y est passé, le spectateur n’en est pas toujours revenu. Soit le potentiel de ces œuvres a atteint ses limites soit on assiste à une forme de hollywoodisation du (nouveau) géant de l’industrie cinématographique et du divertissement. La rentabilisation maximale avec peu de substance, zéro prise de risque, un discours qui contente à peu près tout le monde (lisse, polie, chiant), un plein saturant d’artifices, des récits abracadabrantesques et d’un ridicule tout à fait assumé, soutenue par une lourde artillerie promotionnelle. Netflix s’aligne sur Disney et ses Star Wars grossiers et grotesques, Marvel et ses superhéros sans épaisseur et décérébrés, les avortons d’Alien, etc. Etc. C’est la voie à suivre, la plus sûre pour engranger un astronomique bénéfice rapidement (si possible avant la déclaration du dividende et l’assemblée des actionnaires) au coût quasi nul.

Nul, en un mot, voilà résumé la saison de Black Mirror. C’est twitterable. Avec un peu d’imagination on peut en faire une jolie publication sur Instagram – ce réseau social formidable ayant sans doute inspiré l’épisode « Nosevide » de la troisième saison de ladite série. A bien y réfléchir, il y a dans le new Black Mirror l’esprit Instagram : la quête (le besoin viscéral) de l’approbation (des peuplades), la volonté de ratisser large via des mots-dièse populaires, la superficialité normative. Tout en images, sans transcendance. Black Mirror version 2017 est superficiel, instagrammé, nosevidé. Le comble pour une série qui s’est construite – pour reprendre Thibault Hanneton dans Le Monde diplomatique – sur « l’humanité interfacée, et les problèmes moraux qu’une telle conscience impose », dont la réputation s’est faite sur les « mises en abyme d’écrans, et d’écrans dans des dispositifs qui font écran » dans un monde de plus en plus « transhumain » où la «La télé-réalité fait muter la démocratie » et où « tout le pouvoir conféré à des avatars, les biotechs, l’omniprésence des drones, la réalité virtuelle, les intelligences artificielles et les cyborgs » redéfinissent non seulement notre rapport à autrui mais surtout modifient notre sensibilité à nous-mêmes, transforment notre idéal sociétal. Le comble, c’est que Black Mirror est devenu une interface comme une autre, de la même nature que celle que la série a trop souvent décrié.

Black Mirror version Channel 4 – télévision publique britannique – c’est cela et il est mort. Le questionnement sur l’éthique du technoprogressisme, la mutation disruptive du paradigme moral. Black Mirror était audacieux percutant intelligent implacable. En profondeur et visuellement hallucinant. En 2017, Black Mirror post-Channel 4, ce sont des longueurs, des fadeurs, des mimétismes. La saison trois en 2016 qui laissait croire que l’esprit et l’essence de la série seraient maintenus après le rachat par Netflix semble avoir été la dernière digne du Black Mirror de 2011 à 2014. La quatrième saison est au final une indigente américanisation de plus. Cela plaira certainement, cela donnera l’impression de créativité, cela bluffera sans doute, il y aura énormément de « J’aime » et donc beaucoup beaucoup de nullité. Comme le dirait Rami Malek dans la série Mr. Robot en réponse à ce gamin qui lui fait remarquer que « The Martian » (la énième réinterprétation de Robinson Crusoé, dans le cas d’espèce l’île est la planète rouge) avec Matt Damon obtient un 92% de critiques favorables sur Rotten Tomatoes : « Les gens ont des goûts de chiotte ».

Black Mirror saison 4 a un goût de chiotte. Les récits de la nouvelle saison sont des digressions épouvantables. On tourne autour du pot, on effleure la question – lorsqu’il y a un pot ou une question. On comble avec ce qui fait le succès postmoderne (cul, abrutissement, violence gratuite, verbosité quasi analphabète et très stérile). Il n’y a pas d’histoires, juste des commentaires, des monologues à peine juxtaposés, un peu comme si on n’avait rien à dire de pertinent et qu’il fallait quand même meubler. Alors on s’intéresse aux grandes conversations que l’on a eues, aux sujets qui nous ont rendu brillants, et on tente de fabriquer une discussion à leur périphérie. Chaque épisode de Black Mirror saison 4 est une telle discussion. Les scribes actuels ont regardé les épisodes mémorables du Black Mirror emblématique, ont été dépassé par la tâche, se sont convaincus que la seule façon de s’en sortir était de plonger leur plume dans les chiottes du passé, le résultat est une merde. En même temps, c’est mieux qu’une sous-merde (à l’instar de House of Cards 2015-2016-2017).

Bref, Black Mirror est de retour. Comme un zombie. Il a une petite mine. Il est petit, tout court. Une petite crotte. N’oubliez pas de tirer la chasse d’eau.

 

 

 

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