Nocturne

 

Lui : Des envies indicibles naissent à la rencontre de vos mots. Il y a des cieux que l’on aimerait grimper, s’arrêter un instant au numéro sept pour y contempler le soleil épicurien de minuit.

Elle : Je nage dans un huitième ciel que j’imagine en moi, il s’étale de dilate jusqu’à l’infini… Je suis remplie de son horizon blanc, lumineux, et lorsque mon humeur joue au prisme, je me disperse en arc-en-ciel, je tombe comme une pluie de soupirs tintés. Des bouts de moi se matérialisent, on me boit et on me déguste lettre contre lettre et par chaque espace griffé entre mes mots comme on se délecte d’un mirage. Du noir de mes abysses je te souris.

Lui : Grimper plus haut me donne le vertige, de cet étage j’ai des haut-le-cœur, des tourbillons à perdre l’âme. D’ici un arc-en-ciel mauve surgit d’un prisme éteint, il y perle des diamants obscurs, comme des veuves noires aux morsures immortelles, je bois vos mots lettre par lettre, leur mirage brumeux est comme de la crème déposée sur un élixir brûlant. De mon éclipse nocturne, je vous souris.

Elle : Si je te dis que je vois tout en images, que mes yeux de jade me dessinent et me peignent la phrase, la caresse, le son, le sentiment, le cri, la pensée, tout mon monde, tout se dessine dans mon esprit au moins en trois dimensions, tu comprends peut être alors que ce que tu me décris ne me laisse indifférente. Je touche, je devine et j’apprécie la nature de chaque étoffe brodée par ta langue.

Lui : Que vos yeux de jade percent la cuirasse en argile de ma tour abolie, qu’ils enflamment ce Styx sur lequel navigue mon bateau ivre, alors peut-être l’olympe qui vous a fait déesse permettra à ma langue trop longtemps asséchée de crier, de hurler aux montures rebelles des commandements aux chevauchées wagnériennes.

Elle : La cuirasse est percée dès le moment où le mauve à traverser le prisme. Je suis une Centauresse que tu décris bien, ton œil dessine mes contours d’un toucher discret et raffiné. Couvre-moi de tes dentelles. Ce soir, je m’habille de toi. Une seconde peau qui fait taire les frissons de mon âme refroidie. Remonte les fermetures éclairs et boutonne tes tissus remplis de lignes, du velours côtelé… Couverture qui me colle au corps jusqu’à réchauffer mes intimes pensées. Merci, c’est du sur-mesure que tu me fais.

Lui : Le tango ne se danse pas seul.

 

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Elle : Je suis née en décembre et… je connais surtout ces mentalités impropres, les arbres de bétons et d’acier, si dépourvus de vie, les odeurs Dave, ces odeurs… Ce décor est familier, je le saupoudre de flocons blancs de neige, pelures phalliques et d’étoiles en timides tétons nocturnes il devient mien. Tu retires ta peau et j’imagine le derme nu, rouge sang… Les extrémités de mes fibres sensorielles ne peuvent rester indifférentes à la sensation-imaginée. La mienne de peau je la renouvelle en hiver et je me sens revivre une fois par an.

Lui : ‎ »La mienne de peau je la renouvelle en hiver et je me sens revivre une fois par an. » Idem… L’hiver me ramène à qui je suis…

Elle : Je l’attends impatiente et déjà triste de savoir qu’il ne durera pas autant que je le désire.

Lui : Comme un battement de cœur, l’hiver vient… Comme une tombée de rideau, il se retire, laissant une traînée monocorde sur nos encéphalogrammes aussi plats que grisâtres. 

Le batteur claque, le tempo bat la mesure, un binôme comme seul orchestre, un plus un n’égale plus deux. 

L’éternité ne suffirait pas.

En cette nuit sans étoiles, en cette obscurité aux lunes dédoublées, que vos chaleurs soient solaires, qu’ils incendient l’univers trop étroit pour contenir vos explosions. Seules vos brûlures ont de sens pour mes sens, rendez-moi encore plus sensé, libérez-moi, faites de moi l’offrande sacrificielle afin de vous rendre davantage céleste, je suis l’agneau sur votre autel. Jouissez de me voir mourir. Telle est votre malédiction. Telle est ma destinée.

Hyperboréen. C’est donc cela l’au-delà qui succède à la petite mort. Magnifique, dites-vous.

Elle : est émue.

 

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Lui : Concerto de soupirs qui s’étirent à l’infini entrecoupés de soubresauts, je suis le chevalier d’aquitaine qui traverse mille fois votre Achéron, pour conquérir ce souffle éthérique s’échappant de vos lèvres gonflées de plaisir. Je m’appelle le ténébreux, dévalant chaque pente de votre instrument, les mains serrant à l’oppression vos monticules figées, j’éperonne votre courbe callipyge en écoutant doucement votre souffle balayé le silence. Voyez-vous le monde qui se retient et qui nous acclament, de votre langue qui s’empare de mon caducée, et des flocons de neige prêtent à tomber en plein été.

Je plonge en apnée dans votre instrument corporel, je brasse vos eaux qui se mêlent aux miennes, vous devenez ma lave en fusion.

Votre verbe voluptueux m’offre des couleurs boréales, de petits arcs-en-ciel floués par des cieux ténébreux, où je creuse des étoiles pour y apercevoir l’éclat de vos yeux que je devine foudroyant les néophytes égarés. A vous voir pencher sur mes gouttelettes dispersées, j’ai envie de m’emparer de vous comme pour mettre à feu et à cendres la cité indomptable et jamais conquise. Votre respiration calcine ma chair dont la faiblesse originelle n’aura été si puissante et si magnifique.

Mes griffes sont des clous qui s’enfoncent en profondeur dans cette peau débarrassée du superflu. Cette crucifixion christique pour le salut de nos âmes enfiévrées, mordant la pomme du jouissif compulsif, nous met face à nous-mêmes, les masques tombent, comme la rose jadis, et je me mets en prière entre ces Andes que sont vos jambes, plongé entier dans votre mont de venus dépouillé d’une végétation luxuriante. Je vous happe, le temple prend feu, Rome se meure, et nous jouons de la harpe.

Il s’orage dans mon esprit, des ouragans tropicaux, les pluies de vos nymphes tombent dans ma bouche allouvie. La rose est tombée. Laissez donc votre main guider mes pas hésitant à l’intérieur de ce sanctuaire où votre âme est déposée. Je veux y venir. Je veux y voir. Je veux y être vaincu.  

Je me fais votre conquistador. L’extase est en encore plus intense… L’éternité ne suffirait pas à éteindre ce tango infernal. Mes lèvres ensanglantées portent désormais les stigmates de votre rose écarlate. J’aime notre nuit.

Elle : est douce, solaire, vaniteuse et superbe à la fois en plus… J’entrevois un reflet de moi à la surface de cette eau aux petites vagues ou alors je divague en buvant ces lignes fluides… Te lire est loin de me déplaire.

 

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