Take It Easy

Easy est une série télévisuelle ou télévisée qui se regarde sur un ordinateur, sur un téléphone trop intelligent au point de rendre débile son propriétaire, comme toute série digne du XXIe siècle. Easy est une série anthropologique, sociologique, psychologique, et je te dirais même de questionnements moraux. Easy, ou des études de cas, en milieu urbain.

Le génie qui en est l’auteur est Joe Swanberg, dont le statut de réalisateur indépendant n’est pas juste pour la stratégie marketing, l’ego, le sexy ou le bling-bling. Ou pire, pour masquer sa médiocrité comme chez tant d’autres qui l’exhibent comme on se branle le nombril-pénis, le nombril-clitoris.

Joe n’est pas de cette nature-là, et cela à l’écran, se voit, se vibre, très bien. Pas d’histoires d’une banalité absolument dingue au point de forcer le respect, un peu comme les deux trois dernières saisons de la série baise-saignante et orgie-guerrière Game of Thrones. Pas de récits insipides à l’instar de la dernière saison de Black Mirror, des récits de branlettes futuristico-dystopiques et autres trucs du genre présentées avec une espèce de prétention absolument dingue de culot. Ou une prétention culottée absolue dingue. Ce qui quelques fois n’est pas forcément signe de génie, la prétention et le culot souvent sont si souvent de pure médiocrité, de la pure médiocrité. 

Pas de ça chez Joe, rien de tout ce qui est dans la même veine. Easy n’est pas une série facile. Même si on y couche souvent le premier soir, qu’on y baise beaucoup. Easy ce n’est pas facile. Rien, malgré les apparences, de bien superficiel.

Easy est selon moi LA série pour Milléniaux, ceux d’entre eux qui sont passés à autre chose dans leur vie qu’une existence d’adulescents, ou qui ont survécu à la période adulescente (celle qui s’étire désormais de la fin de l’adolescence jusqu’au seuil de la cinquantaine, il suffit de regarder et de voir autour de soi, quelques fois de tomber sur nous-mêmes – reflet étrange – dans un miroir).

Une série comme des morceaux de vie d’adultes un peu beaucoup borderline, un peu beaucoup dans la crise psychotique, un peu beaucoup dans la souffrance psychologique ou une forme de détresse mentale, un peu beaucoup dans la quête de soi et la réalisation de soi. Des personnages aux personnalités mosaïques, animées de tension névrotique, fragiles structures psychotiques, et donc terriblement seules même dans la foule, même près de l’autre qui lui aussi est un peu pareil.

Personnages comiques et dramatiques dans la foule sentimentale comique et dramatique, personnalités dans les orgies sentimentales et autres partouzes dans la même veine, se posant des questions dans leur for intérieur auxquelles personne même pas eux-mêmes en fin de compte ne finit par donner des réponses suffisantes, satisfaisantes, durables.

Easy, c’est effectivement cela, une anthologie comico-dramatique de morceaux de vie de la même nature, de personnages et de personnalités à la dérive. Les Milléniaux quoi.

 

Easy

 

Du premier abord, Easy semble si facile, d’un certain ordinaire, la vie normale. Cet a priori comme toute vie normale vécue par des individus d’une certaine banalité, monsieur et madame tout-le-monde, est vite balayé par les complexités de chacune des réalités qui évoluent dans un espace où ils se sentent plus ou moins en cage, pris, asphyxiés.

Rien d’excessif dans la présentation, tout est en nuances, en finesse, et la profondeur de chacune de ces études de cas que sont les vies normales d’individus ordinaires ne se dit pas ou ne s’en réclame pas.

La profondeur en toute simplicité, pas nécessairement une question d’humilité ou de fausse humilité, seulement parce que dans la vie normale la profondeur, la vraie, c’est souvent cela. Simplicité, profondeur, simplicité de la profondeur, profondeur de la simplicité. Cela ne se dit pas, ne s’en réclame pas; elle se voit, se vit, se vibre.

Et il est difficile de juger cette vie normale, ces vies normales, impossible. Parce qu’un tel jugement n’aurait aucun / de sens. Aucune pertinence. Avec Easy, ce n’est pas si évident, si facile.

Cette série avec ses épisodes aux durées un peu britanniques, une vingtaine ou une trentaine de minutes, est télégraphique. Nul besoin d’en faire trop, d’étirer la sauce, de traîner en longueur, en quelques images tout y est. La vie normale quoi.

A cet effet, Easy est un peu comme Gypsy n’en fait jamais trop. L’authenticité n’a pas besoin de superflu, l’authenticité de la vie a un superflu qui lui suffit, ce superflu là lui est même nécessaire pour être. Mais, il n’a pas besoin du trop.

Easy, Gypsy, Ray Donovan, Mr Robot, UnReal, sont autant de séries qui ont su s’imprégner de cette autre réalité de la vie normale. Dans une certaine mesure, The Crown ou Downtown Abbey, In Treatment, The Good Doctor, etc., aussi. Juste ce qu’il faut, comme il faut, sans plus sans moins. Une étude de cas n’est pas une débauche de sentiments ou d’émotions, non plus une masturbation, encore moins une œuvre pornographique.

Voilà aussi pourquoi, j’adore Easy. La justesse, la finesse, les nuances, dans un moment sans superficialité excessive, dans des images dont les artifices révèlent la profondeur des choses, à cet effet ne les noient pas dans le trop. Il y a là un juste dosage d’intelligence et de sensibilité. Juste. Ce qu’il faut. 

 

 

 

Easy, après la visualisation on serait tenté finalement de se dire : Take it easy. Avec humour, auto-dérision, comme on le dirait pour la vie normale. Une façon de tenir le coup, de relativiser, de respirer, de se détacher, de s’évader de cet espace clos anxiogène et claustrophobe qu’est l’existence.

Take it easy, en regardant et en observant ses Milléniaux aux identités éclatées, aux besoins contradictoires, aux situations paradoxales, comme une manière de dire qu’il ne faudrait pas trop vite aller en besogne quand il est question de les comprendre. On se hâte lentement quand on essaie de comprendre. La compréhension oblige à prendre du temps. Take it easy

Take it easy, une façon de trouver des pistes de réflexions, des voies de réponses pour des questionnements que l’on se pose dans son for intérieur et que l’on ne peut toujours pour diverses raisons partager avec l’autre.

Take it easy, une dose presque médicamenteuse pour vie milléniale qui se croit atteint d’un problème presque incurable.

Take it easy, évidemment c’est simple à dire et bien entendu ce n’est pas aussi facile que ça. La vie normale quoi.

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